Chapitre 15 : Le bal

Ariane était assise au sol dans sa chambre. Elle avait pris une position confortable, une jambe allongée, une jambe repliée, et essayait de localiser Voldemort. Elle contrôlait sa respiration, mais il lui était impossible de diriger sa magie en même temps. Elle se secoua, détendit son visage, ses épaules, son dos… Elle respirait de plus en plus profondément, au point où elle se sentait étourdie. Elle ouvrit les yeux, n'aimant pas la sensation qui l'habitait, lorsqu'elle réalisa qu'elle sentait son environnement. La nuit était tombée, aucune lumière ne brillait dans sa chambre, et pourtant elle aurait pu décrire la position dans laquelle les couvertures étaient placées sur son lit, l'ordre dans lequel les manuels étaient disposés dans son sac. Elle sentait l'énergie qui émergeait des dortoirs, la froideur de celle des fantômes qui flottaient doucement dans les couloirs, et la mélancolie qui les accompagnaient partout où ils allaient. Elle pouvait sentir le feu qui brûlait au cœur de Fumsek et la lassitude de Dumbledore. Elle eut un vertige, réalisant qu'elle retenait son souffle depuis un moment.

Lors de la bataille de Pré-au-Lard, elle avait fait l'expérience d'une force brute, violente. La puissance à laquelle elle avait eu accès était une assise sur le monde, la preuve de sa maîtrise de la magie non pas en tant que sorts, mais en tant qu'énergie. Elle avait souvent douté d'elle-même, s'était détestée pour ce qu'elle était et en voulait aux autres pour ce qu'on lui avait enlevé.

Dire que tout était réglé était un mensonge, mais Severus avait raison, elle ne voulait pas vivre dans une haine perpétuelle qui finirait par la consumer. Elle savait qu'au fond, même si elle ne pouvait pas leur parler, ses parents auraient voulu son bonheur et non une vengeance.

Elle se leva et alluma les bougies qui illuminèrent sa chambre d'une douce lueur orangée. Elle regarda son reflet dans le miroir, puis la photo dans le coin supérieur de celui-ci. Ses parents dansaient et s'embrassaient sous les premiers flocons de l'hiver. Elle murmura si doucement qu'elle s'entendit à peine.

«Je vous aimerai toujours»

Elle se prépara pour se mettre au lit, regrettant de ne pas les connaître mieux. Elle pourrait demander à Dumbledore si ses parents avaient des amis proches qui étaient toujours vivants.

Severus savourait le calme d'Ariane comme la pluie après la canicule. Rarement avait-il été aussi serein. Cela faisait deux semaines qu'ils avaient discuté du plan concernant Voldemort, et ils ne s'étaient pas revus depuis. Il éprouvait une grande fatigue et s'était laissé aller au sommeil. Il aurait aimé voir l'adolescente, mais le simple souvenir de son odeur lui faisait montrer les crocs. Le contrôle qu'il exerçait sur sa propre personne lui échappait, comme si un animal sauvage longtemps tapi dans les tréfonds de sa conscience s'éveillait de plus en plus. Il avait même abandonné l'idée de boire le sang d'autres humains, non seulement le goût le laissait nauséeux, mais il avait l'impression d'avoir encore plus soif après avoir bu.

Le lendemain, en s'éveillant, Ariane ouvrit les fenêtres de sa chambre pour prendre une grande bouffée d'air frais. Dans la cour de Poudlard, l'herbe était vigoureuse et les bourgeons faisaient place aux feuilles. L'été arrivait tôt cette année, et ce n'était pas pour déplaire aux élèves qui sortirent en groupes à l'heure du dîner. Ariane et ses amies avaient pris place au bord du lac, en retrait des autres.

«On va où cet été?»

«J'avais pensé au Portugal? De la villa on voit la plage!»

«J'ai vraiment besoin de relaxer. La fin de l'année est trop loin»

«Il reste seulement sept semaines d'école»

«Alors le Portugal c'est bon?»

«C'est toujours bon tant qu'il y a une plage»

Elles rigolèrent.

«Tu viens avec nous cet été, Ariane?»

La rouquine regarda les autres avec surprise, elle ne pensait pas être invitée.

«Ouais, si ça ne vous dérange pas…»

«Si on n'avait pas envie, on ne t'inviterait pas!»

«D'accord alors, je dois juste regarder quand je vais en France»

«Tu vas en France cet été?»

«Oui, dès la fin des cours»

«Tu y vas avec tes parents?» Les trois autres regardèrent Florence avec un air scandalisé. L'adolescente mit la main sur sa bouche. «Excuse-moi je n'ai pas pensé…»

«C'est correct, ne t'en fais pas pour ça»

Estelle, qui ne manquait pas un potin, en profita pour changer de sujet.

«Tu y vas avec ton beau ténébreux?»

Elle essayait d'éviter le sujet de Severus, mais quelle autre excuse aurait-elle pu inventer?

«Ouais»

Elle espérait que la discussion arrêterait là, mais non. Estelle la regarda, fébrile.

«Tu vas dans sa famille?»

«Ouais, de la famille éloignée»

Les filles la bombardèrent de questions, excitées au possible. Elle répondit tout en restant excessivement vague durant de longues minutes jusqu'à ce qu'elles changent de sujet. Ariane repensa à ses parents. Elle avait ressenti un pincement, mais pas de tristesse ni de colère. Elle réalisa que, malgré qu'elle se soit longtemps attachée à sa rage et sa vengeance, son deuil avait emprunté sa propre route. Ce qui lui était arrivé était injuste, mais elle l'acceptait. C'était arrivé, elle s'en était sortie, elle continuerait d'avancer. Elle caressa le bleu du ciel des yeux, observa les nuages, écouta le rire des autres élèves, elle sourit à Isabella qui lui rendit la pareille. Comment avait-elle pu changer autant en si peu de temps? Elle pensa à Severus, se nota mentalement de le remercier.

Elle en eut l'occasion le samedi soir suivant, lorsque l'immortel frappa trois petits coups à sa fenêtre. Elle était déjà en pyjama, mais elle lui ouvrit avec joie. Il voulait s'assurer qu'elle était toujours partante pour aller en France, il irait confirmer la chose avec Dumbledore par après. Ils discutèrent de tout et de rien, Severus souligna à quel point son pouvoir s'était intensifié en peu de temps.

«Je ne peux toujours pas localiser Voldemort, je me rends à peine à Pré-au-Lard avec ma magie»

«Tu ne te rendais pas plus loin que la pièce dans laquelle tu étais le mois dernier» Elle lui fit un sourire.

«Tu as raison. Au fait, je voulais te… te dire merci pour le journal et tout ce que tu fais pour moi»

«Je n'ai rien fait de plus que te montrer les différents chemins qui s'offraient à toi»

«Je n'y serais pas arrivée toute seule»

«Je serai toujours là pour toi»

Elle rougit, puis se rappelant qu'il était en quelque sorte obligé elle se renfrogna. Elle n'était pas du genre à tenir sa langue alors elle se lança.

«Est-ce que tu fais cela seulement parce que tu es lié à moi?»

Il la regarda en silence durant un long moment.

«Honnêtement, je ne sais pas. Ce que je sais, c'est qu'au moment où je t'ai vu chez les Dursley, avant même de te donner mon sang, tu as fait bifurquer mon existence. Je voulais que tu vives. Tu devais vivre. Je ne savais pas que tu étais une Alpha, mais je savais que tu étais exceptionnelle. Lien ou non, je serai à tes côtés aussi longtemps que tu le voudras»

Elle avait une boule dans la gorge et retenait ses larmes. Ne voulant pas tomber dans la sentimentalité, elle prit un ton rieur.

«T'en mets pas un peu trop?» Il se contenta de lui sourire doucement et de lui souhaiter bonne nuit. Il passa par la porte, car à cette heure tardive les élèves se devaient d'être dans leurs dortoirs. Il alla tout de même au bureau du directeur en super vitesse.

«Combien de verres avez-vous bus, Dumbledore?»

«Severus, tu veux ma mort!»

Le directeur déposa son verre sur la table, l'autre main posée sur son cœur.

«Ariane et moi partirons pour la France peu après la fin de l'année»

«Je suis heureux que tu me demandes la permission, c'est très apprécié» Le sarcasme de Dumbledore laissa Snape de glace.

«Personne ne vous en veut, Albus, vous avez fait de votre mieux»

«Ne dit pas de sornettes» Il but le reste de son whisky et ferma les yeux, laissant l'alcool descendre dans sa gorge et apaiser ses regrets.

L'été s'installa pour de bon dans les semaines suivantes. Ariane était concentrée dans ses révisions pour les B.U.S.E., espérant avoir un optimal pour chacun de ses cours. Son emprise sur la magie était de plus en plus naturelle et elle s'amusait à tester ses limites dans ses rares temps libres. Dans un cours commun avec les Serpentards, elle avait endormi Malfoy, Crabbe et Goyle. L'enseignant les avait mis en retenue jusqu'à la fin de l'année et Ariane avait dû se mordre la langue pour ne pas s'esclaffer. Par la suite, elle avait fait danser la bibliothécaire avec Rusard, et s'était notée de ne plus jamais faire cela, les deux ayant, sans qu'elle l'ait demandé, échangé un long baiser mouillé. Cela avait eu pour effet d'envoyer plusieurs élèves, souffrant de nausées et de malaises divers, à l'infirmerie.

La moitié de ses B.U.S.E. étaient passées lorsqu'un matin, elle s'éveilla peu après l'aube. Le château était encore endormi. Elle se mit en tenue de sport et alla courir, s'étirer et faire quelques exercices comme elle en avait l'habitude. En sueur, elle joggait lorsque Severus apparut devant elle, lui barrant la route. Elle glissa sur le gazon mouillé et allait tomber sur les fesses lorsque, rapide comme l'éclair, il la rattrapa et la serra contre lui. Elle sentit immédiatement une odeur étrange émaner de Snape.

«Une chance que j'étais là» dit-il avec un sourire dans la voix.

«Si tu n'étais pas apparu de nulle part, je ne serais pas tombée» Elle avait répliqué d'un ton taquin.

«Failli tomber» rectifia-t'il.

Elle ne voulait pas importuner Severus, mais elle ne put s'empêcher de faire la moue, quelque chose la dérangeait chez lui. C'était comme s'il était… incomplet, comme s'il avait perdu des fragments de sa propre personne.

«Est-ce que ça va?»

Le Né-Vampire n'allait pas bien du tout. Il se sentait malade, chose tout à fait impossible, en fait le croyait-il. Il n'aimait pas mentir à la sorcière, mais cette fois il ne pouvait pas lui dire la vérité, qu'il agonisait lentement à cause du Lien incomplet qui les unissait, c'était la pousser à faire un choix qu'il voulait libre de toute pitié à son égard.

«Je ne me suis pas nourri avant de venir»

Elle frissonna. Jamais ils n'avaient abordé ce sujet.

«Vous vous nourrissez comment? Je veux dire je sais qu'il y a des potions pour les vampires normaux…»

«Je dois boire du sang frais»

«Oh, je vois»

«Je ne chasse que les gens dangereux, des tueurs, des violeurs. Je n'ai pas le choix si je veux survivre»

«Je comprends»

Ariane ne pouvait et ne voulait pas argumenter avec Severus. En quoi le lion chassant la gazelle diffèrerait de l'immortel chassant un humain. Les lois naturelles étaient faites ainsi, il s'était adapté du mieux qu'il le pouvait, elle en était certaine.

«Je veux qu'on se rencontre avant de partir pour la France»

«Pourquoi?»

«Viggo est… spécial. Je veux que tu saches à quoi t'attendre si… si la situation dégénère»

«Il est dangereux?»

«Tous les Né-Vampires sont dangereux»

«La salle sur demande?»

«Non, la forêt interdite, vendredi, 21h»

«Ok»

Il lui fit un signe de tête et disparu. La rouquine rentra au château, le cœur battant non pas à cause de l'exercice, mais par l'excitation de voir ce dont Severus était capable.

Snape arrêta chez un apothicaire avant de retourner chez lui. Il essayerait de fabriquer une potion qui atténuerait sa soif d'Ariane et lui permettrait d'être assez puissant pour la défendre en cas de besoin. La voir avait été une véritable torture. Il se sentait glisser vers un instinct bestial, une force qui ne le laisserait pas mourir en paix. Il ne savait pas combien de temps il lui restait, mais cela se comptait en semaines et non en mois. Il se mit à l'œuvre, vendredi arriverait rapidement.

La première avait été simple à fabriquer, une potion coupe-faim concentrée, couplée à un complément sanguin faisait l'affaire, du moins quand il était loin d'Ariane.

La seconde avait été plus complexe et s'était soldée par plusieurs échecs. Les remèdes les plus puissants s'étaient révélés inutiles sur sa personne. Il avait croisé son reflet dans le grand miroir de sa chambre et avait été choqué de constater qu'à plusieurs endroits sa peau présentait des ecchymoses violacées, voire noires. Son corps se dégradait plus rapidement qu'il l'aurait cru, et c'est cela qui lui donna l'idée de coupler une potion de régénération cellulaire et une potion permettant de ralentir la dégradation des organes. Le résultat final sentait le vomi, était brunâtre et épais, mais fonctionnait. Temporairement, du moins. Il en avala une longue rasade avant d'entrer dans la forêt interdite du côté qui n'appartenait pas à Poudlard. Le goût, représentatif de la saveur, le fit grimacer et il fut horrifié à l'idée qu'il devrait boire encore plusieurs fois cette abomination. Il courait rapidement, entrevoyant les créatures les plus diverses, qui détalaient devant sa seule présence. S'il pouvait cacher sa nature réelle aux sorciers, les créatures magiques, nettement plus instinctives, la devinaient immédiatement.

Il sentait la présence d'Ariane non loin, il ralentit pour ne pas la surprendre comme plus tôt cette semaine. Elle avait pris place dans une clairière sur le territoire des centaures. Le ciel était dégagé au point qu'il apercevait des milliers d'étoiles. Il repéra immédiatement l'adolescente, assise au sol, une licorne étendue à ses côtés. Elle passait ses doigts dans la dense crinière, grattait le cou et les flancs de l'animal qui fermait les yeux d'allégresse. Severus, caché sous le couvert des arbres, fut rapidement repéré par Ariane qui leva les yeux vers lui. La licorne se leva et frotta son nez contre le visage de la jeune fille avant que galoper vers la forêt. Il reprit sa vitesse vampirique et en un clin d'œil fut à ses côtés.

«Nous sommes rapides»

«J'avais remarqué» Elle lui fit un sourire. «C'est vraiment une belle nuit» Elle leva le visage vers le ciel et ses cheveux, relevés en chignon comme à son habitude, tombèrent en cascade dans son dos. Elle était éblouissante à cet instant, s'il pouvait amener un souvenir avec lui dans la mort, ce serait celui-là.

Elle chercha son élastique à et constata qu'il était brisé. Elle fit une moue.

«Tu as de très beaux cheveux»

Elle se surprit à rougir et répondit d'un merci étouffé par la gêne.

«Tu as ton couteau?»

Soulagée de retourner dans son élément, elle lui servit un sourire radieux et dégaina la lame d'un geste habile. Severus remonta sa manche et tendit la main pour le prendre. Le métal brillait sous la lune et on voyait qu'Ariane prenait grand soin de le garder affuté au possible. Il fit glisser la lame sur son bras, la jeune femme réprima un frisson d'horreur pour finalement constater que l'arme n'avait laissé aucune trace. Il redonna le poignard à sa propriétaire.

«Notre peau semble humaine, mais aucune lame, moldue ou sorcière, ne peut la transpercer. Seuls les crocs d'un autre Né-Vampire ou nos griffes le peuvent»

«Vos griffes?»

Cela faisait tellement longtemps qu'il les avait utilisés qu'il les avait presque oubliés. Il tendit les mains, paumes vers le bas, ses doigts commencèrent à s'allonger, se déformer, l'extrémité était noircie et luisaient. Les griffes devaient faire une trentaine de centimètres. Ariane tendit la main pour les toucher mais Severus fit un brusque mouvement de recul.

«Elles sont enduites d'un venin paralysant» Il s'approcha d'une souche couchée au sol et la frappa avec violence. Chaque griffe laissa une profonde entaille dans le bois. Elles se rétractèrent et Severus frappa la souche du poing, ce qui la brisa en deux, puis lui donna un coup de pied et elle vola plusieurs mètres plus loin. Tout cela ne semblait pas lui avoir demandé plus d'efforts qu'il en aurait fallu à Ariane pour casser une brindille. C'était aussi excitant qu'effrayant.

«Les Né-Vampire peuvent prendre à volonté une forme immatérielle» Son corps fit place à un nuage grisâtre qui se déplaça autour de la jeune femme, pour redevenir matériel. Ariane eut envie d'applaudir tellement cela était renversant.

«Je crois sincèrement que tout va bien aller avec Viggo, mais je veux que tu sois prête à toute éventualité»

Ariane n'eut pas le temps d'acquiescer que Severus l'attaqua, ses griffes pointées vers elle. Elle le repoussa d'une onde magique, mais il disparut de sa vue. Elle le sentit arriver par-derrière et le frappa de plusieurs projectiles magiques qui auraient assurément tué un humain, mais ne firent que le ralentir. Les derniers le frappèrent en pleine poitrine puis au visage et il tomba au sol. Sans lui laisser le temps de retrouver son souffle, il se releva et courut vers elle. Alors qu'elle tentait de le repousser à nouveau, il se dématérialisa et réapparut plus loin. Sa magie entoura l'immortel pour le paralyser, mais il était si fort qu'il brisa l'enchantement et fonça vers elle. Pour la première fois, elle put apercevoir ses crocs. Les incisives étaient inchangées, mais les canines étaient terrifiantes par leur longueur et semblaient encore plus dangereuses que ses griffes. Les dents de la mâchoire inférieure étaient aussi plus pointues qu'elles l'étaient normalement. La vision des crocs l'avait déconcentrée. Elle allait le repousser, mais il devina ce qu'elle s'apprêtait à faire et il prit une position plus stable. Les pieds du vampire s'enfoncèrent dans le sol, le cœur de la sorcière battait de plus en plus vitre sous l'effort surhumain qu'elle devait appliquer. C'était comme essayer de faire bouger une montagne. Désespérée de faire reculer Severus, elle lui fit faire un vol plané et le catapulta jusque dans la forêt. Il revint sous forme immatérielle et elle réussit à l'emprisonner dans une bulle magique. Elle le maintint ainsi durant un moment puis le libéra.

«Tu ne dois pas avoir peur de me faire mal»

«J'ai vraiment tout donné Sev» Elle était encore en train de reprendre son souffle. Elle continua «Quand tu es en nuage c'est facile de te capturer»

«En nuage?»

«Ouais psssff» Elle fit des mouvements avec ses doigts pour imager la forme éthérée, ce qui fit rire Snape.

«Je ne vois pas comment je pourrai un jour vaincre un Né-Vampire»

«Tu es très jeune encore, ne t'inquiète pas pour cela, je suis certain que tout ira bien. Viggo ne pourrait rien contre nous deux, il a seulement ses pouvoirs de Né-Vampire»

«Seulement cela, voyons il n'y a rien là… Quoi?» Elle avait d'abord répondu avec ironie, mais n'avait réalisé l'ampleur de ces propos qu'à mi-phrase.

«Viggo et son compagnon éternel sont moldus»

«Son compagnon éternel? Des moldus?»

«Gustave. Il se mourrait du choléra lorsque Viggo lui a donné son sang. C'est comme cela que j'ai su comment te sauver. Et oui, il y a des Né-Vampires qui sont né moldu, une quinzaine environ»

«Ils sont comment? Viggo et Gustave»

Severus prit un moment pour réfléchir.

«Viggo est d'origine scandinave. Il a bon cœur, mais souvent il paraît froid et insensible. Il n'aime que la crème de la crème, il habite toujours de luxueux manoirs, possède les livres et les vins les plus rares. Il a un… amour-propre qui frôle l'arrogance, mais il a bon cœur au fond et adore parler de ses nombreux intérêts. Et Gustave…» Severus soupira

«Tant que ça?»

«Oui»

Mais quel genre de personnage pouvait ainsi pousser Severus à être sans mots. Ariane n'avait que plus envie de les rencontrer.

«J'ai pensé que tu aimerais le train. Les paysages sont magnifiques à ce que l'on dit»

«Oui!»

«Je t'enverrai un hibou lorsque j'aurai les billets»

«D'accord»

«Laisse-moi te raccompagner»

Elle le regarda, exaspérée d'être traitée comme une demoiselle en détresse. Il s'arrêta, ressentant son agacement.

«J'aimerai marcher avec toi, Ariane»

Elle sentit son ventre se tordre lorsqu'il prononça son nom. Son regard ancré dans le sien, elle admira toute la douceur dans ses yeux. Lui était-elle destinée? Elle marcha jusqu'à être à sa hauteur et, ensemble, traversèrent la forêt. Ils entendirent les sabots des centaures approcher. Firenze se tenait sur une falaise de presque trois mètres de hauteur qui avait pris naissance grâce à du roc qui émergeait du sol. Ariane et Severus le saluèrent.

«Merci de m'avoir accueilli sur vos terres»

«Nous sommes vos obligés, mademoiselle Potter»

Il porta son regard sur le Né-Vampire qu'il jaugea longuement. La sorcière brisa le silence qui devenait de plus en plus lourd

«Bonne nuit à vous tous!»

Firenze lui fit un signe de tête bref et les centaures s'éloignèrent.

«Il n'a pas l'air de t'aimer»

«Ce n'est pas leur faute, ils ont peur»

«Tu ne leur ferais jamais de mal pourtant»

«Ils ne me connaissent pas. Tout ce qu'ils savent c'est qu'ils ont devant eux un prédateur. Face à mon espèce, tous sont des proies»

Ils firent le reste du chemin en silence. Ils appréciaient tous deux les bruits de la forêt et la présence de l'autre à ses côtés.

Au bout d'un moment, l'ombre du château se découpa au loin. Severus ressentit la pointe de tristesse de la jeune femme lorsqu'elle constata qu'ils étaient maintenant à l'orée des bois. Elle le salua d'un signe de main. Lorsqu'elle fut hors de vue, il s'adossa à un arbre, sortit une flasque de sa poche et avala une rasade de potion régénératrice. Il se sentait mourir à petit feu. La potion sembla prendre une éternité à faire effet, il avait l'impression d'étouffer. Tant pis, il ne retournerait pas chez lui, il trouva un renfoncement au fond duquel il déposa sa cape. Ce n'était pas le grand luxe, mais cela ferait l'affaire pour une nuit. À peine les yeux fermés, il se sentit s'enfoncer dans l'inconscience.

Ariane sonda les couloirs pour s'assurer de ne pas rencontrer personne. Rusard n'était pas loin, mais elle l'envoya arpenter l'étage supérieur. Elle élargit la portée de sa magie, curieuse de savoir si Severus était encore dans les parages. Elle le trouva sans difficulté, mais avait encore cette impression qu'il était flou, voire incomplet. Elle se concentra sur lui et cette sensation s'atténua lentement. Il était peut-être en train de se nourrir sur une créature quelconque…

Elle frissonna, repensant à ses crocs, les imaginant percer sa propre chair. Est-ce qu'elle aurait mal? Avait-elle envie de compléter le Lien et par le fait même nourrir Severus pour toujours? Avec lui, elle se sentait réellement libre d'être qui elle était vraiment, et qu'il la soutenait, peu importe ses choix. Lorsqu'il la questionnait, c'était pour l'amener elle-même à se remettre en question, à reprendre en main son destin et non pas tourner en rond comme elle le faisait auparavant. Elle avait envie d'être avec lui, mais elle était vraiment jeune pour prendre une telle décision, surtout qu'une fois prise il n'y avait pas de retour en arrière. Elle se questionnait toujours alors qu'elle glissa dans un sommeil agité.

La rouquine fit taire son réveil qui sonnait pour la troisième fois. Elle était courbaturée et n'avait pas envie de se lever. Lorsque la sonnerie se fit entendre de nouveau, elle propulsa l'objet à travers sa chambre et se leva en ronchonnant. Les élèves quittaient l'école ce matin et elle voulait saluer ses amies avant qu'elles partent. Une douche chaude fit du bien à son corps endolori et elle fit sécher ses cheveux d'un sort, bien heureuse d'être une sorcière pour ne pas avoir à sécher son épaisse tignasse au séchoir. Elle enfila des vêtements confortables et descendit à la grande salle. Malfoy lui jeta un regard noir lorsqu'elle passa devant la table des Serpentards.

«Riri!»

Le groupe de Serdaigle la saluait et elles se tassèrent pour lui laisser une place.

«Tu fais la grasse matinée, d'habitude tu es toujours la première levée»

«Oui j'ai mal dormi»

«C'est ton voyage qui te stress?»

«Ouais»

Ortense et Isabella la serrèrent dans leurs bras pour la réconforter.

«Ça va être génial, j'en suis sûre»

Elle leur fit un sourire pour les remercier et se servit une généreuse assiette. Les hiboux firent leur entrée peu après. Isabella fit la moue en lisant son courrier.

«C'est encore le chauffeur qui va venir me chercher» Elle avait hâte de revoir ses parents, mais ils n'avaient pas pu se libérer. Les autres filles partagèrent sa déception et lui remontèrent le moral du mieux qu'elles purent.

Ariane ouvrit l'enveloppe qui contenait un billet de train pour l'après-midi même.

«Ouuh première classe!» Estelle lui fit un clin d'œil et la rouquine replongea dans son assiette. Sa gêne ne l'empêcha pas de manger avec appétit. Les élèves étaient presque tous retournés à leur dortoir et lorsqu'elle vit que Dumbledore lui faisait signe. Elle alla le rejoindre devant la table des enseignants qui était à présent vide.

«Tu pars aujourd'hui?»

«À 13h, par train»

«Bien, bien»

Elle ne savait pas où se mettre, Dumbledore ne semblait pas ravi qu'elle parte.

«Comment ça va avec Severus»

«Tout va bien»

«Il ne te pousse pas à… faire des choses»

Son malaise allait en grandissant. Est-ce que son tuteur avait décidé d'avoir CETTE discussion dans la grande salle? Et parlait-il de sang ou de sexe? Elle ne comprenait pas où il s'en allait avec cela.

«Non, Severus est très gentil avec moi»

Il serra les lèvres et lui fit signe qu'elle pouvait partir. Elle retourna à sa chambre, traumatisée. Elle se changea les idées en faisant ses bagages jusqu'à ce qu'on frappe à sa porte. Elle alla ouvrir et les quatre filles se ruèrent à l'intérieur.

«Wow venez voir la salle de bain!»

Estelle se jeta sur son lit.

«Pfff je ne pourrai plus jamais dormir dans les dortoirs maintenant!»

Ariane, embarrassée, se contentait d'un mince sourire. Lorsque la visite de sa chambre fut terminée, les quatre paires de yeux se tournèrent vers elle.

«Il voulait quoi le directeur?» Le visage d'Ariane tourna au rouge pompier.

«Ça ne peut pas être si pire que ça!»

«Oui!» La rouquine cacha son visage dans ses mains. «Il m'a demandé si Sev me… forçait à faire des choses»

Les filles essayèrent de retenir leur hilarité devant son malaise, mais l'idée que le directeur avait demandé cela était trop comique pour elles.

«Il s'appelle Sev, ton beau ténébreux» Ariane se mordit la langue, retenant un juron.

«Ouais»

«Mais… il ne… il ne te force pas à rien là?» Florence semblait réellement inquiète.

«Non! Non, jamais!»

«S'il n'est pas gentil dis-le nous et on va aller lui régler son compte»

«Comme avec Malfoy»

«Quoi?»

Les filles furent prises d'un fou rire.

«On a demandé à Neville d'aller dans le vestiaire de quidditch des Serpentards et d'échanger le shampoing de l'équipe pour celui de la boutique des jumeaux Weasley. Ça colore les cheveux pendant 24 heures! Évidemment on a choisi le bleu Serdaigle!»

«C'était vous! Ils étaient tellement furieux!»

«Ouiii!»

Le fou rire repartit de plus belle, Ariane ria à en pleurer lorsqu'elle imagina Severus avec les cheveux bleus. Elles parlèrent de leurs plans de vacances et reconfirmèrent les dates pour le Portugal.

«Faut y aller» Il était presque onze heures. Ariane les accompagna jusqu'aux calèches et elles se jurèrent de s'écrire. Sur le chemin du retour, elle remit en question tout ce qui s'était passé. Est-ce que ce voyage en France pouvait être un piège? Est-ce que Severus avait vraiment de nobles intentions? Et si tout cela était une mise en scène insidieuse. Et si Dumbledore avait raison de s'inquiéter…

Si elle y pensait rationnellement, Severus avait eu tellement d'occasions de la mordre, juste hier, il aurait pu lui laisser toucher ses griffes et elle aurait été paralysée. À Ste-Mangouste alors qu'elle était affaiblie, avant de lui donner le journal ou encore plus simple en la surprenant avec sa super vitesse. Il ne lui avait même pas tenu la main hier! Son tuteur essayait-il de faire en sorte qu'elle se détourne de Severus? En quoi cela le regardait? Ce n'était pas comme s'il ne s'était jamais soucié de son bien-être! Elle était enragée, Severus avait un comportement exemplaire, il ne méritait pas les soupçons que Dumbledore avait formulés à son égard.

Elle alla chercher ses bagages qu'elle rétrécit et allégea puis les glissa dans le sac bandoulière que Severus lui avait donné avec le journal. Elle termina en y glissant deux livres, son billet de train et de petits effets qu'elle voulait garder à portée de main. Elle regarda l'heure et alla rejoindre Severus aux limites de Poudlard. Ils marchèrent jusqu'au Trois Balais pour voyager par le réseau de cheminées jusqu'à la gare de Londres.

«Que s'est-il passé ce matin?»

Elle le regarda, ne sachant pas trop de quoi il parlait, le matin ayant été riche en rebondissements.

«Tu étais fâchée, puis contente, puis mal à l'aise, puis contente, puis triste, puis fâchée» Il lui fit un petit sourire, mais elle n'arriva pas à lui rendre.

«Mes amies sont reparties chez elles, c'était beaucoup d'émotions» Ariane n'avait pas envie de repartir son débat interne, ni de discuter de Dumbledore. Ils restèrent en silence jusqu'à ce qu'ils prennent place dans le train. Une jeune femme poussait un chariot et s'arrêta à la hauteur de leur cabine.

«Quelque chose pour vous Monsieur? Ou pour votre fille?»

Severus resta de glace et demanda à Ariane si elle voulait quelque chose, mais elle ne put que faire un signe de tête puisqu'elle se retenait de rire avec tout ce qui lui restait d'énergie. L'immortel pointa un panini et des caramels salés, que la jeune femme lui tendit avec un sourire radieux.

«Excellents choix, monsieur» Elle referma la porte de leur cabine et Severus lui tendit la nourriture. Leurs regards se croisèrent et elle se laissa aller à un fou rire entrecoupé de grognements de colère, car l'emballage du sandwich lui résistait. Elle y goûta, grimaça et réchauffa magiquement le panini jusqu'à faire fondre le fromage. Entre deux bouchées, elle lança d'un ton taquin.

«Je n'arrive pas à croire qu'elle a cru que j'étais ta fille, on se ressemble autant qu'une pomme et une banane»

«Tu as l'air plus jeune que ton âge, et je suis… et bien vieux»

«Archaïque, tu veux dire» Il roula des yeux, elle lui fit un grand sourire en ouvrant le sac de caramels. Elle les grignota en regardant les paysages ruraux puis demanda

«Tu ne manges jamais?»

Il fit non de la tête.

«Il se passerait quoi si tu mangeais?»

«Je finirai par le vomir. Ça m'arrivait tout le temps quand j'étais enfant»

«Et tu peux boire? Je veux dire de l'eau par exemple»

«En petite quantité oui, il m'est déjà arrivé de boire quelques gorgées pour goûter et rien n'est arrivé. J'imagine que si j'essayais de boire beaucoup je serai malade»

«Tu as voyagé? Je veux dire en 4000 ans tu as dû faire le tour du monde?»

«Oui j'ai énormément voyagé»

«C'est où ton endroit préféré?»

Il sourit, essayant de choisir un seul endroit.

«L'Islande»

«Ça ressemble à quoi?»

«Il y a beaucoup de volcans, des chutes et des aurores boréales. Parfois, en bas des chutes, l'eau gèle en forme de champignons et on dirait un village habité par les fées. Le sable est noir, et il y a des sources chaudes dont l'eau est bleue et laiteuse. Il y a un endroit où, depuis aussi longtemps que je me souviens, les gens qui passent créent de petits monuments avec les pierres, et maintenant cela s'étend à perte de vue. L'atmosphère est paisible et la magie est tellement présente et ancienne que même les moldus la sentent. Je t'y amènerai un jour si tu veux»

«J'adorerais ça» Ils échangèrent un doux sourire.

Le train se mit à accélérer puis tout devint noir. Ariane réalisa qu'ils étaient sous l'eau, mais cela dura à peine cinq minutes. Ils débarquèrent à Cannes. Severus lui tendit la main pour transplaner.

«Wow!»

Ariane regarda autour d'elle. Le chemin pour parvenir à la maison, pardon, au manoir, disparaissait à travers une forêt dense. Le bâtiment principal était en pierre grise et de grandes fenêtres laissaient deviner un intérieur somptueux. Un petit lac, orné d'une fontaine au centre, précédait un bâtiment secondaire, plus petit, mais dont la maçonnerie était identique.

«Où sommes-nous?»

«Juste au sud de Grasse. Tu es prête?»

«Oui»

Ils marchèrent dans l'allée, mais avant d'avoir atteint la porte, un géant roux et barbu leur ouvrit la porte.

«Severus»

«Viggo»

Ça c'était Viggo?! Il avait un visage dur et faisait plus de deux mètres. Une barbe fournie d'un roux aussi éclatant que ses cheveux, dont les côtés étaient rasés et le dessus plus long et ramené en arrière, complétait le tableau. Il était aussi beau que terrifiant.

Un autre homme aux cheveux foncés se glissa entre la porte et Viggo. Plus petit que ce dernier, il était aussi plus élancé et avait des yeux incroyablement bleus. Une barbe de trois jours et ses cheveux mi-longs retombant sur ses épaules lui donnaient un air décontracté.

«Sev! Ah et tu dois être Ariane! Je suis Gustave. Entre, entre, ne reste pas dehors allez! Tu es magnifique oh lala» Il attrapa Ariane par la main et la tira à l'intérieur. Viggo se tassa pour les laisser passer mais il retint Severus par l'épaule.

«Toi et moi on doit se parler» La voix basse de l'homme fit frissonner Ariane et elle jeta un regard à Severus qui lui confirma que tout allait bien et de suivre Gustave. Ce dernier lui fit faire le tour des pièces principales, commentant abondamment et posant des questions sans lui laisser le temps de répondre.

«Voici le solarium, nous venons de rénover! Tu aimes»

«O…»

«Prends-toi une chaise!» Gustave agita une cloche qui reposait sur la table, produisant un son fort et aigu. Un employé entra, posa deux coupes devant eux, et montra la bouteille de vin à Gustave qui approuva. Il servit le liquide foncé que Gustave aéra pour ensuite le sentir et finalement goûter.

«C'est parfait Antonio, sert notre invité. Tu prends du vin, bien sûr que tu prends du vin, nous sommes en France» Et il éclata de rire comme si sa blague était la meilleure du siècle.

«Parle-moi de toi. Quel âge as-tu?»

«Je vais avoir 17 ans en août»

«Si jeune, fantastique! Et que fais-tu dans la vie?»

«J'étudie à Poudlard, l'école de sorcellerie de Grande-Bretagne»

«Merveilleux, et depuis quand connais-tu Severus?»

«Hum… il m'a sauvé la vie quand j'avais onze ans, mais je l'ai seulement revu en janvier cette année»

«Quelle histoire! Et vous vous entendez bien?»

«Oui… ça fait longtemps que toi et Viggo êtes ensemble?»

«Nous nous sommes connus en 1828, mais en 1832 je suis tombé malade… le choléra, rien de moins. Il m'a donné son sang, il a bu le mien et voilà» Il entoura son visage éternellement jeune de ses mains.

«Wow… et ça va bien entre vous?»

«Chérie, sais-tu comment le Lien fonctionne?»

«Un peu, je sais qu'on ressent les émotions de l'autre»

«Hum hum, mais c'est plus que ça. C'est se lever tous les jours en ayant à côté de soi son âme sœur, on ressent l'amour qu'on à l'un pour l'autre et on sait que jamais ce sentiment ne va disparaître. C'est le paradis, et ça c'est sans parler du sexe!» Il cacha son sourire avec sa main et lui fit un clin d'œil. Ariane vida son verre, mal à l'aise, mais tout de même curieuse.

«Est-ce que ça… ça fait mal la… morsure?»

Il leva les sourcils, un sourire dessiné aux coins des lèvres.

«Ne t'en fait pas pour ça, ma belle» Il lui versa un second verre.

Ça ne répondait pas à sa question, mais ça devait vouloir dire que non.

Pendant ce temps, Viggo avait amené Severus au bord de l'étang, près du bâtiment secondaire.

«Tu n'as pas complété le Lien» Il avait un ton accusateur «Je t'avais dit que tu allais finir par en mourir»

«Ce n'était qu'une hypothèse»

«Je peux te sentir pourrir de l'intérieur, Severus! Ce n'est plus une hypothèse, c'est un fait»

N'ayant plus rien à cacher, le sorcier sortit une potion régénératrice de son sac et la vida d'un trait.

«Je dois seulement survivre quelques mois encore»

«Tu n'as qu'une chose à faire pour que tous tes problèmes soient réglés»

«C'est une enfant!»

«Gustave avait le même âge qu'elle lorsque nous nous sommes rencontrés!»

«Tu as attendu avant de faire le Lien!»

«J'avais le choix d'attendre! Puis il est tombé malade, mais j'ai su dès que je l'ai vu que c'était lui. Toi tu n'as plus le choix!»

«Je ne peux pas la forcer… jamais je ne me le pardonnerai»

«Tu préfères mourir?»

«Oui, Viggo, je préfère mourir que de l'enfermer dans quelque chose qu'elle n'a pas choisi»

«Tu parles du Lien comme une prison, alors que c'est tout le contraire. Gustave est plus libre qu'il ne l'a jamais été, et il a l'éternité pour en profiter!»

«Tu veux seulement qu'elle vive pour toujours, car c'est une Alpha»

«Ne m'insulte pas, tu me connais mieux que cela. Alpha ou non, le Lien est sacré et ne pas le compléter est un affront»

«Ce n'est pas la peine d'essayer de me culpabiliser, je ne le ferai pas»

«Tu as dit qu'il te fallait seulement quelques mois, Severus, mais je crois que tu tomberas en poussière d'ici quelques jours. Et à la fin, tu ne pourras plus résister, ça je peux te le garantir»

Le sorcier, furieux, se détourna de son congénère et entra dans la maison. Il trouva Ariane, qui en était à son quatrième verre de vin.

«Severus!»

«Rebonjour, beau ténébreux»

Ariane pouffa.

«Mes amies l'appellent comme ça»

Gustave la rejoignit dans son hilarité. Severus sentit sa colère faire place à l'exaspération.

«Elle a 16 ans je te signale» Il voulut prendre le verre d'Ariane, mais elle se leva pour lui échapper et vida sa coupe d'un trait, passant à deux doigts de perdre l'équilibre.

«Une autre bouteille, Antonio!»

«Je vois que vous vous amusez bien»

Ariane fit un large sourire. Gustave tira sur la chemise de son compagnon pour l'embrasser à pleine bouche. La jeune femme se cacha les yeux de ses mains, ce qui fit rire Gustave et exaspéra encore plus Severus.

«Est-ce que vous avez fini?» Ariane écarta les doigts pour regarder le couple. Voir des gens s'embrasser la rendait toujours mal à l'aise, mais ce que Gustave et Viggo avaient partagé relevait de la pure obscénité. À ses yeux du moins.

«Hey Viggo, je me demandais, est-ce que c'est toi qui as dit à Voldemort comment me créer»

Severus se prit la tête entre les mains. À bas la subtilité.

«Je ne l'ai pas dit à Voldemort, mais j'en ai discuté avec un autre sorcier, il y a presque une vingtaine d'années»

«Comment as-tu pu être aussi imprudent?»

«Il m'a amené une caisse de Cheval-Blanc 1947, Severus. Une caisse!» Gustave approuvait par de grands mouvements de tête en arrière-plan.

À cet instant Severus regretta d'être un Né-Vampire et de ne pas pouvoir sombrer dans l'ivresse comme Ariane.

«Tu lui as dit quoi exactement?»

«Nous avons longuement discuté. Il était très intéressé… c'était un historien si je me souviens bien. Il m'a demandé d'entrée de jeu comment créer une Alpha. Je lui ait dit la vérité, il faut au moins deux choses, de la violence et une montée de la magie noire. Il y a peut-être d'autres facteurs, génétiques, cosmiques ou autres, mais il n'y a pas assez de données pour le confirmer ou l'infirmer» Il posa son regard sur Ariane. «Selon moi, c'est un coup de chance que Voldemort a eu en réussissant à te créer»

«Qu'est-ce que tu sais d'autres?»

«Les Alphas sont toujours des femmes, il y en a eu au moins une dans chaque région du monde. Elles vivent plus longtemps que la moyenne, Pandora avait presque 160 ans lorsqu'elle est morte. Tu as lu le journal?»

Elle fit oui de la tête.

«Eli est morte jeune toutefois… la peste, quelle tragédie. On n'avait pas de remède à l'époque… Tu as dû remarquer que les Alphas n'étaient pas mentionnés dans aucun livre d'histoire»

«Ouais Severus m'a expliqué que les hommes les avaient effacées et il m'a dit que vous avez voté pour ne rien faire»

Viggo regarda Severus, les sourcils froncés.

«Ce n'est pas exactement comment cela s'est passé, mais en résumé oui, elles ont été effacées»

La discussion continua jusqu'au coucher du soleil. Ariane statua qu'effacer les Alphas de l'histoire était un crime ignoble. Viggo lui expliqua qu'à l'époque, s'opposer à cette décision aurait probablement mené à une guerre entre humains et Né-Vampires. Le nombre potentiel de morts n'en valait tout simplement pas la peine. Ces propos attristèrent l'adolescente, mais elle comprenait un peu mieux. La conversation dévia vers les aventures de Viggo et Severus, la plupart assez cocasse, car, plus jeune, ils avaient le don de se mettre les pieds dans les plats. Ariane dégrisa, mais Gustave termina une seconde bouteille avant de s'endormir contre Viggo. Un employé vint les avertir que le repas était servi, heureusement car Ariane mourrait de faim. Ils réveillèrent Gustave et ils migrèrent vers la salle à manger. Les Né-Vampires prirent place en retrait, attendant que ceux qui avaient besoin de manger mangent.

Les services se succédèrent jusqu'à tard dans la nuit, Gustave insistait pour qu'Ariane prenne du vin, mais elle se contenta d'un seul verre cette fois. Elle comprenait mieux pourquoi Severus avait autant de difficulté avec ce dernier, il adorait visiblement s'écouter parler.

«Tu as l'air épuisée ma pauvre, vient je te montre ta chambre, on y a mis ton sac»

Ariane salua les immortels et monta à l'étage ou une chambre somptueuse l'attendait. Une odeur de lavande flottait dans l'air et elle se déshabilla avant d'enfiler un haut trop grand et de se blottir dans les couvertures. Elle ouvrit les yeux dans le noir. Elle la sentait encore, cette étrange sensation qui entourait Severus. Comparé à Viggo, qui était net et puissant, Severus semblait éthéré. Elle s'inquiétait de plus en plus pour son compagnon de voyage, quelque chose n'allait définitivement pas, mais ce n'était pas le moment de faire une scène. Et elle était tellement fatiguée.

L'odeur des croissants frais la tira de son sommeil. Sur le coup, elle ne reconnut pas la chambre luxueusement décorée. Elle se leva pour prendre ses vêtements dans son sac lorsque Severus ouvrit la porte.

«Sev!» Elle tira son chandail sur ses cuisses. Surpris, il ferma les yeux.

«Gustave me dit de te dire de le retrouver sur la véranda»

«Ok. Ferme la porte!»

Elle avait tellement l'habitude d'être dans sa chambre de Poudlard qu'elle n'avait pas pensé mettre le verrou. Si Severus était arrivé un peu plus tard, il l'aurait trouvée en tenue d'Ève. Elle rougit à cette pensée, mais cela ne lui déplut pas.

Severus, qui descendait l'escalier, faillit manquer une marche lorsqu'il ressentit l'élan de luxure provenant d'Ariane. Il regarda vers la chambre, hésitant, avant de reprendre sa route pour rejoindre Viggo.

Jamais croissant n'avait été plus frais. Ariane les dévorait un à un, appréciant chaque bouchée.

«Tu as un appétit d'ogre, ma chère»

«Chè trop bon»

«Je passerai le mot aux cuisiniers»

«Est-ce que tu sais à quelle heure on part? Severus ne m'a rien dit»

«Oh, mais vous ne partez pas aujourd'hui. Nous avons organisé un bal en ton honneur»

Ariane écarquilla les yeux.

«En mon honneur? Un bal?»

«Juste un petit party là, rien de trop extravagant»

«Est-ce que vous l'avez dit à Severus?»

«Bien sûr, il a même choisi ta robe»

«Ma quoi»

«Ta robe»

«J'ai besoin d'un verre»

«Antonio! Mimosas, presto!»

Viggo, qui avait amené Severus dans une chambre de la résidence secondaire, se tenait devant lui, les bras croisés en signe de sa désapprobation.

«Si tu refuses de boire son sang, montre-moi au moins les dommages, je pourrai peut-être aider. J'ai tout de même fait ma médecine quelques fois»

«Je crois que c'est en dehors de tes capacités»

Severus retira son débardeur, puis sa chemise. La peau avait une teinte noire violacée sur la plupart du torse. La peau était cireuse et jaunâtre par endroits. Viggo s'approcha, palpa délicatement la peau, appuya sur les côtes qui semblaient se désagréger sous ses doigts.

«Sev… c'est pire que ce que j'avais imaginé»

Il plongea son regard dans celui de son congénère.

«Je ne veux pas te perdre, je t'en supplie, fais-le»

«Nous mourrons tous un jour, Viggo»

L'ancien professeur de potion se rhabilla, sous le regard attentif et inquiet de l'autre.

«Ils sont encore en train de boire»

«Effectivement»

«Allons-y avant de les retrouver sous la table»

À peine Severus ouvrit-il la porte de la véranda qu'il fut accueilli par une masse de cheveux roux qui le repoussèrent dans la maison.

«Une robe? Un bal?»

«Avant de t'emporter, veux-tu la voir?»

«Moui»

«Je vous suis» Gustave, Mimosa à la main, les talonnait. «Dis-moi que si tu n'aimes pas la robe tu vas quand même venir au bal?»

«Elle va l'aimer, Gus»

Severus poussa la porte d'une pièce qui semblait dédiée à la lessive. Une robe noire dont le col en dentelle montait jusqu'aux clavicules et dont les garnitures continuaient sur les manches était accrochée sur un pôle. Le bas était fait d'un tissu soyeux sans être trop lustré, et de petites perles étaient brodées çà et là, lui donnant un air luxueux sans être tape-à-l'œil. Severus avait raison, si elle avait dû choisir une robe, ça aurait été celle-là.

«Merci, Sev, je l'adore»

«Aww vous êtes trop chou tous les deux» Gustave ricana, puis sorti en fermant la porte, prenant soin de la verrouiller derrière lui. Le Né-Vampire roula des yeux.

«Il a oublié qu'on est des sorciers je crois»

Ariane lui fit un pâle sourire, lui en voulant toujours de l'accoter au pied du mur en l'obligeant à aller à un bal.

«Je ne savais pas jusqu'à hier soir, je t'aurai prévenue sinon»

Elle soupira, lui signifia d'un geste que c'était réglé et qu'elle irait. Elle se dirigea vers la porte et allait la déverrouiller lorsqu'elle se souvint de la veille. Elle sonda Severus et se retourna.

«Il y a quelque chose qui ne va pas avec toi»

Il la regarda des pieds à la tête. Il ressentait son emportement, c'était la seconde fois qu'elle lui demandait s'il allait bien. Ses sourcils froncés lui donnaient un air sévère qu'il ne lui avait jamais vu.

«Dis-moi la vérité cette fois»

Il hésita, chercha un mensonge plausible, mais ne trouvant rien, abdiqua.

«Le Lien me rend malade»

«C'est à cause de moi?»

«Parce qu'il est incomplet»

«Complète-le, alors»

Il dut se contrôler comme jamais dans sa vie pour ne pas fondre sur elle sur le champs. Il avança d'un pas, senti une pointe de peur, de tristesse et de quelque chose de chaud et doux émaner d'elle, il avança encore et ouvrit les bras. Elle hésita puis vint si blottir, la tête contre sa poitrine. Il lui caressa les cheveux doucement.

«Ne dis pas des choses comme cela, Ariane. Le Lien n'est pas quelque chose sur lequel on plaisante»

«Ce n'était pas une blague»

«Chut maintenant, va rejoindre Gustave, je crois qu'il a prévu te faire visiter le coin»

Tremblante, elle quitta la chambre. Severus alla fermer la porte et attendit qu'elle soit assez loin pour gémir de douleur. Ses crocs jaillirent, de même que ses griffes, il se sentait perdre le contrôle, chercha Ariane des yeux par la fenêtre, la vit entrer dans une voiture noire et s'apprêtait à sauter lorsque deux bras forts l'immobilisèrent.

«Ne me force pas à te blesser, Severus, on vient de repeindre cette pièce»

Affaibli comme il l'était, jamais il ne parviendrait à se défaire de l'emprise de Viggo, il était tout simplement épuisé. Son congénère le prit dans ses bras et le déposa sur son lit. Il alla ensuite chercher le sac dans lequel il gardait ses potions. Severus en but deux, espérant que cela suffirait.

«Je pense que mes prévisions étaient un peu trop optimistes»

«Je veux que tu la protèges, Viggo, quand je serai parti»

Le scandinave ferma les yeux tant ces paroles l'attristèrent.

«Severus»

«Ne dis pas un mot, je t'en prie»

Il resta à ses côtés jusqu'à ce qu'il s'endorme. Sa peau était si pâle, son cœur battait à peine. Vivrait-il jusqu'à ce soir?

Ariane visita Grasse avec Gustave. Ils firent un peu de shopping mais le cœur n'y était pas, elle écoutait l'homme d'une oreille et acquiesçait une fois de temps en temps. La nuit tombait lorsqu'ils revinrent. Viggo aida Severus à s'habiller et à boire plusieurs potions pour prolonger son existence encore quelques heures.

Ariane monta à sa chambre et une jeune femme l'aida à s'habiller et se maquiller, heureusement car elle n'avait jamais possédé rien de qui se trouvait sur la table devant elle. Elle coiffa ses cheveux et fin prête, elle admira son reflet. C'était tellement étrange, elle qui portait toujours des vêtements confortables et ses cheveux en chignon, elle avait l'air d'une princesse. Elle ne savait pas quoi en penser. Elle entendit trois petits coups à la porte.

«Entrez»

Severus était tout aussi magnifique dans son smoking. Il regarda Ariane des pieds à la tête et lui sourit.

«Tu es exquise»

Ariane se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux, mais était inquiète pour le Né-Vampire. Sa peau semblait plus pâle qu'à l'accoutumée, presque grise. Elle enveloppa son corps de sa magie et se sentit atterrée.

«Sev…»

«Ne pense pas à cela, vient danser»

Elle soupira, dépitée, et accepta le bras qu'il lui offrait.

La plupart des invités étaient arrivés et les conversations se turent lorsqu'Ariane apparut en haut de l'escalier. Elle sentait la gêne la prendre à la gorge, rendant sa respiration difficile. Une fois en bas, les invités vinrent se présenter un à un. Certains étaient moldus, d'autres sorciers et quelques-uns étaient des immortels. Des employés se promenaient avec aisance à travers la foule avec des plateaux garnis de hors-d'œuvre divers et de verres aux boissons colorées. Ariane attrapa une flute de champagne au vol et fit les beaux yeux à son cavalier, implorant sa clémence. Il est vrai qu'elle avait abusé de l'alcool ces derniers temps.

Au bout de ce qui lui sembla une éternité, Viggo annonça qu'il était temps de danser. Les gens retrouvèrent leur partenaire et Severus sourit à Ariane. L'orchestre cessa de jouer la musique d'ambiance pour une valse rythmée.

«Suis mes pas»

D'abord gauche, elle se laissa aller aux mouvements gracieux de Severus. Il était un excellent danseur et elle se surprit à passer un merveilleux moment. À la fin de la valse, Viggo demanda sa main à Ariane et elle accepta sous le regard approbateur de Severus. Elle dansa ensuite avec Gustave, puis retourna à Severus. Elle s'amusait et la soirée passa rapidement. Les gens commencèrent à quitter, Severus était de plus en plus gris. Elle s'approcha de lui, inquiète. Il lui fit un maigre sourire, mais en vérité il agonisait. À l'horizon, la pâleur de l'aube commençait à apparaitre. Les derniers invités quittèrent et Viggo referma la porte derrière eux, puis regarda Gustave, Ariane et finalement Severus. Il hocha la tête, abattu par l'état de son congénère.

Ariane, furieuse et désespérée, sorti de la salle de bal, et marcha rapidement jusqu'à la cuisine où elle attrapa un petit couteau bien affuté. Elle revint auprès de Severus et s'apprêtait à s'entailler le bras lorsque le Né-Vampire transplana.

Elle regarda Viggo, surprise.

«Court»

Elle transplana, chercha Severus avec sa magie, transplana plus près

Severus courait à toutes jambes, s'éloignant autant que possible, mais il était au bout de ses forces. Il trébuchait, manquait d'air. Il tremblait de douleur. Ariane s'approchait et il n'avait qu'une envie, la rejoindre.

Puis, vint le moment où il ne put plus bouger. Couché au sol, il regarda la lune et les étoiles, sentant son esprit disparaître au cœur d'épais ténèbres. Jusqu'à ce qu'il entende Ariane qui courait vers lui. Il essaya de se relever, mais elle le plaqua au sol si fortement qu'il s'y enfonça.

«Laisse-moi partir»

Sa voix n'était qu'un grognement étouffé, mais on y sentait autant la rage que la lassitude. Il se donna un élan, réussi à relever le torse, seulement pour que sa tête se fracasse durement contre la terre et qu'il sente la douleur irradier dans sa nuque. Sa voix n'était plus qu'une plainte, un sanglot.

«Je t'en prie, je t'en supplie»

Elle recula d'un pas, incertaine.

«Severus… j'ai besoin de toi»

Elle s'approcha, s'agenouilla à ses côtés.

«J'ai besoin de toi»

«Reste… libre»

«Je suis libre, et je te choisis»