Date : 8 décembre 2020
Personnages : Deathmask, Shura & Aphrodite pour Jotunn-Ray
Univers : Canon série origine, se passe 6 ans avant la bataille du Sanctuaire
Genre : Aventure, angst, amitié, ambiguïté, réflexion, 16+ à cause des thèmes de violence, sexualité, pédophilie et meurtres infantiles
Note de l'auteur : Voici une fenêtre très différente de tout ce que j'ai écrit jusqu'à présent. Oubliez les jolies décorations de noël et l'ambiance légère, j'ai voulu faire différent cette fois. L'ambiance est censée être sombre, lourde, limite macabre, et le rating a sa place.
J'ai rarement l'habitude d'écrire ce genre d'histoire, mais c'était intéressant et j'ai été bien inspirée. Installez-vous bien, elle est la 2e entrée la plus longue de ce recueil.
Bonne lecture
Sombre Mission
Une nuit noire au mois de décembre. Un somptueux manoir à Trelleborg, ville au sud de la Suède. Une vaste cour, de grandes portes, des fenêtres, et parmi elles, une lumière tamisée à l'étage. Une chambre, une suite même. De la salle de bain attachée à cette pièce sortit un homme d'âge mur. La cinquantaine passée si on en jugeait par ses cheveux grisonnants, autrefois d'un blond lumineux qui plaisait tant aux femmes. Mais des femmes, cet homme-là, ce dénommé Karl, n'en avait cure. Il n'y avait qu'un seul genre qui lui plaisait. Un genre comme celui qui l'attendait sur le lit de la chambre, un drap enroulé autour de son corps svelte et encore juvénile.
– Ne fais pas ton timide, mon enfant. Je ne te veux que du bien.
Un sourire des plus crapuleux accompagnait ses paroles, et le drap se resserra autour du corps du jeune homme caché dessous.
Dans sa robe de chambre en velours, haut de gamme, probablement chère, qui épousait son corps, démontrant un petit embonpoint, l'homme se rapprocha de son invité. Les jambes blanches et imberbes qui dépassaient du drap étaient tentantes. Il ne put s'empêcher de les caresser du bout des doigts, sentir leurs douceurs des chevilles jusqu'aux genoux avant de déposer ses lèvres dessus. Immédiatement, le jeune homme, ou plutôt l'adolescent, se rétracta davantage dans son fin bout de tissu, comme si cela allait le protéger de la perversité de son hôte.
– Retire-moi ça, mon beau, dit-il en saisissant le drap. Laisse-moi te regarder de plus près, en entier.
D'un mouvement sec et brusque, le drap qui enveloppait l'adolescent vola dans la chambre. Dessous se cachait un jeune garçon à la beauté extraordinaire. Un visage juvénile, ravissant, pourtant marqué par la dureté de la vie. Des longs cheveux azurs, si doux qu'on ne croirait pas à un mauvais entretien. Des yeux d'une telle pureté, et un charmant grain de beauté sous l'œil gauche. Un visage parfait, et un corps entièrement nu absolument parfait. L'homme banda, il venait de trouver sa perle, sa muse, complètement au hasard en rentrant de voyage. Il savait reconnaître les beaux morceaux. On lui avait donné ce pouvoir après tout. Mais jamais auparavant, il n'avait connu pareille beauté.
– Allonge-toi, montre-toi à moi. Ne te cache pas, enlève tes mains de là. Ne la touche pas, touche plutôt la mienne. Regarde l'effet que tu me fais, mon beau. Tu es parfait, absolument parfait. Rappelle-moi ton nom et ton âge.
– Je m'appelle Sweyn. J'ai seize ans.
– Et que faisais-tu seul dehors, par un temps aussi froid ? Où se trouve ton foyer ?
– Je n'ai pas de foyer, pas de famille. Rien. Je suis livré à moi-même depuis cet été.
– C'est ce que je disais. Juste parfait. Et en plus tu parles déjà le suédois, ça m'arrange bien. C'est compliqué d'apprendre une langue à des jeunes paresseux. Aussi beaux soient-ils, je perds vite patience. Et crois-moi, il ne faut pas abuser de ma patience.
– Que se passe-t-il sinon ? frémit l'adolescent.
– Ne t'en fais pas, cela ne te concerne pas. Tu n'as rien à craindre de moi. Si tu te comportes bien ce soir, je ferais même de toi mon favori. Tu as toutes les conditions requises. Tu es celui que je recherche depuis des années.
– C'est trop d'honneur. Suis-je réellement digne ? Les autres garçons que j'ai croisés ne vont-ils pas mal le prendre ? Je suis le dernier arrivé après tout.
– Magnifique et soucieux en plus. De splendeur en splendeur. Je ne pouvais pas rêver mieux. Vu la période, je vais croire que le père-noël existe vraiment. Si la suite se passe aussi bien, tu hériteras du nom que je réserve pour mon élu. Je suis moi-même un élu des Dieux, et je me devais de trouver un compagnon des plus appréciables, tu vois ? Digne et splendide comme toi.
– Un élu des Dieux ? Oh, je savais que vous aviez quelque chose de spécial, souffla le jeune homme admiratif.
– Je vois que tu comprends vite, mon enfant, sourit le quinquagénaire. Tu as définitivement quelque chose de spécial par rapport aux autres. Bien, si nous passions aux choses sérieuses. J'en attends beaucoup de toi. Mon dernier favori m'a tellement déçu.
– Que va-t-il devenir ?
– Ne t'en fais pas, cela fait déjà quelques jours que je l'ai envoyé au sous-sol pour quelques corvées. C'est comme ça que ça fonctionne ici. Chacun a son rôle. Tu verras, nous sommes une grande famille, et je suis votre père à tous. J'accueille des jeunes garçons qui, comme toi, se retrouvent seuls et à la rue. Je les nourris, je les habille, je les éduque, et surtout je les aime, en échange seulement de votre gratitude. Qu'en penses-tu ?
– Vous semblez extrêmement bon, monsieur.
– Je t'en prie, appelle-moi père. Détends-toi, je vais te faire du bien. Hum, mais tu sens divinement bon. Je n'ai pas ce parfum dans la salle de bain de mes enfants. On dirait... de la rose.
A l'extérieur de la résidence, deux hommes vêtus d'or s'avançaient dans la cour vers la porte d'entrée. L'un d'eux effectua un mouvement brusque de bras, et la large fontaine tape-à-l'œil se brisa en deux sous l'impact.
– T'abuse Shura, pesta Deathmask du Cancer. Ce devait être la seule belle chose ici.
– Un peu trop prout-prout à mon goût.
– Dis celui qui a une statue à côté de son temple.
– Ne compare pas mon offrande d'Athéna à cette immondice, je te prie. Même si je suis d'accord avec toi sur un point...
Juste devant la porte de la bâtisse se tenaient deux jeunes garçons d'une quinzaine d'année tout au plus, voire moins, surpris et apeurés par ce qu'il venait de se passer. Ils devaient être de ces enfants de ce gourou, ce kidnappeur, cet être abject, ce manipulateur qui se faisait appeler Karl Nilson. Le sourire de Deathmask s'élargit en remarquant quelques unes des proies de cet homme qui manipulait ces gamins influençables par ses discours, ses promesses, mais aussi par une puissance divine qu'il n'aurait jamais dû approcher, ni même effleurer de ses mains impures.
– C'était bel et bien la seule chose belle ici, finit de dire le Capricorne.
– Et bien, siffla le Cancer. Il choisit pas des laiderons le pédophile.
– Alerte ! hurla l'un des adolescents. Les autorités sont là.
– Qu'est-ce qu'il raconte ? s'interrogea Deathmask qui ne comprenait pas le suédois.
– T'occupe Deathmask. On fonce dans le tas. On en trouvera bien un qui parle l'anglais. On doit savoir ce qui se trame ici.
– Et la gonzesse, tu crois qu'elle s'en sort ?
– Tu crèveras si tu continues de l'appeler comme ça, l'avertit le Capricorne en tranchant les larges portes verrouillées pour pénétrer dans l'habitation.
– S'il commençait par nous donner un nom, ça me faciliterait la tâche, grommela l'italien. Même un faux nom, je m'en fous. Pas envie de me faire chier à l'appeler "chevalier des Poissons". Donc en attendant, ça sera "la gonzesse".
Dans le hall les attendaient une bonne trentaine d'adolescents, armés avec des éléments du décor. Shura fronça davantage ses sourcils, mécontent. Tous des gamins.
– Pitoyable ! pesta Deathmask. Tellement facile. Et on envoie trois chevaliers d'or pour combattre des gosses armés de chandeliers ? Le Grand Pope nous prend pour des larbins ou quoi ?
– Reste sur tes gardes. Je ressens une puissance divine émaner de ces lieux. Et ces gamins ont un regard étrange. Mon instinct me dit que les faire parler nous demandera bien de la patience.
– De la patience ? Je ne connais pas ce mot. Par contre, j'adore la torture, surtout mentale.
– Tu es immonde, Deathmask, cracha Shura.
– Je pense que je ne suis pas le plus immonde dans cette maison. J'espère que l'autre fait bien son boulot.
– Laisse-le gérer, nous on s'occupe de ces gosses et des autres domestiques de cet endroit. Y a-t-il une adulte ici ? demanda-t-il en anglais d'une voix forte et autoritaire.
L'assaut des jeunes fut la seule réponse qu'il reçut.
– Hum... oh oui, où as-tu appris à masser comme ça, mon enfant ?
– Oh, grâce à mon vieil oncle qui se bloquait souvent le dos.
– De mieux en mieux. Et cette odeur de rose, elle m'emplit les narines. C'est agréable.
– Laissez ces effluves vous pénétrer.
– Tu sais que c'est moi qui rêve de te pénétrer. Assez les cajoleries. Passons aux choses sérieuses.
– Mais j'aime les cajoleries. Laissez-moi prendre soin de vous encore un peu. Vous ne serez pas déçu.
– Assez, j'ai dit ! Je n'en peux plus. Tu es nu devant moi, je veux te toucher.
– Pardon mais... je ne suis plus sûr.
– Ne commence pas à faire ton timoré, gronda l'homme, autoritaire. Si tu veux faire partie de cette famille, tu dois passer par là. Je ne te demande pas la lune tout de même. Et ne t'en fais pas, je ne suis pas un débutant. Je te promets que ça ne sera pas douloureux. Au contraire même, tu en redemanderas.
– … Euh... vous serez doux, n'est-ce pas ?
– Mais bien sûr. Allez mon petit chat, ne prends pas cet air apeuré. Enfin, c'est plutôt moi le félin ici, et toi tu es... pas ma petite souris. C'est trop indigne de toi. Disons mon petit poisson.
– Un poisson ?
– Mais pas un vulgaire poisson rouge. Plutôt un somptueux combattant. Savais-tu qu'ils écartaient tous leurs rivaux de leur espèce ? Ça te correspond très bien, mon Aphrodite.
– Aphrodite ? s'étonna l'adolescent.
– Ce nom te plait-il ?
– Il est très beau, mais féminin n'est-ce pas ?
– Sais-tu de qui il s'agit ?
– Une déesse grecque.
– Tout juste, la Déesse de l'amour, notamment réputée pour sa grande beauté. Une beauté comme on n'en oublie pas, un peu comme la tienne. Il se trouve que je suis lié à elle.
– Comment est-ce possible ?
– Tu n'as pas besoin de le savoir. Sache juste que cette Déesse m'a choisi et m'a donné son pouvoir d'attraction, et j'ai décidé de m'en servir pour inspirer confiance à des jeunes dans le besoin.
– Vous nous avez ensorcelés ? sembla frissonner d'horreur le beau jeune homme.
– Je n'ai rien fait, c'est ma personne même qui possède ce pouvoir. C'est naturel, je n'y peux rien. Mais n'aie crainte, la Déesse Aphrodite n'est pas qu'une beauté superficielle. Mon cœur aussi est bon. Je veux me servir de ce don pour aider des jeunes et créer une grande famille aimante. Je ne fais rien de mal. Je ne suis qu'amour pour vous tous, mes enfants.
L'homme levait les bras au ciel et prenait des grands airs, typique des illuminés qui se pensent touchés par la grâce. Le jeune éphèbe, qui n'était autre que le chevalier d'or des Poissons en mission pour le Grand Pope, se retint de lever les yeux au ciel. Encore un taré dans ce monde ! Un dérangé qui avait illégalement mis la main sur un pouvoir divin. A son majeur droit, le chevalier remarqua le scintillement d'une bague. Une attraction naturelle ? Mais bien sûr ! Les autres garçons avaient dû se faire avoir par le pouvoir de ce bijou pour rester auprès de ce sale pédophile.
Le chevalier sentit ses yeux se voiler. Il s'éleva dans la pièce une odeur particulière, forte et prenante. Il connaissait cet effluve qui pénétrait ses narines et agissait sur son système nerveux. Aucune plante n'était inconnue au chevalier des Poissons, expert en phytologie et botanique.
Du myrte.
Plante aromatique sauvage très utilisée en médecine pour ses propriétés antiseptiques, mais surtout attribué depuis les temps mythologiques à la Déesse Aphrodite pour ses vertus éclatantes et stimulantes. La rumeur disait même que la Déesse s'en parfume pour charmer ses opposants et baisser leur vigilance. Pas de doute, cet homme s'était approprié le parfum envoutant de cette Déesse. Mais comment ? Pourquoi ici, en Suède ?
Les questions moururent dans son esprit. La vue du chevalier redevint plus claire, nette, limpide. Oh, cet homme devant lui était tellement élégant. Comment avait-il pu douter de sa bienfaisance ? C'était un tel honneur de se trouver si près de lui.
– Un élu tel que moi a besoin de sa muse et je veux que ce soit toi. Tu réalises l'opportunité que c'est ? Tu es celui que je cherche depuis une éternité. Je suis sûr que notre rencontre n'est pas un hasard. Sois mien, mon Aphrodite. Oublie ton nom, prends celui que je te donne et qui sied à merveille. Je ne te veux que du bien. Oh ma Déesse, que tu es magnifique.
– Père… souffla le chevalier. Je ne veux plus vous quitter. Vous êtes mon sauveur. Je savais que vous étiez spécial. Je crois que je vous ai aimé dès l'instant où nos yeux se sont croisés.
– Oui, mon Aphrodite.
– Aimez-moi, je vous en supplie, implora l'adolescent d'une voix suave en s'étendant sur le lit, offert, désirable.
La robe de chambre vola, dévoilant la nudité et l'excitation du quinquagénaire.
– Encore une fois, le charme a opéré. Je ne voulais pas l'utiliser sur toi, mon Aphrodite. J'ose espérer que tu m'aimeras réellement avec le temps. Tu es parfait, dit-il en se penchant pour embrasser le cou de l'adolescent qui s'accrocha amoureusement à lui en réponse.
– Comment es-tu arrivé ici ? demanda autoritairement Shura.
– Le ciel a mis mon père sur mon chemin.
– Ton père, comme tu l'appelles si bien, est un kidnappeur et un criminel.
– Il nous aime. Il nous a tant donnés. Et nous l'aimons aussi. C'est notre sauveur.
– Tu as donc si peu de considération pour toi-même ! Qu'est-ce que tu faisais avant ? D'où viens-tu ?
– Ma vie a commencé quand père m'a pris sous son aile. C'est pareil pour nous tous ici. Vous ne le toucherez pas. Nous le défendrons au péril de notre vie. Il est notre sauveur.
– Cons de gosses, jura Deathmask en italien. Shura, laisse tomber celui-là, il ne nous apportera rien. Essaie le ptit là, il est peut-être plus influençable. Peut-être qu'un peu de torture lui déliera la langue. Tu me laisses m'en occuper ?
– Fais gaffe Angelo. Si tu le tues, les autres risquent de se rebeller, le prévint l'espagnol dans une langue qu'aucun des adolescents ne connaissait. Ce n'est pas dans notre intérêt de les éliminer sans avoir de réponse.
– On en a juste besoin d'un plus bavard que les autres.
Un jeune adolescent, douze ans tout au plus, sembla se cacher derrière certains de ses frères.
– Allez, viens-là gamin.
– Matéo ne parle pas l'anglais, le défendit un autre garçon.
– Matéo ? Il est rital ? Et bien ça tombe bien, moi aussi je parle l'italien.
– De toute façon, on ne vous dira rien. On défendra père au péril de notre vie. Nous l'aimons, il est notre sauveur. Vous ne l'approcherez pas.
– Pffffff, soupira longuement le Cancer. Au péril de votre vie ? Réfléchissez bien avant de sortir des conneries comme ça, gamins. Shura ?
D'un geste de bras net et sans hésitation, le Capricorne trancha la tête de cinq des adolescents. Une main et une jambe de deux autres qui hurlèrent de douleur volèrent aussi, répandant une giclée de sang sur le sol et les murs. Les épargnés crièrent de stupeur, de frayeur en se reculant vivement, surtout les plus jeunes.
– Alors, toujours envie de défendre votre vieux au péril de votre vie ? les nargua Deathmask.
– Assassins !
– Vous savez, c'est nous les gentils ici.
– Ne reculez pas, il faut défendre père, les encouragea un autre jeune garçon. Il nous félicitera pour notre courage. A moins que vous ne préfériez descendre au sous-sol.
L'évocation de ce « sous-sol » fit frémir les gamins, bien plus que la vue de leurs congénères décapités.
– C'est quoi ce « sous-sol » ? s'interrogea le Cancer.
– Le rapport de mission mentionnait la disparition d'une cinquantaine d'adolescents, signala Shura. Le nombre ici ne correspond pas. Où sont les autres ?
– Partez, nous n'avons rien à vous dire. Nous vivons heureux maintenant. Laissez-nous.
– Mais bordel, ça vous plait tant que ça que sucer la bite d'un vieux pervers, s'emporta Deathmask.
– Père nous aime, et nous l'aimons. Il est notre sauveur.
– Deathmask, leur comportement est louche, remarqua l'espagnol. Ils ne font que répéter la même chose. C'est comme s'ils étaient manipulés.
Sans crier gare, Deathmask se saisit d'un des garçons par le cou et pencha vivement sa tête en arrière. Il écarta ses paupières pour analyser ses yeux et constata une étrange lueur au fond de ses pupilles, comme une lumière pulsée qui aveuglerait sa vision des choses.
– Ils sont sous l'emprise d'une illusion, déduit Deathmask.
– N'importe quoi ! Nous aimons notre père. Il est notre sauveur.
– Roh, mais vous allez vous taire.
Une dizaine d'adolescent tombèrent net au sol, inertes. Deathmask, index en l'air, venait de séparer leurs âmes de leurs corps pour les emmener au Yomotsu hirasaka.
– Shura, achève les deux blessés. J'en peux plus de les entendre geindre.
– S'ils sont sous l'emprise d'une illusion, il sera difficile de leur soutirer des informations, dit Shura en tuant les deux garçons aux membres tranchés, sans même leur accorder un regard. Surtout qu'on en a déjà perdu la moitié.
– Bordel, y a pas un seul d'entre vous capable de nous dire comment ce porc a pu vous séduire.
– Il sentait bon.
Les deux chevaliers se tournèrent vers un autre garçon, très jeune visiblement, plus que la moyenne. Il possédait encore une voix enfantine, même pas en passe de muer, un visage très juvénile, quelque peu arrondi, et il était d'une très grande beauté. Sa taille laissait penser qu'il devait avoir douze ans tout au plus, peut-être moins. Mais qu'importe, celui-là semblait plus lucide que les autres. La lueur au fond de ses pupilles plus divergente. Est-ce qu'il parvenait à résister au charme dont ils étaient tous victimes ?
– Toi, tu m'intéresses, sourit Deathmask.
– Mais tu vas fermer ta gueule, s'emporta un autre garçon envers son « frère ». Nous devons défendre père coûte que coûte. Où irons-nous s'ils nous l'emmènent ?
– Je... oui, c'est vrai, nous devons défendre père.
– Mince, l'illusion reprend le dessus sur lui, pesta le Cancer.
– Pourquoi père te garde à toi ? Tu es trop instable. Tu devrais être au sous-sol depuis longtemps.
– Non… pas le sous-sol, tremblotait le plus jeune.
– Woh woh stop là, intervint l'italien. Ne me le perturbez pas celui-là, j'en ai besoin.
– N'approch...
Une nuque brisée, encore un corps qui tombe, et des regards menaçants, apeurés jetés sur eux. Ces enfants étaient clairement tiraillés entre le faux amour qu'il portait à leur « sauveur » et la crainte que leur inspiraient ces visiteurs. Quel spectacle affligeant !
Deathmask ne saurait même pas dire s'il était possible de les sauver, les libérer de cette illusion. Et s'ils y parvenaient, quelles seraient leurs vies après ça ? Surmonteront-ils leurs traumatismes, leur dégout d'être passés entre les mains de ce sale pédophile ? Certains vivaient ici depuis des années, parviendront-ils à se réinsérer ? A échapper à la pression des médias, des regards curieux ? La vie de rescapé était loin d'être simple.
Une vie ô combien éprouvante les attendait. Tous étaient de base des gosses influençables, perdus, soufrant de nombreuses carences. Ce sale rat ne les avait pas que choisis que pour leur gueule, il les scrupuleusement sélectionnés avec un mental fragilisé. Mais quel porc ! A ce stade, peu de choix s'offrait à eux. Une longue vie de dépression, addiction ou autres troubles d'ordre psychiatriques s'offrait à eux. Peut-être deviendront-ils des criminels à leur tour, ou bien ils se suicideront. Ah, le stress post-traumatique, Deathmask connaissait très bien. Une toute petite poignée s'en sortait, comme lui par exemple, mais pour le reste, la mort semblait encore la meilleure option.
Le cancer connaissait déjà l'issue macabre de cette mission. Des prépubères fauchés dans leur jeune vie, mais ce n'était pas lui leur meurtrier. Deathmask ne faisait que finir le travail. Ces gamins étaient morts à l'instant où leur « père » avait posé ses mains crasseuses sur eux. Cette maison en apparence paisible était une vraie fabrique à déchets humains. Et les déchets, Deathmask les balançait, tout simplement, sans la moindre compassion.
De la compassion, cela faisait bien longtemps qu'il n'en avait plus.
Ils n'étaient plus qu'une dizaine, et pas les plus vaillants visiblement. Deathmask se chargerait bien de tous les achever sur le champ, mais ils devaient en garder quelques-uns de vivants afin de faire pression sur les autres. Pour le moment, ils n'avaient encore obtenu aucun renseignement sur leur fameux "père", ni sur ce qu'il était advenu des autres garçons disparus. Pourvu que la gonzesse soit plus persuasif qu'eux avec le vieux pervers. Le Grand Pope n'appréciera guère qu'ils rentrent bredouilles.
Deathmask s'approcha du jeune garçon blond, au beau visage quelque peu androgyne, qui faisait son possible pour ne pas trembler. Il le défiait du regard, sans baisser ses yeux quand bien même il mesurait moitié moins que le chevalier. Pas mal pour un si joli garçon. Il lui rappellerait presque le chevalier des Poissons… Bordel, ce type devait vraiment se choisir un nom !
– Je ne te tuerai pas si tu réponds à nos questions. Tu as parlé d'une odeur, n'est-ce pas ? Quel genre d'odeur ?
– Je ne suis pas obligé de vous répondre.
– Tu as du cran. Et si je tuais un autre de tes frères ? menaça-t-il en prenant le bras du garçon le plus proche de lui.
– Nous vivons et nous mourrons pour père. Il est notre sauveur. Partez, nous ne vous dirons rien.
– Oh putain, vous me gavez tous !
– Ça suffit, PARTEZ, hurla l'enfant en projetant autour de lui un puissant souffle d'énergie qui emporta ses frères restants.
Hormis celui que tenait Deathmask, tous furent projetés contre les murs, les meubles, les portes, dans les escaliers. Certains s'éclatèrent le crâne, se brisèrent les cervicales sous l'impact. D'autres tombèrent d'un peu trop haut. Certains étaient morts sur le coup, d'autres gémissaient ou avaient juste perdu connaissance. Seul celui que tenait Deathmask n'avait pas bougé, mais il hurlait de douleur en se tenant le ventre. L'onde de choc avait dû perforer ses viscères.
Shura finit d'achever les derniers garçons d'un coup de lame, leur épargnant bien des souffrances. Quel bon cœur ce Shura. Seul restait le bel enfant blond, visiblement l'un des plus jeunes "fils" du pédophile. Eh bien, pour un gamin, il envoyait du pâté ! Ce gosse-là était différent des autres. Il émanait une aura autour de lui.
Deathmask et Shura, qui eux n'avaient pas bougé de leur place, même pas affectés par le souffle du garçon, comprirent immédiatement de quoi il s'agissait.
– Ce gamin s'est éveillé au cosmos. Shura, on ne peut pas le laisser en vie. Il représente un danger pour l'humanité. Surtout qu'il ne semble pas vraiment contrôler son pouvoir. Pfff, tu parles d'une plaie !
– Et si je réponds à vos questions ?
– Hein ? s'étonnèrent les deux chevaliers.
– Pour être honnête, j'en ai marre d'avoir ce goût de vieux dans la bouche. Je suis prêt à répondre à vos questions.
Deathmask s'approcha du gamin pour lui prendre le menton et relever son visage.
– Le charme est rompu. Il n'est plus sous l'emprise de l'illusion, constata-t-il.
– Faire exploser son cosmos permettrait donc de contrer ce sort, conclut Shura. Ça parait trop simple.
– Ou bien celui qui les a hypnotisés est vraiment mauvais. Hé gamin, ça fait longtemps que tu sais faire ça ?
– C'est la première fois, mais ça fait un moment que je sens une étrange force en moi. C'est elle qui m'a permis d'échapper à mon client dans mon pays natal. Mais juste après, je suis tombé sur père. Enfin, cet homme, Karl Nilson, qui m'a comme envouté et m'a emmené dans ce manoir.
– D'où viens-tu ?
– De France. Nous venions tous d'Europe.
– Tu te souviens du moment où tu as été hypnotisé ?
– Mes souvenirs sont flous, mais je me souviens très bien d'une forte odeur végétale.
– Ha, enfin on va avoir des réponses, sourit le Cancer. Mais tout d'abord, je suis assez curieux de savoir quel genre de client tu pouvais avoir...
– Deathmask, le rappela à l'ordre Shura, implacable.
– Pfff, soupira l'italien Bon, puisque tu n'es plus sous le charme, tu vas m'en dire plus sur les activités de ce "père" et sur ce fameux sous-sol.
L'enfant hocha la tête, souriant de manière malsaine. La vue des cadavres de ses frères autour de lui ne semblait même pas le gêner. Pour sûr, cet enfant devait aussi se trainer un sordide passé, mais comme Deathmask ou bien d'autres chevaliers, il avait su en tirer profit pour s'endurcir.
– Et si je réponds à vos questions, vous m'emmènerez avec vous ?
– Tu manques pas de toupet ! Je peux encore te tuer, tu sais. Ne te crois pas invincible parce que tu as su produire une petite brise de rien du tout.
– Mais je suis le seul encore vivant.
– Deathmask, fais gaffe, on a besoin de lui pour le moment, rappela Shura. Le Grand Pope veut un rapport de ce qui se trame ici et c'est le seul qui puisse nous renseigner pour le moment. Si on rentre bredouille, c'est mauvais pour nous.
– Oui, pour le moment comme tu dis. Je le zigouillerai dès qu'on saura ce qu'on veut savoir. Ne me remercie pas, c'est gratuit.
– Je ne parlerai qu'à votre supérieur. Votre fameux... Grand Pope, c'est bien ça ?
– Quoi ? Non mais tu te crois où là ?
– Deathmask !
– Je veux bien vous indiquer l'emplacement du sous-sol. Pour les détails, il faudra que vous me rameniez d'où vous venez.
– C'est nous qui commandons ici. Je peux très bien te torturer jusqu'à ce que tu délies ta langue.
– Je croyais que vous étiez les gentils. C'est bien ce que vous avez dit, non ? Je suis prêt à répondre à vos questions et vous menacez de me torturer ? Vous n'êtes pas très logique.
– Deathmask, laisse tomber. Assez de sang a coulé ici. Ce gamin est prêt à coopérer, et ses capacités intéresseront peut-être le Grand Pope, temporisa le Capricorne.
– Pfff, soupira pour la énième fois l'italien, t'es trop tendre, Shura.
– Je ne vois pas l'intérêt de tuer inutilement.
– Des paroles dignes d'un assassin. J't'adore Shura. Même couvert de sang, tu dégages une certaine « pureté ». Et toi sale gosse, t'as bien de la chance que mon pote soit là. Bordel, j'ai horreur qu'on me mène par le bout du nez. Tiens Shura, surveille-le.
Rageur, le Cancer balança sans douceur le bel enfant vers le capricorne qui l'intercepta au vol.
– Occupe t'en puisque tu ne veux pas qu'on le torture. Il est hors de question que je joue les baby-sitter. Allez, dis-nous où se trouve sous-sol.
– En bas.
– Et il se fout de notre gueule en plus. Rah, j'vais chercher moi-même.
Deathmask partit devant en pestant, shootant dans les corps inanimés qui le gênaient, maugréant dans sa barbe. Il sortit un paquet de cigarettes dissimulé quelque part dans son armure.
– Ce que tu viens de faire à l'instant s'appelle le cosmos, expliqua Shura. Ça n'a rien d'un pouvoir hors du commun. Tous les humains en sont capables, mais peu parviennent à le développer. Certains y arrivent avec beaucoup d'entrainement, d'autres l'éveillent spontanément. Tu fais partie de la seconde catégorie, ce qui est rare. C'est ça qui te permettait de rester un tant soit peu lucide malgré le sort de votre "père". Tu as, semble-t-il, un certain potentiel, mais ça ne veut pas dire que tu parviendras à maitriser cette force sans entrainement.
– Je suis prêt à tout. J'ai nulle part ailleurs où aller de toute façon, répondit l'enfant en haussant les épaules.
A l'instar Deathmask, Shura était bien curieux de connaître les origines de cet enfant au regard si dur, mais ce n'était pas le moment de se raconter des histoires au coin du feu. Ils devaient terminer leur mission.
– Comment t'appelles-tu et quel âge as-tu ?
– Je m'appelle Misty, et j'ai dix ans.
Karl Nilson retint sa respiration. Il sentit le sang remonter le long de son œsophage et l'odeur métallique dans sa bouche. Un autre violente nausée le prit et il cracha du sang en jet avant de se recroqueviller sur lui-même, en proie à de violentes douleurs.
– Qu'est-ce que… AAARGH, j'ai mal !
– Tu viens de respirer le poison des roses démoniaques, dit le bel adolescent qui avait complètement changé d'expression.
– Quoi ?
– Karl Nilson, tu vas répondre à mes questions.
– Mais enfin, tu étais sous mon empri…
Nouveau crachat de sang. Les yeux du quinquagénaire se voilèrent. Il n'y voyait plus que flou, ses membres s'endormaient et se raidissaient. Même la délicieuse odeur rosée de son élu n'atteignait plus ses narines.
– Tu perds progressivement tes cinq sens, expliqua le dénommé Aphrodite. Mais n'aie crainte, j'ai fait en sorte que tu puisses garder l'ouïe et le goût. Tu as encore besoin de tes oreilles et de ta bouche pour répondre à mes questions.
– Mais… pourquoi ? Mon Aphrodite, tu étais si parfait. Qu'ai-je fait de mal ?
– Sérieusement ? Je vais devoir me brosser les dents pendant au moins une heure pour m'enlever ce goût de vieux pervers de la bouche. J'ai bien fait de prévoir des chewing-gums en attendant.
Le chevalier se rhabilla légèrement. Se sentant observé par les yeux vitreux de sa victime qui plissait les paupières pour le mater jusqu'au bout, le dénommé Aphrodite lui envoya deux roses rouges qui vinrent se planter dans ses yeux.
– AAAAARGH, hurla Karl Nilson.
– Si le vice avait un visage, ce serait assurément le tien. Je frémis d'horreur à l'idée que tu m'as touché moi et de nombreux autres gamins que tu as hypnotisés avec le pouvoir de cette bague. Cette odeur, c'était du myrte, une plante qu'on associe à la Déesse Aphrodite. Tu disais être en lien avec elle, mais laisse-moi douter de cela. Qui choisirait un porc de ton espèce, si faible qu'il n'a d'autre choix que d'exploiter les plus influençables ? Maintenant, réponds. Où as-tu trouvé cet artefact ?
– Mais enfin, c'est toi qui me l'as donné. Mon Aphrodite, tu ne te souviens pas ?
Il était sérieux ? Il le prenait vraiment pour une divinité ? Il divaguait ou bien il tentait le tout pour le tout pour le séduire ?
– On ne joue plus là. Je ne suis pas ton Aphrodite. Je suis un chevalier envoyé par le Sanctuaire en Grèce. Notre commandant, le Grand Pope, avait bien ressenti une étrange puissance divine émaner de cette ville. Et depuis quelques années, plusieurs disparitions de jeunes adolescents ont été signalées en Europe. Des témoins disent les avoir vus dans cette ville avant de se fondre à nouveau dans la masse. Tous ces gamins que j'ai croisés en bas, tu les as tous kidnappés, ou plutôt ensorcelés pour qu'ils te suivent et qu'ils te fassent des gâteries. Eh bien, puisque tu m'as donné le nom d'un Dieu, je vais donc agir comme un Dieu et te punir pour tes actes de pédophilie.
– J'ai donné un foyer à ces enfants perdus dans ce monde. Je leur ai donnés un paradis où ils pourraient vivre en paix en respectant quelques règles simples. Je ne leur demandais pas la lune tout de même.
– PIRANHA ROSE.
Les roses noires castrèrent l'homme qui se recroquevilla sur lui-même, ses deux mains sur ce qui était autrefois ses parties génitales. A leur place, il n'y avait plus qu'un trou béant qui saignait abondement.
– Pour te repentir, il n'y a que la vie d'eunuque qui te convient. Enfin, je dis ça, mais tu vas mourir ici.
– Mais… mais tu as un pouvoir divin. Ça explique pourquoi tu as su résister au charme. Je ne me suis pas trompé, c'est bien toi que je cherchais. Mon Aphrodite, mon amour.
Le chevalier avait bel et bien et senti sa conscience vaciller sous l'effet de cette bague. Il s'était servi du peu qui lui restait de lucidité pour faire éclater son cosmos et répandre ses effluves toxiques. L'odeur de rose avait pris le dessus, et son pouvoir cosmique avait stoppé le processus d'hypnose. C'était presque trop facile, même un chevalier de bas grade aurait pu se défaire de cet emprise. Cet homme à l'esprit déviant ne pouvait pas être un élu des Dieux. C'était inconcevable.
– Où as-tu trouvé cette bague ?
– Te souviens-tu de l'homme dépressif que j'étais, largué par toutes ses petites amies ? Ah, j'ai aimé toutes ces femmes. J'aimais surtout leurs petits frères, puis leurs neveux, leurs fils encore jeunes et magnifiques. J'étais pour eux le parfait grand frère, l'oncle idéal, un beau-père aimant. Toutes, elles m'ont toutes largué avant que je n'aille trop loin. Je ne comprends pas. Je les aimais tant. Qu'est-ce que je faisais mal ?
Le chevalier des Poissons se retint de soupirer de consternation. Ce type était complètement malade, inconscient de ses actes. Encore un taré sur cette terre.
– J'ai multiplié les liaisons. Et oui, rien de plus simple pour un homme séduisant comme moi. Jusqu'au jour où l'une d'entre elles porta plainte pour attouchement sur son fils. Abracadabrant ! s'exclama Karl en levant les bras au ciel d'incompréhension. Je n'ai pas fait de mal au petit. Il était curieux et je l'ai entendu gémir de plaisir. On jette en prison ceux qui font du mal, pas l'inverse, non ?
Par la toute-puissance du Grand Pope, le dénommé Aphrodite se retenait de l'achever sur le champ.
– Abrège ! ordonna le chevalier, autoritaire.
– J'ai dû partir avant qu'on ne m'attrape. J'ai voyagé jusqu'en Grèce pour fuir cette injustice. C'est sur ces plages au sable fin que j'ai cru mon heure arriver. J'étais fatigué qu'on ne m'aime pas, alors que je suis un homme qui a besoin d'amour. J'ai voulu en finir, mais une délicieuse odeur m'a attiré jusqu'à cet objet. Dès l'instant où il a été en ma possession, j'ai su ce que je devais faire. Répandre l'amour. Trouver l'amour. L'amour est la plus belle chose qui existe en ce monde, et je suis un homme aimant. Je suis un élu de l'amour vrai et pur.
Bon, cette fois c'était clair, cet homme divaguait complètement. Rien d'étonnant venant d'un pédophile. Carence affective dans son enfance ? Peut-être. Visiblement, il n'avait jamais été très sain d'esprit, mais suffisamment malin pour ne jamais se faire prendre.
– Tu m'as fait don de cette bague pour que je répande l'amour autour de moi, et ceci fait, je devais te trouver, toi mon Aphrodite. J'ai bien travaillé, n'est-ce pas ? Ce pourquoi tu es devant moi aujourd'hui.
– Donc tu l'as trouvé en Grèce. Où ça exactement ?
– Petit étourdi, tu ne t'en souviens même pas ? Dans la mer méditerranée. Son éclat brilla lorsque l'écume disparut.
– Je vois.
Comme on dit dans la mythologie, la Déesse Aphrodite naquit en sortant de l'écume. Tout semblait lié. Cet artefact ressemblait juste à une blague des Dieux, et c'était par le plus grand des hasards tombé sur ce genre de bonhomme pas net. Quelle calomnie ! Les Dieux ne devraient pas se mêler aux humains, même pour se divertir. Cela ne donnait jamais rien de bon.
Voilà pourquoi le chevalier des Poissons préférait croire en le Grand Pope plutôt qu'en la Déesse qu'il était censée servir. Le chef du Sanctuaire possédait la puissance et l'humanité nécessaire pour contrôler le monde des hommes, bien plus qu'une divinité que personne n'avait jamais vu.
– Oh mon Aphrodite, laisse-moi te tenir contre moi. Laisse-mo…
– Bloody Rose. Meurs donc, sale porc vicieux. Ma sentence est irrévocable, jugea Aphrodite en plantant une rose blanche dans la poitrine de l'homme. Tu as déjà perdu beaucoup de sang, ça ne devrait pas être long. A moins que le poison ne t'achève en premier. A ce niveau, seuls les vrais Dieux décideront. Les portes de l'Enfers s'ouvrent devant toi. Je ne doute pas que tu bénéficieras d'un jugement à la hauteur de tes crimes.
– Pourquoi ? J'ai sauvé tous ces jeunes. Où est le mal ? Où se trouve mon erreur ? Pourquoi mon Aphrodite, alors que je ne suis qu'amour ? Ne dit-on pas que c'est le plus merveilleux des sentiments ?
– C'est une pauvre et stupide idée reçue. L'amour ne te sauvera pas. L'amour ne sauve personne. Seule la force permet de survivre dans ce monde. La force des hommes, pas celle donnée par une de ces déités qui rient bien de nous d'où ils sont. Les humains devraient vivre en exploitant leurs propres capacités au lieu de voler celles des autres. Admire le résultat de ta faiblesse. Tu aurais dû y penser, c'est trop tard maintenant.
Deathmask renifla l'air autour de lui avant d'afficher une mine de dégoût.
– Ça pue la mort ici. J'crois que j'ai même pas besoin d'exploser cette porte pour savoir ce qui s'y trouve derrière.
– Tu sais ce qu'est ce sous-sol ? demanda Shura au jeune Misty.
– Là où vont ceux qui désobéissaient trop ou refusaient de se donner au vieux. On y entendait des cris, quand bien même il y ait trente mètres de profondeur, puis plus rien, le silence complet. Et personne n'est jamais remonté.
– Putain, même sous l'emprise d'une illusion, j'pige pas que personne réagisse.
– Ce sort est vraiment très puissant. Nous étions tous comme amoureux de notre père. Mais certains refusaient tout de même de se faire violer. Soit ils étaient assez malins pour y réchapper, soit ils refusaient et finissaient au sous-sol. Mais avant, tous les autres le lynchaient, le frappaient jusqu'à ce qu'il perde connaissance ou soit suffisamment dans les vapes pour que notre père puisse l'y jeter sans qu'il n'oppose de résistance.
– Et bien, elle est belle votre famille.
– C'est bien pour ça que je n'ai plus l'intention de rester ici. D'ailleurs, on devrait se dépêcher, non ? Le vieux a bien dû entendre les cris des autres. Il s'est trouvé un beau morceau et il doit s'amuser avec mais il est pas sourd non plus.
– T'inquiète, la gonzesse s'occupe du vieux cochon. Allez, nous y sommes. J'défonce la porte.
D'un coup de pied mêlé de cosmos, la porte vola, dévoilant une pièce sombre, sans interrupteur.
– On y voit rien, mais cette odeur, remarqua Shura en mettant sa main devant son nez.
– Si, il y a quelque chose. Je les vois distinctement, dit Deathmask. Toutes ces âmes qui virevoltent, prisonnières de cet endroit. Pff, et c'est moi qui vais devoir les envoyer aux Enfers, je suppose ? La plaie. J'suis pas un medium moi.
– Misty, peux-tu nous trouver une lampe ? demanda le capricorne. On doit examiner les corps.
– Vous croyez qu'il y a des survivants. Le dernier a été jeté il y a cinq jours. C'était le favori de notre père.
– S'il est encore vivant, il doit plus être frais.
L'enfant s'exécuta et revint plus tard avec deux lampes torches. Shura le remercia et lui demanda d'attendre en haut le temps qu'ils finissent d'examiner les lieux. Il protesta. Il voulait voir. Il n'avait pas peur, mais l'espagnol n'en démordit pas.
– Tu viens de tuer tes anciens frères. A ton âge, j'ai aussi tué une personne que j'estimais beaucoup. Tu as beau dire que ça ne te fait rien, ce n'est pas de suite que tu vas ressentir le contre-coup de tes crimes. Tuer quelqu'un lorsqu'on n'est pas un meurtrier, ça laisse des marques, quoiqu'on en dise. Tu en as assez vu pour aujourd'hui, alors remonte et attends-nous.
A contre-cœur, le joli garçon s'exécuta, et Shura suivit Deathmask dans la pièce obscure où gisait une vingtaine de corps entassés sur une surface réduite de dix mètres carrés environ, certains étaient déjà bien décomposés, les extrémités grignotées par les rongeurs.
Quatre murs de pierre et un air irrespirable, une geôle froide et sinistre, cet endroit était un caveau. Ils examinèrent certains macchabées encore en "bon état" pour déterminer la cause du décès. Ils présentaient tous des traces de coups, notamment au crâne. Certains avaient une peau complètement desséchée, d'autres une langue avalée, ou bien un habit bien trop serré autour de leur cou.
– La plupart sont morts des suites de traumatisme crânien, comprit Shura.
– S'il survivaient, c'est la déshydratation qui les tuait.
– Ou bien certains se suicidaient en avalant leur langue ou en s'étranglant eux-mêmes avec leurs vêtements. Par désespoir ou honte d'avoir déçu leur « père ».
– Tout ça parce qu'ils voulaient pas se faire défoncer par un vieux porc, cracha Deathmask écœuré. Quand je pense qu'on me traite de monstre, mais franchement, ne suis-je pas un saint à côté de ce type ?
– Celui-là est encore vivant, dit Shura en inspectant un corps encore chaud, inconscient, la respiration faible et le rythme cardiaque très ralenti. Ce doit être le dernier.
– On peut pas le sauver, Shura. Si ça fait cinq jours qu'il est là, il doit être sévèrement déshydraté et son cerveau est déjà ramolli de toute façon. Il va clampser sous peu.
– Je sais, dit le Capricorne en achevant le "survivant" par égorgement. Qu'est-ce qu'on fait, Deathmask ?
– Déjà, on va envoyer toutes ces âmes là où elles devraient être, répondit le Cancer en levant son index. Seki Shiki mekai ha.
Comme chaque chevalier du Cancer, Deathmask possédait la capacité de voir les âmes des défunts rodant, égarés, suppliant qu'on les libère ou qu'on les ramène. Très honnêtement, Shura ignorait s'il possédait le mental d'interagir ainsi avec les morts de si près.
– Allez, pas la peine de résister, les mioches. Vous avez clampsé, vous le voyez bien. Alors partez maintenant, il n'y a plus de place pour vous ici. Bah ouais, c'est dommage. Vous avez pas eu le temps de vivre et votre seule expérience sexuelle, c'était avec un vieux pervers. Mais bon, j'y suis pour rien moi. Alors dégagez maintenant. Tous vos frères sont déjà là-bas en plus. Allez donc les rejoindre.
Beaucoup critiquaient son confrère qui, en sa qualité d'homme le plus proche de la mort, devait supporter un poids terrible. Il entendait les lamentations des défunts, leurs peurs, souffrances, regrets, leurs dénis aussi. Seul un mental robuste serait capable de résister à cela. Et cette force de caractère, Deathmask, ou plutôt Angelo, la possédait. Il endossait ce fardeau de fossoyeur d'âme, d'homme sans cœur, thanatophile sans jamais se lamenter.
Angelo, celui qui guide les âmes des défunt, l'ange de la mort qui libère la Terre de ces esprits errants. Shura était en admiration devant lui.
– Voilà, ils sont tous partis. Et comme enterrer tout ce monde, c'est chiant et qu'on doit laisser aucune trace de notre passage, tu sais ce qu'il faut faire, Shura ? Tu veux un briquet pour cramer ceux-là ?
– J'ai le mien.
– Ça pue vraiment la mort ici. J'espère au moins qu'il y a assez d'oxygène pour que tout brûle. Bon allez, je vais commencer à enflammer les rideaux là-haut. Tu crois que je peux enfermer le gamin dans un placard ?
– On le ramène avec nous, Deathmask. Il ne nous a encore rien dit sur ce qu'il savait de Karl Nilson.
– Ah merde, c'est vrai. La plaie ! Bon ben, il va m'aider alors. Ça ira plus vite. Dépêche-toi, vieux. Remonte avant que le manoir ne s'écroule. Ça flambe vite ces vieilles baraques.
– Et le chevalier des Poissons ? demanda Shura. Il est toujours avec notre cible.
– Laisse la gonzesse se débrouiller, dit l'italien en portant une autre cigarette à sa bouche. Tiens, puisque tu sors ton briquet, allume-la moi.
Shura embrasa la cigarette de Deathmask, lequel tira une longue bouffée avant de proposer au capricorne une ou deux tirées.
– Tu sais que c'est presque comme un baiser indirect, lui fit remarquer Shura.
– Si c'est avec toi, ça me gêne pas. On est comme cul et chemise après tout, non ? Allez, ne traîne pas mon pote. J'ai envie de rentrer, on se les gèle dans ce pays.
A terre, l'homme gisait mort dans une flaque de sang.
– Je suppose que je devrais tout de même te remercier de m'avoir donné un nom, dit le dénommé Aphrodite en se penchant sur le cadavre.
Il allait s'emparer de la bague lorsqu'un tourbillon d'écume en sortit et attaqua le chevalier, prêt à le transpercer. Un cosmos divin accompagnait ce phénomène. A croire que la Déesse de l'amour et de la beauté n'avait pas tellement prévu que plusieurs personnes utilisent son bijou. Le suédois recula vivement, mais l'écume était rapide, une véritable vitesse divine qui dépassait assurément la sienne. Pendant un instant, il crut sa dernière heure arrivée, mais quelque chose se mit en travers de la trajectoire de l'écume. Un bruit métallique retentit et une lumière dorée s'éleva dans la pièce. C'était Pisces, l'armure d'or des Poissons, qui venait de s'interposer pour défendre son porteur. Le dénommé Aphrodite l'avait cachée aux alentours de la propriété. Son apparition était bien le signe qu'il était l'héritier légitime de ce revêtement quasi-divin, n'en déplaise à certains qui doutaient encore de lui.
– Je savais que je pouvais compter sur toi, sourit le chevalier. Viens à moi, mon armure.
Pisces l'enveloppa et l'écume se rétracta, retournant dans la bague. Le dénommé Aphrodite se rapprocha une seconde fois. Cette fois, il saisit l'artefact en se positionnant de manière à ne pas se retrouver dans la trajectoire d'une nouvelle attaque. Rien ne se produisit. Il put la prendre sans problème. Était-ce un test ?
Il lui fallait ramener cet objet divin au Grand Pope afin de le faire examiner. Les attaques d'écume pouvaient, semblait-il, transpercer un homme mais pas une armure sacrée, du moins pas une armure d'or. Le chevalier la placerait donc dans la Pandora box de Pisces jusqu'à leur retour au Sanctuaire.
Mission accomplie. Ils pouvaient en Grèce, non sans avoir fait le nettoyage des lieux.
Une odeur de fumée monta, de même qu'une chaleur inhabituelle.
– Ils ont déjà commencé, pensa le Poisson. Je suppose que je peux les aider à embraser cet endroit. Mais toi, en revanche, tu ne mérites pas la moindre funéraille. Je vais faire en sorte qu'on ne retrouve jamais ton corps, même calciné. Mes chères roses noires, je regrette de vous donner ça à dévorer. Faîtes disparaitre son corps. Piranha rose.
Aphrodite se servit des bougies, qui avaient été allumées pour donner une ambiance, pour embraser le lit, le tapis, les rideaux avant de sauter la fenêtre.
– Vieux, si tu veux allumer une clope, c'est le moment, dit Deathmask en regardant le grand feu provoqué par l'embrasement du manoir.
– Ça se répand vite. J'espère que tout va bien pour le chevalier des Poissons.
– Je t'ai dit de laisser la gonzesse se débrouiller. S'il crève, c'est parce qu'il était faible.
– Aphrodite, dit une voix derrière eux.
Les deux hommes et l'enfant se retournèrent pour faire face à leur confrère vêtu de son armure. La lueur des flammes sur sa peau claire lui donnait un aspect désirable, mais ses yeux de feu n'avaient rien d'engageant, sauf pour ceux qui aimer se faire dominer. Le Poisson était bien loin de l'homme à l'incroyable beauté. Devant lui, il n'y avait plus qu'un chevalier marqué par la vie. Pour la première fois, Deathmask eut l'impression que son trop précieux confrère pouvait se montrer intéressant.
– T'es sorti à temps ? Merde alors, moi qui voyais une occasion de plus voir ta tronche. J'aurais dû me douter que tu ne laisserais pas tes cheveux cramer. Alors, t'as fait quoi de ton côté, la gonzesse ?
– Aphrodite, j'ai dit.
– Hein ?
– Mon nom est Aphrodite.
– Hé, quand j't'ai demandé de te trouver un nom, c'était pas pour en choisir un pour te la péter. Pourquoi pas Apollon tant que t'y es ?
– Ce n'est pas moi qui l'ai choisi.
– Ben voyons ! La bonne excuse !
– S'il ne te va pas, c'est pareil. Si le Grand Pope n'y voit aucun inconvénient, je m'appellerai comme ça dorénavant. Et si je t'entends encore une seule fois m'appeler "la gonzesse", crois-moi que ce n'est pas le doux parfum de mes roses que tu sentiras mais bien un coup de genou dans tes parties.
– Pff, fais comme tu veux, abandonna Deathmask qui n'avait clairement pas envie de se battre pour le moment. Allez, on se casse.
Le Cancer partit devant et dépassa le poisson sans même lui accorder un regard. Shura, lui, lui donna une accolade, et Misty s'inclina poliment.
– Qui es-tu, toi ? demanda Aphrodite.
– Je m'appelle Misty et je viens avec vous au Sanctuaire.
– C'est un enquiquineur, dit Deathmask au loin. Si Shura n'était pas là, il cramerait avec les autres.
– Il s'est éveillé au cosmos, expliqua l'espagnol, et il a tué plusieurs de ses frères avec son pouvoir. Ses capacités pourraient intéresser le Grand Pope, le Sanctuaire manque cruellement de chevaliers.
Il était vrai que la plupart des apprentis s'enfuyaient devant la dureté de l'entrainement, et ils étaient par la suite exécutés pour acte de rébellion, ou bien ils mourraient carrément des suites de leurs blessures multiples. Parfois l'épuisement les achevait, ou encore pire, ils étaient anéantis par leurs rivaux.
– Tu sais dans quoi tu comptes t'engager, petit ? le prévint Aphrodite. Quand bien même tu possèdes quelques capacités, l'entrainement des chevaliers n'a rien d'un cours de sport. Tu vas souffrir atrocement. Tu peux encore choisir de mourir paisiblement ici. Je me chargerai personnellement de t'offrir une douce mort.
– J'ai pris ma décision, répondit Misty déterminé. Je ne flancherai pas, tout comme devant le vieux qui ne m'a jamais touché. Je ne flancherai jamais.
– Il ne t'a pas touché ? s'étonna Shura. Comment fait-il que tu n'aies pas fini au sous-sol alors ?
– Je vous l'ai dit, si on refusait de se faire violer, il fallait se la jouer malin.
– Et alors ?
– J'ai dit que j'avais de l'herpès.
– Rusé en effet, sourit Aphrodite.
– Mais quand même, comment a-t-il pu te garder en vie s'il ne se passait rien ? s'interrogea encore l'espagnol.
– J'ai dit que j'avais un herpès génital, pas buccal, haussa les épaules l'enfant avant de s'éloigner.
Lorsqu'ils furent derrières les grilles, le manoir s'effondra, mais ils ne se retournèrent pas.
La soirée était bien avancée lorsque les trois chevaliers et l'enfant embarquèrent dans le ferry qui devait les conduire jusqu'en Allemagne durant la nuit. De là, ils ne leur manqueraient plus qu'à prendre dans un train direction la Grèce. Bref, de longues heures de voyage en perspective, avec un Deathmask qui ne cessait de râler parce que la présence supplémentaire de Misty allait lapider leurs économies. Il suggéra de balancer le gamin à la flotte avant qu'ils ne prennent les billets, suggestion bien évidemment désapprouvée par ses deux pairs.
– Mais il nous sert à rien, protestait l'italien.
– Si, je l'ai engagé pour qu'il me fasse un massage, dit le suédois.
Aphrodite, quant à lui, se plaignait que Deathmask ronflait. Il n'était pas question de passer une nuit de plus dans la même chambre que lui. Au final, le groupe réserva deux chambres doubles dans le ferry, histoire que les deux grincheux n'aient pas à se supporter cette nuit. Le cancer dormirait avec Shura, tandis que le Poisson avait adopté Misty, le jugeant bien joli et avec de bonnes réparties.
Bah, même s'il aimait la paix et la tranquillité de son temple que tout le monde évitait, Deathmask n'avait aucun problème avec Shura. Il qualifierait presque l'espagnol d'ami, même si l'amitié n'avait pas réellement sa place dans la chevalerie. Mais disons que pour lui, il se donnerait peut-être la peine de se bouger les fesses pour l'aider.
Fatigué, Deathmask s'était installé sur sa couchette et somnolait, attendant le retour de Shura qui était sorti fumer. Ça faisait déjà une heure. Il tombait le paquet ou quoi ? Quoique, c'était bien possible. Le capricorne arborait une mine consternée depuis qu'ils avaient quitté le manoir. Allons bon, il n'était quand même pas en train de broyer du noir ? Ce serait bien son genre à l'épris de la justice. Il y avait souvent des fois où Deathmask ne comprenait pas ses états d'âme.
L'italien soupira, se tourna dans son lit, attendit un peu, écouta les bruits du couloir, mais rien. Agacé, il se releva et monta sur le pont pour y retrouver Shura à l'arrière du ferry, assis sur un banc, les yeux au ciel.
– On se caille, merde, jura Deathmask.
– Tu ne dors pas ?
– J'y arrive pas.
– T'as besoin de quelqu'un pour venir te border et te chanter une berceuse ? Demande à Aphrodite.
– Comme si j'allais demander quelque chose à ce trou du cul qui se prend pour un dieu. J'pige toujours pas que ce mec soit chevalier.
– Et toi donc, Deathmask ? N'as-tu pas ne serait-ce qu'un peu de remord dans ce que nous venons de faire ?
– Je savais que t'étais en train de broyer du noir.
– C'était des gosses, Deathmask.
– Hé, combien de gamins meurent au Sanctuaire ?
– C'était pas des apprentis, juste des mômes paumés qui voulaient vraiment défendre leur « bienfaiteur », et on les a tués.
– C'était le mieux pour eux.
– Je sais, il n'empêche que j'éprouve des remords à ôter la vie d'innocents, même si c'est le mieux pour eux comme tu le dis si bien.
Deathmask voulait soupirer, mais il se garda bien de le faire. Au lieu de ça, il vint s'asseoir aux côtés du Capricorne, sortit une cigarette et en proposa une au brun qui l'accepta volontiers.
– Si tu veux, j'ai quelques herbes pour t'aider à te détendre, lui proposa Deathmask en allumant la cigarette de Shura.
– Non merci. Je ne touche pas à ça.
– Trop sérieux, mon pote. Vraiment trop sérieux. Ça te perdra. Tiens, approche ton mégot que je puisse allumer la mienne.
– Tu peux pas te servir de ton briquet ?
– Je les mains froides.
– T'as vraiment réponse à tout.
– Y a pas que la force physique qui compte. Une bonne répartie verbale, ça aide bien aussi dans ce monde.
Shura inspira une grande bouffée de nicotine et rejeta la tête en arrière. Il semblait réellement anéanti.
– Est-ce que ce qu'on a fait était réellement juste ? On est pas des Dieux, pourquoi on se permet de décider que ces gosses devaient mourir.
– Tu te poses trop de question, vieux.
– Comment tu fais toi, Deathmask, pour rester aussi insensible ?
– J'ai troqué mon cœur contre cette armure ?
– Ah vraiment ? T'es bien sympa avec moi pour un type qui n'a plus de cœur.
– Bah, moi-même j'me l'explique pas. T'es bien beau, Shu', et pas que physiquement.
– Trop aimable, répliqua Shura nullement affecté.
– Tu m'rappelle des gens que j'ai connus avant. Des gens trop bons, bien gentils, qui sont morts justement parce qu'ils croyaient en une justice impossible dans ce monde rempli d'inégalités. Des faibles assassinés ! Mais toi, t'es différent. Tu portes une armure sacrée. Tu te feras pas buter par des péquenots, c'est ton bon cœur qui te tuera, Shura. Et bordel, ça s'rait bien dommage ! A qui je vais taxer des clopes si tu passes l'arme à gauche ?
– Je vais pas mourir.
– Tu parles ! Tu sembles sur le point de te jeter à la flotte.
– Si je me jette à la flotte, ça sera simplement pour sauver quelqu'un de la noyade. Si je peux sauver des gens avec ma force, je le ferai. Si j'avais pu sauver ces gosses, je l'aurais fait.
– Tu devrais laisser pisser. Ces gosses, ils sont mieux là où ils sont plutôt que de devenir des animaux de foire dans une société impitoyable. Le monde est laid Shura.
– Alors pourquoi notre Déesse le défend ? Pourquoi Athéna s'évertue à se réincarner pour ce monde ?
– Va savoir, haussa les épaules l'italien. Idéalisme probablement. Moi, j'comprendrai jamais les meufs et leurs rêves de licorne et d'arc-en-ciel.
– J'aimerai tellement la rencontrer. Ne serait-ce que la voir, sentir son aura, je pense que ça me redonnerait espoir en notre mission.
– Rêve pas mon pote. Le parrain te laissera jamais poser tes yeux impurs sur elle.
– « Le parrain », rit Shura en reprenant les mots de l'italien. Tu te crois à la mafia ? T'es un vrai cliché sur patte, Angelo.
– M'appelle pas comme ça, maugréa le Cancer. Bordel, j'aurais dû faire comme l'autre poiscaille et enterrer mon nom de naissance
– J'le trouve pas si mal, moi.
– Trop doux. Bien trop pour le monstre que je suis devenu. Mais j'te rassure, je regrette rien. Moi, contrairement à d'autres, j'suis vivant et j'peux profiter d'une clope en bonne compagnie.
Ils restèrent silencieux, à regarder le ciel noir dépourvu d'étoiles, jusqu'à finir de consumer leurs mégots. Sans hésiter, Deathmask balança les restes à la mer, Shura fit de même.
– Tiens, tu vas pas me dire que je pollue ? ricana le Cancer. T'aurais-je contaminé avec ma bad boy attitude ?
– C'est moins risqué de le jeter à l'eau.
– Evidemment ! Qu'avais-je en tête ? Comme si toi, Shura du Capricorne, tu pouvais devenir mauvais.
– Visiblement, on est très différent. Alors pourquoi tu me côtoies, Deathmask ? Je serai presque plus à l'aise si tu me raillais comme Aphrodite.
– T'as vraiment intégré son nom à l'autre gonzesse.
– C'est plus commode que de toujours dire le chevalier des Poissons, se justifia Shura. Et fais gaffe à ce que tu dis, je pense pas qu'il te faisait des menaces en l'air.
– Peuh, comme si j'allais me faire battre à un mec aussi délicat.
– C'est une façade, Deathmask. Un masque professionnel.
– Qu'est-ce que t'en sais ? T'as couché avec lui ?
– Peut-être, laissa supposer Shura avec un sourire énigmatique avant de revenir vers les cabines, mais dans les poches.
– Quoi ? Attends, t'as pas osé ? Hé, Shu' !
Le Capricorne s'éloignait du pont, sourire aux lèvres. Il ressentait toujours ce poids dans sa poitrine, cette culpabilité de n'avoir pu sauver tous ces innocents qui n'étaient qu'à l'aube de leurs vies, mais discuter avec Deathmask, il ne saurait le comprendre, ça avait quelque chose d'apaisant. Le chevalier du Cancer faisait son possible, à sa manière, pour qu'il s'allège la tête.
Subitement, Shura sentit quelqu'un lui agripper fermement le bras et le retourner brusquement. Deathmask empoigna ses cheveux pour rapprocher son visage et l'embrasser avec ardeur, surprenant l'espagnol qui ne s'attendait pas à ça.
– Ose dit que la gonzesse embrasse mieux que moi.
– Qu'est-ce que tu fabriques ?
– J'en sais rien, ça me fait juste chier que tu broies du noir comme ça. Puisque tu veux pas fumer de l'herbe, on n'a qu'à oublier nos tracas avec du sexe.
– T'es direct !
– J'suis un mec, pas une putain de gonzesse. D'ailleurs, c'est pour ça que je préfère me taper des mecs. Ils sont pas là à se poser mille questions.
– Tu sais juste pas t'y prendre avec les filles.
– Pourquoi, t'as déjà couché avec des meufs ?
– Oui.
– Et avec des mecs ?
– Non.
– Donc, t'as pas couché avec Aphrodite. Tu me rassures !
– Toi aussi t'as intégré son nom.
– Rah, laisse tomber, railla Deathmask qui effectivement commençait à s'habituer à ce nom. Mais du coup, ça te dit pas d'essayer ? Ou t'es vraiment pas de ce bord ?
– Tu lâches pas l'affaire, toi.
– Je veux surtout pas te lâcher, toi.
– Hmph, trop aimable, dit encore Shura en continuant son chemin vers les cabines.
– C'est tout ce que tu trouves à dire quand t'es embarrassé !
– Je suis pas embarrassé.
– Si, tu l'es.
Shura l'ignora et rejoint sa couchette, plus touché qu'il voulait bien l'admettre. Deathmask n'était pas connu pour se montrer aimable avec qui que ce soit. Pour des raisons étranges, il possédait le prestige de faire partie des gens qu'estimait le cruel chevalier du Cancer. Aubaine ou malédiction ? C'était trop tôt pour le dire. Mais quoi qu'il en soit, Deathmask, malgré son vocabulaire des plus crus, se montrait bien prévenant avec lui. Depuis la trahison d'Aiolos qui était comme un modèle pour lui à l'époque, Shura était solitaire, méfiant, encore plus avec ceux qui paraissaient bien auréolés. Avec Deathmask au moins, c'était clair et net. Il n'avait pas affaire à un faux samaritain, mais bien un assassin au cœur froid. S'il venait à le trahir, Shura n'en serait même pas étonné.
– Alors, t'es décidé ? demanda l'italien qui le suivait. J'veux pas t'violer, tu sais. Puis ça t'engage à rien, hein ? Les relations sentimentales, c'est pas mon truc. C'est juste se détendre quoi, passer du bon temps entre mecs. Et si ça t'plait pas, ben j'aurais plus qu'à compter sur ma fidèle main droite, mais j'vais pas t'forcer.
– Pourquoi moi ?
– Ah ben déjà, autant se l'avouer, t'as une belle tronche. J'adore ton regard ténébreux. J'suis sûr que tu te dérides même pas pendant l'amour. Et puis ton corps, plutôt bien foutu. N'importe qui serait intéressé.
– Et pour le reste ? Ta sympathie, tout ça.
– De tous au Sanctuaire, t'es le moins chiant. Le Bélier ? On voit jamais sa gueule. Le Taureau ? Juste un gros tas de muscle qui renifle des fleurs. Pitoyable ! Les Gémeaux ? Disparu de la circulation, et j'me méfie des constellation doubles, moi. Le Lion ? Marre de l'entendre chouiner qu'il est pas un traitre comme son frère et gnagnagna. Une vraie lopette avec une trop grande gueule, et en plus je le supportais pas gamin. La Vierge ? Trop perché. La Balance ? Euh non, la gérontophilie, c'est pas mon truc. Le Scorpion ? Trop grande gueule comme Aiolia, même s'il est putain bien foutu lui aussi pour un gamin de quatorze ans, je le nie pas. Mais j'lui fait pas confiance à l'insecte. A coup sûr qu'il voudra me planter son dard dans le cul sans y mettre les formes, alors non merci. Le Verseau ? Il est en Sibérie et puis bon, j'ai pas tellement besoin de me justifier, hein ? Putain de français hautain ! Le Poisson ? J'ai dit que les gonzesses m'intéressaient pas. Donc ben voilà, il reste que toi. Et en plus tu fumes comme moi.
– Je t'intéresse parce que tu peux potentiellement me taxer des clopes, se dit Shura qui réfléchit un instant avant de répondre. Ok, ça me va.
– Vraiment ?
– J'aime pas les grands discours mensongers.
– J'suis pas un politicien de merde.
– Encore heureux.
– Bon alors, t'es partant ?
Allongé sur sa couche, Shura regarda le plafond. Il n'avait pas du tout sommeil. Les images de ces cadavres d'adolescents le hantaient. Se donner du plaisir pour oublier, pourquoi pas après tout. Il préférait encore ça que se bourrer de médoc.
– A condition qu'on interchange les positions. Y a pas de raison que ça soit toujours moi le dominé. T'es vraiment prêt à t'en recevoir une, car ça avait pas l'air de t'enchanter avec Milo.
– Si c'est avec toi, je sais que tu f'ras gaffe. T'es vraiment trop respectueux, mon cher. Je crois que c'est ça que j'aime le plus chez toi.
Note de l'auteur : Merci d'avoir lu
Franchement, ça fait presque de la peine pour Shura qui n'est pas un mauvais gars et veut vraiment servir la justice, alors qu'il se fait duper par Evil Saga. Et j'adore écrire DM, sa nonchalance cruelle qui fait qu'il tue comme il respire (rien d'anormal quoi) et sa franchise souvent vulgaire. J'ai bien aimé le comparer à l'ange de la mort de part ses pouvoirs et son nom.
De base, je voulais même aller plus loin, les ramener jusqu'au sanctuaire, notamment faire une petite scène où Milo « séduit » DM mais se fait rembarrer, Evil Saga x Aphro avec Saga qui aurait demandé à Aphro de l'appeler Arès. On le nommait bien comme ça dans la VF et même dans Saintia Sho, et sachant que dans la mythologue, Aphrodite a été la compagne de Arès, la référence me plaisait bien.
Mais au final, j'ai plutôt écrit cette scène entre Shura et DM et c'était la scène que j'ai le plus aimé écrire.
Petit aparté sur le pouvoir qu'utilise Misty quand il fait éclater son cosmos. Je rappelle que l'attaque de Misty, Mavrou Tripa, consiste à manipuler l'air à grande vitesse et créer un tourbillon. C'est donc les prémices de cette attaques qu'il utilise sans même s'en rendre compte, tuant ses frères d'un coup par projection ou perforation des organes internes.
