« Tu m'as tellement manqué mon cœur. S'extasia Aya, plantant des milliers de baiser sur le visage d'Adrien. »

D'instinct, il avait enroulé les bras autour d'elle et s'était fondu dans le baiser, la serrant contre lui. Marinette ferma doucement la porte d'entrée, le regard dans le vide. Comment un cœur pouvait-il se briser encore et encore et continuer de battre comme si de rien n'était ? Le souffle tremblant, elle inspira profondément, refusant de faire face aux retrouvailles du couple derrière elle. Elle ferma les yeux et serra les dents, tentant de maitriser ses émotions.

Elle aurait dû se douter que ça se passerait comme ça. Entendre le rire euphorique d'Aya dans son dos brisait un peu plus ce qui restait des éclats de son cœur. Alors, elle s'accrocha à quelque chose de positif dans sa vie, une constante sur laquelle elle s'était appuyée depuis plusieurs années maintenant : Luka. La pensée de son petit-ami apporta à la fois une culpabilité grandissante mais également un baume apprécié sur ses blessures.

« Tu m'as manqué aussi. Répondit tendrement Adrien dans un anglais parfait. »

Mari' prit une autre inspiration tremblante, luttant pour ne pas pleurer. L'image de Luka s'imposa dans son esprit fragile. Elle s'y accrocha, comme une huitre à son rocher, comme un noyé à sa bouée de sauvetage. Il le fallait. Elle ouvrit les yeux et s'encouragea intérieurement avant de se retourner, un sourire sur le visage.

Voir Aya accrochée au cou d'Adrien lui fit l'effet d'un coup de poing dans l'estomac. C'était elle qui était dans ses bras même pas cinq minutes avant. La nausée tordit son estomac. Mais qu'est-ce qu'ils avaient fait ? Enfin… presque fait. Mais le mal était tout de même fait. Ils l'avaient voulu. Tous les deux. Du moins, c'est ce qu'elle pensait. Adrien regrettait-il ce qui avait failli se passer ? Il lui avait dit que non… Mais maintenant que sa petite-amie – fiancée se rappela-t-elle amèrement – était là, serait-ce toujours la même réponse ?

« Je suis désolée d'arriver à l'improviste comme ça chez toi Marinette. S'excusa Aya timidement, les doigts emmêlés à ceux de son petit-ami. J'ai juste voulu le surprendre, j'espère que ça ne dérange pas. Reprit-elle, toujours en anglais vu qu'elle ne parlait pas un mot français, en se tournant vers la franco-chinoise.

- Ne t'inquiète pas. Sourit-elle du mieux qu'elle put. Je comprends totalement. Tu as besoin de quelque chose ?

- Oh non, ça ira. J'ai mangé rapidement dans l'avion. Je suis juste un peu fatiguée.

- Adrien va te montrer où installer tes affaires. Si tu veux te coucher maintenant, ne te gêne pas. Je sais que le décalage horaire peut être violent.

- Adorable. Merci beaucoup Marinette. »

Elle se décrocha d'Adrien et vint encercler Marinette de ses bras. Surprise, elle se raidit légèrement et elle échangea un regard avec Adrien avant de resserrer ses propres bras autour des épaules d'Aya, un peu maladroitement.

« Je suis si heureuse de pouvoir passer du temps avec vous tous. Adrien n'arrête pas de parler de vous. C'était frustrant de ne pas réellement vous connaitre et de ne vous parler que via skype ou watsapp. »

Mari' se contenta de sourire et s'écarta d'elle pour se diriger vers la cuisine.

« Je ne voudrais pas être impolie et m'enfermer tout de suite dans la chambre. Continua Aya, obligeant Mari' à se concentrer sur elle et ses paroles pour pouvoir comprendre.

- Ne t'en fait pas pour ça. En toute honnêteté, je ne vais pas tarder à partir également. J'avais quelque chose de prévu aujourd'hui… Je suis désolée – pas vraiment. Finit-elle par pensée.

- Oh ? Tu… tu vas où ? Résonna la seule voix masculine de l'appart'.

- Loin de toi et elle. Songea-t-elle. »

Au lieu de laisser sa pensée sortir de ses lèvres, elle plongea son regard dans celui d'Adrien. Elle lui sourit doucement, ayant de plus en plus de mal à contenir sa tristesse.

« Nous avions rendez-vous avec mes parents pour que je puisse perfectionner quelques techniques avec mon père.

- Oh c'est vrai. Je… »

La franco-chinoise vit tout de suite qu'il ne savait pas vraiment quoi faire. Elle savait pertinemment qu'il attendait ce rendez-vous avec impatience. Son père et lui s'étaient toujours très bien entendus et la perspective de passer une journée avec lui l'enchantait énormément. D'un autre côté, elle se doutait qu'il trouverait impoli voir blessant de quitter sa petite-amie quelques minutes après qu'elle soit venue. Et, en toute honnêteté, Marinette refusait d'être dans l'appartement au moment où ils fêteraient sans aucun doute leurs retrouvailles.

« Je suis désolée, je n'ai pas vraiment de base en français. S'imposa doucement Aya, de retour au bras d'Adrien. »

Conciliant, Adrien expliqua la situation. Aya fronça légèrement les sourcils et mordilla sa lèvre inférieure, clairement en conflit. Marinette devança les choses et se racla la gorge.

« Je vais y aller. Restez ici tous les deux. Vous devez avoir plein de choses à vous dires. Sourit-elle faussement, récoltant un léger froncement de sourcils d'Adrien.

- Je devais t'aider pour les préparations des gâteaux.

- Et tu le feras. Ne t'en fait pas. Rassura Mari', consciente que c'était quelque chose qui lui tenait à cœur.

- Si tu es sûre que ça ne te dérange pas. Minauda Aya, rappelant inlassablement qu'elle était là.

- Non, je t'assure. »

Mari' faisait tout ce qui était humainement possible pour ne pas craquer ou ne pas perdre patience. Adrien le vit et piétina discrètement sur place, un peu mal à l'aise par l'accroche d'Aya sur lui. Pas qu'il se plaigne. Mais quand il repensait aux derniers évènements… il devait admettre que ce n'était pas très… correct de sa part. Seulement, Aya n'était au courant de rien et restait aveugle face au malaise grandissant.

« Où sont tes toilettes ? Grimaça-t-elle.

- Au fond à droite.

- Merci. »

Elle déposa un baiser sur les lèvres d'Adrien et le libéra de son emprise. Dès que la porte des toilettes se referma sur elle, le mannequin planta un regard mêlant inquiétude et regret dans celui de Mari'. Elle haussa les épaules.

« Je vais bien Adrien. Murmura-t-elle pour qu'Aya n'entende pas leur échange, bien qu'elle ne puisse rien comprendre.

- Je suis désolé Mari' je…

- Tout va bien. Sourit-elle tristement. On s'en doutait. Ce qui a failli se passer hier…

- Ne dis pas que c'était une erreur. Coupa-t-il.

- Tu sais très bien que si. »

Ils se défièrent du regard quelques instants. Les deux sentaient les sentiments inavouables dans leur façon d'être, de se tenir l'un face à l'autre. Mais ils devaient restés comme ça : inavouables et secrets. C'était pour le mieux. Tant qu'ils n'étaient pas affirmés à voix haute, ils restaient un fantôme sans certitude.

« Je…

- Je ne veux pas te perdre. Avoua Marinette à voix basse, les yeux brillants. S'il te plait… »

Adrien l'attira rapidement dans ses bras après avoir franchi le peu d'espace entre eux. Il enfoui son visage dans ses cheveux et huma profondément son parfum.

« J'ai l'impression que je vais te perdre à chaque instant. Avoua-t-il à son tour. Tu n'imagines pas le nombre de fois qu'Alya ou Nino ont entendu ces quelques mots. Ça me hante.

- Pourquoi est-ce si compliqué pour nous deux ? Souffla-t-elle après quelques secondes de silence, s'enfonçant un peu plus dans son étreinte.»

La voix enrouée de Marinette perturba Adrien. Il resserra son emprise sur elle, l'empêchant physiquement et psychologiquement de partir, de s'éloigner de lui.

« Je ne sais pas. Mais je sais une chose. »

Il s'éloigna d'elle de quelques centimètres, suffisamment pour qu'ils puissent se regarder de nouveau les yeux dans les yeux. Il posa la paume de sa main sur sa joue et la caressa tendrement.

« Je ne veux pas te perdre non plus.

- Je crois qu'Aya et Luka nous manquaient plus qu'on ne le croyait. »

Elle grimaça légèrement. Sortir ces deux noms, maintenant, alors qu'ils étaient enlacés, ne lui semblait ni correct ni juste. Mais, dans son esprit, c'était la seule explication possible. Cela faisait près de trois semaines qu'ils cohabitaient, chacun séparé de sa moitié. Alors, forcément, des lignes avaient été franchies. Mais ça ne signifiait rien de réel. Ils avaient juste comblé un manque affectif en le basculant sur son meilleur ami. Rien de plus.

« Peut-être. »

Un léger étirement déforma les lèvres fines d'Adrien. Ils posèrent d'un même mouvement leur front l'un contre l'autre. Ils finiraient par comprendre. Ou, au pire, tout redeviendrait comme avant quand ils reprendraient leurs vies respectives.

Cette réalité la frappa à cet instant précis.

Le mariage était le week-end prochain. Adrien avait prévu de repartir quelques jours après, une fois tout en ordre ici pour ne rien laisser à Marinette après la fin des festivités. Ce qui veut dire que dans une semaine et demie, ils seraient de nouveau séparés par des milliers de kilomètres, pour reprendre leurs vies respectives. Rien qu'en y pensant, l'esprit de Mari' comprenait que quelque chose clochait, que ces pensées la faisaient trop grimacer intérieurement et avaient l'air trop amères.

Les choses se calmeraient d'elles-mêmes, non ?

Le bruit de la porte s'ouvrant les fit se séparer rapidement. Ils se raclèrent la gorge et Mari' s'échappa dans sa chambre, annonçant qu'elle se douchait rapidement pour pouvoir partir rapidement et les laisser seuls. Adrien la suivit des yeux alors qu'Aya revenait à ses côtés.

Oui, ils finiront par comprendre et redevenir ce qu'ils étaient.


oOo

Au lieu d'aller chez ses parents par le métro et mettre une vingtaine de minutes, Marinette décida d'y aller à pied afin de prendre l'air. Dès qu'elle quitta l'appartement, le poids sur son cœur se desserra. Quand elle sortit de son immeuble, il s'allégea encore un peu plus. Plus elle s'éloignait d'eux deux et plus sa respiration devenait facile. L'air frais d'octobre lui fit du bien. Pendant un instant, elle leva le visage au ciel et prit une profonde inspiration.

Elle pourrait le faire. Elle l'avait déjà fait.

De nouveau convaincue que tout irait bien, elle commença donc sa marche. Ça lui éclaircirait les idées sans aucun doute. À peine dix minutes après son départ, elle prit son portable et appela Luka. Elle avait besoin d'entendre sa voix. Elle souhaitait qu'il la réconforte. Dans quelques jours, ils seraient de nouveau réunis.

Il a suffi de deux sonneries pour qu'il décroche.

« Hey Bébé. Comment tu vas ?

- Tu me manques. »

C'était sorti avec plus de difficulté qu'elle ne l'avait imaginé. La gorge nouée, elle inspira profondément, se perdant dans la douceur de sa voix et de sa musique. Elle l'imaginait parfaitement sur son lit de fortune, le portable mis en haut-parleur à côté de lui, la guitare en main. Elle l'imagina fermer les yeux au moment où les notes prirent une autre direction. Et, comme à chaque fois, la musique l'apaisa.

« Tu me manque aussi bébé. Je rentre bientôt.

- Je sais. J'avais juste… besoin d'entendre ta voix.

- Il s'est passé quelque chose ?

- Aya a débarqué en avance. Admit-elle en reprenant sa marche.

- Je suis désolé mon cœur. Je ne peux pas le faire également.

- Je sais. Ça m'a juste rappelé un peu brutalement que tu n'étais pas là depuis un moment.

- Je suis désolé. »

Elle se mordit la langue. Elle devrait être celle qui s'excuse. Pour son comportement inapproprié. Pour ses pensées pas aussi fidèles qu'elle ne l'aurait souhaité. Pour sa perte de contrôle sur son cœur. Encore.

La musique s'arrêta. Elle l'entendit prendre son portable et il le mit surement directement contre son oreille. Alors, pendant l'heure suivante, ils discutèrent calmement, de tout et de rien, comme s'il était à ses côtés. Peu à peu, son ressentiment envers elle-même s'amenuisait. Elle raccrocha au moment où elle entra dans la boulangerie de ses parents, lui murmurant un « je t'aime » qui lui fut rendu et qui réchauffa son cœur.

« Chérie. On ne t'attendait pas avant midi. Pour une fois que tu es en avance. Se moqua Tom en venant la prendre dans ses bras. Tu vas bien MiniBear ?

- Arrête de m'appeler comme ça Papa. Railla-t-elle.

- Jamais. »

Il éclata de rire et laissa sa fille aller serrer sa mère dans ses bras. Sabine lui fit un sourire réconfortant qui la fit rire. Rapidement, la famille reprit leurs vieilles habitudes. Sabine et Mari' sur le devant de la boutique, servant les clients jusque midi, et Tom à l'arrière.

Tout ce qu'il fallait pour l'apaiser et lui changer les idées.


oOo

« On t'attend pour manger ? »

Le portable de Marinette vibra alors qu'elle était en train de réaliser un combo spécial destiné à vaincre son père à UMS. Seulement, elle fut distraite, loupa son coup… et perdit la partie.

« OUI !

- NON ! »

Sabine sursauta en entendant les deux hurlements simultanés provenant du salon. Elle jeta un coup d'œil au père et à la fille, plongés dans leur jeu depuis près d'une heure maintenant. Marinette râla et pris son portable, prête à incendier le responsable de sa défaite. Quand elle vit le nom d'Adrien, son moral chuta et son visage se chargea de tristesse. Ça n'échappa pas à Sabine, qui fronça les sourcils tout en regardant sa fille pianoter sur son portable.

« Désolée on s'est laissé emporter avec mon père. Je vais rester la nuit finalement. Ne retournez pas l'appart'. »

Elle ajouta un émoji clin d'œil, bien qu'elle ne soit pas réellement d'humeur à plaisanter. Quand elle reporta son regard sur son père, elle comprit qu'il était sur le point de se lever pour aller surveiller la levée d'une pâte qu'ils avaient fait une heure trente avant. Il lui sourit et s'éloigna, laissant les deux femmes ensembles.

« Ça dérange si je reste pour la nuit ? Demanda doucement Mari', récupérant leurs verres sur la table pour les ramener dans la cuisine.

- Bien sûr que non chérie. Ta chambre est toujours là pour une raison tu sais ? répondit-elle avec un clin d'œil complice. Il y a un problème avec Adrien à l'appartement ? »

Marinette grimaça. Elle avait presque oublié que sa mère était très observatrice et très perspicace. Il ne servait à rien de nier ou de se renfermer. Et puis, elle avait toujours été très compréhensive et de très bons conseils. Peut-être qu'elle pourrait s'ouvrir une fois de plus à elle.

« Non, ce n'est pas ça. Aya est arrivée aujourd'hui alors… Tenta-t-elle tout de même de noyer le poisson.

- Il n'y a que ça ? »

Mère et fille échangèrent un regard. L'une était invitante, pleine de compassion. L'autre était indécise et se sentait coupable d'en parler avec quelqu'un d'autre. Elle avait l'impression d'ajouter une couche à son infidélité envers Luka, que ça la rendait plus… réelle.

« La… la cohabitation a été un peu plus compliquée que prévue. Avoua-t-elle timidement, baissant le regard pour jouer avec le bord du verre entre ses mains.

- Vous ne vous êtes pas aussi bien entendu que tu ne le croyais ?

- Non… Au contraire. Sous-entendit elle. »

Elle ferma les yeux, s'attendant presque à être réprimandé, à avoir une conférence sur l'importance de la fidélité dans un couple. Mais au lieu de ça, elle entendit un doux « Oh chérie » juste avant d'être engloutie dans un câlin réconfortant. Ses nerfs lâchèrent et les larmes qu'elle retenait depuis ce matin coulèrent librement dans les bras de sa mère. Mari' réprima un sanglot et s'accrocha à elle comme si sa vie en dépendait. Sabine caressa ses cheveux avant de frotter son dos, lui offrant toute la chaleur dont sa fille avait désespérément besoin.

« Je me sens mal pour Luka. Il ne s'est rien passé ou presque mais…

- Mais vous l'avez voulu. Comprit-elle en se redressant, passant ses mains des deux côtés du visage de sa fille pour dégager les cheveux humides lui collant les joues.

- Hier soir… hier soir, ça a été un peu plus intense. On flirt sur cette ligne depuis presque le début et hier… on l'a franchie et…

- Calme-toi chérie. Adoucit Sabine, passant ses pouces sous les yeux de Marinette.

- C'est tellement injuste pour Luka. Il est parfait avec moi et moi je…

- Chérie. »

Sabine coupa sciemment Marinette, sachant très bien qu'elle allait partir dans un monologue qui finirait incohérent et qui la blesserait. Alors, elle plongea son regard dans le sien et lui transmis toute sa compassion et son amour. Elle caressa une mèche de cheveux, la plaquant derrière son oreille pour l'apaiser. Mari' sourit timidement.

« Un proverbe chinois dit qu'un bonheur nait dans le malheur. Mais que le malheur est caché dans le bonheur. »

Elle laissa ces paroles pénétrer l'esprit de sa fille. Jamais ce proverbe n'avait été aussi vrai qu'à cet instant présent. La réalisation était évidente dans le regard céruléen de Marinette. Elle haleta doucement. Non. Elle refusait d'admettre qu'elle était malheureuse parce que c'était faux. Elle était heureuse.

Mais l'es-tu autant qu'avant? Murmura perfidement une voix dans sa tête.

Sabine continua alors.

« Si l'amour était facile, s'il était simple et rationnel, on n'aurait pas de peines de cœurs. Tu es humaine chérie. Et le cœur a ses raisons, son propre raisonnement qui peut parfois te laisser complètement dépassé par les évènements. Ça ne fait pas de toi quelqu'un de mauvais. Juste une jeune femme tout ce qu'il y a de plus normale. Sourit-elle doucement. L'amour peut blesser. Ce n'est jamais agréable mais c'est une réalité. Et c'est ce qui te rend humaine, ce qui te rend si vivante.

- Qu'est-ce que je dois faire maman ? Pleura-t-elle doucement. J'aime Luka. Et Adrien repart la semaine prochaine. C'est insensé. J'ai l'impression… l'impression que jamais je n'arriverais à réellement le dépasser.

- Seul le véritable amour te poursuit, peu importe tes efforts pour t'en éloigner. J'ai l'intime conviction qu'un lien invisible existe entre deux âmes-sœurs et que ce lien est inébranlable.

- Alors je vais avoir mal à chaque fois ?

- Non chérie… Le temps guérit toutes les blessures, tu te souviens ? »

Le fantôme de Bridgette les engloba toutes les deux. Mari' ferma les yeux et se blotti contre sa mère. Elle aurait aimé avoir sa sœur avec elle. Pour l'aider à dépasser tout ça. Elle se laissa bercer par les souvenirs, de plus en plus flous, de sa sœur. Il faudrait qu'elle aille sur sa tombe bientôt. Lui parler lui faisait toujours énormément de bien.

« Suis ton cœur chérie. Murmura Sabine, la ramenant à la réalité.

- Sauf que mon cœur veut quelque chose d'impossible. Avoua-t-elle à sa mère… et à elle-même.

- Tu en es sûre ? »

Les deux femmes se regardèrent un instant. Les bruits des pas de Tom les interrompirent. Marinette inspira et sécha rapidement ses yeux, donnant signe à sa mère que la conversation était finie. Pour le moment. Tom arriva tout souriant. Seulement, il remarqua rapidement l'ambiance et les yeux rougis de sa fille. Son premier instinct a été de se jeter sur elle pour l'engloutir dans un câlin géant et la protéger du monde extérieur. Mais un regard à sa femme l'en dissuada. Alors, il fit comme si rien ne s'était passé et défia une nouvelle fois sa fille à UMS.

Quand ils allèrent se coucher près de trois heures plus tard, Sabine s'enferma dans la salle de bain la première, laissant le père et la fille tous les deux. Mari' l'engloba dans un câlin, lui souhaitant bonne nuit et commença à monter les escaliers.

« Tu sais chérie…Commença tout doucement Tom en couvant sa fille du regard. Parfois, dans la vie, il faut être égoïste et ne pas penser aux autres.

- Je… »

Elle ne sut trouver les mots qui lui manquaient. Elle regarda son père, qui l'encourageait encore et toujours, sans même savoir le fin mot de l'histoire. Son cœur se gonfla de fierté de l'avoir comme père et d'un amour débordant pour cet homme devant elle. Elle lui sourit doucement.

« Merci papa.

- J'aimerais que tu te poses une question. Demanda-t-il doucement.

- Laquelle ?

- Tu préfères vivre avec des regrets ou avec des remords ? »

Ses yeux s'écarquillèrent légèrement. Rien qu'avec cette question, Marinette était sûre et certaine qu'il avait compris le problème. Son cœur s'accéléra, se répétant encore et encore cette question dans son esprit. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire sans joie.

« J'y penserais. Bonne nuit papa.

- Bonne nuit MariBear. »

Elle laissa échapper un éclat de rire.


oOo

Marinette se réveilla en retard le lendemain matin… Encore. Elle qui s'était améliorée avec le temps, il avait fallu qu'elle revienne dormir dans son ancienne chambre pour retomber dans ses mauvaises habitudes. Résultat : elle quitta l'appartement de ses parents en râlant contre elle-même, sans prendre le temps de déjeuner, sans récupérer ses affaires dispersées partout dans l'appart' et en prenant juste une seconde pour les embrasser avant de partir en courant sous le regard amusé du couple.

« Il y a certaines choses qui ne changeront jamais, n'est-ce pas ? »

Sabine éclata de rire, embrassa son mari et revint derrière le comptoir pour réorganiser les pâtisseries en attendant le prochain client.

« Elle ira bien, n'est-ce pas ?

- Ils iront bien tous les deux. Lui assura-t-elle avec amour, connaissant parfaitement son mari pour savoir qu'il s'inquiétait tout autant pour Adrien que pour sa fille.»

Elle récupéra les affaires de Marinette durant la pause déjeuner. Pour lui faire gagner du temps et un détour chez eux ce soir pour les récupérer, elle se dirigea vers l'appartement de Mari', les bras chargés de ses affaires. Fredonnant, elle attrapa le double des clés et pénétra dans l'immeuble puis dans l'appartement. À aucun moment elle ne songea à la présence d'Adrien ou de sa petite amie.

« Sabine ? »

Elle hurla de peur, la main sur son cœur, laissant tomber le sac qu'elle tenait dans ses mains.

« Oh mon Dieu Adrien ! Tu m'as fait peur ! »

Aya arriva en courant, affolée et jeta un coup d'œil à Sabine. Elle fronça les sourcils et interrogea Adrien du regard.

« Je suis désolé, je ne voulais pas te faire peur. Sourit-il, s'approchant d'elle pour lui faire la bise sans accorder un regard à sa fiancée. Elle le serra légèrement dans ses bras.

- Je ne m'attendais pas à trouver quelqu'un ici. J'ai oublié que tu étais là. Se moqua-t-elle d'elle-même.

- Les pertes de mémoire commencent tôt. Rit-il, gagnant une frappe sur son biceps. »

Il éclata de rire. Aya se râcla la gorge, faisant de nouveau connaitre sa présence. Adrien se tourna vers elle, haussant rapidement les épaules en réponse à son regard mécontent et tendit la main pour qu'elle se rapproche. Elle lia ses doigts au sien.

« Aya, voici Sabine. La maman de Marinette. Sabine, Aya. Présenta-t-il simplement, pas sûr que Sabine maitrise l'anglais.

- Enchantée de vous rencontrer Aya. Salua-t-elle dans un anglais parfait en lançant un coup d'œil amusé à Adrien qui renifla. Je suis venue juste redéposer les affaires de Marinette. Elle les a oubliées ce matin.

- Laisse-moi deviner… Elle était en retard ? »

Le petit sourire suffisant sur les lèvres d'Adrien fit lever les yeux de Sabine au ciel. Aya regarda entre les deux, un peu blessée qu'Adrien ait reprit la conversation en français, l'excluant involontairement – ou volontairement ? – de leur échange. Son portable vibra alors elle s'excusa, non sans lancer un regard assassin à son petit-ami. Adrien ne le vit qu'à moitié et se concentra sur Sabine.

« Tu veux un café ? Manger quelque chose ?

- C'est gentil Adrien. Mais je ne vais pas tarder et rejoindre Tom.

- Je suis désolé de ne pas avoir pu venir hier. »

Les sourires se fanèrent légèrement. Le regard de Sabine devint plus doux, plus maternel.

« On comprend. Tu nous as manqué mais on comprend parfaitement. Rassura-t-elle. Et sincèrement… je crois que Mari' avait besoin d'un peu d'espace. »

Elle avait hésité à ajouter cette dernière partie. Mais elle savait que Mari' et Adrien se disaient tout. C'était une règle qu'ils s'étaient établi après le premier vrai fiasco qui avait suivi leur première séparation. Ils avaient trop souffert des non-dits qui ont finis par une soirée qui les avait brisés tous les deux. Elle ne se souvenait que trop bien dans l'état qu'était Marinette après cette soirée et son cœur se vrillait encore sur lui-même en y pensant. Alors, elle aussi serait franche avec lui. Les mots attristèrent Adrien. Son regard se voila d'un quelque chose qu'elle n'arrivait pas à déterminer.

« Elle… elle va bien ?

- Autant que toi j'ai l'impression. »

Ce n'était pas une critique. Juste une parole d'une femme inquiète. Elle le couva du regard. Il jeta un coup d'œil dans la direction où était partie Aya. Lorsqu'il ne le vit pas, il laissa un profond soupir s'échapper de ses lèvres.

« Si tu as besoin de quelqu'un pour parler… tu sais que jamais je ne te jugerais, n'est-ce pas ? »

Le ton encourageant de Sabine le fit sourire rapidement. Il se râcla la gorge.

« Qu'est-ce qu'elle vous a dit ?

- Le principal. Le plus important.

- Vous n'êtes pas fâchée ?

- Pourquoi le serais-je ?

- Je ne sais pas… parce qu'on a… »

Il laissa le silence finir sa phrase. Les mots « presque trompés nos conjoints respectifs » étaient trop lourds pour sortir de ses lèvres. Ou même « parce que je n'arrête pas de la blesser, encore et encore, même après tout ce temps » était bien trop dur pour lui à admettre. Avoir Aya non loin d'eux le gênait. Même si elle ne comprenait pas ce qu'ils pouvaient dire, si elle les écoutait, il sentait que c'était une trahison qu'il n'était pas encore prêt à faire. Ce n'était pas juste pour elle.

« Adrien, chéri. Sabine s'approcha de lui et posa sa main sur son avant-bras pour attraper son regard. Je vais te dire ce que j'ai dit à Marinette. Vous êtes humains. Vous êtes jeunes. Et vous partagez un lien indéfinissable depuis le début. Personne, surtout pas vous, n'a le droit de vous blâmer pour ressentir quoique ce soit. Ne t'excuse jamais d'avoir des sentiments envers quelqu'un. Tu ne peux pas tout contrôler dans ta vie. Je sais que tu as été éduqué avec cette notion à cause de ton père… mais il a tort. Personne ne peut contrôler ce que veut son cœur. »

Elle posa une main protectrice sur sa joue, cherchant à le réconforter d'une manière ou d'une autre. Lui qui avait perdu sa mère, il s'étonnait toujours de voir avec quelle facilité il avait ce sentiment qui l'envahissait dès que Sabine s'occupait de lui. Il se sentait aimé, choyé. Il se sentait comme un membre appartenant pleinement à leur famille.

Il l'encercla dans ses bras.

« C'est dur. Vacilla-t-il, luttant contre les larmes.

- Ce n'est jamais facile chéri. Mais vous vous en sortirez. D'une manière ou d'une autre. »

Ils restèrent là quelques instants. Seul le son de la voix d'Aya leur parvenait par moment. Après ce qui lui sembla une éternité, Adrien consentit à libérer la femme de ses bras. Il lui sourit, la remerciant silencieusement. Elle inspira et désigna le sac au sol du regard.

« J'ai déjà prévenue Mari' que je lui avais tout rapporté, bien qu'il n'y ait pas grand chose.

- J'irais les mettre dans sa chambre. Ou dans la cuisine, compléta-t-il en voyant un moule à pâtisserie dépasser.

- Merci. Je vais y aller. On se voit au mariage ?

- Sûr. Et merci Sabine. Pour votre soutien.

- Toujours Adrien. Tu fais partie de la famille. »

Son cœur se gonfla d'amour et de chaleur, comme à chaque fois qu'il entendait ces mots - surtout ceux venant de la bouche d'un Dupain-Cheng. Ses yeux pétillèrent d'un nouvel éclat. Aya sortit de sa chambre et vint les rejoindre.

« Encore ravie d'avoir pu vous rencontrer Aya. Reprit Sabine poliment. On se verra plus tard.

- Au revoir. Sourit-elle, se blottissant contre son petit-ami. »

Sabine jeta un autre regard vers Adrien et tourna les talons.

« Si je peux me permettre une dernière chose. Ne put-elle s'empêcher de rajouter, en français. »

Sabine s'arrêta sur le pas de la porte et lança un regard en arrière, planta ses yeux amandes dans la verdure de ceux d'Adrien. Aya la regardait aussi mais elle préféra ne pas s'en occuper.

« Il n'y a qu'un seul véritable amour dans une vie. Et tous n'ont pas la chance de le rencontrer. »

Elle laissa planer un silence entre eux, couvant du regard le blond devant elle. Sa compassion l'atteignit et il sentit son cœur manquer un battement. Le véritable amour ? Pourquoi l'image d'Aya n'était pas celle qui venait immédiatement dans son esprit ? Il lança un regard vers Sabine.

« Ce serait dommage de ne pas le suivre. »

Sur ce, elle quitta l'appartement, faisant un dernier geste d'au revoir à Aya.

« Qu'est-ce qu'elle a dit ? Demanda Aya, le regardant avec ses yeux bruns.

- Hum… Que ça lui faisait bizarre de voir Nino se marier. Il est comme un fils pour elle. Et qu'elle est très heureuse pour lui et Alya.

- Ooow. Si mignonne. »

Elle se détourna, retournant dans le salon récupérer son portable. Adrien la suivit du regard quelques instants avant de le reporter sur la porte close.


oOo

Quand Marinette revint du travail ce lundi soir, l'appartement était vide. Elle appela Adrien par habitude, ce qui la fit grimacer en y songeant, et compris rapidement qu'il n'était pas là. Ni lui, ni Aya. Quelque part, cela lui fit un pincement au cœur, sachant qu'ils étaient surement en rendez-vous, en train de diner quelque part tous les deux. Mais, en même temps, le fait d'être seule – si on ne comptait pas les deux chats venus se jeter à ses pieds en miaulant à qui le plus fort – la soulageait un peu. Elle jeta un coup d'œil circulaire à son appartement tout en posant ses clés et sourit doucement. Plagg commença à grimper sur sa jambe, plantant sans ménagement ses griffes dans sa peau. Elle grimaça et se pencha, donna une caresse à Tikki et prit Plagg dans ses bras. Elle le maintint devant elle, les bras tendus. Il se débattit légèrement, cherchant à l'atteindre pour se blottir contre elle. Finalement, elle craqua et l'approcha de son cou où il se blotti.

« Décidément, toi et moi avons pas mal de point commun. Tu sais que j'adore me blottir dans le cou également ? »

Elle lança un regard vers le chat noir qui ne lui accorda pas même une seconde d'attention. Il continuait de ronronner contre elle tout en se frottant à son cou. Elle rigola.

« Désolée Plagg mais je vais aller me doucher. Alors à moins que tu n'aimes l'eau… »

Il tenta de s'accrocher à elle quand elle le reposa mais rien n'y fit. Tikki sauta sur lui. Il se hérissa et bientôt, les deux chats se coursaient dans l'appartement, se sautant dessus et roulant en boule avant de repartir de plus belle dans la course poursuite. Marinette les regarda tendrement le temps de rejoindre la salle de bain.

Vingt minutes plus tard, les cheveux en chignon désordonné et mouillé, un pyjama léger mais confortable, la jeune femme ressortit de la salle de bain. L'appartement était toujours vide. Elle ne savait pas quand le couple rentrerait mais, sincèrement, elle espérait le plus tard possible. Même si la journée lui avait permise de se reconcentrer, de relativiser les choses, elle ne se sentait pas encore très à l'aise avec l'idée de les voir ensemble. Mais connaissant Adrien, il jouerait sans doute le grand jeu et lui ferait peut-être même visiter Paris de nuit. Ils ne seraient pas là avant longtemps.

Elle en était sûre.

Alors, elle alluma sa télé, mis Youtube et lança sa playlist préférée avant d'augmenter le volume. Rapidement, la musique combla le silence de l'appartement. Avec un grand sourire, Mari' commença à chanter les paroles et se dirigea vers la cuisine en se laissant prendre par le rythme. Comme un automate, elle sortit les affaires rapportées par sa mère –elle devrait d'ailleurs remercier Adrien pour les avoir ranger – et quelques ingrédients nécessaires à la préparation de la pâte à biscuit qu'elle voulait faire. Après tout, le mariage était dans quatre jours si on ne comptait plus ce lundi soir et si on se donnait le vendredi soir comme date limite pour finir les pâtisseries. Il fallait qu'elle se dépêche ! Et qu'elle finisse de perfectionner ces fameux biscuits qui parsèmeraient le gâteau principal. Une fois la recette trouvée, ce serait un jeu d'enfant de les colorer et de les façonner dans les formes qu'elle souhaitait.

Quand tout fut mis sur le plan de travail devant elle, sa chanson préférée commença. Elle chanta un peu plus fort, se dandinant en récupérant cette fois les ustensiles qui lui seront utiles. Aussi, elle n'entendit pas la porte d'entrée s'ouvrir. Elle ne vit pas tout de suite Adrien et Aya rentrer. Elle ne remarqua pas le visage étonné de l'Américaine et le sourire très –trop – amusé d'Adrien. Ce dernier ferma doucement la porte, demandant à Aya avec ses doigts près de ses lèvres de ne pas faire de bruit. Il tourna pleinement son attention vers la brune, croisa les bras et admira le spectacle. Sa voix monta un peu plus fort, ses hanches bougèrent un peu plus, lui rappelant une autre nuit et une autre danse.

Il se redressa, mal à l'aise à cause de cette pensée alors qu'Aya était à ses côtés et décida de jouer un peu. Il se rapprocha d'elle doucement, s'éloignant d'Aya par la même occasion. C'était traitre mais il en avait besoin. Mari' lui avait manqué aujourd'hui.

« Besoin d'aide ? »

Avec du recul, Adrien s'estima heureux de ne pas avoir le nez cassé à ce moment-là. Marinette hurla et fit un bond monstrueux, manquant de très près son visage alors qu'elle se tournait d'une façon presque acrobatique pour lui faire face. Son regard s'écarquilla quand elle le vit, avec Aya en fond, l'observer. Immédiatement, elle devint aussi rouge qu'une tomate. Plagg et Tikki prirent la fuite au fond de l'appartement. Puis, son regard se chargea de colère.

« Non mais ça ne va pas ! Cria-t-elle, le frappant avec sa pelle en bois. T'es taré de faire peur aux gens comme ça. Continua-t-elle, attisant le fou rire d'Adrien alors qu'il reculait, les mains devant lui tout en essayant de se protéger de son arme.

- Désolé, c'était trop tentant. Joli déhanché. »

Il lui fit un clin d'œil effronté, ce qui la cloua sur place. Immédiatement, il prit également conscience de ce qu'il venait de faire et il se raidit légèrement. Il se souvint qu'Aya ne comprenait pas un mot français et cette constatation eut deux effets. La première, il se détendit très rapidement. La seconde, il se sentit presque coupable de flirter si ouvertement avec Marinette devant sa petite-amie. L'idée qu'ils n'étaient plus que tous les deux dans cet appart' était visiblement plus compliqué à assimiler qu'il ne le pensait. Devant le regard désapprobateur de Mari', il haussa simplement les épaules. Pour détendre l'atmosphère, il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.

Ses yeux pétillèrent.

« Tu prépares des biscuits ? Demanda-t-il en anglais, essayant d'inclure Aya dans la conversation.

- Oh… euh… ouais. Je peaufine la recette qu'on a mise en place hier avec mon père. Tu m'aides ?

- Oh que oui. S'émerveilla-t-il, jetant sa veste sur une chaise un peu plus loin et remontant les manches de son polo. On est deux à faire ce magnifique gâteau de mariage. »

Il désigna du menton le croquis du gâteau qu'il avait accroché au frigo. C'était magnifique et il avait hâte de le voir finit. Mais pour ça… il fallait mettre la main à la pâte. Il rigola de sa blague interne, gagnant un regard sceptique de Marinette. Elle finit par lever les yeux au ciel avec un sourire et lui tourner le dos.

« C'est vous deux qui faite le gâteau du mariage ? »

La voix d'Aya semblait… étrange. Quand Mari' se retourna une fois de plus pour la voir, elle remarqua le scepticisme dans ses yeux, voir même une sorte de jugement. Elle inspira profondément, ne souhaitant pas commencer à voir des choses qu'elle devait sans doute imaginer.

« N'est-ce pas mieux si c'est un professionnel qui le fait ? »

Inspire. Expire.

Lentement.

Adrien et Marinette échangèrent un bref regard mais la brune eut du mal à retenir une grimace.

« Surtout que, excuse-moi chéri, mais tu n'es pas le meilleur cuisinier du monde. »

Inspire. Expire.

Adrien se tendit légèrement à ses côtés. Mari' vit même ses épaules légèrement s'affaisser. Oh que non. Cette fille ne l'abaisserait pas chez elle, devant elle. Non. Jamais. Alors, avec un sourire le plus faux qui soit et un ton aussi mielleux que possible pour cacher son amertume, Mari' vint se mettre au niveau d'Adrien et répondit.

« Ne t'en fait pas pour nous. Adrien et moi sommes une excellente équipe en cuisine. Nous étions habitués à cuisiner ensemble quand il était encore à Paris. On y arrivera. »

Elle tourna son regard vers lui et sourit vivement quand leurs yeux s'accrochèrent. La bonne humeur dansait dans les pupilles verdoyantes de son meilleur plus qu'ami. Lui aussi, des souvenirs de soirées passées ensemble à se chamailler autour de la cuisine devaient lui revenir en mémoire.

« On y arrive toujours. Termina-t-il en lui donnant un léger coup d'épaule complice. Et puis, reprit-il en plaquant un sourire issu de ses séances photos adolescentes, c'est important pour nos meilleurs amis que ce soit nous qui le faisions. »

Aya haussa simplement les épaules et reprit son portable, vérifiant un message qu'elle venait de recevoir. Sérieusement, elle passait combien de temps sur son portable ? C'était effrayant !

« Si vous le dites. L'important est de plaire aux mariés. Sourit-elle doucement.

- Exactement. Maintenant, nous devons nous y mettre si on veut terminer à temps. Prêt Chaton ? Demanda-t-elle en français à la fin. »

Il lui lança un regard amusé et hocha la tête. Ils se mirent en place et commencèrent à entrer dans leur bulle sous l'œil semi-attentif d'Aya. Quand elle vit Adrien, après dix minutes à les observer, plonger avec gourmandise son doigt dans la pâte crue et lécher son doigt en gémissant de plaisir, elle renifla et s'approcha d'eux.

« Tu ne devrais pas trop en manger chéri. Ce sera mauvais pour ta ligne. »

Les deux amis échangèrent un regard. Intérieurement, Marinette roula des yeux et répéta sa phrase en lui donnant une fois niaisarde. Extérieurement, elle afficha un visage neutre, tendant presque vers une culpabilité feinte.

« Ne t'inquiète pas. Nous avons prévu beaucoup de sport dès demain pour compenser. Se souvint-elle.

- Comment ça ? Interrogea Aya, plissant les yeux en cherchant à comprendre.

- Nos cours pour apprendre la chorégraphie d'ouverture du bal avec les mariés commencent demain soir. Et d'après Alya, le prof' nous en fait baver.

- Vous faites l'ouverture du bal avec les mariés ? S'indigna presque la rousse.

- Une partie. Ainsi que la deuxième chanson.

- Comment ça se fait ? C'est nul comme principe.

- Alya et Nino nous l'ont demandé. Coupa Adrien, visiblement irrité. Al' est ma meilleure amie et Nino est comme un frère pour Mari'. Nous sommes un quatuor inséparable.

- Tu habites de l'autre côté du monde chéri. Niveau « inséparable », on a déjà connu mieux. »

Il lui lança un regard noir, l'avertissant silencieusement de ne pas aller sur ce terrain glissant. Elle savait pertinemment qu'Adrien souffrait de cette distance. Lui balancer ça en pleine figure était purement méchant de sa part. Et il ne comprenait pas pourquoi elle se rabaissait à ça.

« Tu sais très bien qu'on passe presque notre vie à nous parler. Tu t'en plains suffisamment, non ? C'est un honneur pour nous d'être leurs témoins et ça nous fait plaisir de leur faire plaisir. Ils veulent qu'on leur fasse le gâteau ? Pas de problème. On le fait avec joie. Ils veulent qu'on les accompagne pour les premières danses de leur nouvelle vie ? C'est quelque chose de très intime qu'ils nous demandent de partager avec eux et c'est avec fierté que j'irais danser avec eux et Mari'. On a toujours été là l'un pour l'autre depuis toujours et ce n'est pas parce qu'ils se marient que ça va changer. Alors ne dit pas que c'est nul. Ils font leur mariage à leur image et leurs envies. »

Mari' lui sourit tendrement et vint poser sa tête sur son épaule, lui apportant tout le soutien qu'il méritait. Elle était parfaitement d'accord avec lui. Aya ne le lâcha pas du regard. Après quelques secondes de bataille visuelle, elle capitula et souffla un « Vous êtes bizarres les français » qui, étrangement, ne les vexa pas. Oui, ils étaient bizarres, peut-être. Mais ils étaient une famille. Et toutes les familles ont leurs bizarreries.

C'est ce qui les rend si unique.