Bonjour à tous,
Nouveau chapitre et là, clairement les événements s'accélèrent. Je sens que certains d'entre vous seront content aussi ! Enfin, à nouveau, je profite de remercier tout ceux qui prenne le temps de m'écrire quand je poste. A chaque fois, je reçois plein de compliments et du coup, je me replonge dans l'histoire et j'écris.
Alors plein d'amour à vous !
P.s mon histoire en est à plus de 350 pages A4... Je m'impressionne moi-même.
Chapitre XV
Décembre. Et il n'avait toujours pas avancé avec la quête des Horcruxes. Plus les semaines s'écoulaient et plus il avait l'impression que quelque chose se tramait dans son dos. Dumbledore lui jetait souvent des petits regards inquiets. Par moment il semblait même hésiter à l'aborder. Étrange.
Harry se leva lentement de la table des Gryffondors, enfonçant ses mains dans ses poches, il avait fini de manger. Sous le regard noir de son tuteur, il s'était forcé à avaler ce qu'il y avait dans son assiette. Mais tout cela n'avait pas vraiment de sens. Si manger n'était pas un besoin essentiel à la vie, il aurait laissé tomber depuis longtemps. Ignorant les questions de Ron et Hermione, il enjamba le banc.
Cela faisait un mois depuis sa petite entrevue fort désagréable avec Ombrage et si, Merlin merci, il avait réussi à cacher à tout le monde sa cicatrice supplémentaire, depuis les choses s'étaient un peu précipitées. Le Seigneur des Ténèbres faisait de plus en plus souvent les gros titres de la presse, les journalistes décrivant scènes de massacres, tortures ou encore disparitions mystérieuses.
Il allait tourner les talons pour sortir de la grande salle à l'ambiance pesante quand il fut stoppé net par un journal tombant à ses pieds. Le silence s'était fait à la table des lions. Très lentement il se baissa et ramassa la Gazette du Sorcier. Le journal était ouvert sur la première page. Une photo de lui y figurait en grand. En-dessous on pouvait lire " Harry Potter se cache-t-il à Poudlard alors que Vous-Savez-Qui fait régner la terreur sur le monde sorcier ?"
Un silence de plomb régnait à la table des étudiants rouge et or alors qu'ils observaient tous sa réaction. Le calme y était tellement étonnant que petit à petit les autres maisons notèrent l'ambiance lourde qui y régnait.
Ah. Il sentit le poids de ses soi-disant responsabilités l'écraser une nouvelle fois. Ses yeux parcouraient rapidement les lignes mensongères du journaliste qui le décrivait comme un adolsecent instable. Agressif. Dangereux et fou. Il racontaient plusieurs scènes qui s'étaient déroulées au sein de l'école. De ses pétages de câble. De sa manière suicidaire de jouer au quidditch. Ombrage avait témoigné. Le traitant de pauvre enfant qu'elle avait "pris en main". Il devait simplement "apprendre à obéir à des ordres simples". Il sentit brusquement son sang bouillir dans ses veines alors qu'il refermait lentement les feuillets. Tournant son regard vert sur l'étudiant qui avait jeté l'objet à ses pieds, il lui offrit un rictus cynique et laissa, à son tour, tomber le journal.
- Ramasse.
Enjambant les feuilles au sol, il enfonca ses poings serrés dans les poches de son pantalon noir et sortit. Depuis plusieurs semaines déjà, les élèves chuchotaient sur son passage. Ce n'était pas la première fois qu'on l'attaquait sur sa prétendue lâcheté. C'était chaque année la même chose. A chaque fois, il espérait à tort, que les choses changent. Il détestait ce côté naïf de lui-même.
Du coin de l'oeil, il vit un certain blond se lever. Merlin. Il savait parfaitement ce qu'il voulait. Depuis la dernière fois, il l'avait subtilement évité. Faisant comme si jamais rien n'était arrivé entre eux et il pouvait sentir chaque jour l'exaspération du blond monter d'un cran.
Lâche. A chaque fois que Draco avait tenté de lui parler, il avait trouvé la première excuse pour s'en aller. Et il avait vu le blond adopter plusieurs stratégies en réponse. D'abord il avait semblé conciliant. Il l'avait laissé esquiver sans rien dire… Puis il avait tenté ses coups en force. Sauf qu'il se méfiait et ne l'avait jamais laissé avoir l'occasion de le plaquer à nouveau contre un mur… Apparemment, le blond s'était même adressé à son entourage. Snape. Hermione. Inutile.
Alors maintenant, il semblait vouloir le comprendre. Il le fixait sans arrêt. Le suivait partout. Quand ils se retrouvaient dans la salle sur demande, il lui posait des questions plutôt anodines… Il semblait passer son temps à l'analyser et le brun n'était pas loin de craquer.
Il était fatigué. Epuisé. Eviter Draco. Chercher les Horcruxes. Ne pas inquiéter son tuteur. Survivre aux brigades de discipline d'Ombrage qui passaient leurs temps à le harceler.
- Harry Potter Monsieur !
Harry sursauta et se tourna. Dobby se tenait derrière lui, se tortillant sur place. Plus loin, il vit Draco à l'angle d'un couloir, appuyé contre le mur, bras croisés sur son torse, le fixant.
- Do...Dobby...comment ça va ?
L'elfe manqua de s'étrangler à la question alors qu'il se mettait à genoux pour remercier le brun. Cette comédie devenait lassante.
- Dobby. Qu'est ce que tu veux ?
Cassant, il le vit se redresser d'un bond, se mettant au garde à vous alors qu'il lui répondait enfin, l'air incertain et coupable.
- Monsieur le grand sorcier Dumbledore, Monsieur, aimerait voir Harry Potter… Il dit que c'est urgent !
- Urgent….? Harry fronça lentement les sourcils alors qu'il se détournait rapidement de la petite créature.
- Parfait, j'y vais ! Merci Dobby.
- Oh de rien ! De rien Harry Potter ! Dobby est très très honoré !
- Oui oui. A bientôt Dobby.
Sans attendre plus longtemps, et après avoir adressé un regard d'avertissement au sorcier de sang pur qui le suivait partout, il monta rapidement les marches pour se rendre au bureau du Directeur.
- Potter attends moi.
Evidemment. Il se fichait complètement qu'il lui ait signifié de ne pas le suivre.
- Malefoy, j'ai pas le temps, je dois aller voir Dumbledore et on a Métamorphose dans une demi-heure.
- Je suis au courant, merci pour les évidences.
- Alors quoi ?
Le blond l'attrapa par le poignet et le tira doucement, l'obligeant à se tourner vers lui alors qu'il s'avançait. Le couloir était désert à cette heure là et heureusement, parce que Draco était maintenant à un centimètre à peine de son cou, son souffle s'échouant contre le pavillon de son oreille.
- Potter… écoute bien ce que je vais te dire…
Submergé de sensations, il se crispa entièrement alors qu'il pouvait sentir sa chaleur si près de son corps. Son parfum. Il était incapable de lutter contre ça. D'étouffer les réactions physiques qui l'envahissaient. Ou même cette envie irrépressible de se coller à lui. Sale. Pervers.
- Recule toi.
- Non...Écoute moi.
C'était différent. Tellement différent des dernières fois où il avait cherché à le dominer avec brusquerie… C'était plus doux. Intime. Rassurant. Souillé. Monstre.
- Malefoy
- Tu me manques Potter…
Comment est-ce qu'il pouvait lui dire une chose pareille… De cette manière. Dénué de toute moquerie. De tout sarcasme. C'était juste un fait, froidement annoncé, comme une sorte de douce évidence alors qu'il sentait ces quelques mots le pénétrer comme un venin puissant, enflammant ses veines et forçant son coeur à battre trop vite. Déchet. Anormal.
- Arrête…
- Trop tard Potter… Ca fait bien longtemps que je suis plus capable "d'arrêter".
Il gémit. C'était la première fois qu'il manquait comme ça à quelqu'un. Il en était sûr...c'était trop fort pour que quiconque ait déjà pu ressentir ça pour lui. Mais il fallait que ce soit lui. Que ce soit avec lui. Il ne pouvait pas. Il n'était pas à la hauteur. Usé, détruit. En morceau. Fou.
- Laisse moi.
Il vit Draco reculer lentement, son regard argenté reflétant sa frustration immense alors qu'il pliait et le laissait tranquille.
- Pour le moment. Mais n'imagine pas me filer entre les doigts Potter…
Cette fois il ne le dit pas. "A moi". Mais les mots flottaient entre eux alors qu'ils se dévisageaient. Harry, après un dernier frisson, tourna rapidement les talons et quitta le couloir.
Potter avait peur. Cette fois il en était absolument certain. Sa réaction, là, à l'instant. Ce regard. Il était terrifié. Sauf que Draco n'avait pas la moindre idée de comment faire.
Il avait eu beau retourner la situation dans tous les sens, il avait réalisé bien trop tard ce qu'il devait se passer dans la tête brune. A ce moment là, il se serait frappé.
Potter lui avait avoué. Il lui avait dit ce que son oncle lui faisait. Crispé, il se remémora sa décision d'aller voir Snape. Et de ce que cette visite lui avait appris.
- Je veux savoir ce que Potter a subi chez ces Moldus. Avec précision.
Il se tenait devant le bureau du Maître des Potions. Il avait débarqué sans crier gare, à plus de 21h, s'était planté devant lui et avait exigé. Snape l'avait toisé avec froideur.
- Monsieur Malefoy. Et qu'est-ce qui vous fait croire que Monsieur Potter a "subi" quoi que ce soit comme vous le dites…?
- Parce qu'il me la dit. Qu'il était battu et violé.
Les mots avaient retenti entre eux comme un coup de tonnerre. Violents et crus. Severus avait blêmi alors qu'il posait brusquement la plume qu'il tenait et qu'il se levait pour jeter un sort de silence sur son bureau. Son regard s'était assombri, hanté.
- Alors pourquoi ne pas lui demander les détails à lui ?
Draco s'était crispé en réponse à l'attitude non verbale de son parrain, s'attendant au pire.
- Parce qu'il semble avoir du mal à mettre des mots dessus. Il a essayé et il n'a pas réussi…
Longuement, son parrain l'avait fixé. Potter avait essayé une seule fois… Puis ils n'avaient plus jamais parlé de cet instant… Mais son Parrain n'avait pas besoin de tout savoir à propos de cette fameuse discussion non plus.
- Pourquoi est-ce que tu veux connaître les détails Draco…?
Son Parrain ne l'appelait que rarement ainsi. Uniquement lorsque les choses étaient graves. Prenant un inspiration, il lui lança un regard blasé mais non moins sûr de lui.
- Tu sais très bien pourquoi Parrain… Mais si tu souhaites que je l'énonce à voix haute devant toi, soit. Parce que Potter est à moi. Que je compte bien l'avoir mais que je ne peux pas avancer sans risquer de faire quelque chose qui ne le blesse si je ne suis pas au courant.
Snape frémit. Jamais il n'aurait imaginé voir son filleul venir lui annoncer, sans ambages, que ce serait lui qui viendrait lui enlever son pupille. Il n'était pas prêt. Il ne l'avouerait pas, même sous la torture, mais maintenant, après deux ans avec l'adolescent, il avait du mal à le laisser partir. Pas en sachant tout ce par quoi il était passé… Mais au moins Draco n'était pas un petit imbécile stupide comme certains autres…
- Ce que Potter a subi va au delà de tout ce que tu pourrais imaginer crois moi.
Il le vit se tendre encore un peu alors que sa mâchoire se crispait.
- Je veux savoir. Je ne suis pas fragile au point de m'effondrer si vite.
Et alors s'en était suivie une longue discussion. Ce que Draco avait appris l'avait sidéré. Il avait, d'un coup, levé le voile sur toute une partie de la vie de Potter tout en ayant l'impression de faire face à un vrai désastre. Son Parrain lui avait raconté. L'enfance de Potter. Le placard, les coups. La privation de nourriture. Les os cassés, les commotions cérébrales. La négligence médicale. Les insultes. Les viols. Il était ressorti de cet entretien assommé.
Et il avait seulement pris conscience, à cet instant là, d'à quel point Potter était dévasté de l'intérieur. Ravagé, détruit. Ces Moldus l'avaient brisé sans pitié. Ils avaient torturé un enfant sans jamais douter de leur comportement.
Et Potter s'était développé comme il le pouvait. Et brusquement tout ses comportements s'étaient éclairés pour le blond. Son besoin constant de ne pas faire de vagues… De tout accepter. Puis son besoin de sauver la veuve et l'orphelin...Son mépris total de la mort. Sa compassion pour le Lord… Sa haine et ses accès de colère…
L'image de l'esprit de Potter l'avait hanté. Une ville fantôme fumante après un bombardement… Les traces de blindés ayant tout détruit sur leur passage. Probablement que s'il s'était aventuré plus loin, aurait-il trouvé les cadavres des rêves et des espoirs du survivant, jonchant le sol, étalés dans leur propre sang ou agonisants.
Il n'avait pas réussi à dormir après ça. Comment. Comment est-ce que Potter pouvait se tenir debout…? Mais à bien y réfléchir, il avait même fini par douter de ça. Potter n'était pas debout. Potter était agenouillé et enchaîné sur l'autel du sacrifice du Monde sorcier.
Potter était un corps brisé abritant un esprit malade. Et alors Draco avait sentit une angoisse insidieuse et malsaine l'envahir. Avait-il la force de s'attacher à ce genre de personne… ?
Auto-destructrice, marchant sur le fil de la vie en toute inconscience… Promis à un avenir trop sombre pour y distinguer quoi que soit. Il avait hésité. Il s'était sincèrement posé la question. Était-il assez fort pour se tenir aux côtés du Survivant… Pour supporter ce qu'il était… Ce qu'il restait. Où il l'entraînerait…? Serait-il à la hauteur ?
Et alors il l'avait imaginé aux côtés de quelqu'un d'autre, épaulé par Weasley… Et Granger. Il avait imaginé le regard vert se poser sur lui de loin et il avait senti une vague de jalousie et de possessivité l'envahir, le submerger. Manquer de le noyer. Non. Potter était à lui. Peu importe le reste. Personne ne pouvait prendre sa place.
Et il avait alors réfléchi encore. Mettant en lumière que le survivant avait été tabassé toute sa vie par deux hommes. Puis violé. Et lui, Draco Malefoy, l'avait poussé à accepter son contact. Il l'avait obligé à garder une trace de son passage, l'avait poussé dans ses retranchements.
Et il avait compris. Il avait dû se rendre à l'évidence. Potter s'était fait ratrapper par son passé… Mais il allait lui prouver, peu importe le temps que ça prendrait, quitte à aller égorger son porc d'oncle sous ses yeux, qu'il n'était pas lui. Pas eux. Et que, au contraire, quiconque s'en prendrait à lui, subirait un retour de flamme à la Malefoy.
Le lendemain, il écrivait à sa mère, lui racontant ses réflexions et lui annonçant à la fin qu'elle pouvait abandonner toute idée de le voir concevoir une descendance dès maintenant. Il avait souri quand deux jours plus tard, sa mère lui renvoyait un "Bonne chance mon chéri, ton père et moi sommes fiers de toi". Il en avait fini avec les doutes et les chemins de traverses.
Maintenant que tout était clair, il n'avait plus qu'à trouver Potter. Il était descendu à la grande salle et avait guetté son arrivée.
Quand il était apparu, il avait l'air toujours aussi fatigué. Il l'avait regardé avaler sans grande envie deux toast dégoulinants de confiture et un thé avant de se lever.
Puis il avait vu le journal tomber. Potter, les sourcils froncés, le ramasser et lire. Il s'était assombri de seconde en seconde. Immédiatement, Draco avait arraché le numéro de la Gazette au serpentard à sa droite et avait étouffé toute protestation d'un regard si glacial que l'autre s'était tu sur le champ. Quand le gros titre était apparu sous ses yeux il avait senti ses épaules se crisper.
Relevant la tête, il grava le souvenir du Gryffondor qui avait délibérément mis ça sous le nez du survivant. Il allait le payer cher. Quand Potter sortit, la tête haute malgré la colère évidente dans ses yeux verts, il le suivit.
Il lui avait emboîté le pas et allait le rejoindre quand Dobby avait débarqué. Sans un mot et sans la moindre gêne, il avait écouté la conversation avant de finalement poser ses doigts sur le poignet du brun. Il avait un peu maigri encore. Mais cela faisait trop longtemps qu'il ne l'avait pas approché d'aussi près.
En douceur, il le tira vers lui, rapprochant leurs deux corps alors qu'il se penchait contre son cou. Il devait lui dire. Lui montrer.
Quand Harry franchit les dernières marches conduisant au bureau du Directeur, il le trouva en train de faire les cents pas dans la pièce. Les mains jointes dans le dos, les sourcils froncés, il ne l'avait que rarement vu aussi sérieux.
- Monsieur…?
- Oh Harry c'est toi. Assieds-toi.
- Ça va aller merci…
Le survivant se tendit lentement alors qu'il sentait un frisson glacial remonter le long de son dos.
- Bien. Très bien comme tu préfères.
- Que se passe-t-il Professeur…?
Le vieil homme soupira avant de lisser doucement sa barbe, se tournant finalement vers le jeune sorcier pour plonger son regard bleu dans le sien.
- Nous avons retrouvé la trace d'un des Horcruxes… Il faut que tu m'accompagnes pour le détruire…
La nouvelle envoya une décharge d'adrénaline glaciale au Sauveur du Monde. Excitation. Inquiétude. Peur et impatience.
- Où ?
- Sur la côte Est de l'Angleterre, dans une grotte forgée par les vagues. Nous n'avons pas beaucoup de temps Harry, nous devons nous mettre en route.
Hochant la tête, il s'approcha de Dumbledore qui venait de tendre la main vers lui. Ils allaient transplaner. Dumbledore étant suffisamment puissant, ils ne perdraient pas de temps avec un Portoloin.
Harry sentit le monde vaciller sous ses pieds et il ferma les yeux. La quête des Horcruxes débutait à cet instant précis.
Quand il sentit le sol à nouveau ferme sous lui, un vertige le prit et il dû poser un genou à terre pour ne pas tomber. Relevant doucement les yeux, il nota enfin l'environnement dans lequel il se trouvait.
En haut d'une falaise déchiquetée par les vents et les flots, il pouvait sentir une fine pluie battre son visage. Il faisait horriblement froid. Plissant les yeux, il regarda l'océan déchaîné s'écraser contre les parois abruptes et dangereuses.
- Allons-y.
A son côté, le vieux sorcier, une main devant le visage et le regard déterminé, fixait le bord du précipice. Il s'avança, suivi du survivant qui finalement nota la présence d'un escalier étroit, taillé à même la pierre noire.
Se crispant, il suivit Dumbledore, maintenant son équilibre avec une main sur la paroi humide et glissante. Avançant lentement, il ne respira qu'une fois arrivé en bas. Sauf que l'entrée semblait immergée.
- Professeur…
- Tu connais le sortilège de Têtenbulle non ?
S'il le connaissait…? C'était plutôt cruel de lui rappeler ce genre de détail. Grimaçant il hocha la tête.
- Parfait. Sers-t'en. Il n'y a que quelques mètres à passer avant de pouvoir atteindre la caverne.
Harry n'eut pas le temps de répondre. Il vit le sorcier brusquement disparaître devant lui. Il ne l'avait pourtant pas vu plonger. Crispant ses doigts sur sa baguette, il murmura le sort avant de sauter dans l'eau glaciale.
Il sentit son souffle se couper une seconde avec le choc de température avant de se faire ballotter à gauche et à droite par le courant. Bandant ses muscles, il jeta un lumos avant de se mettre à nager de toutes ses forces. Il devait ressortir de l'autre côté.
Il sentait les vagues entraîner son corps, le balancer sur les côtés. Plusieurs fois une roche entailla sa peau, déchirant son pull ou son pantalon d'uniforme. Aucune importance.
Quand enfin, il sortit du couloir immergé, le courant se calma d'un coup. Remontant aussi vite que possible, il creva la surface de l'eau et le sort éclata. Essoufflé, il se hissa maladroitement sur le bord, à quelques pas de Dumbledore qui, de son côté, était entièrement sec.
Dégoulinant et tremblant de froid, Harry frémit. Il faisait sombre. Mais il avait l'impression de "sentir" les effluves de magie noire. La caverne était une cavité naturelle immense. Sombre. Le plafond criblé de stalactites dégoulinantes d'humidité. L'odeur du sel et d'humidité prenait à la gorge. Le silence qui régnait ici n'était absolument pas naturel.
- Tout va bien Harry…?
- Oui Monsieur…
Il chuchota. Sans s'en rendre compte. Lançant des regards autour de lui, il était sur ses gardes, baguette en main, prêt à se défendre.
- Bien, avançons. Selon mes informations, l'Horcruxe se cache tout au fond.
Lentement, prudemment, ils progressaient à travers un nouveau couloir de pierre. Tenant tous les deux leurs baguettes devant eux, éclairant le passage. Plus ils approchaient du fond de la grotte, plus la magie était détectable.
Quand finalement ils débouchèrent sur une nouvelle cavité, Harry s'arrêta net.
Devant eux, un petit lac à la surface lisse et calme. L'espace était immense. La grotte formait une voûte de plusieurs mètres de haut alors qu'une petite île était placée au centre du Lac. Sur celle-ci une sorte d'autel. C'était là. Il pouvait presque voir la magie s'échapper de la roche.
Il allait s'approcher, cherchant toujours l'ennemi quand Dumbledore l'arrêta.
- Harry attends. Il n'y a que toi qui peut traverser ce lac. Il ne faut surtout pas toucher l'eau et la barque que tu vois là-bas a été ensorcelée. Un sorcier adulte et majeur ne peut pas y grimper.
Le brun se figea une seconde. L'amertume envahit sa bouche. Ah évidemment. Sans vouloir y réfléchir plus en profondeur, il hocha la tête.
- Pourquoi je ne dois pas toucher à l'eau…
- Peu importe… Juste, fais attention Harry…
Faire attention. C'était un peu tard pour lui donner un conseil pareil. Prenant une inspiration, il s'approcha de la barque. Il grimpa lentement dedans, la surface du Lac s'agita alors qu'il se figeait, s'attendant à voir surgir quelque chose. Mais rien.
Très lentement, il s'empara des rames et se propulsa en silence en direction de l'îlot rocheux.
- Parfait Harry. Tu t'en sors très bien...Continue.
Dumbledore, resté sur la berge opposée, observait la progression de son protégé. Ils y étaient presque.
Quand le survivant accosta, il put deviner le soulagement du Directeur. Posant un pied à terre, il tira la barque de bois contre le sable pour éviter qu'elle ne reparte sur le lac et très lentement, brandit sa baguette devant lui.
Il sentait son cœur battre contre sa cage thoracique alors que son souffle s'accélérait sous l'adrénaline qui déferlait dans ses veines.
Quand il atteignit enfin le petit autel, il s'arrêta. Sur la surface de marbre noire veinée d'argent et d'or, se trouvait une coupe en métal. Un liquide vert émeraude y reposait alors qu'au fond, il pouvait deviner les contours d'un médaillon.
- As-tu trouvé le médaillon Harry ?
La voix du vieux sorcier le fit légèrement sursauter alors qu'il se tournait vers lui.
- Oui. Mais il est plongé dans un liquide étrange.
- Décris-le-moi !
- Vert émeraude, transparent. Sans aucun dépôt.
Il vit le vieux sorcier froncer les sourcils lentement alors qu'il approchait de la rive.
- Bois Harry…
- Quoi ?
Il avait senti tout son corps se crispé à l'injonction du Directeur.
- Bois là. Fais-moi confiance…
- Qu'est-ce que c'est….? Dites-le-moi d'abord.
- Harry…. Mon enfant, je te jure qu'il n'y a pas d'autre solution…
- Dites-moi ce que c'est.
Il le fixait, les yeux plissés. Crispé alors qu'il s'écarta lentement de la coupe de fer.
- Il s'agit d'une potion. Mais selon mes déductions, celle-ci ne sera pas mortelle. Jamais je ne prendrai un tel risque. Et ta magie est suffisamment puissante pour la filtrer à même ton corps…
Il l'utilisait. Il n'avait pas de certitude quant au contenu de la coupelle mais lui demandait de boire aveuglément. La rage l'envahissant, il ne vit pas son pied frôler l'eau du lac alors qu'il s'était écarté petit à petit de l'autel.
Brusquement un bruit d'eau le fit se retourner. Quelque chose venait de sauter. La surface du lac s'agitait en de nombreux cercles. Qu'est-ce que c'était ?
Il recula alors que son cœur faisait un bon.
- Harry ! Bois ! Nous n'avons pas le temps de nous attarder.
Le vieux sorcier fixait le lac les sourcils froncés et c'est seulement alors que le survivant nota ce qu'il avait loupé.
Sur le fond du lac on pouvait distinguer quelque chose…. Il s'approcha lentement, pointant sa baguette sur l'eau, s'accroupissant.
- Harry ! Recule !
Dumbledore semblait contenir son impatience et….son inquiétude ? Et il comprit. Il sentit ses yeux s'écarquiller, son souffle se couper. Le fond était jonché de cadavres…. Par Merlin… Reculant trop brusquement, il tomba en arrière et son pied finit à l'eau.
La main surgit de nulle part, attrapant sa cheville et le tirant avec force, sa jambe s'immergeant complètement dans l'eau alors qu'il poussait un cri.
- Harry !
Il entendit à peine la voix de Dumbledore. Face à lui, à quelques centimètres de son visage, celui décomposé et putride d'une créature toute droit sortie du pire des cauchemars. La peau bleutée, pourrissante. Les yeux exorbités, les paupières mangées par la décomposition. Plus de nez. Une bouche déformée et des dents manquantes. Sans parler de l'odeur de mort.
La créature souffla lentement, exhalant son souffle. L'odeur de chair pourrissante envahit les sens du Survivant qui hoqueta. Non. Il la vit pencher la tête lentement sur le côté alors que ses doigts squelettiques s'enfonçaient dans sa chair , y laissant la trace sanguinolente. Derrière lui, d'autres créatures apparaissaient petit à petit.
Les cadavres se redressaient lentement, tournant leur tête vers Harry. Des morts. Il pouvait voir les lambeaux de chair pendre sur les corps décharnés. Il notait les restes de tissus. Les organes internes putréfiés et le regard hanté et dément qu'ils posaient sur lui.
Et brusquement le temps se remit en route alors que celui qui le traînait dans l'eau tirait d'un coup. Une seconde plus tard, il se retrouvait immergé dans l'eau glaciale avalant une gorgée d'eau. Donnant un coup de pied violent, il réussit à ressortir in extremis, remontant sur la berge, crachant l'eau avalée, il se rua sur l'autel.
Plus d'hésitation possible. Il s'empara de la coupe et but d'un trait la potion avant de prendre le médaillon. Les quelques gouttes émeraude restantes brûlèrent ses doigts alors qu'il se tournait en direction de Dumbledore.
Sauf que ses jambes le lâchèrent d'un coup. Et la douleur le submergea alors qu'il poussait un cri d'agonie affreux. Il sentait ses forces l'abandonner, sa vision vaciller et son corps se tordre. Il sentit sa magie brusquement s'activer, tournoyer furieusement autour de lui alors qu'une des créatures s'approchait. Il entendit vaguement Dumbledore lui hurler quelque chose.
Il n'entendait plus rien. Juste les battements de son cœur. Et sans qu'il ne sache comment, le Directeur était là. Il avait pris la coupelle et la lui tendait, lançait plusieurs sorts pour écarter les cadavres.
Quand Harry sentit le métal se presser contre ses lèvres, il ouvrit la bouche et l'eau glissa dans sa gorge. Hoquetant et pleurant de douleur, il manqua de s'étouffer.
- Harry ! Mon enfant ! Ressaisis-toi ! Nous devons partir d'ici ! Les Inferis sont trop nombreux !
Draco avait les sourcils froncés. Potter n'était jamais venu en cours de Métamorphose. Ni à celui de Défense contre les forces du mal. Et encore moins celui de Potions du début d'après-midi.
Il avait vu son Parrain s'assombrir en notant l'absence du brun et l'inquiétude l'avait envahi. Si Severus n'était pas au courant alors ce n'était certainement pas une bonne nouvelle. Attendant que les élèves sortent petit à petit du cachot, il attendit tranquillement à sa table.
Quand enfin il fut le dernier, il se leva et s'approcha lentement du bureau du Maître des Potions.
- Potter a disparu.
Pas de préambule. Pas de chemin détourné. Il alla directement à la confrontation, l'adulte posant sur lui un regard à glacer le sang.
- Comment cela, "disparu" ?
Sa voix était sirupeuse, pleine de menaces à peine sous-entendues alors qu'il se levait lentement pour faire face à Draco.
- Je l'ai vu ce matin après le petit-déjeuner mais il devait rejoindre le directeur. Il n'est pas venu en cours de la journée.
Snape avait blêmi alors que la jointure de ses doigts blanchissait à force de serrer convulsivement le bord de son bureau.
- Et pourquoi...ne suis-je mis au courant que maintenant… ? Et par vous Monsieur Malefoy… ?
Le blond n'eut pas le temps de répondre, qu'il vit l'ancien Mangemort sortir en trombe de sa salle de cours. La foule d'élèves qui se trouvait encore dans les couloirs s'écartait promptement face à lui. Il dépassa également Dolores Ombrage qui tenta de l'interpeller mais ne reçut qu'un glacial "pas le temps" sans le moindre signe de respect.
Sur ses talons, le blond ricana discrètement alors que la femme avait l'air totalement outrée. Montant les marches d'escaliers quatre à quatre, il s'arrêta net en haut des marches. Minerva McGonagall se tenait là, le visage grave.
- Severus. J'ai déjà fait appeler Poppy. Nous devons rejoindre le bureau du Professeur Dumbledore.
Draco s'était figé. Snape aussi. Le même frisson glacial leur remonta la colonne vertébrale.
Se tournant violemment sur le sol, il vomit. Les spasmes l'agitaient, soubresauts violents alors qu'il tentait de se mettre debout. Brusquement, une chaleur insoutenable envahit l'espace. Relevant les yeux, il vit Dumbledore debout devant lui, bras écarté, la baguette levée, un immense Phoenix de feu volant au ras du sol, enflammant tout sur son passage, les hurlements d'agonie emplissant l'air.
Il entendit des voix d'hommes et de femmes se mêler dans une cacophonie de douleur insoutenable. Il vit les corps en feu tomber à genoux et se consumer dans les flammes de l'enfer.
Silhouettes noires et anonymes qui semblaient crier à l'aide, tendant les mains vers le ciel alors que les chaires putrides partaient en fumée. L'odeur devint ignoble. Cadavre en décomposition. Chair humaine calcinée.
Figé hypnotisé, il fixait le spectacle de désolation absolue que formaient ces créatures dans leur mort. La douleur l'envahit alors qu'il sentait Dumbledore le remettre sur ses pieds en tirant d'un coup sec sur son bras. Vacillant, il referma la main sur le médaillon qu'il tenait
Fermant les yeux une seconde, il entendit à peine le Directeur formuler un sort à demi-voix, étouffée par les ronflements des flammes qui s'approchaient dangereusement d'eux. L'air devenait de plus en plus irrespirable, saturé de fumée, il toussait. S'étouffait.
Quand brusquement il sentit le sol disparaître. Sans qu'il ne sache ce qu'il s'était passé, il tomba violemment au sol, toussant, crachant. Raclant la terre humide de ses ongles, il se tourna difficilement sur le dos, le souffle court alors qu'il entendait un gémissement à sa droite.
Dans un ultime effort, il ouvrit les yeux. Le Directeur était à ses côtés, agenouillé au sol, il toussait, dans sa main il vit un peu de sang. Le bas de sa robe de sorcier était brûlée et il tremblait. S'approchant en rampant.
- Pro...Professeur.
Il avait la voix rauque, probablement abîmée par la fumée qui avait envahi la caverne. Il ne savait pas comment ils étaient sortis de là, mais cela avait apparemment épuisé le vieux sorcier. Celui-ci se tourna vers lui, l'air un peu vague et murmura quelque chose. Harry dû se pencher pour comprendre.
- Ma poche….droite.
Sans hésiter, il plongea sa main libre dans la poche de la robe du sorcier. Il en sortit une paire de lunette. Fronçant les sourcils, il comprit quand Dumbledore murmura "portoloin".
Alors sans hésiter, il en déplia les deux branches et saisit le directeur par sa robe. Et brusquement tout tourna autour de lui.
Snape monta quatre à quatre les marches conduisant au bureau directorial. Adieu dignité. Minerva le suivait de près, tenant ses robes à deux mains pour ne pas trébucher.
- Je n'ai reçu le message d'alerte d'Albus qu'il n'y a dix minutes environs.
- Comment a-t-il osé emmener Potter avec lui sans m'avertir ?
La rage le consumait. Cet homme allait payer si jamais son pupille avait encore souffert de toutes ses manigances. Oh il savait très bien pourquoi personne ne l'avait tenu au courant. Parce que qu'il se serait formellement opposé à toute sortie de ce genre.
Défonçant presque la porte du bureau, il débarqua comme un diable dans celui-ci avant de se stopper net. Personne. Vide.
- Où sont-ils ?
- Severus ? Minerva ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
L'infirmière, à bout de souffle, venait de sortir de la cheminée, les bras emplis de fioles, bandages et autre. Elle avait les joues rouges d'avoir couru et fixait les deux professeurs avec inquiétude.
- Je n'en ai aucune idée.
Un bruit de tonnerre les fit tous les trois sursauter quand brusquement Harry roula au sol devant eux, apparaissant sans crier gare, Dumbledore à ses côtés, inanimé.
La scène les figea. Snape posa un regard horrifié sur son pupille. Il était couvert de suie. De sang. Sa main gauche, accrochée à la robe du directeur portait de vilaines brûlures. Il respirait mal, sifflant et crachant alors qu'il semblait souffrir, des traces de larmes creusant des sillons plus clairs sur ses joues noircies. Quant au Directeur...ce n'était pas mieux.
La barbe roussie, la moitié de ses vêtements étaient brûlés. Il semblait à court d'énergie, le teint cireux sous la couche de suie. Lui aussi respirait avec difficulté.
- Par Merlin en personne.
Minerva, les yeux écarquillés, venait de retrouver la parole. Cela suffit aux deux autres pour se jeter sur les deux blessés, enchaînant sorts de diagnostic et sorts de soin.
Mais que s'était-il passé ?
Harry sentait sa respiration le brûler. Il avait le vertige et la nausée. Lentement, il ouvrit les yeux. Il sentait des mains sur son corps et se crispa d'un coup.
- Doucement. C'est moi.
Moi. La voix lui disait vaguement quelque chose… Un mouvement de recul réflexe le dégagea des mains inconnues alors qu'écartait sur le lit, sa vision un peu trouble. Une forme noire. Une deuxième silhouette plus loin.
- Harry… C'est moi laisse-moi soigner ta main.
Petit à petit il retrouvait ses sens engourdis et y voyait plus clair. Snape. Et derrière lui, Draco. Où est-ce qu'il était ?
Il regarda autour de lui. Ces rideaux. Sa chambre ? Comment ?
- Je t'ai ramené à la maison… Pour te soigner. Mieux valait que tu ne restes pas sans surveillance à l'infirmerie alors qu'on ne sait pas ce qu'il s'est passé…?
- Du..Dumbledore…?
- Encore inconscient mais pas en danger.
Ils étaient vivants alors… Sursautant, il se redressa, fébrile.
- Le médaillon ! Où est-ce qu'il est ?
Snape, les sourcils froncés, se tourna vers Draco qui observait en silence la scène.
- Avec tes vêtements. Calme-toi maintenant
- Non ! Non n'y touchez surtout pas ! C'est un Horcruxe.
Le Maître des Potions écarquilla les yeux avant de tourner son regard vers le tas de vêtement plein de suie et de sang. Le jeune sang pur s'était vivement écarté aussi, jetant un regard dégoûté à la chose.
- Harry… qu'est-ce qu'il s'est passé…?
Mais le survivant avait le regard vague. Il vacillait doucement.
- Qu..quoi ?
- Raconte-moi ce qu'il s'est passé. Qu'est ce qui t'as brûlé la main….?
Il était pâle mais prit une inspiration avant d'entamer son discours.
- On était dans une caverne...j'ai dû traverser un lac… Et boire une potion… ah oui...elle….c'était comme de boire un Endoloris… Ca faisait aussi mal que ça en tout cas.. C'est ça qui m'a brûlé je crois..
Snape se tenait immobile, prenant la main de son pupille pour l'examiner. La seule potion qu'il connaissait qui était à même de provoquer de telles douleurs était la potion « Vert Emeraude »b…. Merlin.
- Pourquoi….as-tu bu...cette potion ?
Il devinait la réponse. Si Dumbledore l'avait emmené avec lui, il était évident qu'il comptait se servir du survivant.
- L'horcruxe… pas le choix… Les inferis nous ont attaqué… alors j'ai pas réfléchi.
- Les...inferis…?
Draco venait de s'approcher lentement, il fixait Potter avec un mélange d'horreur et de stupéfaction. Ces créatures relevaient plus des légendes que de la réalité… Comment est-ce que le sauveur s'était-il retrouvé confronté à elles…?
- O...Ouais… y'en avait des dizaines… Dumbledore nous a sauvé… avec un Phoenix.
Le discours semblait complètement fou alors qu'il leur expliquait comme il le pouvait ce qu'il s'était passé. Et petit à petit, les pièces du puzzle s'étaient emboitées les unes aux autres.
Quand Snape se leva, contemplant l'adolescent endormi, épuisé, il posa un regard vide sur son filleul.
- Surveille-le.
Draco ne fit pas le moindre commentaire alors que l'Ex-Mangemort s'apprêtait sans aucun doute à régler ses comptes.
- Je vous préviens ! Approchez-vous encore une seule fois de lui dans le but de le manipuler et je vous jure, Albus, que je vous le ferai regretter !
- Severus…
- Non ! Mon pupille a été sévèrement brûlé ! Ses poumons sont encrassés de fumée, il est couvert de griffures, et il a subi les pires douleurs possibles avec la potion vert Emeraude ! Et vous avez organisé tout cela dans mon dos!
L'ordre tenait une réunion extraordinaire au 12 Square Grimmaurd. Les membres avaient été réunis sur une missive express de Severus Snape. Aurores et espions étaient réunis alors que l'Ex-Mangemort invectivait sans restriction le vieux Directeur.
- Vous ne cessez de jouer avec sa vie ! Vous prétendez vouloir le bien de tous mais Harry a bu une potion équivalente à des dizaines d'Endoloris parce que vous le lui avez ordonné !
- Je n'avais pas le choix…
- Bien sûr que si ! Vous avez réussi à miraculeusement le rejoindre en plein milieu de cette île quand il a fallu le sauver des Inferis !
Le professeur exultait de rage. Jamais personne ne l'avait vu perdre patience à ce point. Sa magie tournoyait violemment autour de lui, créant des nombreux phénomènes magiques, rendant l'air à peine respirable.
- Albus… Severus a tout de même raison… Comment avez-vous osé parier la vie de Harry sur des suppositions… ?
Lupin, les sourcils froncés, frémissait rien qu'en imaginant l'adolescent en proie avec des Inferis. Même lui n'en n'avait encore jamais affronté…
- Nous sommes en guerre… J'ai basé mes décisions sur mes convictions profondes et sur les connaissances acquises au fil des années…
- Albus… Que cela soit bien clair… Si jamais vous osez à nouveau user de mon pupille sans que je n'ai validé vos actions insensées, je viendrais vous rendre la pareille… Au centuple.
- Severus...ce n'est peut-être pas la peine d'aller aussi loin...Après tout Harry va bien…
- Bien ?
Molly venait d'exploser. Elle rongeait son frein depuis de longues minutes et malgré la mésentente de sa famille avec le sauveur du monde depuis quelques années, elle n'oubliait pas qu'il s'agissait d'un enfant, elle.
- Vous pensez que cet enfant qui vient de voir des Inferis va bien ? Il a vu des cadavres pourrissant revenir à la vie à cause d'une magie noire bien plus écœurante encore que toute celle connue et vous dites qu'il va bien ? IL A BU UNE POTION SANS RÉFLÉCHIR AU FAIT QU'ELLE POUVAIT LE TUER ET VOUS TROUVEZ QUE C'EST NORMAL ?
Elle était rouge de colère alors que cette fois elle s'était avancée pour hurler au nez du Directeur, pointant un index accusateur sur lui. Si Snape ne lui avait jamais accordé grand crédit, elle remontait un tant soit peu dans son estime à présent.
- Harry a agi avec bravoure.
- Avec inconscience ! Que ferons nous si le sauveur du monde meurt prématurément ?
Kingsley venait d'intervenir, les sourcils froncés à l'extrême, il affichait un air exaspéré alors qu'il frappait du point sur la table.
- Si jamais cet enfant meurt, nous perdrons définitivement la bataille ! Nous ne pouvons pas nous le permettre !
- Je suis d'accord avec lui. Albus. Potter doit être mieux protégé ! Y compris contre lui-même !
- Alastor, Harry est un adolescent ! Comment est-ce que tu veux le protéger de lui-même ?
La discussion était écœurante. Snape les regardait en silence se disputer sur le meilleur moyen de ne pas perdre leur arme ultime et pendant une seconde, il comprit enfin l'ampleur du ressentiment du brun. Il eut l'impression d'entrevoir enfin ce dont il lui parlait à demi-mot. Cette immonde impression de n'être qu'un objet.
- Désormais, je serai le seul et l'unique à pouvoir prendre des décisions à propos de Harry. Je déconseillerai donc fortement à l'un d'entre vous d'outrepasser mes prérogatives à ce sujet. Et maintenant, rappelez-vous bien que vous parlez d'un adolescent.
Draco observait Potter. Il était installé sur le dos, dans sa chambre, celle des cachots. Les sourcils froncés, il détaillait sa silhouette. Son bras gauche était entouré de petits bandages couvrant les brûlures. Son Parrain lui avait certifié qu'il n'avait rien de grave, mais il ne pouvait s'empêcher de se dire que ça, ce n'était que ce qu'il supposait.
Un livre ouvert sur les genoux, il était incapable de se concentrer. Perdu dans ses pensées, il se crispa. Il attendait des nouvelles dans les appartements de Snape quand il l'avait vu débarqué, Potter lévitant à ses côtés, de la cheminée.
- Malefoy…?
Doucement, il posa son regard argenté sur deux pupilles vertes qui semblaient encore plongées dans le brouillard.
- Potter…
- Qu'est-ce que tu fais là…?
Il avait la voix enrouée, plus rauque que d'habitude. Il se leva lentement de son fauteuil pour aller lui verser un verre d'eau, le lui tendant alors qu'il le regardait s'asseoir.
- Je te surveille…
Harry fronça les sourcils alors que le blond le regardait avaler une longue gorgée d'eau. Comme à son habitude, il était parfaitement habillé et coiffé.
- Pourquoi ? Ou est Snape ?
- Parti. Il avait quelque chose à faire. Il m'a demandé de rester en attendant..
Potter passa doucement une main dans ses cheveux et Draco se figea.
- Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Quoi ?
Harry, perplexe, le regardait, un peu surpris du ton glacial employé par le Serpentard. Il n'eut pas le temps de bouger que Draco s'emparait de son bras droit et le tirait vers lui, le forçant à s'approcher. Harry, à moitié écroulé contre le blond, grimaça.
- Merlin Malefoy ! mais qu'est-ce que tu ...fous..
Relevant les yeux il s'était figé. Il avait oublié. Il n'y avait plus pensé. Et là, il était juste vêtu d'un t-shirt. Les bras nus. Si son bras gauche était bandé jusqu'au coude. Le droit, lui, était parfaitement visible.
- …...Qu'est-ce que c'est….que ça… ?
Le blond s'était doucement penché alors qu'il passait doucement la pulpe de ses doigts sur l'avant-bras charcuté du brun.
- "Je dois...apprendre...à obéir.."
Il venait de chuchoter. Et Harry ne l'avait jamais vu aussi glacial. Furieux. Ses yeux semblaient jeter des éclairs alors que sa mâchoire était crispée à l'extrême. Déglutissant il tenta de lui retirer son bras. Peine perdue. La main du serpent tenait fermement son poignet.
- … Potter. Réponds-moi.
Non… Il n'était pas censé apprendre ça. Ni le voir d'ailleurs…
- C'est….rien. Okay…?
- Ne me mens pas… Qui a fait ça…?
Draco sentait la colère l'étouffer. Potter n'avait pas ça il y a quelques mois. Il en était certain. Il put voir la honte envahir le regard du sorcier en face de lui et il sentit sa haine devenir si violente qu'il eut du mal à se maîtriser.
- Qui. a fait. ça. Potter.
Il le vit déglutir une nouvelle fois et détourner le regard.
- Personne.
Il refusait de parler. Pourquoi ? Se noyant dans la frustration et la rage, le blond passa une nouvelle fois ses doigts sur les scarifications. Et se figea.
- Ombrage a fait ça…?
Pas besoin de réponse. La pâleur du brun était suffisamment explicite. Et tout d'un coup, il put enfin rassembler les différents événements entre eux. Potter. Sa retenue. Son comportement étrange à la suite de ça. Sa fuite.
- Malefoy….
Son rejet. Sa manière de toujours fixer ombrage et de l'éviter soigneusement. La peur qu'il avait senti de trop nombreuses fois. L'abandon de la résistance.
- Malefoy...lâche moi...tu me fais mal…
Il posa son regard sur le brun qui tentait de lui faire lâcher son poignet, grimaçant un peu. Salazar. Il déplia ses doigts les uns après les autres avant de s'emparer du menton du brun, approchant son visage du siens.
- Potter… Arrête de me fuir…
- M..Malefoy… ce...c'est pas…
- Si… tu me fuis. Je suis pas stupide Potter… Alors maintenant dis-moi exactement ce qu'il se passe.
Il ne pouvait pas se libérer de sa poigne. Il était épuisé. De se battre. De fuir. De se contrôler. Il avait l'impression de sentir les flots en furie de ses émotions frapper de plus en plus fort contre son barrage mental.
- Arrête….s'il te plait…
- Non… Arrête de vouloir m'éloigner… Tu es à moi Potter…
Il sentit, à ce moment précis, le barrage se fissurer et l'eau s'en échapper doucement.
- Je… veux pas
Draco, un genou sur le lit, penché sur le brun, le fixait sans ciller. Il le dominait doucement alors que son visage, mélange de haine pure et de sérieux, se rapprochait dangereusement.
- Potter…
Il le sentit, avec une infinie douceur, poser son front contre le siens, soufflant.
- Me rejette pas… J'ai besoin de toi.
Le barrage céda. D'un coup. Tout explosa alors qu'il sentait les émotions l'envahir avec violence. Sans qu'il ne s'en rende compte, la bulle de magie les entoura tous les deux, les isolant du monde.
- Malefoy… Bordel… Tu vois pas que c'est sale ? Que je suis déjà complètement foutu ? Utilisé ? J'ai rien à t'apporter ! Je suis vraiment, mais vraiment pas quelqu'un pour toi !
La violence des paroles du survivant contrastait avec la colère profonde dans sa voix. Il semblait vouloir lui hurler dessus sa rage d'avoir été mis dans cet état par la vie.
- Ah vraiment Potter… Et si je m'en fiche ?
Le visage crispé, Draco observait le brun de son air terriblement suffisant.
- Arrête ça ! Monsieur le Sang Pur aux ancêtres si précieux ! Tu sais très bien que tout ça n'a aucun avenir !
- Potter… Tu me déçois...tu me connais si mal… Depuis quand en ai-je quelque chose à faire de ce que les autres pensent…? Toi principalement…?
Doucement, il s'était reculé, le fixant, un rictus aux lèvres.
- Je suis sale.
Il le vit se crisper alors que la colère revenait dans ses yeux argent.
- Et alors… ?
Harry écarquilla les yeux lentement. Il ne niait pas. Il ne refusait pas de voir ce qu'il était. Cette épave. Mais il lui demandait juste. Et donc ? C'est quoi la suite…? Et...il n'en n'avait aucune idée. Pas la moindre. Il...ne pensait même pas qu'une suite pourrait exister.
- Tu...t'en fiches…?
- Effectivement Potter. Je te l'ai dit. Tu es à moi. Tu l'as toujours été. Et que ce sale Moldu ait cru pouvoir y changer quoi que ce soit est pure hérésie. Je me fiche complètement de ton avis sur la question d'ailleurs…
- Malefoy… Je vais probablement me faire tuer par Voldemort…
- Mn…. Moi aussi Potter… Moi aussi…
Il s'était doucement approché de sa bouche, son souffle venait en caresser le contour alors que le survivant sentait son cœur s'emballer. Et là, tout de suite, il se fichait complètement de ce qui arriverait. Les corps se rapprochaient, il se sentit doucement tomber lui aussi, fermant à demi les yeux.
- Potter…
- Quoi…
- Ce qui est sale… c'est ce moldu et sa perversion… toi… t'es juste la victime
Victime. Un terme qu'on ne lui avait pas souvent associé. Il était soit le sauveur, soit le fou. Mais rarement la victime…
- Pourquoi ?
- J'en sais rien… C'est important… ?
- ….Je sais pas…
Lentement, le blond lâcha son menton pour glisser sa main dans les cheveux bruns, le faisant basculer la tête doucement en arrière.
- Arrête de me fuir maintenant.
- Arrête de me donner des ordres tout le temps…
- Non.
Les lèvres du blond venaient de se poser sur les siennes. C'était électrisant. Il sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Son estomac se serrer avant que les fourmillements n'envahissent son corps. Il trembla une seconde avant que tous ses remparts ne volent définitivement en éclat et qu'il réponde au baiser, passant un bras derrière la nuque du Sang Pur.
Draco grogna doucement. Il venait de sentir cet instant où Potter avait rendu les armes. Alors, avec délicatesse malgré la fièvre qui le dévorait, il passa sa langue sur les lèvres du brun. Il les ouvrit. Il lui laissa accès à sa bouche alors qu'il l'enjambait, s'asseyant à califourchon sur lui.
Merlin. Potter était assis sur lui. Vêtu d'un simple bas de pyjama noir, d'un t-shirt et il venait de passer ses bras derrière sa nuque. Inspirant de manière saccadée, il pouvait sentir son odeur. Son goût. Sa chaleur.
Une main dans ses cheveux, l'autre posée dans son dos, il le plaqua contre son corps. Quand doucement, il rompit le baiser, le brun était à bout de souffle. Il avait les joues rouge tomate. Le regard voilé. Laissant délicatement sa bouche dévier sur l'angle de sa mâchoire, il mordilla gentiment la peau.
- N'essaie même pas de m'éviter après ça Potter…
- Hn…
Il le sentit se détendre un peu contre son corps alors qu'il mordillait sa gorge.
- Malefoy.
- Quoi ?
- Ne crois pas que parce que tu m'as embrassé tu peux faire ce que tu veux…
Il ricana doucement. Potter semblait reprendre doucement la maîtrise des événements.
- Comme quoi ?
Harry se redressa lentement pour pouvoir l'observer. Toujours assis sur ses genoux, il lui adressa à son tour son petit sourire carnassier.
- Comme poser tes mains partout…
Malefoy remercia intérieurement les leçons de son père qui lui avait enseigné comment rester impassible en toute circonstance. Parce que vu les images qui lui traversaient l'esprit de ses mains partout sur Potter…
- Ne me provoque pas Potter…
- Moi…? Jamais… Tu me connais Malefoy…
Plissant lentement les yeux, le Serpentard le fixa en silence avant d'avoir un lent sourire.
- Je vois. Je vais donc pouvoir annoncer que tu es ma petite amie Potter… ?
Il le vit écarquiller les yeux en grand avant de devenir rouge tomate. Se lever et balbutier quelque chose avant de claquer la porte de la salle de bain.
Lui faire perdre ses moyens était trop facile. Mais...Il ne plaisantait qu'à moitié. Il ne l'annoncerait juste pas à n'importe qui…
Et en attendant... Il allait faire tomber définitivement cette femme.
