Yo !
Alors pour cet OS, je pars absolument du principe que l'OS 33 du recueil Une nuit sur les toits de Paris de Misty est canon. Ça se comprend sans l'avoir lu, évidemment, mais si vous ne l'avez pas fait allez lire quand même !
Merci à Lectricite pour sa review !
Bonne lecture !
13 décembre
A tous mes professeurs
Il y a de la queue. Normal, en décembre, mais Kagami s'en serait passée. La journée de la veille était agréable, mais elle l'a épuisée. Est-ce que les gens de son âge n'arrêtent jamais de parler ? Elle en a l'impression quand elle passe du temps avec elleux, et se demande souvent comment ça se fait qu'elle ne soit pas pareille. Elle voit le langage comme un outil pratique pour communiquer des informations, et chaque bavardage, chaque phrase inutile, chaque petit commentaire la déroute, brouille le message qu'elle est supposée recevoir, le rendant par la même incompréhensible.
Incompréhensible c'est un grand mot. Elle peut comprendre, mais c'est incroyablement difficile. Difficile et fatiguant. Les écouteurs dans les oreilles l'aident à se séparer du monde physique, et elle cherche dans le tempo lent de la musique qu'elle a choisie la patience qui lui fait défaut ce matin. Elle vient de créer sa bulle et elle ne s'attend pas à noter une tâche bleue aux limites de son champs de vision. La tâche s'approche, se précise, et elle reconnaît Luka. Il l'a reconnue, il marche vers elle. Elle pince les lèvres. Elle n'a pas vraiment envie de discuter et pourtant, elle retire ses écouteurs, met sa musique en pause et attend que le musicien arrive à sa hauteur.
« Kagami ! C'est une chance de tomber sur toi. Tu viens patiner ? »
Elle est dans la queue, la queue pour la patinoire. Qu'est-ce qu'elle pourrait faire d'autre ? Elle opine du chef, à la fois pour le saluer et pour confirmer ce qu'il vient de dire.
« Ça tombe vraiment bien. Je voulais demander ton numéro à Adrien mais … Sans ta permission, c'est un peu délicat. En fait, je voulais te proposer un genre d'échange.
— Quel genre d'échange ?
— Par rapport au patin, justement. Je l'avais remarqué la première fois qu'on s'est rencontrés, et ça s'est confirmé mercredi. Tu patines extrêmement bien, vraiment ! C'est impressionnant de te voir sur la glace mais …
— Mais ? »
Une critique, alors. C'est au moins quelque chose qu'elle comprend. Il l'intéresse.
« Disons que, selon moi ça manquait un peu d'intention et de fluidité ? Je ne dis vraiment pas ça pour te vexer. C'est juste qu'il se trouve que l'intention et la fluidité, c'est justement ma spécialité. »
Kagami semble voir où il veut en venir. Elle avait remarqué, elle aussi, la manière que Luka avait de patiner, si différente de la sienne. Elle ouvre la bouche, et le bazar de ses pensées se synthétise rapidement.
« Or, tu as noté que ma technique est irréprochable, quand la tienne laisse à désirer. »
Elle repense à ce que Luka a dit, et à ce que Marinette lui a appris et ajoute :
« Sans vouloir te vexer.
— Tu ne me vexes pas. C'est exactement ça. Ça te tenterait, tu penses ? J'essaie de t'apprendre ce que je sais et réciproquement ? »
Elle réfléchit. Sa mère n'a pas encore compris qu'elle faisait du patin. Avoir une personne de plus dans la confidence, c'est prendre un danger supplémentaire. Mais … C'est un marché équitable. Avoir un professeur excellent est une bonne chose : cependant, un professeur qui connaît la difficulté est plus enclin à comprendre ce qui pose problème à son élève, à adapter ses exercices. Kagami n'a jamais eu ce genre de professeur. Ce sera une expérience enrichissante, elle se dit, presque plus fort que la petite voix qui lui souffle qu'elle a tellement envie.
« D'accord. Ça me semble équitable.
— Génial. Vraiment génial. »
Dans la file d'attente, Luka lance quelques fois des débuts de conversation, mais voyant que Kagami ne poursuit pas vraiment, il renonce. Elle respire, l'observe du coin de l'œil. Il ne semble pas prendre son silence personnellement. Ce n'est pas inconfortable, pas vraiment confortable non plus, mais au moins elle ne se sent forcée à rien. Iels entrent rapidement, et bientôt iels sont sur la glace, patins aux pieds et décident de faire d'abord quelques tours de piste pour s'échauffer.
La séance se passe bien. Il y a des débuts difficiles, Luka qui fait de grands yeux quand Kagami liste les muscles qu'il a besoin d'activer, et Kagami qui se perd dans les envolées quasi-lyriques de Luka. Quand le surfaçage de la patinoire les force à prendre une pause, Kagami propose de s'autoriser le contact physique. La deuxième partie de la séance est plus limpide, plus claire et quand iels sortent, la respiration plus lourde qu'avant, iels se sourient. Oui. C'est à refaire, vraiment.
Le chauffeur de Kagami l'attend et elle se souvient de certaines consignes de Luka. Détend ton épaule. Le mouvement part de ton centre, le reste est entraîné. C'est pas grave de rater. Jusqu'au bout des doigts, tu sens comme des petites fourmis, ton énergie qui déborde. Elle regarde ses mains, elle baisse la tête pour cacher son sourire. Elle a envie de savoir danser.
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Avant ce recueil, je me penchais pas trop sur Kagami ? J'ai mis du temps à l'apprécier, mais en fait j'aime bien travailler avec elle. Je la trouve même presque reposante à écrire.
A demain !
