Chapitre 13 – Le dragon
Jack ne savait plus où poser son regard. À côté de lui, des Serpentards poussaient des exclamations de bonheur et de fierté, Tom étant presque rendu en haut de la tour, alors que Peter et Millicent étaient toujours en train de se battre avec les crabes de feux et que Mérida semblait figée sur place. Elle venait d'échapper de peu à se faire attraper le bras par le dragon et Jack ne comprenait pas pourquoi elle ne bougeait pas, elle ne faisait rien.
À côté de lui, Dietrich et Liesa étaient très concentrés sur la performance leur préfet. Liesa le regardait d'un œil attentif, alors que Dietrich commentait :
« Je ne comprends pas quel sort il utilise. C'est de l'enchantement ? Il fait bouger la montagne ou de la métamorphose, peut-être ? »
Il jeta un coup d'œil à Jack comme s'il avait pu connaitre la réponse. En fait, Jack s'en fichait. Tout le bruit lui donnait affreusement mal à la tête et, même s'il ne l'avouait pas, il avait peur pour Mérida. En fait, lorsqu'il était arrivé dans l'arène et qu'il avait vu la cage contenant l'immense dragon noir, il avait réalisé que Dippet n'avait pas fait de demi-mesure pour le tournoi. Il ne savait pas trop à quoi il s'attendait, des duels, des énigmes, peut-être, mais il ne lui était jamais venu à l'esprit qu'un dragon puisse faire partie de l'épreuve. Ses amis à Serpentard avaient été eux aussi très impressionnés. Dietrich l'avait rejoint en courant, les yeux pétillants en lui révélant que lui et Liesa lui avaient gardé une place. Jack ne l'avait jamais vu aussi excité, en fait il ne l'avait jamais vu ainsi, tout simplement.
Soudain, Mérida pointa sa baguette vers les gradins des enseignants et des enseignantes et Jack se leva.
« Mais qu'est-ce qu'elle fiche, par Merlin ? »
Dietrich suivit le regard de son ami et nota.
« Dumbledore a vraiment choisi quelqu'un de trop jeune pour le tournoi… »
« Ou de trop stupide », trancha Liesa de l'autre côté de Dietrich.
Jack ne répondit pas, il était trop abasourdi pour dire quoi que ce soit. Elle semblait maintenant vouloir jouer de la trompette. Mérida était tombée sur la tête, ou quoi ? Derrière lui, Avery et Mulciber ricanaient.
« Ta petite copine se croit à un concert des Saxsorciers ? »
« Je croyais que vous pensiez que mon copain était Harold », dit Jack entre ses dents au moment où Mérida entrait dans la cage après avoir ensorcelé sa trompette.
Dietrich se retourna vers lui, il ne suivait plus Tom. Apparemment, beaucoup de personnes commençaient à suivre Mérida. La plupart des gens la fixaient depuis qu'elle venait d'entrer dans la cage du dragon et Jack eut un terrible mauvais pressentiment.
« Mais qu'est-ce qu'elle fait ? » lui demanda son ami.
Jack sentit ses couleurs disparaitre alors qu'il se tourna vers l'estrade des Poufsouffles. Il n'avait pas la moindre idée d'où se trouvait Harold, mais il venait de comprendre ce que Mérida avait en tête.
« Elle veut chevaucher le dragon… », s'entendit-il répondre.
Liesa se tourna vers lui, visiblement peu convaincue :
« Mais c'est impossible », lança-t-elle catégorique.
Jack se tourna vers les gradins des enseignantes et des enseignants. Apparemment, ça s'agitait beaucoup, ils s'inquiétaient tous pour la Gryffondor et ils n'avaient pas prévu qu'un des élèves soit assez fou pour libérer le dragon. Cependant, même si quelqu'un aurait voulu l'arrêter, Mérida était déjà sur son dos et s'envola au moment même où Tom atteignait le haut de la tour. Les Serpentards, dont certains avaient réussi l'exploit à ne pas remarquer l'idée dangereuse de Mérida, hurlèrent de joie en voyant leur préfet gagner, alors que tous les autres hurlaient de voir le dragon prendre son envol avec une élève de 15 ans sur son dos. Jack grimpa sur son banc pour la suivre des yeux, ne voyant plus grand-chose avec tous les élèves plus âgés qui étaient debout. Dietrich et Liesa, à côté de lui, suivirent son mouvement. Il eut le temps de la voir tomber sur Tom, alors que le dragon se retournait vers eux et les carbonisait tous les deux.
Jack sentit son cœur s'arrêter. Les cris de surprises et de joie se transformaient autour de lui en cris d'horreur. Dietrich à côté de lui s'accrocha à son épaule. Il avait failli tomber de son banc sous la surprise. Liesa jura en allemand. Jack était complètement figé. Le temps semblait avoir ralenti, car il eut l'impression que le jet de flamme ne s'arrêterait jamais. Heureusement, des sorciers de la régulation des créatures dangereuses étaient beaucoup plus réactifs que lui et des balais décollèrent pour aller à la rencontre de Tom, Mérida et du dragon. Des sorts fusèrent de partout pour arrêter la créature. Le dragon se retourna et tenta de fuir. Il vola au-dessus de la forêt interdite avant d'être touché dans l'aile et de s'écraser.
De leur côté, Tom, qui s'était protégé de son bras, était pratiquement intact. Il avait des brûlures par endroits et l'on pouvait comprendre que son bras saignait dû à la chaleur du feu du dragon, mais en général il allait bien. Il regardait autour de lui, clairement secoué et perdu avant de se pencher sur le corps inerte à ses pieds. Il s'agissait d'un corps pratiquement calciné, mais on pouvait toujours reconnaitre la chevelure rousse de Mérida. En tombant, elle avait pu éviter le maximum de feu sur elle, mais Jack ne voyait pratiquement rien d'où il était.
Jack ne comprenait pas ce qui venait de se passer, il ne comprenait pas ce qui se passait tout court. Il avait l'impression d'être dans un cauchemar, comme les cauchemars qu'ils faisaient depuis qu'il s'était cogné la tête. Et plus encore, maintenant, il avait l'impression que son cœur battait entre ses tempes. Il avait un horrible mal de cœur. Il refusait de croire que la situation était réelle. Il refusait de croire qu'elle était, qu'elle était…
« Il a tué DunBrush ! » s'écria quelqu'un en arrière de lui.
Tom s'était penché sur elle, mais Jack ne voyait pas ce qu'il pouvait faire. Peter et Millicent l'avaient rejoint, ils étaient déjà presque en haut avant l'accident et Dumbledore et Têtenjoy étaient en route, en balais. Jack suivait ce qui se passait comme s'il était une autre part de lui. Il aurait été incapable d'identifier ne serait-ce qu'une émotion. Il avait à la fois l'impression de n'en avoir aucune et en même temps de les avoir toutes en même temps. Il était figé d'horreur.
« Jack ! Jack ! »
Jack entendait son nom résonner à ses oreilles, mais il était tétanisé et il avait tellement mal au cœur et à la tête. Quelqu'un, Dietrich, peut-être, le secoua, comme pour le faire revenir à la réalité. Il eut l'impression d'y revenir si brusquement, qu'il ne put se retenir. Il descendit du banc et vomit à ses pieds. Dietrich se pencha et lui parla. Le Serpentard n'entendait plus rien, cela lui prit plusieurs secondes avant qu'il réussisse à entendre :
« Je suis sûr qu'elle va être correcte, Jack… Je suis certain… »
Jack le repoussa, il avait besoin d'air. On venait de faire éclater son monde simple, beau et léger pour une deuxième fois depuis le début de l'année. Et c'est là qu'il se rendait compte qu'au final, sa chute n'était pas aussi horrible qu'il l'avait pensé. Il pouvait endurer son mal de crâne, ses étourdissements, ses cauchemars et sa peur de la forêt, mais ça, il n'arrivait pas à le supporter. C'était indéfinissable. Quelqu'un fit disparaitre la flaque de vomi et il réussit à relever sa tête un peu.
« Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qu'ils sont en train de faire ? » demanda Jack faiblement, en proie à la panique, à l'adresse de Dietrich.
Il ignorait s'il voulait vraiment entendre la réponse. Il voulait juste l'entendre dire qu'ils vivaient tous dans une hallucination présentement ou que ce n'était que lui qui était encore malade, même s'il savait aller mieux et qu'il s'était même remis à voler dans les derniers jours. Dietrich se tourna vers sa sœur qui semblait avoir pris des jumelles à quelqu'un dans l'assistance :
« Ils sont autour d'elle ! Ils lui lancent des sorts. S'ils continuent à lui lancer des sorts, c'est qu'elle est vivante Jack ! »
Une boule tomba au fond de l'estomac de Jack. Il ignorait si c'était du soulagement de savoir qu'il y avait de l'espoir ou si ce n'était qu'encore plus douloureux, sachant que la situation était bel et bien réelle.
« Mais comment Tom a réussi à échapper aux flammes d'un dragon ? » demanda Dietrich, surpris.
« Je m'en fiche ! » cria Jack, agacé et beaucoup plus rude qu'il ne l'eut cru.
Son ami ne parut pas vexé pour autant. Il se pencha plutôt et dit, doucement :
« Viens, on va aller en bas. Ils vont sans doute l'apporter à l'infirmerie, on va essayer de croiser un professeur qui va pouvoir nous dire quelque chose. »
Jack leva la tête. Il savait que Dietrich n'était pas la personne rude et sans cœur qu'il faisait croire aux autres élèves de sa maison, il l'avait vu lorsqu'il lui avait parlé de sa famille un peu moins d'un an plus tôt, mais ce côté de lui surprenait toujours le jeune homme. Liesa avait cessé de regarder dans les jumelles et semblait pour la première fois inquiète. Dietrich l'aida à se lever et tous les trois se faufilèrent parmi les élèves de Serpentards qui étaient tous extrêmement agités. Jack ne faisait attention à personne. Il repoussait les personnes qui se mettaient devant lui et il sentait que dans son dos, Liesa et Dietrich, le suivaient.
En arrivant en bas des gradins, il repéra aussitôt Raiponce qui avait les larmes aux yeux et qui le cherchait visiblement. Il accéléra le pas jusqu'à courir pour la rejoindre. Il était si heureux de voir Raiponce à ce moment précis. La Serdaigle était sa douceur, son bien-être. Il se sentait tellement mieux lorsqu'il était près d'elle. Depuis son accident, il passait tous les moments où il se sentait assez bien pour cela à ses côtés. Le jour où elle s'était mise à chanter, alors qu'elle le croyait endormi, il avait su qu'il était réellement tombé amoureux. Il s'était efforcé, depuis pour lui faire comprendre. Elle n'avait pas encore compris ses allusions, mais il était patient et il voyait bien qu'elle non plus n'était pas complètement indifférente. Il l'avait bien vu.
Sa tête semblait exploser à chacun de ses pas, mais il était beaucoup trop préoccupé pour s'en soucier. Raiponce se retourna vers lui au moment où il la prenait dans ses bras. Elle fondit en larmes et lui-même sentit ses yeux le piquer alors qu'il se forçait à ne rien laisser paraitre, il ne savait même pas pour quelle raison. Raiponce l'avait déjà vu pleurer après tout. Elle était celle qui l'avait vu le plus en situation de vulnérabilité depuis les derniers mois. Mais devant la propre panique de sa douce amie, Jack voulait montrer qu'il réussissait à être fort.
« Je n'arrive pas à le croire ! Je ne comprends pas, il faut qu'ils me laissent la voir », pleura la blonde en sanglots.
Jack la serra avec force. Lui-même était incapable de parler. Dietrich s'approcha visiblement un peu mal à l'aise de se retrouver entre deux amis, mais dit :
« Venez, on va s'approcher de l'infirmerie. On va peut-être… »
« Ça ne sert à rien, ils l'apportent directement à Sainte-Mangouste, on ne peut pas y aller ! » contredit Raiponce en pleure.
Jack l'écarta un peu de lui pour la regarder :
« Comment tu le sais ? »
« Madame Rehus, la prof d'enchantement… Je l'ai croisé avant que tu n'arrives. Elle savait que je suis amie avec Mérida. Je dois la voir Jack ! Il faut qu'ils me laissent la voir ! »
Jack la reprit dans ses bras. La panique de Raiponce était si intense qu'il réussissait presque à camoufler la sienne.
« On ne peut pas la suivre à Sainte-Mangouste. On ne peut pas sortir de l'enceinte de Poudlard Raiponce. Et même s'ils nous l'autorisaient, ta maman ne te le permettrait pas… »
Raiponce le repoussa. Jack crut qu'il avait dit quelque chose qu'il ne fallait pas, mais le regard de Raiponce était étrange, différent, déterminé. Jack ne l'avait jamais vu de la sorte.
« Mais moi, je sais comment la guérir, je le sais ! Je… Je dois… je dois y aller ! »
« Attends ! »
Mais Raiponce ne l'écoutait plus. Elle sécha ses larmes du revers de sa manche et s'élança vers le château en courant. Surpris, le Serpentard n'arriva pas à réagir. Était-il réellement possible que Raiponce sache quelque chose que Sainte-Mangouste ne sache pas ? Il se tourna vers Liesa et Dietrich qui s'étaient un peu éloignés pour les laisser ensemble, mais qui avaient tout entendu. Tous les deux ne semblaient pas avoir davantage compris. Jack se rendit finalement compte qu'il manquait Harold. Même s'il avait bien voulu rejoindre Raiponce pour comprendre ce qu'elle avait en tête, pour rester à ses côtés, il trouvait cela injuste pour le Poufsouffle de ne pas être avec eux. En plus, il devait surement être en train de les chercher. Et il ne savait pas trop pourquoi, dans sa tête, sa priorité était maintenant de le trouver.
« Je dois trouver Harold ! » expliqua-t-il à Dietrich et Liesa qui le questionnaient du regard, alors qu'il se mettait à chercher en se dirigeant vers les gradins des Poufsouffles.
Liesa et Dietrich le suivirent. Apparemment, ils s'étaient donné mission de rester auprès de lui. En bas des gradins, c'était la folie. Tout le monde parlait et bougeait dans tous les sens. Jack avait bien du mal à les éviter, il avait l'impression de ne vraiment les voir qu'une fois qu'ils étaient en contact. Et même là, il n'entendait qu'à moitié les gens lui crier de faire attention. Rendu en bas des gradins des jaunes et noirs, Jack accosta au hasard des Poufsouffles qui se trouvaient sur son chemin :
« Vous avez vu Harold, vous avez vu un quatrième année de cette grandeur, avec des cheveux bruns assez longs et les yeux verts ? »
Certains ne prirent pas la peine de lui répondre, ils semblaient ne pas vraiment le remarquer. D'autres lui répondirent qu'ils ne savaient pas. Et parfois, certains lui dirent qu'ils savaient de qui il parlait, mais qu'ils étaient désolés de ne pas savoir où il se trouvait. Finalement, Jack attrapa un élève qu'il était convaincu d'avoir déjà aperçu en histoire de la magie. Il sembla d'abord inquiet de voir trois Serpentards l'encercler de la sorte, mais Jack ne le laissa pas parler :
« Où est Harold ? » demanda-t-il sur le ton de l'urgence.
Le garçon parut pratiquement soulagé que la question ne fût que ça, puis il sembla le reconnaitre :
« Ah ! T'es l'ami d'Harold en cours ! Euh, aux dernières nouvelles il était toujours dans les gradins avec Philip, Séléna, Casey et Steven… »
« Ok ! Merci ! »
Jack ne le laissa rien ajouter, il courut monter les marches quatre à quatre. En arrière, il entendait Liesa et Dietrich le suivre, visiblement essoufflés. Ils n'étaient pas des joueurs de Quidditch comme lui.
Dans les gradins, il y avait effectivement un groupe de Poufsouffles que Jack n'eut aucun mal à reconnaitre étant donné qu'ils partageaient leurs cours. Alors qu'il n'était pas encore complètement arrivé, Jack se mit à appeler son ami. Un des garçons, Steven, si la mémoire du Serpentard était bonne, se retourna. Il sembla le reconnaitre, puisqu'il se tassa pour laisser une place à Jack et aux deux Serpentards. En arrivant à sa hauteur, Jack s'aperçut que Harold semblait être en état de choc complet. Il avait le regard vague et bougeait que très peu. Séléna, cette fois-ci Jack n'eut aucun mal à la reconnaitre, elle était certainement la plus belle fille de leur année, après Raiponce, évidemment, était accroupie devant lui et tentait de le rassurer, une main sur son genou. Cette vision d'Harold saisit Jack. Ça rendait la situation bien trop réelle. Il avait un goût amer dans la bouche et ce n'était pas juste dû au fait qu'il avait vomi quelques minutes plus tôt.
« Je peux te prendre de l'eau ? » demanda-t-il à Dietrich.
Le Serpentard lui donna sa bouteille et Jack prit une grande gorgée qu'il eut du mal à avaler tellement qu'il avait la gorge nouée. Il reprit son souffle, boire lui avait coupé la respiration, et s'accroupit à côté de Séléna :
« Harold ? »
Harold se retourna vers lui.
« C'est de ma faute… », lui répondit-il, la voix étranglée par la culpabilité.
Jack eut l'impression de prendre un coup dans le visage. Il ressentit la culpabilité d'Harold de plein fouet. Il semblait pris dans ce cercle vicieux de regret et de mal-être et Jack ne put s'empêcher de penser qu'Harold avait raison. C'était de sa faute si Mérida avait eu l'idée de grimper sur ce dragon. Aussitôt que cette pensée l'eut traversé, que sa propre culpabilité le traversa. Mérida, c'était Mérida. Même si Harold n'avait rien fait, peut-être aurait fait quelque chose d'aussi dangereux. Mais qu'est-ce qui était plus dangereux que le feu d'un dragon ?
« Il n'arrête pas de dire ça… », souffla Séléna inquiète et désespérée.
« Il est con, ou quoi ? Comme si ça pouvait être de sa faute que DunBrush ait eu l'idée de libérer le dragon… » répondit Liesa qui avait visiblement été incapable de s'empêcher de se parler.
« Il est sous le choc ! » protesta Philip.
« Il peut bien être sous le choc, il est stupide de se torturer comme ça », renchérit Liesa.
« Il a le droit de réagir comme il veut. Ce n'est pas à toi de juger. T'es pas son ami à ce que je sache », répliqua Casey.
« Non, effectivement », trancha l'Allemande.
Dietrich se retourna vers sa sœur et lui dit quelques mots en allemands. Si Jack les entendait, il n'y comprenait rien, comme à chaque fois qu'ils parlaient dans leur langue maternelle. Habituellement, à Poudlard ils s'efforçaient de parler qu'en anglais en présence des autres. Ils savaient tous les deux que l'allemand était devenu une langue taboue dans les dernières années, mais dans de rares cas, lorsqu'ils ne voulaient pas être compris, ils faisaient exception.
« Was machst du da? »
«Gar nichts, er ist dumm, das ist alles », répondit Liesa sur la défensive.
« Lass das, es bringt nichts »,[1] finit Dietrich visiblement agacé.
Philip, Steven et Casey les dévisagèrent. Visiblement, ils n'appréciaient pas leur présence. Jack n'intervint pas, il était trop concentré à dévisager Harold à chercher les mots pour le réconforter. Mais il se sentait égoïste, car un sentiment désagréable de rancune s'immisçait en lui. Étrangement, cela lui faisait un peu de bien de mettre en partie la faute sur Harold, comme s'il préférait en vouloir au Poufsouffle qu'à Mérida ou au tournoi. C'était plus concret, plus facile.
Wooh ! Il devait arrêter ça tout de suite. Harold était son ami et il avait autant besoin de lui que lui de lui.
« Mais non, Harold… »
« Tu sais que oui. Je l'ai vu dans tes yeux. »
La culpabilité de Jack s'intensifia et leurs amis s'étaient mis à suivre leur conversation. Ils devaient se demander pourquoi les deux semblaient en accord pour dire qu'Harold était au moins en partie responsable. Jack décida qu'il ne servait à rien d'argumenter. Harold ne changerait pas d'avis et lui n'y arriverait pas, car il n'y croyait pas assez.
« Écoute, Raiponce m'a dit qu'elle savait quoi faire pour l'aider et qu'elle était encore vivante. Professeure Rehus a dit à Raiponce qu'ils la transféraient à Sainte-Mangouste. Elle va être correcte. C'est ce qui compte. »
Le regard d'Harold parut aussitôt plus vif. Apparemment, il avait réellement cru l'espace d'un instant que Mérida était morte.
« T'es certain qu'elle n'est pas… partie ? » demanda Harold.
La lèvre inférieure du Poufsouffle tremblait. Il avait l'air extrêmement secoué et soudain, Jack se rappela ce que leur avait confié Harold quelques années plus tôt : sa mère était morte à cause d'un dragon. Jack se sentit encore plus mal de lui en avoir voulu, surtout qu'il avait deviné depuis longtemps que Mérida occupait une place spéciale dans le cœur d'Harold. Il mit une main sur son épaule :
« Elle va être correcte, je te le promets. »
Harold hocha lentement la tête.
« On devrait trouver Raiponce, voir si elle réussit à débarquer à Sainte-Mangouste… »
Harold hocha gravement la tête et accepta de se lever. Ses amis à Poufsouffle avaient l'air surpris, mais soulagés. Visiblement, ils n'avaient pas compris la conversation à double sens que les deux avaient eue.
Raiponce courait dans les couloirs afin de se rendre à sa tour. Elle voulait trouver le miroir de communication de sa mère pour la convaincre que cette fois-ci, c'était vraiment une réelle urgence. La dernière fois qu'elle avait parlé de guérison pour Jack, Mère Gothel s'y était farouchement opposée. Elle avait tout fait pour la convaincre qu'elle devait faire quelque chose, mais sa maman n'avait jamais dérogé et ne lui avait pas permis de faire quoique ce soit et même d'en reparler. Raiponce s'était tellement sentie mal. À chaque fois qu'elle avait vu Jack dans la semaine qui avait suivi, elle avait l'impression de trahir peu à peu ses amis. Heureusement, Mérida avait tellement eu besoin d'elle pour se préparer à l'épreuve, qu'elle avait pu mettre toute son énergie dans ses recherches et son entrainement, plutôt que dans son sentiment de culpabilité.
Elle grimpa les marches de la tour des Serdaigles quatre à quatre. Elle avait les poumons en feu, mais rien ne l'éloignerait de son objectif. Elle s'arrêta devant le heurtoir qui lui poserait une question pour entrer. Elle n'avait tellement pas le temps pour ça ! Elle était dans tous ses états, pas du tout à même de réfléchir.
« Dépêchez-vous… » ne put-elle s'empêcher de marmonner.
« La patience est une vertu, Mademoiselle Gothel », dit la statue.
Raiponce mordit ses lèvres, elle ne voulait pas se disputer avec une statue, mais pour l'heure, être vertueuse était le dernier de ses soucis.
« Oui, désolée. Allez-y », répondit-elle en sentant sa voix monter dans les aigus.
La statue fit une longue pause. En temps normal, elle ne l'aurait surement même pas remarqué, ce n'était que quelques secondes, mais chaque seconde comptait.
« Alors, laissez-moi réfléchir. Hum, ah oui ! Je suis plus précieux que tout l'or du monde, mais on me perd souvent. Je suis d'une longueur infinie, mais toujours trop court pour une vie. On a beau me manger, me tuer ou me passer, je continue toujours à avancer constamment. Qui suis-je ? »
Raiponce n'en avait aucune idée. Elle était beaucoup trop stressée pour réfléchir. Tout ce qu'elle voulait c'était d'entrer dans sa salle commune. Elle avait les larmes aux yeux, mais elle savait que même si elle pleurait, la statue ne la laisserait pas entrer. Elle avait d'ailleurs entendu dire qu'un garçon de sa maison qui n'avait pas trouvé la réponse à l'énigme que lui avait donnée la statue après le couvre-feu était resté enfermé à l'extérieur, même s'il avait pleuré toutes les larmes de son corps. Il avait vraiment eu peur de se faire surprendre par une enseignante ou un enseignant. Néanmoins, la statue n'avait pas bronché. On racontait aussi que la statue donnait des énigmes plus complexes lorsque le couvre-feu était passé. C'est une des raisons pour lesquelles les Serdaigles n'osaient que rarement le franchir. Qui irait se torturer les méninges ainsi ?
« Oh… Je ne sais pas… », se lamenta-t-elle. « Vous pouvez répéter ? »
Raiponce devait se clarifier l'esprit. Si elle paniquait, elle n'arrivait jamais à trouver la réponse et à entrer. Le heurtoir répéta l'énigme et la jeune fille fut plus attentive. Ce devait être quelque chose de précieux et facile à perdre. Très long, mais trop court. Non, infiniment long, mais considéré trop court. La dernière phrase la rendait perplexe. Il fallait que ça avance, que ça bouge. Quelque chose de vivant ? Quel animal était d'une longueur infinie, mais pouvait avancer constamment ? Un ver ? Harold déjà dit à Raiponce que certains vers pouvaient grandir à l'infini. Sauf qu'un ver ce n'était pas vraiment précieux. Un occamy, peut-être? C'était précieux, ça. Elle ouvrit la bouche pour tenter, avant de la refermer. Si c'était une mauvaise réponse, ce dont elle se doutait fortement, étant donné que la dernière semblait clocher, elle devrait attendre une prochaine personne pour qu'elle tente sa chance. Tout le monde devait être encore dans les gradins et même si les enseignants et enseignantes les renvoyaient dans leur dortoir, cela prendrait encore plusieurs minutes. Elle n'avait pas tout ce temps devant elle.
Raiponce eut comme un déclic. C'était le temps, mais bien sûr ! Il n'y avait rien de plus précieux que le temps et pourtant, même présentement Raiponce avait l'impression d'en perdre de précieuses minutes. Le temps était infini, mais restreint sur une vie. On pouvait manger le temps de quelqu'un, tuer le temps en s'occupant ou passer le temps en s'amusant. Finalement, le temps allait toujours vers l'avant, immuablement.
« C'est le temps ! Le temps ! » répéta-t-elle pour être certaine d'avoir été entendue.
« Puisque le vôtre semble si précieux, Miss. Gothel, je vous le rends avec joie. »
La porte s'ouvrit et Raiponce courut jusqu'à son dortoir. Elle passa sa main sous son oreiller et saisit l'objet tant convoité.
« Mère, mère ! » cria-t-elle.
Personne ne répondit. Comme si elle n'était pas déjà assez crispée, Raiponce sentit son cœur s'accélérer et le désespoir l'envahir. Il fallait que Mère Gothel lui réponde, que sa maman vienne la voir. Ne devait-elle pas être au courant de ses malheurs ? N'était-elle pas au courant de tout ? Était-ce possible qu'elle soit en route pour aller la chercher en voyant qu'un dragon venait d'être libéré à Poudlard ? Oh non ! Raiponce ne voulait pas devoir retourner à la maison, mais si elle inquiétait sa mère, est-ce qu'elle la forcerait à retourner chez elle ? Elle voulait juste l'autorisation pour se servir de ses pouvoirs. Mais si en lui demandant sa mère lui interdisait de retourner à Poudlard ? En fait, Raiponce devait prendre une grande décision. Elle devait décider de se servir de ses pouvoirs sans l'accord de sa mère. Elle la renverrait à la maison, mais si c'était l'unique façon de sauver Mérida, elle devait le tenter.
Raiponce s'apprêta à ranger son miroir à double vision, lorsque la voix de sa maman se fit entendre.
« Raiponce ? Mais que fais-tu là si tôt ? »
La jeune Serdaigle essuya ses larmes du revers de sa manche de sa robe et reprit le miroir.
« Oh ! Maman ! Désolée, je ne voulais pas te déranger… »
« Tu ne me déranges jamais, voyons, ma belle chérie. Comment s'est déroulée la première épreuve ? »
Raiponce ouvrit la bouche, prête à tout raconter avant de s'interrompre. Mère n'était pas au courant. Si elle avait été au courant, elle aurait paniqué. Elle n'était pas encore au courant et Raiponce devait en profiter pour lui mentir, pour gagner du temps, pour la première fois de sa vie. Cependant, il ne fallait pas que mère Gothel s'aperçoive de son mensonge et la seule façon qu'elle vit, fut :
« Ça va commencer bientôt. »
« Oh ! Très bien, ma belle. Tu me raconteras tout ce soir, n'est-ce pas ? »
« Oui, oui. »
« Pourquoi m'appelais-tu ? »
Raiponce hésita une fraction de seconde et opta pour une demi-vérité.
« J'ai peur pour Mérida. »
Elle sentit ses yeux s'embuer malgré elle.
« Oh, ma belle chérie, ne t'inquiète pas. Tout va bien aller. Tu sais que tu es la chose la plus précieuse pour moi. »
« Je t'aime, maman. »
« Moi aussi ma belle. Plus encore. »
Raiponce se força à sourire, prétendant être rassurée. Elle dit au revoir à sa mère et cacha le miroir sous son matelas. Sa mère l'avait cru. Bon sang. Raiponce se sentait horriblement mal, mais elle se doutait que Mère Gothel n'aurait pas compris. Elle n'avait pas été là, elle n'avait pas vu l'horrible scène. Raiponce redescendit de la tour des Serdaigles, elle devait trouver sa directrice et lui révéler son pouvoir pour qu'elle l'autorise à porter secours à Mérida.
Le seul problème c'est qu'elle ne savait pas où elle se trouvait. Elle n'était certainement pas à son bureau. Elle était peut-être encore au stade de Quidditch ? Ou à l'infirmerie avec les autres participants ? Tom avait été légèrement blessé, Slughorn était peut-être allé avec lui là-bas s'il avait besoin de soins mineurs. Raiponce choisit cette dernière option. Dans tous les cas, on la guiderait surement de là. Elle fila au deuxième étage en courant dans les couloirs. Elle ne croisa heureusement personne. Elle n'avait pas envie de devoir s'expliquer ou ralentir. Les fantômes de Poudlard devaient surement être curieux de ce qui s'était produit.
Aussitôt qu'elle s'approcha du local, elle entendit un brouhaha important. Visiblement, plusieurs personnes s'y trouvaient. La Serdaigle franchit les portes et avança à l'intérieur, cherchant des yeux la personne qu'elle cherchait. Elle ne voyait pas Têtenjoy, ni même aucun professeur. Il y avait bien l'infirmier et une autre infirmière qui devait sans doute être là pour le tournoi, mais tous les deux semblaient plus qu'occupés. Raiponce ne comprenait pas comment il pouvait y avoir autant de blessés. La jeune fille était en train de se dire qu'elle aurait plus de chance dans le Hall lorsqu'une voix l'interpella :
« Gothel ! »
Raiponce se tourna et aperçut sa préfète assise sur un lit. Millicent. Une autre fille de Serdaigle était debout à côté d'elle et semblait inquiète. Elle devait savoir quelque chose. Elle était aux premières loges lors de l'accident. Raiponce se précipita vers elle et demanda :
« Tu sais où est Professeur Têtenjoy ? »
« Ne lui demande surtout pas comment elle va… », souffla la Serdaigle à côté de Millicent.
« DunBrush est sa meilleure amie, Rory… »
La dénommée Rory détourna la tête, même si Raiponce avait été un peu touchée par ses propos. Il était vrai que Millicent devait être très ébranlée.
« Je vais bien Raiponce, ne t'inquiète pas », dit Millicent avant que Raiponce ait eu le temps de lui demander. « Je voulais te dire. J'ai vu Mérida, elle est en vie. Ça va bien aller. »
Même si Raiponce était légèrement soulagée, ça n'enlevait pas ce poids dans sa poitrine. Et si elle succombait de ses blessures ?
« Je dois vraiment parler à Têtenjoy, Millicent… »
« Même si tu demandes à Têtenjoy, elle ne te laissera pas voir Mérida, Raiponce. Tu le sais, ça. »
« Elle va me laisser la voir. J'ai quelque chose d'important à lui donner, Millicent. Où est-elle, s'il-te-plait ? » supplia Raiponce.
Millicent hésitait, elle jeta un œil à Rory qui haussa les épaules.
« Écoute Raiponce... Il vaut mieux, parfois, ne pas voir. Ce n'est pas joli, elle a été très brûlée. »
Raiponce s'impatientait. Elle se fichait de ce à quoi Mérida ressemblait. Elle savait que Millicent tentait de la protéger, en tant que bonne préfète, mais elle ne comprenait pas, elle ne pouvait pas comprendre.
« Je sais, je sais. Mais je dois quand même trouver Professeur Têtenjoy. »
Rory soupira et Millicent hocha la tête.
« Je ne sais pas si elle a le temps de te parler, mais elle devrait être dans la Grande-Salle, elle y rassemblait les élèves avec le professeur Brûlopot. »
« Merci Millicent ! Merci ! »
Raiponce se retourna et quitta l'infirmerie au pas de course et descendit encore les escaliers jusqu'au premier étage.
« Raiponce ! »
La Serdaigle se retourna, un groupe de Poufsouffles et de Serpentards venait d'entrer dans le Hall alors qu'elle descendait les marches. Jack était à sa tête avec Harold. Raiponce ne manqua pas la mine complètement défaite d'Harold. Elle ne l'avait jamais vu dans cet état. Après, ils devaient tous faire peur à voir.
« Jack ! Harold ! »
Raiponce descendit les marches et prit le Serpentard dans ses bras. Elle avait besoin de réconfort, car ce qu'elle s'apprêtait à faire lui prenait beaucoup de courage. Harold paraissait gêné en arrière, alors elle repoussa légèrement le Serpentard pour prendre le Poufsouffle à son tour dans ses bras. Si au début il semblait mal à l'aise, Harold passa ses bras autour d'elle et la serra avec force. Raiponce sentait qu'il était juste sur le point de fondre en larmes.
« Ça va aller, je… je vais être capable de faire quelque chose », murmura-t-elle à l'adresse du Viking.
Il l'emprisonna encore un instant avant de la laisser se libérer. Elle se recula un peu pour l'observer. Il hocha lentement la tête, pas rassuré le moins du monde. Elle avait mis ses mains dans les siennes et s'approcha de lui à nouveau et l'embrassa sur le front, avant de passer une main sur sa joue, comme elle avait déjà fait pour le rassurer. Harold hocha la tête. À côté, Jack toussa et Raiponce se tourna. Il avait les joues rosées et Raiponce le dévisagea un instant.
« Tu… tu as trouvé comment voir Mery ? » demanda-t-il.
« Pas encore, mais j'allais voir Professeur Têtenjoy à l'instant. Harold et toi, vous pouvez venir si vous voulez. »
Raiponce n'aimait pas exclure le petit groupe qui les accompagnait, mais si elle était prête à révéler son pouvoir à Têtenjoy, voire à ses amis, ce n'était pas le cas de toutes ces personnes. Ils ne parurent pourtant pas vexés. Les amis d'Harold le saluèrent et lui dirent des mots réconfortants, et les Bach sourirent à Jack en leur disant qu'ils se retrouveraient plus tard. Ils entrèrent dans la Grande-Salle et le trio se dirigea vers la table des professeurs où se trouvait Têtenjoy en pleine conversation avec Dumbledore.
D'un pas confiant, Raiponce se dirigea vers les deux directeurs de maisons et demanda :
« Euh, je ne veux pas vous déranger, mais j'aimerais vous parler en privé rapidement, Madame Têtenjoy. S'il-vous-plait. »
Têtenjoy se retourna et dévisagea un instant Raiponce, comme si elle sortait d'un rêve avant de comprendre en voyant Harold et Jack à ses côtés.
« Écoutez Miss. Gothel, je n'ai pas vraiment le temps maintenant. Je sais qu'il s'agit de votre amie proche à tous les trois, mais pour le moment nous devons tous rester groupés ici. »
Raiponce mordit sa lèvre, elle devait vraiment convaincre Têtenjoy de lui accorder une minute pour qu'elle puisse l'apporter à Sainte-Mangouste.
« Madame, c'est vraiment important. Il s'agit de Mérida. Je… je sais comment la guérir. »
Raiponce avait murmuré les derniers mots, si bien que Têtenjoy la dévisagea :
« Comment ? Répétez, Miss. »
« Je… »
« Je demanderai à tous les élèves de s'assoir immédiatement », tonna Armando Dippet en entrant dans la Grande-Salle sa baguette sur sa gorge.
Raiponce resta figée sur place. Elle toucha le bras de Têtenjoy pour attirer son attention et la dame se retourna, légèrement crispée.
« Miss., nous parlerons après. Allez-vous s'assoir, chacun à votre table respective », fit-elle sur le ton de l'avertissement.
Raiponce sentait l'injustice lui tenailler l'estomac, mais elle ne pouvait discuter un ordre aussi direct de sa directrice. Jack était déjà en direction de sa table et Harold lui toucha le bras pour la rassurer. Elle réussirait à parler à Têtenjoy juste après. Raiponce alla s'assoir tout devant, avec les premières années. Elle sentait les gouttes de sueur perler sur sa nuque sous ses cheveux. Il faisait tellement chaud pour un mois d'octobre. Elle espérait tellement que Dippet ferait vite, combien de temps avait-elle devant elle ?
« Merci », fit Dippet une fois que le calme fut revenu. « Je sais que la plupart d'entre vous ont été très choqués par l'issue de la première épreuve. Il n'est pas rare qu'à de tels types de tournoi des accidents se produisent. Rassurez-vous, l'état de Mademoiselle DunBrush est stable pour le moment. Elle reviendra une fois ses blessures guéries. »
Le brouhaha reprit, tous y allant de son commentaire. Raiponce crut entendre à sa table quelqu'un dire que Mérida avait été incroyable et quelqu'un d'autre que c'était digne de la maison des Gryffondors, une téméraire impulsive.
Même si elle était épouvantée que certains prennent déjà aussi à la légère les évènements, se permettant même de dénigrer la rouge et or alors qu'elle était entre la vie et la mort à l'hôpital, elle était cependant légèrement rassurée. Mérida était stable, selon Dippet. Mais l'était-elle réellement ou le directeur disait cela seulement pour rassurer tout le monde ?
Dippet se racla la gorge et le silence revint aussitôt, tout le monde avait trop peur des châtiments de Mrs. Crane.
« Pour ce qui est du dragon, une équipe du département de la régulation et du contrôle des créatures magiques du ministère est partie à sa recherche et lorsqu'ils l'auront retrouvé, l'exécuteront. D'ici ce moment, aucune sortie à l'extérieur de l'enceinte de Poudlard ne sera autorisée. Un élève étant surpris à se balader à l'extérieur du château aurait le droit aux mêmes conséquences que s'il se trouvait dans la forêt interdite, suis-je clair ? »
Un silence de mort lui répondit.
« Pour ce qui est des cours de créatures magiques et de botaniques qui vous demandent de sortir du château, la situation devrait être réglée d'ici demain soir. Si ce n'est pas le cas, je vous informerai des mesures qui seront mises en œuvre à ce moment-là. Finalement, pour les élèves de 6e et 7e année qui ont besoin d'avoir accès aux écuries et aux serres, je vous demanderais de vous adresser directement à Monsieur Brûlopot et Madame Robinson qui vous accompagneront pour vos sorties dans les deux prochains jours. Finalement, félicitations à notre gagnant de la première épreuve Monsieur Jedusor et bonne journée à tous et à toutes. »
Dippet cessa de parler et peu à peu la salle se remit à vibrer. Raiponce se leva et courut vers l'estrade des enseignants et des enseignantes. Lorsque Têtenjoy la vit, elle soupira.
« Oui, Miss. »
« Je dois voir Mérida, Madame. Je sais… »
« Je peux savoir ce que vous faites ici, Miss.? », demanda Dippet visiblement agacé.
Raiponce hésita, le directeur lui avait toujours paru très imposant. Têtenjoy répondit à sa place.
« Mademoiselle Gothel est une amie très proche de Miss. DunBrush, elle souhaite la voir. »
Dippet hocha la tête et dit :
« Vous êtes la fille de Ferila Gothel, n'est-ce pas ? »
Raiponce hocha la tête. Dippet soupira.
« Écoutez Miss., même si vous aviez l'autorisation de quitter le château, ce que vous n'avez pas, personne ne vous laisserait entrer à Sainte-Mangouste. Votre amie a été grièvement blessée, ils ne laisseront personne entrer avant plusieurs heures et ce ne sera que la famille. »
« Je sais, mais moi, c'est différent », implora-t-elle.
« Je sais que vous êtes proche de Miss. DunBrush, mais il n'y aura aucune exception. Mais ne vous inquiétez pas, Miss. DunBrush va s'en remettre. Elle a été très chanceuse et sa perte de conscience rapide lui a permis d'éviter une bonne partie des flammes. Je crois que le sortilège de protection de Monsieur Jedusor y a aussi joué pour quelque chose. Dans quelques semaines, elle sera de retour. »
« Mais… »
« Il n'y a pas de "mais", c'était mon mot final. Professeur Têtenjoy vous informera des avancés lorsqu'elle ira mieux. Maintenant, cessez de vous inquiéter et aller retrouver vos amis. »
Dippet lui tourna le dos. Raiponce se tourna vers Têtenjoy, qui lui mit une main l'épaule qu'elle serra légèrement.
« Ne vous inquiétez pas Miss. Gothel. Votre amie est saine et sauve. »
La Serdaigle hocha lentement la tête, pas si rassurée que cela, mais elle décida de croire les directeurs. Mérida avait été chanceuse, elle allait relativement bien.
« Si cela peut vous rassurer, vous pouvez toujours écrire à ses parents dès demain, lorsqu'ils auront pu voir Mérida, d'accord ? »
Raiponce hocha la tête, même si elle était incertaine. Les parents de Mérida étaient des moldus, elle n'avait jamais communiqué avec des moldus même si elle avait déjà aperçu les parents de son amie à la gare. Mère Gothel ne lui permettrait surement pas. Ils étaient trop imprévisibles, trop avides de pouvoir. Mais bon, les parents de Mérida étaient roi et reine des îles d'Highlands, ils ne cherchaient surement pas plus de pouvoir et maman n'aurait tout simplement pas à être au courant, non ?
Raiponce sentait que la facilité du mensonge commençait à se glisser dans son esprit et elle n'aimait pas ça. Elle avait l'impression d'être sur un fil, juste sur le bord de tomber. La jeune fille murmura un merci avant de se retourner et descendre l'estrade des professeurs. Harold et Jack l'attendaient en bas, Jack regardait ailleurs, plus loin dans la Grande-Salle.
« Mérida va bien. Elle devrait être de retour dans quelques semaines. Ils me suggèrent d'envoyer une lettre à ses parents demain. »
Harold parut finalement légèrement soulagé.
« Super », dit-il crispé. « J'aurais tellement voulu… Je n'aurais pas dû lui donner le dragon avant l'épreuve… »
Raiponce n'avait pas la moindre idée de quel dragon il parlait, mais elle lui prit la main et dit :
« Ça va aller Harold, ce n'est pas de ta faute, d'accord. Dippet l'a dit lui-même, ces tournois ne sont pas sécuritaires. Il y a souvent des accidents, Mérida devait croire qu'elle ne risquait rien. »
Jack se retourna et semblait très mal à l'aise. Il observa ses deux amis un moment avant de passer une main dans son cou. Devant son regard étrange, Raiponce ne put s'empêcher de rougir à son tour et lâcher la main d'Harold, comme si c'était indécent.
« Je vais aller m'étendre, je crois. Ma tête me fait vraiment mal. On se voit plus tard… »
« Tu ne veux pas aller au chêne ? » proposa Raiponce ne souhaitant pas voir son ami les laisser seuls ici.
Jack hésita, Harold baissa la tête et le Serpentard haussa les épaules.
« Non, faut que je me repose, sinon ça va redevenir comme la dernière fois et je n'ai pas envie de devoir me confiner pendant encore des semaines. »
Raiponce hocha la tête, déçue.
« On se revoit ce soir ou demain », dit-il
« D'accord. »
« Amusez-vous bien. »
Raiponce n'eut pas le temps de noter le drôle de choix de phrase, Jack était déjà parti vers sa table où il récupéra les Bach avant de quitter la Grande Salle. Mais qu'est-ce qui lui prenait ?
