TALLNESHIA

Chapitre 16

Meeting in the flames


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« Tally ! À TERRE ! »

Dès qu'elle entendit l'ordre du pyromancien dans son dos, la jeune femme enfouit un genou dans la boue collante et se plia en deux, laissant le champ libre à son ami. Elle avait appris depuis longtemps à faire confiance à Balthazar et à ne pas passer trente ans à s'interroger lorsqu'il lui criait de faire ceci ou cela, même si ce qu'il lui demandait pouvait paraître farfelu au premier abord. Il en allait de leur survie à tous les deux. Et aussi étrange que pouvaient parfois être ses plans, ils se révélaient souvent efficaces.

Une vague de chaleur lui réchauffa le dos pendant quelques secondes, alors que de longues flammes jaillissaient des paumes de l'homme dressé derrière elle et incendiaient en arc de cercle tout ce qui leur faisait face. Tallneshia releva légèrement la tête pour observer la réaction de leurs ennemis, entre les langues de feu orangées et les quelques mèches noires qui lui retombaient devant les yeux. La tribu de gobelins s'était reculée. Les plus proches d'entre eux, qui s'apprêtaient à leur bondir dessus, s'étaient fait toucher par les flammes ardentes du pyromancien et étaient passés en dernière ligne, couinant de douleur, serrant contre eux leurs membres carbonisés. Un sourire triomphant ornait les lèvres de Balthazar. Le feu instable et impétueux sur qui il exerçait son contrôle se reflétait dans ses yeux. Une fois son sortilège achevé, Tallneshia se redressa et fit deux pas en arrière pour se placer à ses côtés, ses couteaux de combat entre les mains.

Les Aventuriers étudièrent la situation. Un demi-cercle incandescent les séparait désormais de leurs adversaires. En face, celui qui paraissait être le chef du petit groupe siffla un ordre au reste de sa troupe. Certains s'écartèrent. Une flèche traversa les flammes, rata sa cible d'un bon mètre et partit se perdre dans les fourrés.

« Balthazar, les deux sur la gauche ont l'air excités. » marmonna Tallneshia en les surveillant du coin de l'œil.

« Vu. Et j'pense que ces bâtards vont essayer de grimper aux arbres pour passer par au-dessus, fais gaffe. »

« Prévisions d'aujourd'hui : dans la forêt de Carnet, une pluie de gobelins est prévue, sortez vos parapluies. » plaisanta la jeune femme, le visage crispé sous l'effet de la concentration.

« Décidément, ton humour s'améliore de jour en jour ! » la charria Balthazar.

Il tendit le bras sur la gauche d'un geste brusque. Obéissant à son ordre muet, ses flammes se décalèrent dans cette direction, bloquant totalement le passage aux deux monstres qui crièrent de rage dans un langage que ni l'un, ni l'autre ne comprenait. Le feu face à eux diminua en conséquence, ce qui permit à l'un de leurs opposants de tenter une percée. Attaque qui fut rapidement contrée et retournée par Tallneshia, prête à réagir. Avant que le gobelin n'ait eu le temps d'abattre sa masse, ni de comprendre d'ailleurs ce qu'il lui arrivait, l'éclat argenté d'une lame lui entailla profondément le bras, lui faisant lâcher son arme, et d'un coup de pied, la jeune femme le renvoya aux siens à travers les flammes.

« Bien joué, Tally. » lâcha Balthazar.

Il leva soudain les yeux et brandit ses paumes vers le haut. Sous la puissance de son sort, ses longs cheveux bruns volèrent autour de son visage et les pans de sa robe de mage claquèrent contre ses jambes. Sans qu'il ne s'en rende compte, le fond de ses yeux se mit à rougeoyer. Mais ce n'était pas encore assez puissant pour que Philippe soit tenté de se rebeller. Balthazar savait où se trouvaient ses limites, et ne les dépassait qu'en dernier recours.

« Sortez vos parapluies… DE FEU ! »

Un dôme orangé les surplomba, faisant retomber des traînées incandescentes tout autour d'eux… Et brûlant les deux ou trois créatures qui s'étaient hissées dans les branches et s'étaient jetées sur eux depuis les hauteurs. De nouveaux cris de douleur résonnèrent, des grésillements se firent entendre et une odeur de chair brûlée se répandit dans l'air. Le pyromancien fronça exagérément le nez avec dégoût et poussa du bout du pied le morceau de cadavre carbonisé qui était retombé près de lui, avant de tapoter tranquillement les quelques flammèches qui commençaient à embraser les brins d'herbe alentour pour les empêcher de s'étendre davantage.

« Balthazar… Je crois pas que ça soit utile, ce que tu fais… »

L'inquiétude dans la voix de Tallneshia le poussa à relever les yeux… pour tomber sur une vision d'apocalypse.

Trop absorbé par leur combat, il n'avait pas pris garde à canaliser ses flammes. Celles-ci s'étaient répandues à la végétation environnante, rapidement, carbonisant les buissons proches et noircissant les troncs d'arbres. Face à eux, réalisant dans quel enfer ils se trouvaient à présent, les goblins s'étaient enfuis, pas fous. Mais c'était une bien terne victoire pour les Aventuriers, car eux aussi se retrouvaient à présent prisonniers du feu, sans aucune issue possible. Malgré leur situation précaire, le jeune homme haussa un sourcil admiratif. L'élément instable et ravageur exerçait toujours autant d'attrait sur lui.

« Wahou ! C'est moi qui ai fait ça ?! »

« Faut croire… Comment on se sort de là ? »

Balthazar ne répondit pas immédiatement, continuant d'observer le brasier qui les entourait, comme hypnotisé par la dangereuse danse mouvante des arabesques orangées. Tallneshia se plia soudain en deux, la gorge irritée par la fumée qui s'épaississait de seconde en seconde. Sans ces flammes et cette odeur de brûlé, ils auraient presque pu croire que la forêt était simplement plongée en plein brouillard.

Il reprit ses esprits en entendant son amie tousser à s'en arracher les cordes vocales. Cessant de contempler béatement les flammes, il se concentra et jeta un coup d'œil circulaire autour d'eux à la recherche d'une solution. Ce qu'il vit ne le rassura pas vraiment, le faisant jurer entre ses dents.

« Et merde… Ça s'étend beaucoup trop vite… »

Sa sœur de cœur se décala sur le côté pour venir se coller à lui, reculant face au brasier qui gagnait inexorablement du terrain. Il écarta distraitement quelques mèches de cheveux de son front couvert de sueur. Même lui commençait à trouver la chaleur étouffante… C'était dire dans quel pétrin ils se trouvaient. Mentalement, il se traita de sombre crétin. Il n'y avait bien que lui pour avoir la brillante idée de se défendre contre des ennemis à coup de traits enflammés, dans une forêt, en pleine canicule d'été ! Non mais quel abruti.

« Ok, euh… Reste près de moi. Ça devrait aller. »

Elle hocha la tête sans rien dire, frottant d'un revers de main moite ses yeux que la fumée piquante faisait pleurer malgré elle. Balthazar focalisa son attention sur les flammes les plus proches, et au bout de quelques secondes, parvint à leur imposer sa volonté en les faisant se reculer légèrement. Mètre par mètre, il parvint ainsi à leur frayer un passage au cœur de l'incendie.

Sur leur trajectoire, un arbre carbonisé dont le tronc s'était fragilisé s'effondra dans un immense craquement, les faisant tous les deux reculer dans un saut salutaire. Le demi-diable poussa légèrement son amie pour la préserver du feu dans lequel lui-même atterrit à moitié. Sa nature faisait qu'il ne le craignait que peu de base, et sa robe de pyromage réduisait les dommages qu'il lui causait, mais ce n'était pas le cas de Tallneshia, loin de là.

Ils gaspillèrent de longues minutes pour contourner prudemment l'arbre qui leur barrait la route. Balthazar parvenait tant bien que mal à supporter cet enfer, qu'il ne trouvait pas si désagréable que ça, dans le fond, et qui lui rappelait même avec une pointe de nostalgie les terres volcaniques sur lesquelles ils étaient partis se perdre pendant quelques semaines, lorsqu'ils s'étaient aventurés par-delà les montagnes de l'Est. Mais pour Tallneshia, c'était une autre histoire. L'une des manches de sa robe de mage plaquées contre sa bouche, elle toussait de plus en plus et peinait à respirer. L'atmosphère ambiante l'affaiblissait. Bientôt, elle se mit à trébucher sur les racines des arbres, qu'elle avait du mal à distinguer, et dut plusieurs fois se retenir à son ami pour ne pas tomber. Continuant à écarter les flammes d'une main, le pyromancien passa l'un de ses bras par-dessus ses épaules pour la soutenir de son mieux.

« On y est presque, Tally, c'est bientôt fini… » lui murmura-t-il nerveusement.

C'était un mensonge. Même si elle s'en doutait, elle lui adressa néanmoins un regard reconnaissant et ils continuèrent à avancer, étourdis par le crépitement assourdissant du brasier au cœur duquel ils étaient toujours plongés et qui semblait s'étendre à l'infini. Le feu se propageait bien plus rapidement qu'ils ne se déplaçaient, et ils s'étaient déjà profondément enfoncés dans la forêt lorsque le groupe de gobelins leur était tombé dessus. Balthazar les dirigeait au hasard, désorienté par les flammes et la fumée. Pour être honnête, il ne savait même pas dans quelle direction ils allaient…

Il crut soudain distinguer la voix épuisée de la jeune femme et s'immobilisa pour l'écouter.

« Hé… T'as rien entendu ? »

« Non, j'aurais dû ? »

À peine le pyromage avait-il prononcé ces mots qu'il perçut vaguement un bruit de toux, qui n'émanait cette fois ni de Tallneshia, ni de lui. Le son étouffé provenait de leur droite, et était clairement d'origine humaine. Masculine, même, vu l'écho lointain de voix qui s'ensuivit. Sachant pertinemment qu'il n'avait pas rêvé, Balthazar soupira en se mordant les lèvres avec inquiétude, pris entre deux feux. Il savait exactement à quoi pensait son amie.

« On doit sortir de là nous aussi, Tally... »

« C'est pas un pyromancien comme toi. Lui, il a aucune chance. » articula-t-elle difficilement entre deux quintes de toux.

« Qu'est-ce que t'en sais ? »

Elle se força à reprendre un peu d'assurance sur ses jambes tremblantes et repoussa doucement le bras que Balthazar avait passé autour de ses épaules pour l'aider à se maintenir debout. Il grogna en la sentant s'appuyer sur lui malgré tout.

« Ok, ok. Mais je veux te sortir de là avant ! »

« Tu vas peut-être avoir besoin d'aide. »

« C'est pas vrai, Tallneshia ! Tu vas finir rôtie là-dedans ! »

Elle l'ignora, allant même jusqu'à commencer à s'avancer avec hésitation parmi les braises ardentes. Il ne la laissa pas s'éloigner et la rattrapa bien vite, écartant d'un ample mouvement de bras les imprudentes flammes qui auraient eu l'audace de l'approcher d'un peu trop près.

« Bon sang… Une fois avec Lita, ça t'a pas suffi ?! »

La jeune femme serra les dents sans lui répondre, se retenant de toutes ses forces pour ne pas plaquer une paume moite contre son front brûlant. À la mention de cet incident datant de quelques années auparavant, Shyrnhaâm s'était imperceptiblement agitée en elle. D'autant plus que la nuit de son prochain réveil approchait… mais pour l'heure, elle était encore suffisamment lointaine pour que la seule volonté de Tallneshia suffise à dominer l'entité maléfique.

Ce fut dans une ambiance tendue que les deux Aventuriers poursuivirent leur progression au cœur du brasier, ouvrant grand les yeux et tendant l'oreille pour discerner le moindre mouvement ou nouveau bruit de toux susceptible de les orienter. Balthazar reprit bientôt la tête de leur expédition, puisant dans ses pouvoirs pour contrôler de son mieux l'incendie qui faisait rage autour d'eux. Son amie songea à protester, mais un regard assassin du mage l'en dissuada. Ce n'était pas uniquement son insistance à vouloir aller aider ce parfait inconnu au péril de leurs propres vies qui le rendait taciturne depuis plusieurs minutes, et Tallneshia le savait bien. Il était confronté au même problème qu'elle un peu plus tôt : utilisée à l'excès, sa pyromancie forçait l'éveil de sa part démoniaque…

« Philippe va pas tarder à se pointer, à ce rythme-là. » grommela-t-il. « On a intérêt à lui mettre rapidement la main dessus, à ce type. »

« Ça vaudrait mieux pour tout le monde. » confirma-t-elle sombrement, la gorge sèche.

Ils échangèrent un bref regard, avant de tourner la tête d'un même mouvement lorsqu'une quinte de toux, plus faible que les précédentes, se fit entendre.

« Par là. » lâcha seulement Balthazar en s'avançant entre les flammes, Tallneshia sur ses talons.

Après quelques pas et un coup de pied prudent dans un gros bout de bois incandescent pour l'écarter de leur passage, le pyromancien parvint à leur dégager un chemin jusqu'à une zone recluse, enfumée mais encore relativement épargnée par le brasier. Pour combien de temps, cela, il n'en savait rien. Ils ne devaient pas traîner.

Effondré dans la terre et l'herbe brunie, un homme en armure tentait de ramper sur le sol pour échapper à cette fournaise. Tallneshia vit Balthazar froncer les sourcils, et sentit dans le même temps une connexion mentale s'établir entre elle et lui. Elle lui ouvrit son esprit sans hésitation. Les premières fois, quand il manœuvrait ainsi sans la prévenir, elle le rejetait instinctivement. Mais depuis le temps, elle avait fini par en prendre l'habitude.

« Bordel, c'est un paladin. » jura-t-il en observant l'inconnu sans s'en approcher.

« Oh... »

Il jeta un regard en coin à Tallneshia. Elle aussi était en train d'observer l'homme avec hésitation.

« On fait quoi ? »

« On va pas le laisser là... » soupira la jeune femme. « Même si je me doute que nos démons respectifs adoreraient l'idée. »

« Pff… Bonne conscience de merde. »

Tout en traînant des pieds et en marmonnant dans sa barbe, aussi bien audiblement que mentalement, Balthazar avança à contrecœur jusqu'au guerrier mal en point. Il se pencha en avant et l'attrapa. L'homme émit un glapissement de protestation et de douleur mêlées, mais n'avait pas assez de forces pour lutter contre le mage. L'acier de son épaulière était brûlant contre sa paume, mais sa nature de demi-diable le lui faisait à peine ressentir. Il grimaça néanmoins sous le poids de l'armure qu'il lui fallait déplacer. Et dire que ces tarés de paladins se portaient ça sur le dos à longueur de journée !

Balthazar retourna l'inconnu sur le dos, ignorant royalement ses plaintes étouffées… Et bondit en arrière d'un seul coup, comme s'il s'était brûlé.

« Putain mais c'est pas vrai ! Douze millions d'Églises dans ce foutu Cratère et faut qu'on tombe sur un paladin de la Lumière ! »

« C'est un… ? »

« Ouais. »

Pendant leur bref échange mental, deux iris azurés s'étaient braqués sur eux.

« Vous êtes qui ?! »

« Tallneshia, s'il se rend compte de qui on est, on est morts ! Il en aura rien à carrer qu'on lui ait sauvé la vie ! »

« Je sais ! » rétorqua-t-elle abruptement sous l'effet du stress. « Mais c'est trop tard, maintenant… Je me le pardonnerai jamais si on le laisse crever ici. Et je sais que toi non plus. »

Sa voix s'était radoucie sur ses derniers mots. Balthazar la dévisagea en silence, suivant du regard les traînées de suie qui la maculaient, jusqu'à ses yeux mauves noyés de larmes, dans lesquels se reflétait une résignation amère. Elle ne faisait pas ce choix par gaieté de cœur, non. Mais la compassion était malheureusement la plus grande qualité qui les différenciaient de leurs parties démoniaques.

« Vous êtes qui ?! Qu'est-ce que vous foutez là ?! » répéta l'inconnu d'un ton agressif en reculant légèrement.

Un arbre dont il n'avait pas remarqué la présence se trouvait sur sa trajectoire. Son épaule le percuta et il pinça les lèvres, les traits crispés, retenant un son de douleur. Il était blessé, mais sa fierté de paladin lui interdisait d'exposer la moindre de ses faiblesses à de potentiels ennemis.

« On pourrait te poser la même question. » finit par soupirer Balthazar. « Tu peux te lever ? »

« Me touche pas. » gronda l'homme, sur la défensive face à la main que le mage tendait vers lui.

« Alors debout, si tu veux pas finir en grillade ! Je vais nous sortir de là. »

Avec une mauvaise foi évidente, le paladin se leva, en limitant au maximum l'usage de l'un de ses bras. Le demi-diable l'observa faire sans chercher à l'aider. Il le dissimulait, mais il était clairement blessé à l'épaule gauche, et l'atmosphère ambiante le désavantageait. Mais il avait l'air assez musclé sous son armure, et il était toujours armé. Mieux valait se méfier.

« Me dis pas que t'es pyromage ? » tiqua l'homme en apercevant Balthazar tendre ses bras vers les flammes.

« Pourquoi, ça te pose un problème ? »

Après tout, il se proposait de le tirer de ce mauvais pas… Malgré son envie d'insister, le guerrier se contenta de secouer la tête. Pour l'heure, le plus urgent était de trouver une échappatoire. Ensuite… Il pourrait s'interroger plus longuement au sujet de ces mages venus à son secours, et qui par une étrange coïncidence, correspondaient parfaitement à la description des deux personnes qu'il retrouvait sans cesse dans les comptes-rendus de ses collègues paladins…

« Minute. » marmonna-t-il sombrement sans bouger de là où il se trouvait, alors que ses nouveaux compagnons improvisés s'éloignaient, suivant sagement la piste créée par le pyromancien. « Lumière est encore dans le coin, je l'ai entendu hennir. Je partirai pas sans elle. »

« Fallait le dire tout de suite si tu préférais qu'on te laisse en tête à tête avec ta déesse. » ironisa Balthazar entre ses dents, acide, ayant à peine écouté les mots du paladin dans son dos.

« C'est de ma jument que je cause, crétin ! »

Il siffla un ou deux coups brefs. Les sons firent sursauter Tallneshia et agressèrent l'audition sensible du demi-diable, qui n'y était par préparé. Celui-ci se retourna vers lui, s'apprêtant à l'incendier copieusement, lorsqu'un faible hennissement lui répondit au loin. Malgré leur situation pour le moins critique et ses propres blessures, le regard de l'homme s'éclaira.

« Là-bas. Il faut que j'aille la… »

« Minute papillon. T'as vu ton état ? » l'arrêta Balthazar avec fermeté. « T'iras nulle part, mon gars. »

« C'est pas un mage à la con qui va me dire ce que je dois faire ! » s'emporta l'inconnu.

Tallneshia recula discrètement. Il semblait sur les nerfs, à deux doigts d'empoigner son épée pour les en menacer. C'était idiot comme réaction, ils étaient tous les trois dans le même bateau… mais la jeune femme avait depuis longtemps cessé de chercher à comprendre la logique des membres de l'Église de la Lumière.

« Le pousse pas à bout… Il a l'air prêt à en venir aux mains. »

« J'ai remarqué. » ironisa son compagnon d'une voix où il tentait de contenir son exaspération. « Mais tu veux qu'on fasse quoi ? »

« Je vais y aller. » annonça Tallneshia à voix haute.

« Quoi ? » s'exclamèrent les deux hommes en chœur.

« Je vais chercher ta jument. Lumière, c'est ça ? »

Hébété, le paladin se contenta d'un hochement de tête, pendant qu'à côté de lui, le mage levait les yeux au ciel.

« Tally, c'est qu'un stupide canasson ! »

« Eh. » grommela l'inconnu.

« Si ç'avait été Brasier, j'aurais fait pareil ! » répliqua-t-elle farouchement.

« Mais Brasier c'est un… oh, et puis merde. » abdiqua-t-il en coulant un regard méfiant en direction du membre de la Lumière.

De toute manière, il savait qu'il ne gagnerait pas la partie. Depuis qu'ils se connaissaient, il avait toujours été incapable de lui résister lorsqu'elle avait une idée précise derrière la tête. Et ils avaient déjà perdu bien trop de temps. Tallneshia fixa leur camarade d'infortune.

« Je te la ramène. On se retrouve le plus vite possible… loin de cet enfer ! »

Sans leur laisser le temps de répliquer quoi que ce soit, elle tourna les talons et partit en courant dans la direction d'où les hennissements provenaient. Instinctivement, sans qu'ils aient besoin de se concerter, les deux hommes s'accordèrent pour l'aider de leur mieux. Le paladin siffla une nouvelle fois pour qu'elle puisse localiser sa monture, tandis que d'un geste du bras, Balthazar écartait les flammes les plus proches pour faciliter son départ.

« Sois prudent avec ce type. » lui demanda-t-elle.

« Compte sur moi… » marmonna-t-il mentalement, avant de lui renvoyer une pensée inquiète : « Fais attention à toi, Tally… Reviens en un seul morceau. »

« C'est promis. »

Durant quelques minutes, Tallneshia sentit encore auprès d'elle la présence rassurante de son frère de cœur. Mais celle-ci finit par s'atténuer avant de disparaître totalement, Balthazar n'étant capable de maintenir sa connexion télépathique que sur une certaine distance. Désormais, elle était bel et bien seule au cœur de la fournaise ardente, qui la faisait peu à peu étouffer – et ce n'était pas qu'une impression. Perdue, elle finit par se diriger au hasard, tentant de reproduire les sifflements qu'avait émis le paladin de la Lumière. Au bout de quelques essais, un piaffement tout proche lui répondit, et au détour d'un énorme tronc léché par les flammes, la jeune femme tomba enfin sur l'animal qu'elle recherchait.

La jument blanche tachetée de beige par endroits était elle aussi maculée de suie. Sa selle et ses rênes étaient encore en bon état, quoiqu'un peu roussis par endroits, comme ses crins clairs. Tallneshia s'approcha avec prudence, sifflant doucement pour faire remarquer sa présence à la créature et qu'elle ne prenne pas peur. Elle se souvenait de cette fois, quand elle était petite et que Balthazar était parti d'Érodant en la laissant derrière lui. Quand elle l'avait retrouvé avec l'aide de Shyrnhaâm – cela la faisait toujours grincer des dents aujourd'hui – elle avait été si heureuse qu'elle l'avait appelé en criant, ce qui avait effrayé Brasier. L'adolescent avait eu de la chance de ne s'être rien cassé en tombant.

Malgré son approche calme, Lumière s'agita et se mit à hennir. L'atmosphère la stressait. Elle cherchait à s'enfuir, mais l'une de ses jambes arrière étaient entravée par de la végétation et du bois brûlé entremêlés, et elle ne pouvait plus bouger. Tallneshia hocha distraitement la tête, les lèvres pincées, et tira de sa ceinture l'un des deux couteaux que lui avait confié Balthazar bien des années plus tôt.

« Calme-toi, Lumière… Je ne veux pas te faire mal. Ça va aller, je vais te libérer, et après, on s'en ira loin d'ici, on ira retrouver ton maître. Ça va aller, Lumière, calme-toi… »

Les paroles douces de la jeune femme, couplées au fait qu'elle connaissait son nom et l'appelait par celui-ci, contribuèrent à apaiser légèrement la jument, qui accepta de la laisser s'approcher. Elle demeurait nerveuse malgré tout, et chaque seconde comptait. Méthodiquement, Tallneshia cisailla de son mieux les plantes et les racines qui empêchaient l'animal de se mouvoir. Lorsque son couteau, couvert de sève, devint inutile, elle serra les dents et empoigna de ses deux mains les derniers végétaux pour en débarrasser la jument. Dès qu'elle eut le champ libre, celle-ci se dégagea brusquement d'un coup de sabot, que Tally esquiva in extremis. Péniblement, elle se remit debout, avisant d'un bref regard les marques qui striaient la jambe arrière droite de Lumière. Ça devait être douloureux, mais heureusement pas au point de l'empêcher de se déplacer.

Habituée au comportement instinctif et sauvage de Brasier, Tallneshia s'était résignée à l'idée qu'une fois délivrée, Lumière s'enfuirait au triple galop sans demander son reste. Aussi cligna-t-elle des yeux avec stupéfaction en constatant qu'après s'être éloignée de quelques mètres, la jument avait fait demi-tour et était revenue vers elle. La fumée piquait ses paupières, la faisant pleurer et troublant sa vision, au point qu'elle crut un instant qu'elle rêvait. Mais non. La jument semblait à présent l'attendre, lui adressant un regard interrogateur.

Emplie de reconnaissance, Tallneshia s'approcha et se hissa tant bien que mal sur la selle. Elle ne prit même pas la peine de se saisir des rênes : parfaitement consciente du danger qui les entourait, Lumière se hâta de quitter les lieux sitôt qu'elle eut senti le poids de sa nouvelle cavalière sur son dos. Faisant pleinement confiance à l'animal, la jeune femme cessa de lutter et se plia en deux pour tousser tout son soûl avant de s'écrouler sur son encolure, à peine consciente, à demi asphyxiée par les fumées.

Pendant un moment, elle n'eut plus conscience de ce qu'il se passait autour d'elle. Les sons, les odeurs, les lumières, tout se retrouva délicieusement étouffé dans un sombre silence qu'elle savoura. Elle se sentait détendue. Après les dernières minutes particulièrement stressantes, un peu de repos n'était pas de refus…

Quelqu'un qui la secouait brutalement la força cependant à reprendre ses esprits. Elle protesta avec un grognement et entrouvrit les paupières pour foudroyer du regard son tortionnaire. Sans grande surprise, celui-ci n'était autre que Balthazar. Ce qui fut plus déstabilisant, en revanche, fut le profond soupir de soulagement qu'il laissa échapper quand elle ouvrit les yeux, et l'inquiétude dévorante avec laquelle il l'observait.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » grommela-t-elle, peu habituée à ce qu'il la réveille ainsi sans délicatesse.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » répéta-t-il exagérément avec des yeux écarquillés, encore sous le choc de la trouille immense qu'elle venait de lui faire. « L'incendie, tu t'en souviens ? Les fumées t'ont intoxiqué… On a failli te perdre ! J'ai… failli te perdre. » acheva-t-il dans un souffle tremblant.

« T'en fais pas… » sourit-elle timidement, désolée de lui avoir fait peur à ce point. « Shyr… »

« Shhhhht. » l'interrompit-il, les sourcils froncés.

Tallneshia se rappela subitement du paladin de la Lumière qu'ils avaient sauvé des flammes et hocha la tête en pinçant les lèvres, avant de tendre le cou pour voir s'il était toujours là. Il se tenait quelques mètres plus loin, auprès de Lumière. Balthazar en profita pour rouvrir une connexion mentale entre eux, lui permettant de finir sa phrase à l'abri des oreilles indiscrètes de leur nouveau camarade.

« Shyrnhaâm ne m'aurait pas laissé mourir, tu sais bien. Je suis trop importante pour elle. »

« Pour moi aussi. »

Ces trois mots n'avaient rien de surprenant venant de lui, et valaient tous les aveux du monde. Ils se dévisagèrent en silence. La jeune femme détourna son regard améthyste la première, habituée mais pourtant toujours autant frappée au cœur par l'intensité des sentiments qu'elle pouvait lire dans les yeux de son ami.

« Désolée que tu te sois autant inquiété. »

« Bah…T'es revenue en un seul morceau, c'est l'essentiel. » relativisa-t-il, avant de continuer d'un air moqueur, désignant le paladin de la Lumière et sa jument d'un geste du pouce par-dessus son épaule : « Et t'as ramené le canasson de ce crétin, ça nous évitera qu'il nous pique une crise de nerfs. »

Ressentant toujours autant de gratitude envers la jument et son comportement surprenant qui lui avait sans doute sauvé la vie, Tallneshia rappela gentiment au pyromancien tandis qu'elle se levait en grimaçant de douleur :

« Elle s'appelle Lumière. Et Brasier pourrait prendre modèle sur elle, parfois… »

« Brasier est un étalon des Enfers, il a la classe mais il a le QI et les réactions d'une simple bestiole. » admit mentalement Balthazar. « Alors que ta Lumière, là, c'est une monture de guerre. C'est le niveau au-dessus, elle a l'habitude des situations délicates. »

« Je pensais qu'elle allait se barrer, mais elle est revenue vers moi pour que je grimpe sur son dos. »

« Monture de guerre, cherche pas. »

Ils s'assurèrent que Tallneshia n'avait aucun mal à marcher, puis s'approchèrent du paladin et de sa jument. L'homme était en train de flatter doucement l'encolure de Lumière et lui parlait à voix basse, son front collé au sien. En entendant les deux amis arriver dans son dos, il éloigna sa tête de celle de l'animal et se retourna vers eux. Son regard azuré glissa sur Balthazar sans s'y attarder, puis se déposa sur la jeune femme.

« Merci de l'avoir sauvée. »

« Elle m'a sauvée aussi, je n'aurais jamais pu sortir de l'incendie sans elle. » avoua Tallneshia. « On est quittes. »

Elle tourna la tête, profitant du calme pour mieux détailler les blessures dont souffrait Lumière. Sans demander son avis à Balthazar, elle le délesta du sac qu'il portait à l'épaule pour fouiller dedans à la recherche de leurs plantes médicinales. Les deux hommes la regardèrent faire. Devinant sans aucune peine ses intentions, le mage leva de nouveau les yeux au ciel tandis que le paladin haussait un sourcil perplexe.

« Tu fous quoi ? »

« Lumière est blessée. » indiqua-t-elle en désignant sa jambe arrière droite du menton. « Je vais voir ce que je peux faire pour l'aider… Nettoyer ses plaies, au moins. »

Elle commençait à sortir le matériel qui lui serait nécessaire, quand elle perçut en même temps une onde agressive de la part de Balthazar, et un gantelet d'acier s'abattre sur son épaule. Dans un sursaut, elle tenta de se dégager et leva brusquement la tête en direction de l'inconnu, effrayée. Avait-elle fait quoi que ce soit qui les avait trahis ? Mais il la laissa s'éloigner sans chercher à la retenir, se doutant à sa réaction qu'il l'avait surprise.

« Laisse-moi faire. J'suis paladin de la Lumière, je te rappelle. Je peux la soigner… plus efficacement que toi. » ajouta-t-il avec un rictus sarcastique.

Tallneshia ne répondit rien et remit lentement ses affaires dans son sac, surveillant l'homme du coin de l'œil. La présence de Balthazar, qui s'était instinctivement rapproché d'elle pour la protéger, la rassurait. Quant au guerrier, il retourna auprès de sa jument. Il la caressa tranquillement, puis vint positionner une main au-dessus de ses blessures en murmurant une incantation. Une lueur émana de sa paume, éclairant les plaies, et en quelques minutes celles-ci se refermèrent. Malgré toute sa méfiance, la jeune femme ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux, admirative. Elle avait entendu parler de la magie de soin des paladins de la Lumière, mais puisque Balthazar et elle consacraient leurs efforts à tenter de les éviter à tout prix, elle n'avait jamais eu l'occasion de la voir en action. Ça ressemblait à ce qu'il lui arrivait lorsqu'elle buvait du sang pour se soigner, mais ça restait tout de même impressionnant.

« Wahou. » lâcha-t-elle, le plus sincèrement du monde.

L'homme fit le tour de sa monture pour s'assurer que tout allait bien, la flatta une dernière fois, puis la laissa tranquille et revint vers le duo qui l'avait sauvé. De nouveau, il se tourna vers Tallneshia.

« Fais voir tes mains ? »

La question avait été posée sans grande amabilité, mais il n'avait pas l'air spécifiquement menaçant non plus. La jeune femme hésita avant de tendre avec méfiance ses bras devant elle, paumes tournées vers le ciel. Ses mains étaient irritées et présentaient des brûlures par endroits, non pas dues eux flammes, mais qu'elle s'était faites lorsqu'elle avait arraché les derniers végétaux qui entravaient Lumière. Il s'avança vers elle, faisant se crisper les deux amis. Après l'avoir examiné un instant, il imita ce qu'il avait effectué avec sa jument et plaça ses paumes au-dessus des siennes. Une nouvelle lueur apparut et Tallneshia sentit ses mains chauffer doucement alors que sa chair se régénérait magiquement.

« Eh ben putain, heureusement que Shyrnhaâm réagit pas à sa magie curative. » soupira Balthazar dans son esprit. « On aurait eu un énorme problème, sinon. »

Estomaquée qu'un paladin de la Lumière soigne, sans même s'en douter, une hérésie comme elle, Tallneshia n'eut même pas le réflexe de le remercier, se contentant de balbutier sans comprendre :

« Pour… Pourquoi ? »

Il haussa les épaules.

« J'sais pas, p'têtre parce que vous m'avez sauvé la vie. Et puis, c'est pas non plus tous les jours qu'une civile lambda a pour premier réflexe spontané d'aller soigner la monture d'un inquisiteur de la Lumière… »

À ses mots, Balthazar et Tallneshia sentirent leur sang se glacer dans leurs veines. Ils échangèrent un bref regard, et pendant quelques secondes, la même impression les saisit à la gorge : celle d'être des animaux pris au piège.

« Meeeeerde. » fut la seule pensée plus ou moins cohérente du pyromancien, au milieu d'un flot de jurons particulièrement imagés.

« Un inquisiteur ? » répéta la jeune femme en déglutissant, elle l'espérait, le plus naturellement du monde.

« Ah ouais, c'est vrai qu'on s'est pas présentés, encore. » sembla enfin réagir leur compagnon improvisé.

Il se passa une main dans les cheveux, repoussant quelques mèches noires de son front couvert d'une bande de tissu jaune nouée dans sa nuque et dont les deux extrémités lui retombaient dans le haut du dos. Un réflexe lui fit légèrement bomber le torse quand il finit par annoncer :

« Moi c'est Théo de Silverberg. Paladin et inquisiteur de la Lumière. Et vous ? »

« Balthazar Octavius Barnabé Lennon. Ou Bob, pour faire plus court. Pyromage. »

« J'avais cru remarquer, merci bien. » ricana Théo. « Et toi ? »

Il avait beau l'avoir soigné à l'instant, Tallneshia ne lui accordait pas la moindre confiance. Encore moins après avoir appris qu'il était également inquisiteur, en plus d'être un paladin de la Lumière. Elle hésita un quart de secondes, avant d'annoncer simplement :

« Je m'appelle Nesh. »

En face, Silverberg haussa un sourcil dubitatif.

« Ah ? Le pyromane t'a appelé Tally tout à l'heure, pourtant. »

« Pour toi, ce sera Nesh. » répliqua-elle, sur la défensive malgré elle.

Balthazar tenta de l'apaiser mentalement ; mieux valait éviter tout comportement suspect. Il ressentait son angoisse grandissante. Même sans la télépathie, il la connaissait suffisamment pour ça. Rien que le fait qu'elle se fasse appeler par ce surnom qu'elle détestait… cela laissait facilement deviner l'ampleur de la méfiance et de l'aversion qu'elle ressentait pour cet homme.

« Ok, si tu veux. » lâcha Théo, perplexe malgré tout. « Mage de Foudre, je suppose ? »

« Encore en apprentissage. » répondit-elle par automatisme en essayant d'adopter un ton détaché. « C'est pour ça que j'ai pas les épaulières. »

Le paladin hocha la tête.

« J'allais poser la question, justement. C'était toi l'incendie, Lennon ? »

« Tribu de gobelins. » marmonna évasivement Bob. « Pas fait exprès. »

« Je sais, ils me sont tombés dessus aussi ces enfoirés. » grogna Silverberg d'un ton pourtant étrangement conciliant.

Par instinct, il fit quelques mouvements avec son épaule gauche, qu'il avait également soignée entre-temps, pour s'assurer que tout allait bien de ce côté-là, avant de poursuivre son petit interrogatoire.

« Vous allez où ? »

« Pont-Devant. »

« Pourquoi faire, si c'est pas indiscret ? »

« Ça l'est. »

Son regard fit des allers-retours entre les deux curieux mages qui l'avaient tiré des flammes. Quelque chose ne collait pas dans leur discours. Bien évidemment, c'étaient eux, le duo d'Aventuriers dont il avait remarqué la présence récurrente dans les villages attaqués, deux ans plus tôt, avec son collègue Thérion Rardyrak. Il se demandait ce qu'il était devenu, celui-là, d'ailleurs. Il était reparti du jour au lendemain, sans prévenir, aussi imprévisiblement qu'il était apparu.

La femme refusait qu'il l'appelle par son véritable prénom, Tallneshia, et il ignorait pourquoi. Elle s'était braquée sitôt qu'il avait posé la question. Et le mage refusait de lui dire pour quel motif ils voyageaient. Sur les comptes-rendus, ils passaient toujours dans les villages pour s'approvisionner, et les lieux où ils se rendaient n'étaient jamais clairs. Castelblanc, Fort d'Acier, Kirov, la Tour des Mages… Pont-Devant était-il réellement leur prochaine destination ? Quoi qu'il en soit, il allait s'assurer qu'elle le devienne.

Saisi d'une intuition, Théo avait surveillé les registres des différents villages attaqués pendant plusieurs mois, et les soupçons que Thérion et lui avaient commencé à fomenter s'étaient confirmés. Aujourd'hui, l'inquisiteur n'avait plus aucun doute : ces deux-là étaient liés, d'une manière ou d'une autre, aux attaques sauvages que subissaient les campagnes depuis des années. Mais il n'avait aucune preuve. En restant avec eux suffisamment longtemps pour pouvoir leur faire baisser leur garde et les surveiller en toute tranquillité, peut-être pourrait-il en apprendre plus.

Tout de même… Si on lui avait dit que son trajet jusqu'à Pont-Devant s'achèverait en compagnie de deux hérétiques potentiels, il ne l'aurait jamais cru.


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Et voilà, c'était le seizième chapitre de "TALLNESHIA" !

THÉO DE SILVERBERG EST DANS LA PLACE ! Vous le sentez comment pour nos deux hérés... amis ? XD

J'espère en tout cas que ça vous a plu !

N'hésitez pas à laisser une petite review si le cœur vous en dit, et on se donne rendez-vous dans une semaine pour le prochain chapitre !

D'ici là, prenez soin de vous, servez-vous en cookies et en chocolat chaud virtuels, et des bisous ! :-)