Chapitre 56 : Release

La mâchoire contractée, Stiles n'avait plus aucun contrôle sur son souffle rendu court d'agacement tandis qu'il fixait le dos d'Isaac.

Le voir se rapprocher inexorablement de Luna le rendait fou de rage.

D'abord, parce qu'il ne pouvait faire taire cette voix dans sa tête qui lui disait de se méfier de la jeune fille, mais aussi parce qu'il voyait, derrière le masque dédaigneux de Lydia, la douleur qu'elle cherchait à cacher aux yeux de tous.

Il n'avait pas encore abordé la question avec elle. D'abord parce qu'il peinait à se retrouver seul en sa compagnie, mais surtout parce qu'elle évitait le sujet plus qu'habilement.

Elle ne connaissait que trop bien ses faiblesses.

Ses troubles de l'attention étaient une faille dans sa concentration qu'elle savait exploiter, l'entraînant toujours vers d'autres sujets de réflexion et de conversation dans lesquels il se laissait embarquer bien malgré lui.

D'un autre côté, il pouvait comprendre Isaac.

Il ne sortait pas avec Luna, mais de toute évidence, sa compagnie lui faisait du bien. Elle lui permettait de se changer les idées, le détourner de son chagrin. Lydia ne faisait jamais partie de leurs conversations ce qui devait être un avantage non négligeable pour le louveteau qui faisait son possible pour ne rien montrer de sa douleur.

Pour la fille Carter, pourtant, l'attente semblait différente. Elle n'avait de cesse de lui offrir ses sourires séducteurs et faisait battre ses longs cils plus que nécessaire lorsqu'elle plantait ses iris saphir dans ceux plus clair du louveteau.

Huit jours que leur petit manège avait commencé.

Stiles n'était pas sûr de tenir un jour de plus à rester sans rien dire ou faire !

Il profiterait du trajet jusqu'au loft pour en toucher deux mots avec Isaac… À défaut de pouvoir aborder la question avec Lydia !

Maintenant que la colère et la tristesse étaient retombées, peut-être pourrait-il convaincre le bouclé !

C'était la dernière fois qu'il aurait à faire le chauffeur pour son frère de meute.

La semaine écoulée avait été prolifique.

Isaac avait pu passer son DATA puis son code* et avait validé son permis de conduire auprès de la DMV* au volant de la camaro de son mentor.

Ne lui manquait plus que son propre véhicule que Derek lui avait promis d'acheter le soir même.

L'appartement situé à Los Angeles de l'ancien alpha avait connu un fort succès et croulait déjà sous les réservations hebdomadaires des touristes jusqu'à la fin août.

De quoi rassurer l'homme quant à ses rentrées d'argent en attendant de valider son embauche chez Grey Enterprise.

C'était donc plus décidé que jamais que le fils du shérif s'élança à la sortie du lycée, Max et Danny à ses côtés comme bien souvent ces derniers temps.

Il repéra une fois de plus le dos du bêta un peu plus loin en l'éternelle compagnie de sa nouvelle amie. Celle-ci se montrait d'ailleurs de plus en plus tactile avec lui sans qu'il ne semble remarquer ses multiples signaux séducteurs…

En d'autres circonstances, Stiles aurait même trouvé ça particulièrement risible.

Bon, il devait reconnaître que lui-même n'était pas doué en la matière.

Il n'avait jamais repéré les regards ni l'intérêt qu'Erika avait nourri pour lui !

— Isaac ! On y… Qu'est-ce que mon père fout ici ?!

Aussitôt, la crainte remplaça la surprise et sans se soucier des regards curieux sur le véhicule de patrouille du shérif, il s'élança à sa rencontre.

De toute façon, ce n'était un secret pour personne au lycée qu'il était le fils du représentant de l'autorité de Beacon Hills !

— Papa ! Qu'est-ce qui se passe ? Tout va bien ?

Il était certainement ridicule à s'inquiéter autant pour son père, mais il ressentait le besoin incontrôlable de le savoir en sécurité.

Quand on connaissait le métier de Noah, pas étonnant qu'il soit toujours angoissé !

L'enquête à Hill Valley avait occupé une grande partie du temps du quadragénaire les semaines précédentes, mais à présent que l'enquête préliminaire était terminée, ses collègues de la ville voisine n'avaient plus besoin du renfort des gars de Beacon Hills !

Ce qui n'empêchait pas Noah d'échanger régulièrement avec son confrère afin de communiquer sur l'avancée de l'investigation.

— J'ai effectivement un problème, kiddo ! Mon fils ne répond pas à mes SMS, m'obligeant à venir en personne le trouver à la sortie du lycée !

Parrish, assis sur le siège passager, camoufla son sourire amusé derrière sa main. Le conducteur quant à lui, avait posé son bras négligemment sur le rebord de la fenêtre, qu'il avait simplement baissée pour parler avec son garnement sans sortir du véhicule.

— Tes…

Stiles secoua la tête avant d'extirper son téléphone de la poche de son pantalon.

Derek ne lui écrivait plus que rarement depuis qu'il avait commencé à travailler sur les plans du manoir, aussi, il ne consultait presque plus son portable.

Avec une grimace mortifiée, il s'aperçut effectivement qu'il avait reçu six messages de son père.

— Ton kiné a déplacé ton rendez-vous de demain à ce soir, à cause d'un empêchement ! Tu ne devrais pas traîner si tu veux être à l'heure !

Le cœur de l'adolescent s'emballa sous la colère.

Ce Casanova en carton avait le don de lui pourrir l'existence !

Et, oui ! Il avait conscience d'exagérer légèrement, mais quand même !

— Je rentre pour vingt heures si tout va bien ! Soirée pizza, ça te tente ? Et ne vas pas me parler de calories ! Derek et Isaac sont les bienvenus !

Stiles avait effectivement ouvert la bouche pour protester avant de la refermer avec un sourire. Son père le connaissait littéralement comme s'il l'avait fait !

— Je te laisse voir avec eux ! À ce soir, Stiles !

Après avoir observé le véhicule de patrouille s'éloigner, il prit connaissance des messages que son père lui avait envoyés et soupira à la perspective de devoir se rendre à ce fichu rendez-vous qui venait bouleverser tous ses plans.

— Une mauvaise nouvelle ? s'inquiéta Maxime en ami de toujours lorsque Danny et lui le rejoignirent.

— Non, juste…

Un nouveau soupir lui échappa avant qu'il ne se souvienne que ce serait son tout dernier rendez-vous !

Le sourire lui revint et il rassura son ami.

Ils se saluèrent avant de se séparer, puis Stiles rejoignit le louveteau qui l'attendait à côté de la Jeep, toujours en compagnie de Luna.

— J'ai un petit empêchement, expliqua-t-il sans préambule. Ça t'embête si Allison te ramène ? J'ai rendez-vous à l'hôpital !

— Scott et Alli sont déjà partis, répondit l'autre lycéen en quittant la brune des yeux.

— Merde ! J'aurai pas le temps de te déposer avant, mais tu peux m'accompagner et je te ramène après ?

— Je peux te ramener, moi, si tu veux !

Stiles fut incapable de se retenir de lever les yeux au ciel ! Il ne manquait plus que ça !

— Tu ferais ça ? s'enthousiasma Isaac.

Le fils du shérif serra à nouveau la mâchoire, levant une seconde fois les yeux au ciel…

Les deux adolescents partirent dans une conversation emplie de remerciements et ronds de jambe un peu trop marqués sous le regard sombre de Stiles.

— Super ! Alors à plus tard, mec ! Courage pour ton rendez-vous !

L'hyperactif observa son ami partir avec un signe de main, imité par Luna qui lui offrit un sourire éblouissant avant d'entraîner son camarade vers sa mustang garée un peu plus loin.

Pourquoi ses plans tombaient-ils toujours à l'eau ? Avec un soupir agacé, il monta dans sa fidèle voiture et prit le chemin de l'hôpital.

Le trajet fut rapide tant il rumina son agacement.

Il avança vers l'accueil comme un automate avant d'apercevoir, une fois de plus, Paul, en tenue civile comme à son habitude, adossé au comptoir, en plein plan drague avec Mélissa.

— La journée va être pourrie jusqu'au bout !

Son exaspération exprimée à voix haute attira sur lui l'attention des deux adultes.

— Oh ! Stiles ! Désolé d'avoir dû modifier tes plans pour la soirée. Prêt pour notre dernière séance de torture ?

Mélissa souffla un rire avant de poser sur le lycéen son regard maternel qui faisait à la fois tellement de bien à Stiles tout en enserrant son cœur d'une peine toute nostalgique.

— J'ai hâte d'en finir !

Aucun des deux soignants ne sembla entendre son ton blasé ou peut-être préférèrent-ils en faire fi !

— Alors, comment se porte cette main ? demanda Paul, une fois qu'ils furent installés dans la salle de soin qui lui était attribuée.

— Bien ! ronchonna Stiles de mauvaise humeur comme chaque fois qu'il devait supporter le kinésithérapeute.

— Eh bien ! C'est ce que nous allons vérifier. Cette séance va beaucoup ressembler à la première. Je vais vérifier l'amplitude des mouvements que tu peux supporter. Je peux être amené à te rajouter des séances ou à te prescrire des exercices à la maison si je vois que tu peines encore trop ! Tu es prêt ?

Stiles avait hâte de mettre tout ça derrière lui. Bien sûr qu'il était prêt !

Cependant, l'idée de séance supplémentaire n'était pas pour le ravir. Il hocha la tête et tendit la main vers celle de l'homme.

— Alors, dis-moi quand ça fait mal !

Et, oui… Il avait eu mal !

Une putain de douleur quand Paul avait été chercher les limites de sa motricité.

Pourtant, il n'avait rien dit, se contentant de serrer les dents en laissant faire l'homme.

Il aurait pu être honnête et lui dire stop à tout moment, mais il préférait souffrir que de risquer de gagner d'autres rendez-vous en sa compagnie.

C'était sûrement idiot. Assurément même ! Mais il n'avait jamais aimé les hôpitaux et le nouveau prétendant de Mélissa n'avait rien fait pour arranger les choses.

Il ne l'aimait pas !

C'était presque magnétique. Comme si chacun de ses atomes repoussait sa présence. On pouvait bien parler d'atomes crochus ou d'alchimie… Le concernant, c'était tout l'inverse.

— Bien ! C'est parfait !

Le sourire éblouissant de l'homme lui fit un drôle d'effet qu'il ne parvint pas à comprendre. Il y avait quelque chose dans ce sourire… mais quoi ?

Ce n'était pas de l'attirance, ça il en était sûr.

Il avait beau être en couple, il pouvait dire sans honte qu'un autre que Derek avait du charme.

Il n'était pas subitement devenu aveugle.

Et du charme, Paul en avait à revendre. Pour un homme de son âge, il était vraiment canon. Il fallait le lui reconnaître.

Ses yeux plus marron que vert selon l'éclairage, ses cheveux brun clair arborant la dernière coupe à la mode, sa barbe de trois jours parfaitement taillée et son attitude sûre de lui étaient autant d'atouts en sa faveur.

Évidemment, en comparaison de Derek, il ne faisait pas le poids et Stiles ne l'avait jamais trouvé à son goût.

Là n'était pas la question !

Il pouvait juste comprendre que ce soit le cas de Mélissa.

L'adulte se leva pour le précéder vers la sortie, mais Stiles était encore déconcerté par son impression. Il ne pouvait pas partir sans mettre un nom sur son ressenti.

— Vous avez toujours voulu faire kiné ?

La question était presque sortie toute seule, son cerveau prenant le contrôle des opérations à son plus grand soulagement.

— Je veux dire… On m'a demandé, il y a peu, ce que je voulais faire plus tard… Pour vous, kiné était une vocation ?

Paul lui adressa un sourire patient et rebroussa chemin jusqu'à son bureau.

— Tu sais que durant toutes nos séances, tu as à peine ouvert la bouche et c'est maintenant que nous devons nous quitter que tu te décides à faire ma connaissance !

Son ton légèrement moqueur agaça au plus haut point le fils du shérif.

— Tu sais qu'avec Mélissa… c'est du sérieux, maintenant ? Et, avec ton ami Scott, la rencontre s'est vraiment bien passée. Il t'en a peut-être parlé !

Pourquoi fallait-il qu'il remette Mélissa sur le tapis ? Ce n'était absolument pas la question !

Comme s'il lisait dans ses pensées, l'homme reprit.

— Quoi qu'il en soit, j'ai cru comprendre que tu étais vraiment proche des McCall alors… Pas d'inquiétude ! Nous serons amenés à nous revoir, j'en suis certain !

Stiles ne put s'empêcher d'ouvrir légèrement la bouche de surprise.

L'homme s'imaginait-il qu'il en était venu à l'apprécier ? C'était vraiment irréel !

— Pour répondre néanmoins à ta question. Non, ce n'est pas une vocation. J'ai toujours travaillé dans le domaine médical, mais mon intérêt pour la connaissance de l'anatomie humaine s'est manifesté bien après le début de ma carrière.

L'anatomie humaine !

Quel autre domaine de la médecine ne nécessitait pas ce genre de connaissance ?

C'est alors que leurs différentes entrevues lui revinrent en mémoire.

Stiles expira d'exaspération en roulant des yeux.

— Ne me dites pas que vous étiez psy !?

Paul ne retint pas son rire.

— Perspicace, reconnut-il en le fixant de son regard amical.

Il se leva à nouveau et cette fois, Stiles le suivit.

— J'ai vite compris qu'on ne pouvait pas soigner l'esprit sans s'occuper du corps et inversement. J'aurais vraiment aimé que tu te confies à moi, Stiles ! Je suis persuadé que ça t'aurait fait beaucoup de bien, mais de tous les clients qui m'ont été confiés, tu es mon seul échec.

— Vous m'en voyez ravi !

Peut-être n'aurait-il pas dû se sentir fier d'une telle chose, mais c'était plus fort que lui.

Paul secoua la tête plus amusé qu'agacé. Après avoir ouvert la porte, il se tourna vers l'adolescent pour lui faire face.

— Je t'aime bien, tu sais ! Si tu as besoin de parler… si tu changes d'avis… N'hésite pas ! Tu sais où me trouver.

Il lui tendit la main que Stiles serra par automatisme avant de tourner les talons sans répondre.

Il était enfin libéré. Hors de question de revoir ce bourreau des cœurs !

Une fois à l'air libre, il prit une profonde inspiration et sourit de plaisir.

Il réalisait.

Cette fois, tout était fini. La conséquence de son geste désespéré était définitivement derrière lui.

Il avisa l'heure et hésita.

Derek avait promis à Isaac qu'il rentrerait tôt pour se rendre chez le concessionnaire et il mourrait d'envie de le retrouver. Pourtant…

Avec un soupir, il extirpa son cellulaire de sa poche arrière et tapa deux messages succincts.

Ne m'attendez pas ! Rendez-vous chez moi pour la ronde ?

Il envoya le premier message à Derek avant de naviguer une fois de plus dans ses contacts.

Toi. Moi. Chez toi dans cinq minutes.

Il cliqua sur « envoyer » avant de se précipiter vers sa Jeep.

Il était temps d'avoir une sérieuse discussion avec Lydia Martin.

oOo

*DATA et code de la route :Avant de se présenter à l'épreuve de conduite qui vous permettra d'obtenir le permis de conduire, il faut, aux USA passer deux tests différents.

Le DATA (Drugs, Alcohol and Traffic Awareness Course - Cours de sensibilisation aux drogues, à l'alcool et à la circulation) se fait en ligne après avoir suivi quatre heures de cours elles aussi en ligne.

Pour le code de la route, c'est une autre histoire. Chaque état possède ses propres règles de conduite (pratique !). Là encore, après avoir révisé on peut également le passer en ligne. Seulement après, il faut se rendre au DMV (voir l'astérisque qui suit) pour passer le test de conduite (avec son propre véhicule ou celui d'un ami). Aucun cours de conduite n'est obligatoire avant l'examen.

* DMV :Department of Motor Vehicles - Département des véhicules à moteur. C'est là-bas qu'il faut se rendre pour obtenir son permis.