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Je suis dans un bon état d'esprit quand j'arrive pour récupérer Jacob à l'école le vendredi. La raison est ma visite à Charlie. Aujourd'hui assis dans son lit, il paraissait plus fort. Son appétit était revenu et il a même essayé de se plaindre parce que je le grondais. Aussi étrange que cela puisse paraître, il ressemble à nouveau à Charlie.

Jacob a été de bonne humeur toute la semaine car il a parlé à Edward au téléphone tous les soirs depuis lundi. Je commence enfin à sentir qu'il y a un peu de répit à l'horizon par rapport à tout ce qui me préoccupe depuis mon arrivée.

J'ai commencé à arriver plus tôt à l'école. Ainsi je peux me garer au même endroit et Jacob sait où me trouver. Cela m'évite de me tenir à l'écart des yeux vigilants des autres parents comme si j'étais une étrange bizarrerie exposée juste pour qu'ils regardent. Mike ne vient chercher ses filles que sporadiquement et quand il s'est assis dans la voiture avec moi hier, ça n'a échappé à personne.

Il était extrêmement content de moi quand je lui ai finalement raconté ce qu'il s'était passé avec Edward lundi. Je déteste la suffisance… peu importe à quel point elle est bien méritée. Quand je lui ai dit qu'Edward viendrait samedi, il a dit à quel point ce serait bien pour Jacob de partager sa nouvelle passion pour la cuisine avec son père. Ses yeux sont presque sortis de sa tête quand j'ai été d'accord avec lui mais ensuite le sourire suffisant est revenu et il n'a même pas eu à dire "je te l'avais dit".

Jacob et moi avons eu quelques catastrophes cette semaine. Cuisiner avec des enfants est loin d'être aussi amusant qu'ils le prétendent à la télévision. Je veux dire il y a tout ce qui peut brûler, le stress d'essayer de contrôler un enfant de neuf ans trop exubérant pour qu'il prenne le temps de bien suivre les instructions… et je ne veux même pas penser au désordre. Rien de plus plaisant que de glisser sur de la matière visqueuse qui a été renversée ou de frotter ce qui a été brûlé sur le comptoir.

Jacob n'a pas aimé non plus les recettes que je lui ai proposées alors j'ai accepté de l'emmener directement à la bibliothèque aujourd'hui. Les alevins sont la compétence exclusive de Charlie, tout ce qu'il mange d'autre provient de boîtes passant au micro-onde, ce qui signifie qu'il y a un manque flagrant de livres de cuisine dans la maison.

La portière grince et Jacob jette son sac sur le siège avant de s'installer à l'arrière. Il ne sourit pas. Chaque jour cette semaine il a été plein des joies du printemps, ce qui signifie que je remarque instantanément son humeur maussade.

"Ça va ?" je lui demande en essayant en vain de le voir dans le rétroviseur.

Il hausse les épaules.

"Quoi de neuf ?" Je me tourne sur le siège pour lui faire face.

"Qu'est-ce que ça veut dire niquer ?" demande-t-il toujours en refusant de me regarder?

"Quoi ?" Je halète "Qui est-ce qui t'a dit ça ?"

"Troy Wheeler a dit que Dermot quelque chose du CE2 a entendu sa mère dire que tu niquais …. avec Mike."

"Enfer qui donc est la mère de ce Dermot quelque chose ?" Je hurle avant de pouvoir me retenir.

Il me regarde tristement. "Je ne sais pas."

"Est-ce que tu le vois là ?" je demande, en observant attentivement le flot d'enfants. Ce n'est pas comme si je pouvais le faire apparaître par la seule force de ma volonté. "Passe devant et montre-moi le si tu le vois."

"Qu'est-ce que ça veut dire ?" redemande-t-il mais je soupçonne qu'il demande plutôt une confirmation.

"Ce que ça signifie n'est pas important. C'est horrible de dire ça." Je m'assure qu'il me regarde. "... et en plus c'est complètement faux."

Il hoche la tête avec douceur avant de passer devant à contrecœur.

Il regarde la sortie de l'école puis désigne un petit garçon aux cheveux roux. "C'est Dermot !" dit-il en me le montrant.

Je ne suis pas surprise du tout quand je vois Dermot courir vers Victoria puis aller vers sa voiture.

"Je reviens tout de suite," dis-je à Jacob, ignorant son roulement d'yeux alors que je sors précipitamment de la voiture.

"Hé !" je crie quand je suis assez proche pour qu'elle m'entende. Quelques autres personnes se retournent mais je garde mes yeux sur Victoria.

Elle se tourne et ses yeux se plissent quand ils tombent sur moi et qu'elle me reconnaît. Elle marmonne quelque chose à son fils et il rentre dans la voiture. Je me dirige vers elle.

"Que puis-je faire pour vous ?" demande -t-elle dédaigneusement, croisant ses bras sur sa poitrine et relevant le menton.

"Pourrais-tu garder ton putain de nez en dehors de mes affaires, pour commencer !" dis-je, en luttant pour garder ma voix basse.

"Pardon?"

Je m'appuie contre sa voiture. "Tu ne devrais pas raconter n'importe quoi devant ton fils..." je précise en regardant le garçon qui me fixe avec des yeux écarquillés. "Surtout quand il s'agit de choses dont tu ne sais rien."

"Ecoute, je ne sais pas de quoi tu parles mais je n'apprécie pas que tu me cries dessus dans la rue…"

"Tu peux monter sur ton grand cheval quand c'est ton fils qui te demande ce que veut dire niquer avec Mike," dis-je froidement.

Ses yeux s'écarquillent révélant sa culpabilité. Elle récupère rapidement et ses narines se dilatent. "De mon point de vue tu n'es pas en mesure de me faire la morale," ricane-t-elle.

"Corrige-moi si je me trompe n'es-tu pas celle qui…" Ses yeux vont vers sa voiture et elle baisse d'un ton. "... a baisé le frère marié de ta meilleure amie et s'est enfuie avec son bâtard ?" Elle hausse les sourcils avec suffisance. "Et si tu ne veux pas que les gens parlent… tu pourrais alors peut-être chercher ce que signifie discrétion dans le dictionnaire !"

Putain d'enfer ?

Elle tourne les talons et rentre dans sa voiture en claquant la portière pour faire bonne mesure. Elle s'écarte du trottoir et je suis consciente que les gens me regardent avec curiosité.

Je ne sais pas ce qui me met le plus en colère, ma stupidité d'avoir agi si imprudemment ou le fait qu'elle ait eu le dernier mot.

Discrétion ? Nous sommes restés dans nos voitures en attendant que nos enfants quittent l'école, putain !

Je reviens vers la voiture, furieuse contre moi-même d'avoir mordu à cet appât. J'ai peur d'avoir rendu cette situation bien pire pour Jacob. Non ! Je sais que je l'ai rendue bien pire.

"Qu'est-ce que tu lui as dit ?" demande Jacob alors que je remonte dans la voiture et parviens à ne pas claquer la portière.

"C'était stupide," lui dis-je en soupirant profondément. "Je n'aurais pas dû hurler dans la rue comme ça. J'aurais dû attendre de pouvoir lui parler seule." Je souris tristement. "Il est difficile de prendre les bonnes décisions quand on est en colère."

Intérieurement je veux me botter les fesses. Dire que j'embête Edward avec son mauvais caractère et puis je fais exactement pareil à la première occasion... Alimentée par mes propres sentiments face à la façon dont Edward m'a blessée j'ai été trop rapide à le juger injustement quand il s'agissait de Jacob. Oui, Edward pourrait le blesser par inadvertance mais moi aussi.

Jacob commence à passer à l'arrière quand je lui touche l'épaule. "Si quelqu'un te dit quelque chose qui te dérange à l'école tu peux toujours me le dire," Je le rassure. "La prochaine fois je m'en occuperai correctement."

Il fronce les sourcils." Que diront-ils ?"

"Jacob, certains adultes aiment bavarder. Ils pourraient dire des choses idiotes comme ce que Victoria a dit à Dermot…" Je soupire de frustration. "Ce n'est pas facile à expliquer mais certaines personnes prennent du plaisir à dire des choses qui ne sont pas vraies… ou à rendre des choses qui sont vraies plus mauvaises qu'elles ne le sont vraiment. J'ai peur que tu n'entendes plus de choses comme celle que tu as entendues aujourd'hui."

Il est plus qu'évident qu'il faudra que j'aie une discussion avec lui. Au moins il faut que je l'avertisse des choses qui pourraient être dites sur Edward et moi. Il est déjà passé à l'arrière et je décide que ce serait mieux de remettre cette discussion à après-demain. Il attend vraiment beaucoup sa journée avec Edward et je ne veux absolument rien faire qui pourrait gâcher son plaisir.

Je repousse cette idée en me dirigeant vers la bibliothèque. L'humeur maussade de Jacob s'améliore quand je parviens à engager une conversation sur ce qu'il pourrait vouloir cuisiner avec Edward demain.

A la bibliothèque Jacob fouille dans la section cuisine. Il commence à sortir les volumes les plus colorés et à les empiler sur la table au centre. Lorsque le tas est suffisamment haut, je lui dis de s'asseoir et de commencer à les feuilleter. Il s'attarde sur des recettes potentielles pendant un moment avant de secouer la tête et de passer au suivant.

Je jette un coup d'œil aux ordinateurs alignés contre le mur du fond. J'y ai pensé en les repérant à notre arrivée. Je regarde Jacob. Il est complètement absorbé par sa tâche et je suis tenté d'en profiter.

"Jacob ?"

"Mhmm ?"

"Je vais juste voir les ordinateurs, d'accord ?"

Il ne lève pas les yeux.

"Jacob."

Il lève les yeux et je lui indique où se trouvent les ordinateurs. "Je serai juste là."

Il hoche la tête de manière distraite et retourne son attention vers les livres. Je fais glisser le stylo et le bloc-notes que nous avons avons amenés avec nous sur la table et lui dis d'écrire le titre du livre, le nom de la recette et numéro de page de tout ce qu'il pense lui être utile.

Je m'installe sur une chaise, jetant encore nerveusement un regard à Jacob par-dessus mon épaule. Je déteste la façon dont les ordinateurs sont alignés, de manière à ce que l'écran soit face à toute la salle. Ce n'est pas très privé mais depuis que Mike a parlé de faire une recherche sur Edward, j'ai eu exactement envie de le faire.

La barre d'outils G°°gle s'affiche et je tape lentement le nom d'Edward. Mes doigts tambourinent sur la table alors que je jette un coup d'œil dans la salle en me sentant fourbe. Je regarde à nouveau l'écran et je trouve qu'il existe une quantité inquiétante de sites contenant des informations sur Edward Cullen. Ils ne sont pas tous sur le bon Edward Cullen mais la majorité le sont. Je fais défiler l'écran, en me demandant si je suis juste un peu curieuse ou si je suis une fouineuse sans vergogne.

Je clique sur un site au hasard et il s'ouvre sur une photo d'Edward et Emmett serrant la main de deux hommes plus âgés. Ils regardent tous l'appareil et un examen rapide de l'article révèle que Cullen Equity Partners vient de racheter l'entreprise de ces hommes. Je parcours rapidement quelques autres articles et je constate que l'entreprise d'Edward et Emmett connaît un énorme succès.

En faisant défiler la page à nouveau, mes yeux tombent sur une photo d'Esmée et Carlisle flanquée d'Edward, Emmett et Alice. Je clique dessus pour trouver une photo d'une récente soirée caritative organisée par Esmée et soutenue par Cullen Equity Partners. Il y a un lien vers d'autres photos et je clique dessus, seulement pour être saluée par une photo d'Edward avec son bras autour d'une femme blonde vraiment belle. Tous deux ont l'air étonnamment parfaits sur la photo.

Le smoking noir que porte Edward est magnifiquement coupé et affiche la richesse. Sa peau rasée et propre est lisse et sans défaut et la lumière du flash a capté à la fois le vert brillant de ses yeux et les tons cuivrés de ses cheveux. Je ne l'ai jamais vu aussi beau et je sens la chaleur de mon sang alors que mes yeux traînent sur chaque centimètre de lui. La façon dont son pantalon serre ses cuisses me démange les paumes, comme si sorti de nulle part, mon subconscient essaie de se souvenir de ce que j'ai ressenti en passant mes mains sur les muscles fermes à cet endroit.

Son sourire est magnifique, comme toujours, et je me mords la lèvre quand le souvenir de ses lèvres me revient de façon très vivante. Ma respiration devient difficile.

Mais qu'est-ce que je fais ?

Je clique sur l'image suivante et elle est remplie de personnes que je ne reconnais pas. Un coup d'œil rapide par-dessus mon épaule me rassure que Jacob est toujours occupé avec ses livres. Je scrute la pièce avec culpabilité mais personne ne fait attention à moi, alors je me retourne vers l'ordinateur et je tape à nouveau le nom d'Edward. Cette fois, je clique sur les images et l'écran se remplit des photos d'Edward. Je les fais défiler rapidement.

Hmm, il semble avoir un penchant pour les blondes.

Je regarde d'autres photos d'Edward et comme la plupart d'entre elles ne donnent pas le nom de la fille avec qui il est, c'est très difficile de dire si une personne en particulier apparaît plus souvent que les autres. Elles sont toutes si semblables : grandes, élancées et élégantes, avec une peau qui me rappelle la porcelaine. En fait, elles sont si incroyablement belles que je me demande s'il a un grand placard à la maison où il les expose.

Marre de fouiner, j'éteins l'ordinateur et je retourne voir Jacob. Soudain, je me sens beaucoup plus abattue que je ne l'étais auparavant et je suis pleinement consciente du fait qu'Edward appartient à un monde dans lequel Jacob... ou moi pourrions avoir du mal à nous intégrer.

"As-tu déjà choisi ? " Je demande à Jacob, en essayant d'insuffler un peu d'enthousiasme dans mon ton.

En pensant au style de vie de haut vol d'Edward, je me demande ce qu'il pensera du fait de passer une soirée dans une petite maison à Forks, à devoir préparer son propre dîner.

Jacob me regarde. "Quel goût a le canard ?"

J'étouffe un ricanement. "Je suis végétarienne, tu te souviens ?" Ses épaules s'affaissent. "Désolé. Je sais que c'est important pour toi. Pourquoi ne pas faire un gâteau, quelque chose de spécial, comme un gâteau avec beaucoup de crème et de cerises, ou peut-être un gâteau au chocolat ?" Je m'assieds à côté de lui et je commence à feuilleter les livres, en cherchant une pâtisserie. "Tu peux faire ça avec Edward et je ferai le plat principal, qu'en dis-tu ?"

"Oh, un gâteau au chocolat serait génial !" convient-il avec enthousiasme. "Nous pourrions le décorer avec du glaçage et des copeaux de chocolat". Ses yeux se figent pendant une seconde puis il me regarde brusquement. "Tu vas quand même aider, non ? "

Je lui souris et je hoche la tête. "Bien sûr."

"Et tu nous laisseras papa et moi, aider pour le plat principal ?" Ses yeux anxieux restent fixés sur mon visage.

Je garde le sourire collé en lui disant que j'aimerais les laisser m'aider.

Je sais déjà comment faire un gâteau au chocolat mais comme j'ai l'intention de laisser Jacob et Edward faire la majeure partie, je trouve une recette appropriée et je la copie.

Le samedi matin, Jacob se plaint dans le magasin lorsque nous achetons les ingrédients parce qu'il a peur qu'Edward se pointe tôt et qu'il nous rate.

Le fait de rappeler à Jacob qu'il a laissé un mot scotché à la porte ne fait pas grand-chose pour calmer son anxiété. Il commence à se mettre un peu en colère quand je ne le laisse pas acheter deux sortes de chocolat et des M&M's pour la décoration de gâteaux. J'essaie de faire remarquer que nous dépensons beaucoup d'argent pour l'épicerie mais cela ne fait que le faire bouder davantage.

Il ne se calme que lorsque nous rentrons à la maison et qu'il voit le mot encore bien scotché. Il y avait écrit qu'Edward devait retirer la note si nous l'avions raté. Mon explication qu'Edward ne se contenterait pas de prendre le mot et de rentrer à Seattle tombe dans l'oreille d'un sourd. Il semble qu'en ce qui concerne Edward, c'est Jacob qui est le plus inquiet.

J'essaie de ranger les courses mais Jacob continue de se mettre en travers de mon chemin. Il traîne dans la cuisine avec la recette à la main en sortant des choses du sac et en les marquant sur la liste avec son crayon.

"Tu sais, il n'y a aucune loi qui dit que tu ne peux pas ranger des choses quand tu as fini de les cocher sur ta liste," je plaisante.

Il lève les yeux. "Quoi ?"

"C'est pardon." Je le corrige.

"Pardon quoi ?"

Il est tellement distrait par sa liste que ça me fait rire. Je lui montre le paquet de farine qu'il a jeté sur la table. "Cette farine que tu as prise dans le sac de l'épicerie, si tu la prends, tourne à quatre-vingt-dix degrés et fais trois pas en avant, tu pourrais le mettre dans le placard, là où est sa place."

Il regarde la farine, puis revient vers moi. "C'est combien 90 degrés ?"

Je ris fort et j'ouvre la porte de l'armoire : "Mets-la là-dedans !"

"Mais nous en aurons bientôt besoin, de toute façon," affirme-t-il.

On frappe fort à la porte et avant que je ne puisse dire autre chose, les yeux de Jacob s'élargissent et sa bouche se transforme en un grand sourire. "J'y vais !" crie-t-il. La farine est oubliée sur la table.

En jetant un regard triste sur le tas de provisions éparpillées partout, je le suis.

Edward se tient sur le seuil, le sourire aux lèvres, avec des fleurs et un gros paquet. Jacob ouvre la porte en grand et le fait entrer.

Edward le remercie et entre. Jacob se lance immédiatement dans une conversation sur nos achats et divulgue à Edward qu'il craignait de le rater.

Edward est rayonnant. "J'aurais attendu," dit-il en riant. "Tu n'es pas le seul à être impatient."

Je déglutis à la vue de Jacob débordant de fierté. On dirait qu'il pourrait bien s'envoler.

Edward tourne son charmant sourire vers moi. Une autre déglutition difficile.

"Elles sont pour toi," dit-il en tendant les fleurs.

"Tu n'avais pas besoin de m'apporter des fleurs," dis-je, troublée par ce geste.

Son sourire s'agrandit. "Esmée nous a appris à ne jamais nous présenter au dîner les mains vides," explique-t-il.

"Qu'est-ce qu'il y a dans le paquet ?" demande Jacob, en le montrant du doigt.

"Ouvre-le et tu verras," dit Edward, et il le remet à Jacob, qui le fait presque tomber. "Waouh ! Désolé."

Edward rit nerveusement. "Peut-être qu'on devrait l'emmener dans le salon, tu pourras l'ouvrir là-bas."

Je me suis réveillée ce matin et ma première pensée a été mon accès de colère d'hier. J'ai décidé d'arrêter à essayer de prévenir tous les problèmes qui, je pense, pourraient se profiler à l'horizon. Il n'y a pas moyen que je veuille courir le risque d'une répétition de lundi et la seule façon d'éviter les chamailleries constantes est de me détendre et de laisser Jacob et Edward trouver leur propre chemin.

Mais Edward est à peine à la porte et j'ai déjà du me retenir de rappeler à Jacob qu'il était impoli de demander ce que contient le paquet. Et maintenant, à en juger par la taille du dit paquet, je vais devoir me retenir à nouveau.

Je ne veux pas qu'Edward lui fasse des cadeaux fantaisistes mais je peux lui dire cela un autre jour.

"Une Xbox !" Jacob jappe avec joie. "Elite." Il déchire le papier et au moins une demi-douzaine de jeux tombent aussi du paquet.

Je ferme brièvement les yeux et me bats pour retrouver le sourire. J'ouvre les yeux pour voir Jacob se précipiter sur Edward en lui jetant les bras autour du cou. Sa voix est étouffée lorsqu'il dit merci. Les mains d'Edward planent légèrement avant qu'il ne les pose sur le dos de Jacob. Ses lèvres sont serrées et tout comme les miens il y a un instant - ses yeux se ferment brièvement.

Jacob se recule et retourne à son cadeau, laissant Edward un peu déconcerté. Ses yeux trouvent les miens et je reconnais le ravissement d'avoir été accepté briller dans les siens. Jacob parle mais je suis fascinée par le regard d'Edward. La pleine force de ce que cette petite réaction de Jacob signifie pour lui est trop douloureuse pour moi. Avant de détourner le regard je repère aussi le léger regard d'hésitation qu'il me lance.

"Tu peux peut-être aider Jacob à l'installer," dis-je mais ça sort comme un croassement. Je me racle la gorge. "... pendant que je finis de ranger les courses." Mon sourire est petit et je ne sais pas si ça le rassurera parce qu'il doit savoir qu'au fond de moi je suis contrariée qu'il ait apporté cette folle extravagance de cadeau pour Jacob.

Je me retire dans la cuisine, voulant camper sur mes positions. Je me promets d'essayer de me détendre et de voir où tout ça va nous mener. S'il existe une chance que nous puissions être … amis, c'est peut-être un mot trop fort mais c'est tout ce que j'aie. Si nous pouvons être amicaux pour Jacob alors tout ce processus deviendra tellement plus facile.

"Tu peux le faire !" me dis-je, en inspirant profondément.

"Faire quoi ?"

Je tourne sur moi-même au son de la voix d'Edward.

"Je ne t'avais pas entendu," je halète. Je tords le cou pour regarder derrière lui.

"Il déballe la console," dit-il. "Ecoute, je sais que tu as dit…"

Je lève la main pour l'arrêter. "Pas aujourd'hui," dis-je doucement. "Cela signifie tellement pour lui… pour toi… je... j'ai gâché les autres jours que tu as partagés avec lui alors… je vais garder ça pour une autre fois et nous verrons bien si ça facilite les choses."

Il fait un grand sourire. "Je te remercie."

Sa voix est douce et chaleureuse et surtout sincère. Je lui rends son sourire.

Son sourire disparaît. "Je suppose que j'aurais dû te dire que j'ai amené quelques autres petites choses, elles sont dans la voiture."

Je mords ma lèvre et hausse les sourcils.

"Rien d'extravagant," explique-t-il. "Juste deux trois bricoles idiotes… j'ai pensé que Jacob les apprécierait."

"Qu'est-ce que c'est ?" je me force à demander.

Il semble à moitié gêné. "Une petite veste de chef et des tabliers pour nous." Il montre du doigt la cuisine. "Tu sais, si nous devons encore cuisiner."

Cette fois mon sourire est sincère. "Oh nous allons cuisiner, Jacob va y veiller. Et il adorera que tu aies fait ça. Il est à fond dedans quand il se lance dans quelque chose…" Ma voix s'éteint, "Mais bien sûr que tu l'avais remarqué."

Il hoche doucement la tête. Il soutient mon regard pendant un instant puis souffle lourdement. "Je vais installer la console." Je le regarde aller au salon.

J'appuie mes doigts sur mes paupières et prends une profonde inspiration puis expire lentement. Le bavardage excité de Jacob arrive jusqu'ici et m'aide à me détendre. Je me concentre là-dessus en rangeant tout. Au moment où je termine j'entends qu'ils ont commencé à jouer. Je soulève le paquet de farine pour le ranger mais quand je vois la liste de Jacob sur la table je le repose avec un sourire.

Un peu plus tard Jacob arrive en bondissant dans la cuisine et tape ses mains sur la table. Ma tasse de café tremble un peu et je pose mes mains dessus pour la stabiliser.

"Désolé," dit-il en grimaçant en voyant la tasse. "Est-ce que nous pouvons commencer le gâteau ?"

J'entends le léger clic de la porte d'entrée.

"Papa est parti chercher quelque chose dans la voiture," dit Jacob, en suivant mon regard alors que je me penche en arrière pour regarder par la fenêtre.

Il se retourne vers la cuisine et me sourit en apercevant les ingrédients disposés sur le comptoir. Je glisse la feuille qui contient la recette. Il l'attrape et commence immédiatement à la lire à voix haute.

On frappe à la porte d'entrée et en bougeant à peine, Jacob crie. "Entre !" Edward apparaît et tend un sac à Jacob.

"J'ai pensé que ça te plairait de porter ça pour cuisiner," dit Edward quand Jacob lui prend le sac.

Il crie de joie en sortant la veste et ensuite il est dubitatif en voyant les deux tabliers à carreaux noirs et blancs.

"Ils sont pour ta mère et moi," explique Edward.

Jacob enfile la veste et reboutonne en quatrième vitesse. Je ris quand sa langue sort parce qu'il est très concentré sur celui d'en haut.

"Et la toque ? " je demande entrant dans le jeu.

Jacob rit. "Non je pense que j'aurais l'air stupide avec un de ces chapeaux gonflés. La veste suffira," dit-il sans aucune trace d'ironie. Il se regarde. " Ça a l'air bien," décide-t-il avant de nous regarder avec nos tabliers assortis. "Vous ressemblez tous les deux à des commis."

Je commence à m'occuper en sortant des saladiers et des ustensiles mais il devient rapidement évident que le plan de travail est trop petit. Il faut que je tourne autour d'Edward et lui demande de se bouger pour pouvoir attraper les choses.

J'ai besoin d'aller chercher dans le tiroir derrière lui et quand il bouge pour que nous puissions changer de place et frôle mon dos avec sa main je ressens comme une décharge. Plus tard quand je veux attraper les plateaux sur l'étagère du haut, il se met derrière moi et tend la main pour les atteindre. Il les amène au comptoir et quand il les pose ses bras m'encerclent et je sens qu'il s'appuie contre mon dos avant de les poser et de s'éloigner. L'effet que la proximité de son corps a sur moi est difficile à ignorer. Plus d'une fois j'ai failli faire faire tomber quelque chose et ce n'est pas la chaleur du four qui me fait transpirer.

Je commence à avoir le sentiment que même si la cuisine avait la taille d'un terrain de foot elle serait encore beaucoup trop intime.

Il semble qu'ils aient décidé ensemble que Jacob mesurait et versait la farine et qu'Edward tenait le tamis au-dessus du saladier. Je mords ma lèvre inférieure en regardant leur manipulation mal tourner. Jacob verse trop vite, manquant le saladier et envoyant des panaches blancs de poussière de farine sur le visage d'Edward. Quand vient l'heure des œufs, je les récupère dans le frigo et les passe à Edward. Il enroule sa main gauche sous la mienne alors que sa main droite soulève les œufs. Il faut beaucoup d'effort pour ne pas le regarder en face.

Jacob écrase le premier sur le bord du saladier et la moitié de la coquille tombe dans le mélange avec l'œuf qui coule. Il jette un regard paniqué à Edward qui rit et ramasse les morceaux de coquille.

En soulevant un autre œuf Edward le tapote gentiment sur le côté du saladier. "Essaie juste d'être un peu plus gentil," dit-il alors que la coquille cède. Et puis sers-toi de tes pouces pour séparer la coquille."

Je vois ses pouces appuyer au niveau de la cassure et il l'écarte avec ses longs doigts.

"Puis-je essayer ?" demande Jacob, visiblement soulagé qu'Edward ne l'ait pas grondé.

"De combien d'œufs avons-nous besoin ?" demande Edward en regardant la recette.

L'expression de Jacob tombe. "Seulement deux."

Edward attrape un bol et tend un autre œuf à Jacob. "Tu peux le casser dans ce bol," suggère-t-il en l'encourageant. "Tous les grands chefs doivent s'entraîner."

Du coup Jacob fait un méga sourire de 100 watts. Il tapote l'œuf sur le bol, trop doucement au début puis il jette un coup d'œil à Edward, tapote à nouveau avec plus de force. Quand l'œuf craque Edward met ses mains sur les siennes et l'aide doucement à faire tomber l'œuf. Jacob rit quand le contenu tombe dans le bol.

"Pas un seul morceau de coquille," constate-t-il en souriant.

Edward commence à mélanger les ingrédients et quand ils sont un peu mélangés il tend le saladier à Jacob pour qu'il continue.

"Ça sent très délicieux," fait remarquer Jacob pendant que son bras pompe furieusement en remuant aussi vite qu'il peut. Le saladier claque sur le comptoir et je tends la main en même temps qu'Edward pour le stabiliser. J'essaie de reculer à nouveau mais Edward s'écarte et me fait signe de prendre sa place à côté de Jacob.

Je souris faiblement et je tiens le saladier. Finalement le bras de Jacob se fatigue et je prends la fin du mélange en charge.

"D'accord je pense que c'est prêt à être placé dans le moule, Jacob," dis-je finalement en tapotant la cuillère pour faire tomber ce qu'il reste.

"Nana me laisse goûter d'habitude," dit Jacob.

Sans réfléchir je plonge mon doigt dedans et en attrape. En le voyant je change d'avis. "Il y a de l'œuf cru dedans, ce n'est pas mauvais pour toi ?" je me demande à voix haute.

"Pas à moins que tu sois enceinte… ou vraiment jeune," dit Edward son regard attirant le mien sur le mot enceinte…"Sinon ça va."

"Je ne suis pas sûre," dis-je en fixant mon doigt d'un air dubitatif. "Prends le moule Jacob. je pense que nous ne devrions pas le faire."

Jacob s'éloigne pour prendre le moule.

Edward rit. "Ça ne te tuera pas. Ecoute je vais te le prouver."

Je le regarde, choquée, saisir doucement mon poignet, lever ma main à sa bouche. Mon index est toujours étendu et quand il enroule ses lèvres autour de lui, chaque goutte d'humidité dans ma bouche disparaît - probablement vers en bas.

Je ne peux pas retenir le doux soupir qui émane de ma gorge. Sa langue tourbillonne autour de mon doigt et quand je sens la légère succion, je ferme la bouche pour étouffer un gémissement. Tous les nerfs dans mon corps sont soudainement en alerte et il y a un bourdonnement dans mes oreilles qui résonne comme de l'électricité pure. Mes yeux se détachent de la performance hypnotique de sa bouche et se verrouillent avec les siens.

Mon doigt sort de sa bouche et il sourit. "Délicieux," dit-il en souriant. "Et ça ne m'a pas tué."

Non mais ça a failli me tuer !

"Je l'ai eu !" La voix de Jacob brise le sort, et je vois qu'il s'est retourné pour nous faire face. Il nous regarde fixement pendant un moment. "Je peux goûter ?" demande-t-il, fixant toujours la main d'Edward enroulée autour de mon poignet.

En retirant ma main, je m'éloigne et Jacob s'installe dans l'espace entre nous. Edward, dont les yeux ne m'ont pas quitté, regarde enfin Jacob et fait un signe de tête.

Jacob trempe son doigt et ses lèvres se déploient en un large sourire lorsqu'il goûte le mélange. "Ce gâteau va être génial," déclare-t-il.

Ma main tremble un peu quand je prends le moule et que j'y verse le mélange. Un coup d'œil de côté à Edward confirme qu'il n'est pas du tout affecté par ce qui vient de se passer et je me sens ridicule de ma réaction excessive à ce qui était une simple action sans arrière-pensée.

Il avertit Jacob de ne pas en manger trop, alors que Jacob prend une grande cuillère du mélange dans sa bouche.

Après avoir mis le gâteau au four, je commence notre plat principal. J'essaie de convaincre Jacob et Edward de retourner au salon mais Jacob ne veut pas en entendre parler, alors je lui confie la tâche de laver les feuilles de salade.

"Que puis-je faire ?" demande Edward, en appuyant une hanche contre le dossier d'une chaise.

Je lui tends les tomates et un couteau. "Tu peux les couper," lui dis-je en souriant.

Il se dirige vers le comptoir juste à côté de moi, pose une tomate sur la planche et la découpe en tranches. Il presse trop fort, et parce que la tomate est trop mûre, une partie du jus et des graines jaillit et gicle sur ma main à côté de la planche.

"Désolé," dit Edward, en jetant un coup d'œil avant qu'un gloussement ne sorte de sa gorge. " Rappelle-toi la fois où j'ai fait ça à Emmett ?"

Je ris fort de ce souvenir. Emmett a la phobie la plus bizarre qui soit. Il a une peur pathologique des graines de tomates. Il ne peut même pas s'asseoir à la table où on coupe une tomate en tranches. Il a des haut-le-cœur à la vue de la pulpe et des graines. Personne ne sait comment ni quand cette peur irrationnelle est née mais j'en ai été témoin une fois.

Edward, Alice et moi étions dans la cuisine à préparer des sandwiches pour le déjeuner quand Emmett est arrivé à la maison pour un long week-end de l'université. Il était si occupé à dire bonjour et à embrasser tout le monde, qu'il n'a pas remarqué qu'Edward tranchait des tomates. Edward soulevait juste une tranche de tomate pour la mettre sur son pain quand Emmett a baissé la main et qu'une énorme quantité de graines est tombée dessus.

Ses yeux se sont écarquillés sous le choc lorsqu'il a commencé à avoir des haut-le-cœur et à secouer sa main comme si quelqu'un avait laissé tomber des excréments sur elle. Edward et Alice étaient en proie à des rires et au début je n'avais pas la moindre idée de ce que qu'il se passait mais quand Emmett a commencé à crier sur Edward d'une voix très aiguë, je suis partie dans un fou rire aussi.

"Je n'arrive pas à croire qu'il s'énerve autant pour les tomates," ris-je.

"Il est toujours le même," sourit Edward. "En fait, je pense qu'il devrait suivre une thérapie pour ça. Il couine comme une fille si on s'approche de lui avec une tomate." Il secoue la tête. "Il essaie toujours de prétendre que c'est une vraie phobie. Il a même cherché sur Internet et lui a trouvé un nom. "Lycopersicon phobie."

"Lyco-quoi ?"

Edward rit plus fort. "Je ne suis même pas sûr d'avoir le bon nom. Je ne le comprends pas vraiment mais tu sais comment Emmett devient et à quel point son raisonnement est dingue. Apparemment, c'est dérivé du mot grec pour la tomate qui, traduit littéralement, signifie "pêche au loup."

"Pêche de loup ?!" Je ris. "Eh bien, il déteste les chiens !"

"Qui est Emmett ?"

Edward et moi nous figeons, réalisant que nous venons de faire entrer le spectre de sa famille dans la pièce. Je me retourne pour trouver Jacob qui nous regarde avec curiosité. Les regards que nous échangeons, Edward et moi, sont sans aucun doute du genre tu lui diras ou c'est à moi ?

"Emmett est le frère d'Edward" dis-je, en prenant l'initiative.

Les yeux de Jacob se tournent vers Edward. "Est-il plus âgé ou plus jeune ?"

"Un an plus jeune," répond Edward.

"As-tu d'autres frères ou sœurs ?"

Edward secoue la tête. "Non, juste Alice et Emmett."

"Et ta mère et ton père ?" demande Jacob, tout à fait dans son élan maintenant.

"Jacob," je lui dis doucement.

"Non, c'est bon," insiste Edward. Il se met à table - les tomates oubliées et s'assied.

Jacob lui emboîte le pas. "Mes parents sont morts quand j'avais six ans. Je suis venu à Forks pour vivre avec la sœur de ma mère, Esmée et son mari Carlisle. Ils m'ont adopté." Sa voix est mélancolique et teintée de regret.

"Ont-ils aussi adopté Emmett et Alice ?"

Edward secoue la tête. "Non. Emmett et Alice sont leurs vrais enfants."

Son utilisation du mot "vrai" m'attriste.

Jacob le regarde fixement, buvant chaque mot. " Tes parents adoptifs vivent-ils encore ici ? "

Edward acquiesce et je sais ce que Jacob va demander ensuite.

"Quand puis-je les rencontrer ?"

Edward me regarde pour me demander conseil mais je n'ai rien à offrir. Il sait ce que je ressens pour sa famille.

Il sait ce que sa famille ressent pour moi. Non, je ne suis pas la personne qui peut le guider sur cette question.

Il se retourne vers Jacob. "C'est un peu compliqué," commence-t-il.

Jacob fronce les sourcils. "C'est ce que maman dit toujours."

"Eh bien, elle a raison." Edward sourit. "Je veux que toi et moi apprenions à mieux nous connaître d'abord."

Cela fait plaisir à Jacob et il sourit à Edward. "D'accord, mais je veux quand même les rencontrer," insiste-t-il.

Les yeux d'Edward dérivent vers les miens mais il ne dit plus rien à Jacob.

Nous retournons aux préparatifs du dîner en silence, chacun de nous perdu dans ses pensées. Quand le four sonne, Jacob est le premier à réagir.

"Le gâteau est prêt," dit-il, la voix tremblante mais déterminée.

Je me tourne pour attraper le gant de cuisine mais Jacob me bat avec le four.

" Aïe ! " Jacob hurle.

Ma tête tourne au moment où le moule à gâteau s'écrase sur le sol et où le chocolat jaillit à travers la cuisine, laissant une traînée de miettes marron dans son sillage.

"Jacob !" Je crie de peur. "Tu sais que tu n'as pas le droit d'ouvrir le four !"

"J'ai oublié !" gémit-il.

Edward prend les commandes, saisissant rapidement la main de Jacob et le conduisant vers l'évier. Il y a déjà une marque rouge qui se forme sur le poignet de Jacob, juste en dessous de son pouce.

Edward pousse la main de Jacob sous le robinet et ouvre l'eau froide. Jacob jappe de douleur et lutte pour la retirer.

"C'est bon," dit Edward. "Ça va enlever la douleur." Il me regarde. "Tu as une trousse d'urgence ?"

Dans mon état actuel, je ne me souviens pas où Charlie la range, alors je me tourne et je commence à ouvrir les tiroirs et les portes qui claquent. Edward murmure des mots apaisants à Jacob et effleure ses cheveux d'une main réconfortante. Des larmes coulent des yeux de Jacob, mais il semble qui ca fonctionne alors que ses sanglots commencent à s'apaiser.

Je trouve la trousse et Edward conduit Jacob à la table avant de sécher doucement la blessure et d'ouvrir le kit.

"Je vais juste mettre un peu de ce gel dessus," dit-il à Jacob, tout en me passant le tube. J'enlève le bouchon et le lui rend. "Ça va le refroidir et faire disparaître la douleur, d'accord ?"

Jacob hoche la tête vigoureusement mais fait encore un peu la grimace lorsque le gel touche la grande ampoule qui est maintenant en formation. Edward y étale doucement une fine couche de gel et lui adresse un sourire encourageant. Je lui tends un carré de gaze mais il secoue la tête.

"L'ampoule risque d'éclater et la gaze finira par s'y coller," explique-t-il, avant de parler à a Jacob. "Il vaut mieux laisser l'air agir, Jacob. Ça guérira plus vite mais tu dois faire attention à ne pas te salir la main."

Encore une fois, Jacob acquiesce.

"Est-ce que ça va un peu mieux ?" demande Edward

"Oui, mais ça pique encore," croasse Jacob.

"Plus de gel aidera si ça devient douloureux," dit Edward, avec un sourire triste. "Tu es courageux."

Jacob se lève et regarde Edward pendant un moment avant de s'avancer et de l'embrasser. Edward tourne la tête et embrasse légèrement les cheveux de Jacob. C'est si naturel et voir l'expression satisfaite de Jacob alors qu'il est réconforté par son père me réconforte étrangement.

Je ressens toujours une vive culpabilité mais les regarder ensemble m'aide à réaliser que je suis enfin sur la bonne voie. Plus je me permets de faire confiance à Edward mieux c'est pour Jacob.

"Merci papa," murmure Jacob contre son épaule. Il recule et demande ensuite s'il peut regarder la télévision. J'acquiesce et il part tenant son bras comme s'il avait été cassé à vingt endroits différents.

Je secoue la tête avec un sourire entendu avant de commencer à nettoyer les dégâts. Edward se baisse pour aider.

"Je me sens complètement idiot," me confie-t-il.

Je m'arrête et le regarde en m'accroupissant. "Pourquoi ?"

"Avoir laissé échapper ça à propos d'Emmett - j'aurais dû me douter qu'il poserait des questions," développe-t-il.

"En fait j'allais t'en parler," dis-je, en me relevant pour aller chercher la serpillière.

Pendant que je nettoie je raconte ce qui est arrivé à l'école hier et mon altercation avec Victoria.

"Nous allons devoir le faire asseoir et lui parler de nous," dis-je, n'appréciant pas du tout l'idée. "Il entendra probablement d'autres ragots à l'école et je préfère qu'il entende la vérité de nous."

Edward hoche la tête d'un air grave. "Tu crois qu'il peut comprendre ?"

"J'en doute," dis-je un peu plus brusquement que prévu. "Je suis désolée, je suis juste en colère que les gens ne puissent pas garder leur nez en dehors de nos affaires."

"Rien de nouveau," dit-il légèrement. Je ris avec lui, "C'est mieux," dit-il avec un petit sourire. "Quand je pense à ma colère quand je suis arrivé ici pour la première fois après avoir découvert son existence… j'en frissonne encore. Je suis vraiment désolé Bella je ne voulais être un tel con. J'ai eu peur quand Jasper me l'a dit," admet-il.

"Je voulais te le dire moi-même mais Jasper a insisté que ça passerait mieux venant de lui."

"Comment te l'a-t-il dit ?" Je lui demande heureuse que nous puissions enfin parler calmement de ces choses.

"J'ai été surpris quand il est arrivé au Brésil à l'improviste," commence Edward. "J'ai su instantanément qu'il se passait quelque chose…. mais je n'ai jamais pensé que c'était quelque chose comme ça." Il me regarde. "Il a attendu notre retour dans ma chambre d'hôtel et il m'a dit que tu étais revenue." Il grimace un peu.

Je voudrais lui demander comment il s'était senti quand il l'avait découvert, quand il avait réalisé que j'étais de retour… s'il avait ressenti les mêmes choses que moi depuis que je l'avais revu. Mes réactions à son égard sont fortes et trop familières mais je pense aux femmes blondes à ses côtés sur les photos et je ne suis pas vraiment sûre de vouloir connaître la réponse. "Continue," je l'encourage quand je réalise qu'il s'est arrêté.

Il se racle la gorge. "Il m'a dit que tu avais emmené ton fils à Forks avec toi. Au début je ne pouvais pas comprendre pourquoi il pensait qu'il devait me dire ça." Il souffle. "Il n'a pas dit les mots, il s'est juste assis là, à me regarder attendant que la compréhension arrive."

"Et quand tu as compris ?" je demande avec hésitation.

"Honnêtement je ne sais pas, Bella. Mes pensées couraient à cent à l'heure dans différentes directions, je n'arrivais pas à comprendre comment…" il s'arrête, laissant échapper un long soupir. "Comment tu as pu faire ça," finit-il doucement. "Mais n'entrons pas dans ça." Il frotte ses mains sur son visage et son attitude se ravive. "Nous sommes ici maintenant et j'aime apprendre à le connaître."

Je mets les aliments dans le four puis je sors une bouteille de vin du placard avec deux verres. Je les pose devant lui. "Je ne sais pas pour toi mais je pourrais prendre un verre," dis-je en forçant un petit sourire.

"Je conduis," me rappelle-t-il.

"Bien sûr," dis-je en me servant. "J'espère que ça ne te dérange pas si j'en prends un, j'ai l'habitude de boire seule."

Mes yeux rencontrent les siens alors que je prends une gorgée et je me réprimande intérieurement de me faire passer pour une alcoolique solitaire. "Tu rentres à Seattle ce soir ?" je lui demande, détournant la conversation de moi.

"Alice m'a invité chez eux mais pour être honnête je ne pense pas pouvoir affronter ses questions ce soir," admet-il avec un long soupir.

"Est-elle vraiment si désespérée ?"

Il hoche la tête. "Mais je comprends pourquoi tu n'es pas prête à voir un membre de la famille." Il regarde vers la porte. "Mais si Jacob veut les rencontrer…"

"Je devrais participer !" finis-je pour lui avec un petit rire sec. Mais ma bonne humeur disparaît. "Je n'ai pas l'énergie pour ça en ce moment, pas avec tout ce qu'il se passe ici."

Il s'excuse de ne pas avoir posé de question concernant Charlie et je lui dis qu'il espère qu'il sortira de l'hôpital à la semaine prochaine. J'ai hâte d'avoir Charlie à la maison et de retrouver un semblant de routine normale qui n'implique pas deux voyages par jour à l'hôpital. Charlie manque aussi à Jacob.

Quand le repas est cuit j'appelle Jacob et nous nous asseyons tous à table. Je me verse un autre verre de vin en écoutant Edward poser quelques questions à Jacob sur la Floride, ce qui me rappelle qu'un colis de Renée est arrivé pendant la semaine.

"Oh… ça me rappelle..." dis-je, en poussant ma chaise et en quittant la table. "C'est arrivé mardi." Je prends le paquet et en sors des albums photo et les posant sur le comptoir.

"Qu'est-ce que c'est ?"

"Les albums-photos de Jacob," je souris. "Après manger vous pourrez les regarder tous les deux, je m'occuperai de la vaisselle."

"Pourquoi ne ferait-on pas la vaisselle tous ensemble comme ça nous pourrions les regarder ensemble aussi ?" suggère Edward.

Je lui fais signe de main de rejet, ne voulant pas révéler à quel point je trouverais cela inconfortable. "Non, non. C'est... ok. Je vous rejoindrai quand j'aurai fini."

Il me fait un sourire mais il semble penser qu'il vaut mieux ne rien dire et il recommence à manger son repas. Je vide le dernier verre de vin et j'allume la cafetière, pendant que Jacob fouille le frigo à la recherche de quelque chose pour le dessert. Edward apporte les assiettes vides au comptoir et s'appuie dessus, en me regardant.

Je m'attends à ce qu'il dise quelque chose mais il reste là à me regarder.

Je lave la première assiette sous son regard attentif et il me surprend en me tendant la main quand j'ai fini. En tirant le torchon du crochet, il l'essuie et la pose sur le comptoir.

Jacob apparaît à ses côtés et soulève l'assiette et ainsi notre petite chaîne de production est mise en place. J'essaie de penser à une excuse convaincante pour ne pas feuilleter les albums avec eux mais rien ne me vient à l'esprit. Quand nous avons terminé, je n'ai pas d'autre choix que de porter les albums dans le salon et d'essayer d'avoir l'air enthousiaste.

Jacob est assis sur le canapé et tapote innocemment les espaces de chaque côté de lui. Edward et moi partageons un regard amusé avant de nous asseoir. Jacob ouvre l'album et la toute première photo est de moi - lourdement enceinte. J'espère que ma respiration n'est pas trop forte. Je n'ose pas lever les yeux au cas où Edward l'aurait entendu.

Cette photo n'était pas dans l'album avant et je me demande si Renée l'a mise là pour Edward.

Peut-être pensait-elle qu'il se sentirait coupable de me voir si jeune et si lourdement enceinte... et ayant l'air complètement misérable. J'ai toujours détesté cette photo.

Je tourne rapidement la page et Jacob rit avec délice lorsqu'il voit les photos de lui en tant que minuscule bébé. Il commence à feuilleter les pages et à en juger par l'expression douloureuse d'Edward, il n'y prend aucun plaisir. J'ai l'impression qu'il aimerait s'attarder davantage mais Jacob tient à arriver vers les choses dont il se souvient.

Je ne sais pas pourquoi j'ai pensé que c'était une bonne idée. Jacob commence à raconter de petites histoires sur des choses comme, son tout premier match de base-ball, sa première sortie scolaire et m'incite constamment à ajouter de petites anecdotes moi-même. Edward sourit aux bons endroits et pose toutes les bonnes questions mais à l'intérieur je me demande s'il meurt autant que moi.

Cela doit le tuer d'entendre Jacob décrire la vie qu'il a eue sans lui. Cela devient vite trop pour moi et je m'excuse, je me retire dans la cuisine. J'essaie de me ressaisir vu le tumulte d'émotions qui me traverse. Tant de choses ont été en jeu ici aujourd'hui et elles ont commencé à me submerger.

Voir Edward se lier avec Jacob et combien le fait d'être autorisé à entrer dans sa vie signifie pour lui - combiné avec la réalité de tout ce qu'il a manqué - me déchire le cœur. Sentir une partie de l'étincelle entre nous plus tôt m'a également frappé à un niveau purement égoïste. Soudain, je me retrouve à désirer la vie que nous trois n'avons jamais eu la chance d'avoir.

J'ai passé tant d'années à refouler mes sentiments pour Edward que j'avais presque réussi à oublier leur force pure. Mais être ici avec lui aujourd'hui, les petits sourires, les caresses, la douceur des mots... sont trop forts pour moi et je me sens aspirée vers cet amour que j'ai essayé d'oublier si difficilement.

Une lame de parquet grince derrière moi et instinctivement, je sais que c'est Edward. Je prends quelques respirations apaisantes avant que je me tourner. Son expression est grave et illisible et ses yeux ne croisent pas les miens.

"Je dois y aller," dit-il. "C'est un long trajet pour rentrer chez moi."

Je hoche la tête, mon cœur me fait souffrir. "As-tu dit au revoir à Jacob ?"

"Oui." Ses yeux se connectent aux miens avant qu'il ne détourne à nouveau le regard.

"Edward, je suis désolée pour les albums... Je ne voulais pas..."

"Je ne pars pas à cause des albums," assure-t-il, bien que ses yeux le trahissent quand ils rencontrent enfin les miens. "C'est un long trajet jusqu'à Seattle," ajoute-t-il, et ses mots sont creux.

Je peux voir l'étincelle de colère refoulée encore évidente lorsque ses yeux regardent partout sauf vers moi et c'est n'est rien de plus que ce à quoi je m'attendais.

"Je pars en Europe pour affaires à la fin de la semaine. J'aimerais voir Jacob pendant la semaine si c'est bon ?" demande-t-il. "Je pense que nous devrions commencer à lui expliquer les choses et ne pas laisser les ragots de la ville le renseigner sur notre passé."

Je suis d'accord avec lui mais je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il part parce qu'il est en colère. "Tu ne peux pas rester avec Alice ce soir ? On pourrait le faire demain ?"

"Bella..." il commence, puis s'arrête et secoue la tête. "J'ai juste besoin d'être loin de..."

Il commence à se diriger vers le couloir.

Je me dirige vers la porte avec lui, avec l'impression que je dois dire quelque chose mais il n'y a plus rien à dire.

Même s'il voulait voir les albums, il est clair qu'ils lui rappellent trop de choses. Mon contrôle ne tient qu'à un fil quand j'ouvre la porte et je m'y accroche quand il passe.

Il s'arrête sur le seuil et tourne. "Merci," dit-il avec une triste retenue, et je ne suis pas sûre qu'il me remercie pour aujourd'hui ou pour ne pas avoir insisté pour qu'il reste.

Je le regarde et des émotions disparues depuis longtemps s'animent. Sans décision consciente, je vais de l'avant.

Ses yeux s'adoucissent comme lui le fait aussi.

Il y a longtemps, il aurait été aussi naturel que de respirer de se jeter dans son étreinte. Pour accueillir la sécurité chaleureuse de ses bras autour de moi tout en respirant son odeur enivrante. Mais le fossé entre nous est trop important et même si je ne sais pas lequel d'entre nous s'arrête en premier, je remarque que nous sommes dans une impasse, chacun attendant le prochain mouvement de l'autre.

Sa bouche s'ouvre puis se referme et ce muscle travaille à nouveau furieusement dans sa mâchoire. Il se détourne de moi et je le regarde partir.

Je vérifie brièvement que Jacob va bien et je le trouve en train de jouer à son nouveau jeu. Je lui dis que je prends une douche, sans réfléchir je vais à la salle de bain. Une fois à l'intérieur, je m'appuie contre la porte, fixant mon reflet. Tout en moi est faux. Mes cheveux sont trop foncés, mes yeux sont trop bruns. Je ne suis en rien comme les femmes avec lesquelles il sort maintenant.

Je me détourne du miroir et je me déshabille, tout en pensant à ne plus pouvoir fuir. Aujourd'hui, j'ai ouvert les yeux d'une manière que je n'aurais jamais imaginée. Je peux clairement voir la vie que nous aurions pu avoir... une vie qu'au fond de moi, je sais maintenant que j'ai toujours voulue. Et pourtant maintenant, quand je m'avoue enfin à moi-même que je l'aime toujours, je suis moins sûre que jamais des sentiments qu'il avait pour moi.

Comment tout cela a-t-il pu être réel alors qu'il sort maintenant avec des femmes qui sont exactement comme son ex-femme ?

La douche efface mes larmes alors que je glisse sur le carrelage et que je serre mes jambes contre moi. J'appuie mon visage contre mes genoux dans une tentative désespérée d'étouffer mes sanglots alors que tous mes regrets finissent par me consumer.