Chapitre 31:
Déambulant sur les booms et les claps des Fatal Picard et de leurs paroles totalement insensées, Mak riait au milieu de l'appartement de Kuzco, dansant avec ses amis alors que la tequila, chose qui les liait tout particulièrement, leur avait déjà bien lustré les dents.
Enfin, les vacances d'Avril, les dernières avant le bac, touchaient à leur fin. Les projets d'Art étaient bouclés, les fiches de révisions préparées et tous les adolescents, bons élèves ou pas, se shootaient aux pilules de rescue à base de fleurs de Bach pour évacuer le stress qui commençait déjà à pointer le bout de son nez.
Dans un mois environ, tout ceci serait terminé. Adieu le lycée, les cours, la cantine, les surveillants, le bruit dans les couloirs, les profs… Bientôt, leur adolescence et tout ce qui va avec allait être derrière eux. C'était étrange, excitant, presque terrifiant en fait… Quelque part, ils n'étaient encore que des enfants qui allaient bientôt quitter un monde familier pour en découvrir un autre dont ils ne connaissaient rien.
Que voulez-vous faire plus tard ? Leur demandaient souvent leurs différents professeurs. Aucun n'en avait une idée précise à vrai dire. Kuzco, plus chanceux que les autres, n'avait pas eu à choisir, et allait sans doute reprendre l'entreprise de son père, même si cela ne l'enchantait guère. Ralph, lui, voulait bosser dans le jeu vidéo. Passionné de gaming, le poste lui importait peu tant qu'il restait dans cet univers surréaliste et décalé qui lui plaisait tant. Il pensait d'ailleurs qu'il pouvait bien passer le reste de sa vie à tenir une salle d'arcade qu'il saurait s'en contenter. Esméralda espérait retourner à Paris et intégrer une école de danse, jurant que Notre-Dame lui manquait beaucoup trop.
Alice, elle, perpétuellement rêveuse, désirait plus tard être capable d'ouvrir son propre café-littéraire. Elle imaginait un endroit un peu fou où l'on pourrait lire des histoires extravagantes en sirotant une tasse de thé. Elle nommerait ce lieu "Le terrier du lapin blanc". Elle se plairait à noter "mangez-moi" sur les boîtes de gâteaux qu'elle vendrait, pour le simple plaisir de faire sourire les clients qui seraient assez fous pour goûter au petit monde étrange qui était le sien.
Et Mak… Mak n'avait toujours pas une foutue idée de ce qu'elle pourrait faire de sa vie. Depuis la mort de son père, la jeune fille se contentait de survivre comme elle le pouvait. Alors, mener une vie pleinement en préparant un avenir certain était une chose à laquelle elle n'avait jamais vraiment réfléchi. Que se passerait-il dans un an, dans deux ans, dans cinq ans ? Où serait-elle ? Avec qui ? Elle se plaisait à penser que la seule certitude qu'elle avait, est que dans tous les cas, elle serait avec Elsa.
Se réveiller avec Elsa, un appartement avec Elsa, peut-être un chien avec Elsa tiens pourquoi pas… Remarque, si on prenait en compte la relation que sa petite amie entretenait avec son chat, avoir un animal de compagnie ne semblait pas être une idée des plus judicieuses…
Oui, bientôt, il faudrait qu'elle se mette à penser à tout ça très sérieusement. Surtout, dans l'absolu, s'efforcer d'obtenir ce maudit diplôme. Ces dernières semaines, les élèves avaient enchaîné les examens blancs… et ce qu'on pouvait en retenir, c'est que Mak était à présent surentrainée pour son bac de philo. Car, un peu craintive depuis que son élève lui avait fait un hors-sujet et avait récolté un joli 7, Elsa ne la lâchait plus et lui faisait revoir les copies qui valaient une note en dessous de 15 en dehors des cours. Autant dire que Mak travaillait donc deux fois plus que ses camarades. Et même si elle comprenait pourquoi Elsa faisait ça, elle devait avouer que parfois, elle se disait que sortir avec l'un de ses professeurs n'était pas facile tous les jours. Elle savait pourtant que si elle foirait la philo, son bac serait perdu… dans quel cas, elle ne pourrait espérer qu'une minable potentielle survie au rattrapage.
Mais pour l'heure, et surtout pour fêter la fin de ces dernières vacances, Kuzco avait eu l'idée, comme souvent, d'une soirée arrosée, très arrosée.
Et, ironie du sort, à travers les enceintes, le chanteur des Fatal Picard endossait dans cette chanson le rôle d'un professeur excédé par la stupidité de ses élèves.
Mak souriait alors que toutes ses pensées se tournaient vers Elsa en écoutant ces étranges paroles. Et alors que Kuzco, complètement défoncé, gesticulait devant elle, elle attrapa le poignet d'Alice et, un peu taquine, jouant les cupidons du dimanche, invita d'une pression son amie à prendre sa place pour continuer la danse déjantée avec le jeune homme. Elle les vit rougir alors que leurs regards se fuyaient. Heureuse de sa petite arnaque, elle sourit malicieusement et fila rapidement se cacher aux toilettes.
Enfin tranquille, elle sortit son téléphone de sa poche, tenta d'organiser ses pensées alcoolisées et tapa un message rapide qui, elle le savait, agacerait son professeur comme elle aimait tant le faire.
Elsa, assise à la grande table de son salon, soupirait en griffonnant la copie de l'un de ses élèves. Le bac approchait et certains n'étaient pas prêts, mais pas prêts du tout…
Anna, non loin d'elle, regardait un film sur son ordinateur, affalée sur son canapé, Joséphine en boule près d'elle.
- Tu t'en sors ? Demanda Anna en l'entendant soupirer.
- Hm, hm… répondit Elsa en mordillant le bout de son stylo sans véritablement prêter attention à la rouquine, bien trop concentrée sur sa tâche.
Anna, qui avait appris depuis longtemps qu'il ne fallait pas déranger sa sœur quand elle travaillait, se contenta de cette réponse et reprit le visionnage de son film.
Pourtant, se fichant pas mal de cette loi, le portable d'Elsa vibra sur la table. L'enseignante fronça les sourcils, soupira de nouveau, et déverrouilla son écran. Elle ne comprit pas le message immédiatement.
De : Blue.
Madame Lange, bonsoir.
Écoute La sécurité de l'emploi, des Fatal Picard, ça m'a fait penser à toi.
Tu me manques.
Ps : Ne travaille pas trop.
Elsa sourit, adoucie par l'attention de sa copine, puis fronça les sourcils avant de demander :
- Tu connais les Fatal Picard ?
Anna mit son film en pause en répondit :
- Un peu, c'est un groupe de punks à l'humour carrément décalé, répondit Anna en se souvenant vaguement que Kristoff lui avait déjà fait écouter quelques chansons de ces gars. Pourquoi ?
- Mak a pensé à moi en écoutant l'une de leurs chansons apparemment, fit savoir Elsa sans vraiment être certaine de quoi elle parlait.
- Ah oui, sourit Anna, peu étonnée que Mak écoute ce genre de musique. C'est sûrement La sécurité de l'emploi, devina-t-elle.
- Tu connais ce truc, toi ? S'étonna Elsa. Et quel est le rapport avec moi ?
- Attends, ordonna Anna en souriant, pianotant rapidement sur le clavier de son ordinateur.
Elsa patienta jusqu'à ce que quelques notes s'échappent de l'ordinateur de sa sœur.
Ils sont marrants cette année
C'est difficile de deviner dès la rentrée
Lequel se fera arrêter pour les scoots qu'il aura piqué, lequel sera incarcéré pour avoir trop dealé
Moi en bon prof, j'suis préparé
Un peu de maths et de français, du Kick-boxing, du Karaté
Tant pis pour la Géographie, ce qu'ils connaissent de l'Italie
C'est juste vaguement les spaghetti et Rocco Sifredi
Commença le chanteur, se moquant volontairement de ces lycéens qu'il ne comprenait pas, plaçant ici le professeur comme un être surmené à plaindre.
Au programme de cette année
En français faudrait arriver à lire tout un livre en entier
Mais même Dan Brown et Marc Lévy y a plus d'100 mots d'vocabulaire
On sera toujours à lire la préface même après l'hiver
Elsa sourit à ces paroles qui définissaient plutôt parfaitement ce qu'elle ressentait, rarement c'est vrai, mais parfois tout de même, à l'égard de certains de ses élèves.
- Elle te connait bien quand même, fit remarquer Anna en voyant sa sœur se laisser attendrir par cette chanson.
- Je dois l'avouer, oui, répondit distraitement Elsa en ne sachant pas si elle pouvait se permettre de passer un coup de fil rapide à l'adolescente.
Anna, qui avait deviné la guerre intérieure qui étreignait sa sœur, relança son film, et soupira :
- Appelle-la, t'en crève d'envie.
Elsa rougit quelque peu et se laissa finalement avoir.
Mak s'était finalement retirée dans la salle de bain. La jeune fille se lavait les mains alors que quelques effluves de tequila lui montaient encore à la tête.
Alors que l'eau se faufilait entre ses doigts, elle observait ses yeux quelque peu inconscients dans le miroir accroché sur le mur carrelé en face d'elle.
Une vraie gueule de camée… pensa-t-elle, presque amusée, alors qu'elle n'avait retouché un joint depuis qu'Elsa était revenue.
Là-dessus, elle était comme son frère. Les enfants avaient la gueule de l'emploi, portaient sur leurs visages, des traits de tête brûlée, de faux-jetons… on le lui avait bien assez souvent répété. Les yeux, elle savait que ça venait de leurs yeux. De ce regard insolent qu'ils tenaient de leur père, véritable marque de fabrique des Lichtenstenner. Le caractère lui, qui complétait à merveille ce cocktail mortel, venait de leur mère. Avec les gènes de leurs deux parents réunis, les enfants Lichtenstenner n'étaient autre que des bombes à retardement, et nombre de professeurs en avaient déjà fait les frais.
Une vibration dans la poche de la jeune fille la fit sursauter. Elle grogna en se séchant rapidement les mains, et fut surprise de découvrir un appel d'Elsa. Sans hésiter, elle répondit :
- Je te manque tant que ça ? Sourit-elle en approchant l'appareil de son oreille.
- Ne te méprends pas, je voulais seulement savoir si tu ne faisais pas trop de bêtises, se défendit Elsa, se souvenant vaguement que son élève lui avait déjà parlé de cette soirée de fin de vacances.
- Alors, il se pourrait que j'aie un peu bu, avoua l'adolescente en essayant d'articuler correctement.
- Hm, hm, ça ne s'entend pas du tout, ironisa Elsa, un rire au bord des lèvres, se maudissant d'être le professeur de cette jeune fille et de ne pas pouvoir assister à ça.
- Juste un petit verre de trop, mais je ne sais pas lequel, déclara Mak avant d'éclater de rire.
- C'est ça le problème avec le verre de trop, on ne sait jamais lequel c'est…Lichtenstenner, que vais-je faire de vous ? Soupira Elsa en se pinçant l'arête du nez, souriant malgré tout.
- J'ai bien quelques idées en tête, mais ça ne sera pas techniquement possible, à moins que tu ai le pouvoir de te téléporter, répondit Mak, du tac au tac, faisant rougir son professeur bien plus que ce qu'elle ne le pensait.
- Tu es beaucoup trop honnête quand tu as bu, rit Elsa, surprise d'entendre ces mots dans la bouche de sa petite amie, d'ordinaire plutôt pudique.
- Oh ça va, ne sois pas rabat-joie ! Grogna Mak en laissant pourtant échapper un rire de ses lèvres.
- Je ne suis pas rabat-joie, je préserve les oreilles innocentes de ma sœur, contre-attaqua Elsa, imperturbable.
Si elles avaient été seules, elle aurait pu donner suite à ce jeu, mais pour l'heure, c'était hors de question.
- Eh ! Mes oreilles ne sont pas innocentes ! Intervint Anna qui détestait le fait qu'on parle d'elle comme si elle n'était pas là alors qu'Elsa lui intimait de se taire.
- Haha, ça en dit long sur elle, rit Mak qui avait bien entendu la voix stridente de la rouquine.
- Alors comme ça cette chanson t'a fait penser à moi ? Demanda l'enseignante, tentant maladroitement de garder un semblant de contrôle sur la conversation.
- Un professeur qui râle sur le fait que ses élèves sont des sales gosses ? Oui, ça te correspond plutôt bien, répondit l'adolescente en s'asseyant sur le rebord de la baignoire.
- Je n'ai jamais pensé que tu étais une sale gosse ! S'indigna Elsa.
- Même quand je t'ai traité de connard alors que tu as failli m'écraser ? Provoqua Mak.
- … Hormis cette fois-là, avoua Elsa après un silence. Mais pour ma défense, je ne te connaissais pas encore.
- C'est ça, rattrape-toi…taquina Mak.
- Tu ne veux pas me raconter ta soirée au lieu de me faire un procès ? Grogna l'enseignante, s'attirant un rire de la part de son élève.
- Attends, je me renseigne, annonça sérieusement l'adolescente, faisant sourire son professeur.
Mak ouvrit la porte de la salle de bain, pencha légèrement la tête pour avoir vue sur le salon et fut surprise de trouver, Alice et Kuzco, dansant l'un contre l'autre alors qu'Esméralda et Ralph enchainaient encore des takepaf.
- Putain je crois qu'on peut noter un fucking rapprochement entre Alice et Kuzco… chuchota-t-elle, n'en revenant pas.
- Alice et Kuzco sortent ensemble ? Demanda Elsa, se surprenant à s'intéresser à la vie secrète de ses élèves.
- Non, c'est ça le problème. J'y travaille.
- Comment ça, tu y travailles ? Rit Elsa, étonnée que son élève se découvre une passion d'entremetteuse. Tu ne peux pas te mêler de tes affaires, non ?
- Kuzco est un bouffon qui ne voit pas ce qu'il loupe, alors non, je ne peux pas. Et venant d'une accro aux potins comme toi, je te trouve bien mal placée pour parler, signala l'adolescente en voyant de loin que ses deux amis avaient cessé de danser pour simplement se regarder.
- Tu recommences à faire mon procès, jeune fille, gronda Elsa.
- La faute à l'alcool, désolée, s'excusa rapidement Mak.
- Hm, l'alcool à bon dos, répliqua Elsa.
- Embrasse-la, putain… grinça Mak à l'attention d'un Kuzco qui ne l'entendait pas.
- Il l'a embrassé ? Demanda Elsa.
- Pas encore, répondit Mak. Il n'en est pas loin, remarqua-t-elle tout de même. Mais, il n'aura jamais le courage ce soir, soupira-t-elle enfin en voyant Kuzco se défiler et abandonner Alice pour choisir une nouvelle playlist.
- Dommage, répondit sincèrement Elsa. Depuis quand ils se tournent autour ?
Mak entra de nouveau dans la salle de bain, ferma la porte derrière elle, s'assit sur le bord de la baignoire et répondit :
- Depuis toujours, je crois.
- Laisse-leur un peu de temps, conseilla Elsa. Et puis le bal du lycée arrive, j'imagine qu'un miracle peut arriver…
- Tu es toujours obligée d'y aller ? Demanda Mak se souvenant de ce détail.
- Evidemment… Weselton est formel, soupira Elsa.
- Elsa si c'est ce qui t'inquiète, je ne ferais rien qui puisse te mettre dans la merde… Se sentit obligée de préciser l'adolescente.
- Eh, je sais, arrêta immédiatement l'enseignante. C'est juste… elle hésita, je sais que c'est un jour important dans la vie d'un lycéen… avoua-t-elle en espérant que Mak comprenne d'elle-même.
- Ma belle, j'ai bu, tu ne veux pas me dire clairement où tu veux en venir ? Demanda Mak en se frottant les yeux alors que sa tête tournait un peu.
- J'aurais aimé ne pas être forcée d'ignorer ma copine à son bal de lycée, avoua soudainement Elsa, un peu amère. J'aurais aimé pouvoir t'offrir au moins ça…ne serait-ce qu'une danse, termina-t-elle en un murmure, accablée par la culpabilité.
Un silence passa, si bien qu'Elsa se demanda si Mak n'avait pas raccroché sans qu'elle ne s'en rende compte.
- Idiote…entendit-elle pourtant. Alors sache que l'alcool me rend sûrement très faible, rit Mak en tentant de réfléchir à ce qu'elle disait. Mais, tu penses vraiment que ça m'importe, sérieusement ?
Elsa, surprise, ne répondit pas. Mak reprit :
- Elsa, tu m'offres tellement plus que ça, quand vas-tu le comprendre ?
- Mis à part des rendez-vous clandestins dans mon appartement, je ne vois pas ce que je t'offre de bien palpitant… répondit l'enseignante, peu convaincue.
Mak fronça les sourcils. Il était étrange pour elle de se confronter aux états d'âme de son professeur, il est vrai qu'elles n'en parlaient jamais. La jeune fille, consciente que son professeur, pour une fois, semblait avoir besoin d'être rassurée, inspira profondément, remettant ses idées en place, et commença :
- Alors écoute, étant donné que je commence à être sacrément faite, je vais essayer d'être claire et concise. Excuse-moi par avance, mais je n'ai aucun filtre quand j'ai bu, et quand bien même, je n'ai besoin d'aucun filtre pour te dire que je n'en ai strictement rien à foutre de ce bal à la con et de la potentielle danse que tu aurais pu m'offrir, annonça-t-elle d'une traite. Je ne suis pas avec toi pour une danse ou pour une sortie au cinéma, pour un bon restaurant ou je ne sais quelle autre connerie. Je ne suis avec toi, que pour toi. Et tant que ça, tu pourras me l'offrir, je saurais m'en contenter. Peu m'importe que ta sœur soit une psychopathe, que ton chat soit une vraie teigne, que je doive t'observer sans te toucher durant toute cette soirée merdique. Je t'attendrai, déclara-t-elle sincèrement. Quoi qu'il arrive, je t'attendrai. Je n'arrive pas à croire que je sois en train de dire un truc aussi fleur bleue, mais je t'ai toujours attendu, alors franchement si je dois supporter ça encore une soirée, je m'en branle. Et oublie tes idées de merde, je me fiche qu'on soit obligé de se cacher, je me fiche d'être un secret si c'est pour te protéger. Je te veux, toi, et tout le bordel que ça implique, termina-t-elle, heureuse d'être parvenue à exprimer, pour une fois, ce qu'elle ressentait.
Merci l'alcool, pensa-t-elle.
Elsa ne répondit pas tout de suite, bien trop touchée par ces mots qui venaient de l'achever, ces mots qu'elle avait tant besoin d'entendre et que Mak lui avait délivrés avec tant de sincérité que l'enseignante tombait à présent dénue.
Le silence dura, si bien que Mak se sentit obligée d'ajouter :
- Je suis désolée, j'ai pas du tout été claire et concise…
- Tu as été parfaite… murmura Elsa qui tentait de remettre un peu d'ordre parmi toutes les émotions qui l'avaient traversé. Merci Lichtenstenner…
- A votre service, votre Altesse, sourit Mak, heureuse de voir que son professeur avait compris le message qu'elle tenait tant à lui faire passer.
L'adolescente aurait voulu lui parler encore, lui rappeler à quel point elle l'aimait, mais des coups à la porte l'en dissuadèrent.
- Bah alors Litchi ? Tu t'es foutu en veille ou quoi ? Rit Kuzco derrière la porte de la salle de bain.
Mak sursauta, grogna et répondit :
- Et ta connerie, jamais elle se fout en veille, hein ? J'arrive.
Le jeune homme rit avant de s'éloigner.
- Ce que tu peux être vulgaire quand tu as bu, rit Elsa, se disant qu'elle aurait pu tenir une liste de toutes les injures que sa petite amie avait utilisé depuis le début de leur conversation.
- Ça t'étonne ?
- Pas vraiment, non, avoua-t-elle.
- Il faut que j'y aille, soupira Mak.
- Je sais, j'ai entendu. Fais attention à toi, d'accord ?
- Toujours, assura l'adolescente en pensant raccrocher.
- Et, Lichtenstenner ?
- Hm ?
- Tu me manques aussi, charma l'enseignante avant de raccrocher alors qu'un sourire niais se dessinait sur le visage de son élève.
Mak soupira en pensant qu'elle rêvait à présent de profiter de sa petite amie et se leva en s'étirant longuement, peinant à rester debout.
Après quelques pas chancelants, elle arriva dans le salon et trouva ses amis, complètement déglingués par la téquila, qui gesticulaient sans vraiment y penser sur une musique quelque peu plus douce que les précédentes.
Alice, qui supportait l'alcool encore plus mal que les autres, bien plus habituée à boire du thé, sourit en voyant la jeune fille aux cheveux bleus.
- Litchi ! Appela-t-elle, des étoiles dans les yeux, avant de s'accrocher à son cou et de lui offrir une étreinte bien maladroite.
Mak sourit en voyant sa meilleure amie se comporter ainsi et enroula ses bras autour de sa taille en une étreinte réconfortante, l'empêchant presque de tomber. Les deux amies, qui se voyaient trop peu ces derniers temps, profitèrent de ce moment, partagèrent cette danse, un peu à côté de la plaque et même à côté du monde. Alice cacha son visage dans les cheveux bleus en fermant les yeux, se laissant aller contre ce corps pour lequel elle vouait une totale confiance.
Mak se laissa attendrir et déposa un baiser sur la tête blonde. Ces moments de complicité avec Alice étaient rares, mais ils avaient toujours existé. Elles avaient toujours fonctionné ainsi. Elles se parlaient peu, ou alors à demi-mot et savaient respecter les silences de l'autre. Mais ainsi, elles n'avaient finalement pas besoin de grand discours pour se comprendre.
Et comme Mak connaissait Alice par cœur, elle attendit simplement que celle-ci lui confie ses tourments.
Et comme Alice savait que Mak était digne de l'écouter, elle murmura à son oreille :
- Comment tu as fait ?
- Comment j'ai fait quoi ? Demanda Mak alors que leurs pieds bougeaient au rythme de la musique et qu'elles profitaient seulement de l'odeur de l'autre.
- Avec ton crush, comme tu as fait ? Demanda timidement la blonde en posant sa tête sur l'épaule de son amie.
Mak rit silencieusement à ce souvenir et répondit sincèrement :
- Je l'ai embrassé sans lui laisser le choix.
- Comment veux-tu que je trouve le courage de faire ça… ? Soupira Alice en grognant contre l'épaule de Mak.
- Pas besoin de courage, répondit Mak en haussant les épaules. Il faut juste arrêter de réfléchir et être stupide. Et puis, quelque chose me dit que ton baiser te sera rendu, précisa-t-elle tout de même.
- Tu crois ?
- Oui, je crois, assura l'adolescente.
- Ta copine, elle t'a rendu ton baiser ? Demanda Alice en notant qu'elle ne connaissait toujours pas ne serait-ce que le prénom de cette mystérieuse inconnue.
Si tu savais… Pensa Mak.
- C'est compliqué, mais ouais, on va dire ça.
- Je la connais ?
- Non, répondit immédiatement Mak, qui peinait maintenant, après ces nombreux mois, à continuer à mentir à ses amis.
- Elle a quel âge ?
- Secret, répondit seulement l'adolescente en comprenant pourtant la curiosité d'Alice.
- Elle habite à Arendelle ?
- Secret.
- Elle est jolie ?
- Très jolie, sourit Mak.
- Tu ne voudrais pas au moins me dire comment elle s'appelle ? Demanda Alice, à deux doigts d'en faire un caprice.
Mak réfléchit, hésita une seconde. Un prénom, après tout, ça n'engageait à rien…
- Tu promets de le garder pour toi ? Demanda l'adolescente en tendant son petit doigt devant Alice.
Alice lia son petit doigt à celui de Mak et assura :
- Qu'on me coupe la tête si je romps ma promesse.
Mak sourit, elle savait qu'elle pouvait lui faire confiance.
- Elle s'appelle Elsa.
- Elsa ? Je ne connais personne qui s'appelle comme ça… réfléchit la blonde, presque boudeuse en posant de nouveau sa tête sur l'épaule de Mak.
- C'est pour ça que je t'ai dit que tu ne la connaissais pas, sourit Mak en rendant l'étreinte alcoolisée que lui offrait son amie.
- Si elle te brise le cœur, j'irai moi-même lui casser la gueule, prévint la blonde en s'assoupissant presque.
Mak rit de bon cœur en imaginant déjà la scène d'une Alice survoltée face à une Elsa pas du tout impressionnée. Alors, profondément touchée, elle ne prit pas la peine de répondre, consciente que les mots étaient inutiles, et profita seulement de cette danse.
Enfin, nous y étions, la dernière rentrée avant le bac. Il ne restait que quelques mois. Dans deux mois en réalité, tout ceci serait terminé.
Dans deux mois, Mak pourrait vivre une histoire avec Elsa sans avoir à se cacher. Leur relation ne serait plus un sale petit secret. Deux mois…en comparaison de ce qu'elles avaient vécu depuis Noël, c'était tellement rien…
A présent, ce n'était plus qu'une question de patience.
Ce fut donc l'âme sereine qu'Elsa se gara devant le lycée. Deux petits mois, et elle serait enfin en vacances. Être prof avait définitivement ses avantages. Deux petits mois, et elle pourrait profiter de Mak librement et entamer la liste de toutes les choses qu'elle rêvait de faire avec elle.
L'enseignante, comme toujours avant tous les élèves, sortit de sa voiture et se dirigea vers le portail du lycée.
Là, elle fut surprise et ravie de trouver Olaf.
- Hey, heureuse de voir que tu as repris les commandes de l'entrée ! Sourit-elle.
L'homme rit à la remarque se gratta l'arrière de la tête, soulagé d'avoir retrouvé l'usage de son bras depuis quelques temps, et répondit :
- Oui, il semblerait que Madame Yzma n'ait pas vraiment apprécié que Weselton filtre les entrées. Et de toute façon, ce vieux fou est trop occupé avec le bal, alors je reprends mon job ! Sourit-il, fier.
- Ne me parle pas de lui, je n'en peux plus, personne n'en peut plus, soupira Elsa.
- Je compatis, je t'assure, plaisanta Olaf. Et encore, ce n'est pas nous que cet enfoiré à envoyer en garde à vue. Rider m'a raconté. C'est cool ce que tu as fait pour Lichtenstenner.
- Garde le pour toi je t'en prie, soupira Elsa, plus amusée qu'autre chose. Lichtenstenner a eu de la chance, beaucoup de chance sur ce coup-là.
- Ne t'inquiète pas, ça restera entre nous. Elle est prête pour le bac ? Demanda le surveillant qui devait avouer qu'il ne s'était pas vraiment occupé du cas Lichtenstenner ces derniers temps.
- Elle a toujours été prête, assura Elsa. Il lui fallait seulement un petit coup de pouce.
- C'est bien, sourit Olaf. C'est une brave gamine, il aurait été dommage qu'elle se plante pour…il hésita, pensant au décès de son père. Enfin, tu vois…termina-t-il en fourrant ses mains dans ses poches.
- Oui je comprends, rassura Elsa. Mais elle va y arriver.
- Oui, c'est sûr, répondit-il un peu pensive. Quand je pense que j'ai cru qu'elle s'envoyait en l'air avec toi, rit-il en passant une main sur son visage. Les calmants pour mon bras ne me réussissaient vraiment pas.
Le cœur d'Elsa s'arrêta avant de se mettre à battre beaucoup trop vite. Venait-il vraiment de dire ça ? Non, elle avait mal entendu. Personne n'était au courant. Mak lui avait toujours assuré, juré que jamais personne ne serait au courant. Ses mains devinrent moites, sa gorge s'assécha d'un seul coup et une longue sueur froide lui traversa le dos.
L'enseignante ne sut comment, mais elle parvint à rester calme, et même à rire, à endosser un rôle qu'elle n'était pourtant pas du tout préparée à jouer.
- Tu as cru que je sortais avec Lichtenstenner ? Sourit-elle de manière indignée, pour être certaine qu'ils parlaient bien de la même chose. Mais qu'est-ce qui t'est passé par la tête ?
- Non, mais c'est stupide, rit encore Olaf alors qu'Elsa avait la sensation de mourir sur place. Il y a quelques mois, tu as ramené son sac alors qu'elle bossait. Je… non mais c'est vraiment con mais, je ne sais pas ce que je suis allé imaginer, je me suis monté tout un film, expliqua-t-il en reprenant son souffle sur à son fou rire. Je lui en ai parlé et elle m'a foutu la brasse de ma vie. En même temps, je la comprends, c'était complètement insensé.
Quelques mois…autrement dit, quand elle m'a quitté, capta Elsa avec regret.
- Insensé, oui, sourit Elsa. Franchement Olaf, m'enticher d'une gamine, vraiment ? Rit-elle. On dirait une mauvaise comédie romantique.
- Ouais, totalement, c'est ma nana qui me fait regarder ce genre de film, j'imagine que ça, plus mes calmants…mon cerveau a vrillé, plaisanta-t-il face à une Elsa en panique totale qui essayait désespérément de tenir le fil de cette conversation.
- Oh, tu as quelqu'un ? S'étonna Elsa, qui essayait maladroitement de changer de sujet.
- Ouais, Samantha, depuis 2 ans déjà, sourit amoureusement le surveillant. Et toi ?
- Non, personne, depuis peu. Rupture assez douloureuse, mentit Elsa alors que, prise de colère, elle se disait qu'elle ne mentait pas que ça, qu'elle venait déjà de quitter Mak mentalement au moins un million de fois.
