Chapitre 6 : Confidence pour confidence.

- Qu'est-ce que tu viens de dire !? S'exclama Roy.

Il serrait les poings et prenait sur lui pour ne pas empoigner son propre géniteur par le col de sa chemise et le plaquer contre la façade de l'ambassade. Ce n'était absolument pas le moment de perdre son sang-froid et de se faire remarquer... Mais peut-être était-ce là le désir de Reynald de lui faire perdre pied !? Peut-être que ça faisait partie de sa stratégie !? En tout cas, Roy était plus fort que ça. Il n'avait certainement pas l'intention de laisser cet homme prendre le dessus sur lui.

- Oh Roy, ne me prends pas pour un abruti ! Tu es mon fils, tu es comme moi ! Rétorque Rey en approfondissant son sourire en coin.

- Ne me compares pas à toi ! Cracha Roy avec colère. Que sais-tu sur ma subordonnée !?

- Absolument rien... Renchérit-il en haussant les épaules. Mais si j'ai si facilement succombé au charme de ta mère, ça ne m'étonnerait guère que tu ais succombé à celui de ton assistante ! Poursuivit-il avec un petit regard entendu.

Entre autres, il n'était pas dupe et avait compris le lien plus intime qui l'unissait à elle. Mais que savait-il exactement de ce lien !? Il venait de se griller lui-même en s'emportant quant à l'importance de Riza à ses yeux... Si ça se trouve, il ne savait absolument rien sur rien et n'attendait qu'une seule chose, qu'il se grille tout seul. Il était hors de question qu'il lui fasse se plaisir. Il préférait au maximum que Riza reste en dehors de cette histoire avec son père. Elle avait d'autre tourment à gérer à l'heure actuelle.

Par contre, il y a un détail dans cette histoire qu'il n'arrivait pas à s'expliquer...

- Comment peux-tu connaître son véritable prénom ! Ne peut-il s'empêcher de demander. Nous ne sommes que trois à le savoir !

Comment pouvait-il savoir !? Comment !? Était-ce Chris !? Non impossible ! Jamais elle ne le trahirait ! Elle détestait Rey encore plus que lui et il n'y avait donc absolument aucune raison qu'elle ne lui parle de Riza ! Alors comment !?

- Trois ? Répéta Rey surpris avant de froncer les sourcils. Pourtant c'est très facile de comprendre que Riza est un diminutif d'Elisabeth ! Poursuivit-il avec évidence.

Si facile !? Pas spécialement parce que personne dans son unité n'avait jamais fait le rapprochement et tous pensaient qu'Elisabeth était un nom code au même titre que Jacqueline ou Kate pour leur mission sous-couverture. Donc que son père en déduisait si facilement le diminutif d'Elisabeth le troublait sans qu'il n'en comprenne la raison.

- Riza n'est pas un diminutif commun ! Répliqua l'alchimiste.

Il n'avait pas tort ! A côté de Lizzie ou Beth, Riza n'était que très peu employé, voir presque pas du tout.

- Effectivement... Concilia l'aîné. C'est d'ailleurs pour ça que je suis très surpris quand j'ai découvert qui elle était ! Mais pourquoi je suis surpris !? Déjà à l'époque tu as eu beaucoup de mal à accepter Dorothy parce qu'elle n'était pas ta mère !

- C'est quoi le rapport entre ma mère et ma subordonnée !? Questionna Roy surpris.

Et encore, surpris, le terme était minime. Déjà qu'il ne comprenait pas le pourquoi du retour de Rey dans sa vie... Encore moins le pourquoi il venait de l'interrompre en pleine réunion d'urgence à Ishval... Et voilà que maintenant il lui parlait de Riza et de sa mère... Les deux femmes les plus importantes de sa vie...

- Mais enfin Roy c'est évident.

Roy le regarda surpris. Evident !? Apparemment pas aux yeux de l'alchimiste qui ne voyait absolument pas quel lien pouvait unir Riza à sa mère biologique.

- Ah moins que... S'exclama Rey en s'interrompant.

Cette fois-ci, il ne fit pas semblant de réfléchir. Il semblait vraiment contrarié par ce qu'il venait de comprendre, ce qui troubla encore plus l'alchimiste qui n'aimait pas du tout que son père puisse savoir plus de chose que lui.

- Ah moins que quoi !? Renchérit-il d'un ton qui ne masquait en rien son mécontentement.

Rey leva son regard vers son fils et ne put s'empêcher de sourire légèrement devant l'état de frustration dans lequel il se trouvait. Il était heureux de constater qu'il avait enfin toute l'attention de son enfant et il avait bien l'intention de profiter de ce détail.

- Chris ne t'aurait rien dit !? S'exclama-t-il subtilement sans pour autant lui dévoiler sa connaissance.

- Chris ne m'aurait pas dit quoi !? S'agaça Roy.

Il voyait bien que son géniteur jouait avec ses nerfs et ça marchait plutôt bien. Rey savait-il que son fils pouvait faire de l'alchimie sans cercle et sans gants !? Parce qu'il lui devenait plus que difficile de ne pas claquer des doigts à cet instant précis...

- Qui était ta mère ! Répondit alors Rey prenant Roy de cours.

Sa mère !? Roy ne put masquer plus longtemps son froncement de sourcil. Son géniteur venait de lui en boucher un coin et il n'avait rien à dire en retour... Chris était toujours restée très vague sur l'histoire de sa mère, et il n'avait jamais cherché à avoir de réponse à ce sujet... Après tout, elle était morte... Mais Rey... Il avait vécu une histoire avec elle... Il devait en savoir presqu'autant que Chris à ce sujet... Qu'est-ce que sa tante ne lui aurait pas dit au sujet de sa mère !? Si Rey ne venait pas de titiller son esprit, il ne se serait pas posé plus de question que cela... Mais là...

- Tu ne lui a jamais demandé des explications sur l'histoire de ta mère !? Renchérit Rey étonné de réaliser qu'effectivement Roy ne savait absolument rien.

- Elle est morte, qu'est-ce que cela changerait !? Rétorqua l'alchimiste en essayant de masquer le fait qu'il soit presque vexé de cette annonce de la part de son père.

- C'est encore plus impressionnant de réaliser que tu as donc agi instinctivement !

- En quoi ai-je agi instinctivement ! S'exclama Roy plus qu'énervé.

Mais Rey n'avait bien évidemment pas l'intention d'en révéler plus que cela à ce sujet...

- Oh ça si tu veux le savoir tu n'as qu'à le demander à Chris ! Tu m'as bien fait comprendre que tu ne voulais pas de moi dans ta vie alors, pourquoi je te le raconterais !? Tu ne me croiras pas de toute façon !

Roy grogna... Ça l'agaçait que Rey refuse d'en dire plus, mais d'un autre côté, il n'avait pas tort... Il refuserait d'admettre que la moindre information qui pourrait sortir de sa bouche soit vrai ! Il devrait donc interroger Chris à ce sujet, le problème c'est que Chris était à East City et lui à Ishval et qu'il devait gérer les conséquences d'une tentative d'attentat... Bref... Ce n'était absolument pas le moment pour lui de se torturer l'esprit sur sa mère !

- Bon, j'ai cru comprendre que tu devais rejoindre ton assistante ! Ne fais donc pas attendre plus que cela cette si charmante demoiselle ! Poursuivit Rey avec un sourire charmeur.

D'un coup, son état d'inquiétude pour Riza refit surface. Il s'était passé quelque chose et il devait se rendre auprès d'elle au plus vite ! Il en oublia Rey et sa mère et sans même un au revoir pour son géniteur, il partit en direction du cabinet médical du Docteur Marcoh sous l'œil attentif de son père qui n'arrivait plus à se débarrasser de son sourire en coin.

oOo

- Lieutenant, comment vous sentez-vous !? S'exclama le Docteur Marcoh en retournant auprès de la jeune femme.

Lorsque le Colonel Havoc lui avait ramené l'assistante du Général Mustang, il s'était retrouvé aussi pris de court que le militaire. L'un comme l'autre n'étaient pas habitués à une telle réaction de cette jeune femme qui était toujours imperturbable. Le subalterne de Mustang lui avait confié qu'il ne savait pas où l'emmener et qu'il avait pensé à lui.

Marcoh n'avait pu qu'approuver, ce n'était peut-être pas la meilleure des solutions que de l'emmener à l'ambassade dans cet état. Le lieutenant Hawkeye avait toujours été du genre discrète et n'apprécierait sûrement pas de devenir le centre de l'attention. En plus, avec l'attentat qui venait d'avoir lieu, ce n'était pas le moment de se faire remarque.

Lorsqu'il avait demandé si le Général Mustang était au courant de la situation, le Colonel avait répondu négativement et avait dit qu'il allait de ce pas le prévenir. Le problème, c'est que le lieutenant était inconsolable et refusait de quitter les bras de son collègue. Marcoh avait dû lui faire boire un somnifère pour la calmer et permettre ainsi au fumeur de partir. Depuis, elle somnolait tranquillement.

Elle émergea en douceur et un peu perdue.

- Docteur Marcoh !? Bredouilla-t-elle sans comprendre. Qu'est-ce que je fais chez vous !?

Elle ne semblait plus ce souvenir de son état second lors de son arrivée. Le vieil homme soupira avant de venir s'asseoir auprès d'elle.

- Je pensais que vous répondriez vous même à cette question mademoiselle Hawkeye ! Lorsque le Colonel Havoc vous a conduit ici, vous sembliez effondrée !

Le cœur de Riza se serra. Petit à petit, le flot d'émotion refaisait surface, mais il fallait qu'elle se contienne. Elle ne pouvait plus se permettre de fondre en larmes à tout bout de champ.

Néanmoins, la réaction de la bonde ne passa pas inaperçu au regard du Docteur.

- Vous semblez très tourmentée et gardez en vous des choses qui vous rendent malade, notifia-t-il à son intention.

Mais Riza nia, elle ne pouvait pas se permettre de dévoiler son secret. Marcoh avait beau être un homme de confiance. Il avait beau être celui grâce à qui Roy avait retrouvé la vue. Elle ne pouvait pas... Elle ne devait pas l'impliquer dans son fardeau. C'était trop risqué.

- Vous savez, malgré le somnifère, vous avez eu un sommeil agité et vous avez marmonné beaucoup de chose ! Lui fit-il comprendre, lorsqu'il comprit qu'elle ne parlerait pas.

Riza blêmit. Qu'avait-elle dit !? Au regard entendu que lui lança le vieillard, elle comprit qu'il avait entendu des choses qu'il n'aurait pas dû entendre et qu'il en savait déjà trop... Mince... Que pouvait-elle faire !? Qu'avait-elle dit !? Il devait se poser tout un tas de questions... Peut-être que le mieux serait donc de lui dire la vérité avant qu'il ne se fasse ses propres films !

- Le secret professionnel m'interdit d'ébruiter le moindre mot qui sortira dans cette pièce ! Renchérit-il avec un regard entendu. Libérez-vous de votre fardeau et reposez-vous sur les épaules d'un vieillard !

Marcoh semblait tout à coup bien conciliant. Il comprenait que ce qu'elle vivait été quelque chose d'atroce et il voulait tout faire pour aider cette jeune femme transit.

Pour Riza, bien qu'elle fût touchée de l'attention du vieil homme à son égard, elle ne pouvait pas se permettre de laisser échapper la moindre information et de faire prendre le moindre risque au Général.

- Mais l'armée pourrait avoir accès à mon dossier... Commença-t-elle avant de se faire interrompre par le Docteur.

- Alors déjà, je ne travaille plus pour l'armée, je ne suis qu'un docteur à la retraite ! Et ensuite, je n'ai certainement pas l'intention de notifier cela dans un rapport !

Riza capitula... Marcoh lui faisait comprendre qu'il était dans son camp et qu'il ne la trahirait pas. Après tout, avec tout ce qu'il avait sacrifié... Ne pouvait-elle pas lui faire cet honneur !? Il avait tout de même donné sa pierre philosophale à Roy. Il méritait son respect.

- Je ne sais pas par où commencer... Bredouilla-t-elle.

Son esprit était embrumé et elle avait mal au cœur. C'était tellement douloureux de s'exprimer sur ce qu'elle avait vécu... Mais ce serait certainement plus facile d'en parler avec Marcoh qu'avec Roy... Il avait déjà son propre chagrin à gérer et elle ne pouvait pas se permettre de lui infliger le sien. Il voulait qu'elle parle et qu'elle se dévoile, mais il n'avait jamais précisé de le faire avec lui. Tout ce qu'il voulait, c'était qu'elle fasse son deuil et pour cela, elle devait faire ressortir tout ce qu'elle avait enfouit en elle. Alors c'est ce qu'elle fit.

Marcoh était docteur et du coup, elle n'avait pas besoin de partir dans des explications sur les différents termes médicaux qu'elle employait durant son explication. C'était une charge mentale en moins car elle n'avait pas forcément envie d'insister sur ce qu'elle avait traversé en devant en plus préciser dans les détails les différentes interventions qu'elle avait subi. Elle resta néanmoins très discrète sur l'implication de Roy... Marcoh avait-il vraiment besoin de savoir qui était le père de l'enfant qu'elle avait perdu !?

Mais le Docteur n'était pas dupe, non seulement il avait entendu le prénom Roy ressortir lors de son sommeil agité, mais il savait aussi l'importance que Riza avait à ses yeux. Ces deux éléments lui avaient suffi pour comprendre ce qu'elle taisait. Néanmoins, il ne lui fit aucune remarque. Il savait que la fraternisation était interdite et que même si la mort de ce nourrisson leur avait évité de grave problème, elle avait néanmoins détruit le cœur de ces deux jeunes parents.

Riza était tombée malade de chagrin et chaque jour elle se détruisait peu à peu et emmenait Roy avec elle. Le Docteur ne comprenait même pas comment ils faisaient pour être encore debout à ce jour. L'adrénaline du boulot devait être leur carburant pour ne pas flancher, mais enfouir au fond d'eux ce malheur ne les aiderait pas à aller de l'avant. C'est ce qu'il fit comprendre à la jeune blonde qui lui faisait face. Si elle voulait aller de l'avant, elle allait devoir accepter son passé, comme pour Ishval.

- La vie me puni pour tous ces crimes que j'ai commis...

Parler avait de nouveau fait couler les larmes sur ces joues, mais elle n'était plus aussi effondrée que dans l'après-midi. Au contraire, elle se sentait plus légère... Comme si mettre des mots sur ce qu'elle avait vécu et ressenti lui avait permis de s'en détacher. Ça avait été tellement dur de se lancer, mais maintenant qu'elle l'avait fait, elle ne le regretterait absolument pas. Elle comprenait qu'elle s'était faite plus de mal qu'autre chose à garder cela en elle.

Le fait que son interlocuteur soit Marcoh jouait beaucoup. Le vieil homme avait vécu les mêmes atrocités qu'elle et Roy durant la guerre d'Ishval et serait certainement le dernier à les juger et à leur faire des leçons de morales. Il était certainement le plus à même à comprendre son ressenti.

- Vous êtes dure avec vous même Lieutenant ! Soupira le vieil homme. Vous n'aviez que vingt ans et deviez-vous contenter d'obéir aux ordres de vous supérieur ! Que seriez-vous devenu si vous aviez refusé de tirer !?

- J'aurais pu tout abandonner ! Rétorqua Riza avec ces larmes. J'aurais dû !

Des fois, c'est ce qu'elle se disait quand elle repensait à son premier jour à Ishval et quand elle revoyait son superviseur lui ordonner de tirer... Elle aurait pu dire non ! Ce n'était qu'un enfant ! Un enfant qui cherchait juste à ne pas mourir ! De quel droit avait-elle eu le droit de lui tirer dessus et de lui ôter la vie !? Rien que de penser à cela, un haut-le-cœur la pris de cours.

- Mais si vous l'aviez fait, nous n'aurions aujourd'hui un gouvernement rempli de monstre ! Tenta de la raisonner le Docteur.

Lui, au contraire de la sniper, il s'en voulait d'avoir fui le massacre... Il se sentait responsable des vies qui avaient été détruite avec la pierre qu'il avait créé... Mais s'il n'avait pas fui, il aurait pu faire comme le Général Mustang ! Il aurait pu tout faire de l'intérieur pour tenter de faire changer les choses ! A la place, il avait fui comme un lâche et s'était caché sous une fausse identité tandis que Mustang et Hawkeye s'étaient tut et avaient continuer d'obéir aux ordres tout en mettant au point une contre offensif. Ils valaient tellement plus que lui.

- J'en suis un... Murmura alors Riza en réponse à la remarque de Marcoh.

- Non ! Répondit fermement le vieillard en faisant sursauter la blonde.

Riza s'apprêter à surenchérir quand le Docteur la pris de court.

- Vous me comprenez quand je parle de vrai monstre ! Rétorqua-t-il avec fermeté. On ne peut pas trouver la paix sans se salir les mains. Je pense que vous avez assez donné de vous-même pour ce pays et je vous interdis de ne pas croire en vous et en votre Général.

- Mon Général !? S'exclama Riza en écarquillant les yeux.

Elle ne comprenait pas pourquoi tout à coup, le Docteur venait impliquer son supérieur dans l'équation. Elle avait pourtant fait en sorte de ne pas prononcer son nom.

- Oh lieutenant, je suis vieux mais loin d'être sénile ! Renchérit-il avec un petit sourire en coin. Je connais assez Mustang pour savoir qu'il est le père de cet enfant !

Riza ne savait pas dire si elle était gênée ou flattée de la remarque du Docteur. Etaient-ils si peu discret !? Certainement... Du moins, leurs entourages proches devaient très bien comprendre le lien qui les unissait et se taisaient par respect pour eux... Tous devaient savoir la relation plus que compliquée qu'ils entretenaient et ne voulaient sans doute pas retourner le couteau dans la plaie. La presse à scandale s'en chargeait bien assez en radotant régulièrement qu'ils ne comprenaient pas pourquoi à son âge un homme tel que Roy Mustang qui était devenu Général dans l'armée a à peine trente ans n'avait pas encore la bague au doigt et un ou deux marmots en route... S'ils savaient !

- Comment vit-il la chose !? Poursuivit le Docteur sur sa lancée.

- Certainement mieux que moi... ? Soupira Riza.

En réalité, elle n'en avait aucune idée... Maintenant qu'elle s'était confiée au Docteur, elle réalisait qu'elle n'avait jamais eu cette conversation avec Roy... Pourtant il avait plusieurs fois essayé d'aborder le sujet avec elle, lui faisant comprendre qu'il en avait besoin... Mais elle l'avait toujours repoussé... Elle avait été atroce avec lui...

- Ne vous blâmez pas ainsi lieutenant, s'exclama le vieillard en observant la mine soucieuse et inquiète de la jeune femme.

- J'ai été horrible... S'horrifia-t-elle. Je n'ai pensé qu'à moi... Je n'ai pas pensé un seul instant à ce qu'il a pu ressentir pendant tout ce temps...

Riza était vraiment mal de réaliser cela. Elle s'en voulait vraiment... Comment faisait Roy pour toujours lui adresser la parole après le cauchemar qu'elle lui avait fait vivre !? Comment pouvait-il l'aimer aussi fort après ça et le fait qu'elle n'ait pas arrêté de lui dire qu'il faudrait peut-être mieux qu'ils arrêtent tout !?

- Le Général Mustang est un homme compréhensible ! Répondit le Docteur à sa question silencieuse. Il ne vous en tiendra jamais rigueur...

Oui, il avait raison... Jamais il ne ferait ça... Il prendrait tout à son compte, comme toujours... Mais...

- Mais ce n'était pas une raison ! Renchérit la jeune femme qui devenait de nouveau inconsolable.

- Effectivement, ce n'était pas une raison ! Rétorque Marcoh. Mais vous n'étiez pas dans votre état normal et ça je suis sûr qu'il en a pris conscience !

Il essayait du mieux qu'il le pouvait de rassurer la jeune femme, mais c'était très difficile et bien au-delà de ses compétences professionnelles. Il était médecin, non psychologue... Mais bon, existait-il un seul psy sur cette planète capable de comprendre les tourments d'une jeune femme ayant vécu l'horreur de la guerre a à peine vingt-ans puis la perte de son enfant quelques années plus tard !?

- Reposez-vous lieutenant ! Reprit-il d'une voix douce et bienveillante. Arrêtez de vous torturez l'esprit ! Prenez soin de vous et surtout, arrêtez de vous dire que c'est de votre faute et que vous avez mérité ce qu'il vous est arrivé ! Ce n'est pas de votre faute.

Il essaya de son montrer insistant, mais la grimace de Riza lui fit comprendre que c'était très dur pour elle de dire une telle chose. Pourtant, il fallait qu'elle le dise pour pouvoir aller de l'avant. C'était primordiale et certainement la seule manière qui lui permettrait de ne pas rechuter.

- Dites-le ! Insista-t-il donc devant le refus silencieux du lieutenant.

- Ce... N'est... Pas... De... Ma... Faute...

Elle avait découpé chaque mot, les prononçant comme une sentence. C'était difficile... Tellement difficile ! Les larmes étaient réapparues avec abondance. Non, ce n'était pas de sa faute ! Elle n'y était pour rien ! C'était la vie qui avait décidé cela ! Ce n'était qu'un simple hasard et non pas une décision de son destin qui lui interdisait ce bonheur à cause de son passé. Ce n'était qu'un hasard. Un simple hasard !

Mais c'était ça qui faisait encore plus mal... De se dire que le hasard l'avait choisi elle... Pourquoi elle !? Pourquoi avait-elle l'impression que le destin s'acharnait sur elle !? Ne pouvait-il pas passer le flambeau à quelqu'un d'autre !? N'avait-elle pas assez souffert dans sa vie !? Elle avait vécu recluse du monde avec ses parents. Sa mère était tombée malade et l'avait quitté alors qu'elle n'avait que dix ans... Son père s'était refermé sur lui-même la lançant presque seule avec elle-même... Elle lui en avait voulu et à cause de cela, il était mort quelques années plus tard lui laissant la charge de porter seule le fardeau de toute sa vie... Elle avait voulu faire confiance en partageant son fardeau avec Roy... Mais il avait trahi sa confiance en tuant des innocents avec les pouvoirs de ce dernier... Du coup, pour se punir, elle s'était infligée la même torture... Puis elle avait décidé qu'elle rachèterait ses fautes en consacrant sa vie à cette armée et en faisant en sorte de réaliser le rêve utopiste de cet homme qu'elle avait décidé d'aimer en secret... Et même ça, ça n'avait pas suffi !

Non... Il avait fallu qu'elle se retrouve confrontée à son passé et qu'elle se fasse abuser par un homme qu'elle avait oublié mais qui lui, ne l'avait jamais oublié... Comme si le destin lui remettait bien en tête ses erreurs du passé... A cette époque, tout devenait trop dur pour elle... Pour ne pas sombrer, elle s'était laissée aller à l'interdit et à aimer Roy de tout son être... Il lui avait alors fait la promesse qu'un jour ils se marieraient... Mais même cette promesse le destin semblait faire en sorte qu'elle ne soit jamais tenue... C'était il y a des mois et des mois à présent ! Entre temps, elle avait été prise en otage par des homonculus et avait failli finir égorgée comme un cochon qu'on emmène à l'abattoir... Pour remonter la pente de cette nouvelle épreuve, elle avait de nouveau succombé à cet interdit et elle était tombée enceinte... Une grossesse qui avait tourné au désastre et voici où elle en était dans le cauchemar de sa vie... Est-ce qu'un jour aurait-elle le droit de vivre autre chose que des malheurs !? Elle ne savait plus...

- Essayez de dormir, vous êtes exténuée ! L'interrompit le Docteur dans le fil de ses pensées.

Il voyait bien qu'elle semblait tourmentée et qu'elle était à deux doigts de craquer de nouveau.

- Mais... Commença-t-elle avant de croiser le regard de Marcoh.

- Il n'y a pas de mais ! S'exclama-t-il fermement. Je pense que le Général Mustang sera d'accord avec moi, il sera se débrouiller sans vous !

Riza capitula, de toute façon elle était à bout de force et incapable de réfléchir correctement. Il fallait qu'elle se rende à l'évidence que dans son état actuel, elle n'était qu'un poids mort pour Roy. Il fallait qu'elle se ressaisisse et pour cela, il fallait qu'elle se repose et récupère.

Vaincu, elle se rallongea correctement dans le lit dans lequel elle était installée. Marcoh lui fit boire une tisane qui devrait l'aider à se détendre et à dormir. Elle se laissa ensuite tranquillement emporter dans les bras de Morphée.

oOo

- Bonsoir Docteur ! S'exclama le Général Mustang en arrivant au cabinet du vieil homme.

- Général, je vous attendais ! Répondit le Docteur dans un demi sourire.

Evidemment qu'il l'attendait ! Il était même étonné de le voir arriver aussi tard, mais bon, la situation à l'ambassade devait être tendue et il n'avait peut-être pas pu quitter son poste aussi rapidement qu'il l'aurait souhaité.

- Comment va-t-elle !? S'enquit-il immédiatement.

A cet instant, il s'en fichait de savoir ce que le Docteur savait de l'histoire et s'il était au courant de quelque chose. Il s'en fichait qu'il découvre tout... Après tout, le vieillard avait eu confiance en lui en lui donnant sa pierre pour qu'il recouvre sa vue et redonne vie à Ishval, il savait qu'il ne serait pas de ceux qui le trahirait sinon il ne verrait jamais aboutir ce projet.

- Elle s'est endormie, signala-t-il en désignant une porte du doigt. Peut-être pourrions-nous discuter le temps qu'elle se repose ?

Roy aurait voulu dire non, tout ce qu'il voulait là maintenant, c'était d'être au chevet de Riza, mais au vu du regard du vieillard sur lui, il capitula. Il fallait qu'il se montre adulte et responsable. Riza allait bien et dormait. Il fallait qu'il la laisse se reposer. Et puis le Dicteur Marcoh répondrait sûrement à ses attentes contrairement à Riza. Havoc ne lui avait rien appris, si ce n'est qu'elle était ici. Il ne lui avait pas dit pourquoi. Après, ce n'était peut-être pas plus mal car Rey semblait déjà trop en savoir sur Riza et il n'avait pas forcément besoin d'être au courant de ce détail.

- De quoi voulez-vous parler !? Demanda alors l'alchimiste de flamme à l'alchimiste de cristal.

Le vieil homme invita le plus jeune à s'assoir avant de prendre la parole. Ce n'était peut-être pas à lui de lui raconter tout cela, mais cela épargnerait sans doute beaucoup de tourment à Riza de ne pas à avoir à le faire elle-même. Et puis, il fallait que le Général sache tout autant dans quel état se trouvait l'un des membres de son équipe. La situation actuelle pouvait lui jouer défaut et il fallait qu'il sache quand et comment intervenir.

- Il faut que je vous parle du Lieutenant Hawkeye. Je ne crains que sa santé ne soit trop fragile pour l'épreuve psychologique que représente l'attaque de l'ambassade.

Roy ne put s'empêcher de froncer les sourcils. Il savait que Riza n'était pas en forme et qu'elle se voilait la face, mais à ce point-là !? Il ne l'aurait jamais cru. Il essayait pourtant d'être le plus attentif possible avec elle.

- Ce qu'elle a vécu la traumatisé beaucoup plus qu'elle ne le laisse paraître ! Elle a accumulé beaucoup de traumatisme depuis son enfance... Des traumatismes dont elle refuse d'aborder le sujet mais que je ressens dans sa manière d'être.

Roy connaissait presque tous les secrets de vie de Riza. Il avait été lui-même le témoin de certains d'entre eux. Mais jusqu'à présent, Riza n'avait jamais semblait souffrir traumatiquement de son passé. Hormis Ishval... Mais qui ne serait pas traumatisé par cette guerre qui dans son cœur n'avait jamais trouvé le repos !? Par contre, il ne voyait pas quels autres traumatismes elle cachait encore !? Il pensait qu'elle s'était laissée aller à la rédemption d'Alan auprès de lui. Ce serait-il trompé !? Y aurait-il d'autre traumatisme plus profond et plus subtil !?

- S'est-elle confiée à vous sur certains d'entre eux !? Demanda Marcoh.

Roy approuva d'un signe de tête. Avant son interruption de grossesse tragique, Riza s'était toujours confiée à lui. Du moins, c'est ce qu'il pensait... Il n'avait jamais cherché à aller voir en profondeur ce qu'elle pouvait dissimuler... Après tout, lui non plus ne disait pas toujours le fond de sa pensée. Avoir un jardin secret n'était interdit pour personne et il avait toujours respecté celui de Riza puisqu'elle respectait également le sien.

- Vous a-t-elle parlé de ce qu'elle a traversé ces derniers mois !?

Il avait dit cela avec angoisse mais pas par peur que Marcoh ne découvre leur secret, non ! Il avait peur que Riza ait refusé de parler ! Il savait qu'elle en avait besoin mais aussi qu'elle refusait de l'admettre. Alors si elle avait pu se débarrasser de ce fardeau auprès du Docteur Marcoh, il serait rassuré. Cela voudrait dire qu'elle acceptait enfin d'aller de l'avant et cela était bon signe pour leur futur. Il avait tellement peur que ce ne soit la fin d'eux. Il ne pourrait pas tolérer une telle chose.

- Oui, répondit-il simplement sans entrer dans les détails.

Comment devait-il prendre ce oui !? Qu'avait dit Riza exactement !? N'avait-elle parlé que d'elle ou l'avait-elle également inclus dans la conversation !? Que devait-il répondre au Docteur !?

- Et... Qu'a-t-elle dit !? Osa-t-il demander en fronçant les sourcils tandis que Marcoh se contentait de garder le silence et de l'observer de son regard impassible.

- Vous savez Général, je suis tenu par le secret médical et le lieutenant m'a bien fait comprendre qu'elle ne voulait pas que l'armée soit impliquée dans cette histoire.

Il avait dit cela d'une manière extrêmement neutre, mais pour autant, dans son regard scintillait une petite étincelle que Roy comprit aussitôt. Il savait ! Cela ne servait donc à rien de faire semblant et de nier, il était au courant.

- Je ne suis pas venu ici en tant que Général vous savez ! Répondit-il simplement avec un regard entendu, ce qui fit naître un léger sourire en coin sur les lèvres du Docteur.

Ils avaient ce genre de conversation secrète dont seul eux connaissaient les codes secrets pour comprendre ce que l'autre disait.

- Je me doute, effectivement ! Approuva le vieil homme.

- Qu'allez-vous faire de cette information !? Ne peut s'empêcher de demander le Général.

Maintenant qu'il savait, qu'allait-il faire de l'information !? Bien qu'il se doutait qu'il pouvait avoir foi en l'alchimiste de Cristal, il ne pouvait s'empêcher de redouter que l'info ne circule. Même si la loi sur la fraternisation était modifiée, à l'heure actuelle, le changement officiel n'était pas encore rendu public et il ne voulait pas faire jaser inutilement.

- Quelle information !? S'exclama le vieillard en fronçant les sourcils, ne comprenant pas.

- A propos de... Commença Roy avant de s'interrompre.

Marcoh le faisait marcher et lui faisait comprendre qu'il resterait muet comme une carpe.

- Je n'ai fait que prendre soin d'une jeune femme souffrant d'un traumatisme après la perte de son enfant ! Renchérit-il dans son discours. Je ne vois absolument pas en quoi cette histoire pourrait concerner et intéresser l'armée !

Roy ne put s'empêcher de sourire à son tour. Il avait plus d'un tour dans son sac. Il ne faisait que cela de leur rendre service, mais que faisait-il en retour pour Marcoh !? Tout ce qu'il souhaitait, c'était de profiter de sa paisible retraite à Ishval. Il allait falloir qu'il se démène pour trouver les auteurs de cet attentat et ainsi permettre au Docteur de profiter de son repos bien mérité.

- Merci... Se contenta-t-il simplement de répondre, n'ayant pas d'autre terme aussi fort pour décrire ce qu'il ressentait à cet instant.

- Ne me remerciez pas, je n'ai fait que mon travail ! Répondit le vieillard un brin gêné par tant de sentimentalisme. Allez la rejoindre ! Je pense qu'elle aura besoin de vous autant que vous d'elle.

Le Général approuva avant de se rendre dans la chambre dans laquelle dormait Riza. Elle semblait paisible. Cela faisait bien longtemps qu'il ne l'avait pas vu aussi sereine. Il s'assit sur le lit à côté d'elle et caressa tendrement son visage avec l'une de ses mains tandis que l'autre s'enlaçait avec l'une de ses mains à elle. Riza ne se réveilla même pas. Elle devait vraiment être exténuée.

- Je t'aime, se contenta-t-il de lui murmurer au creux de l'oreille tout en l'embrassant sur la tempe.

Il ne s'attarda pas plus que cela à son chevet. Il avait peur de la réveiller, elle avait vraiment besoin de se reposer. Alors il quitta sa chambre presqu'aussitôt avec regret. Il aurait voulu passer la nuit à son chevet et prendre soin d'elle, s'endormir dans ses bras pour qu'elle puisse puiser en lui durant son sommeil et sentir qu'elle n'était pas seule.

Oui, c'est ce qu'il aurait voulu... Mais il ne pouvait pas... Pas encore ! Il fallait qu'il se montre patient, ce n'était plus qu'une question de jour à présent ! Alors, il se contenta de remercier une nouvelle fois le Docteur pour l'hospitalité qu'il lui offrait et l'informa qu'il repasserait du lendemain et s'il ne pouvait pas, il enverrait le Colonel Havoc à sa place puis il prit congés.

Dans son cœur, un poids s'était allégé. Il se demandait qu'est-ce qui avait provoqué le déclic chez Riza. Ce n'était peut-être pas le moment idéal pour lâcher prise mais au moins il était rassuré de savoir qu'elle avait enfin accepté de faire le deuil de leur fille. Les choses prenaient une nouvelle tournure et il pouvait enfin se débarrasser de ce poids.

Enfin, les confidences de son père avaient vite remplacé cette place vacante... Il ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'il avait voulu dire par "Chris ne t'aurait rien dit". Il fallait vraiment qu'il se rend chez elle dès son retour à East City... Mais il n'eut pas plus le temps de se poser d'autres questions car à peine avait-il mit un pas dans l'enceinte de la zone extérieur à l'ambassade que son subordonné lui tomba dessus.

To be continued...


Bonjour à tous !

A la base, ce chapitre était beaucoup plus long et faisait 9400 mots, mais j'ai décidé de la "réduire" afin de pouvoir poster ce chapitre aujourd'hui et ainsi faire plaisir à Sow'Mama. Du coup j'ai remodifié le schéma des trois prochains chapitre également et finalement, ça me convient mieux ainsi, il y a juste ce chapitre que je ne trouve pas complet dans le terme de "confidence" parce que du coup les confidences de la discussion de Roy et Jean seront dans le prochain chapitre... Mais bon tant pis ! Vous en avez déjà assez appris dans ce chapitre, il n'est pas si inutile que cela ah-ah.

Je sais que vous voulez tous voir les "retrouvailles" entre Roy et Riza, mais il va falloir être patient car ce ne sera pas dans le prochain chapitre du coup, mais dans celui d'après !

En attendant, je remercie L'atelier des chats, Hachiko972, Sow'Mama, Luciole et LénaFMA pour leur commentaire sur le chapitre précédent et j'espère que ce chapitre vous a plu ! Je vous dit à très vite et je posterais un chapitre mercredi, mais je ne sais pas si ce sera le chapitre suivant de Secret de Famille ou celui de L'été où je t'ai rencontré ! Je vous laisse choisir hi-hi.

A très vite.

Sei.