Chapitre 29

Gray


Lorsque j'entends la porte d'entrée s'ouvrir, je m'attends à moitié à voir Natsu débarquer affublé d'un déguisement ridicule dans le but de me remonter le moral et de me traîner au marathon des foyers.

Heureusement, il est habillé comme d'habitude, c'est-à-dire qu'il est à couper le souffle, et ma queue est la première à le remarquer. Ses cheveux roses sont évidemment en bataille, et même s'il ne porte qu'un simple jogging et un sweat trop grand pour lui, il est rayonnant.

- Salut, dit-il en s'asseyant à côté de moi sur le canapé.

- Salut !

Je passe mon bras autour de lui et je l'embrasse sur la joue, un geste qui me paraît le plus naturel du monde.

Je ne sais pas si je suis le seul à me sentir ainsi, mais Natsu ne recule pas et il ne se moque pas de mon comportement de petit ami. Je me dis que c'est bon signe.

- Alors, pourquoi tu as laissé tomber la soirée ?

- Je n'étais pas d'humeur. Je t'ai imaginé tout seul ici à pleurer comme une madeleine et j'ai eu pitié.

- Je ne pleure pas comme une madeleine, espèce d'idiot, dis-je en montrant le documentaire sur les produits laitiers qui passe à la télé. J'apprends tout ce qu'il y a à savoir sur la pasteurisation.

- Attends, vous payez pour avoir des milliards de chaînes et tu regardes ça ?

- Je zappais et j'ai vu un paquet de pis de vaches et puis, tu sais, ça m'a excité, alors...

- Beurk !

Je rigole.

- Je plaisante ! Si tu veux tout savoir, les piles de la télécommande sont mortes et j'ai eu la flemme de me lever pour changer de chaine. Avant les pis de vache, je regardais un documentaire génial sur la guerre civile.

- Tu aimes vraiment l'histoire, alors ?

- Ouais, c'est intéressant.

Il pose sa tête sur mon épaule et sans y penser, je joue avec une mèche de ses cheveux.

- Ma mère m'a sapé le moral, ce soir, avoue-t-il.

- Ah bon ? Pourquoi ?

- Elle m'a appelé pour me dire qu'ils allaient sans doute devoir rester à Ransom pour Noël aussi.

- Ransom ?

- C'est la ville d'où je viens, dans l'Indiana, dit-il d'une voix pleine d'amertume. Plus connue sous le nom de L'Enfer de Natsu.

Mon humeur devient lugubre.

- À cause de...

- Du viol, dit-il alors qu'un sourire ironique se dessine sur ses lèvres. Tu prononcer le mot, tu sais, ce n'est pas contagieux.

- Je sais, c'est juste que je n'aime pas le dire parce que ça le rend... réel, je suppose. Et je ne supporte pas l'idée que ça te soit arrivé.

- Sauf que c'est le cas. Je ne peux pas prétendre l'inverse.

Un court silence s'installe entre nous.

- Alors, pourquoi tes parents ne peuvent pas venir te voir ?

- Question d'argent. Au cas où tu resterais avec moi parce que tu penses que je suis l'héritier d'une riche famille, il faut que tu saches que je suis à Crocus grâce à une bourse complète et que j'ai des allocations pour mes dépenses. Ma famille est ruinée.

- Sors d'ici, je dis en pointant la porte du doigt. Sérieusement, sors d'ici.

- Très drôle, dit Natsu en me tirant la langue.

- Je me fiche que ta famille soit pauvre ou riche, Dragneel.

- C'est le millionnaire qui dit ça ?

- Je ne suis pas millionnaire, je réponds en me crispant. Mon père l'est, c'est différent.

- Je suppose. Mais oui, mes parents croulent sous une montagne de dettes. C'est...

Il semble perdu dans ses pensées et je vois un éclat de tristesse dans ses magnifiques yeux verts.

- C'est quoi ?

- C'est de ma faute, avoue-t-il.

- J'en doute, Dragneel.

- Non, vraiment. Ils ont dû hypothéquer la maison une deuxième fois pour payer mes frais d'avocat. Quand on a attaqué Aaron en justice, le mec qui...

- Qui a intérêt à être en taule, je dis en l'interrompant, parce que je ne supporte pas de l'entendre prononcer à nouveau le mot viol.

Chaque fois que je pense à ce que ce connard lui a fait, une colère noire me saisit et je ressens un besoin urgent de cogner quelque chose. J'ai travaillé toute ma vie pour maîtriser ma colère, un sentiment qui m'a constamment accompagné durant mon enfance. Heureusement, j'ai trouvé un moyen de la canaliser : le hockey. Ce sport me permet de me défouler sur les joueurs adverses dans un environnement sécurisé et régi par des règles.

- Il n'a pas fait de prison, dit Natsu calmement.

- Tu te fous de ma gueule ?

- Non, répond-il alors que son regard devient lointain. Quand je suis rentré à la maison le soir où... le soir où s'est arrivé... mes parents ont tout de suite su qu'il s'était passé quelque chose de grave. Je ne me souviens même pas de ce que je leur ai dit. Je me rappelle seulement qu'ils ont appelés la police et qu'ils m'ont emmené à l'hôpital, où ils ont fait pratiquer un examen et où ils m'ont interrogé. J'étais mort de honte. Je ne voulais pas parler aux flics, mais ma mère m'a dit qu'il fallait que je sois courageux et que je devais tout dire pour qu'ils puissent l'arrêter et l'empêcher de refaire la même chose à quelqu'un d'autre.

- Ta mère m'a l'air d'une femme intelligente.

- Elle l'est, confirme Natsu d'une voix tremblante. Bref, Aaron a été arrêté, puis relâché sous caution, donc j'ai dû voir ce connard en ville et au lycée...

- Ils l'ont laissé retourner en cours ?

- Il était censé rester à cent mètres de moi à tout moment, mais ouais, il est retourné en cours. Est-ce que j'ai précisé que sa mère est la maire de Ransom ?

- Merde.

- Et son père est le pasteur de la ville, dit-il en laissant échapper un rire jaune. En gros, la ville leur appartient. Je suis même surpris que les flics aient osés l'arrêter. On m'a dit que sa mère a pété un plomb quand ils se sont pointés chez eux. Pour faire court, il y a eu un tas d'auditions préliminaires et de dépositions, et j'ai dû voir sa tronche pendant des heures. Au bout d'un mois de torture, le juge a décidé qu'il n'y avait pas assez de preuves pour ouvrir un procès et il a déclaré l'affaire sans suite.

J'ai l'impression de m'être fait renverser par un bus. Ou pire, par Greg Braxton.

- Tu es sérieux ?

- On ne peut plus sérieux.

- Mais l'examen médical, ton témoignage...

- L'examen a montré qu'il y avait du sang et des déchirements, explique-t-il en rougissant, mais... Son père est le pasteur, et l'église de Ransom n'est pas exactement très tolérante sur la question de l'homosexualité. L'avocat adverse a déclaré qu'il était impossible que Aaron ait eu des relations avec un autre homme, et que ce genre de chose... enfin... un viol... ça n'arrive qu'entre un homme et une femme... il murmure doucement. Après ça c'était ma parole contre la leur, je n'avais aucune chance.

- Comment ça ?

- Trois de ses amis ont menti sous serment et ont dit au juge que j'avais pris du GHB volontairement, ce soir-là, et que ce n'était pas la première fois. Ah, et qu'ils me voyaient régulièrement partir avec des garçons à ce genre de soirée. À les entendre, j'étais la traînée gay la plus droguée de la ville. C'était humiliant.

L'idée que Natsu ait dû endurer tout cela me donne envie de tuer tous les habitants de sa ville.

- Attends, c'est pire encore, dit-il lorsqu'il voit mon expression.

- Mon Dieu, je crois que je ne peux pas en entendre plus.

- Ah, pardon. Oublie, alors, chuchote-t-il en évitant mon regard.

Je lui prends le menton et je l'oblige à me regarder.

- C'est une façon de parler, Natsu. Je veux tout savoir.

- Ok. Eh ben, lorsque l'affaire a été classée sans suite, toute la ville s'est retournée contre mes parents. Ils disaient des choses horribles sur moi, que j'étais une pédale, que c'est moi qui essayais de le mettre dans mon lit, que j'avais tout inventé, etc. J'ai fini par être scolarisé chez moi jusqu'à la fin du semestre et c'est à ce moment-là que Madame la maire et notre très cher pasteur ont attaqué ma famille en justice.

- T'es pas sérieux.

- Si. Ils ont dit qu'on avait traumatisé leur fils, que c'était de la diffamation, et plein de trucs du genre. Le juge ne leur a pas accordé les dommages et intérêts qu'ils demandaient, mais il a décidé que mes parents devaient payer les frais d'avocat de la famille de Aaron. Donc ils ont dû payer deux fois des frais d'avocat. Tu sais combien facturait notre avocat pour chaque jour au tribunal ?

Je ne sais pas si j'ai envie de l'entendre.

- Deux mille dollars, poursuit-il. Et notre avocat était bon marché. Je te laisse imaginer combien coûtait l'avocat de Madame la maire. Mes parents ont demandé une deuxième hypothèque et ils ont fait un emprunt pour tout payer.

- Merde. Je suis désolé, Natsu.

- Donc ils sont coincés dans cette ville pourrie à cause de moi. Papa ne peut pas démissionner de la scierie parce que ça a le mérite d'être un CDI et qu'il a besoin de l'argent, mais au moins il travaille dans la ville d'à côté, lui. Ils ne peuvent même pas aller en ville sans avoir à supporter les regards et les murmures de tout le monde. Ils ne peuvent pas vendre la maison parce qu'ils perdraient de l'argent. Ils n'ont pas les moyens de venir me voir cette année, et moi je suis un fils horrible parce que je ne vais pas les voir. Mais je ne peux pas, Gray. Je ne pourrai jamais y retourner.

Je le comprends, j'ai le même sentiment vis-à-vis de la maison de mon père à Boston.

- Les parents de Aaron vivent encore là-bas et il leur rend visite tous les étés, dit-il en me regardant d'un air impuissant. Comment je pourrais y retourner aussi ?

- Alors, tu n'es jamais rentré depuis que tu es à la fac ?

- Si, répond-il en hochant la tête. Une fois. Et au milieu du séjour, papa et moi sommes allés au supermarché et on est tombés sur les pères de deux enfoirés qui ont témoignés contre moi au tribunal. L'un des deux a fait un commentaire déplacé du genre « oh, regarde, la pute de Ransom est de retour » ou un truc débile comme ça. Et mon père a craqué.

Je retiens mon souffle.

- Il s'est jeté sur celui qui avait parlé et il a eu le temps de bien l'amocher avant qu'ils soient séparés. Bien évidemment, un flic passait par là et il a arrêté mon père. Heureusement, les accusations n'ont pas été retenues parce que le propriétaire du magasin a dit que mon père avait été provoqué. C'était une des rares personnes honnêtes de la ville, je suppose. Donc... je n'y suis pas retourné depuis. J'ai peur d'y croiser Aaron et de... je ne sais pas, de le tuer pour ce qu'il a fait à ma famille.

Natsu pose son menton sur mon épaule et je sens toute la tristesse qui émane de son corps. Je ne sais pas quoi dire. Ce qu'il vient de raconter est brutal, et en même temps... je le comprends. Je sais ce que c'est de détester quelqu'un à ce point, de fuir par crainte de ce que l'on va faire si l'on voit cette personne.

Lorsque je prends la parole, ma voix est horriblement rauque.

- La première fois que mon père m'a frappé, c'était le soir d'Halloween.

- Quoi ? s'exclame Natsu, choqué.

J'ai presque envie d'en rester là, mais après ce que vient de me confier Natsu, je ne peux pas me taire. J'ai envie qu'il sache qu'il n'est pas le seul à avoir connu cette colère et ce désespoir.

- J'avais douze ans, c'était un an après le décès de ma mère.

- Merde, je ne savais pas, dit-il. Je m'étais douté que tu n'aimais pas ton père, ça s'entend dans ta façon d'en parler, mais je ne savais que c'était parce qu'il...

- Parce qu'il me cassait la gueule ? je finis d'une voix pleine d'amertume. Mon père n'est pas celui qu'il prétend être en public, le bon père de famille, la star du hockey qui participe à pleins d'œuvres caritatives. Sur le papier, il est parfait, mais à la maison... putain, c'était un monstre.

Natsu me donne sa main et je la serre dans la mienne.

- Je ne sais même pas ce que j'ai fait pour l'énerver, ce soir-là. Je suis rentré avec des amis après avoir fait le tour du quartier pour demander des bonbons, et on a dû parler de quelque chose, il a dû crier quelque chose, mais je ne me souviens pas. Je me souviens seulement du coquard qu'il m'a fait et de mon nez cassé. Je n'en revenais pas qu'il ait levé la main sur moi. Après ça, c'est arrivé régulièrement. Par contre, il ne m'a plus jamais rien cassé parce que cela m'aurait empêché de jouer au hockey et il ne l'aurait pas supporté.

- Ça a duré combien de temps ?

- Jusqu'à ce que je sois assez grand pour me défendre. J'ai de la chance, je suppose. Il n'a pu me tabasser que... trois ou quatre ans, peut-être ? Ma mère est restée avec lui quinze ans, mais elle ne m'a jamais dit combien de temps ça a duré. Honnêtement Natsu... quand elle est morte d'un cancer des poumons, j'étais soulagé. Parce qu'au moins elle n'avait plus à souffrir.

- Elle aurait pu le quitter.

Je secoue la tête.

- Il l'aurait tuée plutôt que de la laisser faire. Personne ne quitte Silver Fullbuster parce que cela entacherait sa réputation, et il ne peut pas le tolérer. Il ne boit pas et il ne se drogue pas, si c'est à ça que tu penses. Il est juste... malade, je suppose. Un rien lui fait péter un plomb et il ne sait résoudre les problèmes qu'avec ses poings. Il est narcissique, aussi. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un de plus arrogant que lui. Ma mère et moi n'étions que des pions pour lui, des accessoires pour les photos. Personne ne compte à part lui.

Je n'ai jamais raconté ça à personne. Ni à Luxus, ni à Gajeel. Pas même à Birdie, le roi des secrets. Je ne parle jamais de mon père parce que trop de gens seraient tentés de vendre l'histoire aux magazines people pour se faire un peu de fric. Ce n'est pas que je ne fais pas confiance à mes amis... C'est juste que lorsqu'on a été déçu par la personne sur qui on est censé pouvoir compter, on devient méfiant.

Cependant, je fais confiance à Natsu. Je sais qu'il ne répétera mon histoire à personne. Et je suis content de lui en avoir parlé, parce que je me sens beaucoup plus léger à présent.

- Donc ouais, la dernière fois que j'ai participé à cette fête stupide, je me suis fait casser la gueule par mon père. Ce n'est pas un très bon souvenir.

- Non, c'est clair, dit-il en caressant ma mâchoire. Mais tu sais ce que ma psy me disait ? Que le meilleur moyen d'oublier un mauvais souvenir, c'est de le remplacer par un souvenir heureux.

- Je pense que c'est plus facile à dire qu'à faire.

- Peut-être, mais il n'y a pas de mal à essayer, si ? murmure-t-il, une lueur malicieuse dans le regard.

Il se met à cheval sur moi et je cesse de respirer. Je ne pensais pas que j'arriverais à être excité après la conversation déprimante qu'on a eue, mais il est à peine installé sur mes cuisses que je sens déjà mon entrejambe durcir. Il m'embrasse lentement et tendrement pendant de longues minutes, et je grogne lorsque sa bouche quitte finalement la mienne.

Je ne reste pas déçu longtemps, cependant, car Natsu s'agenouille entre mes jambes et libère mon sexe de mon pantalon.

On m'a fait des tonnes de pipe. Je ne me vante pas, c'est juste la vérité. Cependant, lorsque la bouche de Natsu m'effleure, mes testicules se contractent et une vague de plaisir me parcourt comme si c'était la première fois qu'on me touchait.

Je m'accroche aux coussins du canapé lorsque la chaleur prodigieuse de sa bouche m'entoure. Une main caresse lentement ma cuisse tandis qu'une autre joue avec la base de mon sexe. Chaque va-et-vient de sa bouche me rapproche un plus d'un bonheur exquis.

Mon bassin commence à bouger et je ne peux l'arrêter. Je ne peux pas m'empêcher de vouloir aller plus profondément dans sa bouche et je plonge mes mains dans ses cheveux. Ça ne semble pas le déranger. Mes coups de bassin le font gémir et les vibrations de sa voix se propagent le long de ma verge puis de ma colonne vertébrale.

Sa bouche me rend dingue. Je crois qu'il ne se passe pas une seconde sans que j'aie envie de ce gars. Sans que j'aie désespérément envie d'être en lui. J'ouvre les yeux et je réalise où l'on est. Mes colocs sont à une fête, mais on a entraînement et match demain, donc ils ne vont pas rentrer tard. Ils peuvent débouler dans le salon à tout moment.

J'effleure la joue de Natsu pour l'arrêter.

- Allons dans ma chambre, je ne sais pas quand les mecs vont rentrer.

Il se lève sans un mot et me tend la main. Je la prends et je le guide à l'étage.


Natsu


Gray n'allume pas la lumière. Il ferme la porte à clé et je vois ses yeux briller dans la pénombre. J'ai à peine détourné le regard un instant qu'il est déjà nu devant moi.

- Pourquoi tu n'es pas encore à poil ? grommelle-t-il.

- Parce que tout le monde n'est pas aussi rapide que toi pour se déshabiller.

- Ce n'est pas difficile, Bébé. Laisse-moi t'aider.

Je frissonne lorsqu'il glisse ses mains fraîches sous mon t-shirt et qu'il le passe lentement par-dessus ma tête sans me quitter des yeux. Ses doigts râpeux viennent chatouiller mes hanches et le bas de mon ventre tandis qu'il s'agenouille devant moi. Toujours sans lâcher mon regard, il baisse mon jogging et mon boxer.

Je me perds dans ses orbes sombres tandis qu'il rapproche doucement sa tête de mon sexe tendu. Je suis tellement excité que ç'en ait douloureux. Lorsque sa bouche vient se poser sur le bout de mon membre pour l'embrasser, une décharge de plaisir me fait tituber et je m'accroche à ses cheveux pour me stabiliser.

- Ok, stop. Je ne tiendrais jamais debout si tu fais ça.

Gray rit doucement, puis il se lève et me porte dans ses bras comme si je ne pesais rien du tout. Nous atterrissons sur le lit en riant, allongés sur le côté, face à face. Nous sommes tous les deux complétement nus et ça me paraît la chose la plus naturelle du monde.

En revanche, je ne comprends rien à ce qu'il dit ensuite.

- Je croyais que ton prénom commençait par un D.

- Tu pensais que je m'appelais Datsu ?

- Mais non, je pensais que tu t'appelais Dan, ou Dave, ou Daniel. Un prénom avec un D, quoi.

Je ne sais pas si je dois être amusé ou insulté.

- Ok ?

- Pendant presque deux mois, Natsu. J'ai passé deux mois sans savoir ton prénom !

Il est vraiment mignon.

- C'est normal, on ne se connaissait pas.

- Mais tu savais comment je m'appelais, moi, dit-il.

- Tout le monde connaît ton prénom, je réponds en soupirant.

- Comment j'ai fait pour ne pas te remarquer, bon sang ? Pourquoi il a fallu que je voie un A sur ta copie pour te remarquer ?

Gray a l'air tellement perturbé que je me rapproche de lui pour l'embrasser.

- Peu importe. Tu me connais, maintenant.

- C'est vrai, grogne-t-il en prenant soudain l'un de mes tétons dans sa bouche. Je sais que quand je fais ça...

Il le suce fort et un cri m'échappe.

- ... tu gémis assez fort pour réveiller un mort. Et je sais que quand je fais ça, tes hanches vont se balancer d'avant en arrière, comme si tu cherchais ma queue.

Il lèche mon autre téton et le titille avec la langue et, en effet, mon bassin remue immédiatement pour se rapprocher du sien.

- Je sais aussi que je t'aime bien, dit-il en se redressant sur un coude.

- Moi aussi, je t'aime bien, je dis en riant.

- Je suis sérieux. Tu me plais.

Je ne sais pas quoi répondre, alors je passe ma main dans ses cheveux et je tire sa tête vers moi pour l'embrasser. Après ça, tout devient flou. Ses mains et ses lèvres sont partout sur moi et soudain Gray et moi sommes absolument seuls au monde. Il ne me quitte que pour ouvrir le tiroir de sa table de nuit, et mon cœur s'affole parce que je sais ce qu'il cherche. J'entends du plastique se déchirer et je le vois mettre un préservatif, puis il revient vers moi avec une bouteille de lubrifiant, et je perds à nouveau la notion du temps.

Sa bouche ne semble plus pouvoir quitter la mienne alors que je sens un doigt me pénétrer pour me préparer, puis deux, puis trois. La sensation d'inconfort disparaît rapidement et je ne suis plus que gémissements lorsqu'il se retire et s'allonge sur le dos.

- Chevauche-moi.

Sa voix est rauque, tremblante de désir. Je sais ce qu'il fait : il me laisse les rênes.

Je monte sur lui et je prends son sexe dans ma main. Il est long et épais, mais cette position me permet d'avoir le contrôle de la pénétration. Mon cœur bat la chamade tandis que je m'empale sur son membre centimètre par centimètre jusqu'à ce qu'il soit entièrement en moi. Je reste figé pendant un instant pour m'habituer à la sensation d'étirement.

Gray me laisse aller à mon rythme. Son regard encourageant me fait fondre et je commence à bouger doucement mon bassin.

- Putain, crie-t-il en plantant ses ongles dans mes hanches pour m'empêcher de bouger davantage. Parle-moi de ta grand-mère.

- Quoi ? Maintenant ?

- Oui, maintenant, s'étouffe-t-il, parce que je ne sais pas si on te l'a déjà dit, mais tu es plus étroit que – argh – ok, c'est pas le moment de penser à ça. Comment elle t'appelle ta mamie déjà ?

- Euh, p'tit dragon ! je dis en faisant tout mon possible pour ne pas rire.

- Pourquoi ce surnom ? demande-t-il d'une voix rauque.

- Parce que j'étais passionné par la légende d'Igneel, le dragon de feu, quand j'étais petit. C'était mon histoire préférée.

Le front de Gray est couvert de sueur et sa respiration est saccadée, mais il n'est pas le seul dans cet état. La pression dans mon membre est presque insoutenable. Soudain, il expire longuement.

- Ok, ça va, dit-il en me souriant. Tu as la permission de poursuivre.

Je soulève mon bassin et je retombe sur lui si fort que l'on crie tous les deux.

Ce degré de désir est nouveau pour moi. Je le chevauche rapidement, aussi fort que possible, mais ce n'est toujours pas assez. Il me faut plus, et plus, et plus encore, et je me penche pour l'embrasser sauvagement. Ma bouche glisse le long de sa mâchoire pour parcourir son cou. Sa peau est brûlante et il gémit plus fort alors que je mordille son épaule. Son cœur bat la chamade sous mon torse, et lorsque je relève la tête, je suis fasciné par son expression fiévreuse et ses yeux voilés. Je suis tellement concentré sur lui que je ne sens même pas mon orgasme venir. Je gémis bruyamment alors que j'éjacule sur mon ventre et le sien, choqué par ce qui m'arrive.

Gray caresse mon dos tandis que je cherche mon souffle et que mes muscles se contractent autour de son sexe.

- Natsu... putain, Bébé... oui, grogne-t-il en plantant ses ongles dans mes omoplates.

Je n'ai toujours pas retrouvé ma respiration quand il prend le contrôle en me pénétrant vite, et fort, me remplissant encore et encore. Puis il met un dernier coup de bassin en grognant. Ses traits se tendent et il fronce les sourcils, comme s'il souffrait, mais je sais que ce n'est pas le cas. Je l'embrasse de nouveau dans le cou et je marque sa peau tandis qu'il tressaille sous moi.

Lorsque l'on se calme un peu et que Gray a jeté le préservatif, il s'allonge derrière moi et me plaque contre lui. Il caresse mon ventre tendrement comme s'il avait fait ça toute sa vie. Je sens ses lèvres dans ma nuque, et je crois que je ne me suis jamais senti aussi en paix avec moi-même.

- Tu dors ici ? murmure-t-il.

- Je ne peux pas, je dois ramener la voiture de Tracy.

- Dis-lui qu'elle a été volée, je témoignerai.

- Impossible, elle me tuerait, je dis en rigolant.

Gray appuie sa joue contre la mienne et frotte sa demi-érection contre mes fesses en soupirant joyeusement.

- Tu as le plus beau cul de la planète.

Je ne sais pas comment nous en sommes arrivés là. J'ai l'impression que c'était hier que je lui disais d'aller se faire voir. Et maintenant, je suis en train de lui faire des câlins au lit.

- Eh, dit-il après un long silence. Tu ne travailles pas le vendredi soir, si ?

- Non, pourquoi ?

- On joue contre Harvard, demain. Peut-être que tu pourrais venir voir le match ? demande-t-il d'une voix hésitante.

J'hésite aussi, car j'ai l'impression de ne plus rien maîtriser. Ce soir, je lui ai raconté des choses que je n'ai jamais dites à personne, et je suis persuadé que très peu de gens sont au courant pour son père également. Cependant, je n'ai pas envie de lui demander ce que tout ça signifie. J'ai peur de trop analyser la situation.

- Tu peux prendre ma Jeep, ajoute-t-il. Je n'en ai pas besoin parce que je prends le bus avec le reste de l'équipe.

- Je peux emmener Erza ?

- Bien sûr, dit-il en m'embrassant l'épaule. Emmène qui tu veux, ça nous fera du bien d'avoir des supporters, les matchs à l'extérieur sont toujours nuls parce qu'il n'y a personne pour nous encourager.

Une petite boule dans ma gorge que je ne m'explique pas se forme dans ma gorge et je déglutis plusieurs fois pour la faire partir.

- Ok, ouais... je suppose que je peux venir.

Nous redevenons silencieux. Tout à coup je sens quelque chose de dur contre mes fesses et j'éclate de rire.

- Tu es sérieux mec ? Encore ?

- Tu m'as appelé comment l'autre jour ? Précoce ? demande-t-il en riant.

Je ris toujours en me tournant pour m'allonger sur lui.

- Deuxième round ? je chuchote.

- Avec plaisir, susurre-t-il contre mes lèvres.