Chapitre 55 : Crossroad Feelings
La fin d'après-midi s'était déroulée à merveille pour Stiles et Isaac, enfin du moins jusqu'au retour de Derek.
À son arrivée, il avait trouvé les deux garçons se chamaillant comme des mômes, enchevêtrés l'un avec l'autre dans le canapé.
Il les observa quelques secondes sans qu'ils ne l'aperçoivent bien trop occupés à se battre joyeusement comme deux petits louveteaux s'entraînant à chasser ! Un sourire souleva les lèvres de l'homme à cette image. Ces deux-là avaient peiné à se lier, mais à présent leur complicité était attendrissante.
Au détour d'une nouvelle prise qui lui donna l'avantage, Isaac surplomba le corps de l'humain, à califourchon sur ses hanches.
Ce n'est qu'alors qu'il se rendit compte de la présence de l'adulte. Aussitôt, un éclat d'effroi traversa son regard avant qu'il ne se relève précipitamment. Debout devant le sofa, il semblait attendre que la foudre s'abatte sur lui.
Le fils du shérif fut déconcerté par le changement brutal d'attitude de son ami. Suivant la direction du regard de ce dernier, il rejeta la tête en arrière avant d'arrimer ses iris miel étincelants de malice à ceux de son amant.
Le tableau était risible.
Avisant la crainte de son protégé, Derek camoufla son sourire, bien décidé à les taquiner un peu. Il avait beau être adulte, il avait bien besoin de décompresser un peu après cette journée tout bonnement harassante. Il n'avait pas levé le pied une seule seconde, enchaînant les mesures, traçant des croquis et des schémas qui lui serviraient à l'élaboration de ses futurs plans. Le plus dur avait été de se plonger sans réserve dans les souvenirs de son passé qu'il avait mis sous verrou depuis si longtemps. Ne restait plus qu'à être convaincant...
Heureusement pour lui, il n'avait même pas besoin de parler — jouer la comédie de façon crédible n'était pas dans ses cordes — il lui suffisait juste de feindre la colère. Rien de plus simple !
Il inclina la tête de droite puis de gauche, laissant la transformation opérer avant de pousser un hurlement de fureur feinte.
Stiles, qui n'avait pas bougé jusque-là, se redressa précipitamment.
— Ok, Derek, c'est pas du tout ce que tu crois !
Ces petits cons étaient vraiment paniqués ! Était-il réellement jaloux à ce point ?
Il fut incapable de se contenir plus longtemps. Son rire, rendu rauque du fait de la métamorphose, emplit l'air, laissant les deux adolescents sous le choc.
La stupeur passée, ils expirèrent avec soulagement, relâchant la tension dans leurs muscles tandis qu'ils se remettaient de leur frayeur !
— J'arrive pas à croire que tu… Attends ! Mais c'était une sorte de blague ?
Derek leva les yeux au ciel face à l'air éberlué de son humain. Il était capable de faire de l'humour, il ne fallait pas non plus exagérer !
Il ferma les yeux, détendant les muscles de ses épaules afin de retrouver apparence humaine.
C'était sans compter sur l'effervescence du fils du shérif qui se précipita dans ses bras en plein milieu de son humanisation.
— Mon Fluffy ! Je suis si fier de toi !
L'ancien alpha ne put compter que sur ses réflexes pour rattraper au vol son compagnon qui lui avait littéralement sauté au cou, le prenant au dépourvu au moment où il était le moins attentif.
Il fut cependant ravi de retrouver le corps de son compagnon, aussi, il n'hésita pas une seconde avant de refermer ses mains sur la taille du lycéen. Ce dernier profita de l'effet de surprise pour l'embrasser avec une passion gourmande, enroulant ses jambes autour des hanches du loup-garou pour affermir sa prise.
— Prenez une chambre ! Oh merde… Je suis vraiment foutu… Je commence à parler comme Lydia !
L'intervention sortit le couple de la bulle dans laquelle ils s'étaient enfermés. Ils n'eurent pas le temps de réagir que le louveteau disparaissait déjà dans sa chambre.
Quelques secondes à peine plus tard, il repointait le bout de son nez, écouteurs sur les oreilles, il se dirigea sans attendre vers la sortie tout en enfilant sa veste.
— Où tu vas ?
Stiles avait conscience d'être inquisiteur, mais il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour son ami. D'autant plus si son comportement était à l'origine de ce départ précipité. Il avait beau être accro à son loup, Isaac était chez lui. Stiles n'avait aucune envie que son frère de meute se sente de trop dans son propre foyer.
— J'ai une fille à reconquérir !
Le lycéen ponctua ses mots d'un sourire étincelant auquel s'ajouta un clin d'œil proprement arrogant avant de fermer la porte à galandage derrière lui tandis que le rire amusé du fils du shérif lui répondait ! Voir le bêta déterminé de la sorte faisait plaisir à voir.
— Je suis content qu'il ait repris du poil de la bête.
Le rire que Stiles amorça suite à son jeu de mots, s'évapora quand il croisa les iris noircis de son amant qui l'observait avec gourmandise !
— Derek ! On n'a pas le temps… On doit patrouiller et…
— Tu n'oserais pas te refuser à moi, non ?
— Oui ! Enfin, je veux dire non. Non pas oui. Je veux dire, non, je ne te re…
Ses explications laborieuses furent étouffées par le sourire de son amant sur ses lèvres et il ne retint pas un gémissement de plaisir.
— J'essaie juste de me montrer responsable moi aussi, reprit-il quand Derek le libéra.
— Dis-moi non, Stiles !
Il le mettait au défi de sa voix vibrante d'envie tout en sachant pertinemment que l'adolescent en était incapable. Il n'attendit même pas une réponse, s'attaquant déjà au cou de son prisonnier frissonnant déjà sous ses dents. Son divin fardeau toujours entre ses bras, il les conduisit tous deux vers l'étage bien décidé à savourer à nouveau le plaisir qu'il avait découvert deux jours plus tôt.
Si leur première fois avait été entièrement magique, la seconde n'eut rien à lui envier. L'homme d'ordinaire bourru et froid devenait, entre leurs draps, douceur torride et tendresse enivrante.
Aucun d'eux n'auraient un jour imaginé qu'autant de plaisir pouvait exister. Ils ne pouvaient que subir les sensations intenses qui les submergeaient, les plongeant dans une ivresse paradisiaque. L'extase était toujours totale et dans un dernier râle de plaisir animal, ils décollèrent ensemble en direction du septième ciel.
— Tu m'as manqué.
Stiles n'avait pas honte de son triste aveu. Une seule nuit et un seul jour sans son partenaire et il ressentait déjà les effets négatifs du sevrage imposé ! Son cœur se serra quand Derek ne répondit pas aussitôt, trop occupé à tracer des lignes imaginaires sur sa peau, reliant quelques grains de beauté entre eux pour créer de nouvelles galaxies dont lui seul avait le secret.
Pendant une seconde, l'hyperactif se demanda si sa dépendance n'était pas déjà que trop extrême. Il avait toujours eu du mal avec les limites et ne connaissait pas la demi-mesure. Derek, lui, était quelqu'un de posé, d'équilibré même et, sur tous les fronts, bien plus adulte que lui.
Avec force, le lycéen se mordit la lèvre inférieure, se sentant tout à coup complètement ridicule. Noyé par la force de ses sentiments, il se sentait submergé, incapable de garder pied dans la raison et la réalité tant le courant de son désespoir était puissant et tumultueux.
Les doigts chauds et doux du loup se posèrent sur celle-ci, lui faisant desserrer la prise de ses dents sur la malheureuse qui affichait déjà une meurtrissure rougie suite à l'injuste attaque qu'elle avait subi. Il l'effleura délicatement du pouce, sourcils froncés comme s'il tentait de décrypter l'énigme qu'était son partenaire à ses yeux.
— J'ai encore fait quelque chose de mal ?
La voix du loup était profonde et tranquille comme chaque fois qu'ils étaient seuls. C'était un des aspects de sa douceur insoupçonnée qu'il n'exprimait qu'avec lui.
Leurs iris s'ancrèrent enfin et l'humain put y puiser la sérénité dont il avait besoin. Le sourire lui revint et tous ses doutes s'envolèrent instantanément.
— Non, tout va bien ! souffla-t-il comme une confidence.
Le visage du lycan s'illumina d'un sourire en réponse avant qu'il ne dépose un chaste et rapide baiser sur le nez du garçon.
— Tu m'as affreusement manqué aussi, niño !
Il n'en fallut pas plus pour que Stiles lui saute au cou et ne l'entraîne dans une nouvelle étreinte passionnée.
Après un troisième round sous la douche, le jeune Stilinski pouvait dire sans ressentir la moindre pudeur qu'il était comblé au plus haut degré. Il se sentait d'ailleurs fourbu et courbaturé comme après une séance de sport un peu trop intensive.
Ils n'avaient pas quitté le loft et leur ronde avait fini aux oubliettes… Il faudrait vraiment qu'ils se montrent plus assidus à l'avenir. Pourtant, ni l'un ni l'autre ne ressentaient le moindre regret à ce sujet.
— Isaac arrive.
Une serviette frictionnant ses cheveux, l'adulte lui offrait sa nudité en spectacle sans vergogne.
Stiles n'en perdait pas une miette, s'embrouillant dans le laçage de ses converses dont le rouge éclatant s'accordait parfaitement à celui des carreaux de la chemise qu'il portait ce jour-là.
Lydia lui avait dit un jour que le carmin était définitivement sa couleur… Et à la façon appréciatrice dont son loup le regardait, il ne pouvait que la croire.
L'adolescent se redressa avant d'avancer avec urgence vers l'homme aveuglé par la serviette sur son visage.
Il avait bien conscience qu'avec son ouïe surdéveloppée, le lycan pouvait anticiper son approche, cependant, celui-ci ne bougea pas, laissant à son compagnon l'occasion de faussement le surprendre.
Le jeune homme se hissa sur la pointe des pieds et captura les lèvres fines entre ses dents avant de glisser sa langue contre le palet chaud de son amant qui gronda de satisfaction.
D'un geste impatient, il jeta la serviette au sol pour enrouler ses bras autour du corps frêle qu'il ne cesserait jamais d'adorer. Sa langue se mêla et s'emmêla à l'intruse, la caressant lascivement, la taquinant voluptueusement, les faisant se mouvoir toutes deux dans une danse improvisée dont elles seules avaient le secret.
La lourde porte du rez-de-chaussée s'ouvrit avec fracas, claquant littéralement contre son rail métallique avant de se refermer tout aussi brutalement !
La bulle éclata définitivement et avec un échange de regard inquiet, le couple se sépara.
Stiles devança le propriétaire du loft — toujours nu — et dévala l'escalier en colimaçon dans un bruit assourdissant qui fit grimacer Derek.
Tandis qu'il enfilait un jean et un haut, il guetta l'échange qui avait lieu entre les deux lycéens.
De toutes évidences, la ronde de son protégé en compagnie de la banshee s'était mal passée.
En temps normal, Derek ne s'en serait pas mêlé. Les histoires de cœur d'Isaac ne le concernaient en rien. Pourtant, son ancien bêta avait été une épaule, un soutien, lorsque lui-même était au plus mal du fait de sa non-relation avec le fils du shérif.
En tant que loup-garou, il devait souffrir du même instinct de possession, de la même douleur d'être en froid avec sa compagne.
Lui qui avait pensé lui faire la surprise… Peut-être que le moment était venu de parler à son jeune colocataire de l'idée qu'il avait eu. Ce ne serait pas grand chose, mais… s'il pouvait lui remonter le moral, ne serait-ce que légèrement, il n'allait pas s'en priver !
— Elle ne veut plus me parler ! Il n'y a rien de plus à en dire, Stiles !
L'agacement d'Isaac était palpable. La colère était un sentiment volatile. Il était bien trop simple de la détourner de son destinataire d'origine. Et Stiles, malgré les yeux fauves d'Isaac, ne semblait pas réaliser le danger.
Isaac était encore jeune en tant que loup-garou, en un clin d'œil — et encore plus par amour ou par chagrin d'amour — il pouvait perdre le contrôle.
L'estomac de l'homme se contracta violemment, faisant monter la bile dans sa gorge tandis qu'une peur sans nom l'envahissait. Une peur qu'il n'avait que rarement connu auparavant. La même peur qui l'avait submergé quand Paige avait été en danger… Son instinct lui hurlait de protéger Stiles…
Ce dernier tourna le regard pour rencontrer le sien, comme s'il avait ressenti son trouble. Il secoua la tête de droite à gauche comme pour l'empêcher d'intervenir. Était-il si transparent ?
— Souviens-toi de ce que je t'ai dit. Ne baisse pas les bras au premier échec, tu…
— Non !
La colère d'Isaac fouetta l'air.
— Je te remercie pour tes conseils, Stiles, mais… Putain ! Je l'aime ! J'aime Lydia… Vraiment ! Comme jamais je n'ai aimé !
Il expira, les yeux clos avant de les rouvrir et de poser à nouveau son regard lupin sur l'humain qui ne broncha pas.
— Je sais que j'ai merdé ! Je comprends qu'elle m'en veuille, mais… Il y a d'autre chose que je ne peux pas accepter ! Quand Derek m'a mordu… Je me suis promis que je ne laisserais plus jamais personne m'imposer ma conduite et c'est ce que Lydia veut ! Je ne suis pas son putain de petit toutou !
Il secoua la tête de gauche à droite, la colère se transformant en peine à mesure qu'il l'exorcisait par les mots.
— Je suis persuadé que ça ne devrait pas se passer de cette façon. Elle me reproche d'avoir adressé la parole à Luna durant le cours de chimie ! Comme si j'avais demandé à Harris de la placer à côté de moi ! Et après quoi ? Elle va choisir qui je peux fréquenter ? Comment m'habiller ? Quoi manger ? Quand respirer ?
Il secoua la tête, plus désabusé que jamais. Ses yeux à nouveau bleu étaient brillants de larmes, mais orgueilleusement, il n'en laissa échapper aucune.
— J'ai agi comme un con, c'est vrai… Mais elle aussi à ses torts !
— Je sais.
Stiles ne pouvait que le lui concéder. Peut-être n'aurait-il pas dû conseiller son ami de se plier en quatre pour reconquérir la banshee. Elle avait beau avoir son caractère bien trempé, ce n'était sûrement pas judicieux de tout lui céder surtout pour construire une relation durable et saine.
Il approcha doucement, comme pour ne pas brusquer le jeune bêta, avant de poser sa main sur l'épaule du jeune homme.
Leurs regards se croisèrent à nouveau. Vert contre miel. Et tellement de non-dits s'échangèrent silencieusement que Derek ne put que sourire.
Il était fier de son petit-ami et plus encore, il aimait la complicité et l'amitié qui unissaient à présent les deux hommes les plus importants de sa vie.
— Tu as raison. Je n'aurais pas dû m'en mêler. Je reste persuadé que ce n'est qu'une crise dans votre histoire, mais il t'appartient de décider comment la surmonter.
Isaac hocha la tête en guise de remerciement, plus pour le soutien de son ami que pour ses mots. Il se mordit la lèvre inférieure avec force avant d'agripper l'humain presque brusquement pour se fondre contre lui. Des perles salées traîtresses cascadèrent sur ses joues sans plus de cérémonie, offrant sans retenu sa vulnérabilité comme ultime preuve de la confiance qu'il avait accordée au fils du shérif.
Dans ses larmes, Derek et Stiles pouvaient ressentir à quel point son amour pour la rouquine le faisait souffrir.
D'abord surpris de l'étreinte, L'hyperactif referma ses bras autour du corps puissant secoué de sanglots pour, maladroitement, le réconforter malgré son manque d'aisance face à cette démonstration violente d'amitié.
Scott resterait à jamais un frère pour lui, mais Isaac pouvait à présent prétendre au même titre que son ami d'enfance.
Silencieusement, il se promit qu'il parlerait à Lydia. Il refusait de rester à rien faire alors que ses deux amis souffraient de la situation.
— Quand vous aurez fini de vous câliner, j'ai une surprise pour toi, Isaac !
Tous deux se tournèrent vers l'adulte, épaule appuyé contre un pilier, bras croisé sur son torse et sourire mutin aux lèvres dans une posture assurément décontractée, mais foutrement sexy.
— Une surprise ? renifla son louveteau en s'essuyant les joues d'un revers de main.
— Que dirais-tu d'avoir ta propre voiture ?
