Jour 13
oOo
Jaime hésite avant de frapper à la porte de la chambre de Cersei. Il sait qu'elle ne dort pas, la lumière est encore allumée, il prend une grande inspiration avant de se décider.
« Oui ? »
Sa lampe de chevet diffuse une douce lumière dans la pièce. Elle brosse ses longs cheveux devant sa coiffeuse. Presque par réflexe, elle les rabat devant sa joue, ça l'attriste énormément, Tyrion et lui ne lui ont-ils pas longuement répété qu'ils se moquaient de sa cicatrice ?
« Je dérange ? »
« Non, c'est bon. »
Elle est nerveuse. Il essaye de ne pas penser à la dernière fois qu'ils se sont retrouvés seuls dans cette chambre, la dernière fois qu'ils ont basculé sur le lit en riant, quelques jours à peine avant le départ de Cersei.
« Nous n'avons pas encore parlé de Robert. »
La curiosité le bouffe depuis trois ans, Cersei ne lui a fourni aucune explication quand elle l'a laissé tomber, il veut savoir, il a besoin de savoir, ou il en deviendra fou. Elle se tord les mains et s'assoit en tailleur sur son lit.
« Que veux-tu savoir ? »
« Ce que tu as bien pu lui trouver, pour commencer. »
Il s'oblige à ne pas se montrer cassant et s'assoit sur le bord du lit pour regarder Cersei dans les yeux – elle ne peut soutenir son regard plus de quelques secondes.
« Il était riche. Il était puissant. Je savais que j'aurais une situation confortable avec lui. C'est tout. »
Une pierre lui tombe dans l'estomac. Cersei n'était pas amoureuse de Robert - peut-être qu'une part de lui le savait, au fond, mais ça fait du bien de l'entendre. Ça fait mal, aussi.
« Notre amour n'était donc pas suffisant pour toi ? »
La douleur déforme sa voix.
« Je pensais qu'il n'avait pas d'avenir, » avoue t-elle dans un souffle. « Je pensais que nous serions obligés de nous séparer un jour ou l'autre alors j'ai... j'ai précipité les choses... »
La déception vient se mélanger à la colère.
« Moi, je croyais en notre amour. Nous aurions trouvé une solution. »
Les mots ont la saveur amère des regrets.
« Je sais, » dit Cersei en reniflant. « Je sais... »
« Les bleus sur tes bras... c'était la première fois ? »
Son silence est la plus éloquente des réponses et Jaime songe que si Robert n'était pas derrière les barreaux en ce moment, il le tuerait de ses propres mains.
Sans prévenir, Cersei fond en larmes et se serre contre lui. Il est incapable de ne pas lui rendre son étreinte.
« J'ai voulu revenir, » pleure t-elle. « J'ai voulu revenir dès l'instant où il a posé les mains sur moi mais j'étais bien trop fière. Oh, Jaime... je n'aurais jamais dû partir... »
Les larmes de Jaime rejoignent celles de sa jumelle. Tout doucement, sans la lâcher, il s'allonge et l'entraine avec elle. Cersei enfouit le visage dans son cou, il caresse doucement ses boucles dorées.
« C'est fini, maintenant. Il ne pourra plus jamais te faire de mal. »
Au bout d'une dizaine de minutes, il s'aperçoit que Cersei s'est endormie et n'ose pas bouger pour ne pas la réveiller.
Lorsque ses paupières deviennent lourdes et que lui aussi ferme les yeux, il a la curieuse sensation d'être rentré à la maison.
