Le Trèfle et le Tartan

Le précédent chapitre était un petit concentré d'aventure et je suis ravie qu'il vous ait plu ! Je m'étais énormément amusée à l'écrire ! L'ambiance de ce chapitre-ci sera beaucoup plus légère, mais il recèle son lot de surprises… J'espère qu'il vous plaira !

Merci à Emeuh, mon chéri, Nafalny et Wizzette pour leurs reviews !

Emeuh : merci pour ta review ! Brianna est une battante, elle sait se défendre la plupart du temps, sans pour autant être une machine de guerre ahah, mais là je voulais vraiment qu'elle prenne sa sécurité en mains. Dans ce chapitre pas d'avertissement, il est plutôt cool et léger ahah. Mais je sais déjà que je vais utiliser des trigger warnings plus tard (il faut vraiment que j'y pense en publiant ahah). Bonne lecture !

Nafalny : contente que tu aies aimé le précédent chapitre ! Bonnet est chou oui oui, maiiiiis il va se retrouver confronté à ses propres actions commises à un moment où il était moins chou ahah. Réponse dans ce chapitre ! Bonne lecture !

oOo

15. Hùg Air A' Bhonaid Mhòir'
(Celebrate the Big Bonnet)

La galerie se prolongeait le long de la rivière sur plusieurs centaines de mètres et même si la majorité du trajet fut confortable, quelques affaissements de roche nécessitèrent une nouvelle fois de plonger dans l'eau glacée au maximum jusqu'à la taille, au grand soulagement du capitaine. Progressivement, les parois de la galerie s'écartaient l'une de l'autre, élargissant toujours plus le passage pour bientôt déboucher dans une immense caverne. Il y régnait un vacarme de tous les diables et à en juger par les quelques flaques d'eau tout au bout de la grotte, en direction de l'extérieur, les vagues devaient se briser non loin de là. La sortie était obstruée par un amas de pierres de plusieurs mètres de haut, comme si on avait volontairement provoqué un éboulement plus haut sur la montagne pour sceller la grotte de l'extérieur.

Le long des parois, d'innombrables caisses, coffres et barils de toutes tailles étaient empilés les uns sur les autres dans l'anarchie la plus totale et Brianna se précipita vers une caisse pour l'ouvrir en glissant sa machette dans l'interstice du couvercle et en faisant levier. « Nom de Dieu… », souffla-t-elle en plongeant les mains dans un énorme tas de gemmes. Saphirs, rubis, émeraudes, perles, jaspe, lapis-lazuli, nacre, diamants roulaient entre ses doigts, des plus finement taillés au plus grossiers. Leurs facettes captaient les rares rais de lumière qui filtraient à l'intérieur de la caverne et renvoyaient mille couleurs irisées quasi-hypnotiques.

Derrière elle, Boyle et Jimmy avaient ouvert un baril, le trouvant rempli de pièces d'or et poussaient des cris de joie. Les autres marins les imitèrent et bientôt ce fut comme si toute la grotte résonnait de hurlements de liesse et de vivats. Argenterie, pierres précieuses, or, bijoux, étoffes et œuvres d'art, chaque contenant recelait son lot de merveilles. Bellamy n'avait certainement pas prévu de les laisser là si longtemps, la caverne n'était qu'un stock temporaire, mais sa mort avait précipité son butin dans l'oubli… condamnant une partie des biens les plus fragiles. Les étoffes étaient pour la plupart inutilisables et les peintures rongées par l'humidité, mais l'essentiel (ou du moins ce qui serait essentiel pour Bonnet et MacNamara) était préservé.

Brianna profita que tout le monde danse la gigue pour saisir une poignée de pierres précieuses et les glisser dans sa besace, avant de se retourner pour participer aux effusions de joie. D'une part, parce qu'il était hors de question que MacNamara récupère l'intégralité du trésor sans même avoir levé un petit doigt, et d'autre part parce qu'elle aurait certainement besoin de quelque chose à troquer pour regagner Wilmington.

« Calmons-nous, messieurs ! », clama soudain Bonnet d'une voix forte. Bien qu'il partage la joie de son équipage, ils n'étaient pas encore sortis d'affaire et il refusait comme toujours de perdre le contrôle de la situation avant que tout ne soit réglé comme il le désirait. « Il nous reste encore à trouver comment sortir le butin de là. Car il semble évident que nous ne pourrons pas faire passer ces caisses par les galeries et encore moins sous l'eau… »

« Bellamy a forcément dû laisser de quoi sortir d'ici avant de sceller la grotte… », fit Brianna en regardant tout autour d'elle. « Une seule entrée, une seule sortie. » Les marins l'imitèrent, se mettant à fureter parmi les dernières caisses qu'ils n'avaient pas ouvertes et après quelques minutes, l'un d'eux appela son capitaine.

« Il y a des barils de poudre ici… et des outils… »

« Dans quel état est la poudre ? », demanda Bonnet en approchant.

« Un des barils était endommagé et a pris l'humidité, mais les autres semblent intacts… »

Le pirate réfléchit un instant. « Positionnez deux barils à différents niveaux des éboulements et gardez-en un pour créer une ligne. »

Des « oui, capitaine » fusèrent un peu partout dans la grotte et les marins s'activèrent afin de préparer leur sortie. Moins de vingt minutes plus tard, le dispositif était prêt et Bonnet ordonna à tous de se terrer dans un des coins extérieurs de la grotte, en retrait et protégé de la trajectoire du souffle que provoquerait l'explosion. La charge n'était pas importante, pas assez pour tout réduire en poussière, mais elle permettrait de déblayer une partie de l'éboulis et de finir le travail à l'aide des pioches trouvées parmi les outils laissés là. Les pirates déplacèrent ensuite les caisses des objets les plus précieux pour les mettre à l'abri, ne laissant derrière eux que ce qui ne pouvait pas être utilisé ou revendu.

Une fois la ligne de poudre créée sur le sol, Bonnet chargea son pistolet à silex, disposa quelques cailloux autour d'un petit tas de poudre, et tira dans le tas. La bille de plomb au contact de la roche créa une gerbe d'étincelles qui enflamma aussitôt la poudre et il courut pour rejoindre le reste du groupe, recroquevillé sur le sol. Il se laissa tomber aux côtés de Brianna et attira sa tête contre son torse pour faire barrière. Brianna leva les yeux au ciel avec amusement, avant de se mettre en position fœtale, les mains plaquées sur ses oreilles. Les secondes qui précédèrent la déflagration semblèrent interminables et beaucoup durent résister à l'envie de se redresser pour voir si la flamme atteignait bientôt son but. Il y eut soudain un chuintement étrange, puis un silence.

Jimmy esquissa une grimace. « Mince, je crois que ça n'a pas- »

La fin de sa phrase se perdit dans le vacarme de l'explosion et tous s'aplatirent instinctivement au sol, les mains crispées sur leurs têtes. Un nuage de fumée blanche, âcre, emplit aussitôt la caverne tandis qu'une partie des pierres qui scellaient la sortie étaient projetées aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Brianna toussa, convaincue qu'elle allait laisser un poumon dans l'aventure, tant la fumée était épaisse et étouffante. Petit à petit, les marins se redressèrent, jetant des regards curieux en direction de l'éboulis et rentrant la tête dans leurs épaules à chaque fois qu'une nouvelle pierre roulait sur le sol. Une fois la fumée un peu dissipée, Brianna distingua le bleu de l'océan à travers les nouveaux trous qu'ils avaient forés dans le tas de pierres. Celui-ci n'avait pas totalement disparu, mais il était beaucoup moins haut et bien plus meuble et fragile qu'au départ.

« Tout le monde prend une pioche ou une pelle, il faut au moins un chemin praticable pour sortir les caisses de là », aboya Bonnet tandis que les marins couraient vers les outils pour se servir. Brianna s'apprêtait à les imiter mais le pirate l'arrêta d'une main. « Pas toi. A partir de maintenant, tu es officiellement en vacances. »

Brianna sourit. « En vacances ? » Il acquiesça et elle éclata d'un rire joyeux. « Ça me plaît assez… Mais on ne peut pas se proclamer officiellement en vacances sans une fête en bonne et due forme. »

« Une fête ? »

« Oui, tu sais, un événement où on danse sur de la musique et où on boit beaucoup trop d'alcool entre amis… », railla Brianna.

Il dodelina de la tête en souriant. « Cela me semble envisageable. Et il se trouve que je connais l'endroit parfait pour ça. »

Brianna haussa les sourcils, l'invitant à lui révéler son secret.

« L'île de la Tortue », répondit-il comme si c'était une évidence. La jeune femme sourit et hocha la tête. De ce qu'elle avait compris des divers récits qu'elle avait entendus à propos de l'endroit, l'île était aux pirates ce que la Floride était aux spring breakers. A la seule différence que le spring break était perpétuel sur Tortuga de Mar.

« Je croyais qu'il ne fallait pas faire attendre MacNamara… »

Bonnet s'assombrit légèrement, mais haussa les épaules. « Nous aurons déjà plus de vingt-quatre jours de retard, alors un de plus ou de moins… En outre, l'île est sur notre chemin, en remontant vers le Nord. Nous ne ferons même pas de détour. »

Devant eux, l'un des marins fit s'effondrer une partie du tas de pierres, libérant un espace suffisamment grand pour permettre à des adultes de sortir. Bonnet s'avança et ordonna à deux de ses hommes de longer la côte vers le sud jusqu'à retrouver le Gloriana et de demander à O'Brien d'approcher le navire des côtes. Ils mouilleraient l'ancre à l'écart des rochers et enverraient ensuite des canots jusqu'ici pour charger le butin. La roche formait une petite esplanade plate devant l'entrée de la grotte, et une petite barrière de corail et de pierre volcanique sous-marine apaisait le plus gros des vagues à bonne distance. Avec un temps calme comme celui-ci, les canots n'auraient aucun mal à se faufiler.

Boyle et un autre homme partirent donc à pied tandis que les autres finissaient de déblayer le chemin. Quelques heures plus tard, les caisses essentielles étaient toutes sur l'esplanade naturelle et le premier canot accostait pour les charger, avec à son bord le sinistre Mulligan, qui venait s'assurer au nom de son receleur de patron que le chargement était fait dans les règles de l'art. Débarquant du canot, il posa un regard appréciateur sur les différentes caisses, soulevant par ci par là un couvercle pour évaluer le contenu, puis chercha Bonnet des yeux. Il le trouva aisément, très occupé à faire virevolter sa prisonnière au fond de la grotte, comme s'ils répétaient une espèce de pas de danse grotesque. La fille riait aux éclats et Bonnet lui-même souriait de toutes ses dents. Mulligan grogna, déjà conscient que son patron n'aimerait pas savoir Stephen Bonnet dans cette situation. Le pirate était bon dans son travail principalement parce qu'il n'avait aucune attache et rien d'autre à protéger que lui-même. Pour leur commerce, la fille représentait aussi bien un atout qu'un boulet qui pouvait tous les tirer vers le fond. Il dut admettre que son patron avait encore eu le nez fin et que les ordres qu'il lui avait donnés avant de partir n'étaient pas le fruit du hasard.

Si ses connaissances sont exactes et que cette fille connaît l'emplacement d'autant de trésors qu'elle le prétend, alors elle seule m'intéresse. Une fois le butin de Bellamy récupéré, rappelez à Monsieur Bonnet son engagement. Mais s'il s'est déjà entiché d'elle avant votre retour, débarrassez-vous-en. Provoquez une mutinerie, tuez-le, abandonnez-le sur une île, je m'en contrefiche. Tant que vous me ramenez sa catin savante à Philadelphie.

Mulligan observa encore un instant la catin en question et son pirate folâtrant dans la grotte, et comprit que MacNamara avait vu juste. Bonnet s'était épris de cette fille à une vitesse qui était d'ordinaire impensable pour un homme de son espèce. Ils seraient donc forcés d'avoir une discussion qui ne serait pas des plus agréables. Elle pourrait même mal se finir. Le sbire du receleur attendit que toutes les caisses aient été rapatriées sur le Gloriana et que Brianna et les derniers marins restés pour l'ultime chargement soient à bord du canot qui les ramènerait tous au navire, pour saisir le bras de Bonnet et l'entraîner à l'écart.

« Dois-je vous rappeler vos engagements envers Monsieur MacNamara, capitaine ? »

Bonnet plissa les yeux et se dégagea vivement de l'emprise du sous-fifre. « Monsieur MacNamara aura sa part du butin comme nous l'avions prévu, mais pour l'autre partie de notre marché je comptais renégocier… »

Son ton était devenu menaçant et Mulligan dut le sentir aussi car il porta une main à la crosse de son pistolet. Depuis le canot, Brianna vit que quelque chose n'allait pas et se leva dans l'embarcation, aux aguets.

« Mon patron n'est pas le genre d'homme avec lequel on renégocie un marché qui a déjà été conclu… », gronda Mulligan, la main toujours posée sur la crosse de son arme. Prêt à reculer le mécanisme pour l'armer. Bonnet en déduisit qu'elle devait déjà être chargée, contrairement à la sienne. Avantage Mulligan.

« La situation a changé. »

Mulligan jeta un bref regard en direction de Brianna. « Peut-être pour vous, oui. Mais si je parle de votre arrangement à votre petite traînée, elle recommencera à vous détester aussi intensément qu'au premier jour… Et quelque chose me dit que de son côté, la situation sera simplement revenue à ce qu'elle était au départ. L'ordre naturel des choses sera rétabli. La jeune et érudite beauté méprisera de nouveau le vil pirate et la vie normale reprendra son cours. »

A ces mots, quelque chose dans le regard de Bonnet s'était ajouté à sa colère. La peur. La peur de lire de la déception dans le regard bleu de la jeune femme, la peur qu'elle ne lui pardonne pas cette énième trahison. Et s'il y avait une chose que Mulligan aurait dû savoir, c'était qu'il n'y avait rien de plus dangereux qu'un animal qui a peur.

« Est-ce que tout va bien ? », demanda Brianna, qui s'était approchée d'eux sans qu'ils ne s'en rendent compte.

« Non pas que cela te concerne, femme ! », persifla Mulligan, tandis que le regard de Bonnet vrillait un peu plus en l'entendant lui parler de la sorte. Il portait la main à son couteau, lorsque Brianna fit un signe étrange de la main à l'attention du malotru. Repliant tous les doigts de sa main droite à l'exception du majeur, elle cracha un « Connard ! » au visage de Mulligan, qui sembla aussi surpris qu'irrité par l'insulte. Pour toute réponse, il la gifla et déséquilibrée sur le sol glissant, Brianna s'étala de tout son long. Sa besace se renversa et une partie des pierres précieuses qu'elle avait dérobées se déversa à terre. Bonnet entre temps avait sorti son couteau pour frapper Mulligan, mais la vision des gemmes volées l'arrêta dans son geste. Brianna regarda les pierres, puis Bonnet, puis Mulligan, tandis que les yeux de Bonnet passaient des gemmes, à Brianna, puis à son adversaire.

« Espèce de sale petite pute de voleuse… », hurla Mulligan en dégainant cette fois son pistolet. Mais il n'alla pas plus loin. Bonnet avait saisi l'opportunité pour planter son couteau jusqu'à la garde dans le thorax de l'homme, avant de l'y faire tourner à quatre-vingt-dix degrés pour un meilleur résultat. Un filet de sang s'échappa d'entre les lèvres de Mulligan, tandis que le pirate ressortait son arme pour le frapper une demi-douzaine de fois supplémentaires. Il était déjà mort lorsque ses genoux touchèrent le sol et qu'il s'affaissa mollement face contre terre. Brianna avait observé la scène, toujours par terre, les yeux écarquillés de terreur. Tout avait été tellement rapide, tellement violent, qu'elle avait encore du mal à réaliser la scène dont elle venait d'être témoin.

Comme s'il venait simplement de peler une pêche et non d'assassiner un homme, aussi mauvais soit-il, Stephen se pencha sur le cadavre et essuya tranquillement la lame maculée de sang contre les vêtements du mort. Lorsqu'elle fut suffisamment propre à son goût, il la rangea à son endroit habituel contre son flanc et se tourna vers Brianna. Celle-ci sursauta, s'attendant à ce qu'il se mette en colère pour les pierres qu'elle avait subtilisées, mais il semblait parfaitement calme. A tel point que cela en était presque effrayant. Non, pas 'presque'. Elle déglutit lorsqu'il tendit la main pour l'aider à se relever et la prit, hésitante.

« Tu… tu n'es pas fâché ? Pour ça ? », demanda-t-elle en désignant les pierres du doigt.

Il sourit et haussa les épaules en secouant la tête. « Pourquoi le serais-je ?... J'aurais fait exactement la même chose à ta place. Tu ferais un bon pirate, tu sais ? », ajouta-t-il en secouant son index sous son nez.

Brianna se détendit légèrement mais son regard fut irrémédiablement attiré par le cadavre de Mulligan et elle frémit. « Les deux hommes de MacNamara sont morts… Comment va-t-on justifier cela ? »

« Deux des nôtres aussi sont morts… Il n'y aura rien à justifier du tout », répondit Bonnet sombrement. Il se baissa et saisit quelques gemmes entre ses doigts, les observant un moment avant de les déposer dans la paume de la main de Brianna. « Garde-les, tu les as bien méritées, après tout. »

La jeune femme sourit et s'employa à ramasser le reste.

« Au fait… Qu'est-ce que c'était, ce geste ? », demanda-t-il en essayant d'imiter le doigt d'honneur que Brianna avait adressé à Mulligan quelques minutes plus tôt. Brianna écarquilla les yeux et lâcha un rire gêné.

« Oh… c'est un truc de mon quartier, à Boston. Tous les jeunes le font… » Mais l'explication ne semblait pas suffire à Bonnet, qui attendait toujours la signification du mouvement. Brianna pinça les lèvres. « Ça symbolise… un doigt dans le fondement. »

Il y eut un silence, pendant lequel Stephen la considéra avec amusement, puis il secoua la tête. « Trois parents et absolument aucune éducation… »

« C'est bien l'homme qui vient d'en poignarder un autre qui dit ça ? », maugréa-t-elle en achevant de ramasser ses pierres précieuses.

« Moi au moins, j'ai une excuse : je me suis éduqué tout seul. »

Brianna roula des yeux et après un dernier regard mauvais en direction du corps de Mulligan, qu'ils ne prendraient certainement pas la peine de jeter en mer, elle remonta sur le canot.

~o~

A la grande surprise de Brianna, Bonnet était sérieux lorsqu'il avait proposé de faire escale à l'île de la Tortue sur le chemin du retour. Ainsi, après avoir déposé les deux captives des troglodytes sur Saint-Eustache, le Gloriana avait mis le cap sur l'île d'Hispaniola, où. La découverte du trésor avait galvanisé l'équipage et la joie se lisait sur les visages du matin au soir, et plus particulièrement à la nuit tombée où les marins avaient décidé de prendre un peu d'avance sur leur future beuverie. Bonnet ne se sentait pas le cœur de les rappeler à l'ordre et les quatre jours que durèrent le voyage jusqu'à Tortuga de Mar furent un véritable festival de chants marins, braillés par des voix avinées.

Brianna aussi souriait en permanence tant leur bonne humeur était contagieuse. Elle redoutait le retour à Philadelphie et la confrontation avec MacNamara, mais à chaque jour suffisait sa peine. De toute façon, ils n'avaient pas le choix. Elle tourna la tête en direction du pont supérieur, où Stephen commandait la barre, mais vit qu'il avait cédé sa place à O'Brien et la regardait d'un air pensif, presque triste. Une expression qu'elle lui voyait extrêmement souvent depuis qu'ils avaient quitté Saba. Elle était persuadée que cela avait quelque chose à voir avec la dernière conversation qu'il avait eue avec Mulligan et elle avait tenté de lui demander de quoi ils parlaient avant son arrivée, mais en vain. Le sujet était soigneusement évité dès qu'elle l'abordait et elle avait fini par lâcher l'affaire. Même sa façon de la toucher avait changé. Lorsqu'ils faisaient l'amour dans l'intimité de leur cabine, il la serrait contre lui à lui en faire mal, comme s'il avait peur de la voir s'échapper. Peut-être que le trésor était pour lui une échéance qui marquait le début d'autre chose ? Ou bien envisageait-il de lui rendre sa liberté ? Brianna n'y croyait pas une seconde. Quel homme relâcherait une femme qu'il avait achetée, qui connaissait l'emplacement de plusieurs trésors et qui s'était en prime éprise de lui ? La réponse était simple : aucun. Brianna en avait pris son parti. Elle n'abandonnait pas l'idée de fuir pour autant, mais la perspective de quitter Stephen ne la réjouissait plus comme au début. Plus du tout, même. Ce serait un déchirement, mais aussi un mal nécessaire. La vie de Claire et Jamie en dépendait.

A leur arrivée, l'équipage se dispersa par petits groupes, selon les affinités, et Brianna suivit Bonnet et la petite équipe des « jeunes » comme elle l'appelait dans sa tête. Les « vieux » volontaires étaient restés sur le bateau pour se reposer et surveiller le butin, bien que le code tacite qui régissait Tortuga interdisait de se voler entre pirates dans le périmètre de l'île. Celle-ci était exactement comme Brianna l'avait imaginée. Une sorte de gigantesque tripot à ciel ouvert, où tous les pirates, flibustiers et corsaires de l'Atlantique Nord et Sud se retrouvaient pour s'adonner à tous les plaisirs et passe-temps terrestres, ainsi que pour se réunir dans les périodes de crise. Toutes les nationalités et toutes les cultures se croisaient et s'entremêlaient comme aucun autre endroit sur Terre. Britanniques, Espagnols, Portugais, Français, Italiens, Africains, tous les dialectes s'entendaient dans les rues bondées, l'air fleurait bon les épices et les spécialités culinaires des quatre coins du monde, et chaque établissement proposait son ambiance et sa musique traditionnelles. Un nombre ahurissant d'Africains évoluait librement sur l'île, sans peur d'être capturés, vendus ou battus, puisqu'ici tout homme était libre. Beaucoup étaient eux-mêmes des pirates, mais au vu du nombre de femmes présentes, Brianna en déduisit que des familles entières devaient demeurer à l'abri des esclavagistes. Malheureusement, lorsque l'île cesserait d'être la plaque tournante de la flibuste, elle repasserait sous contrôle français… mettant un terme définitif à ce havre de paix.

Le ventre de Brianna gargouilla bruyamment tant le spectacle des dizaines et des dizaines de tavernes et de petits stands de nourriture de rue lui donnait faim. Elle aurait voulu s'arrêter dans chacun d'eux pour tout goûter, mais elle n'avait pas d'argent à dépenser. Comme s'il avait lu dans son esprit, Bonnet lui tendit une bourse pleine et elle la lui arracha littéralement des doigts pour courir jusqu'au stand d'une Africaine, installée dans un coin de rue. Bonnet la vit s'entretenir un moment avec la jeune femme, puis lui tendre plusieurs aliments disposés sur une grande galette blanche. Brianna paya et revint vers lui en engloutissant un morceau d'avocat avec les doigts, puis un petit boudin noir tout en poussant un grognement de plaisir.

« C'est une idée terrible, ces galettes de manioc. Ça te fait une assiette et à la fin, tu peux la manger ! », expliqua-t-elle en avalant un légume grillé sous le regard amusé de Bonnet et des autres marins qui les accompagnaient. « Mais je ne vais pas la manger de suite, parce que je vais sûrement la remplir ailleurs plus tard… »

« Tu réalises que les gens vont croire que je ne nourris pas mon équipage, s'ils te voient t'empiffrer comme ça ? », maugréa-t-il en piquant un petit boudin sur sa galette. Brianna se mit hors de sa portée et fronça les sourcils.

« J'adore Flanagan… et je respecte tout le mal qu'il se donne pour nous tous… » Elle avala son légume et enchaîna avec une énorme crevette nappée d'une sauce rouge vif. « Mais tu vois ce que je veux dire… Oh mon Dieu, du turrón. »

L'instant d'après elle avait disparu et déposait une pièce dans la main d'un Espagnol, revenant avec une grande plaque ronde et blanche qui ressemblait beaucoup de loin à sa galette de manioc. Avec une rapidité inimaginable, elle avala les derniers légumes grillés sur sa galette, ainsi que la dernière crevette, et tendit son dernier achat à Bonnet. « Fais des petits morceaux pour que tout le monde goûte. C'est une sorte de nougat. »

Bonnet s'exécuta avec un soupir et une fois que chacun eut pris un morceau, Brianna engloutit le sien avec un nouveau soupir d'extase. « Je retourne chez l'Espagnol, j'ai vu trop tard qu'il avait du jambon… »

« Mais vous venez de manger du sucré… », s'exclama Boyle, qui n'en revenait pas non plus.

Brianna lui jeta un regard interrogateur, comme si elle ne comprenait pas le rapport entre manger du sucré et ne pas pouvoir manger du jambon après. « Et ? » Elle haussa les épaules et repartit au stand, pour se faire découper un petit tas de tranchettes à partager avec qui voudrait.

Le soleil se couchait déjà lorsque Brianna en eut finalement assez de galoper d'un stand à l'autre pour régaler leur petit groupe de tout ce qui lui faisait envie. Ils avaient donc fini par s'asseoir dans une taverne tenue par des Anglais, au grand dam de Brianna dont l'ouïe avait été attirée par le rythme endiablé de tam-tams quelque part dans le quartier. Mais Bonnet avait fait commander à boire et insistait pour rendre un nouvel hommage à Flaherty, dont ils avaient jeté le corps en mer sur le chemin. Pendant quelques heures, ils enchaînèrent donc les pintes de bière, les verres de whisky et de rhum, tout en parlant de choses et d'autres, mais plus Brianna buvait, plus elle ressentait une irrépressible envie de s'éclipser pour suivre la piste des percussions. Et à voir le regard brillant d'Ayodeji en face d'elle à leur table, elle n'était pas la seule. Prétextant un besoin pressant, elle se dirigea vers la porte de la taverne et discrètement, fit signe à Ayodeji de la suivre. Moins d'une minute plus tard, pour ne pas éveiller les soupçons, il la rejoignait à l'extérieur et c'est passablement ivres qu'ils coururent en ricanant dans la direction de la musique.

Le groupe qui martelait leurs instruments se trouvait non loin de là, en bordure de la plage, entouré de torches qui brûlaient dans la nuit. Une rangée d'hommes Noirs en tenues traditionnelles assis dans le sable frappaient et agitaient leurs instruments en rythme, tandis que trois femmes dansaient devant eux en agitant des sortes de petits éventails faits de plumes. Les bracelets à leurs chevilles et aux poignets produisaient de petits cliquetis à chaque mouvement et de larges sourires illuminaient leurs visages.

Le contraste avec le désespoir qu'elle avait lus sur les traits des autres Africains qu'elle avait rencontrés en Amérique était saisissant. Ayodeji devait penser la même chose, car un sourire gagna également ses lèvres et Brianna comprit que leur nouvelle recrue ne remonterait certainement pas sur le Gloriana le lendemain. Et elle s'assurerait que Bonnet n'y trouve rien à redire.

« Dans mon village, les femmes dansaient ainsi pour assurer de bonnes récoltes ! », s'écria l'ancien esclave pour couvrir le bruit des percussions.

« Et ça fonctionne ? »

« Bien sûr, Mademoiselle. La Nature elle-même n'oserait pas contredire nos femmes. »

Brianna éclata de rire et reporta son attention sur les gestes frénétiques des danseuses. Le boum boum des tam-tams faisait écho dans sa cage thoracique avec une force inouïe, et elle se sentit bientôt tenter d'onduler en rythme.

« Deux petits coups du pied droit en avant, puis vous rapprochez le pied gauche, puis de nouveau deux petits coups et vous rapprochez… Et vous agitez les épaules. »

La langue coincée entre ses lèvres et relevant sa jupe pour mieux voir ses mollets, Brianna répéta le geste indiqué par l'Africain, avec une raideur et une lenteur risibles, mais après quelques essais put accélérer le rythme un petit peu. Ayodeji éclata de rire. « C'est pas mal… »

« Pour une Blanche raide comme un piquet ! », acheva Brianna, hilare et bien qu'il n'ose rien dire, le sourire d'Ayodeji indiqua que c'était effectivement ainsi qu'il avait terminé la phrase dans sa tête. Brianna essaya un moment de suivre les pas des danseuses, jusqu'à ce que les femmes s'accroupissent, jambes écartées, pour effectuer une autre série de mouvements endiablés. « Alors non, là, je me déclare officiellement vaincue… », s'esclaffa-t-elle en admirant la performance physique.

« Je n'ai pas rencontré beaucoup de Blancs qui apprécient notre musique… », reprit soudain Ayodeji, son regard vissé sur les danseuses. Il le reporta ensuite sur Brianna et ajouta : « Ni de Blancs qui pensent que les choses vont s'arranger pour nous, les esclaves. »

Brianna ne sachant pas vraiment quoi répondre, se contenta d'un sourire gêné, et continua d'agiter les pieds en rythme. « J'ai dit ça pour vous rassurer, au marché… »

« Ce n'est pas l'impression que j'ai eue, Mademoiselle. Vos yeux le disaient comme si vous le saviez déjà. »

La jeune femme pinça les lèvres et la musique s'arrêta brièvement, le temps que les danseuses se relaient et reprennent sur un rythme différent.

« Des marins m'ont aussi expliqué que c'est vous qui avez mis le capitaine sur la piste du trésor… », reprit Ayodeji, un peu plus bas et il sentit à l'expression embarrassée de son interlocutrice qu'il avait mis le doigt sur quelque chose. « Ne vous inquiétez pas, je ne dirai rien. Notre peuple respecte ceux qui ont des dons particuliers, comme celui de voir des choses que les autres ne voient pas. Nos sorciers sont les piliers de notre société. Contrairement aux vôtres qui sont traqués et jetés aux flammes. »

Brianna sembla soulagée et sourit. Même s'il lui prêtait des dons de voyance qu'elle n'avait pas, il avait compris qu'elle n'était pas comme tout le monde et il respectait cela. « Merci, Monsieur Ayodeji. »

« Est-ce que le capitaine, votre Maître, est au courant ? »

Brianna grimaça en réalisant qu'il avait pris au pied de la lettre la boutade de Bonnet lorsque celui-ci avait déclaré qu'elle était la seule à devoir l'appeler Maître. « Pas vraiment », grinça-t-elle.

Ayodeji hocha la tête et reporta son attention sur les musiciens et leurs danseuses. Cette fois, la danse avait des airs de twist, en beaucoup plus dynamique et en levant les jambes sur les côtés, mais Brianna avait au moins l'impression de connaître la base du mouvement. Une petite fille qui l'observait de loin, et qui n'en pouvait manifestement plus de la voir massacrer la danse de son peuple, vint tirer sur sa jupe avec un air exaspéré pour lui montrer exactement comment faire. Ayodeji éclatait de rire lorsqu'il perçut le regard de ce qui devait être la grande sœur de l'enfant posé sur lui. Une fille magnifique, qui ne devait pas être beaucoup moins âgée que lui et qui le dévorait littéralement des yeux.

« C'est ta mistress ? », demanda-t-elle sans autre forme de salut, avec une lueur de défi dans le regard. Comme si elle proclamait haut et fort qu'elle couperait court à leur discussion s'il s'avérait esclave.

« Non », répondit Ayodeji en regardant Brianna danser avec la petite, sa jupe relevée jusqu'au-dessus des genoux. « C'est grâce à elle que je suis un homme libre. »

Les prunelles sombres de l'Africaine s'embrasèrent et elle sourit. Derrière eux, les danseuses accompagnaient leurs pas de chants aigus et le rythme de la musique s'accéléra de plus belle. Brianna et la gamine dansaient à présent à s'en faire tourner la tête, le sourire aux lèvres, sous les regards curieux des pirates Blancs qui passaient le long de la plage. Et notamment d'un groupe de pirates, qui sortait d'une taverne voisine. Brianna et Ayodeji n'étant pas réapparus à la taverne, les autres avaient fini par partir à leur recherche. Alors qu'elle faisait un tour sur elle-même pour suivre sa professeure de danse haute comme trois pommes, Brianna accrocha le regard de Bonnet et lui sourit avant de tourner de nouveau, ses cheveux fous fouettant l'air dans son sillage. Mais malgré l'obscurité, lorsqu'elle put de nouveau le dévisager, elle vit qu'il arborait de nouveau son air pensif et triste de ces derniers jours. Remerciant chaleureusement la petite fille pour son enseignement, Brianna la quitta et trotta jusqu'à Stephen, ses jambes menaçant de céder sous son poids à cause de l'alcool et de la danse.

« Ce n'est pas que je m'ennuyais, mais il n'y avait absolument aucune ambiance dans cette taverne… », clama-t-elle en guise d'excuse, avant de se tenir au gilet du pirate, pour que le sol autour d'elle arrête de tanguer. « Ces fichus Anglais ne sauraient pas danser même si leur vie en dépendait. »

« Les Anglais, c'est sûr, mais nous autres Irlandais, on a la danse dans le sang ! », beugla Boyle en brandissant son index vers le ciel, manifestement ivre.

« Eux ont ça dans le sang ! », rétorqua Brianna en se détachant de Bonnet pour désigner du doigt le groupe Africain. « Vous vous contentez de sautiller sur place avec les bras le long du corps ! »

« Mais c'est qu'elle nous insulte, la bougresse ! », s'emporta gentiment Boyle en faisant les gros yeux. « Capitaine, faites quelque chose ! Cette insolence est intolérable ! »

« Ça fait un moment que j'ai abdiqué face à son insolence… », marmonna Bonnet avec un sourire. « Mais je suis d'avis qu'on lui donne une bonne leçon. On devrait bien trouver des musiciens Irlandais par ici… »

« Attends, j'ai d'abord quelque chose à faire ! » Sans attendre sa réponse, Brianna repartit en direction d'Ayodeji, qui discutait toujours avec la jolie fille qui l'avait abordé. Bonnet les virent échanger quelques mots, puis soudain l'Américaine enlaça amicalement le Noir quelques secondes. Lorsqu'elle recula et s'éloigna, Ayodeji jeta un regard en direction de Bonnet et lui adressa un signe de tête solennel. Stephen y répondit comprenant à demi-mots qu'il ne reverrait pas sa nouvelle recrue de sitôt. Grand bien lui fasse, pensa-t-il en jetant un regard appréciateur à la fille qui parlait avec lui. Une vie de liberté s'offrait au jeune Africain, avec la possibilité de fonder une famille peut-être et de posséder des terres. Alors que Brianna revenait vers lui, tout sourire, il se surprit à ressentir une pointe de jalousie.

« Alors ? On les trouve, vos musiciens ? », clama-t-elle tandis que Boyle partait devant, bien décidé à dégotter les Irlandais les plus déjantés de Tortuga.

~o~

La nuit était déjà bien avancée et malgré l'aurore sûrement toute proche, de nombreux habitants et marins sillonnaient toujours les rues en quête d'une nouvelle attraction qui les tiendrait éveillés jusqu'au matin.

« Un peu d'aide serait la bienvenue ! », grinça O'Brien en sentant le poids du corps de Boyle glisser doucement hors de son épaule. Jimmy et Doherty se précipitèrent vers lui pour glisser l'autre bras du matelot ivre mort sur leurs épaules et laisser le capitaine en second se reposer. Derrière eux, Bonnet n'avait même pas entendu son appel à l'aide et tenant Brianna par la main, s'employait à la faire tourner sur elle-même sans discontinuer au son d'une musique inexistante.

Ils dansaient toujours lorsque les autres gravirent la passerelle qui menait au pont du Gloriana et laissaient lourdement choir le tas de viande saoule qu'était Boyle avec un soupir de soulagement. La danse et l'alcool avaient donné le tournis à Brianna et lorsque celle-ci grimpa à bord du galion, elle trébucha sur une jambe de Boyle et serait tombée si Bonnet ne l'avait pas rattrapée. Sans même adresser un regard ou une parole aux autres, ils descendirent à leur cabine, seuls au monde et les marins s'en seraient presque sentis insultés si leur capitaine n'avait pas eu l'air aussi heureux.

« Qu'est-ce qu'on fait ? On le laisse là ? », demanda Doherty au second, en tapotant Boyle du pied.

« On est aux Caraïbes, il ne risque pas de prendre froid… » O'Brien se pencha en avant pour tapoter le ventre de Boyle, qui grogna faiblement. « Bonne nuit, mon vieux. »

Dans la coursive, Brianna et Bonnet tentaient de gagner la cabine sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller les marins les plus raisonnables, avant de s'enfermer à l'intérieur en gloussant comme des adolescents. La jeune femme sauta au cou du pirate et enroula ses jambes autour de sa taille pour l'embrasser longuement. Lorsqu'elle quitta enfin ses lèvres, son regard pétillait et elle lui adressa un sourire doux.

« Merci… »

« Pour ? », s'interrogea Stephen en la juchant sur la table pour se soulager d'un peu de poids.

« Cette soirée inoubliable… » Elle rit et hocha la tête. « Ça m'a fait du bien. Et… il y a encore quelques semaines, je n'aurais jamais cru dire cela un jour mais… » Elle leva brutalement un index et grimaça. « Même si tu m'as achetée, et menacée, et terrorisée… au début. Maintenant, tout a changé. » Brianna l'embrassa de nouveau brièvement, avant d'ajouter : « Je suis heureuse que nos chemins se soient croisés. »

Le pirate esquissa un rictus, comme si la remarque le peinait et le touchait tout à la fois. « Tu es heureuse même si je t'empêche de retrouver tes parents ? », grinça-t-il en se redressant pour s'écarter légèrement d'elle. L'alcool lui faisait dire des bêtises et même si elle se sentait heureuse à cet instant précis, cela ne voulait pas forcément dire qu'elle le serait toujours demain. La jeune femme se mordit la lèvre, comme pour éviter d'énoncer une vérité qu'il ne voudrait pas entendre. Mais sa légère ébriété lui donnait des idées folles et avant qu'elle n'ait eu le temps d'analyser sa pensée, elle l'avait prononcée à haute voix.

« Nous pourrions les trouver ensemble ? », proposa-t-elle, avant d'ajouter avec un petit rire, devant son expression incrédule : « Du moins, si nous sommes encore en vie après Philadelphie… »

Le regard du pirate était encore une fois indescriptible et Brianna n'aurait su dire s'il était heureux, triste, en colère ou s'il se riait intérieurement de sa suggestion. Si bien qu'elle préféra briser à nouveau le silence, quitte à dire des choses qu'elle pourrait regretter.

« Tu dois me prendre pour une folle… Pendant des semaines, je n'ai pensé qu'à m'enfuir… et maintenant me voilà presque à te supplier de ne pas me quitter. » Elle lâcha un rire sarcastique, espérant détendre l'atmosphère, mais Bonnet ne bougeait toujours pas et elle sentit son cœur se serrer. Elle en avait trop dit. Elle était en train de se ridiculiser et à tout moment, il allait éclater de rire et lui rappeler qu'il n'avait jamais eu d'autre intention que de s'amuser avec elle.

Mais cela n'arriva pas. Lentement, il se pencha vers ses lèvres et l'embrassa avec une douceur encore inédite, tellement inédite que Brianna eut un mouvement de recul et le dévisagea avec stupeur. « Ça veut dire 'oui' ? », demanda-t-elle, le cœur battant.

Il sourit légèrement et haussa les épaules. « J'ai jusqu'à Philadelphie pour faire mon choix… »

Brianna sourit à son tour, en entendant la même phrase qu'il avait prononcée avant de décider s'ils devaient aller à Cape Cod ou non. Et on y est allés… Avec un gloussement, elle l'attira contre elle, consciente qu'il avait déjà décidé. Ce dont elle ne se doutait pas, en revanche, c'était que cette décision était loin d'être celle qu'elle attendait.

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Et voilà, on est enfin débarrassés de Mulligan (désolée, mec, tu nous manqueras pas), mais cela n'empêche pas que Bonnet doit malgré tout honorer son marché avec MacNamara s'il ne veut pas avoir toute la pègre Irlandaise à ses trousses. Encore quelques semaines plus tôt, il n'imaginait pas une seconde s'attacher à Brianna et était prêt à l'abandonner à MacNamara à leur retour, mais aujourd'hui tout a changé et il sait que cela ne va lui causer que des problèmes… Et Brianna qui envisage maintenant de ramener Stephen à Fraser's Ridge… Qu'avez-vous pensé de tout ça ? Quelles sont vos théories pour la suite ?

J'espère que ce chapitre vous a plu et en attendant de vous lire, je vous souhaite une excellente semaine ! A lundi prochain !

Xérès