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LA DEUXIEME GUERRE COMMENCE
CELUI-DONT-ON-NE-DOIT-PAS-PRONONCER-LE-NOM EST DE RETOUR
Dans une brève déclaration faite à la presse vendredi soir, Cornelius Fudge, le ministre de la Magie, a confirmé que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom est revenu dans notre pays et qu'il y est à nouveau actif.
« J'ai le très grand regret de devoir confirmer que le sorcier qui s'est décerné à lui-même le titre de Lord – vous voyez qui je veux dire – est vivant et présent une fois de plus parmi nous », a déclaré Fudge, visiblement fatigué et ébranlé, devant les journalistes. « C'est avec un regret presque égal que je dois vous informer de la révolte massive des Détraqueurs d'Azkaban qui se sont montrés hostiles à la poursuite de leur collaboration avec le ministère de la Magie. Nous pensons que les Détraqueurs se sont à présent placés sous les ordres de Lord Machin. Nous demandons instamment à la population magique de rester vigilante. Le ministère publie actuellement des guides de défense élémentaire des personnes et des biens qui seront distribués gratuitement dans tous les foyers de sorciers au cours des prochains mois. »
La déclaration du ministre a été accueillie avec consternation et inquiétude par la communauté des sorciers qui, pas plus tard que mercredi dernier, recevait du ministère l'assurance qu'il n'y avait « aucune espèce de vérité dans les rumeurs persistantes selon lesquelles Vous-Savez-Qui se manifesterait à nouveau parmi nous ».
Le détail des événements qui ont conduit à la volte-face du ministère reste encore très flou. On pense cependant que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, accompagné d'un groupe de fidèles (connus sous le nom de Mangemorts), aurait réussi jeudi soir à pénétrer au sein même du ministère de la Magie. Albus Dumbledore, nouvellement réintégré dans ses fonctions de directeur de l'école de sorcellerie Poudlard, de membre de la Confédération internationale des sorciers et de président-sorcier du Magenmagot, n'a fait aucune déclaration jusqu'à présent. Tout au long de l'année écoulée, il avait répété avec insistance que Vous-Savez-Qui n'était pas mort, contrairement aux espoirs les plus répandus et que, selon lui, il recommençait à recruter des partisans pour tenter une nouvelle fois de s'emparer du pouvoir. Dans le même temps, le jeune homme surnommé « le Survivant » ...
- Ah, voilà, Harry, on parle de toi. J'étais sûre qu'ils trouveraient le moyen de te mettre dans le coup, dit Hermione en le regardant par-dessus son journal.
Au troisième jour après la bataille du Département des mystères, ils se trouvaient à l'infirmerie. Megan se tenait à côté du lit de Hermione, les bras croisés sur la poitrine, et écoutait son amie lire à haute voix la première page du Sorcier du dimanche. Ses confrontations de la veille l'avaient secouée, mais elle les avait enfermées au fond d'elle-même, refusant inconsciemment de revenir sur ces événements plus douloureux les uns que les autres. Après une nuit blanche passée au sommet de la tour d'astronomie à trembler de froid et à frotter la marque des Ténèbres compulsivement jusqu'au sang sans pour autant parvenir à s'en débarrasser, elle avait pris la décision qu'il était temps de faire face à ses amis. Elle ne souhaitait cependant pas revenir à l'infirmerie la queue entre les jambes après quarante-huit heures de fuite, or Eleyna lui avait fourni une excuse idéale en venant déposer à ses pieds l'exemplaire de l'hebdomadaire fraîchement publié, qu'elle s'était empressée d'apporter aux autres.
Potter était assis au pied du lit de Ron, et Ginny pelotonnée au pied du lit de Hermione. Neville, dont le nez avait retrouvé sa forme et son volume habituels, était assis sur une chaise entre les deux lits. Lovegood, qui était passée les voir, tenait fermement entre ses mains la dernière édition du Chicaneur qu'elle lisait à l'envers sans écouter un mot de ce qu'Hermione disait.
- Ça y est, il est redevenu « le Survivant », dit Ron d'un air sombre. Ce n'est plus un cinglé qui cherche uniquement à se faire remarquer.
Il prit une poignée de Chocogrenouilles dans l'énorme tas de friandises posé sur son meuble de chevet, en jeta quelques-uns à Megan, Potter, Ginny et Neville et déchira avec les dents le papier du sien. On voyait toujours sur ses bras les marques profondes provoquées par les tentacules du cerveau qui avait failli l'étouffer. À en croire Madame Pomfrey, les pensées pouvaient laisser des cicatrices plus visibles que n'importe quoi d'autre, ou presque, mais depuis qu'elle lui avait appliqué à doses généreuses l'onguent d'amnésie du Dr Oubbly, il semblait y avoir un progrès.
- Oui, maintenant, ils sont très élogieux envers toi, Harry, dit Hermione en parcourant l'article. « La voix solitaire de la vérité... Perçu comme un déséquilibré, il n'a pourtant jamais varié dans son récit... Obligé de supporter railleries et calomnies... » Hmmmm, je remarque, ajouta-t-elle, les sourcils froncés, qu'ils prennent bien soin de ne pas préciser que ce sont eux qui t'ont raillé et calomnié dans La Gazette...
Elle eut une légère grimace et porta une main à ses côtes. Le maléfice informulé dont Dolohov avait fait usage contre elle, bien que moins efficace que s'il avait pu prononcer l'incantation à haute voix, avait néanmoins, selon les propres termes de Madame Pomfrey, « fait déjà assez de dégâts comme ça ». Hermione devait prendre chaque jour dix potions différentes mais elle allait beaucoup mieux et en avait déjà assez de rester à l'infirmerie – elle enviait d'ailleurs Megan qui, malgré de très sérieuses blessures, avait pu quitter les lieux la veille.
- « La dernière tentative de Vous-Savez-Qui pour prendre le pouvoir, pages 2 à 4. Ce que le ministère aurait dû nous dire, page 5. Pourquoi personne n'a écouté Albus Dumbledore, pages 6 à 8. Une interview exclusive d'Harry Potter, page 9... » Eh bien, dit Hermione en repliant le journal qu'elle jeta à côté d'elle, au moins, ils ont de quoi écrire, maintenant.
- L'interview n'a rien d'exclusif, c'est celle qui a paru dans Le Chicaneur, il y a plusieurs mois, leur fit remarquer Megan d'un air sombre.
- Papa la leur a vendue, dit Lovegood de son ton absent en tournant une page du Chicaneur. Il en a tiré un bon prix, alors on va pouvoir organiser une expédition en Suède, cet été, pour essayer d'attraper un Ronflak Cornu.
Hermione sembla se faire violence pendant un instant, puis elle répondit :
- En voilà, une bonne idée.
Megan haussa un sourcil mais ne dit rien. Elle vit Potter et Ginny détourner leurs regards en souriant. Eux au moins parvenaient à s'amuser.
- Pourquoi rien de tout ça ne parle de toi, Megan ? s'enquit Neville. Je veux dire, tu as fait cette interview, toi aussi, tu étais là quand Tu-Sais-Qui est revenu l'année dernière, et là aussi au ministère…
- La Gazette n'a pas tout fait pour me tourner en ridicule, lui rappela la jeune fille. Parler de moi est beaucoup moins vendeur.
- Tu es sûr qu'ils vont te laisser définitivement tranquille ? s'enquit Ginny. Avec tes parents, et les rumeurs au sujet de toi et Diggory…
Un regard noir de l'intéressée la fit taire.
- Alors, qu'est-ce qui se passe de beau, à l'école ? demanda Hermione, qui s'était redressée sur ses oreillers avec une nouvelle grimace.
- Flitwick a débarrassé le couloir du marécage de Fred et George, raconta Ginny. Il a fait ça en trois secondes mais il en a laissé un petit carré sous la fenêtre, entouré par un cordon...
- Pourquoi ? s'étonna Hermione.
- Il a dit que c'était vraiment de la très belle magie, répondit Megan avec une once de fierté.
- Je pense qu'il a voulu en faire un monument à Fred et à George, commenta Ron, la bouche pleine de chocolat. Ce sont eux qui nous ont envoyé tout ça, dit-il à Potter en montrant la petite montagne de Chocogrenouilles à son chevet. Ça doit bien marcher, leur magasin de farces et attrapes.
Megan acquiesça. Dans leurs lettres, ils expliquaient effectivement que le démarrage de leur commerce était une véritable réussite, notamment du fait de la publicité grandeur nature qu'ils avaient faite à Poudlard, et l'invitaient à les rejoindre dès la fin de l'année scolaire sur le Chemin de Traverse. Hermione eut une moue désapprobatrice à cette évocation et préféra changer de sujet :
- Est-ce que les choses s'arrangent maintenant que Dumbledore est de retour ?
- Oui, assura Neville, tout est redevenu normal.
- J'imagine que Filch est content, non ? dit Ron en posant contre sa cruche d'eau une carte de Chocogrenouille représentant Dumbledore.
- Pas du tout, répondit Megan avec une satisfaction féroce, il est vraiment, vraiment malheureux. Il n'arrête pas de dire qu'Umbridge était la meilleure chose qui soit jamais arrivée à Poudlard.
- Je me demande toujours…, commença Potter en tournant les yeux vers la jeune fille. Pendant toute l'année tu l'as défiée, mais tu n'as pas eu une seule retenue, c'est comme si Umbridge ignorait tout ce que tu disais et faisais. Comment ça se fait ?
Megan jeta un coup d'œil inexpressif au garçon. Leurs liens ne s'étaient pas renforcés après la bataille du ministère au contraire – elle ne pouvait s'empêcher de lui reprocher la mort de Sirius, de les avoir entraînés au Département des mystères et risquées leurs vies pour rien.
- Je n'en sais rien, avoua-t-elle à contrecœur, je me pose aussi la question. J'irais bien lui demander, mais…
Tous les sept tournèrent la tête. Umbridge était allongée dans un lit, de l'autre côté de la salle, les yeux fixés au plafond. Dumbledore était allé seul dans la forêt pour l'arracher aux centaures. Comment avait-il fait ? Comment avait-il pu émerger d'entre les arbres en soutenant le professeur Umbridge sans avoir une égratignure ? Personne ne le savait et il ne fallait certainement pas compter sur Umbridge pour le raconter. Depuis qu'elle était revenue au château, elle n'avait pas prononcé le moindre mot, à leur connaissance en tout cas. Personne ne savait non plus de quoi elle souffrait. Ses cheveux châtains habituellement si soigneusement coiffés étaient à présent en désordre et parsemés de feuilles et de brindilles, mais elle semblait intacte par ailleurs.
- Madame Pomfrey dit qu'elle est simplement en état de choc, murmura Hermione.
- Je crois plutôt qu'elle boude, assura Ginny.
- Oui, elle montre des signes de vie quand on fait ça, dit Ron.
Avec sa langue il imita le bruit des sabots d'un cheval. Umbridge se redressa brusquement en jetant autour d'elle des regards fébriles.
- Quelque chose ne va pas, professeur ? demanda Madame Pomfrey en passant la tête derrière la porte de son bureau.
- Je... non, j'ai dû rêver..., répondit Umbridge en se laissant retomber sur ses oreillers.
Hermione et Ginny étouffèrent leur rire dans les couvertures. Megan eut un sourire froid.
- En parlant de centaures, dit Hermione lorsqu'elle eut retrouvé un peu de son sérieux, qui est professeur de divination, maintenant ? Est-ce que Firenze va rester ?
- Il est bien obligé, répondit Potter, les autres centaures ne veulent plus de lui.
- Apparemment, Trelawney et lui vont enseigner tous les deux, dit Ginny.
- J'imagine que Dumbledore aurait bien voulu se débarrasser de Trelawney pour de bon, commenta Ron qui en était à son quatorzième Chocogrenouille.
Megan savait que Dumbledore tenait en réalité à ce qu'elle reste à Poudlard malgré son incompétence notoire en tant que professeur, mais elle garda le silence.
- Si vous voulez mon avis, poursuivit Ron, c'est cette matière qu'il faudrait supprimer. Firenze n'est pas tellement meilleur qu'elle...
- Comment peux-tu dire ça ? s'indigna Hermione. Alors qu'on vient de s'apercevoir qu'il existe de véritables prophéties.
Le regard de Megan glissa vers Potter, qui ne réagit pas. Il n'avait toujours rien dit à Ron et à Hermione au sujet du contenu de la sphère. Neville leur avait raconté qu'elle s'était brisée lorsqu'ils l'avaient hissé sur les gradins de la chambre de la Mort et qu'ils n'avaient rien pu entendre, et ils n'avaient pas cherché à en savoir plus.
- C'est vraiment dommage qu'elle se soit cassée, dit Hermione à mi-voix en hochant la tête.
- Oui, approuva Ron. Mais au moins, Tu-Sais-Qui ne saura pas non plus ce qu'il y avait dedans... Où tu vas ? ajouta-t-il avec un mélange de surprise et de déception en voyant Potter se lever.
- Heu... chez Hagrid. Il vient de rentrer et je lui ai promis d'aller le voir pour lui donner de vos nouvelles à tous les deux.
- Ah bon, d'accord, dit Ron d'un air grognon.
Il regarda le carré de ciel bleu que découpait la fenêtre.
- J'aimerais bien qu'on puisse venir avec toi.
- Dis-lui bonjour de notre part ! lança Hermione tandis que Potter se dirigeait vers la porte. Et demande-lui ce qui est arrivé à... à son petit protégé !
Potter acquiesça, posa la main sur la poignée puis se retourna.
- Tu, euh… Tu viens avec moi, Megan ? demanda-t-il, hésitant.
Pensait-il vraiment qu'avoir à nouveau frôlé la mort et fait face à Voldemort ensemble changerait les choses entre eux ? Que la perte de Sirius les rapprocherait ? Elle avait la tâche de le garder en vie jusqu'à ce que le moment pour lui de devenir assassin ou victime arrive, pas de devenir sa nouvelle meilleure amie.
- Non, répondit-elle sans le regarder.
Sans insister, il quitta l'infirmerie.
- On a des nouvelles de McGonagall ? s'enquit Ginny. Et de Tonks ?
- Le professeur McGonagall doit revenir à Poudlard aujourd'hui même, répondit Madame Pomfrey en passant devant eux. Elle est encore un peu fatiguée mais a retrouvé toutes ses capacités, de ce qu'on m'a dit.
Le soulagement se lut dans les yeux des six élèves.
- Tonks va bien, c'est sûr, ajouta Hermione. On nous l'aurait dit, sinon.
- Dumbledore m'a dit qu'elle n'aurait pas de séquelles, acquiesça Megan.
- Tu lui as parlé, depuis… ?
La phrase de Hermione resta en suspens, et même Lovegood leva les yeux de son magazine pour guetter la réponse de Megan.
- Je l'ai vu hier, répondit sobrement l'intéressée.
- Tu as appris des choses intéressantes ? s'enquit Ron.
- Rien de plus que ce que Potter vous a dit, mentit-elle.
Ils ne la crurent pas mais respectèrent sa décision de garder pour elle des secrets. Ils l'observaient d'un œil soucieux, comme si c'était elle qui était encore alitée à l'infirmerie. Ron, Hermione et Ginny savaient qu'elle était proche de Sirius, Neville et Lovegood l'avaient deviné également, et tous semblaient craindre qu'elle fonde soudain en larmes. Le besoin d'être à nouveau seule se fit ressentir, et elle inventa une excuse pour prendre congé, frottant machinalement son avant-bras. Elle se réfugia dans son dortoir, vide à cette heure, et trouva enfin le sommeil en serrant contre elle la peluche informe que lui avait offert Hermione pour Noël.
Elle se réveilla alors que le soleil s'était couché. Son ventre lui hurlait de le remplir, mais la simple idée de prendre place dans la Grande Salle au milieu de tous les autres élèves riant, criant et vivant comme si Sirius n'était pas mort lui était insoutenable. Peu désireuse de se trouver dans le dortoir lorsque Hermione, Parvati et Lavender y reviendraient après leur dîner, Megan se glissa hors de la tour de Gryffondor. Il n'y avait aucun élève dans les couloirs, tous les habitants du château semblaient réunis autour d'un bon repas. Tous sauf Megan et Harry Potter.
Le garçon venait de passer les immenses portes de chêne alors que la jeune fille posait le pied sur les pierres du hall d'entrée. Elle avait l'intention de se rendre dans le parc pour prendre l'air, mais elle hésita. Finalement décidée à ne pas laisser Potter interférer dans ses maigres projets, elle entreprit de passer devant lui sans lui prêter attention, une tâche difficile puisqu'ils étaient seuls dans l'immense couloir.
- Tu devrais mettre quelque chose de chaud, il fait froid, dehors.
Elle se figea sur le perron et, à contrecœur, se tourna vers Potter.
- Pardon ?
- J'étais dehors toute l'après-midi… Il fait froid, répéta le garçon.
- C'est noté.
Megan s'apprêtait à poursuivre sa route malgré tout, mais Potter continua :
- Tu ne dînes pas ?
- Non, je ne dîne pas, s'agaça la jeune fille.
- Parce que tu ne veux pas être avec les autres ? C'est comme si quelque chose d'invisible nous séparait d'eux. Comme si on appartenait à une autre espèce.
Parmi tout ce qu'elle aurait pu imaginer Potter lui dire, elle n'avait pas envisagé qu'il mette les mots sur ce qu'elle ressentait exactement. Troublée, elle ne trouva aucune réplique cassante à lui adresser.
- Ce n'est pas seulement à cause de… à cause de Sirius, poursuivit péniblement le garçon, fixant un point qui se trouvait légèrement sur sa droite comme s'il ne voulait pas la regarder en face mais ne souhaitait pas non plus baisser les yeux devant elle. Ron et Hermione sont tristes eux aussi, mais toi et moi… On n'est pas comme eux. On est liés à Voldemort, d'une certaine façon.
- De quoi tu parles ? aboya Megan.
L'énonciation du nom maudit l'avait tirée de sa torpeur.
- Je ne te comprends pas, et je sais que je ne te connais pas vraiment, répondit Potter. Mais même si tu n'as de cicatrice sur le front et qu'il n'y avait pas ton nom sur cette prophétie, je sais qu'il y a quelque chose de spécial qui te lie à Voldemort. Peut-être quelque chose qui te lie à moi aussi… Je ne t'aime pas non plus, Megan. On ne sera jamais amis, et je crois que je ne t'ai jamais parlé aussi longtemps, mais j'ai compris ça.
Megan hocha lentement la tête. Elle ne se souvenait effectivement pas avoir eu un si long échange seule à seul avec Potter. Il ignorait visiblement la vérité à son sujet, mais il avait vu juste. Elle était condamnée à être à ses côtés pour le protéger jusqu'à ce que vienne le moment qu'il tue ou soit tué, et tous deux étaient liés à Voldemort, de différentes façons.
Potter acquiesça lui aussi. Un accord tacite s'établit entre eux, puis ils poursuivirent chacun leur chemin.
Ron et Hermione, complètement guéris, quittèrent l'infirmerie trois jours avant la fin du trimestre. Hermione manifestait sans cesse le désir de parler de Sirius mais Ron se chargeait de la faire taire chaque fois qu'elle mentionnait son nom. Ils n'avaient pas abordé le sujet une seule fois, et les yeux de Megan lançaient des éclairs chaque fois que leurs conversations déviaient dans ce sens.
Umbridge quitta Poudlard la veille de la fin du trimestre. Elle était discrètement sortie de l'infirmerie à l'heure du dîner dans l'espoir de ne pas se faire remarquer. Mais, malheureusement pour elle, elle était tombée sur Peeves qui avait saisi sa dernière occasion de suivre les instructions de Fred et l'avait chassée avec joie du château en se servant tour à tour d'une canne et d'une chaussette remplie de craies pour la rouer de coups. De nombreux élèves s'étaient précipités dans le hall d'entrée pour la regarder s'enfuir le long de l'allée et les directeurs des maisons n'avaient pas fait preuve d'un zèle excessif pour essayer de les en empêcher. McGonagall se contenta de quelques faibles remontrances avant de se rasseoir à la table des professeurs et on l'entendit même regretter à haute voix de ne pas pouvoir courir derrière Umbridge en poussant des cris de joie car Peeves lui avait emprunté sa canne.
Puis le moment de leur dernière soirée à l'école arriva. La plupart des élèves avaient fait leurs bagages et descendaient dans la Grande Salle pour le festin de fin d'année mais Megan n'était toujours pas prête. Elle fit signe à Hermione de ne pas l'attendre et de rejoindre les autres, désirant rester seule dans le dortoir désormais vide. Elle attrapa la photo d'elle et Kevan que Creevey avait prise et la contempla, assise en tailleur sur son lit. À cette époque, elle pensait être triste, mais aujourd'hui elle regrettait de n'en avoir pas plus profité. Chaque jour apportait de nouveaux nuages elle avait désormais perdu Sirius, et elle perdait Kevan. Le jeune homme quittait définitivement Poudlard, et elle n'imaginait pas lui accorder toutes ses vacances scolaires, elle avait déjà suffisamment de mal à être à la hauteur de ses attentes lorsqu'ils fréquentaient chaque jour la même école. Elle avait été une petite amie déplorable, elle en était consciente, mais leur relation l'avait aidée à garder l'équilibre au milieu des tempêtes qu'elle avait traversées. Malgré toutes ses erreurs, ses secrets et ses crises, il était resté à ses côtés. Elle ne saurait jamais le lui dire, mais elle lui en était profondément reconnaissante.
Lorsqu'elle descendit enfin dans la Grande Salle rejoindre Ron et Hermione (Potter n'était pas là), le banquet était déjà particulièrement entamé. Dumbledore avait fait un discours au sujet du retour de Voldemort, et Megan était soulagée de n'y avoir pas assisté. D'après Ron et Hermione, il n'avait de toute façon rien dit de nouveau, évoquant toujours la nécessité de s'entraider et de veiller les uns sur les autres. Serpentard remporta la Coupe des quatre maisons sans aucune surprise – la direction d'Umbridge les avait fortement favorisés – mais Gryffondor n'arrivait pas loin derrière grâce aux trois-cents points que McGonagall avait attribué à Megan, Ron, Hermione, Potter, Ginny et Neville pour avoir mis en lumière le retour de Voldemort. C'était probablement l'un des repas de fin d'année les plus tristes que Megan ait vécu, bien qu'il ne puisse concurrencer avec celui de l'année précédente, lorsque la mort de Cedric avait drapé de noir la Grande Salle. Cette fois-ci, la majorité ignorait que Sirius avait perdu la vie, et peu leur importait.
Le lendemain, Megan choisit de ne pas faire le voyage de retour par le Poudlard Express en compagnie de ses amis. Elle quitta le groupe dès leur embarquement et tira sa lourde valise à travers les voitures à la recherche de la personne à qui elle devait les prochaines heures. Kevan se trouvait dans un wagon rempli d'élèves de Serdaigle. Les rires et les exclamations de joie fusaient, les banquettes étaient couvertes de sucreries et les cartes Chocogrenouille passaient de main en main. Ally Collins était assise en face de lui et lui expliquait à grand renfort de sourires la concrétisation de son projet professionnel pour la rentrée : tous deux allaient intégrer le ministère de la magie dès la semaine suivante. Ses sourires se figèrent cependant lorsque Megan s'immobilisa devant la porte vitrée, le visage fermé. Kevan suivit son regard et découvrit la jeune fille. Elle n'entendit pas ce qu'il dit à son groupe d'amis, mais rapidement tous quittèrent le wagon pour s'installer plus loin avec leurs confiseries et leurs cris. Ally Collins fut la dernière à partir et tenta jusqu'au dernier moment d'accrocher le regard de Kevan pour le faire changer d'avis, mais celui-ci ne faisait plus attention à elle. Lorsque la place fut libre, Megan poussa sa valise devant elle, s'assit sur la banquette à côté de Kevan et se blottit contre lui. Ils passèrent toute la durée du voyage ainsi, discutant à voix basse, le jeune homme parvenant même à lui arracher quelques sourires tristes, et c'était tout ce dont elle avait besoin.
Lorsque le train ralentit à l'approche de la gare de King's Cross, Megan revint péniblement à la réalité. Doucement, elle et Kevan se séparèrent. Elle retrouva les autres sur le quai, sans un mot. Quand le poinçonneur leur fit signe qu'ils pouvaient franchir sans risque la barrière magique entre les quais 9 et 10, une surprise les attendait de l'autre côté : un véritable comité d'accueil était venu les retrouver. Fol Œil paraissait aussi sinistre avec son chapeau melon enfoncé sur son œil magique que s'il était resté tête nue ses mains noueuses tenaient un grand bâton et son corps était enveloppé d'une grosse cape de voyage. Tonks se tenait juste derrière lui, ses cheveux d'un rose chewing-gum brillant à la lumière du soleil qui filtrait à travers la verrière crasseuse de la gare. Elle était vêtue d'un jean abondamment rapiécé et d'un T-shirt violet sur lequel on pouvait lire : « Les Bizarr' Sisters ». Remus était à côté d'elle, le teint pâle, les cheveux grisonnants, un long pardessus usé couvrant un pantalon et un pull-over miteux. Enfin, parés de leurs plus beaux atours de Moldus, Molly et Arthur menaient le groupe, accompagnés de Fred et de George qui arboraient des blousons flambant neufs d'un vert criard.
- Ron, Ginny, Megan ! appela Molly en se précipitant vers ses enfants pour les serrer dans ses bras. Oh, et Harry... Comment vas-tu ?
- Très bien, mentit Potter tandis qu'elle l'étreignait à son tour.
Fred et George s'empressèrent de serrer Megan contre eux, et leurs retrouvailles furent pour elle une véritable bouffée d'air frais.
- Et c'est en quoi, ça ? demanda Ron en montrant leurs blousons du doigt, les yeux écarquillés.
- En peau de Dragon de la meilleure qualité, petit frère, dit Fred en tirant d'un petit coup sec sur sa fermeture Éclair. Les affaires marchent à merveille et on s'est dit qu'on pouvait bien s'offrir un petit cadeau.
Les jumeaux passèrent chacun un bras autour des épaules de Megan qui se sentit, l'espace de quelques instants, protégée de toutes les émotions qui l'assaillaient jusqu'alors. Son premier vrai sourire sur le visage, elle se tourna vers le reste du groupe. Arthur saluait avec enthousiasme les parents de Hermione, puis Fol Œil fit signe au petit groupe de le suivre. Ils se dirigèrent vers deux hommes gras et une femme au visage chevalin que Megan reconnut comme étant l'oncle, la tante et le cousin de Potter. Hermione se dégagea doucement des bras de sa mère pour se joindre à eux.
- Bonjour, dit Arthur d'un ton aimable à Vernon Dursley en s'arrêtant devant lui. Vous vous souvenez peut-être de moi ? Je m'appelle Arthur Weasley.
Il était peu probable que le Moldu ait oublié l'homme qui avait à moitié démoli à lui tout seul son salon deux ans auparavant. Et en effet, Dursley, le teint de plus en plus violacé, lui lança un regard noir, tout en estimant préférable de ne rien dire, sans doute du fait de son infériorité numérique – et magique. Pétunia Dursley semblait à la fois effrayée et embarrassée. Elle ne cessait de jeter des coups d'œil autour d'elle comme si elle était terrifiée à l'idée que quelqu'un qu'elle connaissait puisse la surprendre en pareille compagnie. Dudley, lui, s'efforçait visiblement de paraître tout petit et insignifiant, un exploit qu'il était totalement incapable d'accomplir. Comme chaque fois qu'elle était confrontée à la famille de Potter, Megan devait reconnaître qu'Emily et Roger n'étaient finalement pas si terribles. Elle n'avait plus pensé à eux depuis quelques temps et elle eut un pincement au cœur, mais la présence de tous ces gens qu'elle aimait suffit à rapidement chasser sa peine.
- Nous voulions vous parler un peu d'Harry, poursuivit Arthur, toujours souriant.
- Ouais, grogna Fol Œil. Au sujet de la façon dont vous le traitez quand il est chez vous.
La moustache de Vernon Dursley sembla se hérisser d'indignation.
- À ma connaissance ce qui se passe chez moi ne vous regarde pas...
- Je crois que ce qui échappe à votre connaissance remplirait plusieurs volumes, Dursley, gronda Fol Œil.
- De toute façon, la question n'est pas là, intervint Tonks.
Ses cheveux rosés semblaient choquer Pétunia Dursley plus encore que tout le reste et elle préféra fermer les yeux plutôt que de la regarder.
- La question, c'est que si jamais on apprend que vous avez été odieux avec Harry...
- Et ne vous y trompez pas, nous le saurons, ajouta Remus d'un ton aimable.
- Oui, assura Arthur, nous le saurons même si vous l'empêchez de se servir du fêlétone...
- Téléphone, lui souffla Megan.
- Ouais, si jamais on a le moindre soupçon que Potter a été maltraité de quelque manière que ce soit, c'est à nous que vous devrez en répondre, avertit Fol Œil.
Vernon Dursley gonfla la poitrine d'un air menaçant. Son indignation semblait l'emporter sur la peur que lui inspirait cette bande d'olibrius. Megan secoua la tête, consternée par le ridicule du Moldu.
- S'agit-il de menaces, monsieur ? dit-il, si fort que des passants tournèrent la tête vers lui.
- En effet, répondit Fol Œil apparemment satisfait que son interlocuteur ait compris si rapidement le message.
- Et vous croyez que je suis le genre d'homme à me laisser intimider ? aboya le Moldu.
Fol Œil repoussa son chapeau melon pour découvrir son œil magique qui pivotait en tous sens d'un air sinistre. Horrifié, Vernon Dursley fit un bond en arrière et se cogna douloureusement contre un chariot à bagages.
- Eh bien... oui, dit Fol Œil, je crois que vous êtes ce genre d'homme.
Il se tourna ensuite vers Potter, qui assistait à la scène avec une expression ravie. Il avait visiblement attendu ce moment toute sa vie.
- Alors, Potter... préviens-nous si tu as besoin d'aide. Si on n'a pas de nouvelles de toi trois jours de suite, on enverra quelqu'un pour voir ce qui se passe...
Pétunia Dursley laissa échapper un gémissement pitoyable, puis tous firent leurs adieux à Potter en lui promettant de le revoir très vite. Megan resta en retrait jusqu'à ce que le garçon se soit éloigné en compagnie de sa famille. Ce fut ensuite le tour de Hermione de prendre congé de ses amis pour repartir avec ses parents. Elle étreignit longuement Megan, et cette dernière savait qu'elle était frustrée et inquiète de n'avoir pas pu parler avec elle de la mort de Sirius et de ce qu'elle ressentait. Enfin, Arthur lança à la cantonade :
- On y va ?
- Je ne viens pas avec vous, indiqua doucement Megan.
- Comment ça ? protesta Molly. Megan chérie, nous en avons discuté avec Dumbledore et ne t'en fais pas, tu viens chez nous, c'est ce que –
- Je dois faire quelque chose d'autre d'abord, l'interrompit posément la jeune fille. Dumbledore comprendra, ne vous en faîtes pas. Je vous rejoindrai ensuite.
- Hors de question de te laisser sans protection, dit sèchement Fol Œil.
- Je ne suis pas une petite chose fragile, j'ai mes propres protections.
- On va l'accompagner, annonça Fred avant que sa mère ait pu protester à nouveau. On vous tiendra au courant, d'accord ?
- Après tout, ajouta George à voix basse, on fait partie de l'Ordre, maintenant.
Il était inutile d'en débattre, Megan refuserait de retourner au Terrier dans l'immédiat. Elle n'avait pas non plus l'intention de laisser les jumeaux venir avec elle, mais elle règlerait cela seule à seuls. Elle avait un secret qu'elle ne pouvait pas même à eux révéler, une mission à accomplir et elle ne pourrait être en paix tant qu'elle ne l'aurait pas menée à bien.
FIN
Note d'auteur : Voilà qui clôt le tome 5 des aventures de l'héritière des ténèbres ! Bien sûr le tome 6 est déjà dans les tuyaux mais il va me falloir encore quelques temps avant de soumettre mes chapitres à ma beta, et il lui faudra du temps pour les corriger (je vous ai dit que, ça y est, on avait trouvé du travail toutes les 2 ? le temps libre se fait rare mais on lâche rien).
Un immense merci à tous ceux qui lisent et suivent les aventures de Megan, ça fait des ANNEES que j'écris son histoire (j'ai commencé au collège - aujourd'hui, j'ai 23 ans, c'est fou !) et j'ai encore beaucoup de projets pour elle.
Un bigup en particulier à PrincessAsgard qui est vraiment ma lectrice de la première heure, et également à Serdaigleman ! Ton dernier review m'a vraiment vraiment fait plaisir, d'ailleurs moi qui lis très très peu de fanfic tu m'as donné très envie d'aller lire Le prince de Serpentard. Pour répondre à tes interrogations, Megan est effectivement la sorcière la plus puissante de sa génération mais contrairement à Voldemort ou Dumbledore ce n'est pas une puissance qu'elle a acquise en travaillant et en découvrant ses pouvoirs mais un don de naissance qu'elle maîtrise encore très mal du haut de ses 15 ans, mais je promets qu'elle va bientôt apprendre à s'en servir correctement ;) Et pour ce qui est de Umbridge et bien peut-être que la réponse viendra également... Enfin, j'aime beaucoup beaucoup les idées pour le tome 7, je les note, je ne vais pas forcément les suivre à la lettre mais ça serait une addition très intéressante à ce que j'ai déjà prévu (dans ma tête j'ai déjà 9 tomes !).
A très vite pour la suite !
