Chapitre 17

Padawans


La Force hurla.

L'avertissement avait été ressenti par Qui-Gon, Anakin et Obi-Wan. Mais chacun était trop préoccupé par se défendre que d'affronter le mercenaire.

Qui-Gon, en maître Jedi expérimenté, avait alors vu Jango Fett tirer sur son ancien Padawan et de sa position, il savait qu'Obi-Wan n'allait pas pouvoir l'éviter. En quelques secondes, il ressentit des émotions le traverser, des souvenirs lointains lui revinrent et des sentiments qu'il avait crus perdus à jamais remonta à la surface : la terreur de perdre son ancien Padawan, la peur de le voir tomber, la crainte de voir son sang innocent et les regrets de n'avoir pas pu montrer à Obi-Wan l'affection qu'il méritait. Cette réalisation suffisait à lui-même pour comprendre qu'il ne devait pas hésiter à le sauver. Dans un geste désespéré, il utilisa la Force pour pousser le Sénateur et le mettre à terre, tendant la main vers lui. Obi-Wan trébucha alors, mais son soulagement fut de courtes durées, car le sénateur fut touché au niveau du flanc droit, sa tunique claire dévoila alors une tache rouge, le laissant étourdi à terre, vulnérable à son ennemi.

Fort heureusement et sans attendre, Anakin se jeta à la rescousse de son amant et eut alors le temps de parer les coups de blaster envoyés par le chasseur de primes, s'approchant de lui dangereusement, la rage dans les tripes, de voir l'homme qui l'aimait blesser de la sorte. Aidé par la Force, il sauta près de Jango Fett qui ne s'attendait pas à une telle vitesse et d'un coup sec et enragé, il le décapita, sa tête volant au loin. Puis, il retourna tant bien que mal, près de son amant, qui s'était levé, sabre laser en main, contournant les tirs.

Qui-Gon qui surveillait les deux jeunes hommes du coin de l'œil, ne put échapper plus longtemps aux rafales de tirs de droïdes et deux charges atteignirent son épaule et sa jambe, lui lâchant un cri de douleurs, le mettant à genoux, exposés aux droïdes de combats. Ils étaient acculés, trois contre des centaines de droïdes, voire des milliers qui allaient venir dans l'arène, la bataille était peine perdue. Mais étrangement la Force était redevenue très calme et sereine. Malgré cela, il crut alors sa dernière heure arrivée, mais des tirs venant du ciel le sauva, détruisant leurs adversaires robotiques comme s'ils n'étaient que de simples boites de conserves.

Des vaisseaux de guerres vinrent se poser près d'eux, tandis que d'autres s'occupèrent de l'armée droides et Stalgasins, qui d'ailleurs avaient tous commencés à fuir quand ils les aperçurent. Dans l'un d'eux, Qui-Gon fut accueilli par un petit être vert non méconnu et un groupe de soldats en armures blanches, qui descendirent pour prendre le relai et les protéger. Il comprit très vite que c'était sans aucun doute l'armée mystérieuse dont Obi-Wan avait parlé.

« Content de vous revoir saint et sauf, je suis, s'exclama Maître Yoda en l'incitant à monter dans le transport.

Qui-Gon voulut répondre mais Anakin Obi-Wan portant par-dessus une épaule, le fit taire et il se précipita pour l'aider.

« Maître ! Il est…Obi-Wan est blessé ! s'écria Anakin la voix tremblante, il saigne ! »

Le Jedi déglutit. Le jeune homme en sang était aussi pâle que la mort et sa respiration était sifflante. Qui-Gon prit l'autre côté pour soutenir le Sénateur et aider son Padawan. Ses propres plaies avaient bienheureusement arrêté de saigner. Il ne ressentait même pas de douleurs.

« Tout va bien, nous allons l'emmener chez les Guérisseurs, souffla-t-il bien qu'il savait que son apprenti n'entendait rien, trop troublé.

Ils s'engouffrèrent tous les trois dans le vaisseau de Maître Yoda, déposant Obi-Wan au sol. Ce dernier gémit sous le coup de la douleur, portant à sa blessure, dégoulinant abondamment de ce liquide rouge vif. Un soldat blanc s'approcha alors de lui avec un produit d'injection.

« Que faites-vous ? L'arrêta Anakin en lui attrapant le bras.

- C'est un antalgique, cela arrêtera la douleur, dit l'homme dans son casque.

- Je…ne vous fais pas confiance !

- Laisser le faire, tu dois, dit Yoda, sinon Obi-Wan souffrira, concentré tes Forces sur l'hémorragie, tu dois en priorité, Qui-Gon. » Termina-t-il en se tournant vers le maître Jedi.

Anakin se rétracta et recula permettant au soldat d'injecter le produit, puis il leva les yeux vers son maître, le suppliant de faire vite. Alors que le vaisseau se stabilisa, Qui-Gon s'agenouilla et plaça ses mains sur la blessure saignante, se concentra sur l'hémorragie, puisant dans la Force pour tenter de fermer un minimum la blessure. Il n'avait été un bon guérisseur, mais il était bien meilleur qu'Anakin et que Maître Yoda, pourtant il ne pouvait s'empêcher de penser qu'Obi-Wan aurait bien meilleur que lui s'il avait été un Jedi.

« Maître…murmura-le Sénateur.

Qui-Gon écarquilla les yeux, déviant son regard vers le visage de son ancien apprenti. Sa pâleur mortelle était terrifiante et Qui-Gon dut se retenir pour ne pas laisser ses larmes couler. Les traits du jeune politicien lui rappelèrent ce Padawan souriant, bienveillant et entreprenant : sa joie de marcher à ses côtés, son désir d'accomplir son rêve, sa volonté de progresser, son affection pour son maître têtu et anticonformiste.

Il ouvrit la bouche pour parler, lui dire qu'il n'était pas son maître, le corriger, le faire revenir dans la réalité. Et pourtant, malgré le fait qu'il était observé, malgré le regard inquiet d'Anakin, malgré la présence de Maître Yoda, Qui-Gon adressa un sourire triste mais à la fois affectueux à Obi-Wan.

- Oui, je suis là, Padawan, je suis là. »

Les traits d'Obi-Wan se détendirent tout à coup, un petit sourire se dessina sur ses lèvres, alors que ses yeux flous fixèrent le Jedi.

« Maître…je ne suis plus…un Padawan, souffla-t-il entre deux respirations.

Qui-Gon baissa les yeux sur ses mains, la blessure se refermant doucement mais pas encore assez pour arrêter le sang de s'échapper. Bien sûr qu'il n'était pas son Padawan, mais…au fond de lui, il pensait toujours à Obi-Wan comme son Padawan et non comme le sénateur. Son Padawan qui n'avait jamais pu devenir un Jedi.

Et tout ça, à cause de lui. Parce qu'il l'avait abandonné, il avait brisé le rêve d'Obi-Wan. Il n'ignorait pas qu'il était l'élément déclencheur de son départ de l'Ordre, même si maître Yoda ne l'avait jamais exprimé ainsi, il n'était pas dupe. C'était de sa faute. Les Jedi ont perdu un frère doué et talentueux.

Le processus de guérison commençait à se finaliser et Qui-Gon passa à l'étape suivante, la plus douloureuse pour le sujet. Il devait reformer les cellules détruites. Il tenta d'atteindre l'esprit d'Obi-Wan dans la Force, cherchant leur ancien lien, car cela pourrait faciliter la guérison, mais il fut repoussé par un autre lien, qui le dérouta alors. La signature de Force qu'il trouva ne lui était pas inconnue, car lui-même le partageait. C'était celui d'Anakin.

Il semblait que son Padawan ait remarqué alors son intrusion car il se plaça de l'autre côté, prenant la main d'Obi-Wan. La gravité sur son visage si juvénile lui donnait un air de guerrier impitoyable. Qui-Gon ressentit alors une vibration dans la Force, il réalisa alors que son apprenti était en train de communiquer dans l'esprit du blessé. Très vite, Obi-Wan hocha la tête vers Anakin.

L'ancien lien s'ouvrit tout à coup, permettant à Qui-Gon d'y accéder sans être perturbé par l'autre lien, quasi-possessif. Il mit de côté toutes les questions curieuses qu'il avait en tête à propos de cette situation étrange et termina son travail de guérisseur.

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Quelques heures plus tard

« Vous avez fait du bon travail, Maître Jinn. »

En entendant Vokara Che, Qui-Gon sursauta alors. Il était derrière une vitre teintée, les bras croisés, observant l'autre côté de la pièce, il n'avait pas osé entrer dans la chambre du patient. Il se tourna vers elle, qui se plaça à ses côtés, les yeux fixés sur l'être qui dormait dans un sommeil profond. A ses côtés, Anakin lui tenait la main.

Tout bon maître aurait empêché Anakin face à ce geste d'affection visible, mais pas Qui-Gon et curieusement, cela ne dérangeait pas non plus le maître Guérisseur.

« Pas vraiment, notre rôle était de le protéger, mais j'ai échoué, lâcha-t-il amèrement.

- Vous l'avez sauvé, je ne pense pas que Sénateur Kenobi vous reprocherait cela, rétorqua-t-elle.

- Il y a tant de choses qu'il devrait me reprocher…

- Vous vous accrochez à votre passé, maître Jinn ? Je pensais que votre fameuse devise était « de rester concentré dans le présent » ? »

Qui-Gon grimaça face à ce rappel, beaucoup de Jedi n'était pas dû d'accord avec sa manière de pensée mais aujourd'hui, il devait avouer que cela devenait plus difficile.

- Enfin, peu importe, continua Vokara, il va bien, c'est ce qui compte, je pense le Chancelier sera ravi d'apprendre le chasseur de prime qui menaçait sa vie a été tué par ton Padawan.

- Cet homme porte trop d'intérêt pour Anakin, marmonna Qui-Gon en se mordant les lèvres.

- C'est une bonne chose, je pense que l'Elu s'entende bien avec celui qui régit le République.

- Pas quand il vote sans aucune hésitation la mise en place d'une armée de la république, rétorqua Qui-Gon en se tournant vers elle, le visage grave, je crains qu'une guerre n'éclate et que les Jedi ne soient jetés en pâture comme de simples soldats.

- Vous avez vu ce qui s'est passé sur Géonosis ? Une armée de droïdes ! Si les Clones n'étaient pas intervenus, vous serez tous les trois morts. »

Il reporta son attention vers les deux jeunes hommes dans la chambre. Il est vrai que sans cette armée secrète, il n'aurait pas pu les protéger. Ils auraient perdu la vie. Les Séparatistes n'auraient fait qu'une bouchée d'eux, même l'intervention de ses confrères n'aurait pas changé grand-chose, d'autres morts auraient été ajoutés.

« Nous ne sommes pas des soldats, déclara-t-il cependant, si une guerre éclate, je refuse d'en faire partie. Je travaille pour la paix et non pour la guerre.

- Je suis d'accord avec vous, maître Jinn, mais…nous sommes tous acculés, les Séparatistes sont plus nombreux, ils augmentent leurs effectifs, dans tous les systèmes, les Jedi doivent faire attention à leurs arrières, nous sommes les premières victimes des Séparatistes, que nous le voulions ou non…Une guerre approche.

- Il y aura une guerre parce que personne ne fait d'efforts pour convenir d'un moyen pacifique, lâcha Qui-Gon en s'apprêtant à rejoindre la chambre du blessé.

- Cette citation n'est pas de toi, remarqua Vokara.

- Effectivement, sourit-il, elle est d'Obi-Wan. »

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Anakin leva la tête quand son maître entra – enfin – dans la pièce. Il ne sait pas s'il était soulagé ou anxieux à l'idée d'être dans la même pièce que son amant et son maître. Il savait que Qui-Gon l'avait vu tenir la main d'Obi-Wan, mais il avait une excuse toute formulée pour défendre son attachement envers le Sénateur.

« Comment va-t-il ? Questionna le Jedi.

Ce n'était pas vraiment la question à laquelle il s'attendait, mais il était heureux que son maître s'intéresse d'abord à Obi-Wan.

- Il dort profondément, maître, on lui a donné des sédatifs…il a eu une crise de douleurs tout à l'heure. »

Qui-Gon s'installa dans le coin de la chambre, enveloppant ses mains dans ses manches, dévisageant Anakin qui restait centrer sur le jeune sénateur.

« Tu devrais te reposer, Padawan, je veillerais sur lui.

- Non, je veux attendre qu'il se réveille.

- Padawan, le conseil trouvera fort dérangeant que tu sois dans sa chambre aussi longtemps, rappela Qui-Gon dans un soupir.

- Qu'ils aillent se faire…

- Anakin ! s'écria Qui-Gon scandalisé par son mépris.

- Maître, avec tout le respect que je vous dois, je n'arriverai pas à dormir, poursuivit-il en l'ignorant, je me sentirai mieux quand il sera réveillé…

- Tu l'aimes ? » rompit Qui-Gon doucement.

Il ne savait même pas s'il disait ça comme une affirmation ou bien une question. Il l'avait deviné lorsqu'il guérissait Obi-Wan dans la canonnière, le lien possessif qui l'avait pris de court quand il avait parcouru l'esprit de son ancien apprenti. C'était certes possessif mais il était empli d'amours et d'affections, des deux côtés.

Anakin ne répondit pas et Qui-Gon comprenait totalement pourquoi. Ce n'était pas ce qu'il lui avait enseigné. L'attachement était prohibé dans l'Ordre Jedi. En tant que maître, il devrait lui faire des remontrances, lui ordonner de quitter la chambre d'Obi-Wan, l'obliger à s'éloigner de lui, tout comme il l'avait fait lui-même avec Tahl, il y a des années, son seul et unique amour, la femme pour qui il aurait donné sa vie et son cœur, s'il n'était pas un Jedi. Mais il l'était, ils avaient dû faire des sacrifices, aujourd'hui, encore, il gardait des cicatrices de cette relation refoulée.

Cependant, les temps ont changé. Qui-Gon a souffert de ses erreurs, de sa séparation avec Obi-Wan, il a vu Anakin grandir. De par le fait qu'il avait connu sa mère, son Padawan actuel avait toujours eu du mal à gérer ses émotions. Quant à Obi-Wan, il était libre d'aimer, et cette liberté ne devrait pas lui être interdit à cause d'un simple Code d'individus doués de pouvoirs.

Aujourd'hui, il avait réalisé à quel point son ancien apprenti comptait pour lui et ce, depuis toujours. Il avait mal agi, il l'avait abandonné, il l'avait mis de côté et il lui avait fait croire qu'il n'était pas important pour lui. Et Obi-Wan était parti.

S'il interdisait cette relation, s'il la condamnait, ses deux Padawan souffriraient. Mais Anakin était un Jedi, Obi-Wan était un Sénateur. Une guerre se préparait et des heures sombres les attendaient. Est-ce que leur amour survivrait ? Ou bien ils tomberaient tous les deux ?

Pour la première fois de sa vie, Qui-Gon avait l'impression que le destin de la Galaxie reposait sur les prochains mots qu'il prononcerait.