Camarades !
Dans ce chapitre il y a du fluff, de la neige et aussi mon pire cauchemar : un centre commercial. *frissonne*
Bonne lecture !
17 décembre
Victor déglutit quand il découvrit l'endroit où Ruby comptait lui faire passer la matinée. Un centre commercial. En plein mois de décembre. Il se tourna vers elle en lui jetant un coup d'oeil inquiet. Avait-elle perdu la tête ? Elle souriait tout en sautillant sur place.
« Ça va être génial, on va bien s'amuser.
- Je crois que nous n'avons pas la même définition de « s'amuser » Ruby…
- Ne fait pas ta mauvaise tête, on en aura que pour quelques heures. Je te promets qu'on rentrera à temps pour ton rendez-vous de cet après-midi.
- Ce n'est pas ce qui m'inquiète le plus pour le moment... »
Il aurait préféré qu'on lui arrache le bras plutôt que de traîner dans un centre commercial. Il ne comprenait pas comment on pouvait volontairement choisir de passer ne serait-ce qu'une heure de son temps dans un lieu pareil. Certes l'hôpital était toujours bondé et un lieu de stress mais c'était un lieu dans lequel il se sentait à l'aise dans lequel il avait au moins un minimum de contrôle. Là c'était une toute autre histoire.
« Je dois terminer mes achats de Noël. J'ai besoin de toi pour m'aider à trouver le cadeau parfait pour Dorothy. »
Bien qu'il lui en voulait un peu de le traîner dans un lieu pareil, il était touché qu'elle l'aie choisit, alors qu'il devait bien être la dernière personne à pouvoir lui donner ce genre de conseil. Ça faisait des années qu'il n'offrait ou ne recevait presque rien. Hormis pour Ruby, il n'offrait plus de cadeaux de Noël, il ne participait même pas au Secret Santa organisé au sein de l'hôpital. Il offrait parfois une carte de vœux à Mr Hyde et Mary et il arrivait qu'un de ses jeunes patients ne lui offre un petit cadeau comme un dessin mais il y avait longtemps qu'il ne s'était plus posé la question de ce qu'il offrirait à Noël aux autres. Mais cette année serait différente. En plus de Ruby, il allait devoir trouver quelque chose pour Dorothy, Granny, peut-être Belle qu'il appréciait beaucoup, mais aussi Jefferson et Grace. Ruby le prit par le bras.
« Allez, tu vas voir, tu vas passer un bon moment et on pourra faire quelques pauses. Il n'y a pas encore trop de monde. »
Effectivement le parking n'était pas encore trop bondé et quand il pénétrèrent à l'intérieur du centre, la foule n'était pas trop compacte. Ruby le traîna vers une petite boutique de vêtements dans laquelle elle se dirigea directement vers un portique présentant des pulls de Noël avec un grand sourire.
« Belle m'a fait promettre de lui trouver un pull pour Gold, son mari, comme elle n'a pas pu se libérer. Ça serait encore plus drôle si je leur trouvais des pulls assortis... »
Amusé et bien qu'il n'aie jamais rencontré ce Gold, Victor entreprit de l'aider dans sa recherche du pull parfait. Leurs choix se tournèrent vers les plus originaux et kitsch possibles. Ils étaient en train d'hésiter entre un modèle avec une multitude de petits pompons blancs, censés représenter de la neige et avec un motif de Père Noël à lunettes de soleil, ou un en apparence plus sobre avec des étoiles et des rennes quand un vendeur s'approcha d'eux et leur demanda poliment si ils avaient besoin d'aide.
« On hésite entre ces deux modèles…
- Tout dépend de qui à qui vous comptez l'offrir.
- C'est pour offrir à une réincarnation de Scrooge.
- Hum… je vous dirigerais bien vers des modèles plus… sobres mais personnellement je vous conseillerais celui ci – fit-il en attrapant un modèle qu'ils n'avaient pas vu, représentant Rudolph. Il appuya sur le nez et celui-ci s'illumina et une mélodie se déclencha – parfait pour les plus grincheux.
- Oh mais c'est génial ! J'imagine déjà sa tête ! »
Elle échangea un regard complice avec le vendeur qui lui donna la taille demandée puis elle se pencha vers lui pour lui murmurer quelque chose que Victor ne put entendre. Le vendeur sourit l'air ravi et les laissa continuer leurs achats en leur adressant un petit clin d'œil.
« Qu'est-ce que tu lui as demandé ?
- Trois fois rien. Une surprise. Tu verras en temps voulu. Bon, je vais payer et ensuite on continue notre mission « cadeaux de Noël ». On a encore du pain sur la planche. »
Ils firent le tour de plusieurs magasins, où Victor trouva une compilation des Andrews Sisters pour Granny, tandis que Ruby était toujours à la recherche du cadeau parfait pour Dorothy.
« Il faut que ce soit parfait. L'année dernière elle m'a offert une figurine en cristal représentant un loup. Je dois me surpasser cette année.
- Ne t'inquiète pas. Quoi que tu lui offres ça sera parfait parce que ça vient de toi.
- Je sais, mais j'ai tout de même envie que ce soit parfait. Tu as une idée toi ?
- Je ne la connais pas encore très bien. Mis à part toi et le vélo, qu'est-ce qu'elle aime ?
- Les randonnées, s'occuper des animaux, les tartes au potiron…
- Tu ne m'aides pas beaucoup tu sais ? »
Ruby lui tira la langue avant de continuer la liste de tout ce que que sa petite-amie aimait ou pas. Après avoir cherché dans trois autres boutiques, Ruby n'avait toujours rien trouvé. Après une pause dans un café, Ruby décréta qu'elle allait faire ses achats seule.
« Je dois aussi te trouver un cadeau. On se retrouve devant ma voiture d'ici une heure et demi ? »
Elle le laissa seul à sa plus grande horreur. Il n'avait presque rien trouvé, hormis pour Granny et Belle. Le problème c'est qu'il n'aimait pas vraiment ce qu'on pouvait trouver dans les boutiques et qu'il craignait d'offrir quelque chose de trop impersonnel en allant dans les grandes surfaces mais après une bonne heure de recherche, finit par trouver quelque chose pour Dorothy et Ruby. Mais il n'avait toujours rien trouvé pour Jefferson et Grace. Il voulait quelque chose de spécial, d'unique et quelque chose lui disait que Jefferson n'était pas du genre à préférer chiner dans des friperies ou des boutiques artisanales plutôt que dans des centres commerciaux, comme lui. Quant à Grace, il se sentait encore plus perdu. Il n'avait aucune idée de ce qui pouvait faire plaisir à une jeune fille de treize ans. Elle était trop grande pour des jouets et il n'avait pas l'impression qu'elle s'intéressait aux choses comme la mode ou la musique. Il avait songé à des livres mais il ignorait ceux qu'elle avait déjà lu ni ce qu'elle aimait lire en général.
Quand il rejoignit Ruby devant sa voiture, celle-ci exultait de joie, bien qu'elle n'ai rien déniché pour Dorothy.
« Je finirais bien par trouver. Et toi ?
- Rien du tout. Enfin si, mais je veux dire que je n'ai rien pour Jefferson et Grace.
- On trouvera, ne t'en fait pas. Tu sais, je pensais, on peut aussi aller faire un tour dans la boutique d'antiquités de Gold, il a toutes sortes de choses chez lui, un vrai bric à brac mais qui sait, on trouvera peut-être ce qu'on cherchait. Et en parlant de Gold, j'ai hâte de rentrer pour donner le pull à Belle, j'ai hâte de voir sa tête quand il découvrira sa surprise !
- Je ne suis pas sûr qu'il te laissera entrer dans sa boutique après ça.
- Qu'il essaye de m'en empêcher pour voir ! Allez, dépêchons nous, il ne faudrait pas que tu rates ton rendez-vous. »
oOo
Le message que lui avait envoyé Jefferson dans la matinée avait piqué sa curiosité. Il lui donnait rendez-vous sur le « pont des trolls » et lui recommandait de venir habillé chaudement et confortablement et quand il avait demandé à Ruby comment se rendre sur ce pont et ce qu'il pouvait bien dire, elle lui avait dit en riant qu'il comptait peut-être faire du saut à l'élastique avant de lui donner les instructions pour s'y rendre.
Jefferson était déjà là, adossé contre la barrière, un gros sac à ses pieds, fixant l'horizon pour se donner un air détaché, mais il ne pouvait pas s'empêcher de tourner la tête pour guetter son arrivée. Quand il le reconnu au loin, il fit un gros effort pour ne pas venir le rejoindre en courant, même si il ne pu s'empêcher de venir le prendre dans ses bras quand il arriva enfin en face de lui et de l'embrasser en guise de bonjour.
« Ça me fait tellement plaisir que tu sois venu, j'avais peur que Ruby ne te retienne ou que tu ne te perdes…
- Je t'avais promis, tu t'en souviens ?
- Je sais mais j'ai quand même eu peur que tu ne te désistes au dernier moment.
- Je ne te ferai jamais ça, je te le promets. Alors, qu'est-ce que tu as prévu ? »
Il désigna d'un signe de tête le gros sac aux pieds de Jefferson.
« C'est une surprise. Suis-moi, je suis sûr que ça va te plaire – il pris la main de Jefferson et l'entraîna de l'autre côté du pont – et sinon comment s'est passé ta matinée ?
- Ruby m'a emmené dans un centre commercial, mais je suis vivant, ce n'était donc pas si terrible.
- Elle a osé ? Ma parole entre elle et ma fille, j'ai l'impression qu'elles se sont liguées pour te rendre fou mon pauvre Victor.
- Si c'est vrai je ne trouve pas ça très drôle…
- Allez, avoue que tu as aimé les films !
- Je ne dis pas le contraire. Et toi ? Comment va Grace ?
- Rien de spécial, enfin j'ai juste été préparer notre sortie. Elle va beaucoup mieux, je l'ai conduite à la bibliothèque pour qu'elle rattrape son retard avec ses devoirs, Belle pourra l'aider et la surveiller en même temps. »
La neige craquait sous leurs pas et plus ils s'enfonçaient dans la forêt, plus Victor se demandait dans quoi Jefferson allait l'embarquer. Ce n'est qu'au bout d'une petite demi-heure de marche qu'ils s'arrêtèrent enfin et Victor s'immobilisa en découvrant ce que Jefferson lui faisait découvrir. En face de lui se trouvait un petit lac, gelé, dont la surface miroitait sous les rayons du soleil.
« C'est superbe !
- Content que ça te plaise. Et j'espère que tu aimes patiner.
- Pardon ?
- C'est ce qu'on va faire. Peu de personnes s'aventurent ici, on sera tranquilles.
- Tu es sûr que la glace est assez épaisse ? Et puis pour tout t'avouer, je ne sais pas patiner.
- Ne t'en fait pas, je m'en suis assuré avant. Et ce n'est pas grave, je vais t'apprendre. »
Bien que peu rassuré, Victor se laissa entraîner et enfila les patins que Jefferson lui avait trouvés. Au moins il avait une excuse pour ne pas le lâcher avant un moment.
Quand il posa un pied sur la glace, il ferma les yeux, s'attendant à ce qu'elle ne craque sous son poids mais rien ne se produisit, pas plus que quand ils se retrouvèrent tous les deux sur la surface gelée.
« Tu me fais confiance ?
- Bien sûr.
- Alors laisse toi faire. »
Jefferson le poussa doucement et le fit glisser sans lui lâcher la main, lui montrant comment se tenir pour ne pas perdre l'équilibre. Ils firent quelques tours de lac avant que Jefferson ne décide de le lâcher, un peu à regret.
« Voilà, plie très légèrement les genoux. A trois je te lâche, d'accord ?
- Non ! Je vais tomber !
- Pas si tu suis mes conseils, même si tu seras obligé au début , c'est normal. Allez, un… deux… trois... »
Jefferson se détacha de lui tout en restant à proximité pour le rattraper. Il du faire un effort considérable pour ne pas éclater de rire en voyant Victor écarter les bras en grand en tentant de garder l'équilibre et effectuer des petits pas comme si ils était empêtré dans de la glu.
« Il faut que tu te laisses glisser, là on dirait que tu marches sur une grille de métro avec des talons…
- Mais c'est ce que je fais !
- Pas du tout, tu n'arriveras à rien comme ça, regarde... »
Jefferson s'éloigna un peu plus pour lui faire une petite démonstration, avançant vers le centre du lac. Victor lui jeta un regard paniqué.
« Non, attends, tu vas trop vite… »
Il voulu le rejoindre mais s'emmêla les pieds avec sa démarche et tomba en avant.
« Je te l'avais bien dit – fit Jefferson en revenant vers lui pour l'aider – laisse moi te montrer encore une fois. »
Petit à petit, Victor se sentit plus à l'aise même si il tomba encore deux fois et qu'il semblait chercher tous les prétextes pour s'accrocher à Jefferson. Il commençait à vraiment apprécier l'activité quand il s'aventura plus au centre, où Jefferson s'amusait à exécuter quelques pirouettes. Sauf que bien trop captivé par les mouvements de ce dernier, il oublia de faire attention à son équilibre et se retrouva une nouvelle fois les fesses sur la glace. Jefferson voulut l'aider mais glissa également en le tirant vers lui et ils se retrouvèrent l'un sur l'autre, étalés sur la glace.
« Pourquoi tu ris ? – demanda Victor, qui bien que très content d'être allongé près de Jefferson, ne pouvait s'empêcher de craindre que la glace ne craque.
- Ça me fait penser à Bambi qui découvre la neige et la glace.
- Sérieusement ?
- Oui, tu me fais penser à lui comme ça. C'est un compliment, ne fait pas cette tête, il est mignon Bambi !
- Ce n'est pas ça… je me demande juste si la glace ne risque pas de se briser avec toutes nos chutes.
- Ne t'inquiète pas, la glace a toujours été très solide ici. Si on ne pouvait pas patiner il y aurait eu des indications. Allez, relève toi Bambi, ce n'est pas terminé ! »
Il déposa un baiser sur son nez avant de se remettre debout et de continuer à aider Victor à patiner. Voyant qu'il semblait plus rassuré quand il lui tenait la main, il ne la lâcha plus une seule seconde, jusqu'à ce qu'ils décident de prendre une pause.
« Alors, tu vois que ce n'étais pas si terrible.
- Je n'ai jamais dit le contraire, j'ai vraiment aimé, mais je ne pense pas arriver un jour à ton niveau.
- N'exagère pas, je me débrouille juste un peu. »
Ils s'étaient installés sur un tronc d'arbre couché tout en dégustant un café que Jefferson avait apporté dans un thermos.
« Il n'y avait pas de patinoires à Boston, comme celle du Rockfeller Center à New York ?
- Si, mais je n'y suis jamais allé.
- J'ai l'impression que tu ne fais pas grand-chose à New York à part travailler.
- Tu n'as pas tord. Je… pendant mes années d'études mon frère essayait de me faire sortir le nez de mes bouquins mais il devait bien être le seul à réussir à le faire.
- Je ne savais pas que tu avais un frère.
- Il n'est plus là. Il était militaire.
- Oh… je suis désolé.
- Il s'est engagé très jeune, il est partit en Irak pendant quelques années mais… ce n'est pas là-bas qu'il… enfin il est revenu après la guerre, il en avait assez vu. »
Comprenant que Victor ne souhaitait pas entrer dans les détails pour le moment, Jefferson ne posa pas plus de questions, mais passa un bras autour se sa taille et l'attira contre lui pour le réconforter. Apparemment Victor avait été plus seul qu'il ne l'avait pensé.
« On peut rentrer si tu veux…
- Non, j'ai envie de rester encore avec toi, même si je ne suis pas sûr d'avoir encore envie de retourner sur la glace.
- Comme tu voudras Bambi. »
Le surnom eu le mérite de sortir Victor de ses pensées et de lui arracher une moue boudeuse. Il se baissa, ramassa une poignée de neige et la lança à la figure de Jefferson.
« Ah c'est comme ça, tu vas voir Bambi !
- Arrête de m'appeler comme ça ! »
Mais Jefferson l'ignora et lui lança à son tour de la neige. Ils posèrent aussitôt leurs tasses et se lancèrent dans une bataille de boule de neige. Ils avaient heureusement penser à retirer leurs patins et c'était avec plaisir que Victor foulait le sol recouvert de neige sous ses bottes. Si Jefferson avait l'avantage de mieux connaître les alentours et de potentielles cachettes, Victor lui se montrait plus stratégique en confectionnant d'avance des boules de neige pour éviter de tomber à court de munitions. Il bombarda sans pitié Jefferson qui finit par aller trouver refuge derrière un arbre pour se protéger des assauts féroces de Victor.
« Je te déclare vainqueur ! – fit-il au bout d'un moment, dépassé par la tournure qu'avait pris cette bataille – bon sang, je ne pensais pas que tu serais aussi impitoyable !
- Il faut croire qu'avoir eu un père et un frère dans l'armée ça aide... »
Jefferson roula des yeux, avant de le rejoindre.
« Bon tu as gagné, je ne t'appellerais plus Bambi. Pour la peine c'est toi qui décide de ce qu'on va faire maintenant.
- Je crois que j'ai envie de rester dans tes bras pour le moment. »
Il n'avait aucune envie de le quitter tout court et voulait retrouver la chaleur de son étreinte. Il y avait si longtemps qu'il ne s'était pas amusé de la sorte et malgré les taquineries de Jefferson, il était en train de passer un merveilleux moment dont il était sûr qu'il ne l'oublierais jamais. Il était trempé de neige, tremblait un peu à cause du froid et avait sûrement des bleus partout à cause de ses chutes mais tout ça en valait la peine parce qu'il était avec Jefferson et à mesure qu'il passait du temps avec lui, qu'il le tenait dans ses bras de cette façon, il se sentait tomber de plus en plus amoureux de lui. Et c'était formidable.
