Juliet

Attablée en salle de Défense Contre les Forces du Mal, l'ambiance est lourde. Personne n'a la tête à travailler suite aux événements du week-end.

Hier nous avons organisé une grande messe funèbre pour nos camarades retrouvés morts égorgés à Pré-Au-Lard. Il s'agissait d'une Poufsouffle, Molly Shelby et de trois Serdaigle, Brian Murphy, Claire Loth et Dany Roger. Bellatrix Black, Lucius Malefoy, Mulciber et Wilkes s'étaient servis de leur apparence pour rejoindre Poudlard incognito. Quant aux quatre élèves Mangemort qui les avaient accompagnés, Dumbledore tient à ce que leur nom soit tu. Il a été admis qu'ils avaient tous obéi sous l'influence de l'Imperium.

Mes amis et moi savons très bien que c'est faux. Rosier et Avery sont bel et bien des meurtriers et continuent de couler des jours heureux. Pour ce qui est de Rogue, je ne sais pas. Je ne le connais pas suffisamment. Tout ce que je sais c'est que Lily et James se sont disputés à son sujet hier soir. Elle a fini en pleurs et plus énervée que jamais dans mon lit. J'ai essayé de la rassurer avant qu'elle ne s'écroule de fatigue. Et pour Regulus, je suis tenue dans le secret donc je ne pouvais décemment expliquer toutes les raisons qui l'ont poussé à devenir un Mangemort. Ni à son frère ni à personne d'autre.

Ainsi, en ce lundi matin, nos nerfs sont à vifs. Pour couronner le tout, j'ai sauvagement embrassé mon professeur qui à présent, s'est carapaté.

Pour ma défense, j'ai eu une soirée agitée. J'ai affronté des Mangemorts, je me suis faite torturée mine de rien, j'ai eu peur pour ma vie, pour celle de mes amis. Forcément, je n'étais pas moi-même. Inévitablement, il y a eu des séquelles.

J'ai raconté ma petite aventure avec Adrian à Mary qui n'en croyait pas ses oreilles. Elle n'a pas arrêté de me demander des détails comme si c'était la seule chose importante en cette période agitée. Je dois avouer que c'était un bon anti-dépresseur et maintenant je regrette presque qu'il soit parti.

Je soupire bruyamment, dépitée.

— Tu crois qu'on va le regretter ? demande Mary en étudiant les autres élèves avachis sur leurs tables.

— J'en sais rien, grogné-je.

— Toi de toute évidence oui, se marre-t-elle. Mais nous on a pas eu droit à un bécotage bestial.

— Je pense que tout ne se résume pas à ça, soupiré-je. Il était… Bon j'ai du mal à l'avouer mais c'était un très bon duelliste. Samedi soir, ce qu'il a fait c'était…

— Il nous a sauvé, approuve mon amie.

— Il a tué quelqu'un, tempéré-je.

— C'était eux ou nous, tu préfères quoi ?

Je hausse les épaules, tiraillée. J'aurais préféré que rien de tout ça ne soit arrivé. En un sens, c'est de ma faute. Si je n'avais pas couru tête la première, personne ne m'aurait suivie et Adrian n'aurait pas tué ce Mangemort. À cause de moi, son âme a été souillée.

Je plonge ma tête entre mes mains, horrifiée. Dire que j'ai osé lui faire la morale après ça. Qu'est-ce qui cloche chez moi ?!

— Hé ! réagit Mary en me bousculant. C'est quoi cette tête ? Je t'interdis de te morfondre !

— Tout ça c'est de ma…

— Si tu dis « faute », je te mets mon poing dans la tronche, insiste la brunette. Juliet écoute… On est humain, ok ? On fait tous des erreurs. Tu as passé toute l'après-midi du samedi à t'entrainer sur des sortilèges de défense et d'attaque car tu rêves de faire la peau à ceux qui t'ont privé de ton père. Tu étais forcément remontée à bloc. C'est normal. Moi aussi j'aurais couru droit vers eux sans me poser de question.

Je ne réponds pas. Tout se bouscule dans ma tête. Je ne sais plus ce qui est bon ou mauvais. C'est comme si la frontière entre le bien et le mal avait disparu et que tout n'était devenu qu'un panaché de nuances. Regulus est un Mangemort pourtant il est inoffensif. Wilkes était un Mangemort pourtant nous avons tous été choqués par son assassinat. Adrian est quelqu'un de bien pourtant il a plusieurs fois tué. Moi je me nourris de vengeance et pourtant, je pense être quelqu'un de bien.

Je n'ai le temps de cogiter davantage que la porte d'entrée de la salle de classe s'ouvre à la volée. Aussitôt, le bruit caractéristique de talons aiguilles résonnent sur le parquet lustré. Je me retourne sur ma chaise et vois Dorcas Meadows évoluer avec grâce entre les rangs. Comme le premier jour, ses traits sont figés comme si elle était incapable d'exprimer la moindre expression. Ses yeux bleus ciel sont glaciaux. Cette bonne femme fout les jetons.

Elle est habillée d'une longue cape de sorcière bleu marine et porte en dessous une robe en dentelle de la même couleur avec un col claudine blanc. Aussitôt, les bavardages cessent et tout le monde admire son entrée fracassante.

Tirée à quatre épingles, elle glisse son regard sévère sur chacun d'entre nous.

— On va moins rire, je crois, souffle Mary à mon oreille.

— Bonjour tout le monde, lance-t-elle avec fermeté. Comme présentée samedi dernier, je suis votre nouveau professeur de Défense Contre Les Forces du Mal. À présent, ouvrez vos manuels à la page quatre-vingt.

Je déglutis et m'exécute. Autour de moi, mes camarades font de même et nous nous jetons des regards en biais.

— Euh Professeure ? intervient Lily en levant la main. Nous avons déjà vu les sortilèges informulés avec Adrian…

— Professeure Meadows, corrige la blonde d'un ton implacable. Pour répondre à votre question, je me fiche du programme plus ou moins approximatif que vous avez vu avec cet incapable de première. Nous allons tout reprendre depuis le début.

Lily se tait, désarçonnée. Bien ! Je crois que c'est définitif, nous allons amèrement regretter Adrian. Nous avons affaire à une sacrée vipère.

Des chuchotements s'élèvent car notre professeur bien aimé était plus qu'apprécié et voir sa mémoire bafouée par sa remplaçante ne nous enchante guère. Je vois d'ailleurs James et Sirius s'agiter sur leur chaise.

— Silence ! ordonne Meadows en frappant du poing sur la table. J'ignore à quel genre d'imbécile vous avez eu affaire au cours de deux derniers mois mais sachez que cette période est révolue et que dans ma classe, j'exige le calme et l'obéissance. C'est n'est pas compliqué. C'est tout ce qu'on demande à des enfants dans une école.

— Adrian n'exigeait pas le calme et l'obéissance, intervient James. Il n'en avait pas besoin. On le respectait puisqu'il nous traitait d'égal à égal.

La blonde relève la tête et foudroie sur place le Gryffondor. Elle se redresse, traverse la pièce puis vient se planter devant le brun à lunettes. Tout le monde retient son souffle tandis qu'ils s'affrontent du regard.

— Un élan de courage vous serait-il apparu lors de votre escapade en forêt, Monsieur Potter ? tacle-t-elle, les mains sur les hanches. Ou bien est-ce l'impertinence de votre très cher ex-professeur qui déteint sur vous ?

Sirius s'esclaffe, n'en croyant pas ses oreilles. Son ami en revanche, fait pâle figure.

— Ça fera deux heures de retenue pour votre interruption inutile, casse Meadows en faisant volte-face.

James reste terré dans son mutisme, encore sous le choc. Nous autres, observons notre nouvelle professeure avec consternation. Cette femme est folle !

— Bien, à présent que le ton est donné, enchaîne la blonde, ouvrez votre livre page quatre-vingt. Et puisque vous semblez déjà tout savoir du sujet, si l'on en croit l'intervention de Miss Evans, vous me rendrez pour mercredi après-midi trois rouleaux de parchemins sur l'utilité des sortilèges informulés.

Mon amie, assise au pupitre d'à côté avec Marlène, devient aussi rouge que ses cheveux tandis que tous les regards convergent vers elle. Effectivement, le ton est donné et je suis à peu près sûre que les cours avec Meadows ne seront pas une partie de plaisir.

Après deux heures de cours interminable, nous sortons de la salle de classe plus dépités que jamais. Notre nouvelle professeure nous a assommés de devoirs, chose qu'Adrian n'avait jamais fait et nous a submergés de son autorité tonitruante.

Avec le début d'une migraine, je me tourne vers Mary qui mime une grimace.

— Ça ne va pas ? m'enquis-je.

— Hum. J'ai mal au ventre, grogne-t-elle. Tu sais depuis l'attaque, j'ai souvent des douleurs. Surtout lorsque j'ai mes règles. Tu veux bien m'accompagner à l'infirmerie ?

— Oui bien sûr.

Nous semons Lily et Marlène qui descendent déjà dans la Grande Salle pour aller prendre leur déjeuner. En cours de chemin, mon amie m'agrippe par le bras et m'adresse un regard en biais.

— Tu sais, commence-t-elle. Je t'avais déjà parlé de mon ami Reginald Cattermole ?

— Euh oui. Celui de Poufsouffle et qui connaît les familles de Sang-Pur, c'est ça ?

— Oui c'est ça, dit-elle en fixant ses pieds alors que nous montons les escaliers.

— Et bien ?

— Et bien je… Je crois que je ressens plus que de l'amitié pour lui, souffle-t-elle, embêtée.

— Oh. Vraiment ?

J'esquisse un grand sourire sincère et dévisage mon amie. Depuis qu'elle s'est faite torturée par Mulciber et Yaxley, je sais que ses relations avec le sexe opposé sont compliquées. Je suis donc ravie qu'elle commence à refaire confiance. Il faut du temps pour cicatriser de ses blessures et ce Reginald est l'incarnation de la gentillesse.

— Oui et ça m'embête car j'aurais vraiment aimé le garder comme ami. C'était le seul mec que j'avais comme ami, à vrai dire. Je pouvais lui parler de tout et de rien. On pouvait rire ensemble sans qu'il se fasse des idées. C'était génial.

— Qu'est-ce qui t'empêche de continuer ?

— Parce que maintenant je ne peux plus le regarder dans les yeux sans vouloir l'embrasser !

J'affiche une moue taquine à la brunette qui semble dépitée.

— C'est un bon début pour fonder des bases solides, tu ne crois pas ? lui fais-je remarquer.

— Il ne me voit pas du tout comme ça, souffle-t-elle. Je ne l'ai jamais vu sortir avec une fille. Il est super timide.

Je revois le grand roux de Poufsouffle et effectivement, du peu que j'ai vu, il est loin d'être extraverti. Mais à chaque fois qu'il croise Mary dans les couloirs, un grand sourire illumine son visage.

— La bonne nouvelle c'est que toi tu ne l'es pas du tout, dis-je en lui adressant un clin d'œil. Peut-être que tu pourrais faire le premier pas ?

— Et si je gache tout ?

— Tu préfères prendre le risque de vivre une superbe histoire d'amour ou bien rester amie avec et frustrée ? demandé-je.

La petite brune ne répond pas et cogite alors que nous nous engageons dans le couloir du cinquième étage.

— Et puis tu sais… Niveau sexualité je… Je n'ai plus tenté l'expérience depuis ce qu'il m'est arrivé alors j'ai vraiment peur de ne plus être normale.

— Mary, ce qu'il t'est arrivé est affreux mais pour rien au monde tu ne vas les laisser s'en tirer comme ça. Tu es une survivante, tu vaux bien mieux qu'eux. Et Reginald est un gars super patient et doux, il te mettra en confiance si jamais ça doit arriver un jour. Ne t'en fais vraiment pas pour ça, je suis certaine que tout se passera bien.

Cette dernière m'accorde un sourire sincère puis repose sa tête sur mon épaule. Nous longeons le couloir silencieusement jusqu'à arriver près de la tour de l'Horloge. De là, nous pénétrons dans l'infirmerie.

De grandes fenêtres balaient la pièce, donnant beaucoup de luminosité sur les innombrables lits blancs alignés les uns à la suite des autres. C'est la première fois que je m'y rends. L'endroit est vide, apparemment personne n'est malade aujourd'hui.

— Viens, m'indique Mary. On va chercher Madame Pomfresh.

Je la suis alors qu'elle nous entraîne vers son bureau. Cette dernière nous accueille dans sa tenue d'infirmière. Elle est jeune, a des cheveux bruns très frisés et nous adresse un grand sourire chaleureux.

— Que puis-je faire pour vous ?

— J'ai l'utérus en compote, se plaint Mary, en résumant sa vie avec brio. Vous auriez encore le sérum que vous m'avez donné il y a un mois ?

Alors qu'elle explicite ses maux, mon regard est attiré par un patient que j'aperçois derrière une porte entrebâillée. Je détaille au loin un torse nu recouvert de divers bandages ainsi qu'un phénix noir tatoué sur son avant-bras droit. Je fronce les sourcils et m'approche de la chambre privée.

Mon cœur s'emballe dès que je reconnais Adrian, inconscient et enveloppé de divers pansements.

— Pourquoi Adrian est ici ? demandé-je aussitôt, presque paniquée. Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ?

— Oh ! soupire Madame Pomfresh en roulant des yeux. Cet imbécile a raté son transplanage. Il s'est fait désartibulé ! Quel inconscient. Il a faillit y passer ! Heureusement j'ai pu stopper son hémorragie mais il lui faudra du temps avant de pouvoir voyager à nouveau.

Je déglutis avec difficulté tandis que je l'observe de loin.

— Ne bougez pas d'ici, je vais vous chercher ce qu'il vous faut, nous signale l'infirmière en nous laissant seules.

Ni une ni deux, je ne réfléchis pas et pénètre la pièce secrète. À l'intérieur, tout s'apparente à des appartements privés. J'imagine que les professeurs n'ont pas droit aux mêmes espaces que les élèves : Adrian dort paisiblement dans un grand lit donnant sur la splendide vue du parc du château. Le Saule Cogneur et le lac nous font face. Le lieu est propice au repos et à la convalescence.

— Juliet ? chuchote Mary en entrant à son tour. Qu'est-ce que tu fais ?

Je ne réponds pas, trop perturbée et subjuguée par la présence du brun. Finalement il n'est pas parti.

Je m'approche de lui et le détaille avec avidité. Sa lèvre inférieure est écorchée et une croûte de sang s'y est formée. Une cicatrice encore fraîche balafre son front tandis que son épaule gauche semble complètement disloquée. Son torse est nu et est recouvert de bandages où de vilaines blessures semblent ouvertes à vif à en juger par les auréoles rouges qui apparaissent. Il ne s'est pas loupé.

Je me penche légèrement au-dessus de lui et passe une délicate main dans ses cheveux bruns ébouriffés. Je ne peux m'empêcher de repenser au soir où je me suis jetée sur lui. C'était tellement bon. Jamais je ne me suis sentie aussi vivante.

— Ju', tu violeras ton professeur une autre fois, se moque Mary à l'entrebâillement de la porte. Pomfresh va nous tuer si elle nous voit ici.

— Mais il est blessé, réponds-je, inquiète.

Mon amie me répond par un sourire moqueur et m'imite d'une voix aiguë. Je roule alors des yeux et me reconcentre sur son beau visage. Ce type me rend folle.

Je glisse doucement mes doigts le long de son poignet puis descends jusqu'à sa main. Je fronce les sourcils lorsque je rencontre une certaine rugosité. Mon cœur loupe un battement quand je reconnais une profonde marque de brûlure en plein dans sa paume. La plaie est sphérique, comme s'il avait tenu un objet brûlant.

Sans hésiter plus longtemps, j'ouvre mes mains et une douce pluie de poussière en émerge. J'attrape sa paume et la glisse dans la mienne. Avec satisfaction, je vois sa blessure se résorber. Je maintiens ma caresse tandis que ma magie vient peu à peu envelopper son corps. Les plaies, les bleus et les cicatrices se pansent puis disparaissent.

— Juliet ! Grouille !

Je sursaute et interrompt ma guérison à la va-vite. Je m'apprête à sortir et rejoindre mon amie lorsqu'une prise me retient par le poignet. Je fais volte-face et me confronte au regard gris d'Adrian. Je me fige et mon cœur loupe un battement.

— Merci, souffle-t-il en me relâchant.

Déstabilisée, je ne réagis pas. Sa guérison était rapide. C'est vraiment moi qui viens de faire ça ?!

— Miss Thorn ! hurle Pomfresh en entrant en trombe dans la pièce. Que faites-vous ici ?! Monsieur Potterson a besoin de repos et oh ! Grand Merlin !

Elle écarquille des yeux en constatant que le grand brun est réveillé et qu'il se redresse dans le lit sans difficulté.

— Ce n'est rien Poppy, assure Adrian. J'avais demandé de l'eau à Juliet.

— Merlin tout puissant ! jure-t-elle en se jetant sur lui. Quand vous êtes-vous réveillé ?!

Elle vérifie son poul et agite un point lumineux avec sa baguette devant ses yeux avant d'ausculter ses blessures au visage qui ont à présent disparu. Elle bouge son membre supérieur pour vérifier la motricité de son épaule qui s'articule maintenant parfaitement.

Ce dernier s'impatiente, roule des yeux et reprend brusquement son bras. Il regroupe ses jambes sur le côté et s'apprête à se lever lorsque l'infirmière l'en empêche.

— Interdiction formelle de bouger ! Vous pourriez arracher vos sutures ! s'épouvante-t-elle. Vous avez interdiction de mettre un pied hors de ce lit avant un bon mois !

— Arrêtez vos conneries, je vais très bien, rechigne le brun de mauvaise humeur en la foudroyant du regard.

— Je ne vous permettrai pas…

Elle n'a le temps de proférer d'autres paroles qu'il arrache d'un coup sec ses bandages sur l'abdomen pour révéler une peau parfaitement lisse et subtilement hâlée. À part ses tablettes de chocolat, on ne voit rien d'autre. L'infirmière écarquille les yeux. Hébétée de sa guérison miraculeuse, elle dévisage Adrian avec interdiction. Ou peut-être est-ce ses abdominaux qui la laissent pantoise…

— Non, ce n'est pas possible, souffle-t-elle.

— C'est bon ? Vous êtes calmée ? grogne-t-il.

Déterminé, il se dresse sur ses pieds. Seulement vêtu d'un boxer noir, il traverse la chambre d'une démarche chaloupée. Il déboule comme un bœuf chargé à bloc. Il me bouscule d'un coup d'épaule sans m'accorder un regard puis se dirige vers les toilettes de l'infirmerie d'une humeur massacrante.

Je croise le regard de Mary, dont la mâchoire pend jusqu'à ses pieds. Madame Pomfresh n'en mène pas large. Moi je suis complètement chamboulée. J'ai l'impression qu'il m'en veut. Ou qu'il est profondément en colère. Qu'est-ce que j'ai fait ? Est-ce qu'il regrette ce qu'il s'est passé samedi soir ?

Je déglutis avec difficulté puis rassemble mon courage et attrape mon amie par le bras et déguerpis de l'infirmerie.

— Explique-moi pourquoi tu n'as pas fait follement l'amour avec cet homme quand tu en as eu l'occasion ? souffle-t-elle, en tombant des nues.

— Hein ? Ça va pas ou quoi ?!

— Mais tu as vu son corps ?! rugit Mary alors que nous descendons les marches quatre à quatre.

— Ce ne sont pas ses abdos qui me préoccupaient, je t'avoue, soufflé-je, toujours aussi retournée.

— C'est quoi ?

— Je ne sais pas. On dirait qu'il… Il n'avait clairement pas envie d'être ici. Ça se voyait qu'il était déçu de se réveiller ici, à Poudlard. Il s'attendait à être ailleurs.

— Peut-être qu'il avait prévu de retrouver sa famille ? suggère la brunette. Si c'est le cas, c'est normal qu'il soit dépité.

Je ne réponds pas et rumine. Où comptait-il aller ?

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Accoudée à une table de la Salle Commune, Lily, Mary, Marlène et moi finissons notre devoir de Défense Contre les Forces du Mal lorsque Peter se plante devant nous et nous observe de ses grands yeux bleus.

— Je peux me joindre à vous ? demande-t-il.

— Oui, bien sur, invite Lily en faisant de la place avec ses livres.

Le petit blond nous adresse un sourire timide puis s'installe à nos côtés.

— Où sont les garçons ? demande la rousse en fronçant les sourcils.

— Remus est à la bibliothèque, James est en retenue avec Meadows et Sirius est en haut dans le dortoir. Il broie du noir.

Personne ne relève. D'après James, ce dernier a eu une conversation avec Regulus dernièrement et ça ne se serait pas très bien passé. Depuis, il passe toutes ses soirées tout seul. Il a même refusé de fêter son anniversaire, chose plutôt inhabituelle venant de sa part, d'après son ami.

— Sinon ça va Peter ? demande Mary en décrochant un grand sourire chaleureux au Gryffondor.

Les traits de ce dernier se figent. Il hausse des épaules.

— Ouais. C'est bizarre ce qui se passe en ce moment, souffle-t-il. L'ambiance est lourde, c'est pas la joie.

— Ta mère va mieux ? s'enquit Lily.

— Pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe avec ta maman, Peter ? s'enquit aussitôt la petite brune en posant une main rassurante sur son avant-bras.

Ce dernier dévisage ses doigts posés sur sa peau puis déglutit difficilement. Il hausse une nouvelle fois les épaules puis fixe un point invisible.

— Elle est malade, souffle-t-il. Ça l'empêche de travailler du coup elle ne peut pas se payer son traitement, ce qui fait que son état empire.

Je hausse les sourcils, surprise. Mary lui adresse un sourire compatissant.

— Je vois. Et il n'y a rien que tu puisses faire pour l'aider ?

— Si, pourquoi est-ce que tu crois que j'aide Hagrid le week-end ? demande-t-il, sur la défensive. Le peu que je gagne lui sert pour payer le loyer et se nourrir. Pas plus.

— Oh.

— James et Sirius sont au courant ? demande Lily, interloquée en reposant sa plume à côté de son rouleau de parchemin.

— Oui, grogne-t-il. Je ne veux pas de leur argent.

— C'est ridicule, ils pourraient t'aider. Sirius a hérité d'une certaine somme d'argent de son oncle Alphard et James est…

— J'ai dit non ! s'impatiente le blond en plaquant son poing sur la table, nous faisant toutes sursauter. Je ne veux l'aide de personne.

Le Gryffondor lance un froid entre nous toutes alors nous replongeons silencieusement dans nos devoirs.

Je détaille le petit blond à l'allure fétiche. Ses doigts sont rongés et en sale état. Il a un teint pâle, presque gris et d'intenses yeux bleu. Ses habits sont toujours tachés ou usés. Il ne semble pas très soigneux ni porté sur l'apparence. Il n'empêche qu'habituellement, il a toujours le mot pour faire sourire. J'ai remarqué qu'il essaie très fréquemment d'attirer l'attention de James ou Sirius mais il a le mérite d'avoir un bon fond.

Il n'a jamais parlé de ses problèmes d'argent ou de la condition de sa mère. Je comprends qu'il veuille rester discret, ce genre de sujet n'est jamais évident et quoi qu'on en dise, nous ne le connaissons pas tant que ça. Le groupe de garçons se greffe de temps à autre au nôtre et d'après Mary, c'est tout à fait récent. Clairement, l'union entre James et Lily a favorisé la fusion. D'autant plus que maintenant, je m'entends plutôt bien avec Sirius malgré un début compliqué.

Ainsi, ni moi ni les filles ne sommes dans une situation favorable pour faire parler le petit blond. Il n'empêche que Mary, dans sa bonté maladive, se penche fréquemment au-dessus de sa copie et lui souffle quelques réponses à l'oreille. Choyé, il lui répond toujours d'un timide sourire.

Au bout d'une heure de rédaction, je commence à saturer. Je me lève et remballe mes affaires. Avant de tout déposer à mon dortoir, je me dirige vers celui des garçons. Je toque légèrement à la porte puis entre.

Au fond de la pièce, penché à la fenêtre, Sirius tire longuement sur sa cigarette.

— Hé, salué-je doucement. Je te dérange ?

Ce dernier hausse les épaules puis recrache sa fumée.

— Nan. Qu'est-ce que tu veux ?

Je pénètre dans la pièce puis referme la porte derrière nous. Je fais quelques pas et viens me planter devant lui tout en déposant mes livres sur le lit près de nous.

— Tu veux parler ?

Il tire sur sa clope puis m'en propose une. Je l'accepte et vient m'asseoir en face de lui sur le rebord de la fenêtre. Je l'allume avec ma baguette puis attends une réaction de sa part.

— Comment tu fais pour être toujours son amie ? demande-t-il de but en blanc tout en fronçant les sourcils.

Silence. Je baisse la tête et me triture les mains d'une mine nostalgique. Officiellement, je ne dois plus voir Regulus. Je dois donc protéger sa couverture de faux Mangemort.

— Je… Je ne le suis plus, mens-je.

Sirius relève la tête et me dévisage avec curiosité. Il ne semble pas me croire.

— Il a participé à l'assassinat de mon père, révélé-je d'une voix nouée.

Les yeux gris du brun s'arrondissent, comme s'il tombait des nues. Je ne veux pas l'achever plus alors je vais lui épargner les détails car dans tous les cas, je ne peux pas lui dire la vérité. Sur Terre, il n'y a qu'Adrian et moi qui sommes au courant de son innocence.

— Comment ça ? demande-t-il.

— Il était là le jour où les Mangemorts sont venus à la boutique et qu'ils ont tout saccagé.

— Comment tu le sais ?

— Il me l'a dit.

— Putain, souffle Sirius en enfonçant sa tête dans ses mains.

Il ferme les yeux et crispe ses doigts dans ses cheveux, comme s'il cherchait à se les arracher. Il souffre de la situation, ce qui me piétine le cœur.

— Sirius, soufflé-je. Je suis désolée…

J'écrase mon mégot dans le cendrier et m'approche de lui. Je glisse ma main sur son coude. Je sens sa respiration se saccader alors que son corps est secoué de spasmes. Quelques larmes chaudes gouttent sur son pantalon. Alors je n'attends pas plus longtemps, lui relève la tête puis vient me plonger dans ses bras. Il répond favorablement à mon accolade et m'entoure de ses mains. Il enfouit sa tête dans mon cou et ferme les yeux, comme s'il espérait tout oublier. Je lui offre chaleur et réconfort tout en le gardant fermement auprès de moi. Je cale ma tête contre la sienne et ferme les paupières à mon tour. Silencieusement, sans mot supplémentaire, il sait que je suis là et que je compatis à sa douleur.

J'ignore combien de temps nous restons ainsi, emboités l'un contre l'autre mais lorsque je rouvre les yeux, le dortoir est plongé dans la nuit. Je réalise que mon bras est complétement ankylosé au moment où je me lève et m'étire.

— Je crois qu'on s'est endormi, ricané-je.

— Ouais, je crois bien, pouffe le brun. J'ai faim. Pas toi ?

— Si ! Je meurs de faim.

D'un commun accord, nous sortons du dortoir et partons en direction de la Grande Salle. J'essaie de faire oublier les récents événements à mon ami alors nous parlons de tout et de rien, plus particulièrement de la prochaine sortie à Pré-Au-Lard. Nous descendons tranquillement les marches jusqu'à ce que je perçoive le timbre de voix rauque d'Adrian.

— Juliet, m'appelle-t-il. Je peux te parler deux secondes ?

Mon sang se fige. Je me retourne lentement et observe le brun avec consternation. C'est la première fois qu'il m'appelle par mon prénom.

Il porte un jeans noir et un pull gris près du corps. Il se passe une main dans ses cheveux désordonnés et attend une réaction de ma part. Ses prunelles argentées me perturbent tant elles sont intenses. Je jette un regard vers Sirius, qui semble tout aussi surpris de sa présence. Je lui signifie que je le retrouverai plus tard puis remonte les marches.

Lorsque j'arrive à la hauteur de mon ancien professeur, je m'apprête à parler mais il me devance.

— Avant que tu te mettes à gueuler comme un putois en m'accusant de te mettre à l'écart, commence-t-il. Je suis venu t'annoncer que les cours particuliers vont commencer.

Je fronce les sourcils et l'interroge du regard.

— Co…Comment ça ? bégayé-je.

— Aider ton meilleur pote à coup de sortilège Doloris ça te dit rien ? demande-t-il d'un ton dur et froid.

— Je ne pensais pas que c'était toujours d'actualité…

Je n'ai le temps de finir ma phrase qu'il s'enfonce déjà dans le couloir en direction de la salle de classe de Défense Contre les Forces du Mal. Je réprime un grognement et lui cours après. Quelle tête à claques !

— Adrian !

Je tire sur son bras. Il fait volte-face et je percute son buste.

— Quoi ? demande-t-il sèchement.

— Est-ce que tu peux m'expliquer ce qu'il se passe ? Aux dernières nouvelles c'est Dorcas Meadows notre professeure…

— Oui et bien force est de constater que je suis toujours là et que je ne suis pas prêt de repartir, tacle-t-il. Donc je suis toujours ton prof. J'habite toujours ici et je tiens toujours mon engagement. Satisfaite ?

Il écarte grand les bras et mime un sourire forcé avant de repartir à grandes enjambées mais je le rattrape et me plante devant lui.

— Non pas satisfaite ! attaqué-je. Qu'est-ce qui t'arrive ? Pourquoi tu es énervé ?

— Ça n'a pas d'importance, décrète-t-il en croisant les bras.

— Si ! Ça en a, insisté-je en ancrant mes yeux dans les siens. Est-ce que c'est par rapport à moi ? À ce qu'il s'est passé samedi soir ? J'ai fais quelque chose de mal ?

Il réprime une ricanement amer et roule les yeux.

— Ça n'a strictement rien à voir avec toi, maugrée-t-il.

— Je suis désolée pour toi que tes plans n'aient pas marché comme prévu.

Son visage se ferme et il ne laisse transparaître aucune émotion. Il est semblable à une grenade dégoupillée, sur le point d'exploser. Je donnerais cher pour comprendre ce qu'il lui arrive.

— Ce qui s'est passé samedi n'a uniquement eu lieu parce que je comptais partir, déclare-t-il brusquement. Maintenant que tout a changé, reste loin de moi.

Sans plus de cérémonie, il me bouscule puis continue son chemin d'un pas énervé.

Euh mais ok. C'est quoi son problème ?! Ça n'a strictement rien à voir avec moi et pourtant, il m'interdit de l'approcher. Plongée dans l'incompréhension mais déterminée à lever le voile sur son humeur massacrante, je le suis et pénètre la salle de cours où Regulus nous attend déjà.

— Salut, indique le petit brun.

— Ouais, salut, grogne notre professeur.

Le Serpentard fronce les sourcils et m'interroge du regard. Je hausse les épaules, incapable de fournir plus d'explications. Je verrouille la porte derrière nous, pour m'assurer que nous ne serons pas dérangés. Tant pis pour mon dîner avec Sirius, j'espère seulement qu'il n'est pas en bas tout seul. Au pire, il sait que je suis avec Adrian.

— Bon on va commencer avec Juliet, indique sèchement le grand brun. Comme ça c'est fait et on pourra se concentrer sur toi Reg.

Hum. Ok. Je ne sais pas comment le prendre. Suis-je un poids pour lui ?

— Juliet, dis-moi ce que tu sais sur tes pouvoirs ? reprend-il en croisant les bras et s'appuyant contre son bureau.

Je m'avance et gagne la hauteur de Regulus, négligemment assis sur un pupitre. Une partie de moi est tellement heureuse de me retrouver dans la même pièce que lui tandis que l'autre est perturbée par le comportement de mon soi-disant "professeur".

— Euh… Je sais soigner les animaux et les humains, dis-je finalement en me mordillant la lèvre.

— Tu oublies un point important, relève mon ami. Tu as réussi à ressusciter ton chat.

Je me tais et hoche la tête. Oui. C'est vrai, j'avais oublié ce détail.

— Ok, souffle Adrian. Moi ce qui me semble assez évident c'est que tu as une influence sur tous les êtres-vivants. Que ce soit homme, animal ou végétal. Tu sais les soigner car tu gères tout simplement leur vie au creux de ta main. Tu as aussi bien le pouvoir de les faire vivre que de les tuer.

— Je n'ai jamais tué qui que ce soit, contré-je.

— La première fois que tu m'a attaqué, j'ai eu l'impression de pourrir sur place. Je pense que si tu n'avais pas été interrompue, tu m'aurais tué. Ça ne s'est jamais reproduit ?

J'essaie de mettre de côté son ton sec et cassant et me mets à penser à mon affrontement avec Bellatrix. Étrangement cette dernière était devenue aussi violacée qu'Adrian lorsque nous nous étions affrontés en duel. Aussi, je repense aux arbres qui se sont asséchés lors de l'incendie juste parce que je l'avais voulu.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé avec Bellatrix ? demande aussitôt le brun en fronçant les sourcils.

— Hé ! Je ne t'autorise pas à lire mes pensées !

— Réponds !

— Non ! De toute façon, tu ne te gênes pas pour violer mon intimité alors vas-y, va fouiller dans ma mémoire !

Je croise les bras sous la poitrine et lui renvoie une moue boudeuse. Nous nous observons en chien de faïence pendant que Regulus nous observe d'un air perplexe. Il se gratte le sommet du crâne puis se racle la gorge.

— Ok et du coup ? dit-il pour enchaîner.

— Du coup, c'est pour ça que Voldemort en a après toi, déclare mon professeur, implacable.

Je frissonne rien qu'à l'entente du nom de Mage Noir mais ne pipe mot.

— L'avantage c'est qu'il ne sait pas que tu peux tuer ou au moins nuire ton ennemi en faisant dérailler toutes ses fonctions vitales, complète-t-il. Du coup on va t'entraîner en ce sens. Puisqu'apparemment soigner les gens, tu maîtrises à la perfection.

Il lève un sourcil et m'envoie un regard entendu avant de me tourner le dos. Il fait évidemment référence au dernier épisode dans l'infirmerie lorsque je l'ai miraculeusement soigné.

Je me complais dans le mutisme et attends de voir ce qu'il a préparé pour moi.

— On ne va pas prendre le risque que tu t'entraînes sur nous, vu que tu ne maîtrises rien, ça serait trop dangereux, indique-t-il d'un air toujours aussi sérieux.

Il amène une énorme malle noire au centre de la pièce qu'il fait léviter avec sa baguette. Reg et moi l'observons avec curiosité.

Qu'est-ce qu'il lui est arrivé pour devenir aussi acariâtre et de mauvaise humeur ? Est-il frustré à ce point de ne pas pouvoir partir ? Je voudrais l'aider. Et comprendre…

— Arrête Juliet, grogne-t-il au loin.

— Toi arrête !

— Est-ce que je peux comprendre ce qu'il se passe ?! s'impatiente Reg.

— Tu vas très vite comprendre, enchaîne le grand brun. Tu vois cette malle ? À l'intérieur il y a l'épouvantard qui vous est tombé dessus il y a quelques semaines. Juliet va s'entraîner dessus.

— Quoi ?! beuglé-je en me levant, prête à bondir comme un bouledogue. Tu veux que j'affronte ma plus grande peur, c'est ça ton entraînement ?!

— Parfaitement. C'est un très bon exercice, décrète-t-il en hochant les épaules. En attendant, je vais m'occuper de Reg. T'es prête ?

— Non !

— Trop tard.

En effet, sa baguette a déjà déverrouillé la malle noire. Aussitôt, une fumée sombre en jaillit et mon palpitant s'accélère.

— Je sortirais ma baguette si j'étais toi, conseille-t-il.

Je lui renvoie un regard meurtrier tout en renforçant ma poigne autour de mon bout de bois. La fumée se densifie comme si elle prenait possession des lieux et qu'elle en analysait le contenu. Dès qu'elle capte mon regard, je me remets à penser au soir où les Mangemorts encapuchonnés sont apparus devant ma porte. Comme s'il lisait mes pensées, l'épouvantard frémit et se métamorphose en ma plus grande frayeur.

Ils sont là. Cinq mages noirs me font face. Mon cœur s'accélère, ma respiration devient irrégulière et je pâlis sur place. Mes mains deviennent moites, je commence à paniquer.

— Attaque ! indique au loin la voix d'Adrian.

Malheureusement son écho est trop loin et moi je suis paralysée par la peur. Mes yeux se gorgent de larmes à mesure qu'ils s'approchent de moi.

— Bordel Juliet fais quelque chose !

Des étoiles blanches éclatent dans mes pupilles et des gouttes de sueur froides perlent le long de mon échine. L'un d'entre eux lève sa baguette. Ça y, c'est la fin. Je suis ankylosée par la peur et la crise d'angoisse n'est pas loin. Je vais mourir. J'accepte mon destin funeste et ferme les yeux.

AVADA…

Je suis brutalement plaquée au sol. Un poids lourd s'écrase sur moi. Lorsque je rouvre les yeux, mon cauchemars prend fin et mes ennemis disparaissent. Je m'autorise enfin à respirer, comme si je sortais d'un lac en apnée.

— Ça va ?

Je redresse la tête et rencontre les yeux gris de mon professeur. Il s'écarte puis me tend une main pour m'aider à me relever. Je ne réponds pas mais accepte son coup de pouce.

Encore secouée et les mauvais souvenirs encore tout frais dans ma tête, je ne réagis pas lorsque l'épouvantard tourne à nouveau sur lui-même, comme s'il cherchait une nouvelle proie.

Je vois la pomme d'Adam d'Adrian se soulever lentement tandis que ses yeux sont rivés vers un petit garçon qui est subitement apparu au milieu de la pièce.

Dans l'incompréhension, je fronce les sourcils. Je ne comprends pas. L'enfant, à peine âgé d'une dizaine d'année nous regarde silencieusement. Ses yeux sont gorgés de larmes, ses habits sont déchirés et un bel hématome lui pousse au sommet du crâne. Ses yeux gris, aussi intense que ceux du brun à côté de moi, me font aussitôt comprendre son identité.

Adrian est figé sur place. Pour la première fois de ma vie, je vois de la peur refléter dans ses iris. Pourquoi a-t-il peur de lui-même ? De lui lorsqu'il était petit ?

Le petit garçon me fait vraiment de la peine. Son air malheureux me pince le cœur. J'ai envie de me jeter à ses pieds et le prendre dans mes bras. Il semble sur le point d'exploser en sanglots à tout moment. Il est si fragile, si vulnérable. J'aimerais tellement lui venir en aide. Que lui est-il arrivé ? A-t-il été… Maltraité ?

— Je...je…, commence-t-il en bégayant. Ils, ils...se sont, se sont moqués…

— Argh ! Ta gueule putain ! hurle Adrian en sortant de ses gongs.

Il agite sa baguette et le petit garçon explose en projectiles de chocolat. Sans tarder davantage, il fait rentrer l'épouvantard dans la malle et la verrouille aussitôt. Le souffle court, il se passe une main sur le front.

— On va euh… Se trouver autre chose, décrète-t-il en replaçant correctement son pull.

Je renvoie un regard interdit vers Regulus, qui n'ose piper mot. C'est donc ça la plus grande peur d'Adrian Potterson ? Il a peur de lui-même ? Ça a le mérite d'être original. Mais que s'est-il passé pour qu'il en arrive là ? Son spectre parlait de moqueries. Était-il pris en grippe dans le passé ?

Une chose est certaine c'est que nous venons d'être témoin d'une parcelle de son intimité et c'est vraisemblablement la première fois que j'en apprends vraiment sur lui. Il est tellement occupé à se cacher derrière un masque que j'ai du mal à déterminer qui est le vrai Adrian. Aujourd'hui, bien qu'il soit mal luné, je suis confrontée à un visage authentique.

Il ramène la grosse malle dans un coin de la pièce avant de retourner à son bureau. Ses yeux sont fermés et son crâne plongé entre ses mains. Il appuie ses deux paumes sur le meuble, nous tourne le dos et laisse pendre la tête dans le vide. Il soupire bruyamment, comme s'il prenait sur lui pour ne pas exploser. Il semble au bout du bout.

— Bon on va passer à Reg tant pis, décrète-t-il avec humeur. Je trouverai un moyen plus tard pour que tu puisses t'entraîner.

— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, annoncé-je.

Il se retourne et me considère silencieusement.

— Tu ne semble pas… Disposé, ce soir, explicité-je. On se retrouvera une prochaine fois, ce n'est pas grave.

— Oui, renchérit Reg en sautant sur ses pieds. On fait ça demain, y'a zéro problème. Tu sembles un peu fatigué. Alors euh… Repose-toi.

Adrian serre la mâchoire et nous observe d'un air insondable. Comme si cela lui coûtait un effort surhumain, il acquiesce légèrement la tête.

— Promis, la prochaine fois t'en sauras plus sur Lyssandra, blague le Serpentard en accordant un clin d'œil au professeur.

Adrian esquisse une très faible risette avant qu'il ne redevienne de marbre. Reg s'empresse de rassembler ses affaires puis passe son sac à dos sur l'épaule. Il nous adresse un signe de la main puis pars de la salle comme s'il avait mieux à faire qu'attendre sur nous.

Je me retrouve alors seule en tête à tête avec mon professeur. Je dévie mon regard vers lui et nous nous examinons calmement.

— Tu peux y aller, me somme-t-il d'un air sombre.

— C'est vraiment ce que tu veux ?

Il plisse les yeux et une lueure malsaine y reluit. Cela me retourne le ventre et je me prépare déjà à sa pique sanglante.

— Tu te crois si importante que ça à mes yeux ? relève-t-il.

Et bim ! Je ne me suis pas trompée.

Je commence à bien le connaître finalement. Utiliser la méchanceté pour faire fuir les autres, c'est sa marque de fabrique. Dès que ça devient un peu trop beau ou trop réel, il éprouve le besoin irrémédiable de tout gâcher. Malheureusement pour lui, je ne vais pas rentrer dans son jeu.

— Ce n'est pas une question d'importance ou même d'affection, réponds-je en m'approchant doucement de lui. C'est plus de la considération.

— Je te libère de tes devoirs de bonne citoyenne dans ce cas, sourit-il amèrement.

— Non mais tu t'entends parler deux secondes ?! halluciné-je. Tu m'agresses parce que je m'intéresse à toi et ensuite, juste parce que je refuse de te donner raison, tu te braques et te vexes. Honnêtement, je m'en fiche de ce que tu peux bien penser de moi. Tout ce que je vois c'est que tu n'es pas dans ton assiette alors laisse-moi t'aider.

— Je n'ai pas besoin de toi ! Je n'ai pas besoin que tu me comprennes parfaitement, que tu me consoles ni que tu me rassures comme si j'étais ton chiot. Je suis très bien tout seul…

— Ça fait parfois du bien de parler.

— Je n'ai pas envie de parler.

Nous nous observons en chien de faïence. Il est aussi têtu qu'une mule ! C'est pas croyable.

— Où est-ce que tu comptais partir ?

Il ne répond pas et me fusille du regard. Il serre la mâchoire et je vois ses tempes bouger au rythme de sa colère qui prend peu à peu le dessus. S'il doit exploser, je le ferai exploser.

— Tu devais rejoindre ta famille, n'est-ce pas ? insisté-je, en essayant d'appuyer sur la corde sensible pour le pousser à bout.

Il réprime un grognement et se redresse du bureau. Il fuit mon regard et commence à faire les cent pas. Il fixe ses pieds inlassablement tout en cogitant à plein régime. Je comprends sa réaction comme une affirmation. Il fulmine comme un bœuf, c'est que rien ne s'est passé comme prévu.

— Je suis vraiment désolée, ils doivent te manquer, soufflé-je, sincère.

Il se fige et m'examine avec haine. Il semble vouloir me cracher au visage. Je ne vais pas lui rendre la vie facile pour autant.

— Arrête, se plaint-il. Je te l'ai dit, je n'ai pas besoin de ton empathie.

— Je me fiche de tes consignes. Je ne suis pas là pour t'obéir bien sagement. Je suis là parce que j'en ai envie et contrairement à ce que tu radotes, tu as besoin de moi.

— Mais c'est pas vrai ! Tu veux me rendre fou ?! Ce n'est pas parce qu'on s'est embrassé que tu peux tout te permettre !

Il est volontairement blessant. J'essaie donc de ne pas le prendre personnellement et de faire abstraction bien que ce soit difficile.

— Dis-moi ce qui ne va pas !

— NON !

— DIS-LE !

— VA TE FAIRE PUTAIN !

— JE NE TE LAISSERAI PAS TRANQUILLE TANT QUE…

— JE SUIS COINCÉ ICI ET JE PEUX RIEN Y FAIRE ! explose-t-il enfin en envoyant valser tous les livres posés sur le bureau. Je n'ai jamais eu l'intention de venir ici, je n'ai jamais eu l'intention d'être prof ! Je me retrouve ici, coupé du monde, coupé de tous mes repères, de ma vie toute entière. JE SUIS DANS UNE PUTAIN DE PRISON !

Il envoie valser une chaise d'un coup de pied tandis que je sursaute face à son pétage de plomb.

— Ça fait trois mois que je suis ici, que je n'ai pas vu mes proches, que je suis loin de mes amis et je ne sais même pas si je vais pouvoir les revoir un jour ! C'est comme si j'étais mort ! C'est comme si en un claquement de doigt je venais de crever ! Je suis impuissant, je ne peux rien y faire, ni moi, ni Dumbledore, ni personne ! Et maintenant je suis censé vivre avec ça ?! Maintenant je suis censé vivre comme ça ?! À CETTE PUTAIN D'ÉPOQUE ?!

Essoufflé par sa diatribe, il me scrute avec interdiction. Son teint est rouge et il respire avec difficulté. Vidé, il s'affale sur le sol, regroupe ses genoux et enfouit son visage. Il expire bruyamment, comme s'il essayait de se séparer de ses maux intérieurs.

Prudemment, je m'approche de lui. Il se passe de réaction alors je m'accroupis en face de lui et pose une main sur sa cuisse. Il remonte son regard d'acier vers moi et me dévisage avec incompréhension.

— Je n'ai pas tout compris, admis-je. Mais je parie que tu te sens mieux ?

Il abdique et m'adresse un sourire contrit. Je réduis la distance entre nous deux et me place entre ses jambes. Alors que nous sommes assis à terre, je passe délicatement mes mains derrière sa nuque. Il se laisse tomber contre moi et enfouit sa tête dans mon cou. Le sentir contre moi, m'imprégner de son odeur et de sa chaleur est absolument enivrant. Je suis immédiatement transportée quelques jours auparavant, lorsque nous nous sommes sautés dessus.

Nous restons ainsi pendant de longues minutes. Je respecte son silence et le cajole avec tendresse. Sa respiration se régule peu à peu et lorsque je le sens revenu sur terre, je remonte la tête et cherche son regard.

— Ad ?

— Hum ?

— Tu veux bien m'expliquer ton épouvantard ? demandé-je doucement.

Il renforce sa prise contre moi et expire bruyamment, comme s'il essayait d'organiser les idées dans sa tête.

— Je… Je suis dyslexique. Alors quand j'étais petit, je bégayais, révèle-t-il finalement. Je me suis souvent fait harcelé pour ça.

— Je suis vraiment désolée.

Je ferme les yeux et le berce doucement contre moi. Nous restons ainsi quelques instants jusqu'à ce qu'il reprenne ses révélations.

— J'ai l'impression que ma vie est en mode pause depuis que je suis arrivé ici, confie-t-il. D'un côté, tout ce que je fais peut avoir une incidence désastreuse sur le futur et de l'autre, ma vie s'est complètement arrêtée. Samedi dernier, lorsque j'ai affronté Bellatrix, je me suis enfin senti vivant.

— Peut-être que…

— Quand on s'est embrassé aussi, avoue-t-il en relevant la tête.

Mon cœur s'embrase tandis que je peine à assimiler ses paroles. Est-ce qu'il est en train de me dire qu'il a aimé ça ? Parce que me concernant, ça me hante et je ne demande qu'une chose, réessayer. Moi aussi, je veux me sentir vivante. C'était bien trop puissant, passionné et euphorisant. Je veux ressentir ça encore et encore.

La pression de mes doigts sur sa peau se transforme en caresse tandis que son regard se fait soudainement plus doux. Ses iris se dilatent tandis que mon corps prend feu.

— Je veux recommencer, révélé-je, les yeux fondus dans les siens.

Il ricane et m'adresse son fidèle sourire en coin. Ça y est, il a repris du poil de la bête. Il glisse délicatement ses mains le long de mes bras et remonte jusqu'à mon visage. Comme s'il essayait de mémoriser chacun de mes traits, il me contemple tout en m'effleurant doucement les lèvres. Je suis prise d'un incroyable frisson de délectation. Je ferme les yeux et me laisse aller dans cette vague de chaleur insurmontable.

Ma respiration devient irrégulière et mon cœur tambourine dans ma poitrine alors qu'il titille ma bouche. Je l'entrouvre légèrement et il s'y enfonce. Je l'arrête aussitôt, en mordant son index. Un sourire provocateur nait dans ses prunelles. Nous nous affrontons silencieusement du regard avant que je ne range mes crocs. Satisfait, il s'y insinue. Guidée par je ne sais quelles pulsions, je glisse ma langue autour de son doigt et le caresse lascivement tout en refermant ma bouche dessus. Je monte et descends lentement, doucement, mes yeux ancrés dans les siens.

Transi par le désir, il m'observe de façon totalement grisante. J'ignore où mon innocence s'est envolée mais tout ce que je sais à cet instant précis, c'est que son doigt ne me sustentera pas longtemps et ça, il le comprend très bien. J'ai chaud, affreusement chaud. Je sens mes tétons devenir si durs qu'ils menacent de transpercer ma chemise. Sa main se pose d'ailleurs sur ma cuisse et remonte lentement le long de mes hanches puis jusqu'à ma poitrine. Je donnerais tout pour être nue.

Il retire son index et je m'approche aussitôt de sa bouche mais il m'arrête, ses mains sur mes épaules.

— Dumbledore sait pour nous deux, coupe-t-il.

Je fronce les sourcils et l'observe avec consternation.

— Quoi ?!

— Enfin, il ne sait pas tout, rassure Adrian en s'écartant un peu plus. Mais il est legilimens. Il sait qu'on se voit. Je ne pourrai pas rester ici, à Poudlard, si notre relation dérape.

Je cligne des yeux et encaisse avec difficulté. Non, non, non. Je n'en ai aucune envie. Je ne veux pas que ça revienne à la normale.

— Tu as dis que tu n'avais aucune intention d'être prof ou de te retrouver ici, contré-je. Pourquoi tu restes ici ?

— Parce que Bellatrix m'a maintenant dans le collimateur. Si je pars me réfugier chez ma famille, je pourrais les mettre en danger. Je n'ai pas le choix que de rester ici maintenant. Et même si je ne devrais pas, j'ai vraiment à cœur d'aider Reg. Il est en danger.

— Je sais, soufflé-je. Mais…

— Tu voudrais que ça dérape ?

— Oui.

— Tu pourrais te faire renvoyer.

— Des Mangemorts vivent tranquillement dans le château, tu crois qu'on m'expulserait juste parce que je t'embrasse ?

— Tu crois que je me contenterais d'un baiser ?

Mon palpitant s'accélère. Non, évidemment que non. Mais moi non plus. À regret, je le vois s'éloigner encore. Il se relève et me tend la main.

— J'en reviens pas que je vais te dire ça mais...amis ? propose-t-il.

Je lève un sourcil et le dévisage avec consternation.

Amis ?! Tu te fiches de moi ? m'emporté-je en me dressant sur mes pieds sans son aide. Tu crois vraiment que je veux être ton amie ?!

Il ricane et me provoque avec son sourire supérieur.

— Aucune femme ne veut être mon amie, j'ai l'habitude…

— Arrête de faire le malin ! attaqué-je. Si tu comptes rester ici et bien, grand bien te fasse ! Personnellement, je ne compte pas jouer innocemment une partie d'échec avec toi alors que je veux t'embrasser dès que je te croise !

Je n'aurais pas dû dire ça. Il me fixe d'un air provocateur. J'ai boosté son égo déjà surdimensionné, je n'aurais clairement pas dû.

— Chaton, souffle-t-il en glissant une main sous mon menton pour capter mon regard. Les gens entrent et sortent de ta vie en un claquement de doigt. Tu t'en remettras. Pour moi, tu n'es qu'une fille parmi tant d'autres…

Je ne lui laisse pas le temps de finir que je le repousse violemment et l'assaille d'une gifle. Révoltée, je le pousse de toutes mes forces. Déstabilisé, il titube tout en pouffant de rire. Il se masse la joue et me scrute.

— Ne fais pas l'étonnée, bébé ! C'est aussi sans doute le cas pour toi…

Sortant de mes gonds, je réduis la distance qui nous sépare et l'agrippe par le col. Ni une ni deux, je plaque mes lèvres sur les siennes. Il réagit au quart de tour et enroule aussitôt ses bras autour de moi. Je force le barrage de ses dents tandis que je rencontre sa langue. Il pousse un soupir rauque empli de désir pendant que mon corps tout entier prend feu. Sa main se loge dans mes cheveux, son autre s'aplatit sur mon fessier. Moi, j'en glisse une sous sa chemise et l'autre se plaque sur son entrejambe durcie. Je gémis contre sa bouche tandis que je l'entraine en titubant vers les pupitres. Nous manquons de nous rétamer, l'un compressé contre l'autre mais nous nous en fichons.

D'un coup brusque, il ouvre ma chemise et j'entends les boutons rouler sur le sol. Sa paume chaude s'empare de mon sein gauche et le sors de mon soutien-gorge. Je loupe un battement lorsque sa bouche s'écrase dessus. Je gémis et ferme les yeux alors que sa langue vient me titiller.

À bout de souffle, je prends sur moi et le repousse. Il fronce les sourcils et m'interroge du regard.

— Qu'est-ce que tu…

— Ose me dire que je suis une fille comme une autre, menacé-je en enfonçant la pointe de ma baguette sous sa gorge.

Une lueur de panique traverse ses iris puis il éclate de rire, à la fois excité et subjugué.

— Tu es complètement folle, bébé ! J'aime ça !

Il plaque ses mains sur mes fesses et m'attire vers lui mais je lui résiste. Je ne sais pas avec quelle force surhumaine je parviens à faire une telle chose mais je ne réponds pas à ses baisers bons, doux, chauds et langoureux. Il s'arrête et pousse un soupir ennuyé. Il décolle son visage du mien et lève un sourcil.

— Ok, c'est quoi le problème ?

— Tu as déjà eu des sentiments pour quelqu'un ?

— Oh non chaton, ne me parle pas de sentiment…

— Réponds, ordonné-je sèchement.

Il se mue dans le silence et fixe un point invisible comme s'il était aussitôt ramené à ses anciens souvenirs. Une chose est sûre, j'ai complètement coupé court à notre élan passionnel.

— Ouais. Une fois, admet-il.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Elle m'a prise pour un con. Fin de l'histoire.

Il se lève et se décolle de moi, complètement refroidi. Il me tourne le dos et sort son paquet de clopes de la poche.

— T'es une sacrée manipulatrice, commente-t-il.

— Pardon ?!

— Je t'ai dit non et au final, tu as quand même réussi à me sauter dessus.

— Ce n'était pas prémédité et tu ne m'a pas repoussée.

Il coince sa cigarette entre les dents et l'allume.

— Bon allez. Le cours est terminé bébé, abrège-t-il. Rentre chez toi avant qu'on nous surprenne.

— J'ai hâte d'être à la prochaine séance, lui signifié-je en réparant mon habit d'un coup de baguette tout en lui adressant une moue taquine.

Je réarrange ma tenue sous son œil concupiscent et il m'adresse un air amusé.

— Je te l'accorde. T'es pas comme toutes les autres.

J'esquisse un sourire satisfait et m'approche de lui à pas de biche. Je dépose doucement ma bouche sur la sienne et m'éloigne.

— Bonne soirée, salué-je.

Encore retournée par cette entrevue, je prends le chemin de la sortie en sentant son regard lourd posé sur moi. Je souffle, j'ai chaud.

Les cours particuliers vont s'annoncer très compliqués.