CHAPITRE 15

- J.J… réveilles toi… je t'en prie... réveilles toi…

J.J entendait cette voix l'appeler.

Il connaissait cette voix.

Il avait envie de faire ce qu'elle lui demandait.

Mais il n'arrivait pas à ouvrir les yeux.

Il n'arrivait pas à savoir où il était, il ne se rappelait pas ce qui s'était passé. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il avait affreusement mal à la tête et que ça l'empêchait de réfléchir.

Il sentit quelqu'un le secouer et le supplier d'ouvrir les yeux. Alors il se concentra et dans un ultime effort, il ouvrit les yeux.

Il mit du temps à s'habituer à l'obscurité mais il parvint à distinguer une silhouette : John était là à ses côtés. C'est lui qui l'avait appelé.

- Dieu merci, J.J tu es réveillé, souffla son ami. J'ai bien cru que tu ne te réveillerais jamais.

J.J tenta de remettre de l'ordre dans ses pensées. Il sentait qu'il était allongé par terre. Le sol était dur et froid.

- Attend je vais t'aider.

Il sentit John l'attraper délicatement par le bras et l'aider à s'assoir. La pièce tangua. J.J ferma les yeux un instant. Et tout lui revint en mémoire : trois types avaient débarqués à la maison et s'en étaient pris à eux. Il rouvrit les yeux. John le fixait avec inquiétude.

- Ca va ?

- Ne t'inquiète pas pour moi, assura J.J, mais le ton faible de sa voix le trahit.

Il avait tellement mal à la tête. Il posa une main derrière la tête et quand il la ramena devant son visage il constata qu'elle était pleine de sang. Ces salauds ne l'avaient pas raté. John regardait le moindre de ses faits et gestes pour être sûr que J.J n'allait pas s'évanouir.

- De quoi tu te souviens ? demanda- t- il alors.

Il tenta de mettre J.J plus à l'aise en l'installant contre le mur de la pièce. Ce dernier posa délicatement sa tête contre le mur et ferma les yeux.

- Je me souviens de tout, souffla- t-il. Des types sont venus chez nous. Pour qui, pour quoi, je n'en sais rien. Mais c'est nous qu'ils voulaient. On s'est défendus mais ils étaient plus nombreux et après, c'est un peu flou…

- Un des types m'a attrapé et tu as voulu t'interposer, continua John. Alors, l'un des deux autres t'a attrapé et t'a poussé violemment contre le mur. Ta tête a pris un sacré coup. Tu t'es effondré.

John se crispa.

- J.J, ces types ce ne sont pas des rigolos, dit- il. Alors que tu étais déjà à terre, le mec t'a frappé une nouvelle fois à la tête avec la crosse de son arme…

J.J ouvrit les yeux et esquissa un sourire las.

- Cela explique le fait que j'ai l'impression d'avoir été percuté par un camion…

John s'assit à côté de lui et le regarda.

- Tu dois avoir une commotion J.J. C'est sérieux, il faut que tu voies un médecin…

- Je ne pense pas que ça soit dans les priorités des types qui nous on enlevés, murmura J.J.

Il était tellement fatigué tout à coup. Il aurait tellement voulu dormir. Il ferma de nouveau les yeux. John le remarqua et secoua doucement son ami.

- J. J tu ne dois pas t'endormir. Il faut que tu restes éveillé.

J.J rouvrit les yeux alors que John s'était relevé. Il semblait chercher quelque chose. Quand il ne trouva pas ce qu'il cherchait, il s'accroupit à côté de son ami.

- Il n'y a rien ici qui pourrait faire office de bandage, expliqua- t- il à J.J qui ne l'avait pas quitté des yeux.

Il décida alors de déchirer le bas de sa chemise puis vint placer le tissu sur la plaie de J.J à l'arrière de la tête. Tout en maintenant la pression, il continua à parler pour que son ami reste éveillé.

- A ton avis, qui sont ces types ? Et que veulent- ils ? demanda- t- il.

- Je n'en n'ai aucune idée, soupira J.J. Peut- être que c'est lié au trésor ?

- Cela n'a aucun sens, assura son ami. D'après les informations que j'ai eues de mon contact aux Bahamas, l'or est toujours là- bas. Et on ne s'y est pas intéressé depuis des mois ! On ne pourrait rien pour ces types… Non, il doit s'agir d'autre chose, ajouta- t- il aussi bien pour lui-même que pour son ami.

Ils continuèrent à parler pendant plusieurs minutes, émettant plusieurs hypothèses. Puis, voyant que le sang avait arrêté de couler derrière la tête de son ami, John découpa un autre morceau de sa chemise et fit un bandage autour de la tête du blessé. Ce dernier le remercia mais ne put s'empêcher d'ajouter :

- Si tu continues comme ça avec ta chemise, tu vas bientôt te retrouver à poil !

John pouffa.

- Idiot ! j'ai encore mon tee- shirt.

Il regarda J.J, un peu soulagé. Si son ami commençait à faire des blagues, c'était qu'il allait mieux. Après ça, John vint s'assoir à côté de J.J et les deux amis parlèrent de Kiara et Sarah, se demandant ce qu'elles faisaient et si elles avaient déjà commencé à les chercher.

- Connaissant Kiara, elle a déjà dû comprendre que quelque chose n'allait pas, assura J.J. Et je sais qu'elle va tout faire pour me retrouver. Pour nous retrouver.

- Pareil pour Sarah, affirma John. Elle doit avoir rameuté tous ceux qu'elle connait pour nous chercher…

Les deux amis se regardèrent et échangèrent un sourire malgré la situation.

- On a de sacrées petites amies toi et moi, dit John.

- Ca c'est clair, répondit son ami.

Il y eut un moment de silence puis J.J demanda :

- A ton avis on est où ?

John hausa les épaules. La pièce où ils se trouvaient était froide et sombre et remplie de vieilleries.

- Probablement dans un vieux garage ou une cave, finit- il par répondre.

- Ouais donc un endroit isolé, souffla J.J, en se passant une main sur le front.

- Ca va J.J ? demanda aussitôt son ami.

- Mon mal de crâne est revenu, avoua le jeune homme.

Alors que John s'apprêtait à répondre, un cliquetis se fit entendre et la porte s'ouvrit. Deux hommes entrèrent. John mit seulement quelques secondes à les identifier. L'un des deux, le plus costaud, était celui qui avait attaqué J.J. Quant à l'autre, il n'était pas à la maison au moment de leur enlèvement, mais John le connaissait bien.

Et J.J aussi.

- Putain Barry, c'est quoi ce bordel ? s'exclama ce dernier.

Qu'est ce que Barry foutait là ? Qu'est ce que tout cela voulait dire ? Sa tête lancinante l'empêchait de réfléchir mais il savait que si Barry était mêlé à ça, ils étaient plus dans la merdre que ce qu'il croyait. Barry s'avança vers eux, affichant un air supérieur.

- Les garçons ! Je suis ravi de vous revoir ! John… tu as bonne mine pour un mort ! se moqua- t-il.

Il fixa J.J un instant.

- Quant à toi, tu as l'air salement amoché. Non pas que ça change de d'habitude. Dis- moi, comment va ton père ?

J.J se crispa.

- Va te faire foutre Barry ! lança- t- il.

-Oh là ce n'est pas très gentil tout ça ! dit Barry en secouant la tête.

Visiblement, il s'amusait de la situation. John vit que J.J commençait à s'agiter. Il devait empêcher son ami de faire une connerie. Il n'était clairement pas en état. Il posa une main sur l'épaule de son ami et l'autre contre son torse, pour l'empêcher de bouger. Puis, il demanda :

- Qu'est ce qu'on fait là Barry ? Qu'attends- tu de nous ?

- J'attends de vous que vous fassiez exactement ce que je veux ! répliqua leur geôlier.

Il fut surpris quand il entendit un ricanement. Il posa son regard furieux sur J.J qui avait commencé à rire.

- Je peux savoir ce qui te fait rire Maybank ? cracha- t- il.

- Tout le monde sait que tu n'as pas assez de couilles pour organiser tout ça, énonça J.J comme si c'était une évidence. Notre enlèvement, notre emprisonnement… Ce n'est pas toi qui a organisé tout ça. Ce n'est clairement pas toi qui décide. Alors soit tu nous dis ce qui se passe réellement, sois tu te casses !

Ce fut au tour de John de se crisper. Non mais J.J ne pouvait- il pas se taire ? Barry allait lui faire payer son impertinence. John ne pouvait être plus dans le vrai quand Barry fit signe à son acolyte et que celui- ci se précipita sur J.J. John tenta de s'interposer mais l'homme le repoussa brutalement sur le côté et assena à J.J un violent coup de poing dans le ventre. Puis un deuxième. J.J eut le souffle coupé et se mit à tousser. Heureusement qu'il était déjà assis par terre, sinon, il serait sûrement tombé tant les coups de son agresseur étaient violents. Puis l'homme s'éloigna tandis que John retournait auprès de J.J. Ce dernier avait du mal à reprendre sa respiration.

- Stop Barry ça suffit ! s'exclama John. Dis- nous ce que tu veux !

- Maintenant que ta blondasse a fermé sa gueule, je vais vous dire pourquoi vous êtes là ! cracha Barry.

Il s'avança encore et s'agenouilla face à John.

- Ward Cameron te passe le bonjour, lança- t- il alors.

John le regarda, surpris. Il s'était attendu à tout, sauf à ça. Voyant la surprise dans ses yeux, Barry sourit et se releva.

- Quoi ? Tu crois qu'il t'avait oublié ? Tu as détruit sa vie !

John tenait toujours J.J dans ses bras. Ce dernier venait tout juste de reprendre sa respiration et leva les yeux vers son ami qui semblait abasourdi. Au moment où Barry parla de Ward Cameron, J.J sut pourquoi il était là aussi. Barry le confirma quelques secondes plus tard quand il lança :

- Ward Cameron a mis vos deux têtes d'abrutis à prix ! Toi… parce que c'est à cause de toi s'il est en prison. Quant à lui, dit- il en désignant J.J. C'est sa faute si Rafe est en prison.

Ainsi, J.J avait vu juste. Ward Cameron voulait lui faire payer l'emprisonnement de son fils.

- Alors, Ward a décidé de vous le faire payer, continua Barry. Il a offert une belle récompense pour votre capture. Tous les truands de l'ile se sont mis à votre recherche. La chance pour moi, je savais exactement où vous habitiez !

- Et maintenant ? demanda John.

Barry sourit. Un sourire sadique.

- Je ne vais pas vous tuer si c'est cela ta question, répondit- il. Enfin, pas tout de suite. Avant de vous faire disparaître, Mr Cameron a demandé à ce que vous souffriez… Vous vous rendez- compte, je vais vous faire du mal et en échange je vais avoir droit à un beau pactole ! C'est encore Noël pour moi les gars !

Il semblait véritablement heureux par la perspective de torturer ses deux prisonniers. John lui adressa un regard dégoûté. Ce mec était vraiment tordu. Mais John n'aurait jamais pensé que Barry aurait été capable d'aller jusqu'au meurtre. Pourtant, c'est ce qui les attendait au bout du compte.

- Tu ne peux pas faire ça Barry, souffla J.J qui tenta de se relever. Tu n'es pas un meurtrier…

- Pourquoi ? Parce que je n'ai pas ce qu'il faut ?! éructa- t- il.

Il rapprocha son visage de celui de J.J.

- Je peux le faire… et je veux le faire, affirma- t- il.

Puis il commença à s'éloigner. Avant de sortir, il se retourna.

- J'attends des nouvelles de mon contact à la prison et après ça, le jeu va pouvoir commencer.

Il leur adressa un clin d'œil et sortit avec son partenaire.

Une fois la porte refermée, John aida J.J à se rassoir contre le mur. Ce dernier s'adossa au mur et se massa les tempes. Bon sang, ce que sa tête lui faisait mal ! Il sentit le regard inquiet de John posé sur lui. Il tenta une nouvelle fois de le rassurer.

- Ca va aller John, ne t'en fais pas pour moi.

Ce dernier secoua la tête.

- Tu es déjà mal en point alors que Barry n'a pas encore commencé à nous torturer ! Bien sûr que je m'inquiète.

J.J esquissa un sourire triste. Malgré la situation, il était content de voir que son ami s'inquiétait pour lui. Comme il l'avait toujours fait.

- Quoi qu'il se passe, je suis content que tu sois là, avec moi, murmura- t- il alors.

John lui posa une main sur l'épaule.

- Moi aussi mon frère. Moi aussi.

Après ça, les deux amis plongèrent dans un silence de plomb.

A suivre...