*CHATEAU DE CŒUR-DE-ROCHE*
MARKARTH
LA CREVASSE
BORDECIEL
Tala attrapa une robe et l'enroula autour d'elle alors que la porte se fermait, les rires devenant de plus en plus faibles tandis que les pieds nus couraient dans les couloirs de pierre. De la fureur et de la colère transparaissaient dans son regard pendant qu'elle se tournait pour faire face au miroir de laiton poli.
Qu'est-ce que c'était que ça ?
Les yeux devinrent bleus dans le reflet du miroir et la silhouette dans celui-ci se transforma pour refléter le visage et le corps de la Reine-Louve elle-même.
Qui, Rhiada ? Oh, chérie, cette fille cherchait désespérément de l'amour, elle était débordante de gratitude et de problèmes d'abandon profondément enracinés. Quant à cette fille, Blancrin, que puis-je dire ? La porte était ouverte et elle passait par là… et une esclave vampirique est toujours bonne pour épicer un plan à trois.
Oh, mon Dieu, arrête s'il te plait. Je ne veux pas m'en souvenir je ne veux pas m'en souvenir. Je… Je ne suis même pas gay !
Potéma haussa un sourcil, confuse.
Ton monde est vraiment étrange. Deux personnes sont attirées l'une par l'autre et prennent du plaisir. Pourquoi est-ce qu'il devrait y avoir un mot pour cela ? Et ne pense pas que je n'ai pas remarqué comment tu regardais Sérana…
Tala enfilait sa tunique, mais se retourna vers le miroir, les yeux écarquillés.
Qu-qu-quoi ?
Oh, aller, une Fille de Havreglace ? Ma fille, elle a baisé avec Molag Bal lui-même pour acquérir ses pouvoirs et cette apparence. Par les Daedra, ces pommettes…
ASSEZ ! Juste… juste… ARRETE de dormir avec tout le monde à Markarth ! AVEC MON CORPS !
Tu as besoin de dormir, pas moi ! Et ça devient très ennuyeux de te regarder t'allonger là pendant des heures. J'ai juste… pris ton corps pour faire une virée… c'est tout. Pour être tout à fait honnête, je n'avais pas l'intention de ramener qui que ce soit au lit quand je suis partie d'ici.
Nous sommes d'accord que tu étais en train d'aller travailler avec Nestor sur le Musée Dwemer !
L'expression de Potéma passa de la moue à la suffisance.
Et nous avons fait de grands pas dans cette direction : ces balistes de poche seront bientôt remises à nos troupes, aussitôt que les forgerons pourront les faire. Mais tout ce travail sans un peu d'amusement est très ennuyeux, chère Tala. En plus, cela fait… combien de temps depuis que cet enfant idiot… Micheal, il s'appelait ?
Je ne… je ne veux plus parler de ça.
Chérie, s'abstenir aussi longtemps rendrait une fille de votre âge aveugle ou folle. Peut-être les deux.
OH MON DIEU, arrête de parler, s'il te plaît.
Tala ouvrit la porte et émergea des quartiers royaux en bouclant sa ceinture. Icando se tenait à une distance respectueuse dans le couloir, son armure remplacée par une très élégante robe d'état.
Oh, merde, il n'y a aucune chance qu'il n'ait PAS vu les deux femmes à moitiés nues sortir en courant de ma chambre.
Aucune chance du tout.
« Votre majesté, » la salua Icando dans une légère révérence, marchant à ses côtés alors qu'elle le dépassait. « Logrolf l'Obstiné a été amené à Markarth par le Chef Griffe-de-deuil du Rocher de la Mégère, comme demandé. »
Aaah… Il est temps.
« Très bien, » dit Tala à haute voix. « Amenez-le au Château. J'ai des plans spéciaux pour lui. »
« Comme le souhaite votre Majesté. »
« Et enlevez ce sourire narquois de votre visage. »
« Je suis sûr de ne pas savoir de quoi parle votre Majesté. »
Icando haussa un sourcil avec un regard interrogateur.
« Si je puis me le permettre… que prévoit de faire votre Majesté avec un vieil ermite ? »
« Il a trahit Molag Bal, » expliqua brièvement Tala. « J'ai l'intention de le lui rendre. »
Ses deux sourcils étaient haussés cette fois, et le Dunmer cligna des yeux avant de continuer.
« Ma dame, en tant que votre Main, tout ce que je vous demande, c'est de ne pas prendre trop de temps. L'émissaire de Lenclume vous attendra cet après-midi, ainsi que ceux de Taillemont. Des messagers de Jehanna et Fharun sont également arrivés. »
« Et d'innombrables dolents sont déjà massés dans les salles d'attente du Château, » ajouta Sérana, qui avait rejoint le duo au détour d'un couloir.
« Des lèches-bottes plutôt, » grogna Tala.
« Le poids de la couronne, votre Majesté, » sourit Icando.
La souveraine se tourna vers la vampire à la robe rouge à sa gauche.
« Sérana, avez-vous besoin de travail ? »
La femme sourit et secoua la tête.
« Non, merci. Chercheuse Assistante du Musée Dwemer me convient très bien. Il y a quelques autres tomes que j'ai trouvé que je souhaite étudier aujourd'hui de toute façon. Il pourrait y en avoir plus sur ce… Parchemin des Anciens que je porte depuis… trop longtemps. »
« Vous ne voulez pas venir avec nous au Sanctuaire ? »
Sérana s'arrêta à la question de Potéma, le ton de sa voix devint froid.
« J'ai vu assez de Molag Bal pour des milliers de vies. Je ne serai plus jamais en présence du Père Sombre, si ce n'est contre ma volonté. »
Comme la dernière fois, était la fin tacite de la phrase.
Tala acquiesça et la vampiresse s'en alla, disparaissant dans un des autres couloirs sans fin du Château. Elle se tourna vers sa Main, ses yeux virèrent au bleu glacial.
« Icando… cet… autre sujet ? »
Il se rapprocha et sa voix s'abaissa.
« Tous les Nordiques enterrés dans la Nécropole veillent sur votre linceul et vos os, ma reine. Personne ne mettra un pied dans cet endroit sans que nous le sachions. »
Potéma hocha la tête et tapota l'épaule du Dunmer.
« Nos remerciements, brave Rune-Damnée. »
Le duo émergea dans la pièce principale du Château de Cœur-de-Roche, où un groupe de soldats se tenaient autour d'un vieil homme vêtu d'une robe, ses mains étaient attachées derrière son dos.
« S'il vous plait, noble dame, » supplia-t-il alors qu'ils approchaient. « Je ne suis qu'un humble voyageur, qui se dirigeait vers Solitude pour rendre visite à mes petits-enfants, quand ces… messieurs… »
« Je SAIS qui vous êtes, Logrolf l'Obstiné, » le coupa Tala avec un ton venimeux. « Et je sais ce que vous avez fait. »
Le choque et la panique traversèrent le visage de l'homme.
« Qu-quo-Quoi ? Je ne… Je ne… »
« Le Seigneur de la Domination ne peut pas être si facilement rejeté, vieil homme. »
Désormais, la peur se lisait dans ses yeux et il se leva involontairement, reculant d'horreur. Deux des Parjures le saisirent pour le remettre à genou.
« Non ! Vous NE POUVEZ PAS ! »
« Bâillonnez-LE ! Et emmenez-le ! »
Une capuche fut placée sur la tête du vieux, atténuant les cris de panique et les suppliques de celui-ci. Le groupe traça son chemin jusqu'aux portes, dans la ville de Markarth.
Mon dieu, c'était plus simple dans le jeu quand il n'y avait qu'une rue principale à Markarth.
Je t'en prie. Tu n'aurais même pas pu faire entrer cinquante personnes dans la piètre représentation de Markarth de ce… jeu.
Eh bien, il était plus facile de tout trouver, en tout cas.
Si les citoyens pensaient que la vue de la Reine de la Crevasse suivie de ses gardes et d'un prisonnier se tortillant était étrange, personne ne le commentait, ou l'observait. La silhouette d'une vieille maison, apparemment abandonnée depuis longtemps, était visible, les fenêtres donnant sur la rue étaient recouvertes de planches ou de briques. Tala saisit Logrolf par le col.
« Les autres restent ici, » commanda-t-elle aux gardes. « Ne me suivez EN AUCUN CAS. »
« Ma dame ? » demanda Skoberth Chant-Noir.
« Un Prince daedrique est à l'intérieur, mon ami, » expliqua Tala. « Molag Bal pourrait vous faire combattre à mort juste parce que cette idée lui semble amusante. Montez la garde ici et ne laissez personne interférer. »
L'étonnement momentané sur les visages des soldats fut remplacé par du soulagement, puis une volonté indéfectible.
« Votre Majesté… »
Traînant le corps du cultiste de Boéthia, Tala mit un coup de pied dans la porte scellée et la claqua derrière elle.
« QUI ENTRE DANS MON DOMAINE ? »
Pour la première fois depuis son arrivée en Bordeciel, Tala sentit un véritable coup de poignard de douleur et de peur de la part de la Reine-Louve. Mais elle serra les dents et ne répondit pas, emportant simplement Logrolf à travers la maison, dans les étages inférieurs. À la première syllabe prononcée par le Seigneur de la Domination, Logrolf laissa échapper un petit gémissement et devint très calme et silencieux.
L'aménagement de la maison était identique aux souvenirs de Tala du jeu, jusqu'au tunnel creusé dans la montagne elle-même depuis le sous-sol.
« OUI… VIENS A TA MORT, PETITE. JE PEUX SENTIR TA PEUR. JE SENS TA CRAINTE, VIENS… »
Finalement, Tala arriva près de l'Autel Déformé, où une masse rouillée trônait au centre du sanctuaire en ruine.
« MOLAG BAL, » l'appela-t-elle, poussant Logrolf l'Obstiné en avant, comme s'il ne pesait pas un gramme. « JE SUIS VENUE AVEC DES CADEAUX… »
L'homme atterrit sur le piège qui se trouvait devant l'autel, ses pointes le cernaient dans la cage daedrique.
« STUPIDE ENFANT. PENSAIS-TU QUE MOLAG BAL, SEIGNEUR DE LA DOMINATION, TE RECOMPENSERAIT SI FACILEMENT ? QUI EST-CE, QUE JE PUISSE TE REMERCIER ? »
Tala s'avança, atteignit les bars avec prudence et enleva la capuche du visage du vieil homme.
« Si tu ne le veux vraiment pas, » se moqua-t-elle. « Alors peut-être que Boéthia se montrera plus aimable. Ou plus reconnaissante. »
« LOGROLF… »
Le nom était prononcé avec pure malice et plaisir. Logrolf, d'autre part, se recroquevilla sur le sol.
« PENSAIS-TU QUE TU POURRAIS PROFANER MON SANCUTAIRE ET DESERTER MA CAUSE, SANS QU'IL N'Y AIT DE CONSEQUENCES ?! ENFIN… VOUS ETES SOUS MON POUVOIR. »
Quelque chose dirigea son regard vers la silhouette de Tala.
« TOI… MORTELLE. QUE VOIS-TU EN FACE DE TOI… SUR L'AUTEL ? »
« Ce qu'il reste de ton arme autrefois glorieuse, Seigneur Bal, le sang des victimes ruisselle sur elle. »
« OUI… JE TE REMETS MA MASSE, AVEC TOUTE SA ROUILLE ET SA MALVEILLANCE. »
La pierre qui maintenait l'antique arme en place disparut, et elle tomba sur le sol aux pieds de Tala.
« ECRASE LA FOI QUI ANIME LOGROLF… FAIS-LE SE PROSTERNER DEVANT MOI. »
« S'il vous plait… » sanglota l'homme piégé. « Je ne veux pas… mourir. »
N'était-il pas plus brave dans tes jeux ?
Plus. Euh, tout ne peut pas être pareil, je suppose.
Tala se baissa et ramassa l'arme rouillée. Elle était comme lourde et gênante, avec le poids massif des bords barbelés et rouillés qui déséquilibraient l'ensemble. Elle suspectait fortement que si elle n'avait pas volé le pouvoir de la Pierre du Destrier, elle n'aurait pas pu du tout la porter. Tala bascula l'arme disgracieuse sur la forme prostrée et toujours piégée de Logrolf l'Obstiné. Les os et la chair cédèrent à la puissance de l'arme, et une des jambes du vieux se tordit dans un angle très étrange. Le cri de douleur qui s'échappa de ses lèvres était plus semblable à celui d'un porc se faisant abattre qu'à un homme.
« JE VOUS EN PRIE ! Arrêtez ! Pitié ! »
Tala frappa à nouveau et l'autre genou craqua et se brisa.
« Boéthia ! AIDEZ-MOI ! »
Encore et encore, l'arme rouillée se leva et s'abattit. Encore et encore, les cris d'agonies déchiraient l'air. Jusqu'à ce qu'enfin, une main invisible sembla retenir l'arme, empêchant de porter le coup final.
« ATTENDS, MORTELLE ! »
La silhouette pitoyable de Logrolf se tortilla, plus mort qu'en vie.
« TE SOUMETS-TU A MOI ? »
« Oui. »
Le mot était un murmure de souffrance insoutenable.
« VOUES-TU TON AME A MOI ?
« Oui. »
« RENONCES-TU A LA FAIBLE ET PITOYABLE BOETHIA ? »
« Oui, seigneur de la Peur… S'il vous plait… »
« TU ES A MOI, MAINTENANT, LOGROLF. »
La main invisible relâcha la Masse Rouillée.
« TUE-LE. »
Il y eut une interruption momentanée, comme si quelque chose en Tala hésitait à vraiment tuer un vieil homme sans défense.
Le pouvoir, chérie. N'était-ce pas ce que tu voulais ?
OUI.
Alors FRAPPE, et vite !
La Masse se leva et retomba. Mais cette fois, aucun cri ne suivit le coup, seulement un silence glaçant. Tala se tourna vers l'Autel.
« Seigneur du Malin et de la Corruption : ton sanctuaire est purifié et à nouveau dédié à ton nom. Tes adorateurs, tes enfants, autrefois dispersés et chassés d'un bout à l'autre de Tamriel, ont reçu un refuge. »
« OUI, OUI, TA RECOMPENSE. »
L'arme massive sembla s'alléger comme une plume dans la main de Tala, et un pouvoir vert parcourait le cœur de la masse, rejetant une faible lumière sur le sol autours d'elle.
« LA MASSE DE MOLAG BAL. JE TE DONNE SON VRAI POUVOIR, MORTELLE. »
Tala éleva une main et la plaça sur sa poitrine.
« Je te remercie, Seigneur. Je le jure devant ton autel : tous tes enfants et tes adorateurs trouveront un sanctuaire en mes terres. Je protégerai ton culte et je te garantirai le respect. »
Il y eut un moment de silence.
« TU ES INFINIMENT PLUS TOLERABLE QUE LES AUTRES LAMENTABLES ECHECS DE MON FRERE, TALA DU WYOMING.
SERS-MOI BIEN ET TU VERRAS QUE JE SUIS CAPABLE DE RECOMPENSER Les fidèles, tout comme je peux punir les blasphémateurs.
MAINTENANT, JE DOIS ALLER CHERCHER UNE AME DANS L'OBLIVION. PRENDS SOIN DE LA MAISON PENDANT MON ABSENCE, HEIN ? HAHAHAHAHAHA… »
Les rires faisaient échos dans la pièce alors que les piques se rétractèrent dans le sol, et que des flammes magiques éclatèrent autour du cadavre de l'homme, le consumant et le transformant en poussière et en cendre carbonisées en quelques secondes
Eh bien… c'était une expérience.
C'est le moins qu'on puisse dire. Que voulait-t-il dire par « les autres échecs lamentables de mon frère » ?
Je n'en suis pas sûre… Les champions des autres Princes daedriques, peut-être ?
Mais je ne sers aucun autre Prince daedrique.
Peut-être qu'il te reconnaît simplement comme sa championne, et espère que tu ne le décevras pas, comme les autres champions daedriques l'ont fait dans le passé.
Peut-être… bizarre.
Les gardes à l'extérieur de la maison sursautèrent à la vue de leur reine couverte de la tête aux pieds d'éclaboussures de sang et de cervelle, qui émergeait du bâtiment. Tala posa la Masse sur son épaule, en faisant une note mentale de remplacer l'un des fourreaux de ses épées par un crochet et une boucle pour transporter la Masse plus convenablement.
« Skoberth. »
« Ma reine ? »
« Amenez les sœurs Delarosa ici. Informez-les que l'entretien de cette maison et du Sanctuaire leurs incombe maintenant. »
« Cela sera fait, ma reine. »
*QUELQUES TEMPS PLUS TARD*
CHATEAU DE CŒUR-DE-ROCHE
Kematu expira lentement alors que son groupe sortait de la salle du trône.
« Je peux te dire, frère, » dit Tariq près de lui. « Que c'était l'une des audiences les plus étranges à laquelle j'ai pu assister. »
« C'est vrai, » songea Kematu, caressant la barbe sur son menton. « Elle est une femme pleine de mystères, cette Reine Tala. »
« As-tu vu la masse qu'elle a placée au-dessus de son trône ? » s'étonna un autre Rougegarde, « Par Satakal, il faudrait deux hommes ordinaires pour soulever cette arme. Et elle la portait qu'à une main ! »
Un autre commença à commenter sa beauté, ses gardes du corps vampires, ou des aspects de l'étrange audience, alors que Tariq se rapprochait de Kematu.
« Es-tu sûr que nous ne l'avons pas rencontrée la dernière fois que nous étions en Bordeciel, frère ? »
L'homme secoua la tête.
« Je me serais rappelé d'un visage comme le siens, » sourit-il. « Il n'y a pas beaucoup de personnes de notre peuple dans ce désert gelé. »
« Alors, comment savait-elle pour Saadia et l'Enfant de dragon nous aidant à la trouver à Blancherive ? » demanda Tariq.
« C'est troublant, » accorda l'assassin Rougegarde. « Cela signifie qu'elle a des yeux et des oreilles dans les autres châtelleries, pas juste à la Crevasse. »
« Et ces yeux… »
« Tu as remarqué aussi ? »
Tariq lui lança un regard.
« Je t'en prie, frère, il faudrait être aveugle pour ne pas le voir. Du vert au bleu et vice-versa ! Il y a de la magie noire à l'œuvre ici, crois-moi. »
« Eh bien, magie noire ou pas, l'or et l'argent sont suffisamment réels, » répliqua Kematu. « Les termes qu'elle nous a donnés à ramener aux Anciens sont plus que généreux. Et nous avons besoin de ce traité si nous voulons être prêts pour la guerre. Si, bien sûr, nous ne voulons pas à nouveau ramper vers les Impériaux. »
Le juron étouffé et la soudaine envie de cracher de Tariq faisaient exactement écho à ses sentiments.
« Cette reine sait des choses qu'elle ne devrait pas et ignore totalement les événements qui auraient dû être de notoriété publique, » continua Kematu. « Elle ne savait pas que les Aïeux et les Couronnes s'étaient réunis, mais connaît nos incursions secrètes contre les collaborateurs des Altmers ? »
« Tu as raison, » acquiesça Tariq. « Ça n'a pas de sens. Que faisons-nous maintenant ? »
« Nous chevauchons jusqu'à l'Etoile du Dragon, » répondit Kematu. « Les termes qu'elles nous a offerts sont presque identiques à ceux des ambassadeurs de Taillemont, Jehanna et Fharun. Si nous voulons profiter de cet arrangement, nous devons nous hâter. »
« Et que se passera-t-il quand l'histoire se répétera, » se demanda Tariq. « Et que les Légions reviendront à l'est pour abattre ce petit royaume de montagne ? »
« L'Empire devra alors faire de nombreuses concessions à Lenclume, pour les empêcher de porter secours à leur allié commercial, pour protéger les Intérêts des Rougegardes. »
Tariq sourit. Dans tous les cas, c'était une victoire pour Lenclume. D'une manière ou d'une autre, il suspectait fortement que la reine Rougegarde ait offert de si généreux termes pour cette raison spécifique.
Nous avons eu de la chance qu'une Rougegarde devienne Reine de la Crevasse, pensa-t-il. Et soit si enclin à offrir des termes généreux à sa patrie.
Tariq ouvrit la bouche pour en dire autant lorsque Kematu leva une main, pointant son menton en direction d'un groupe de Brétons en armure les dépassant, à destination du palais qu'ils venaient tout juste de quitter.
« Encore plus de rodeurs Hormes, » chuchota Kematu alors que le groupe était à portée d'oreilles. « Des bandits payés par Andorak Septim IV de Taillemont. »
« Que font-ils ici ? » questionna Dunay, l'un des membres de leur entourage. « Ils s'attaquent normalement aux voyageurs depuis leurs campements dans les contreforts. »
« On dirait que Taillemont est déjà affiliée à Markarth, » songea Kematu, tirant à nouveau sa barbe. « Andorak IV cherche toujours à causer des problèmes à l'Empire. Les Septims de Taillemont ne sont pas susceptibles d'oublier que leur famille était autrefois assise sur le Trône de Rubis. »
« Est-ce qu'il y en a d'autres ? » grogna Tala en se frottant le visage d'une manière décidément non royale.
Un autre groupe de dolents et de pétitionnaires continuèrent leur chemin, ayant trouvé un compromis sur la mine de Kolskeggr entre les deux partis qui étaient aussi déçus l'un que l'autre de celui-ci.
« Il n'en reste qu'un autre, ma Dame, » dit calmement Icando. « Un mage errant qui cherche une audience avec votre majesté. Je crois qu'il souhaite colporter son commerce dans la cité. »
« Alors laissez-le rejoindre le reste des marchands qui vont voir le Chambellan de la Ville, » répliqua Tala avec un geste dédaigneux. « C'est tout le principe de déléguer. »
« Il a demandé une audience avec vous, ma reine, et a attendu durant les trois derniers jours, » ajouta Sérana depuis l'autre côté de son trône. « Tout du moins, il a fait preuve d'une grande persévérance. »
« Oh, très bien, » soupira Tala en se réinstallant sur son siège. « Mais c'est le dernier. »
Icando fit un geste à Skoberth au pied des marches, qui s'écarta pour révéler un homme plutôt beau dans une robe noire de mage.
« Sam Guevenne, ma reine ! » annonça le barde vampirique.
A la mention du nom, Tala se leva brusquement du Trône Endeuillé. Le mage fit les trois pas habituels et s'inclina bien bas.
« Salutations à la Reine Tala ! » dit-il gracieusement d'une voix enjouée et espiègle. « Bonne et joyeuse rencontre ! »
Tala s'écarta du trône, choquant les gardes et les spectateurs de la Cour de Markarth. La main d'Icando se dirigea vers son dos instinctivement et celle de Skoberth à l'épée sur sa hanche. Ensuite, survinrent des halètements surpris de ceux présents, la Reine de la Crevasse se mit à genou et étendit ses mains de part et d'autre.
« Inclinez-vous, mortels ! » éclata la voix de la reine dans le Château de pierre. « Salutations au Seigneur Sanghin, Souverain du Val Brumeux ! Salutations au Prince de la Débauche ! Salutations au Maître de la Gaieté ! »
Des murmures étonnés et des regards allaient de la reine au mage solitaire qui se tenait en face de l'estrade, mais lentement, la cour suivit l'exemple de leur souveraine. Le mage Bréton observa la salle, semblant aussi surpris que le reste de l'assemblée. Puis, il commença à ricaner, et le gloussement se transforma en un rire à gorge déployée.
« C'était le nom, n'est-ce pas ? » demanda-t-il avec un large sourire. « Un peu trop évident, non ? Eh bien, Sam Guevenne j'ai été, et Sanghin JE SUIS ETERNELLEMENT. »
Avec un flash d'énergie magique, la robe noire disparut, ainsi que l'apparence humaine. A la place se tenait un guerrier Drémora, dans une armure sombre rutilante. Le Seigneur du Val Brumeux regarda à droite et à gauche les visages le toisant, puis sourit grandement.
« Oh, Potéma, c'est si bon de te revoir. Tu n'as pas idée à quel point Bordeciel a été indiciblement terne sans toi ces cinq siècles… »
Tala se leva, ses yeux virèrent du vert au bleu.
« Préparez la Grande Salle, » déclara-t-elle. « Amenez nourriture et vin pour notre invité ! Déclarez dans les rues que… »
Elle se tourna et sourit au Seigneur daedrique.
« …Sanghin est arrivé à Markarth. »
Pour ceux qui ne sont pas familier avec les références aux Hormes et à Taillemont, allez jeter un coup d'œil à la page d'Andorak Septim sur le Wiki Elder Scrolls. Il était un cousin des Septims et plus spécifiquement : petit-fils de l'Impératrice Katariah, la femme/successeur de Pelagius le Fou, le neveu de Potéma. Quand le Conseil des Anciens l'a forcé à abdiquer (à cause de son sang Dunmer), ils lui ont offert la cité/région de Taillemont pour qu'il puisse y régner, en échange de la fin de la longue et sanglante guerre civile de neuf ans avec son cousin Céphorus II. Après Céphorus, il n'y aurait plus que cinq Empereurs (incluant Martin Septim de la Crise d'Oblivion). Après cela, la lignée s'est éteinte et la dynastie Mede a été fondée. Toutefois, il y a encore une branche de Septims (les Lariats), qui règne sur Taillemont, en Haute-Roche, à ce jour.
Encore une fois, merci d'avoir pris le temps de lire.
N'hésitez pas à laisser un petit commentaire pour Tusken1602.
A plus !
Nephariel
