Il s'agit de l'avant-avant-dernier chapitre de l'histoire... C'est très satisfaisant de voir la fin de la publication arriver, honnêtement u.u

Bonne lecture !

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Chapitre 15

Heinstein,

le 3 décembre 1750

Thanatos, cher petit frère,

Pandore m'a aujourd'hui confirmé qu'elle passerait l'hiver à Heinstein, officiellement pour raisons de santé. Il est vrai qu'elle n'a pas l'air très en forme depuis la fin juin... Décidément, que s'est-il passé durant sa fête d'anniversaire ?

Tout d'abord toi, qui quittes le château comme un voleur, sans me dire un mot, sans me prévenir, alors que cela faisait si longtemps que nous ne nous étions pas vus ! Ensuite elle, frissonnante, paranoïaque, plus agressive que jamais, déterminée à s'enterrer dans son vieux manoir. N'aurais-tu pas quelque chose à me dire, petit frère ?

Fraternellement,

Hypnos.

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Berlin,

le 28 décembre 1750

Hypnos,

Tu voulais savoir ce qui s'est passé pendant cette semaine à Heinstein ? Et bien, on a fouillé mes appartements. Tout a été scrupuleusement passé au crible, à la recherche de... je ne sais quoi. Visiblement, ceux ou celles qui m'ont rendu cette petite visite avaient du talent : je n'ai rien vu en rentrant dans ma chambre. Heureusement, le bureau de ma maniaque épouse était dérangé. Un coup d'œil lui a suffi.

Je l'avoue, je ne t'en ai pas soufflé mot car j'avais honte de ma négligence. De plus, je pensais que cette mauvaise affaire n'irait pas plus loin. Il n'y avait à ma connaissance rien à découvrir dans ces appartements.

Seulement... L'absence prolongée de Pandore m'inquiète de plus en plus. Je ne parviens pas à comprendre pourquoi elle n'est pas retournée à la cour pour profiter de la gloire que lui a apportée sa prestigieuse réception d'anniversaire. Cette semaine de festivités aurait dû célébrer son grand retour après un si long silence. Et voilà qu'elle disparaît à nouveau dans sa campagne !

Frère, elle prépare quelque chose. Quelque chose contre nous. Par le passé, elle s'est déjà mise en travers de notre chemin, avec ses manières délicates, ses intrigues insidieuses, au nom de ses affaires. Après l'échec du traité d'Aix-La-Chapelle, il me semble nécessaire de ne plus prendre le moindre risque. Il est temps de régler le problème Pandore. Cette femme doit disparaître, par n'importe quel moyen.

Je compte sur toi.

Fraternellement,

Thanatos.

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Château d'Heinstein, début février 1751...

- Monsieur Voltaire, c'est un véritable honneur de vous recevoir ! Merci d'être venu égayer ma retraite...

L'intellectuel français s'inclina légèrement en levant son verre. L'homme était venu spécialement de Berlin où il résidait depuis juillet. Ayant quitté en juin 1750 la France, il était arrivé aux alentours du domaine d'Heinstein au moment de la fête d'anniversaire de Pandore. Un bref échange de lettres avait suffi à le faire inviter. On lui avait trouvé une place à la table d'honneur, et la Fraulein s'était montrée particulièrement aimable, heureuse de recevoir la visite de ce personnage.

À presque soixante ans, François-Marie Arouet, dit Voltaire, était un homme de lettes et philosophe d'envergure européenne. Fraîchement élu à l'Académie Française*, on le connaissait comme un écrivain à la fois provocateur et courtisan, scandalisant l'opinion et le pouvoir par ses saillies polémiques anti-cléricales. Embastillé à plusieurs reprises, contraint à l'exil sur le sol anglais, il n'était guère apprécié dans son pays d'origine. Il en allait tout autrement en Prusse : depuis quinze ans, Voltaire entretenait une correspondance enthousiaste avec Frédéric II, qui l'avait invité à plusieurs reprises à la cour berlinoise.

À la fin juillet 1750, c'était chose faite : le philosophe posait le pied dans les rues de Berlin, après un périple à travers la Prusse ponctué par de nombreuses invitations lancées par les familles nobles locales. Toutefois, une réception l'avait marqué plus que les autres : celle de Pandore, bien évidemment. La jeune femme l'avait séduit par son intelligence et son caractère bien trempé, qui lui rappelait son amante et confidente de toujours Émilie du Châtelet, récemment décédée. Paradoxalement, se trouver en présence d'une personne si semblable à sa chère disparue avait quelque peu apaisé la douleur.

Alors, apprenant que Fraulein von Heinstein ne se rendrait pas à Berlin cette année pour des raisons de santé, il avait décidé, après avoir profité pendant quelques mois du nouveau château de Sanssouci et des merveilles de la cour, de lui rendre une petite visite. C'est pourquoi il était assis à cette table, levant son verre pour trinquer avec son hôtesse.

Celle-ci avait mauvaise mine. Le teint pâle, rendu blafard par le contraste avec sa chevelure corbeau, des mains nerveuses, parfois presque tremblantes... De longues vacances à la campagne étaient effectivement sages. Voltaire était un homme de cour, il appréciait l'agitation permanente des salles de bal et des antichambres, les intrigues d'influence, les affrontements intellectuels, mais il reconnaissait aisément qu'un tel environnement était extrêmement fatigant.

- Je suis heureux de vous voir, répondit finalement le philosophe à son hôtesse. À votre santé ! ajouta-t-il. En espérant qu'elle s'améliore...

Pandore sourit faiblement. Elle n'aimait pas l'idée d'avoir l'air malade, mais c'était inévitable. La pensée des dieux jumeaux, rôdant autour d'elle, s'introduisant au plus près de son intimité, complotant sous nez, la paralysait. Pourtant, elle devait se reprendre. Retrouver son assurance. Elle était la sœur d'Hadès, la Commandante des Armées des Enfers, pas une vierge effarouchée se terrant dans son manoir ! Une telle fuite en avant ne lui ressemblait pas.

Elle aurait aimé découvrir qu'elle était manipulée par Hypnos, plongée dans une de ses mortelles illusions. Mais elle savait qu'il n'en était rien. Visiblement, son cerveau n'avait besoin de personne pour la trahir au pire moment. Un scandale insupportable, avec lequel elle allait devoir composer.

Clignant des yeux, elle se força à revenir à la réalité, et à son succulent dîner avec Voltaire. Un grand homme, vraiment. Très intelligent, soucieux de son confort, parfois un peu arrogant. D'une agréable compagnie, en somme. Souriante, elle lança :

- C'est un peu tard, mais félicitations pour ce titre de chambellan** !

Voltaire inclina la tête en silence, visiblement flatté. Pandore poursuivit :

- J'ai entendu dire qu'outre l'aide que vous apportiez à notre roi, vous écriviez vous-même un ouvrage d'importance sur le Roi-Soleil...
- C'est exact. Mon Siècle de Louis XIV sera achevé sous peu. J'espère le publier avant l'année prochaine.
- Vraiment ? Je serais ravie de le lire, m'en enverrez-vous un exemplaire ?

L'écrivain eut un rictus amusé, et la jeune femme répondit avec un sourire dévoilant des dents d'une éclatante blancheur.

- Ce sera avec plaisir, s'inclina finalement Voltaire.

D'un mouvement de tête gracieux, la jeune femme signifia sa gratitude. La conversation se poursuivit, abordant tour à tour la question de l'éducation, de la religion et du progrès. Le duo débattit également de morale, Pandore soutenant l'idée que les activités intellectuelles motivées par le succès mondain, ainsi que le superflu et le luxe étaient dans une certaine mesure incompatibles avec la vertu.

- Nous le voyons bien autour de nous, lâcha-t-elle avec une pointe de cynisme. Notre éducation raffinée sur des choses bien peu concrètes, nos expériences scientifiques de cirque, simple divertissement avant le souper, nos débats pour l'amour de la rhétorique...

Elle fit une pause, puis reprit son discours :

- J'ai lu récemment le texte d'un Français, Rousseau, qui fait encore aujourd'hui polémique. Je ne dis pas qu'il a entièrement raison, car une morale trop rigide est le meilleur moyen de glisser vers le péché, mais voyez-vous, certaines de ses phrases m'ont marquée. Prenez par exemple...

Elle fronça les sourcils, rappelant à sa mémoire la citation qu'elle s'était efforcée d'apprendre par cœur la semaine précédente.

- "Les sciences, les lettres et les arts étendent des guirlandes de fleurs sur les chaînes de fer dont les hommes sont chargés, étouffent en eux le sentiment de cette liberté originelle, leur font aimer leur esclavage et en forment ce qu'on appelle des peuples policés."*** Qu'en pensez-vous ?

Voltaire secoua la tête.

- Le progrès, ma chère, et avec lui ces sciences, lettres et arts si décriées, est fondamentalement positif. Comment ne pas voir qu'il entraîne l'humanité toute entière vers l'avant ? La culture et la connaissance sont des lumières, des phares qui nous guident hors des méandres de l'obscurantisme. J'ai lu également le texte que vous m'évoquez. Son auteur vante l'ignorance, qu'il nomme simplicité et érige en vertu. Pourtant on voit bien de quelles infamies sont capables ces esprits "simples", en vérité ignares, vantés par ce Rousseau...

Pandore secoua la tête, présentant plusieurs objections à ce discours. La conversation se poursuivit de cette façon pendant plusieurs heures. Les deux convives prenaient généralement des positions opposées, souvent moins par conviction que pour le plaisir mondain d'une plaisante et amicale joute orale sans véritable enjeu.

C'était agréable. Pandore se sentait légère, innocente. Ce qu'elle disait, les conséquences de ses paroles avaient disparu. Cette conversation était une parenthèse sans aucun poids sur la réalité. Son invité avait eu le tact de ne pas l'interroger plus avant sur son absence, comme si les riches aristocrates cloîtrées dans un domaine de province depuis des mois couraient les rues. Oui, décidément, la politesse mondaine avait du bon.

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Peu à peu, la nuit tomba sur la campagne allemande. Dans le château d'Heinstein, elle était noire lorsque la dernière lumière s'éteignit. La maîtresse de maison avait veillé tard pour la première fois depuis longtemps. Marianna se sentait soulagée de voir sa patronne recevoir, s'amuser et dire des frivolités. La Fraulein ne sortait que rarement de sa morosité, rongée par une inquiétude inexpliquée.

En soupirant, la jeune femme de chambre gravit les dernières marches qui la séparaient encore de son lit. Elle se sentait fatiguée, ce qui était étrange puisqu'elle n'avait pas été particulièrement sollicitée aujourd'hui... Et même les jours de fête, quand les convives se pressaient de toutes parts avec leurs exigences et leurs caprices, elle n'avait jamais eu cette sensation d'être une misérable loque croûlant sous le poids de son propre corps.

Quelques pas... quelques maudits pas encore, et elle atteindrait le lit... le lit...

Le bruit que fit Marianna en tombant sur le sol ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd. Satisfait de constater que toute la maisonnée était enfin endormie, Hypnos se leva et sortit à pas de loup de sa chambre. Le moment était venu de tuer Pandore, de se débarrasser de cette petite peste. Après elle, il n'y aurait plus que le Sanctuaire, et leur vengeance serait accomplie.

Une joie mauvaise l'emplit à cette pensée. Il accéléra son rythme de marche, poussant au-delà de ses limites le corps en mauvaise santé d'Angus Gärtner. Peu importait : une enveloppe de premier choix, avec une place assurée à Berlin, l'attendait dans une des chambres du château. Et son futur hôte pouvait se réjouir : en guise de remerciement pour lui avoir permis de sortir d'Heinstein, Hypnos avait décidé de laisser en vie l'âme de son prochain réceptacle. Ce minable petit intellectuel français pourrait donc poursuivre ses vaines réflexions pendant quelques décennies encore...

Arrivé devant la porte des appartements de Pandore, le dieu du Sommeil s'arrêta, immobile, guettant la nuit. Inutile de prendre le risque que cette sale peste ait l'occasion de se défendre. Il ne manquerait plus qu'elle essaye d'engager un combat ! Hypnos n'avait pas de temps à perdre avec des bêtises. La jeune femme devait mourir vite et discrètement, sans alerter la moitié du domaine. La déité sourit : l'étranglement, voilà qui semblait le mieux correspondre à son projet.

La porte pivota d'elle-même sur ses gonds et, dans un silence surnaturel, l'aîné des dieux jumeaux pénétra dans le salon. Il traversa comme dans un rêve les appartements de la maîtresse de maison, jusqu'à parvenir à la chambre. Pandore gisait à plat ventre sur sa couverture, immobile. Elle avait dû s'enivrer et s'écrouler là, sans trouver utile de s'installer plus confortablement. Sa chevelure éparse, presque huileuse sous les rayons lunaires, dissimulait son visage comme une épaisse méduse noire.

Hypnos s'approcha furtivement et se pencha entre les baldaquins ouverts. D'ici quelques minutes, une trentaine tout au plus, il serait en route pour Berlin, vers son frère, tandis que son ennemie serait morte dans son lit. Les mains d'Angus Gärtner se refermèrent autour du cou de Pandore et se mirent à serrer.

Sursautant, la jeune femme hoqueta et ses épaules tressautèrent. Sous la surprise, son agresseur relâcha imperceptiblement la pression. Ce fut suffisant pour que sa victime tourne à moitié la tête. Quelques mèches s'écartèrent de sa figure tordue par la douleur, révélant un œil grand ouvert, brûlant de colère.

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Cela faisait des semaines que Pandore était incapable de dormir vraiment. Le sommeil la fuyait, elle restait éveillée de longues heures, puis somnolait un peu, avant de rouvrir les yeux pour constater qu'il n'était pas encore trois heures du matin. Seulement ce soir, elle avait pensé que ce serait différent. Son dîner avec Voltaire s'étant prolongé tard dans la nuit, elle était montée se coucher épuisée. La tête lourde, les jambes flageolantes, elle avait maladroitement enfilé son déshabillé avant de s'écrouler sur le lit. Une grande torpeur l'avait envahie, et elle s'était sentie glisser...

Au moment où elle croyait enfin plonger dans le sommeil, deux mains crochetèrent son cou, la ramenant à la réalité. Un corps massif était penché sur elle, on l'étranglait. Elle se débattit vaguement, sentit le poids sur sa gorge diminuer, et tourna la tête. Elle ne chercha même pas à savoir qui, exactement, était en train de la tuer. Il serait toujours temps de s'en préoccuper. Pour l'instant... elle devait riposter.

Lorsque plus tard dans la nuit, elle s'installa, tremblante, à son bureau pour écrire une missive à Shion pour l'informer de cette mésaventure, Pandore écrirait qu'elle avait agi sans réfléchir, simple spectatrice tétanisée. En fait, ses instincts de combattante avaient pris le dessus, lui sauvant la vie. Se battre pour sa vie, au fond, c'était un peu comme faire du vélo : on n'oubliait jamais vraiment.

Frappé par une violente vague de cosmos brute, Hypnos atterrit contre le mur en face du lit. Le corps de son hôte glissa à terre comme une poupée brisée, colonne vertébrale endommagée en plusieurs endroits - et ne parlons pas de ses côtes ! Il n'était pas exactement prévu dans le plan que Pandore se réveille et se défende. En un éclair, le dieu comprit que sa mission était singulièrement compromise.

La jeune femme, à présent agenouillée sur son matelas, tendit la main, y matérialisant sa lance. D'un souple mouvement du poignet, elle la projeta en avant, transperçant son assaillant. Angus Gärtner fut parcouru de longs frissons convulsifs avant de s'immobiliser définitivement, un léger filet de sang coulant de la commissure gauche de ses lèvres. Un instant, Pandore perçut une sorte d'ombre maléfique quitter le cadavre de son ancien serviteur et disparaître dans la nuit.

Elle resta figée quelques minutes. Hypnos ! Voilà donc où il se cachait... au plus près d'elle, au cœur de son domaine ! Cela expliquait la présence répétée de Thanatos à chacun de ses anniversaires... Pandore ricana, amère. C'était risible. Pendant des années, elle avait fourni le gîte, le couvert et un lieu de rendez-vous à ses pires ennemis. Elle s'était crue en sécurité à l'abri des hauts murs d'Heinstein, quand ceux-ci étaient en permanence hantés par le plus sournois de ses adversaires...

Et maintenant, celui-ci était de nouveau en vadrouille. Il s'était enfui, probablement à la recherche d'un nouveau corps à habiter. Un instant, Pandore caressa l'idée de le poursuivre, de le détruire une bonne fois pour toutes. Mais elle y renonça : elle avait pu repousser Hypnos une première fois en le prenant par surprise, sauf qu'à présent il était sur ses gardes. Il était plus prudent de le laisser filer... pour l'instant.

Elle sortit du lit en massant sa gorge douloureuse. Elle aurait probablement des bleus demain. Elle soupira en se disant qu'au moins, elle était en vie. Elle enfila une robe de chambre et alla s'asseoir au fond du canapé de son salon. Elle remonta ses genoux contre sa poitrine, comme une enfant. Les tremblements la prirent aussitôt. Pandore s'y attendait, mais cela ne l'aida pas à se contrôler. Elle se savait fragile, les nerfs perpétuellement écorchés, à vif, ne supportant pas la moindre sollicitation. Pourtant, elle ne pouvait rien y faire.

Elle releva vivement la tête lorsque la porte de ses appartements fut projeté hors de ses gonds par un Cheshire encore un peu chancelant, mais bien réveillé.

- Pandore ! s'exclama-t-il d'une voix sifflante, bizarrement essoufflée.

La jeune femme haussa un sourcil. On ne l'appelait pas souvent par son prénom et, de la part de Cheshire, ce manque de forme dénotait une certaine panique.

- Tout va bien, répondit-elle d'une voix sereine en s'asseyant correctement, les poings crispés sur ses vêtements pour minimiser ses tremblements. Une désagréable visite, mais je pense m'en remettre. Simplement, je crains que nous n'ayons perdu notre chef jardinier et organisateur de fêtes.

Le nouveau venu la fixa quelques secondes, l'air ahuri, comme si elle venait de dire une énormité. Un bruit de cavalcade résonnant dans la cour vide interrompit la scène. Le jeune homme se précipita vers la fenêtre et annonça :

- Je crois que votre... visiteur s'est enfui.
- Oh ! Alors il a retrouvé un nouvel hôte...
- C'était Hypnos, n'est-ce pas ?

Pandore haussa les épaules :

- Qui d'autre ?
- Que voulait-il ?
- Me tuer, bien sûr ! rétorqua-t-elle avant d'éclater de rire.

Cheshire cligna des yeux.

- Je suis désolé, dit-il après un silence. J'aurais dû...
- C'est le dieu du Sommeil ! Je me souviens m'être sentie plus fatiguée que d'habitude... Son œuvre, probablement. Tu n'as rien à te reprocher.

Le jeune homme hocha la tête. Elle avait beau dire, il se sentait un peu coupable d'être si inutile, si faible.

- Plus important, essaie de découvrir quel corps a pris Hypnos. Je crains que cela ne soit nécessaire si nous voulons le traquer.
- À vos ordres.

Cheshire s'inclina, puis quitta la pièce. Pandore resta songeuse quelques instants, avant de se lever et d'aller s'asseoir à son bureau.

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Heinstein

7 février 1751

À l'intention de Shion, Grand Pope au service d'Athéna.

Les dieux jumeaux ont décidé qu'il était temps de m'éliminer : j'ai reçu cette nuit une aimable visite d'Hypnos, amabilité dont ma gorge se souviendra encore quelques temps.

Nous pouvons en déduire que nos ennemis commencent à passer à la vitesse supérieure. Vous savez aussi bien que moi à quel point la situation en Europe est tendue, et vous connaissez nos adversaires : ils ne sont pas du genre à manquer une telle opportunité.

En cette époque troublée, nous nous devons de ne rien nous cacher, afin de pouvoir compter l'un sur l'autre, n'êtes-vous pas d'accord ?

Sincères salutations,

Votre dévouée,

Pandore

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Berlin, mi-février 1751...

Comme consummé par la fièvre, l'homme se tournait et se retournait dans son lit. Ses draps étaient trempés de sueur, de même que son front, ses tempes, son corps tout entier. Une odeur rance emplissait la chambre, une odeur suave, douceâtre, morbide. Cette senteur devint de plus en plus intense, signe que la chose dissimulée dans le corps de l'homme s'extirpait peu à peu de sa prison de chair. Ce dernier fut bientôt pris de convulsions. Des soubresauts l'agitaient, mais aucun cri ne franchit la barrière de ses lèvres. La chose le voulait discret.

Enfin il s'apaisa. Sa main crispée instinctivement sur sa poitrine se détendit et glissa le long de son flanc, retombant finalement sur le matelas. À l'odeur s'ajouta une espèce de fumée épaisse qui semblait sortir du corps étendu. Ce brouillard sombre s'accumula, se tapissant contre le plafond. Finalement, les derniers filaments d'obscurité se détachèrent de l'homme, et la masse de ténèbres se coula par la fenêtre, investissant la nuit berlinoise.

Invisible, imperceptible, elle parcourut les rues, survola les toits, hanta les arrière-cours. Elle savait ce qu'elle cherchait, mais elle n'était pas pressée. Dans cet état, elle se sentait enfin libre. Une enveloppe charnelle était un tel fardeau ! Dommage que cette forme spectrale ne puisse que médiocrement interagir avec le monde physique... Émettant ce qui ressemblait à un soupir, l'ombre finit par revenir à la raison... et à la maison.

À l'étage d'un luxueux hôtel particulier, une fenêtre était ouverte, l'appelant. À l'intérieur, un homme était confortablement assis dans un fauteuil, lisant distraitement. Lorsque la chose entra, il redressa aussitôt la tête et lança avec un plaisir sincère :

- Mon frère, enfin ! Je t'attendais !

L'homme que le monde connaissait sous le nom de Marcus Rosenthal fit une pause, puis ajouta :

- Elle dort à côté. Tu verras, elle est en bonne santé. De bien meilleure qualité que ton jardinier !

La pique resta sans réponse. Avec légèreté, la masse de ténèbres flotta vers la porte et la traversa. Son prochain corps l'attendait.

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Heinstein, fin février 1751...

En réponse à sa missive du début du mois, Pandore eut la mauvaise surprise de voir débarquer avec la réponse deux Chevaliers d'Or, deux gosses à peine pubères. Apparemment, il s'agissait des nouveaux Chevaliers du Bélier et du Cancer. Officiellement, ils devaient la protéger. Mais vu leur façon de la regarder et leurs questions pour le moins...intrusives, ils étaient également chargés de la surveiller.

Malheureusement, la jeune femme ne pouvait pas les renvoyer. Ce serait une insulte envers son allié grec. Or, pour l'instant, elle avait absolument besoin du Sanctuaire pour faire face aux dieux jumeaux, surtout maintenant qu'ils avaient pris possession de deux hommes très influents de la cour prussienne : Marcus Rosenthal... et Voltaire, qui était le seul habitant d'Heinstein manquant après l'attaque d'Hypnos.

Elle accueillit donc avec force politesse ses deux gardiens, leur préparant des logements à proximité de ses appartements. Par prudence, elle chargea Cheshire de les superviser, jugeant nécessaire d'exercer sur ses invités surprises un certain contrôle. Il serait plus facile de s'en débarrasser par la suite, songea-t-elle sombrement. Elle aurait voulu ne pas en être réduite à ce genre d'extrémités - ils étaient si jeunes ! - , mais il lui était insupportable de se savoir surveillée. À la première occasion, elle réglerait leur cas.

L'atmosphère à Heinstein se tendit sensiblement. Chaque semaine, les Ors dépêchés par Shion envoyaient un rapport au Sanctuaire. Pandore avait pensé les intercepter, mais elle eut l'intuition que les chouettes détournées de leur mission seraient capables de la dénoncer, et avait donc préféré renoncer. Le mois de mars s'écoula ainsi, puis avril. Le temps s'adoucit, le printemps suivait son cours, s'approchant peu à peu de l'été. Avec le retour du soleil, l'humeur de la maîtresse des lieux s'améliora sensiblement.

Cheshire en ressentit un soulagement bizarre. La détresse de Pandore ne le satisfaisait plus autant qu'auparavant. Lentement mais sûrement, il recommençait à voir les qualités de son ancienne maîtresse. Certains jours, il avait l'impression de redevenir celui qu'il avait été, le matou dévoué à sa propriétaire. C'était une sensation étrange : d'une part, il avait l'impression que les choses reprenaient leur place naturelle, comme ces huit dernières années n'avaient été qu'une désagréable parenthèse. D'autre part, il éprouvait le sentiment de retomber dans une relation malsaine et insatisfaisante, de replonger dans un cercle vicieux qui le mènerait immanquablement à un nouvel abandon. Ces émotions contradictoires l'épuisaient, alors il préférait généralement éviter d'y penser.

En mai, la situation politique européenne évolua clairement. L'alliance franco-prussienne sombra définitivement, et Pandore comme le Sanctuaire soupçonnèrent que les dieux jumeaux n'étaient pas tout à fait étrangers à ce naufrage. En parallèle, les informations que la jeune femme recevait de Berlin l'informèrent que Thanatos continuait à œuvrer pour une alliance entre la Prusse et l'Empire Ottoman. Il était soutenu en cela par un nouvel ambassadeur anglais, Earl Longthrope, qui courtisait lui aussi Frédéric II. Peu à peu, la perspective d'un trio Angleterre-Prusse-Empire Ottoman se précisait.

Chose étrange, Hypnos n'intervint pas pour soutenir son frère, alors même qu'en incarnant Voltaire il avait alors l'oreille du roi. Apparemment, le dieu du Sommeil avait décidé de se complaire dans le rôle d'un intellectuel, d'un philosophe courtisan du roi mais au final désirant peu s'impliquer dans les jeux d'alliances compliqués des grandes puissances européennes. Toutefois, Pandore n'allait pas s'en plaindre : la situation était déjà suffisamment difficile comme ça.

Le seul point positif, c'est le souverain prussien ne semblait plus si attentif aux propositions de Marcus Rosenthal. Dégoût personnel ou désaccord politique, personne n'arrivait trop à démêler cet écheveau. Mais une chose était certaine : si l'Angleterre, par le truchement de son ambassade, n'appuyait pas Rosenthal, les idées de celui-ci seraient bien moins audibles.

Sachant cela, Pandore comprit qu'elle devait retourner à la cour, gagner à sa cause l'ambassade anglaise. Entre les lignes, les rapports que lui envoyait fidèlement Ulrich montrait à quel point la position de Rosenthal était précaire. Une pichenette décochée par la bonne personne, et c'en était fini. Pourtant, elle se sentait incapable de faire quoi que ce soit. Ses deux ennemis jurés, qui en voulaient à sa vie, étaient à Berlin, et cela suffisait à la paralyser...

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Heinstein, fin juin 1751...

Pandore leva son verre avec un large sourire. C'était le 25 juin 1751, et elle fêtait son vingt-septième anniversaire. Elle se sentait vieillie, mais c'était positif. Elle était plus expérimentée, plus sage, plus forte, mieux armée face aux tracas de l'existence. Et elle aurait bien besoin de ces qualités pour faire face à ce qui l'attendait.

Affable, elle porta un toast à elle-même pour clore le petit discours d'ouverture qu'elle avait improvisé quelques minutes plus tôt. Un brouhaha lui répondit, et une fois de plus elle s'étonna du succès de cette fête. Elle s'était plus ou moins retirée du monde depuis si longtemps, alors elle ne s'attendait pas à ce que tant de gens prennent la peine de se déplacer pour elle. Pour dire la vérité, depuis que Cheshire l'avait convaincue d'organiser sa réception d'anniversaire comme chaque année, la jeune femme se préparait mentalement à un four.

Et pourtant ! Une petite foule s'était pressée aux portes d'Heinstein dès le premier jour. Il avait fallu embaucher d'urgence quelques extras qu'une pessimiste Pandore avait auparavant refusé d'engager. Le domaine était plein à craquer. Étrangement, son comportement d'ourse n'avait pas vraiment diminué sa popularité. Si son influence sur la cour était moins directe qu'avant, la Fraulein restait une figure importante à Berlin. Sa longue correspondance était lue en public, ce qui diffusait ses idées aussi sûrement qu'une conversation mondaine pendant une réception. On lui demandait souvent conseil, et sa promptitude à répondre aux sollicitations avait encore un peu plus raffermi son succès. Bref, tout cela expliquait qu'en cette fin de juin 1751, la belle société prussienne se pressait à Heinstein. Le but était de se montrer, de parader dans un cadre enchanteur aux côtés de certaines des plus importants personnages européens conviés par Pandore.

Mais de nombreuses personnes étaient aussi venues pour parler affaires. Le statut de vieille célibataire de Pandore – après huit ans, le "veuvage" qui l'avait ramenée à la cour berlinoise avait été oublié – , loin de lui attirer des regards suspicieux et dégoûtés, lui donnait une réputation de sérieux et de fiabilité. C'était grâce à cette image qu'elle avait pu continuer à mener ses affaires sans ralentir, et ce malgré les menaces de guerre qui se concrétisaient... et son absence prolongée. Un petit miracle, une bonne nouvelle dont elle se félicitait avec d'autant plus d'enthousiasme que le reste de ses problèmes la guettait au tournant.

D'ailleurs, Pandore ne pouvait oublier le regard vigilant des deux Chevaliers qui rôdaient toujours quelque part. Elle ne les avait pas vus prendre place à table pour le repas, mais elle ne doutait pas qu'ils se tenaient à proximité, peut-être dissimulés parmi les domestiques. Elle avait la sensation insupportable d'être espionnée dans sa propre maison. Cela lui rappelait Gärtner, sous les traits de qui Hypnos... Un pli de contrariété fendit le front de la jeune femme en deux pendant que, distraitement, elle portait à sa bouche une fourchettée de poisson. Décidément, il était plus que temps de se débarrasser de ces petits fouineurs...

- Ce poisson est excellent, Fraulein ! lui lança une invitée assise à quelques places d'elle.

Pandore n'était pas certaine de se rappeler de son nom, mais hocha la tête avec un sourire sincère. Les cuisines s'étaient surpassées, cette fois-ci. Selon les règles du service à la française, des potages et plats de poisson variés et nombreux avaient été placés sur la table pour ce premier service, permettant ainsi aux convives de varier les saveurs dans leurs assiettes. Jusque là, la jeune femme n'avait remarqué aucun problème de cuisson. Les plats n'étaient ni trop chauds, ni trop froids, les aliments étaient frais, naturels. Si les services suivants, à savoir les entrées, les volailles, les gibiers puis les desserts, étaient tout aussi réussis, ce banquet ferait sûrement date. Plus important encore, ses papilles passeraient une excellente soirée. Connaissant la pénible besogne qui l'attendait, ce ne serait pas du luxe.

Elle avait déjà décidé qu'elle éliminerait les Chevaliers d'Or elle-même, ce soir, celui de son anniversaire. Elle en avait assez de déléguer ce genre de responsabilité à Cheshire. De plus, assez paradoxalement, depuis la tentative de meurtre orchestrée par Hypnos, elle avait repris confiance en ses capacités de combattante. Elle ne savait pas trop quand elle avait commencé à se voir plus comme une aristocrate que comme une soldate, mais c'était fini. Désormais, même si ses peurs la dévoraient toujours autant, elle se sentait parfaitement capable de se salir les mains.

Frémissant presque d'anticipation, elle eut le plus grand mal à satisfaire ses obligations d'hôtesse, se retirant dès que les convenances le lui permirent. Elle retourna dans son salon personnel et se jeta presque sur son canapé rococo. Ses doigts suivirent machinalement les motifs floraux qui le recouvraient. Il était temps de mettre sa machine mortelle en marche, et voilà que son esprit semblait se vider de sa substance. Sa respiration résonnait dans la pièce, profonde, lente, assourdissante. En parallèle, les battements de son cœur étaient effrénés. Quelques minutes s'écoulèrent, puis elle se redressa, calme.

À l'aide de son cosmos, elle appela Cheshire. Le jeune homme franchit sa porte quelques minutes plus tard. Gravement, presque avec douceur, elle ordonna :

- Demande à nos deux invités du Sanctuaire de me rejoindre ici. Cette affaire nécessite la plus grande discrétion.

L'ancien Spectre s'inclina sans répondre et partit. Trouver les Ors ne fut pas très compliqué : ils ne traînaient jamais loin des appartements de Pandore. En chemin, le jeune homme se demanda pourquoi sa patronne voulait tant les voir. Il savait qu'elle les exécrait, qu'elle les comparait - bien injustement d'ailleurs - à Hypnos. Il s'attendait à recevoir tôt ou tard l'ordre de les tuer, et voilà qu'elle voulait les recevoir dans ses appartements. Probablement une lubie... Sans se poser plus de question, il introduisit les deux jeunes Chevaliers auprès de Pandore avant de s'éclipser.

La jeune femme était toujours assise sur son canapé, l'air absorbé dans la contemplation des motifs de fleurs brodés dans des tons bleus et verts. Debout devant elle, les Ors se balançaient d'un pied sur l'autre, mal à l'aise. Lentement, la maîtresse des lieux releva la tête, les clouant du regard. Elle soupira.

- Croyez-moi, il n'y a là rien de personnel...

Elle leva sa main gauche avec indolence et replia ses doigts sous sa paume. Le temps sembla se figer, un éclair de compréhension vague apparut dans les yeux du Chevalier du Bélier. Son homologue du Cancer, en revanche, resta perplexe. Pandore ouvrit de nouveau la main, avec brutalité, comme si elle jetait quelque chose. De longs serpents d'énergie se déployèrent et foncèrent sur les deux Ors, les emprisonnant dans leurs anneaux avant de leur déchiqueter la gorge.

- Un maléfice bien pratique, commenta la sœur d'Hadès d'un ton plat. Je ne lui ai pas donné de nom... Une coquetterie inutile, si vous voulez mon avis.

Les serpents se dissipèrent dans l'air, dévoilant deux corps inertes. L'opération n'avait pas pris plus de quelques minutes. Impassible, Pandore alla ouvrir la porte. Derrière se tenait Marcus Rosenthal, un sourire jusqu'aux oreilles.

- Vous venez enfin me saluer, sourit la jeune femme.
- Vous n'avez guère changé depuis la Guerre Sainte, Pandore, la salua en retour Thanatos. Je vous aurais cru plus policée, pourtant.

Son interlocutrice haussa un sourcil.

- Et bien, vous vous êtes trompé. Ce ne serait pas votre première erreur, remarquez...
- Ne soyez pas insolente...

Pandore resta quelques instants silencieuse, le temps de laisser le dieu de la Mort entrer et s'agenouiller pour examiner les cadavres.

- N'essayez pas de me commander comme le faisait votre frère, finit-elle par dire.

Thanatos ricana en se relevant.

- Loin de moi cette idée. D'ailleurs, il me semble que même lui ne pourrait plus vous donner d'ordres. Votre rébellion d'il y a quelques mois n'est pas passée inaperçue.
- Mourir ne fait pas partie de mes projets. Votre frère s'est-il remis de la perte de son hôte ?
- À merveille, ma chère, à merveille...

Silence à nouveau. Via son cosmos, Pandore notifia à Cheshire, qui se tenait déjà derrière la porte refermée, de ne pas bouger pour l'instant.

- Dites-moi, reprit finalement Thanatos, que faisaient ces chiens du Sanctuaire ici ?
- Vous et votre frère n'êtes pas les seuls à en vouloir à ma vie.
- Il faut dire que vous avez l'art et la manière d'agacer les gens, commenta le dieu avec une petite moue. D'ailleurs, ce n'est guère prudent de rester seule avec moi. Je pourrais... avoir des idées.
- Je ne crois pas, rétorqua Pandore d'une voix glaciale.

Thanatos la fixa pendant quelques minutes, semblant peser le pour et le contre. Un sourire s'élargit sur son visage. En quelques pas, il était à la porte. Il l'ouvrit, révélant Cheshire.

- Mais entrez donc, jeune homme ! lui intima-t-il. N'ayez aucune inquiétude, je ne compte pas écouter mes vilaines idées. Après tout, c'est votre anniversaire, acheva-t-il en s'inclinant en direction de Pandore.
- Je propose que nous reparlions de tout cela à Berlin, approuva la jeune femme.
- Merveilleux !

Sur cette dernière exclamation, le dieu s'inclina légèrement et sortit de la pièce sans insister. Pandore referma aussitôt la porte derrière lui.

- Madame, souffla Cheshire, son regard effaré naviguant entre la porte fermée et les deux corps étendus sur le plancher.
- Oui ?
- Que...

La jeune femme soupira. Elle aurait peut-être dû le prévenir.

- J'ai simplement réglé une question épineuse.
- Qu'allez-vous dire au Sanctuaire ?
- Mais... rien ! Que Shion fasse sa petite enquête, peu m'importe...
- Vous comptez sur moi pour qu'il ne trouve rien.

Pandore sourit, carnassière. Brusquement, elle semblait être redevenue la Commandante des Armées d'Hadès, crainte et respectée par l'ensemble des Spectres.

- Exactement, répondit-elle. Je vais me coucher, je te laisse t'occuper des détails.

Sans plus de cérémonie, elle disparut dans sa chambre. Cheshire cligna des yeux. Il n'avait plus qu'à faire son travail. Tout d'abord, trouver de quoi déplacer ces cadavres. Ensuite, il faudrait les cacher, maquiller leur mort et nettoyer le salon. Une longue nuit en perspective, alors autant s'y mettre maintenant...

OoOoOoOoO

Notes :

*En 1746, pour être précise. À l'exception de ses relations avec Pandore, le personnage de Voltaire correspond d'ailleurs à la réalité historique.

**Un chambellan, ou chambrier, désigne un gentilhomme attaché au service d'un ou une monarque. Voltaire reçoit ce titre en août 1750.

***Extrait du Discours sur les sciences et les arts (1750), écrit par Jean-Jacques Rousseau.