Sakusa était sur son canapé, regardant un match de volley-ball -pour changer ses habitudes- quand son téléphone sonna. Il le regarda du coin de l'œil, supposant que c'était un appel de Miya, une fois de plus. Mais non, le nom sur son écran n'était pas celui attendu. Il attrapa rapidement l'appareil, se redressa sur son siège et éteignit la télévision.

«- Capitaine ?» répondit-il.

La ligne resta silencieuse pendant ce qui sembla être des minutes. Puis, Meian soupira et le bruit des cheveux se faisant ébouriffés put être entendu.

«- Sakusa… Je-… je ne sais pas comment je suis censé dire ça…

- Quoi ? Dire quoi ?»

Son ton paniqué le fit grimacer.

«- C'est Miya. Il-

- Atsumu ?»

Un autre silence.

«- Oui, Atsumu. confirma doucement Shuugo. Il… Il a été testé positif au Covid 19.

- Cet abruti ! Je lui ai dit de faire attention ! Pourquoi ne peut-il pas m'écouter ? Quand nous retournerons à la pratique, il devra porter un masque. Même en jouant, j'en ai rien à fai-

- Kiyoomi.»

Son prénom le fit s'arrêter à mi-phrase. Qu'est-ce qui se passait ?

«- Mi-Atsumu, il est à l'hôpital. Osamu m'a dit que les médecins l'avaient mis au service des soins palliatifs.

-… qu-quoi?

- Tu comprends ce que ça signifie ?»

Oh, oui, il comprenait. Il se rappelait parfaitement comment son grand-père avait été mis dans ce service alors que son cancer l'emportait manifestement. Il se souvenait que sa mère était là aussi, après son accident de voiture. Ils étaient tous les deux morts en moins d'un mois.

«- O-oui. Est-il… Est-il réveillé ? demanda Sakusa, ne se souciant plus de sa voix tremblante.

- Non. Les médecins ont dit que c'était mieux pour sa santé, mentale et physique. Ne pas pouvoir voir personne quand tu sais que tu vas m-

- Ne le dis pas. Il n'est pas… Il ne va pas-…

- Kyoomi…

- Je vais… Je vais appeler Osamu, il me dira exactement ce qui se passe. Merci Capitaine, au revoir.

-… Au revoir, Sakusa. Ne fais rien de stupide.»

Ce dernier raccrocha en ricanant jaune. Qu'est-ce qui pourrait être considéré comme stupide par rapport à Atsumu Miya attrapant le Covid ? Rien, correct.

Comme on pouvait s'y attendre lorsque le frère de l'un était mourant, Osamu ne répondit à son téléphone qu'à la nuit tombante. Au trente-septième appel d'Omi.

Lorsque les mots tombèrent dans son oreille, le cerveau de Kiyoomi s'arrêta. «ne pouvait pas respirer», «tout son corps lui faisait mal», «plus rien à faire», «une semaine, au mieux»… Le joueur des Black Jackals fixait juste le vide, bouche bée et les yeux absents. Les sanglots du propriétaire de la boutique d'onigiris le sortirent de sa transe.

«- Osamu ... J-je suis désolé-

- Non, Sakusa. Je devrais être celui qui s'excuse. Je vais… Je vais perdre la meilleure partie de moi, c'est vrai. Il est mon-il est mon frère, mon petit frère. Mais c'est toi qui perds l'amour de ta vie. Il t'aimait-t'aime toujours. Vraiment. Il voulait-il allait te l'avouer quand vous alliez gagner les Jeux Olympiques mais…

- Mais nous ne l'avons pas fait. On a perdu contre l'équipe d'Oikawa. Il aurait dû le faire.

- Sakusa-

- Il aurait dû le faire, putain de merde !»

Osamu hoqueta, surpris par l'explosion soudaine. Il cligna des yeux, chassant ses larmes, une, deux fois. Sakusa Kiyoomi pleurait à l'autre bout du téléphone.

«- Il aurait dû… Excuse-moi, mais ton frère est le plus idiot du monde.

- Mais tu es amoureux de cet idiot, pas vrai ?

-… Oui, je le suis. Mais il est un peu trop tard, non ?

- Je ne dirai pas que ce n'est pas le cas.»

Ils échangèrent des appels tous les jours de cette semaine maudite. L'état d'Astumu ne s'améliorait pas. En fait, il se dégradait d'heure en heure. C'était un miracle qu'il ait atteint le huitième jour. Les médecins les avaient prévenus, cela ne voulait rien dire. Ils en eurent la preuve un jour plus tard. Eh bien, pas exactement. Cela arriva juste à minuit sur l'horloge. Osamu reçut l'appel dont il avait peur, alors qu'il était au téléphone avec Sakusa. Kiyoomi sut instantanément, l'accroche dans le ton de Miya l'avait vendu. Il attendit patiemment. Cela ne valait pas la peine de s'énerver. Rien ne changerait leur destin. Cependant, des larmes coulèrent au coin de ses yeux quand Osamu revint à leur appel.

«- Il est parti.

- Je sais.

- Il est mort.

- Je-je sais, Osamu.

- On ne le reverra plus jamais.

-… arrête, s'il te plaît.

- D'accord. Je te parlerai plus tard.

- Okay, au revoir.

- Au revoir, Omi Omi.»

Le surnom fut la dernière flèche au cœur de Sakusa. Il fondit en larmes, serrant son poing autour de sa chemise. L'air fut expulsé de ses poumons et il eut l'impression qu'il pouvait mourir maintenant. Était-ce ce qu'Atsumu avait ressenti pendant tout ce temps ?