Pour ceux que ça pourrait intéresser, je signale que cette première partie est terminée sur AO3. Sur FFN, le site a tellement tendance à buguer que je vais continuer de poster tout ça au compte-gouttes. x,)
Partie 14
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Sa fourchette portée à sa bouche, Genesis adresse un regard contrarié à l'intruse trônant au milieu de la table. Le reste de leur famille mange plus ou moins en silence, Angeal et Sephiroth échangeant quelques mots ici et là, tandis que les jeunes se concentrent plutôt sur leur assiette. Plantant quelques nouilles froides avec sa fourchette, le Banoran les enfourne dans sa bouche, mâchouille, avant d'émettre un grognement.
— D'accord… est-ce que quelqu'un va se décider à m'expliquer ce que ça fiche ici ?
Et disant cela, il désigne de son couvert les fleurs en pot qui s'exhibent là.
S'essuyant les lèvres de sa serviette, Angeal répond :
— Ce sont des jacinthes.
— Mais encore ?
— Angeal s'est mis en tête qu'elles allaient bien ici, fait Sephiroth qui, Genesis le voit bien, ne semble pas vraiment plus enchanté que lui par leur présence.
— Elles décorent la table, réplique Angeal. Et ça apporte un peu de couleurs à cette pièce.
— Elles vont surtout attirer encore plus d'insectes, grogne Genesis. Je te préviens, je ne veux pas qu'elles restent ici !
Il peut entendre Kadaj émettre un reniflement moqueur, mais l'adolescent est heureusement trop occupé avec ce qu'il a en bouche pour lui balancer la moindre saloperie. Sentant le regard de Yazoo s'attarder sur lui, Genesis tourne la tête dans sa direction, mais le jeune homme est déjà retourné à son assiette. Angeal, lui, prend une gorgée d'eau, avant de répondre :
— Elles sont très bien où elles sont.
Sentant l'exaspération monter en lui, Genesis rétorque :
— Parce que, bien entendu, c'est à toi d'en décider ! (Avant d'ajouter à l'intention de Sephiroth :) La maison est à ton nom, non ? Tu comptes vraiment le laisser faire ?
Et à Sephiroth de sentir le regard des deux Banoran converger dans sa direction. Les lèvres pincées, il repose sa fourchette, avant de se racler la gorge.
— Laissez-moi en dehors de cette conversation.
Outré, Genesis écrase son poing sur la table.
— Alors ça c'est la meilleure ! Quand c'est moi qui fais quelque chose qui te déplaît, tu ne te gênes pas pour me rappeler que je suis ici chez toi !
— Justement, je suis ici chez moi et je décide de ne pas me mêler de cette histoire.
— Et puis ce ne sont que des fleurs, 'Gen, souligne Angeal en croisant les bras. Ne fais pas l'enfant.
— Pardon ?!
Genesis va pour s'insurger quand il sent le regard de Yazoo s'attarder à nouveau sur lui. Il tourne donc le sien dans sa direction, mais… encore une fois, ce dernier a déjà baissé les yeux – ce qui ajoute quelque peu à son irritation. Du reste, il n'a pas le temps d'en revenir à sa dispute avec Angeal que Loz questionne :
— On pourra sortir la piscine après manger ?
Et à Genesis de se hérisser de toutes parts, tandis qu'Angeal répond :
— Une fois que vous en aurez tous les trois terminé avec vos corvées.
Une moue vient retrousser la lèvre inférieure de Loz, qui s'en retourne à son assiette. À présent blafard, Genesis s'enquiert :
— Une petite minute : vous ne comptez tout de même pas installer votre maudite piscine juste sous mes fenêtres ?
— 'vois pas en quoi ça poserait problème, lui répond Angeal en haussant les épaules. C'est toujours là qu'on la met, non ?
— Mais ils vont me déranger alors que je suis censé travailler !
— N'importe quoi ! réplique Kadaj. Et puis on la met où on veut, cette piscine !
— Et je vous saurai gré de ne pas l'installer sous mes fenêtres, où vous allez passer l'après-midi à piailler alors que j'ai besoin de calme pour me concentrer !
Où plutôt, c'est surtout de savoir Yazoo en caleçon de bain juste sous celles-ci qui risque de l'empêcher de travailler. Et pour le coup, il ne croit vraiment pas qu'il arrivera à détacher les yeux du spectacle question. D'ailleurs rien que d'y penser…
Non, surtout, ne pas y penser !
Malheureusement pour lui, il semblerait que personne, ici, ne se soucie de ses sentiments.
— J'ai pas envie qu'on la mette ailleurs, rétorque Kadaj. Là-bas, au moins, on est caché par la maison !
— Personne ne risque de reluquer tes jambes maigrelettes, crois-moi.
— La ferme !
Yazoo, lui, a pris un air songeur. La joue appuyée contre son poing, il observe Genesis qui continue de se disputer avec Kadaj. C'est bien la première fois qu'il se plaint de l'emplacement de leur piscine et, pour un peu, il se risquerait à croire que c'est justement parce qu'il sera au nombre des baigneurs que le Banoran cherche absolument à empêcher son installation sous ses fenêtres.
Et puis je suis sûr qu'il nous regardait tout à l'heure…
Ou qu'il l'observait, lui, pour être exact. Oui, il est certain que Genesis ne l'a pas lâché du regard une bonne partie de la matinée. Ce qui ne peut signifier qu'une chose…
Je l'intéresse.
Bien qu'il soit prêt à parier tout ce qu'il possède que le Banoran va s'obstiner à le nier jusqu'au bout.
Cette révélation, du reste, le trouble quelque peu. Il ne sait pas exactement à quel moment le changement s'est produit chez Genesis, mais… s'il commence à ne pas le laisser indifférent, alors c'est sans doute qu'il le trouve… séduisant, non ?
Sentant ses joues le picoter, il s'empresse de baisser à nouveau le regard comme Genesis tourne le sien dans sa direction. Au même instant, Sephiroth se décide à se mêler à la dispute pour déclarer :
— On installera cette piscine à sa place habituelle, point final. Et oui, Genesis, je suis chez moi, c'est donc à moi d'en décider.
— C'est dingue, ça ! s'insurge le Banoran. Tu ne dis jamais rien à Angeal, alors qu'à moi, par contre… je vais vraiment finir par croire qu'il y a du favoritisme dans cette maison !
Comprenant toutefois qu'il ne parviendra pas à obtenir satisfaction et, qu'au contraire, tout le monde est contre lui autour de cette table, il se résigne à accepter son sort. Adressant un dernier regard noir aux jacinthes qui semblent le narguer, là, juste sous son nez, il ajoute :
— Très bien, faites comme vous l'entendez. Mais si à cause de vous, je ne rends pas mon texte à temps, je saurai à qui m'en plaindre et, croyez-moi, vous en entendrez parler jusqu'à la fin de mes jours !
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— C'est bon, Loz. Tu peux fermer !
Levant son pouce, Loz ferme le robinet extérieur auquel est rattaché le tuyau que Sephiroth sort de la piscine. Sur la pointe des pieds, Kadaj a déjà plongé les deux bras dans celle-ci et a le regard qui pétille. Yazoo, lui, leur ramène des serviettes qu'il pose sur la petite table qu'ils ont installée là et sur laquelle patiente déjà de la crème solaire.
Déposant une glacière pleine de rafraîchissements au pied de celle-ci, Angeal tape dans ses mains.
— Voilà, avec ça, vous êtes parés pour la baignade !
Puis il fait signe à Sephiroth d'approcher et s'éloigne en sa compagnie. Comme son compagnon arque un sourcil en signe d'interrogation, Angeal lui attrape doucement le coude. Se racle la gorge et jette un regard aux trois jeunes, avant de lui murmurer :
— Vu qu'on n'a rien à faire pour le moment, tu voudrais pas me… ?
Et à Sephiroth de cligner des yeux, avant de laisse entendre un bruit de gorge amusé.
— Pourquoi pas ?
— Enfin, si tu veux aussi…
— Non, c'est bon, ajoute Sephiroth en poussant Angeal d'une main dans le dos. Mais il faut que je passe un coup de fil avant. (Puis il lance à l'intention de Yazoo et de ses frères :) On vous laisse. Évitez de faire trop de bruit, d'accord ? Je n'ai aucune envie d'entendre Genesis se plaindre toutes les deux minutes.
Les regardant s'éclipser, Yazoo se passe une main dans les cheveux. Puis il porte son regard en direction de ses frères qui, déjà, sont en train de se débarrasser de leurs vêtements qu'ils jettent dans l'herbe. Loz fait d'ailleurs mine de monter dans la piscine, quand Yazoo leur dit :
— Mettez de la crème solaire avant d'aller dans l'eau.
— Rah, mais on s'en fout ! réplique Kadaj. On est déjà à moitié à poil toute l'année, de toute façon.
— Pas une raison pour ne pas prendre certaines précautions quand tout ce que vous portez sur vous se résume à un caleçon. Allez !
Et tout en ignorant les grommellements de Kadaj, il récupère la crème qui trône sur la table et la jette à Loz. Puis il attrape le bas de son t-shirt et va pour l'ôter, avant de suspendre son geste. Levant le regard en direction des fenêtres de Genesis, où il est persuadé que le Banoran est retourné se planter, il hésite.
D'un côté, il se sent un peu nerveux à l'idée que celui-ci puisse être en train de l'observer. Ce n'est pas la première fois que Genesis le verra aussi peu vêtu, mais… avec les récents évènements, l'attention qui va être portée sur son corps ne sera plus aussi innocente.
Cela étant, il ressent également une forme d'excitation face à l'expérience. Savoir que son corps est capable d'éveiller l'intérêt d'un autre est incroyablement flatteur et, en cet instant, son insécurité s'est faite beaucoup moins audible, remplacée par une espèce d'euphorie triomphante qui lui fait un goût bizarre dans la bouche.
Bon… allons-y.
S'avançant de quelques pas, pour être certain d'offrir la meilleure vue possible, il prend une inspiration, avant de se tourner vers la façade. Ses joues le chauffent, mais il n'y prête pas attention. Pas davantage aux légers tremblements qui se sont emparés de ses mains quand celles-ci reviennent saisir le bas de t-shirt…
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— C'est pas vrai… mais qu'est-ce qu'il a encore été m'inventer ?
Le front écrasé contre sa fenêtre, Genesis ne parvient pas à lâcher Yazoo des yeux. À présent seulement vêtu d'un caleçon sombre, celui-ci a entrepris de se passer de la crème sur le corps – son regard venant fréquemment se perdre jusqu'à lui, comme s'il était parfaitement conscient de sa présence.
Est-ce que ça l'amuse d'essayer de me rendre dingue ?
Certes, Yazoo possède un corps relativement maigre, mais… il a des jambes qui n'en finissent pas, une silhouette élancée et surtout, ce visage… ces yeux… même à cette distance, il peut percevoir à quel point ceux-ci sont envoûteurs.
Celui-là, d'ici peu, il risque clairement de faire des ravages…
À condition, bien sûr, qu'il parvienne à sortir de son isolement. Ce qui est encore une autre histoire.
Mais sans ce problème, je ne serais pas dans cette situation.
Planté là, bêtement, à dévorer du regard un gamin de dix-huit ans qui semble décidé à lui en faire baver.
Dommage pour lui, je ne compte pas craquer aussi facilement !
Propos qui seraient sans doute un peu plus convaincants s'il avait été capable de quitter son poste d'observation à cet instant…
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— Yaz', attrape !
Perdu dans ses pensées, l'interpellé ne voit pas arriver le ballon gonflable que lui jette Loz et le reçoit donc en pleine tête. Loz pousse un hoquet, tandis que Kadaj explose de rire. Yazoo, lui, rattrape le ballon d'une main, tandis que l'autre vient frotter son nez à présent douloureux.
— Désolé, lui dit Loz en s'approchant, l'air penaud. Je voulais pas te faire mal.
— C'est pas grave, lui répond son frère en lui renvoyant l'objet.
Avant de lever les yeux en direction des fenêtres de Genesis – derrière lesquelles il devine une silhouette. Il n'est toutefois pas certain d'offrir encore un spectacle très intéressant et ne serait donc pas surpris que le Banoran quitte prochainement son poste d'observation.
Il faut dire aussi qu'il n'a aucune expérience en ce qui concerne ce genre de chose. Devoir titiller l'excitation d'un autre, ça ne lui est encore jamais arrivé. Et en dehors de sa séance d'effeuillage – qu'il n'est même pas certain d'être parvenu à rendre très aguichante –, il n'a rien trouvé d'autre qui serait susceptible d'alimenter l'intérêt de Genesis.
À croire que je ne suis encore qu'un gosse, c'est déprimant…
Son regard se porte en direction de ses frères, qui ont entrepris de se jeter le ballon et font à présent un vacarme monstre. Un soupir lui échappe et il s'enfonce dans l'eau jusqu'au menton. Et tapis dans un coin, son insécurité qui le guette, déjà prête à l'engloutir à nouveau sous ses ténèbres.
Le problème est qu'il a vraiment du mal à voir ce qu'il pourrait avoir d'attirant pour quelqu'un comme Genesis qui, après tout, a une longue liste d'aventures derrière lui.
Peut-être que si j'étais un peu plus musclé…
Oui, peut-être que si son corps était davantage développé, sans doute pourrait-il considérer qu'il a des arguments susceptibles d'attirer le regard d'autrui, mais dans ces conditions…
Je suis encore loin de grand frère.
Songeant cela, il ressort de l'eau jusqu'à la moitié du buste et plie son bras; observe d'un œil critique ses muscles se tendre à ce simple geste, la courbe de son épaule, la rondeur de son biceps et puis…
— Qu'est-ce que tu fous à reluquer tes petits muscles ?
Laissant retomber son bras dans l'eau, Yazoo adresse un regard ennuyé à Kadaj qui, le ballon entre ses mains, le fixe avec un air narquois.
— Quand on est taillé comme une crevette, rétorque-t-il. On évite de se moquer des autres.
— Pfff ! Mais moi, je suis plus jeune que toi ! Alors que quand j'aurai ton âge, c'est sûr…
Laissant tomber le ballon dans l'eau, c'est à son tour de plier le bras et de lui dévoiler ses muscles secs, encore en plein épanouissement. Yazoo émet un bruit de gorge moqueur.
— Impressionnant !
Et à Kadaj de lui décocher un regard agacé, avant de répondre :
— Ouais, bin, d'ici quelques années je serai grand et costaud comme grand frère !
— On a de l'espoir, à ce que je vois…
Laissant entendre son rire, Loz a récupéré leur ballon et l'envoie en l'air; le rattrapant encore et encore. Gold, qui est venu se perdre du côté de leur piscine, se dresse sur ses pattes arrière face à ce spectacle et se met à aboyer, espérant qu'on lui jettera l'objet.
— Tu verras ce que j'te dis, rétorque Kadaj. Ma croissance va reprendre d'un coup et vous tous, là, vous allez pas en croire vos yeux !
— Alors ça veut dire que ton haricot aussi va grandir d'un coup ? questionne Loz, en rattrapant une ultime fois le ballon, pour le garder entre ses mains.
Yazoo laisse entendre un éclat de rire, tandis que Kadaj se retourne vivement vers leur frère, outré et le rouge aux joues.
— Mais arrête avec ça ! Il est pas si petit !
— Ben, fait Loz en haussant les épaules. Quand même !
— N'importe quoi ! C'est juste toi qu'es pas formé normalement et…
— Non mais sérieusement, leur lance Yazoo entre deux gloussements. Ça vous arrive souvent de comparer la taille de votre engin ?
Les pattes avant posées contre la piscine, Gold laisse entendre un gémissement, la truffe toujours levée en direction de Loz. Celui-ci, qui se penche pour venir le caresser, explique :
— C'est lui qui m'a demandé la dernière fois.
— Parce que Todd a pas voulu ! précise Kadaj, toujours hérissé.
— Parce qu'en plus, t'as été demander ça à Todd ?!
Yazoo laisse de nouveau entendre son rire, s'attirant le regard plus qu'agacé de son frère.
— Haha, c'est ça, fous-toi de ma gueule. En attendant, j'suis sûr que la tienne non plus, y a pas de quoi s'en vanter !
— Ooooh, tu serais surpris.
— Pff, c'est ça !
Un bras à présent appuyé contre le bord de la piscine, Yazoo échange un regard amusé avec Loz.
— On peut aller comparer, si tu veux… mais ne viens pas te plaindre après. (Et levant une main, il ajoute :) Surtout que tu sais ce qu'on dit, non ?
Sur la défensive, Kadaj étrécit les yeux.
— Quoi ?
Et au sourire de Yazoo de se faire malin. Étirant les bras au-dessus de sa tête, les mains jointes, il répond :
— Que ce genre de chose… c'est proportionnel à votre taille.
— C'est ça, à d'autres !
— Tu as vraiment envie qu'on aille vérifier ça, on dirait…
Loz émet un reniflement amusé. Soutenant le regard de plus en plus hostile de Kadaj, mais au fond duquel il peut à présent lire une lueur de doute, Yazoo reprend :
— Moi je suis grand… (Un toussotement lui échappe.) Dans tous les sens du terme. Et Loz possède les muscles. On dirait bien qu'il ne reste plus grand-chose pour Kadaj !
Là-dessus, il porte les yeux vers Loz, imité en cela par Kadaj. Leur frère, après un regard pour son épaule droite, plie son bras, faisant aussitôt se gonfler ses muscles déjà impressionnants pour son âge. Un sourire en coin vient étirer ses lèvres et, tout en posant une main sur son biceps tendu, il se tourne vers Kadaj avec une expression de fierté narquoise.
Et à ce dernier de se hérisser de toute part et d'exploser :
— 'tain vous me faites chier ! Vous êtes vraiment trop cons, tous les deux !
Et tandis qu'il continue de pester et de s'énerver, sortant par la même de la piscine, Loz et Yazoo explosent de rire.
