La déchirure

L'entrée du bunker passée, les amis déboulèrent dans la cour, le silence uniquement brisé par les éoliennes qui tournaient grâce au vent.

"-Quelle étrange sensation, marmonna Corvo.

-Notre magie est inefficace, releva Daud. Le Vide a perverti cet endroit."

Leur regard se posèrent sur la lugubre demeure. Un léger moment d'hésitation traversa le Protecteur avant qu'il n'avance suivit par son allié. Passant les portes d'entrée, ils pénétrèrent dans ce qui restait d'un poste d'accueil. De la poussière partout, des plantes qui pendaient du plafond, les peintures fanées, les vases vides de fleurs, les richesses pillées ou détournées en caricatures et au loin, un bruit lourd, raisonnant à travers les murs et les cloisons. Une note stridente d'un piano raisonna sur leur droite alors que quelqu'un maugréait.

"-Est-ce Stilton ? S'interrogea Corvo en se dirigeant vers la source du bruit."

Daud le suivait, observant froidement les alentours. Ils se retrouvèrent face à une grille servant de porte, les restes grignotés de fruits pourris ou de pain séché. Le garde du corps tenta de secouer le sommier en vain.

"-Elle a été scellée au mur, gronda le protecteur. Les meubles qui le retiennent sont trop lourds, même à nous deux.

-Le plafond de cette pièce est troué, remarqua le plus vieux. En passant par l'étage nous pourrons y excéder sans difficulté."

Corvo acquiesça et suivit l'autre d'un pas lourd, grimpant les marches d'un escalier qui devait être sublime. Continuant sur leur gauche, ils arrivèrent enfin à la pièce et tombèrent dans la cachette de Stilton. Le pauvre homme marmonnait des choses sur une sculpture d'os et du rituel de Abele et sa clique. Le Protecteur s'approcha du dément, les couleurs du monde disparurent et le temps se figea. L'Outsider venait de faire son entrée, négligemment assit sur l'instrument de musique.

"-Il y a trois ans, le cerveau de Aramis Stilton s'est détraqué comme une horloge bon marché, expliqua l'entité. Une part de lui et une part de cette maison s'est figé dans cet instant fatidique. Le jeune homme descendit de son perchoir déambulant entre les trois hommes. La garde rapprochée du Duc est toujours présente, discutant des détails de Son grand stratagème. Le stratagème de Delilah. Et, une part de Stilton demeure ici, suspendu.

La déité fit une pause, laissant le temps à ses invités d'assimiler ses paroles.

-Le Grand Vide n'existe pas en tant que lieu et il est bien plus ancien et complexe que vous ne pouvez l'imaginer. Il vous observe de l'intérieur. Au cœur de la demeure de Stilton, le Grand Vide s'écoule par une brèche pas plus grande qu'une tête d'épingle, laissé par le petit tour de passe-passe de Delilah. Vous l'avez senti, même la magie est pervertie ici, et rien ne se passe comme prévu.

Un étrange dispositif apparu devant les deux hommes.

-Ceci est un pendule, expliqua le jeune. Il permet de voir ce que le Duc et Delilah ont fait. Le problème, c'est qu'il ne peut transporter qu'une personne à la fois, et je ne voudrais pas que l'un de vous rate ce spectacle.

L'Outsider réfléchit un instant, un léger sourire flotta sur son visage immuable.

-Oui...Je voulais essayer ça depuis longtemps.

Le garçon au yeux noir claqua des doigts et deux perles apparurent autour du cou des deux amants. Corvo intrigué posa sa main sur la perle et fut aspiré dedans, celle de Daud brilla d'un curieux éclat avant de s'arrêter.

-Cette perle contient le corps et l'esprit de Corvo, expliqua le démon. Une fois que tu auras trouvé ce que tu cherches, il te sera rendu. Maintenant va !"

L'Outsider disparu comme il était venu, Daud encore sous le choc posa sa main sur la perle autour de son cou, elle émettait une couleur d'un rouge aussi vif que sa veste et une chaleur assez agressive.

"-Corvo ?

La chaleur diminua en même temps que la vivacité du rouge, montrant la contrariété de son habitant.

-Espèce de salaud, jura Daud à l'encontre de l'Outsider. Tu ne perds rien pour attendre ! Je te promets de te sortir de là Corvo.

La perle passa à l'orange intéressé ponctué de jaune clair serein avant de virer au vert confiant.

-Bon voyons ce dispositif, gronda l'assassin en s'emparant du pendule."

Les ailettes se déployèrent, montrant le salon comme il était il y a trois ans. Activant le dispositif, le meurtrier se retrouva projeté dans le temps. Jurant de surprise, Daud étudia les lieux propres et entretenu. L'écho d'une conversation entre deux gardes lui faisait comprendre que les invités étaient déjà là, Stilton dans le jardin et qu'il fallait un code pour rentrer dans l'office. La perle au coup de l'homme chauffa légèrement et passa à l'orange intrigué.

"-Tu as raison Corvo, il est encore temps de sauver Stilton de la folie qui le ronge, interpréta l'assassin. Nos actions ici auront des répercutions à notre époque. Trouvons le moyen de l'atteindre."

Déployant la collerette, il repassa dans le présent pour quitter la pièce où était enfermé le mineur fou, Daud continua à travers le couloir et remonta au premier passant dans la galerie d'exposition minière. Un bref retour dans le passé pour piller les richesses encore présentes, il reparti aussitôt dans le présent pour récupérer la rune et s'approcher de la porte menant à l'autre partie du manoir. Après avoir vérifié dans la lunette qu'il n'y avait aucun garde, l'homme en rouge passa dans le passé et se glissa derrière la double porte. Continuant son chemin vers le fond du couloir qui donnait au-dessus de la salle à manger, les soldats attablés. La perle se manifesta, indiquant les leviers à la droite du professionnel. Suivant les conseils de son ami, Daud leva les lustres avant de les enjamber. Une fois au bout il repassa dans le présent pour monter dans le plafond pour récupérer le charme d'os.

Un vert confiant indiqua au vétéran de tomber dans la salle à manger, acceptant les conseils de la perle, Daud passa sous la table avant de revenir dans le passé pour récupérer le passe-partout que le garde vétéran gardait sur lui. Un jaune joyeux réchauffa la perle alors que le plus vieux revenait dans le présent. Tant de différence entre la vitalité du passé et le morne du présent. L'homme se dirigea vers ce qu'il restait du coffre-fort.

"-Je me croirais revenu à Brigmore, souffla l'assassin. À croire que cette sorcière corrompt tout ce qu'elle approche.

Un bleu distrait teinta la perle avant de virer au violet inquiet.

-Ne t'inquiète pas pour Emily, Corvo, rassura son ami. Tu trouveras le moyen de la libérer de sa prison."

Le violet se fonça, prenant des teintes de rose contraint, la chaleur de la perle perdant du terrain devenant tiède.

Un retour dans le passé pour récupérer les richesses que contenait le coffre, Daud remarqua le mot près de la statue. Se souvenant qu'elle bouchait un passage dans le présent, l'homme la fit chuter de son socle. Un passage dans le présent le ramena dans le coffre pour se glisser dans le trou au mur. De nouveau dans le passé, Daud étudia les lieux. Une lettre à l'abandon attira l'œil de l'expert, le miner était en contact avec Lucia Pastor pour aider les hommes qui travaillaient jours et nuits sous terre. Même riche, Stilton n'oubliait pas d'où il venait. Glissant le mot dans sa poche, Daud continua vers le bureau au fond. La perle chauffa légèrement, demandant à l'homme de passer sous le meuble pour revenir dans le présent. Une fois fait, Daud se retrouva avec un nid qui avait poussé d'une carcasse de chien. Un orange intéressé réchauffa la perle lui indiquant de revenir dans le passé brûler le pauvre animal infecté.

L'assassin s'exécuta, repérant un coffre, il retourna le temps pour voir la combinaison de la caisse et voler les objets de valeur dans le passé. Avançant dans le présent, Daud sorti de la pièce pour arriver dans ce qu'il restait du grand hall. La perle chauffa d'un orange prescient alors qu'un grondement soudain parvenait aux oreilles du meurtrier. Un chien errant bondit sur lui, mordant l'avant-bras qu'il avait réussi à mettre entre lui et l'animal. Le vétéran le transperça de son épée avant de faire une roulade pour éviter l'autre cerbère qui fonçait sur lui. Un carreau d'arbalète cueilli la bestiole la clouant au sol. L'assassin poussa un soupir de soulagement. La chaleur et le poids de la perle avait disparu de sa poitrine.

"-Corvo ?! Cria l'assassin. Corvo !

Une légère lumière verte confiante attira son attention, la perle était au sol non loin de là où il avait esquivé l'animal. Daud ramassa la petite perle qui brûla d'un jaune joyeux, avant de s'écraser contre un pilier se laissant glisser au sol.

-Pourquoi faut-il que tu sois si doux et si chaud ? S'interrogea le meurtrier.

La perle vira au bleu gêné chauffant encore doucement.

-J'imagine que tu lis mes sentiments aussi bien que je lis les tiens.

Le bleu se teinta d'un violet clair, prouvant le désappointement de son résident. La couleur passa brusquement au doré palpitant de vert, la chaleur duveteuse câlinant sa poitrine. L'assassin la serra contre son cœur pour préserver cette intimité.

-Je sais Corvo, moi aussi, confia Daud à la perle."

Il aurait tout donné pour que le Protecteur soit face à lui, ne serait-ce que pour voir son sourire moqueur, glisser sa main dans sa barbe pour attirer son visage à lui, plonger ses yeux bleus dans ceux marrons de son amant, attraper ses lèvres et gouter leur douceur avant de jouer avec sa langue, sentir son corps plaqué contre le sien et apprécier sa carrure, une simple étreinte aurait suffi à le satisfaire. Daud se redressa, glissant son précieux pendentif autour de son cou avant de descendre à la cave, continuant vers la cage d'ascenseur.

La perle encouragea Daud à revenir dans le passé se procurer le charme d'os caché dans la machine. L'écho d'une conversation entre deux gardes arrivaient aux oreilles de Daud. Ils mettaient à l'abri des lingots d'argent près d'un nid de mouches. Le professionnel attendit qu'ils se séparent pour les assommer l'un après l'autre. La perle murmura à son compagnon comment récupérer une rune dans le présent. L'assassin s'exécuta, il attrapa le volant qui trainait sur la table de travail avant de le lancer dans le trou où se cachait le nid, revenant dans le présent, il se glissa dans l'ouverture, plongeant sous l'eau pour empocher son outil et couper l'eau. La rune descendait, porté par le courant qui s'en allait. Le professionnel s'extirpa du trou et chemina vers une courette.

Le passé s'installait sous ses yeux, un garde s'amusait sur un balcon branlant alors qu'une autre en bas l'avertissait du danger. Se moquant de sa collègue, l'élite s'enfonça dans la salle aux insectes laissant la femme seule. Étouffant la garde, Daud brisa les supports du balcon et retourna dans le présent. Un chemin tout tracé le rapprochait de l'arrière-cour où se cachait le Stilton du passé. Les ailettes du pendule montraient un tableau du Tourmenteur, la perle chauffa un instant et Daud étouffa un rire avant de continuer au bout de la salle aux insectes. Un bref retour dans le passé, l'assassin écouta les digressions des gardes sur la culture du pauvre Stilton. Il attendit qu'ils se séparent pour passer le paravent et ainsi se procurer le tableau en toute discrétion. L'assassin en profita aussi pour piller les quelques pièces qui se trouvaient dans la salle avant de repartir dans le présent.

Daud emprunta la porte avant de faire marche arrière, des mouches de sangs et deux gardiens avaient élus domicile dans le couloir. Nettoyant la zone de ces gêneurs, l'assassin se stoppa averti par la perle. Son compagnon l'incitait à faire marche arrière pour passer sur des poutres pour arriver dans un studio de photographie. Grace au pendule, Daud aperçu une rune mais aussi trois gardes. Il s'installa donc en hauteur avant de voyager dans le temps. Trois carreaux anesthésiants s'emparèrent des soldats et Daud en profita pour récupérer son trophée. L'assassin brisa les runes pour augmenter le pouvoir rafale. Même si la magie n'aurait pas, la capacité s'était renforcée. Il revint dans le présent et reprit son cheminement vers l'arrière-cour. La lourde porte était bouchée dans le présent, mais pas dans le passé, un simple garde se dandinait sur place. Se cachant dans une alcôve, Daud se projeta dans le temps afin de pouvoir aller dans le jardin privatif et trouver Stilton.

Une fois arrivé, il se faufila à sa droite avant d'emprunter les poutres qui fermaient cet endroit secret. Stilton était là, maugréant sa bêtise d'avoir accepté ce rituel, s'interrogeant sur la raison pour laquelle il avait encouragé Abele. Daud était tout proche, il pouvait voir le carnet sur lequel était noté le code de son bureau, l'endroit même où le Duc et ses sbires avaient fait leur immonde rituel. L'anesthésiant piqua le propriétaire, le faisant chuter au sol, les gardes n'aillant même pas fait attention que leur otage venait d'être drogué. Daud s'approcha du livre, notant mentalement les chiffres. Maintenant, que Stilton n'était plus là pour voir le retour de la sorcière, le présent s'en trouverait chamboulé. L'assassin retrouva son perchoir et l'époque qui était la sienne. Le changement était brutal.

La vie qui était restée bloquée dans le lointain passé avait repris son cours. Les domestiques entretenaient le domaine, les plantes avaient retrouvés leurs verdures et les peintures leurs superbes. Pour eux, il en avait été toujours ainsi, mais pour Daud, c'était le jour et la nuit. Laissant le monde à leur office, l'homme retourna dans le manoir. Se cachant dans la même alcôve, l'assassin quitta son époque pour endormir les trois gardes qui patrouillaient dans la zone du bureau. Une fois le code entré et la porte passée, la perle brilla d'un orange vigilant.

"-Le passé et le présent se chevauchent, observa Daud. Les Superviseurs ont raison de craindre cet endroit."

Continuant son chemin, il vit apparaitre les fantômes du passé, Jindosh, Ashworth et Grim Alex étaient là, devant lui, s'impatientant de la non présence de Stilton. Abele les raisonna bien vite, les insistant à faire le rituel dans l'autre pièce. Suivant les bougies, Daud termina son périple sur le pentacle au sol. Ce qui suivait était au-delà de sa compréhension, les adeptes étaient réunis en cercle devant une sculpture à l'effigie de la sorcière alors qu'une masse sombre et gluante grandissait au centre des dessins. Delilah était revenu, et Daud était aussi troublée que la perle autour de son cou. Il avait emprisonné dans une de ses toiles il y a quinze ans, et la voilà de retour malgré tout. Alors que la femme avait fini d'enfermer son esprit dans la statue, elle braqua sa main dans sa direction.

"-Attendez, scanda violement l'usurpatrice. Vous...Je ne sais pas qui vous êtes exactement mais je sais quand vous êtes. Vous assistez à mon retour aujourd'hui, mais bientôt, c'est moi qui vous trouverais."

La vision s'estompa et l'assassin remonta les escaliers. Delilah avait enfermé une partie d'elle dans une sculpture pour devenir immortelle. Elle était puissante à l'époque, mais à ce point, l'assassin en doutait. Qu'avait-elle trouvé dans le Vide pour réussir à voler la magie de Corvo, transformer les gens en pierres et devenir aussi dangereuse. La perle chauffa doucement prenant une teinte orange ponctué d'une rouge acéré. Daud estima qu'il en avait assez vu, il quitta la pièce sans se retourner, revenant dans l'époque qui était la sienne. Il se dirigea vers le nouveau bureau de Stilton et s'installa pour écrire. La perle l'interrogea de son bleu violacé.

"-Si Stilton veut arranger les choses, expliqua l'assassin en couchant les mots sur le papier. Il devra venir nous voir, je lui laisse la localisation du Leviathan et la possibilité de nous venir en aide."

Se levant brusquement il chemina vers l'entrée avant de se stopper dans la cour centrale. Corvo était toujours bloqué dans sa perle, l'Outsider avait pourtant promis qu'il pourrait sortir une fois le rituel observé. Lui avait-il menti ? Avait-il vraiment tout vu ? Un rose ennuyé teinté d'un bleu chagriné colora la perle. Daud la tapota doucement tentant de rassurer son compagnon. Il quitta la demeure le cœur gros. Une silhouette avançait vers lui et il l'a reconnu bien vite. Aramis Stilton venait vers lui. Le visage du propriétaire s'agrandit sous l'effet de l'interrogation, avant d'arborer une expression plus conventionnelle.

"-Bonjour Monsieur, commença l'ancien mineur. Vous aviez rendez-vous peut-être ?

-Non, gronda Daud. Mais je tiens à vous dire quelques choses. Êtes-vous vraiment satisfait de la situation ? Ne voulez-vous pas changer les choses ? Inutile de me contredire, je connais déjà la réponse. Vous pouvez nous aider et aider Karnaca. Il suffit de nous retrouver, sur le Leviathan.

L'assassin contourna l'homme et se dirigea vers la sortie. La perle à son cou chauffa d'un rouge colérique, grondant l'attitude du meurtrier.

-Je sais Corvo, maugréa l'homme. Mais le fait que tu sois toujours bloqué dans cette perle me fait perdre mon sang froid."

La perle tiédie, passant au violet-bleu désappointé. L'assassin emprunta la dernière porte pour quitter le domaine Stilton. Une fois dans le couloir, le sol se déroba sous ses pieds et il chuta dans le Vide. Le pendentif glissa de son cou et chuta, il tendit le bras et sa main de referma sur celle de son amant. Sa main gauche tenta de s'accrocher à un rebord, mais celui-ci céda sous leur poids, les entrainant plus profondément. Une main salvatrice les retint, les regards surpris des compagnons se posèrent sur l'Outsider et son éternel sourire. Soulevant les deux hommes comme si de rien était, Le jeune homme les déposa sur le sol avant de disparaitre. Daud poussa un soupir de soulagement, c'était bien la première fois qu'il était content de voir cette maudite pierre noire sous ses pieds. Les doigts inquiets de Corvo glissèrent sur sa joue, faisant lever les yeux de son amoureux. Un sourire rassuré ondula la barbe du Protecteur alors que celui-ci attirait son visage près de celui de Daud, déposant délicatement son front sur celui de son compagnon. Un gémissement comblé secoua le plus jeune, heureux de retrouver ses membres et de pouvoir toucher à nouveau son amant.

La main de Daud attrapa le menton de l'autre et déposa un baisé sur son front avant de l'inciter à se lever. Les deux hommes embrassèrent le décor, découvrant une esplanade remplie de statue autour d'une table.

"-Cet endroit semble...plus ancien que le Vide, lâcha Corvo.

-Je suis déjà venu ici...dans un rêve, expliqua Daud.

L'Outsider réapparu près des compagnons.

-Cette île est en train de sombrer à bord du Vide, expliqua l'entité. Elle n'est pas comme les autres, c'est celle où on m'a tranché la gorge il y a quatre mille ans. C'est là que j'ai perdu la vie avant de la retrouver. C'est là qu'ils ont fait de moi ce que je suis.

La divinité disparue avant de réapparaitre sur la table, la statue principale brandissant la double lame au-dessus de lui.

-Jusqu'à l'ultime seconde, j'ai pensé pouvoir m'échapper. Le jeune se redressa et se tourna vers son auditoire. Je me suis débattu, mais les cordes entamaient ma chair. Immobile et à bout de force, j'ai senti la lame sur ma gorge et j'ai su qu'il était trop tard.

Il disparut à nouveau mais sa voix résonnait toujours.

-Mon sang a coulé et je suis devenu un dieu.

Perché sur une liane de Delilah, l'Outsider observait ses hôtes.

-Vous connaissez le secret de Delilah maintenant. Après avoir été enfermée dans le Vide, pour ce qui aurait dû être l'éternité, mais sa volonté et sa ruse son sans égales. Il s'effaça pour revenir devant le couple. Elle a trouvé cet endroit, l'île dans le Grand Vide où je suis devenu ce que je suis. Ça l'a transcendée et elle a trouvé le moyen de puiser dans les forces qui règnent ici. Delilah est une part de moi-même maintenant... et je n'aime pas ça.

Un vortex s'ouvrit entrainant les deux hommes, la scène de la résurrection de la sorcière se tenait devant eux. L'Outsider réapparu parmi eux.

-Delilah a du mérite il faut le reconnaitre, expliqua le jeune en s'approchant de la femme. Elle s'est séparée d'une partie d'elle-même pour la cacher dans une sculpture en os et ainsi devenir immortelle.

Les yeux noirs de l'Outsider glissèrent sur Corvo.

-Si tu veux tuer Delilah, tu devras retrouver son esprit et le lui rendre. L'atteindre ne sera pas chose aisée, mais ce qui suivra après sera peut-être la plus grande épreuve de cette aventure.

Le jeune homme aux yeux noirs se figea soudain, une curieuse expression passa sur son visage.

-Voilà qui n'était pas prévu... Hâtez-vous de retourner sur votre navire."

Le Grand Vide et son propriétaire avait disparu, ramenant les deux hommes dans le couloir qui donnait chez Stilton. Les compagnons échangèrent un regard et Daud poussa les portes. La place devant la statue de Abele était calme et silencieuse quand de toutes part, de hommes et de femmes tout de blanc vêtu se regroupaient devant le couple. Corvo déplia son épée d'un geste fluide et calme, sa main gauche glissa près de la crosse de son arbalète, Daud quant à lui posa sa main sa la garde de sa lame. Un des homme s'avança vers eux un léger sourire aux lèvres, un œil percé ornait sa joue.

"-Gardons notre calme, susurra l'homme en blanc. Nous ne voulons pas en arriver à certaines extrémités.

-À quinze contre deux, maugréa Daud. Laissez-moi en douter.

-Nous voulons simplement récupérer notre bien...celui que vous avez volé, continua le chef. Un couteau.

-Qui vous dit que nous l'avons, gronda Corvo.

-Je ne suis pas obligé de vous répondre, confia l'opposant.

Le groupe dégaina leur épées, l'heure n'était plus vraiment aux négociations.

-Comment vous nous avez retrouvé ? Interrogea l'assassin.

-Nous avons suivi la même piste que vous, révéla l'Aveuglé. Cienfuegos, les apparitions et disparitions étranges et...vous voilà. Oh sans oublier votre...navire et ses occupants."

Daud serra le manche de son épée avec force, Corvo étudia les mouvements de l'ennemie et sa perle vira au vert confiant ponctué d'un orange vigilant. Deux Aveuglés se détachèrent et fondirent sur le duo, les autres sortirent leurs pistolets pour tenter de blesser les manipulateurs d'ombres. Corvo disparu et faucha la tête d'un homme avant de planter un puissant carreau dans le crâne d'une femme, Daud attira vers lui un pauvre bougre et s'en servi comme bouclier sur l'Aveuglé qui tentait de l'abattre. Le chef hurla sur les subalternes les encourageant à attaquer. Un groupe de quatre se lança dans une tentative désordonnée, Daud les faucha avec une bourrasque alors que Corvo les étripait l'un après l'autre. Une Aveuglés beugla en sautant sur le duo, mais fut fauché par la lame de Daud. Il n'en restait que cinq avec le chef. Prit de panique, le supérieur implora aux autres de le protéger pendant qu'il tentait de prendre la fuite. Un pli temporel fendit l'espace, le visage des derniers Aveuglés figé dans une rage à peine contenue alors que le lieder affichait une terreur incompréhensible. Les carreaux d'arbalètes se postèrent devant le front des assaillant alors que deux autres visaient les jambes du couard. Le temps reprit, fauchant les derniers hérétiques qui en avait après le duo. Mugissant au sol, le chef tenta de ramper loin des démons.

"-Non...pitié, implora l'Aveuglé. Je vous en prie...

-Qui t'envoie ? Gronda Daud en l'attrapant par le col.

-Personne...Personne je vous jure ! Bredouilla le pauvre alors que l'assassin le secouait. Je suis le dirigeant de ce groupe et j'ai eu vent de vos exploits...Je croyais qu'en récupérant le couteau et en vous éliminant je serais promu...

-Tu as eu tort, gronda Corvo dans le dos de son compagnon.

-Pas si sûr...siffla le chef. L'autre parti de mes hommes est sur votre navire, ils trouveront le couteau."

Un éclair de colère traversa Daud, plaquant le tranchant de sa lame, il rompit la gorge du chef aussi sec. Nul besoin de consulter Corvo, les deux hommes s'enlaçaient déjà vers le skiff pour regagner le Leviathan. Grimpant en toute hâte, ils découvrirent le calme plat sur le pont, mais en descendant les marches. Des bouts de corps mutilés s'éparpillaient entre les mines spirales et les pièges improvisés, le sang s'échappait des derniers Aveuglés au sol. Après un décompte rapide, ils devaient être un peu moins d'une dizaine. Mais où étaient les alliés des deux hommes ? Ils progressaient jusqu'au fond de la cale quand Daud se stoppa. Avachi sans grâce au sol, Thomas gisait dans une épaisse mare de sang, ses yeux vide de leur étincelle dorée. Daud s'agenouilla à ses côtés et lui ferma les paupières avant de poser une main désolée sur son épaule. Il lui murmura quelques mots alors que Corvo s'attristait de cette terrible perte. Le jeune assassin avait péri en sacrifiant sa vie pour protéger Sokolov et le couteau. Le savant qui s'était enfermé dans la cuisine sorti enfin en voyant les deux compagnons, un regard peiné sur le garde laissait comprendre la détresse du pauvre homme.

"-Comment allez-vous Anton, s'enquit néanmoins le protecteur.

-Vivant, grâce à Thomas...murmura l'octogénaire. Quand il a entendu les pas de ces gêneurs sur le pont, il m'a fait signe de me cacher et s'est préparé à les repousser...Je ne sais pas vraiment ce qu'il s'est passé. Je me suis terré comme un rat.

-Vous avez bien fait, ils vous auraient eu vous aussi, rassura Corvo."

Le protecteur força le vieil homme à s'assoir et lui tendit un verre de King Street, le vieux était trop sous le choc pour refuser. Corvo s'approcha enfin de la dépouille de l'assassin, avalant sa salive avec difficulté. Le plus vieux se redressa et bougea une des caisses, soulevant une trappe, il extirpa une longue boîte avant de l'ouvrir pour en sortir le couteau de l'Outsider afin de l'échanger avec sa propre lame.

"-On jette ces raclures aux monstres marins, gronda Daud. Puis nous mettons le cap vers Zante, je souhaite donner à Thomas une vraie sépulture."

Corvo s'exécuta dans un silence pesant, une fois les derniers bouts de corps largués, le bateau glissa vers la petite île au large de Karnaca et y accosta en début de soirée. Après avoir construit un bûché, Daud déposa le corps de son second avant de briser une bouteille de rhum sur les branches. Corvo avait fabriqué une torche et l'assassin l'alluma avant de la jeter sur le lit mortuaire. Le corps de Thomas partait en fumée vers l'océan alors que Sokolov récitait un poème tyvien. Le brûlot avait brillé presque toute la nuit mais personne ne les avait dérangés, il faut dire que ce genre de choses devaient arriver plus souvent qu'à leur tour sur cette île. Le trio revint vers le Leviathan le cœur gros, chacun retrouva sa paillasse pour dormir quelques heures. Ce fut le scientifique qui réveilla les deux hommes, quelqu'un attendait dans une chaloupe près du navire et ce n'était d'autre que ce bon vieux Stilton.