Pour les notes se référer au prologue.
Je dédie cette histoire à Julie et Nathanaël.
~Chapitre 28 :
Faire face, encore et toujours.
Lorsque Gabrielle se réveilla quelques heures plus tard, elle se sentit, un instant, déphasée mais quand elle sentit les bras d'Haldir autour d'elle, elle reprit pied avec la réalité. Elle se tourna avec douceur et lui fit face. Il avait les yeux clos et sa poitrine se soulevait au rythme de sa respiration. Elle s'imprégna des traits de son visage, d'un geste elle passa une main sur sa joue et soupira :
« Qu'ai-je fait pour te mériter ? »
Se redressant, elle déposa un tendre baiser sur son front et se leva. Elle rejoignit la salle de bain en ayant au préalable pris dans ses affaires qui avaient été déposées sur un des fauteuils de quoi se vêtir. Elle y resta un moment se détendant du mieux qu'elle put sous une bonne douche tiède, après quoi elle s'enveloppa dans une serviette et s'assit face à une coiffeuse, le miroir lui renvoya son reflet : des yeux verts sans éclat, des cernes et une peau un peu pâle. Un soupir s'échappa de ses lèvres, se saisissant d'une brosse à cheveux elle commença à coiffer sa lourde chevelure qui retombait sur son dos. Quand elle termina, elle les laissa détachés et ramena sur le fauteuil ses jambes qu'elle rapprocha de son torse et qu'elle enveloppa de ses bras, posant sa tête sur ses genoux. Elle resta ainsi un petit moment avant de se relever et de s'habiller. Elle passa sur elle une robe blanche et par-dessus une autre robe sans manche, qui retombait sur le jupon de la blanche et qui s'attachait au devant par des ficelles. Elle était verte et lui donnait ainsi l'air d'une simple habitante du Rohan. Une fois sa tenue enfilée et arrangée, elle ressortit de la salle de bain. Sur le lit, Haldir dormait toujours, s'approchant de lui, elle remonta la couverture sur ses épaules et sortit de la pièce en silence.
oO§Oo
Parcourant les couloirs, elle s'arrêta au niveau d'une fenêtre et là, regarda à l'extérieur. Le ciel était gris. Des bruits de pas se firent entendre et quand elle se retourna, ce fut pour faire face à Eomer qui s'inclina.
« Bonjour Demoiselle. »
Gabrielle s'inclina à son tour et offrit un petit sourire au neveu de Théoden.
« Puis-je avoir l'honneur de vous mener jusqu'à la salle à manger ? A cette heure-ci je pense que vos compagnons doivent être éveillés et je crois que l'un d'entre eux est inquiet à votre sujet. »
L'elfine rougit et quand il tendit son bras elle le prit sans grande gêne. Ils commencèrent à marcher doucement, Gabrielle se perdit dans ses pensées et quand ils s'arrêtèrent soudain, elle se crut arrivée mais ce n'était pas le cas. Elle se risqua à porter un regard sur Eomer qui à présent l'observait. Leurs prunelles se croisèrent, celles du Rohirrim semblaient vouloir poser une question. Il prit une bouffée d'air et se lança :
« Pardonnez-moi mais, je ne peux m'empêcher de m'interroger à votre sujet. Vous avez participé à la bataille comme un guerrier aguerri, vous semblez avoir l'estime de mon oncle et de ma sœur. Gandalf vous regarde comme si vous étiez plus précieuse que n'importe quoi sur cette Terre, et moi je viens à me demander qui vous êtes… Vous, que j'ai sauvée sans me poser de question. »
Gabrielle ferma les yeux et se détacha du bras d'Eomer. Ce dernier la regarda aller prendre place sur un petit banc qui se situait non loin de là. Il s'approcha à son tour et la toisa de toute sa hauteur.
« Je ne suis pas une guerrière aguerrie Seigneur Eomer, cette bataille était pour moi la première, jamais auparavant je n'avais été confrontée à l'horreur de la guerre. »
Elle frissonna à ces souvenirs, les yeux toujours clos elle sentit qu'il s'asseyait à ses côtés. Des images de la bataille du Gouffre de Helm retraversèrent son esprit.
« L'estime de votre sœur et de votre oncle, j'ignore à quoi cela est dû. » Elle rouvrit ses yeux verts et se mit à jouer avec ses mains. « J'ai parlé avec votre oncle qui ma donné l'image d'un homme bon et juste, bien qu'accablé par le fait qu'il ait sombré. Votre sœur quant à elle est une personne douce et aimante, ayant peur de ce futur dans lequel elle n'arrive pas à voir quelle est sa place. Je l'apprécie énormément et pourtant je ne la connais pas plus que cela. Mais elle n'a pas hésité à me veiller quand je me suis trouvée mal sur le chemin d'Helm.
- Ma sœur est une personne à la fois forte et fragile, elle ne dit pas souvent ce qui la fait souffrir mais moi je sais, je lis en elle comme dans un livre ouvert. »
Il tourna son regard vers Gabrielle qui à présent jouait avec sa bague.
« Pourquoi avoir participé à une bataille qui ne vous concernait pas ? Votre peuple est si différent du mien, pourquoi vous êtes vous battue pour une cause qui n'est pas la vôtre ? »
Elle tourna à son tour sa tête et croisa le regard du Rohirrim.
« Et pourquoi pas ? L'avenir de la Terre du Milieu passe aussi par le Rohan. Les choix que nous faisons, reflètent nos idéaux, le mien c'est de vouloir un monde de paix même si ce n'est pas encore pour demain. Et puis…
- Et puis ? »
Gabrielle soupira et se releva :
« J'ai des choses à me prouver et mes propres démons à affronter… »
Elle fit quelques pas avant de se retourner et de faire face à Eomer qui s'était relevé.
« Je ne sais pas pourquoi, mes certitudes se sont effondrées en une seule soirée, aujourd'hui je sais plus ce que je dois faire, j'ignore s'il va me rester des forces pour assumer, accepter et encore faire face. »
Eomer fronça les sourcils et s'avança un peu plus alors que l'elfine baissait la tête :
« Les choix que nous faisons nous appartiennent… » Il avança vers elle une main qu'il posa doucement sur son bras. « … Je ne sais pourquoi mais quelque chose me dit de vous faire confiance, moi qui ne la donne que rarement. J'estime toujours que les femmes n'ont pas leur place dans une guerre, elles sont trop sensibles, trop faibles mais ici je me dois de ne pas porter de jugement car vous avez prouvé que vous aviez autant de courage que le plus aguerri de mes soldats. »
Il relâcha la pression sur le bras de Gabrielle et en le tendant de nouveau il l'invita à poursuivre leur route.
oO§Oo
En Lórien, le visage de Galadriel était bouleversé au-dessus de son miroir. Derrière elle se tenait Celeborn plus pâle que jamais. Ces derniers savaient, chacun avait vu, avait pressenti et même ressenti la douleur qui avait émané de Gabrielle. La souveraine de la Lórien s'en était trouvée mal au dîner la veille, et la nuit avait été agitée pour les deux souverains. Celeborn se tenait là, droit, les yeux perdus dans le vague. La voix de sa femme le tira de là :
« Nous n'aurions pas dû le lui cacher. »
Il réagit assez violemment à ces paroles :
«Galadriel, crois-tu qu'il aurait été sage de le lui annoncer quand elle était encore là ? La situation était déjà assez difficile sans lui en rajouter. »
Galadriel se retourna et ils se firent face, leurs pupilles bleues se dévisageant :
« Et maintenant ? Elle est seule, elle ne comprendra pas ! Personne ne peut lui expliquer ! »
Celeborn secoua la tête négativement :
« Non Galadriel ! Elle n'est pas seule, bien au contraire ! Tu le sais, elle doit faire face et arriver par elle même à faire la différence, à comprendre. Galadriel… »
Il s'approcha de son épouse et la prit par les bras et la força à le regarder :
«… Elle n'est pas seule et elle est sûrement mieux entourée que si elle était ici. »
La souveraine ferma les yeux et frissonna :
« Elle est faible Celeborn, même si elle ne dit rien, je ressens une faille en elle et il s'en servira, il l'exploitera, je voudrais tant la protéger. »
Celeborn prit sa femme contre lui et soupira :
« Cette faille, c'est sa blessure. Tant qu'elle n'en parlera pas, elle jouera contre elle mais, faisons-lui confiance. Galadriel, elle a déjà montré beaucoup, elle fait de nouveau confiance et elle a quelqu'un à ses côtés… »
Ils restèrent ainsi dans le silence de la forêt.
Non loin de là, dans une clairière, un cheval s'arrêtait. Une personne en descendit alors qu'un elfe s'approchait d'elle et s'inclina à son devant. Une voix féminine sortit du capuchon que la personne portait.
« Pardonnez-moi mais, pouvez-vous me mener à vos Seigneurs ? »
L'elfe opina et invita la personne à le suivre. Il la mena à la salle des audiences où il la fit attendre. Là, une fois seule, l'elfe ôta sa capuche libérant ainsi une cascade de cheveux brun foncé retombant en boucles régulières le long de son dos. Elle resta de dos et c'est ainsi que la trouvèrent les souverains quand ils pénétrèrent dans la pièce. Elle se retourna à cette entrée révélant ainsi son visage à la peau blanche. Ses yeux d'un bleu profond scrutèrent les souverains avant qu'elle ne s'incline en signe de respect. Galadriel n'eut aucun mal à la reconnaître et pour la première fois depuis deux jours, elle esquissa un sourire.
« Ainsi Elinë, tu as enfin retrouvé le chemin de la Lórien… »
Se relevant Elinë eut à son tour un vague sourire.
« Je ne l'avais jamais perdu majesté, disons que je m'en suis éloignée volontairement. »
La souveraine s'approcha et prit une des mains de l'elfe face à elle. Celeborn lui resta légèrement en retrait.
« Et qu'est-ce qui a fait sortir une ermite telle que toi de son hibernation ? Questionna Galadriel en invitant Elinë à s'asseoir.
- Un sentiment que je n'avais plus ressenti depuis des années. Majesté, en 500 ans je n'avais plus perçu cette présence, je la pensais perdue où pire encore. Pourquoi ne m'avoir rien dit ? Pouvez-vous m'expliquer pourquoi Gabrielle était encore ici sans que je ne le sache ? »
Celeborn vint se placer aux côtés de sa femme qui fit :
« Ainsi, tu as ressenti sa présence ? Le lien qui vous unissait n'est donc pas refermé malgré tout ce qu'elle a traversé. Elinë, il est temps pour toi de savoir certaines choses… »
L'elfe leva son regard sur les deux souverains et ponctua :
« Mais, je ne demande pas mieux… »
oO§Oo
Assise sur une des marches de l'extérieur du palais, Gabrielle songeait aux événements de la nuit passée, une question lui revenait sans cesse à l'esprit : comment devait-elle interpréter tout ceci ? Comment savoir à présent, quelle portée elle devait donner à ses visions ?
Elle se releva et descendit les marches, ses cheveux volèrent avec une bourrasque, elle marcha un moment et s'arrêta soudain. Elle dut se rattraper à la première chose qui tomba sous sa main et ce n'était autre que le bras d'Aragorn qui venait à sa rencontre. Des images se déversèrent dans son esprit et elle ne put empêcher ce flot de l'envahir. Sans un mot, car il savait que ce n'était pas nécessaire, le rôdeur se laissa glisser au sol avec elle, la tenant contre lui. Au même moment, Eowyn sortait des écuries et quand elle les vit, elle accourut à leurs côtés, s'agenouillant face à Aragorn.
« Encore un de ses songes ? »
Le rôdeur hocha la tête et fit doucement :
« Pouvez-vous aller chercher Haldir, je vous prie ? »
Opinant, Eowyn se releva et se précipita vers l'intérieur du château. Dans ses bras, Aragorn tenait Gabrielle dont le visage était devenu pâle.
*Une clairière vaste et aux couleurs de l'automne, Gabrielle se tenait au milieu de celle-ci, droite et immobile. Quand elle ouvrit ses yeux, face à elle se tenait une personne qu'elle connaissait que trop. Il était là, le visage grave et les yeux tristes.
« Pardonne-moi de t'avoir transmis un tel fardeau. »
Il s'avança, mais elle recula.
« Je ne sais pas quoi te dire… »
La voix de Gabrielle trancha nette:
« Pourquoi ne pas commencer par la vérité, père ?
- Il n'y a rien de plus à rajouter à ce que Mithrandir t'a déjà énoncé. Tu dois à présent, toi, choisir ce que tu souhaites faire de ces révélations… »
Il s'avança de nouveau, cette fois elle ne recula pas. Il tendit vers elle sa main et la posa sur son bras.
« Ne te laisse pas manipuler, apprends à discerner ce qui relève de l'influence maléfique de Sauron et ce qui est de la vision purement et simplement elfique.
- Mais comment ? »
Il posa son autre main sur son cœur et répondit doucement :
« En l'écoutant, lui… Et en t'écoutant… » Il dévia sa main vers sa tête « … toi. »
Il planta ses yeux dans les siens et reprit :
« Tu vas vivre des heures difficiles, il ne te laissera pas un moment de paix, il voudra te briser, mais tu seras forte… Car tu n'es pas seule. »
Il lui embrassa le front.
« Eveille-toi à présent, et combats le, selon ce que tu auras choisi. »
Gabrielle se sentit doucement tirée de cette clairière alors que l'image de son père disparaissait. *
Dans les bras du rôdeur, Gabrielle reposait. Haldir accourut dès qu'Eowyn lui eut transmis le message, il jeta un regard à Aragorn qui soupira mais le Capitaine constata que Gabrielle semblait calme et son visage serein contrairement à ses visions habituelles. Il lui prit une main qu'il serra alors que, doucement, elle ouvrait les yeux. Ce fut d'abord les yeux d'Aragorn qu'elle rencontra, inquiet qu'il était. Tournant son visage, elle croisa les prunelles grises d'Haldir, celui-ci lui fit un léger sourire alors qu'un soupir s'échappa des lèvres de l'elfine. Elle essaya de se relever et fut aidée par Aragorn à qui elle effleura de sa main droite une des joues. Puis elle fit dans sa langue natale :
« Et si nous parlions Estel ? »
Ce dernier l'aida à se redresser, Haldir lui prit une de ses mains et la garda dans la sienne.
« Je ne demande pas mieux que de comprendre… »
Il laissa Haldir la prendre par la taille et ensemble ils se mirent à marcher. Elle parla, sans détour, sans rien cacher, admettant ses craintes, ses peurs et ce qu'elle avait du mal à comprendre. Elle fit part de ses doutes, du fait qu'elle ne savait plus, que ses convictions étaient fortement ébranlées. Ils se retrouvèrent au niveau des écuries quand elle s'arrêta, elle ponctua son récit par cette phrase :
« Je suis Gabrielle, fille d'Aradan, héritière sans le savoir d'un pouvoir issu de l'ombre, objet de la manipulation d'un être que je considèrerai jamais comme étant de ma famille. Je ferai face, encore et toujours car c'est ainsi que j'ai été élevée. Contre la puissance qui s'élève, je possède une arme que je sais pouvoir tourner contre lui contrairement à ce qu'il pense. J'ai mes faiblesses comme chacun d'entre nous, à moi de faire en sorte qu'elles deviennent ma force même si, aujourd'hui, j'ignore totalement comment y parvenir. »
Elle porta son regard sur Aragorn qui n'avait prononcé aucune parole. Elle sentit la pression de la main d'Haldir dans la sienne.
« Je n'ai rien demandé de tout cela. »
Le rôdeur soupira et répondit :
« Tout comme je n'ai pas demandé d'être ce que je suis et ce que je devrais être. Mais voilà c'est ainsi.»
Il se tourna vers Gabrielle et lui prit le visage dans ses mains. Par ce geste, elle lâcha la main de son capitaine.
« Tous deux, nous sommes face aujourd'hui à nos propres choix. Toi de choisir si tu le combats à ta façon et moi si j'accepte enfin mon héritage. J'ai aussi mes faiblesses mais je les exploite, j'ai aussi mes peurs et j'ai aussi mes doutes. Gabrielle, toi seule peut décider mais quelque chose me dit que au fond de toi, tu sais pertinemment vers où tu dois te tourner, quel chemin tes pas doivent fouler, comme je le sais. A nous de faire l'unique pas qui nous mettra sur cette route, chacun à notre moment. »
Les paroles du rôdeur lui firent monter les larmes aux yeux et c'est spontanément qu'elle l'entoura de ses bras sous le regard serein d'Haldir.
« Reste juste toi même, ma chère Gabrielle. »
Il se détacha d'elle, l'embrassa sur le front et la remit dans les bras du capitaine.
« Je serai toujours près de toi quoi que tu choisisses. Tu es une personne unique et formidable, n'en doute jamais quoi qu'il se passe. »
Il s'inclina face aux deux elfes et les laissa. Gabrielle le regarda remonter jusqu'au château, puis elle se tourna et se blottit dans les bras d'Haldir. Ce dernier eut un sourire et l'enserra de ses bras. Ils restèrent ainsi, ignorant les regards, leurs cheveux se mêlant avec le léger vent qui soufflait.
oO§Oo
Sur sa monture qui courait à toute allure, Elinë songeait aux paroles de Galadriel. Elle lui avait confirmé ce qu'elle avait craint, ainsi Gabrielle était toujours en vie.
Comment avait-elle pu ne pas le sentir durant toutes ces années ? Elle serra un peu plus fort les rênes de son cheval. Elle se souvint de son départ de la Lórien, elle devait ce jour-là rejoindre ses propres parents à Mirkwood, elle avait senti sur la route l'envol d'une âme, la douleur. Elle n'avait jamais pu mettre un nom sur ces sentiments qui l'avaient animée. A son arrivée à la forêt de Thranduil elle ne s'était pas sentie bien, son cœur se serra au souvenir de la promesse qu'elle n'avait pu tenir envers son amie.
En effet, elle aurait dû rejoindre Gabrielle sur la route qui la conduisait avec ses parents en Lórien. Toutes deux se connaissaient depuis des années. Elinë avait pris sous son aile ce petit bout d'elfe lors de sa première visite à Imladris et depuis leur amitié n'avait jamais failli. Elle était plus âgée que Gabrielle de 500 ans la rendant un peu plus sage, enfin en théorie. Mais les événements les avaient séparées, cependant elles parvenaient toujours à rester en contact.
Mais elle n'avait pas tenu sa promesse et quand elle avait appris la mort des parents de Gabrielle par une missive, elle s'en voulut à un point tel qu'elle refusa d'en entendre plus. Elle crut que Gabrielle, elle aussi, avait succombé et elle s'enfonça dans la forêt de Mirkwood, vivant recluse, n'acceptant que de rares visites. Elle avait senti le lien qui la reliait avec Gabrielle se rompre, et elle s'en voulut.
Aujourd'hui, elle savait qu'elle s'était trompée, elle avait appris de la bouche de Galadriel les événements tragiques de ce jour maudit.
« Nolorin… Nolorin. » Fit-elle à sa monture.
La cadence augmenta alors qu'un prénom s'échappait de ses lèvres :
« Gabrielle. »
oO§Oo
A Meduseld, Gabrielle semblait avoir trouvé une certaine paix en elle. Restant le plus souvent aux côtés d'Haldir, avec qui elle partageait ses conversations, elle semblait un peu plus sûr d'elle. Deux jours s'étaient écoulés depuis les révélations de Gandalf et cette fameuse nuit. Haldir partageait toujours ses nuits, l'apaisant du mieux qu'il pouvait mais il savait qu'elle ne dormait quasiment pas. La peur des rêves était encore plus présente la nuit, là, elle ne contrôlait plus, elle le savait. Ils passaient leurs soirées, enlacés. Mais quand lui, malgré lui, sombrait, elle restait là à le contempler ou à s'asseoir près de la fenêtre et de laisser son regard se perdre à l'horizon.
A l'aube du septième jour, il se réveilla dans un lit vide. Se redressant, il la trouva assise dans un fauteuil, les yeux clos, la tête sur ses genoux et les bras les entourant. Il se leva, se vêtit de sa tunique et s'approcha :
« Ma douce ? »
Mais aucune réponse ne lui parvint, elle avait visiblement succombé au sommeil. Avec douceur, il détacha ses bras, la souleva et la mena sur le lit. Là, il l'installa et remonta sur elle les couvertures avant de se diriger vers la salle de bain. Alors qu'il prenait une douche, un cri retentit venant de la chambre. Se rhabillant rapidement, il se précipita dans cette dernière et vit Gabrielle assise dans le lit le regard vague. Il se précipita à ses côtés et la prit dans ses bras. Il ne comprit pas les paroles qu'elle prononça :
« Elle n'est pas partie ! »
Il la prit par les épaules et l'interrogea :
« Je ne comprends pas, de qui parles-tu ? Qui n'est pas parti ? »
Elle se redressa vivement, se libéra de l'étreinte, rejeta les couvertures et sortit, aussi rapide que l'éclair, de la chambre. Quand Haldir réagit, la porte était ouverte, il se redressa vivement et lui courut après :
« Gabrielle ! Attends-moi ! »
Elle dévala les escaliers et se retrouva rapidement dans la salle des audiences. Là, Théoden se leva de son trône, Eomer se redressa et Eowyn se retourna. Aragorn, lui, entra au même moment alors que Gimli et Merry, eux, la regardait étrangement. En effet, ses cheveux étaient en bataille et sa robe n'était plus que composée d'une seule partie, celle du jupon du dessous. Haldir arriva derrière elle alors qu'elle reprenait sa course.
« Non mais ! » Rouspéta-t-il. « Gabrielle ! Où cours-tu ainsi ? »
Il se remit à sa poursuite alors que Théoden regardait ses neveux avec un drôle de regard. Gimli bougonna alors qu'Aragorn se précipita derrière Haldir.
Gabrielle freina sa course sur le balcon. Là, son regard se porta sur deux silhouettes en contre bas. Près d'un cheval se tenait Legolas en compagnie d'une personne qui était de dos. A un mouvement du prince elfe sur son épaule, la silhouette se retourna et c'est sans aucun mal que Gabrielle la reconnut. Elle resta un moment stupéfaite alors que la silhouette se découvrit, Haldir arriva près de Gabrielle :
« Dis, tu veux bien m'… »
Mais il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il put entendre :
« Elinë !»
Près de Legolas, Elinë lui jeta un regard avant de s'avancer vers les escaliers, Gabrielle posa une main sur le bras d'Haldir, Aragorn vint se placer près de lui, Théoden sortit à son tour en compagnie d'Eomer et Eowyn suivit par Gimli et Merry.
« Gabr… »
Mais une nouvelle fois, il ne finit pas sa phrase que déjà elle dévalait les escaliers.
Elinë au bas ouvrit ses bras et y reçut enfin l'elfine. Legolas leva son regard vers Haldir et Aragorn et leur lança un léger sourire. Ils assistaient tous aux retrouvailles de deux amies séparées depuis 500 ans.
Dans les bras de celle qu'elle avait nommée Elinë, Gabrielle sentit les larmes lui monter aux yeux. Depuis tout ce temps, depuis ces années où elle l'avait cru partie. Elle put sentir une main caresser ses cheveux et une voix qui murmura à son oreille d'une façon douce et aimante :
« Ma petite elfe, reprends-toi… »
Mais rien n'y faisait, Elinë put la sentir trembler pour finalement se laisser choir au sol relâchant son étreinte, les mains sur son visage. Elle eut pour réflexe de s'agenouiller et de lui prendre ses mains qu'elle serra dans les siennes. Elle ressentit vivement les sentiments de Gabrielle, confusion, bonheur, incompréhension.
Alors elle la reprit contre elle et la berça lui chuchotant des paroles dans sa langue maternelle. Haldir avait laissé Aragorn et descendait à présent les marches. Il se retrouva rapidement au niveau de Gabrielle et d'Elinë, non loin de lui Legolas jeta un dernier regard à la nouvelle arrivante avant de monter en direction de ses compagnons afin de leur expliquer. Pendant qu'Haldir s'agenouillait près des deux femmes et qu'il passait une main apaisante sur le dos de Gabrielle, le Prince elfe arrivé près du rôdeur s'expliqua à son adresse ainsi qu'aux autres :
« Elinë est une amie d'enfance de Gabrielle. Enfin, enfance est un grand mot ! Disons, qu'elles ont 500 ans de différence mais s'entendent comme deux sœurs qu'elles auraient pu être. Gabrielle a sans doute cru à la disparition de son amie car voilà 500 ans qu'elles ne se sont pas vues…
- 500 ans ? » Repris Aragorn « Mais cela correspond aux événements tragiques qui lui ont à jamais bouleversé sa vie ! »
Théoden fronça les yeux mais n'osa intervenir. Eowyn le remarqua alors que son frère, lui, regardait les trois silhouettes. Haldir et Elinë l'avaient tous deux relevé Gabrielle et s'éloignaient avec elle.
« Oui, à cette époque les sens de Elinë l'ont trompée, elle a cru à un présage et a interprété de façon erronée un message qui, je m'en souviens encore, n'était pas très clair. Elle s'est isolée au plus profond de Mirkwood, se sentant responsable pour une raison, que j'ignore encore, des événements de cette époque. Elle n'acceptait que peu de présence. Et, je fus le seul, avec une autre elfe, dont elle accepta la compagnie. C'est une elfe de Lórien qui s'est exilée à Mirkwood et qui vient visiblement de retrouver un souffle à son existence. »
Aragorn regarda à son tour les silhouettes disparaître, et il tressaillit à la question que Théoden posa :
« Pardonnez-moi, mais je suis intrigué. De quels événements parlez-vous donc ? Qu'est-ce qui a rendu la jeune Gabrielle, si je puis dire sentimentalement parlant, si fragile ? Pourquoi fuit-elle les hommes quand elle ne les connaît pas de façon si brutale ? Je ne peux m'empêcher de m'interroger car son comportement est si particulier. Je me fais sans nul doute indiscret et je m'en excuse mais il y a tant de choses que nous voudrions comprendre. »
Gimli se permit alors de rajouter :
« Il est vrai ami que son comportement est tout à fait singulier. Je pense ne pas me tromper en disant qu'elle ne se comporte pas comme une femme elfe devrait le faire. Si vous nous éclairiez un peu ? »
Aragorn échangea un regard avec Legolas qui haussa les épaules. Ce n'était pas à eux de raconter cela cependant l'interrogation du roi Théoden était légitime et les mots d'Eomer finirent par convaincre le rôdeur.
« Il y a chez elle une volonté farouche de vengeance. Elle est dissimulée, elle ne se voit pas mais est très facilement reconnaissable à sa façon de se battre. Je ne me trompe pas en affirmant qu'elle a connu la douleur d'être aux prises avec des adversaires plus forts qu'elle ? Et est-ce que je me trompe encore en affirmant encore qu'elle a été initiée aux combats dans un but de guerre ? Est ce ainsi que les femmes elfes sont élevées ? »
Aragorn soupira, il allait répondre quand la voix d'Ealron qui arrivait en compagnie des deux frères d'Haldir l'en empêcha.
« Vous ne vous trompez pas Seigneur Eomer, votre jugement est le bon. Pour répondre à vos interrogations, Gabrielle n'a pas été élevée en cité comme elle aurait dû l'être. Ses parents étaient devenus des elfes nomades. Ce qui est très rare chez nous, mais existant. Elle n'agit effectivement pas comme une elfe de son rang, car même si elle ne le revendique pas, elle est l'unique héritière de la lignée de la famille royale elfique de la Lórien et ceci depuis la disparition de Celebrian, fille unique de nos Seigneurs. Elle agit de façon combative tout comme son défunt père le lui a enseigné. Elle cache en elle une grande souffrance que certains d'entre vous connaissent et que d'autres ont ressentie. Elle ne m'en voudra pas de vous éclairer à ce sujet car jamais elle ne le fera d'elle-même. »
Le commandant tourna à son tour son regard vers la direction prise par les trois elfes. Il reprit son discours.
« Gabrielle est la fille d'Aradan et de Laurelin, douce, craintive, aimante, attachante mais aussi horriblement marquée dans sa chair et dans son esprit par la cruauté de l'Homme et sa barbarie. Agée de 1000 ans on lui en donne le double sur certains points. Vous disiez seigneur Eomer avoir ressenti un sentiment de vengeance, je vous répondrai qu'oui, même si elle ne s'en est pas rendu compte. Il était là, présent en elle. Vous dites avoir ressenti qu'elle avait déjà été aux prises avec des adversaires plus forts qu'elle. Là encore je vous réponds oui et ce, à deux reprises. Il y a 500 ans, au printemps très exactement, alors qu'elle faisait route avec ses parents vers les bois de la Lórien, ils tombèrent dans une embuscade d'orques. Ces derniers, en trop grand nombre, assassinèrent devant ses yeux ceux qui lui avaient donné la vie, elle ne dut sa survie qu'à un groupe d'Hommes du Sud qui passait eux aussi vers là… Survie ? C'est là un bien grand mot… Ils ne l'aidèrent en rien bien au contraire. »
Ealron marqua une pause et observa ses interlocuteurs. Il vit le visage d'Eowyn se crisper, visiblement la jeune princesse avait compris mais ce n'était pas la seule, Théoden se pinçait les lèvres alors qu'Eomer prenait la main de sa sœur.
« Ces Hommes osèrent la toucher, la blesser bien plus que physiquement, elle en garde aujourd'hui encore des séquelles physiques qu'elle portera à jamais mais aussi psychologiques. Mais là, elle a rencontré une personne qui a su lui montrer la sortie de l'obscurité qu'elle traversait. Pendant 500 ans, elle a fui un monde qui l'a brisée, elle a traversé son désert en portant son fardeau. Mais le destin a voulu autre chose pour elle et les Valars n'ont pas voulu qu'elle parte vers l'Ouest. Pas avant d'avoir, elle aussi, accompli son propre chemin ici. »
Aragorn soupira alors que Gimli se risqua :
« Une telle volonté de vivre. Comment est-ce possible chez une si jeune personne ?
- Maître nain, pour nous, Gabrielle reste une véritable énigme sur ce point. » Répondit Ealron
« Comment a-t-elle eu la volonté malgré l'état du corps de ses parents de les mener aux Havres-Gris ? Comment, pendant 500 ans, a-t-elle pu vivre avec cette douleur ? Comment, aujourd'hui, parvint-elle à avancer en connaissant ce qu'elle sait ? Nous l'ignorons… Elle puise en elle. Elle reste fragile mais aussi forte. Elle a trouvé une épaule sur laquelle se reposer et surtout a su de nouveau faire confiance. Comment ? Seuls les Valars le savent ! Mais une chose est certaine, elle le dit elle-même, elle a sa place dans tout ceci. Et c'est aujourd'hui plus vrai que jamais. »
Théoden tourna son regard vers Ealron :
« Et vous ne nous avez pas tout dits, n'est ce pas ? Pas une fois vous n'avez évoqué son don. »
Legolas et Aragorn levèrent un regard surpris sur le Roi alors qu'Eomer redressait la tête portant sur son oncle une attention tout aussi surprise. Eowyn se contenta de dire :
« Ce qu'elle appelle étant comme une bénédiction et une malédiction, ce qu'elle combat dans ses rêves, ce qui la fait souffrir sans qu'elle n'en parle.»
Le commandant les observa ahuri mais se reprit vite :
« Je vois que vous étiez au courant. Je l'ignorais.
- Elle m'en a parlé la veille de notre départ pour Helm, je ne pouvais m'expliquer pourquoi j'avais la sensation de la connaître. »
Eowyn souffla :
« J'ai été le témoin involontaire de cette confession et, par la suite, nous en avons parlé… »
Ealron hocha la tête mais répondit :
« Sur ce point, je ne puis vous en dire d'avantage car ceci lui appartient. J'en ai déjà dit plus que je n'aurais dû. Mais n'ayez crainte, un jour viendra où vous comprendrez certaines choses, tout comme elle aujourd'hui. »
Sur ces paroles, Ealron s'inclina et c'est suivi par les deux frères d'Haldir qui étaient restés silencieux qu'il s'éloigna du groupe. Rumil interrogea alors :
« Avez-vous bien fait de le leur dire ? Ne devait-elle pas le faire elle-même ? »
S'arrêtant Ealron planta son regard dans celui de Rumil :
« Elle ne l'aurait jamais fait et je pense qu'ils devaient savoir certaines choses. A présent, ceci ne nous regarde plus. Par ailleurs, je vous annonce que nous rentrons à Caras Galadhon. Ils ont besoin de nous là-bas. »
Orophin fronça les yeux et demanda :
« Et Haldir ? »
Ealron soupira, reprit sa marche et lâcha :
« Je le libère de ses fonctions, il est libre de suivre sa propre route. »
Les deux frères s'interrogèrent du regard, ainsi, l'heure du choix pour le gardien avait sonné.
oO§Oo
De leurs côtés, Théoden en compagnie d'Eomer avait rejoint la salle du trône. Eowyn, elle, était restée avec les compagnons qui demeuraient muet sur le balcon du palais. Elle les laissa quelques minutes plus tard, s'éloignant à son tour. Le regard de Legolas se perdait sur un point qu'il distinguait en contre bas, les silhouettes assises des trois elfes. Aragorn ne rajouta rien et partit à son tour marché au travers Edoras.
En contre bas, Elinë en compagnie d'Haldir et de Gabrielle que tous deux soutenaient, étaient sortis d'Edoras et avaient pris place sur l'herbe fraîche. Haldir observait son ange qui semblait à cet instant si fragile. Il avait laissé Elinë l'installer contre elle et lui murmurer :
« Repose ton âme petite elfe, je serai encore là à ton réveil. »
Elle lui caressa les cheveux et reprit :
« Je serai toujours près de toi, comme je te l'ai promis il y a des années de cela. Dors petite elfe. »
Gabrielle leva les yeux sur ceux de l'elfe qui la tenait contre elle. Un sourire naquit sur ses lèvres alors qu'un soupir s'échappait de celles-ci. Bougeant un peu, elle le vit, toujours là, aussi silencieux qu'il avait été. Levant une main vers lui, Haldir s'approcha et la prit dans les siennes. A son tour il fit :
« Tu as toi aussi le droit au repos. Nous sommes près de toi, ne craint pas le sommeil. Repose-toi, à ton réveil tu pourras poser toutes les questions que tu souhaiteras, on ne bouge pas.»
Il porta sa main à ses lèvres et l'embrassa amoureusement. Il sentit une faible pression alors qu'elle fermait les yeux. Elinë et Haldir purent alors entendre :
« Je ne crains plus l'Ombre puisque vous êtes là. »
Elle sentit Gabrielle succomber au sommeil, là elle dégagea une de ses mains, défit l'attache de sa cape et d'un mouvement d'épaule s'en débarrassa. Haldir comprit la manœuvre, il ramassa l'étoffe et la posa sur le corps endormi de son ange. Quand il se redressa, il croisa le regard perçant d'Elinë, ils s'affrontèrent un instant du regard puis celui de l'elfe tomba sur le pendentif qu'Haldir portait au cou. Elle leva la main et l'effleura doucement, elle fit :
« Elle doit tenir à vous pour vous avoir ainsi fait confiance. »
Haldir rompit le contact visuel pour ramener son regard sur le corps endormi de Gabrielle.
« Tout comme je tiens à elle. »
Elle hocha imperceptiblement la tête avant de reprendre :
« Je me nomme Elinë, je suis aussi porteuse d'un message pour vous Haldir de Lórien, Capitaine des Archers. »
Ce dernier se redressa.
« Et quel est-il ? Interrogea-t-il.
- L'heure des choix est là Capitaine et pas seulement que pour elle… »
Haldir fronça les yeux alors qu'Elinë ponctua :
« … Pour vous aussi… »
