Résumé : Et si tout avait commencé non pas en 845, mais en 1940? Dans un monde où la guerre fait rage et où la haine détruit tout, y a-t-il encore un espoir pour eux? Eren x Livaï, UA, M.

Disclaimer: Les personnages et l'histoire de l'attaque des titans apparaissent à Hajime Isayama. Je n'ai fait qu'écrire cette petite histoire.

Merci à ma petite femme d'écriture adorée, toujours présente !

Je ne sais pas ce qui se passe en ce moment avec ff, j'ai eu des difficultés à publier le chapitre 13, dites moi si vous pouvez y accéder!

Bonne lecture pour le chapitre 14 !

Chapitre 14 : En terrain ennemi

"Ces trois-là, ils sont à toute épreuve... Ils ont chacun un truc hors norme, une capacité hors du commun à résister et à survivre... Pour l'une, ce sont des aptitudes exceptionnelles pour le combat. Pour l'autre, c'est un mental d'acier. Et le troisième se distingue par son extraordinaire vivacité d'esprit."
- Hannes

Musiques du chapitre : Heroes of the Dawn – Visions of Atlantis. So Ist Es Immer – Hiroyuki Sawano.

16 janvier 1941, Blodelsheim, France.

La voiture avait roulé toute la journée sur les routes cahoteuses, suivie du deuxième véhicule. Evitant les grands axes, ils passaient sur les routes abimées de campagne, dans un silence de plombs, prêts à réagir en cas d'attaque du convoi. Arrivés au niveau de la frontière avec la zone occupée peu après midi, ils passèrent les barricades en donnant leurs nouveaux papiers d'identité, indiquant qu'ils allaient voir de la famille dans le nord-est.

Ils virent rapidement le panneau indiquant leur arrivée à Blodelsheim, les voitures passant sur la route principale du village sans vie, les rues désertes défilant autour d'eux inlassablement. Ils virent au loin un homme âgé en fauteuil roulant rentrer dans une maison, claquant la porte derrière lui, seule présence en vie dans ce village frontalier de l'Allemagne.

Livaï fronçait les sourcils, concentré sur la route recouverte de terre et de caillasse. Il suivait le chemin menant au pont qui leur permettrait de traverser la frontière. A ses côtés, Hanji se tenait droite, les yeux derrière ses lunettes fixés sur la route. Elle tapotait machinalement sa cuisse d'une main inconsciente.

- On va arriver au point de non-retour, énonça-t-elle doucement. Préparez-vous, pas de gestes brusques, on sera en sous-effectif. On suit le plan.

Livaï gardait les lèvres closes, concentré sur la route. Au loin, le pont approchait dangereusement, gardé par une barricade et une vingtaine d'hommes surarmés visibles. Il fronça les sourcils en scrutant les alentours, remarquant d'autres hommes postés sur les deux côtés de la route, dans des maisons détruites par les bombes. Les mains crispées sur le volant, il s'arrêta face à la barricade dressée devant l'entrée du pont. Le soldat lui fit signe de sortir du véhicule et il s'exécuta, les mains visibles.

- Laissez-passer ?

Livaï se crispa en entendant l'homme parler français. Sale traitre. Il lui tendit les cinq bouts de papiers contenant leurs autorisations de passage que le soldat attrapa d'un geste brusque. Le capitaine restait crispé, prêt à agir en cas de contre-temps, lorsqu'il vit l'homme lui rendre les documents en hochant la tête.

- On va juste vérifier le coffre, au cas-où, grogna le soldat en se dirigeant vers l'arrière du véhicule, Livaï sur les talons. Ouvrez et écartez-vous.

Le capitaine obéit en silence, ouvrant le coffre contenant leurs sacs d'habits sous l'œil avisé du soldat. Ce dernier fouilla un instant, tandis qu'un de ses collègues s'était approché pour surveiller Livaï de son arme braquée sur lui. Le brun était tendu, observant d'un œil le manège de l'homme ouvrant les sacs pour vérifier leur contenu.

Finalement, le soldat s'écarta, se redressant en hochant la tête à son collègue. Le capitaine fronça les sourcils en voyant le carnage laissé par la fouille, les sacs éventrés dans le coffre lui faisant face. Il serra les poings, énervé, et referma le coffre sous l'ordre de l'homme derrière lui. La barricade fut enfin levée et il grimpa dans la voiture, démarrant pour passer le pont. Arrivé au milieu de la passerelle, il soupira bruyamment, le front plissé par l'énervement. « Bandes de collabos à la con. Même pas capable de fouiller correctement. »

A ses côtés, Hanji ricana, la main pressée sur sa bouche, retrouvant enfin quelques couleurs alors qu'ils venaient d'échapper à un massacre dans les règles. Derrière eux, il voyait le deuxième véhicule, passant à son tour les frontières. Au moins, les papiers transmis par Erwin fonctionnaient.

xXx

La nuit était finalement tombée sur le ciel grisâtre de ce mois de janvier, les restes de la neige s'amenuisant çà et là sur leur chemin. La voiture se gara à l'orée d'une épaisse forêt, protégée par les arbres immenses. L'autre engin s'arrêta à seulement quelques mètres. Eren quitta le véhicule en soupirant d'aise, déliant les muscles tendus de ses jambes. Il s'étira le haut du corps, soupirant d'aise en sentant son dos craquer. A ses côtés, Mikasa et Armin réalisaient les mêmes exercices pour détendre leur corps engourdi, de même que les autres membres de l'escouade.

Une fois les affaires rangées dans le coffre, Livaï lança le signal de départ et ils s'enfoncèrent tous dans l'épaisse forêt, suivant le capitaine à leur tête. Rapidement, ils se retrouvèrent sur un terrain plutôt plat, où le capitaine leur demanda de poser le camp. Ils s'exécutèrent immédiatement, sortant leurs tentes des sacs. Une fois leur tâche réalisée, ils mangèrent les rations apportées par la jeune femme, avant que le capitaine ne se lève, étudiant le groupe d'un œil circonspect.

- Jaeger, viens. Kirstein, Wagner, vous montez la garde.

Eren leva la tête vers le capitaine, posté un peu plus loin sur une butte en terre. Il se redressa en lâchant la toile de sa tente, Armin récupérant le tissu en lui accordant un sourire. « Je vais terminer, vas-y. ». Soupirant de fatigue, le jeune homme rejoignit son supérieur, le suivant entre les arbres en évitant de tomber dans l'obscurité de la nuit glacée. Il serrait son manteau contre lui, la mine sombre, ne décrochant pas un mot alors que le capitaine le guidait dans le bois. Ils s'arrêtèrent au bout d'une dizaine de minutes, Livaï se tournant vers le jeune soldat, le visage fermé.

- Ecoute, crétin, je ne sais pas ce qui t'arrives, mais pour ta mauvaise humeur, va falloir faire quelque chose. Parce que ce n'est pas avec ta tête de dix pieds de long qu'on va y arriver.

Eren resta un instant silencieux, la tête tournée vers l'horizon trop sombre pour qu'il ne discerne grand-chose. Il sentait ses poings se fermer, sa colonne vertébrale se contracter.

- Je ne vois pas en quoi c'est problématique.

- Tu ne vois pas ? Ton humeur de merde me casse les couilles, voilà en quoi c'est problématique !

Le capitaine lui faisait face, les sourcils froncés, les poings fermés lui aussi. Malgré sa petite taille, il semblait le dépasser, son aura foudroyante l'enveloppant totalement. Il fit un pas en arrière, le visage se plissant à son tour.

- Et ? Vous avez qu'à arrêter de me regarder !

- T'es insupportable, tu le sais, ça ? Merde, moi qui étais impatient de rentrer, je…

Il se tut, se mordant la lèvre en se détournant du jeune homme. Eren fronça les sourcils, interloqué. Le capitaine semblait agité, passant une main tremblante dans ses cheveux parfaitement coiffés, les ébouriffant au passage.

- Pourquoi ? murmura-t-il, la voix rauque.

Livaï se tourna à nouveau vers lui, les yeux perdus sur son visage.

- T'es jaloux de cette fille, hein ?

Les joues du jeune homme le brûlèrent violemment, incandescentes. Il s'écarta d'un coup, glissant dans la neige. Son dos cogna contre l'arbre derrière lui, lui arrachant un gémissement de douleur. Le capitaine en profita pour s'approcher de sa proie, le dévisageant en silence.

- C'est ça ?

Eren sentait son cœur se décharner dans sa poitrine, anarchique. Il se sentait mal, la proximité de l'autre corps le rendant faible. Il le repoussa en tentant d'y mettre toute sa force, l'écartant à peine de lui. Le capitaine saisit ses mains, les éloignant de son torse. Il le dévisagea sans rien dire, les mains serrées autour des siennes. Dans un élan de lucidité, il s'échappa à la poigne féroce de son capitaine, le repoussant à nouveau. L'homme resta en retrait, les bras le long du corps.

- Vous êtes parti… Vous êtes parti, et vous revenez, une putain à votre bras ! Et vous vous pavanez, alors que…

Les mots se coincèrent dans sa gorge alors que les lèvres de son ainé se pressaient contre les siennes. Il resta stoïque, sentant la caresse puissante de la bouche de l'homme sur la sienne. Et doucement, ses bras vinrent s'accrocher à sa nuque, sa bouche s'entrouvrit. Il n'arrivait plus à se contrôler, la passion du moment le ravageant totalement.

Le capitaine glissa une jambe entre les siennes, l'appuyant un peu plus à l'arbre rêche, l'écorce rentrant dans sa peau à travers ses vêtements. Il gémit dans sa bouche en sentant le genou de son vis-à-vis frôler son entrejambe, balançant ses hanches contre celles de l'homme.

Et, aussi vite qu'il s'était jeté sur lui, Livaï s'écarta, les lèvres entrouvertes, la respiration courte.

- Elle s'appelle Hitch, dit-il, d'une voix si rauque qu'elle semblait venir des tréfonds de son âme. Et elle vient de Londres, comme tu t'en doutes. Et, surtout, elle est clairement insupportable, à me harceler constamment, et à me suivre partout. C'est Erwin qui lui a proposé de venir.

Eren cligna des yeux à plusieurs reprises, laissant les mots défiler dans son cerveau. Il ne comprenait pas, il était perdu. Et son cœur battait trop vite, trop fort, comme s'il voulait s'échapper de son torse.

- Je ne comprends pas vraiment ce qui se passe entre nous, reprit le capitaine, détournant les yeux. Mais ce que je sais, c'est que ça me fait chier de pas te voir ni te parler. Alors arrête tes conneries.

Eren resta immobile le temps que les mots glissaient jusqu'à son cerveau envahi par une douce enveloppe de coton. Il observait l'homme, se mordant la lèvre en prenant conscience des mots qui venaient de sortir de lui.

Il se sentait con, face à cet homme qui le regardait avec cet éternel visage impassible. Après quatre mois sans le voir, il ne pensait qu'à se fondre contre ce corps qui lui avait tant manqué, malgré ses angoisses, malgré son déni évident. Et découvrir que le capitaine désirait la même chose, c'était invraisemblable. Et pourtant, alors qu'ils restaient à s'observer comme des chiens de faïence, il ne pouvait s'empêcher d'hésiter.

Les mots d'Hanji lui revinrent en mémoire et il rougit encore un peu plus, le cœur battant à tout rompre.

- Ce n'est pas normal… ça. On est deux hommes, merde ! On ne peut pas…

- Qui t'as dit cette merde ? Ce n'est pas parce que des cons te disent que c'est mal qu'il faut les écouter. Tu me trouves anormal, alors ? C'est ça ? Tu penses que je suis taré ?

- Non ! Bien sûr que non ! Vous êtes le capitaine Livaï, l'homme le plus incroyable que je connaisse !

Les mains serrées sur son cœur, il écarquilla les yeux en se rendant compte de ses mots. Le capitaine eut un sourire en coin avant de lever la main, la reposant doucement dans les cheveux du jeune soldat. Il caressa ses mèches sombres, presque timidement. Et, soudain, il glissa sa deuxième main dans le dos de son subordonné, l'attirant à lui dans une étreinte affectueuse. Le plus jeune se détendit lentement, serrant le devant de son haut pour l'attirer un peu plus contre lui. Livaï leva le visage vers le jeune homme, attrapant ses lèvres dans un baiser furtif avant de s'écarter à nouveau.

- Tu ferais mieux d'aller dormir, maintenant. On a une longue route qui nous attends, demain.

Eren hocha la tête, se mordant la lèvre avant d'avancer vers le campement improvisé. Il marchait aux côtés du capitaine, frôlant son bras du sien à chaque pas. Les fins poils se dressaient sur ses membres, une douce chaleur l'enveloppant tendrement.

Il rejoignit son couchage après un dernier regard au capitaine, glissant ses yeux le long du corps fin et délié de l'homme qui prenait le tour de garde, envoyant les deux recrues se coucher. Allongé sous la couverture de fortune, aux côtés d'un Armin endormi, il sourit en scrutant le toit de la tente, avant de s'endormir, voyageant vers des rêves pleins des yeux gris du capitaine et de ses violents baisers.

xXx

Les bruits de tissu secoués violemment réveillèrent les jeunes recrues endormies. Eren se redressa d'un coup, se cognant la tête contre le toit de la tente.

- Debout là-dedans, fit la voix de Mikasa. On va y aller.

Le jeune homme se leva rapidement, suivi d'Armin qui s'étirait en gémissant de sommeil. Il se retrouva face au reste du groupe, encore à moitié endormi. Le soldat se laissa tomber sur un gros rocher, s'asseyant pour dévorer la ration prévue par Hanji. Un peu plus loin, il remarqua le capitaine qui parlait avec Gunther. Ce dernier se tourna en sentant ses yeux posés sur lui, et croisa son regard. Il le vit lui adresser un signe de tête à peine visible et lui décocha un petit sourire avant de finir sa dernière bouchée.

Il aida ensuite son ami blond à défaire leur tente, la rangeant dans son sac en bavardant avec lui. Il remarquait les yeux bleus inquiets posés sur lui, préférant les ignorer. Une fois leurs paquets pliés et rangés, ils rejoignirent le reste du groupe pour une dernière vérification des lieux.

Le signal fut ensuite lancé, et ils partirent rejoindre les voitures pour la suite du parcours. Le capitaine avançait en tête, aux côtés d'Hanji et Gunther. Eren marchait un peu en retrait, encadré d'Armin et Mikasa en silence. Finalement, sa sœur se pencha vers lui, murmurant :

- Eren, tu vas bien ?

- Bien sûr.

- Vous avez parlé de quoi, hier soir, avec le capitaine ?

- Oh… Tu sais, des combats, de ce qui nous attends, tout ça, quoi…

Elle le regarda, suspicieuse. Il préféra détourner les yeux, impuissant alors que sa sœur échangeait un regard perplexe avec son ami, se concentrant sur le sol où il posait les pieds pour éviter de tomber. Il se sentait mal à l'aise à l'idée de parler de ça avec eux deux. Ou avec n'importe qui d'autre, en somme. C'était leur secret, intime, rien qu'à eux. Et il aimait cette idée, cette relation, ainsi.

Il voulait le capitaine, le sentir à ses côtés, lui parler de tout et de rien. Et il se doutait que ses amis et sa sœur ne comprendraient pas, alors il préférait se taire. Se taire et en profiter, tant qu'ils étaient encore en vie. Parce qu'il n'était plus sûr d'être capable de vivre dans un monde où le capitaine Livaï n'était plus là.

Il leva la tête vers Livaï, observant chacun de ses mouvements alors qu'il progressait rapidement dans la forêt, discutant avec ses collègues. Il ne pouvait s'empêcher de scruter son corps en mouvement, le cœur battant. Les baisers de la veille le hantaient, priant pour qu'il puisse recommencer. Parce que même si des gens pensaient que c'était mal, il ne pouvait s'en empêcher. C'était plus fort que lui, cette sensation qui le poussait droit vers cet homme.

xXx

La voiture cahotait sur les chemins boueux du sud de l'Allemagne. Hanji guidait le conducteur à l'aide d'une carte achetée dans une petite boutique proche de la frontière. Ils vadrouillaient sur les routes depuis le lever du soleil, silencieux et le visage grave. Les jeunes assis à l'arrière restaient immobiles, suivant des yeux les paysages qui défilaient par les fenêtres. Derrière eux progressait la deuxième voiture, gardant le rythme pour suivre leur parcours.

Mikasa sentait les vibrations des roues sur le bitume contre son bras posé sur le rebord de la fenêtre. Elle gardait les yeux fixés sur le paysage défilant devant elle, concentrée sur ses pensées. Elle ne savait que penser de tout ça, de ce voyage organisé à la va-vite après quatre mois de vide. Parce qu'en dehors de quelques explosions et autres récupérations de marchandises, rien n'avait réellement eu d'intérêt. Et là, après le retour du commandant et de son si aimable bras droit, il fallait qu'ils partent, immédiatement, récupérer des informations confidentielles dans une base inconnue de tous, base dont ils n'avaient même pas la moindre preuve qu'elle existait.

A ses côtés, Eren tapotait son genou à un rythme régulier, les yeux dans le vide. Comme tous, il semblait juste suivre le mouvement, allant à la pêche aux informations dans un pays ô combien dangereux. Et s'il n'y avait que ça… Mais elle remarquait bien que son frère s'éloignait, obnubilé par le capitaine. En quatre mois, il avait semblé dépérir, s'entraînant sans relâche avec Hanji aux manœuvres pour qu'elle puisse encore améliorer son prototype. Ils avaient réussi à créer un engin particulièrement redoutable, à force de modifications. Mais voir les traits durs de son frère, chaque jour un peu plus sombre, était trop dur pour elle.

Levant la tête, elle fusilla l'arrière du crâne du conducteur, s'attirant un haussement de sourcils d'Eren. Il pencha la tête d'incompréhension et elle haussa les épaules, se reconcentrant sur le paysage bucolique. Dans un soupir d'abattement, la jeune fille glissa le bas de son visage dans l'épaisseur réconfortante de son écharpe rouge. Elle la pressa contre son nez, les yeux perdus vers le ciel qui s'assombrissait déjà.

Ils n'allaient pas tarder à s'arrêter pour la nuit. La pression dans ses jambes commençait à la tirailler, une pause serait salvatrice. Elle entendit Hanji et le capitaine en pleine discussion, sans faire attention à ce qu'ils disaient. Tout ce qui comptait, à présent, c'était de sortir de cette voiture trop petite. Elle s'échappa donc, à peine le véhicule arrêté derrière un arbre imposant, tirant sur ses jambes en les tendant devant elle. Quelle délivrance. Elle rejoignit ensuite le reste du groupe, récupérant son équipement tridimensionnel et son sac de voyage. Et entra dans la forêt, suivant les autres en serrant l'équipement à sa taille, Jean à ses côtés lui adressant un petit sourire avant de continuer en silence.

xXx

Livaï leva le bras en s'arrêtant, l'oreille tendue. Des bruits sourds au loin attirèrent son attention, bloquant tout mouvement de l'escouade. Il fit signe au groupe de passer dans les arbres, appuyant sur son propre équipement en le dirigeant vers la cime des arbres. Il se réceptionna d'un geste souple, vérifiant que tous avaient réussi à grimper en hauteur. Parfait. Dirigeant les poignées vers l'avant, il se projeta vers l'arbre qui lui faisait face à toute vitesse.

A ses côtés, Gunther plissait les yeux en tentant de voir la provenance des bruits. Ils avaient pu marcher pendant une bonne demi-heure avant de finalement croiser du monde. Mais le capitaine avait du mal à comprendre la raison de leur venue dans cette forêt, au milieu de nulle part. Avec un peu de chance, ils pourraient les passer sans devoir sortir leurs armes. Malgré tout, et grâce à l'intervention d'Hanji qui avait réussi à les fixer aux poignées de l'équipement tridimensionnel, les dites-armes étaient prêtes à l'emploi. Elle avait eu l'idée de fixer des pistolets automatiques modèles 1935S, modifiés pour l'occasion, qu'ils avaient récupéré lors de l'attaque d'un convoi de marchandises. Ainsi, ils pouvaient attaquer en mouvement, les rendant plus indétectables par leurs ennemis.

Cependant, la conception de l'équipement les obligeait à diriger leurs armes en direction de la zone où ils souhaitaient se diriger, les obligeant à déployer toutes sortes de stratégies en combat dans les airs.

D'un regard en direction de Gunther, Livaï lança le signal d'un poing levé avant de s'élancer furtivement à travers les arbres, passant au-dessus des soldats au sol qui surveillaient la zone. L'escouade semblait avoir des ailes, s'élançant d'arbres en arbres au-dessus des ennemis, tentant de faire le moins de bruit possible.

En bas, les hommes semblaient de plus en plus agités, scrutant les alentours, leurs armes braquées devant eux. L'un d'eux leva la tête et cria un ordre, les tirs se dirigeant alors vers eux. Dans un cri de rage, Livaï leur ordonna de continuer, étant trop peu nombreux pour risquer le combat. Ils foncèrent donc à travers les arbres, dépassant rapidement les ennemis à pieds. Se tournant pour vérifier que tout le monde était encore là, il eut un rictus, les voyant tous concentrés sur leur progression. Il croisa l'éclair émeraude, son cœur loupant un battement en voyant la lueur sombre dans ses iris.

Il ne pouvait se concentrer sur le jeune homme, là, alors qu'il devait gérer cette situation complexe. Les soldats sous eux semblaient avoir des difficultés à les suivre. Bien. L'espoir d'arriver à passer la forêt sans plus de difficultés commençait à enfler dans sa poitrine comprimée par l'équipement. Il glissa une œillade inquisitrice à Hanji qui tentait de l'interpeler. Elle tendit le doigt vers l'horizon, lui montrant une étendue d'eau qui s'approchait d'eux à mesure qu'ils progressaient au milieu des arbres.

- Il va falloir trouver une solution pour les éliminer, il faut qu'on se repose. Les jeunes vont finir par s'écrouler, Livaï.

- Sans blague. Putain.

Il pinça les lèvres, le front plissé sous les réflexions qui traversaient son esprit fatigué. Il sentait ses membres le tirer d'avoir conduit toute la journée, ses muscles tendus sous l'effort de leur fuite. Dans un soupir las, il tourna la tête vers Gunther, accroupi sur une branche un peu plus loin. Ce dernier semblait vérifier la progression de leurs ennemis.

- Je vais tenter de les emmener ailleurs avec Gunther, commença le capitaine en se tournant vers Hanji. Toi, trouve un coin pour vous reposer, on vous rejoint. Garde ta radio, je te préviens si ça tourne mal.

Elle se contenta de hocher la tête, la mine sombre, faisant signe aux jeunes de la suivre alors que Livaï et son bras droit faisaient demi-tour. Le capitaine passa à côté d'Eren, lui adressant un petit signe de la tête avant de rejoindre son compagnon. Il passait d'arbre en arbre, veillant à faire suffisamment de bruit pour alerter les hommes au sol. Ces derniers les poursuivirent, criant des ordres que le vent portait aux oreilles de l'homme perché dans les arbres. Ils semblaient complètement dépassés par la situation, courant dans tous les sens.

Bien, la situation semblait tourner à leur avantage. Livaï fit un signe à Gunther pour prendre les hommes à revers, fonçant à travers les branches épaisses. Il atterrit finalement derrière l'un des hommes, lui tordant le cou en silence avant de remonter à l'abri dans les feuillages épais. Le corps fut découvert rapidement, rassemblant trois hommes autour du cadavre. D'un coup d'œil vers son bras-droit, Livaï hocha la tête, et les balles fusèrent, tuant sur le coup les trois miliciens accroupis. Le bruit sembla rameuter les autres et le capitaine profita du bruit pour quitter son poste, s'éloignant un peu. Il en restait trois. Dégainant son couteau, il utilisa l'équipement pour fondre sur le soldat en retrait, abattant son arme sur la nuque de l'ennemi pour trancher la chair. L'homme tomba face contre terre alors que le capitaine remontait déjà à l'abri dans les arbres.

Les deux derniers miliciens se redressèrent, sur leurs gardes, dos au tronc épais d'un arbre. Ils tremblaient comme des feuilles, serrant leurs mains sur leurs fusils-mitrailleurs. Gunther tomba pile devant eux, ses pistolets braqués sur leurs crânes à découvert. Le capitaine resta dans les arbres, prêt à intervenir en cas de problème. Il scrutait les alentours, l'obscurité totale l'empêchant de voir quoi que ce soit. La voix de son ami s'éleva alors dans les airs, dans un allemand parfait :

- Que faites-vous ici ?

- Ta gueule, sale fils de chienne ! Et…

La balle qui sortit de l'arme de Gunther frappa l'avant du crâne de l'homme qui avait parlé, le tuant sur le coup. L'autre tomba à genoux, la tête entre ses mains, criant et gémissant. Gunther se tourna vers lui, un sourcil levé, prêt à reprendre son interrogatoire quand il fut brusquement arrêté par une voix, un peu plus loin.

- Tu ferais mieux de baisser ton arme, maintenant. Ce serait dommage de se retrouver avec un deuxième trou pour chier, tu ne crois pas ?

A peine les mots eurent claqué dans l'air froid que le capitaine tuait l'opportun qui se tenait derrière son ami. Ami qui fronça les sourcils, les lèvres pincées.

- Il y a encore combien de tes petits copains, ici ?

- Je suis le dernier ! Je vous le jure ! J'ai une famille, monsieur, des enfants… Par pitié…

Le capitaine se laissa tomber aux côtés de son subordonné, restant sur ses gardes. D'une voix rauque, il demanda :

- Quels étaient vos ordres ?

- On a entendu parler de juifs qui serraient cachés pas loin… On devait les retrouver, et les… Les éliminer.

Livaï lâcha un grognement indistinct, se détournant pour contempler l'ampleur des dégâts. Il se tourna finalement vers Gunther, lui tendant une corde, avant de dire en français : « Attaches-le à l'arbre, bandes-lui les yeux. Et Assommes-le. Je vais vérifier les alentours. »

Le grand brun hocha la tête, récupérant les liens alors que le capitaine quittait la zone pour rejoindre la cime des arbres, scrutant la zone en tendant l'oreille. En dehors du bruit des cordes serrant la chair de l'homme, rien ne semblait plus troubler le silence de la nuit. Dans un soupir las, le corps épuisé, Livaï dégaina sa radio, cherchant la fréquence de celle d'Hanji. « Problème réglé. On revient. » Il l'éteignit, quittant son perchoir pour rejoindre son compagnon d'arme.

xXx

Eren était assis sur une petite butte de terre dure, surveillant la zone. Derrière lui, Armin restait debout, observant les alentours. Ils étaient de garde en attendant le retour des deux hommes. Les autres en avaient profité pour aller dormir, fatigués, sous leurs tentes respectives.

Le blond restait sur ses gardes, jetant des œillades inquiètes à son ami renfrogné sur la terre. Ce dernier traçait des arabesques dans la terre à l'aide d'un bout de bois, les yeux fixés dans le vide. Son ami s'installa à ses côtés, lui tendant un bout de pain qu'il avait coupé en deux, avant de croquer dans son propre morceau. Le brun observa le pain moelleux posé dans sa paume, appuyant sur la croûte pour tester la douceur de la mie. Il finit par croquer un gros bout, savourant le morceau en silence.

- Ils vont revenir, tu sais. Le capitaine est un excellent soldat.

Les yeux verts croisèrent les pupilles bleues, rassurantes. Armin pressa une main sur le genou de son meilleur ami.

- Ouais, j'sais.

- Tu… Je sais que tu n'as pas envie d'en parler, mais tu vas bien ?

- Bien sûr. Tout va bien. Et toi ?

- Oui. Mais… Avec Mikasa, on a bien vu que ces derniers temps, tu… parlais moins. Enfin… Depuis que le capitaine est parti, quoi. Mais, on s'en fiche tu sais. Enfin, ce n'est pas le bon mot. On veut juste que tu ailles bien, et si…

Eren se leva brusquement, passant la main dans ses cheveux d'un geste nerveux. « Tout va bien, Armin. T'inquiètes. » Il allait soupirer lorsqu'il sursauta en entendant un bruit se dirigeant vers eux. Dans un même mouvement, les deux amis se postèrent derrière un buisson, arme en avant, prêts à se protéger.

Le blond tremblait un peu, accroupi à ses côtés. La main serrée sur la crosse de sa propre arme, il se concentrait sur sa cible, invisible. Des bruits de pas, qui se rapprochaient lentement, presque silencieux. Le cœur battant à toute allure, il sentit ses membres trembler à leur tour.

Finalement, une ombre s'approcha doucement de leur buisson, imposante et menaçante. Armin braqua son arme en frôlant les branches hautes de leur cachette improvisée. Quant à Eren, il tentait de se déplacer en silence, se rapprochant de leur cible en la gardant en joue. Le monstre devant eux s'arrêta alors, la main sur l'étui de son arme positionnée à la hanche. Eren se crispa, prêt à appuyer sur le chien pour préparer le dernier mouvement avant de tuer son ennemi.

Soudain, le bruit d'une allumette se calcinant derrière eux les fit sursauter violemment, et Eren sentit son pied s'affaisser sous lui, tombant sur les fesses dans la terre en poussant un grognement incongru. Il chercha la provenance du bruit en tentant de repositionner son arme, ses muscles se contractant sous la peur. Et là, devant lui, une lueur rougeâtre dansait devant lui, éclairant un visage qu'il ne connaissait que trop bien.

- Le sol est confortable ? fit la voix grave derrière eux.

Eren ne prit pas la peine de tourner la tête, les yeux continuant de dévisager le capitaine devant lui. Ce dernier restait debout devant lui en silence, un sourire moqueur dansant sur ses lèvres éclairées par la lueur de sa cigarette.

- C'est comme ça que vous couvrez nos arrières, les morveux ? grogna Livaï, observant les deux jeunes hommes qui se relevaient tant bien que mal.

Gunther ricana, frappant le dos d'Armin en souriant moqueusement. Eren continuait à observer son supérieur, les lèvres serrées, rangeant son arme dans son étui. Il se sentait pitoyable, son postérieur encore un peu douloureux. Son bras-droit les envoya tous les trois se coucher, proposant de prendre le tour de garde. Le capitaine grogna à nouveau, peu enclin à le laisser seul, mais un petit bâillement lui échappant donna raison au géant.

C'est ainsi qu'Eren suivit le blond et le brun vers le campement, à deux pas d'eux. Armin rejoignit rapidement sa tente, après un dernier salut à son ami qui restait debout au milieu de la zone. Après un dernier coup d'œil à sa propre tente, il détourna la tête et fit quelques pas vers le capitaine, attrapant le bas de sa veste en silence.

L'homme se retourna, haussant un sourcil inquisiteur en observant son cadet qui gardait la tête baissée vers le sol. Le jeune homme sentait son cœur battre à tout rompre, se mordant la lèvre en serrant le bout de tissu entre ses doigts.

- Qu'est-ce que tu veux, gamin ? grogna-t-il en silence, évitant de réveiller le reste de l'escouade.

- Je… Est-ce que je peux rester avec toi ? murmura le jeune, le visage écarlate toujours tourné vers le l'herbe sombre.

Il n'entendit pas de réponse et finit par lever la tête vers Livaï, se demandant si le capitaine avait entendu sa demande. Son cœur loupa un battement en découvrant le visage surpris de l'homme qui lui faisait face, les joues à peine colorées. L'homme secoua imperceptiblement la tête, un sourire en coin se dessinant sur ses lèvres fines.

- Euh… Je-Non, ce n'est pas ce que tu croies, hein ! J'voulais juste… J'sais pas, oh et puis laissez tomb-

Les mots moururent sur ses lèvres alors qu'il sentait la main du capitaine contre la sienne, l'attrapant pour le guider à sa suite. Livaï poussa le battant de sa tente, dressée un peu plus tôt par Hanji. Il se glissa à l'intérieur, s'asseyant à même le sol. Eren resta devant l'entrée, gêné.

- Entre, qu'est-ce que tu attends ? Et retire tes chaussures et tes chaussettes, hors de question de saccager les couvertures avec tes merdes.

Le cadet s'exécuta, risquant de tomber en retirant précipitamment ses bottes militaires qui restèrent sur le seuil avec ses chaussettes, avant de rejoindre le capitaine, lui aussi débarrassé de ses propres affaires. Il vit qu'il retirait aussi sa veste et sa lavallière, se mettant à l'aise pour dormir. Enfin, il posa ses armes à ses côtés, prêt à les utiliser au moindre problème. Eren l'imita, déposant son pistolet mitrailleur et son équipement à ses côtés, s'allongeant sur le sol dur et froid. Livaï glissa alors la couverture sur eux deux, s'installant confortablement à son tour. Il glissa sa veste pliée sous sa tête, se tortillant avant de trouver une position adéquate.

Et ils restèrent dans un silence olympien, allongés l'un à côté de l'autre, fixant la toile de tente agitée par le vent. Eren n'osait rien dire ni faire, le cœur serré par la peur et la nervosité. Il sursauta en sentant la main du capitaine sur la sienne, qui le tira vers lui. Dans un frisson d'appréhension, il sentit son corps rencontrer celui, ferme, de l'homme. Instinctivement, son bras lâché se serra contre le ventre dur de son vis-à-vis, le rapprochant par la même occasion de lui. Il poussa un soupir d'aise, posant sa tête sur l'épaule musclée, tandis que la main de Livaï venait reposer dans sa chevelure en bataille. Son autre main se glissa sous le t-shirt du jeune homme, frôlant ses côtes, lui arrachant un tremblement involontaire.

Livaï eut un petit sourire, le visage niché dans les cheveux doux du soldat, son corps reposant doucement contre le sien, les protégeant de la fraîcheur extérieure. « Dors, maintenant. ».

.

.

.

J'espère que ce chapitre vous aura plus - et que vous aurez pu le lire, en attendant : à la prochaine !