Arrivant bien vite en sa demeure, Sakura prit son mal en patience, attendant que ses amies l'informent d'une éventuelle piste. Oui, il fallait absolument qu'elle remonte dans l'estime du Dieu des Dieux, de son épouse, mais surtout de Sasuke. Elle avait trop sacrifié pour arriver à la place qu'elle occupait dans l'assemblée divine. Elle refusait catégoriquement que le paria qu'avait été Naruto la mette en danger. Elle ne savait pas comment il avait réussi à rendre le monde entier aveugle, mais elle était certaine que son ancien ami cachait aux yeux de tous sa vraie nature, un être sombre et manipulateur. Oui, la déesse de la sagesse, en cette attente, était prête à tout pour révéler la dualité de l'Eros et regagner le respect qu'elle méritait. Cependant, pour le moment, le trouver serait un moyen pour améliorer sa situation et son image aux yeux de Tsunade et de Jiraya.
Se rongeant les ongles, Sakura arpenta le marbre de son palais, faisant les cent pas, durant ce qui semblait une éternité. Pendant ce temps, alors que l'impatience la gagner de plus en plus, l'inquiétude était la compagne des autres Dieux. Toujours à la recherche de Naruto, tous les chercheurs faisaient chou blanc. Aucune piste ne menait à lui. Mise au courant de l'évolution non fructueuse des recherches par Lee, Kushina était rongée par l'angoisse, au point qu'elle se mit à pleurer, n'arrivant pas à se calmer. Auprès d'elle, Tsunade tentait de la rassurer et de maintenir l'espoir. Lee leur rapportait de temps en temps des nouvelles. Ainsi, elles apprirent que Tenten avait redoublé d'efforts, alors que Kakashi usait de son char solaire pour faire le tour de la terre des mortels. Maintenir la courbe normale du soleil n'était plus sa préoccupation, si bien que les animaux commencèrent à paniquer. Ne se sentant plus protéger par la déesse chasseresse, ils fuirent dans tous les sens, sortant de leur forêt, envahissant les champs et les villages. Les oiseaux s'envolèrent, prenant des directions sans but. Dans les villes, les chiens se mirent à hurler à la mort, alertant les habitants. Les esclaves œuvrant à l'extérieur, levèrent les yeux vers le ciel. La peur s'insinua alors en le cœur de tous les êtres humains. Ils crurent à la fin du monde. Certains partirent chez leurs maîtres donner l'alerte, alors que d'autres s'agenouillèrent pour demander aux Dieux leur protection.
A Rome, chez les Hyuga, Hiashi était en pleine exposition de son plan pour organiser les jeux du cirque que la clameur des domestiques et des animaux l'interrompit. Intrigués, autant qu'énervés d'un tel manque à la bienséance par ses esclaves, le maître des lieux sortit de son bureau, suivi par ses comparses. Voyant tout le monde courir dans tous les sens, sujet à une panique inconnue, il s'apprêtait à faire éclater sa colère qu'il vit au loin Hitomi s'élancer vers lui, Hinata entourée par ses bras. Derrière elle, se précipitaient Mikoto, Tsume et toutes les autres épouses. La préoccupation prit alors vite la place de la rage dans chacun des hommes présents qu'ils ordonnèrent d'aller chercher leurs armes. Réduisant à leur tour la distance d'avec leur moitié, Asuma se trouva vite au côté de Kurenaï, posant une main sur son ventre, comme pour protéger le fruit de leur amour. Hiashi tenta de calmer Hitomi qui avait du mal à retrouver son souffle, sujette qu'elle était par la panique. Quand à Tsume, elle s'était jetée au côté de Senji, se serrant contre lui comme pour disparaître. Elle tenait avec une telle fermeté tremblante son bras qu'une chaleur envahit son mari. Malgré l'éventuelle gravité de la situation, il était heureux que ce soit auprès de lui que celle qui le détestait tant vienne chercher protection.
« -Que se passe-t-il donc, demanda Hiashi à son épouse alors qu'il s'armait à l'exemple de ses compagnons. Sommes-nous attaqués ?
-Regardez dehors ! Venez voir ! » fut la seule réponse qu'il obtient.
Tirant son mari à l'extérieur, Hitomi pointa le ciel de son doigt. Le couple fut suivi par les autres. Levant les yeux, les chefs de famille eurent le souffle coupé face au spectacle se déroulant devant eux. Le soleil était-il devenu fou ? L'astre du jour bougeait dans tous les sens. Il disparaissait même, laissant un ciel noir sans étoiles, pour mieux réapparaître l'instant d'après. Les Hommes avaient-ils donc offensé les Dieux d'une manière ou d'une autre ? Subjugués par ce spectacle, aucune parole ne put être prononcée, alors que l'agitation était toujours de mise autour d'eux, quand soudain une question rompit leur contemplation.
« - Tsume, où se trouve Hana, » demanda l'Inuzuka.
Comme si une lumière venait de s'allumer en eux, les hommes se détournèrent des cieux et regardèrent autour d'eux. En effet, des êtres chers à leur cœur manquaient à l'appel.
« -Et Itachi, ainsi que Neji, interrogea Hiashi.
- Nous ne savons pas, répondit Hitomi. Nous étions sortis au marché avec eux quand le phénomène est apparu. La panique a pris le dessus et ce fut la débandade dans les rues. Tous criaient en cherchant un abri. Dans l'affolement, nous avons été si bousculés que nous avons été séparé. J'ai failli lâcher notre fille quand un homme m'a poussée de son chemin. J'ai bien envoyé mon garde du corps pour les retrouver, mais il n'est pas revenu… Je suis désolée. Nous n'avons pas réussi à les protéger.
- Ce n'est pas de votre faute, la rassura Sarutobi. Quand l'Homme est confronté à l'inconnu, la peur l'importe et la panique nous pousse à ne plus faire attention aux autres.»
Il allait continuer que la silhouette d'un Neji, le glaive à la main, apparut à la rentrée de l'atrium, cour intérieure bordée de toits et où s'ouvre le vestibule, appelé ostrium, qui sépare la porte d'entrée de l'habitation. Derrière lui courait Itachi, portant dans ses bras une Hanna tremblante et serrant entre ses doigts la toge du jeune homme. Elle semblait si effrayée qu'elle en avait oublié d'en rougir comme à son accoutumée. Fermant la marche, le garde du corps tenait l'arrière garde, protégeant ainsi ses jeunes maîtres. Tous trois portaient des vêtements sales et déchirés par endroit, témoignant de la rudesse de l'expérience qu'ils avaient vécu. Inquiets, leurs parents mirent vite de côté le phénomène surnaturel. Ils se précipitèrent avec diligence qu'ils se trouvèrent vite auprès d'eux. Senji tendit ses bras, accueillant sa fille, alors que Tsume commençait déjà à chercher d'éventuelles blessures. S'adressant à Itachi, Fugaku partit à la recherche d'informations.
« - Mon fils, que s'est-il donc passé ?
-Hanna a trébuché alors que nous courrions derrière mère et ses amies. Elle semble s'être tordue la cheville. Aidé de Neji, je l'ai bien prise dans les bras, tout en tentant de rattraper tout le monde, mais la foule nous en a empêchés… Puis, nous avons décidé de nous cacher le temps que la colère divine passe. Malheureusement, quatre hommes ont voulu agresser Hanna. Nous nous sommes défendus, mais ils étaient plus forts que nous. C'est là que nous avons été retrouvés par le garde du corps de dame Hitomi. Il a défait nos agresseurs et nous a escortés jusqu'ici.
- Je suis fier de toi, le félicita son père. Tu as agi en homme d'honneur.
- Je vous remercie, Itachi, Neji, d'avoir pris soin d'Hanna, renforça Senji. Hiashi, je compte bien vous acheter cet esclave.
- Il n'en ait pas question, mon cher ami. Je ne me séparerai pas d'un tel serviteur, lui rétorqua le concerné. De plus, nous avons plus urgent à gérer. »
Menant le geste à la parole, le Hyuga regarda le ciel où Kakashi continuait sa course folle. C'était un mauvais présage de voir l'astre solaire bougé dans un ballet incompréhensible. Faisant valoir son rôle de chef, Hiashi intima à grands cris aux autres résidents de la villa de se calmer. Face à cet ordre, mais surtout au calme apparent de leur maître, beaucoup stoppèrent leur course et l'écoutèrent, pendant que d'autres prirent la fuite dans la rue.
« - Veuillez retrouver votre calme ! Il ne sert à rien de courir dans tous les sens. Rentrez chez vous et priez les Dieux pour les implorer de retrouver la paix. »
Hochant la tête, tous exécutèrent l'ordre, la peur au ventre. De son côté, Hiashi invita ses amis à rentrer en sa villa. Pensant y trouver protection, tous le suivirent à l'intérieur, allant jusqu'à l'un des alaes, pièces utilisées pour accueillir les invités et dotés de sièges. S'y installant, les femmes serrèrent leurs enfants contre elles, tout en cherchant protection auprès de leurs époux. Tsume ne quittait pas le côté de Senji qui tenait toujours leur fille près d'eux, pendant qu'une esclave la soignait. Mikoto ne se sentait en sécurité qu'auprès de Fugaku et d'Itachi. Asuma s'était installé de telle manière qu'il formait une barrière devant Kurenaï. Pendant ce temps, Shikaku et Shibi tentaient de trouver un moyen de calmer la colère des divinités. D'ailleurs, tous avaient cette interrogation en tête. De son côté, Hitomi avait posé Hinata sur un siège pour aller chercher un peu à boire. Etrangement, la petite fille était plutôt détendue, juste un peu inquiète de voir ses parents dans un état inhabituel. Balançant ses jambes dans le vide, elle attendait patiemment la suite. Puis, n'y tenant plus, elle se retira de sa place et se dirigea vers la fenêtre. Elle y vit le soleil continuant sa course folle. Se détournant, elle se dirigea ensuite vers la porte et sortit dans l'indifférence totale des adultes. Elle était si discrète que personne ne se rendit compte de sa disparition jusqu'à ce que sa mère revienne avec une cruche. Voyant la place vide, Hitomi se mit à paniquer encore plus.
« - Hinata ! Où est passée Hinata ? Se mit-elle à crier en cherchant dans toute la pièce. Hinata !
-Quoi ?! » Réagit alors Hiashi qui se mit à balayer les alentours à son tour.
Les deux furent aidés par leurs amis. Se précipitant, la mère de la petite fille se dirigea vers l'atrium, prête à se confronter de nouveau à la cohue populaire pour la chercher. Elle était à peine arrivée dans cette petite cour intérieure qu'elle se stoppa nette. Derrière elle, son mari en fit de même, ainsi que leurs amis. Réalisant où elle se trouvait, tous furent très surpris par ce qu'ils voyaient et par la paix qui régnait autour de cette petite fille de trois ans. Devant eux, dos à l'impluvium, bassin au centre de cette cour intérieure et qui servait à recueillir l'eau de pluie, Hinata était devant le laraire, niche en fronton creusée dans le mur et composée d'un autel, appelé l'ara. Prenant conscience que tous l'observaient, la petite fille détourna ses yeux du feu sacré qui y brûlait. Symbolisant la déesse Vesta, protectrice du foyer, nul ne devait le laisser éteindre. La fille de Hiashi fixa ses parents avant de leur offrir un doux sourire. D'un geste calme, elle se saisit d'une coupelle contenant une minime partie de leur futur repas et la tendit à sa mère. Puis, elle fit de même avec un plateau embaumé de parfum et décoré de fleurs. Dessus, tous pouvaient y voir poser du miel, du vin et des gâteaux. Ce fut tout de même avec difficulté qu'elle le souleva de quelques millimètres dans l'intention de le donner à son père. Ce dernier la devança et prit son fardeau. Lui souriant encore plus, Hinata se tourna à nouveau vers le laraire et pointa de son doigt le bas relief et les statuettes qui y étaient exposées. Tous firent de même et Shikaku comprit alors les intentions de l'enfant. A l'instant, il sut ce qu'ils devaient entreprendre. Regardant ses amis, il put voir que tous avaient aussi saisi le message. Prenant la main de son épouse, il se mit à genou devant le laraire, suivi par les autres couples et leur progéniture. Il ne restait debout que Hiashi et Hitomi.
La mère de la petite fille raffermit sa prise sur la coupelle qu'elle tenait toujours et s'avança vers l'autel. Elle s'inclina alors devant les Mânes, incarnations de l'esprit des ancêtres, représentés au travers des inscriptions gravées sur le laraire et protégeant le foyer. De son côté, face à la sagesse de sa fille, Hiashi mit un peu de temps pour imiter sa femme. Sortant de sa stupéfaction, il se retrouva bien vite à ses côtés. Etant le patriarche, c'était à lui qu'incombait la célébration du rite sacré. Posant le plateau qu'il avait entre les mains sur l'autel, il était prêt à le faire. Récitant des prières, il se saisit de la nourriture de leur futur repas qu'Hitomi lui présenta et les offrit en offrandes aux lares, génies du lieu où ils demeurent devant apportés prospérité, et sculptés sous forme d'adolescents portant une corne d'abondance sur un bas-relief en pierre. Puis, il se tourna vers les Pénates, statuettes en bois représentant un couple de Dieux apparentés à la déesse Vesta, et implorés pour veiller sur le feu de cuisine, ainsi que sur le pénus regroupant le garde-manger, les réserves et les biens. Souvent emportées au cours des voyages familiaux, elles protégeaient la famille. Hiashi leur offrit le miel, le vin, les fleurs et les gâteaux, toujours en prononçant les prières rituelles. Derrière lui, toute sa famille et ses amis gardèrent le silence et imploraient les Dieux de retrouver leur bienveillance.
Sans qu'ils le sachent, beaucoup de foyers romains les imitaient, laissant leur clameur monter dans les cieux. Dans les temples, tous les prêtres et les vestales faisaient de même, sacrifiant des animaux aux divinités. Pendant ce temps, à l'Olympe, complètement étranger à la frayeur des mortels, Sasuke prenait une petite pause au sein du palais de ses parents. Il n'avait fait que voler pendant des heures et des heures à la recherche de Naruto, mais en vain. Ce dernier restait introuvable. De plus, il avait beau tenté de le contacter mentalement, ça ne marchait pas. L'Eros avait coupé tout moyen de liaison avec lui. Le ténébreux avait bien espéré qu'avec la fatigue, une faille se serait ouverte, mais non. Le mur, que son ainé avait érigé, restait inébranlable. Il n'arriva même pas à le localiser malgré ses efforts. Pourtant, il essayait encore en cet instant. Les yeux fermés, il était en pleine méditation, et espérait ainsi avoir une meilleure chance de réussite. Encore une fois, il s'enfonça et chercha au plus profond de lui-même ce lien qui le reliait à son frère. L'identifiant, Sasuke s'en saisit et le remonta jusqu'à sentir l'esprit de Naruto. Il s'avança alors vers lui et se retrouva bien vite à flotter dans une brume qui aurait pu être inquiétante, mais qui respirait la sécurité et la tendresse. Un bien-être envahit tout son être, qu'il en soupira d'aise.
A travers cette brume, l'Antéros reconnaissait bien là son frère, toujours prompt à offrir le bénéfice du doute aux autres et à leur donner une seconde chance. C'était tout son opposé, lui dont le subconscient était plus oppressant et noir, enfin aux dires de son aîné. Parfois, il se demandait comment ce dernier arrivait à le supporter quand tous deux travaillaient leur capacité à travailler en symbiose. Lui, à chaque fois, il avait presque envi de rester à jamais au contact et de la chaleur du soleil qu'était Naruto, et cette fois ne faisait exception. Cependant, il avait une mission à accomplir et se résigna à l'amener à bien. Sasuke continua alors à s'enfoncer avec prudence dans le brouillard qui devint de plus en plus opaque. L'appréhension au cœur, il s'attendait à se voir bloquer encore une fois, mais rien ne vint. Un sourire naissant sur son visage, il crut alors avoir réussi. Il allait enfin se trouver en face du fugueur et se promit de lui faire payer sa désertion. Il accéléra alors son vol avec enthousiasme, arrêtant de faire attention, sa silhouette disparaissant dans la brume.
Bien mal lui en prit. En effet, plusieurs mètres plus loin, le bruit d'un violent choc perturba le calme des lieux, se propageant tel un écho autour de Sasuke. Ce dernier était immobile, les quatre membres écartés et le visage écraser sur une surface inconnue et cachée à sa vue. Maugréant contre l'Eros, il se mit à reculer. Pendant qu'il se frottait son nez douloureux, devant ses yeux, le brouillard, qui lui avait dissimulé le coupable, disparut progressivement pour finir par disparaître. Le ténébreux y découvrit alors un mur en marbre dont la couleur était un mélange étrange d'or et d'ambre. Aucune ouverture n'était visible. En un instant, Sasuke comprit. Il venait d'heurter la même barrière qu'il rencontrait depuis le début, une barrière que Naruto n'élevait jamais avec une telle solidité, une telle opacité. Encore une fois, le chemin lui était bloqué. Encore une fois, il cogna ses poings sur cet obstacle qui s'élevait en face de lui. Il se mit à crier le nom de l'Eros, mais en vain. Ce dernier restait sourd. Cependant, cette fois, Sasuke refusa de partir bredouille et tenta le tout pour le tout. Il aurait aimé ne pas y avoir recours, par peur d'engendrer des séquelles, mais il était trop énervé face à ses échecs répétés pour rebrousser chemin.
Il posa ses paumes de mains sur cette surface lisse, cette barrière mentale de Naruto. Fermant les yeux, il se concentra et y emmagasina une grande partie de son énergie. Un halo autour de ses paluches apparut, formant comme des traits électriques. Puis, il raffermit sa prise et dans un cri, projeta toute cette force accumulée vers l'extérieur de son corps. Dans un grésillement ressemblant à des cris de milliers d'oiseaux, des éclairs sortirent alors de ses doigts et se propagèrent sur le mur pour le recouvrir sur tout son long et sur toute sa hauteur. Le choc était tel que des fissures se formèrent au passage de cette foudre qu'il venait de créer, comme si ces derniers y forgeaient un chemin. C'était un spectacle à la fois terrible et fascinant. En tout cas, c'était ce que Sasuke ressentit en cet instant quand il ouvrit les paupières et se retrouva devant le phénomène. Il avait juste désiré envoyer une onde d'énergie pour extirper Naruto de son mutisme. Cependant, il ne s'était pas attendu à voir ce qui se passait devant lui. C'était… incroyable et il se sentit si fort en cet instant, digne du Dieu de la Guerre.
Pendant ce temps, toujours caché par la végétation dense de son repère, au milieu de cet îlot planté au pied de la cascade, un corps endormi par une affliction poignante sortit de son sommeil, sujet à une douleur aussi vive que soudaine. Un hurlement terrible se fit alors entendre, dérangeant la tranquillité des autres résidents qui s'enfuirent à toute volée et à toute jambe. Les mains s'enfonçaient dans ses cheveux, comme s'il voulait les entrer dans sa tête. En cet instant, recroquevillé sur lui-même, le visage tordue et les yeux embrumés par sa souffrance, il avait de la peine à voir ses deux amis les cygnes s'éloigner pour ensuite l'observer quelques pas plus loin, tremblant de peur face à ses cris. Les deux oiseaux semblaient se battre contre leur instinct qui leur sommait de fuir. Leur façon de faire un pas en avant pour mieux reculer montrait bien leur duel intérieur. Ils hésitaient à se précipiter à ses côtés pour l'aider. Puis, soudain, sans explication, la douleur cessa nette. Comme s'il venait d'être lâché, Naruto tomba en avant, se rattrapant de justesse en plaquant les mains sur le gazon. Malheureusement, la force lui manqua et il s'écroula, la face contre terre. Expirant comme s'il venait de courir des lieux et des lieux, il se laissa tomber dans les abîmes de l'inconscience. N'écoutant que leur cœur, les cygnes se précipitèrent vers lui. Le tapotant de leur bec, ils essayèrent de recevoir un signe de vie. La peur fut leur compagne quand une odeur de sang taquina leurs narines sans en trouver l'origine. Impuissants et résignés, les deux majestueux volatiles s'allongèrent à côté de l'Eros, lui faisant bénéficier de leur chaleur, et espérant en son réveil. Discrètement, un liseré sanguinolent sortit des oreilles de Naruto.
De son côté, toujours face à la barrière mentale endommagée, l'Antéros ne sut combien de temps il avait réussi à maintenir son exploit, mais face à la destruction du marbre, une peur de blesser son frère l'avait pris. Cette crainte l'avait forcé à stopper net son entreprise. Au moment même où il avait retiré ses mains du mur, toute sa force l'avait abandonné, comme s'il était vidé de toute son énergie. Il était maintenant en apesanteur, les épaules basses et la tête et soufflant comme un bœuf. Essoufflé, il tentait tant bien que mal de reprendre un peu ses esprits. Il y parvint au bout de quelques secondes, la sueur sur son front témoignant de ses efforts. Il se mit alors à sourire. Il semblait finalement être sur le point de réussir à se frayer un chemin. Face à lui, le mur continuait doucement à s'effriter. Il n'avait plus qu'à donner le coup de grâce pour finir cet obstacle qui le narguait depuis le début. Rassemblant autant de courage que ses dernières forces et serrant les dents, Sasuke s'avança avec un peu de peine. Tous ses muscles lui faisaient mal, mais il refusait de lâcher prise maintenant. Lançant un regard de défi face à son adversaire, il s'apprêta à renouveler son exploit. Reposant ses mains sur la surface murale, il referma les yeux et y concentra ses dernières onces de force.
Quand soudain, au moment même où l'Antéros allait la libérer, une onde de choc brutale le projeta plusieurs mètres plus loin. La violence fut telle qu'il en fût étourdi, ne savant plus où il se trouvait. Virevoltant dans tous les sens, il parvint avec peine à se stabiliser. Quand ce fut fait, la main sur la tête, il rassembla ses esprits et reprit le contrôle. S'avançant de nouveau vers le mur, Sasuke allait maudire Naruto que les mots restèrent bloquer dans sa gorge. Ses yeux s'ouvrirent en grand, au point qu'ils faillirent sortir de leurs orbites. Devant lui, le marbre était entrain de se recouvrir d'une aura orange, mais plus surprenant, cette dernière s'insinuait dans les fissures que ses éclairs avaient engendrées. Elle alla jusqu'à les réparer au point de les rendre plus fortes. L'Antéros le sentait au plus profond de lui, à moins que se soit sa force qui était beaucoup trop amoindri par ses efforts. Il ne savait plus trop. Cependant, une chose était sûre, il n'était plus certain de réussir, surtout quand la guérison du mur fut complète. Une puissance écrasante s'en échappait, l'oppressant. C'était d'une telle noirceur, bien plus que la sienne, lui qui était le Dieu de l'aversion amoureuse. Serrant les dents, Sasuke refusa quand même d'abandonner et accepta une nouvelle fois le défi. Il allait se remettre en position qu'un froid glacial s'insinua en lui, le paralysant. Son rythme cardiaque et sa respiration s'accélèrent. La sueur s'écoula encore plus de son front, mouillant sa chevelure d'ébène.
Devant lui, l'aura orangée s'était mise à se mouvoir pour se transformer en tourbillon infernale. En son centre, une forme qu'il n'arrivait pas encore à définir apparut. Il lui semblait que des yeux rouges au contour noir se dessinaient. Oui, des yeux à la dimension titanesque se présentèrent à lui. L'Antéros en était sûr maintenant. Ils étaient si effilés qu'ils en étaient diaboliques, et encore plus quand ils se mirent à se fondre dans les siens, comme s'ils fouillaient son esprit. C'était comme s'ils cherchaient à le dévorer. Un frisson parcourut Sasuke, faisant trembler chaque parcelle de son corps, et ce n'était pas seulement dû à la goutte qui venait de glisser dans son dos. Non, la peur en était la cause. Il avait peur, une peur qu'il n'avait jamais connu auparavant, une peur de se faire arracher l'âme. Mais qu'était-ce cette entité ? Et si… et si c'était l'allégorie des crises de Naruto ? En avait-il donc la cause là, sous ses yeux ? Le cadet de Kushina n'eut pas le temps de se poser plus de questions qu'un vent violent se leva, provenant de cette forme fantasmagorique. Face à cette force, ses cheveux se mirent à voler dans tous les sens.
Son cœur lui criait alors de prendre la fuite, mais l'idée de laisser son frère face à cette ombre démoniaque lui était insupportable. Déglutissant, il rassembla son courage et s'avança malgré la force surnaturelle qui venait de se lever. Cependant, au moment même où il fit un mouvement, cette dernière s'intensifia et à chaque fois qu'il avalait les centimètres, elle prenait de l'ampleur. La tourmente se transforma bientôt en tempête endiablée. Sasuke avait de plus en plus de mal à lutter, la crainte de voir ses ailes se faire arracher lui broyant l'estomac. Pencher en avant, montrant ses efforts pour résister, ses paupières eurent de plus en plus de mal à rester ouvertes. Pour se protéger, par réflexe, Sasuke leva ses bras en face de son visage. Déterminé à réveiller Naruto, il persévéra au point qu'il réussit à n'être plus qu'à quelques centimètres du mur, toujours recouvert de ce tourbillon orangé qui se mouvait de plus en plus vite. Rassemblant ses dernières forces, l'Antéros libéra une de ses mains et la dirigea vers la surface, l'index en avant. Y emmagasinant un peu d'énergie, il espérait en cette énième tentative de faire connaître sa présence. Il était impossible que son frère ignore cette présence, cette image de son animosité. Pour lui, il en était prisonnier et il devait le libérer.
Malheureusement, au moment même où il effleura la surface, une bourrasque, plus puissante que les autres, repoussa Sasuke avec une telle force que ce dernier ne put rien faire pour lutter. Il était si impuissant qu'il en cria autant à cause de la douleur que le choc lui avait fait subir qu'à cause de sa frustration face à son échec. Au même moment, au sein du palais de l'Amour où une mère éplorée attendait anxieusement des nouvelles, un grand fracas se fit entendre, se propageant au travers des murs. Se le flan, suant à grosses gouttes, le souffle court. Ses ailes noires avaient visiblement perdues plusieurs plumes et étaient flasques. A ses côtés, étaient étalés sur le sol un fauteuil et une coupelle de fruits éparpillés. Ne se préoccupant pas des morceaux de verres brisés qui la blessèrent, la plus belle courra vers l'Antéros et le prit dans ses bras.
« - Sasuke ! Que t'arrive-t-il ?
-…
- Répond-moi !
- Calme-toi, Kushina, tenta Tsunade qui ausculta le jeune dieu. Il est en état de choc. Laisse-lui reprendre ses esprits. »
L'attente dura plusieurs minutes durant lesquelles la déesse de la Beauté ne savait plus à qui se vouer. Elle avait perdu son aîné, et maintenant, son cadet subissait un mal mystérieux. Elle n'arrêtait pas de poser son regard sur lui pour ensuite revenir sur sa belle-mère. Cette dernière appliquait un linge humide sur le visage tordu par la fatigue et la douleur de Sasuke. Tsunade avait une petite idée du pourquoi, mais n'en était pas sûre. Au bout de quelques instants, papillonnant des yeux, l'Antéros revint à lui. Sur le coup, ce dernier ne sut trop où il se trouvait. Il était complètement perdu. La seule chose, dont il se souvenait, était ce tourbillon orangé qui, pendant une microseconde, avait comme pris la forme d'une tête de renard fantasmagorique, au sourire carnassier et perfide. Une telle noirceur avait émané d'elle qu'il en avait perdu quelque peu connaissance. En plus, maintenant, sa vision était quelque peu floue et il ne reconnut pas les propriétaires des voix qui l'appelaient. Puis, à force de patience, les silhouettes se firent plus nettes. Il vit alors sa mère et sa grand-mère apparaître devant son visage. Balayant la pièce d'un rapide coup d'œil, il se souvint alors de tout. Finalement, il avait été expulsé avec violence de l'esprit de Naruto par cette force qui s'était élevée pour lui barrer le passage, au point qu'il était tombé à la renverse, emportant avec lui le mobilier. Qui était-elle et d'où venait-elle ? Il n'en savait rien et n'eut pas le temps de s'y pencher, Tsunade l'interrompant dans ses réflexions.
« - Tu as encore essayé de contacter Naruto, n'est-ce pas mon grand ?
-Oui, admit l'Antéros. Mais j'ai échoué,…, encore.
- Tu n'aurais pas dû. Tes recherches t'ont énormément fatigué. Tu aurais pu rester bloquer, ou voir ton propre esprit blessé.
- Je sais, mais il fallait que je tente ma chance. Qui à part moi aurai pu ?
- Ton père, lui répondit Kushina, d'un ton sévère, prouvant sa peur. Tu aurais dû laisser faire ton père. C'était trop dangereux.
- Non, Je suis le seul à avoir ce lien avec Naruto.
-… Ce n'est pas totalement vrai, admit Tsunade, pensant à Lui.
- Comment ça ? S'étonna Sasuke.
- Ce n'est ni le moment, ni l'endroit pour parler de ça, mais surtout, ce n'est pas à moi de t'en dire plus.
- Mais…
- Non, Sasuke, cette affaire ne te concerne pas, s'énerva la reine des Dieux. La seule chose que je peux te dire, c'est de ne pas sous-estimer le lien qui existe entre un parent et son enfant… Il est tout aussi puissant que ce que tu vis avec Naruto. De plus, Minato a plus d'expérience que toi. »
Comprenant d'un seul regard que Tsunade lui commandait d'en rester là, l'Antéros ne prononça plus aucun mot. Il garda le silence pendant que Kushina essayait de conserver un peu de dignité. Pourtant, il voyait bien les larmes s'accumuler derrière ses paupières lourdes de tristesse et d'inquiétude. Elle désirait pleurer, mais refusait de les libérer devant lui. Elle voulait se montrer forte face à son enfant. En cet instant, Sasuke en ressentit de la fierté, mais également de la déception, de la déception envers lui-même d'avoir échoué.
Refusant de laisser sa mère dans cet état d'angoisse, malgré la douleur qui le submergeait à chacun de ses mouvements, il se dégagea de l'étreinte de Kushina. Ce fut en serrant les dents qu'il y parvint et se redressa. Il fit quelques pas en direction de la sortie, mais fut stoppé par la poigne de sa maternelle.
« - Sasuke, que fais-tu ? Tu ne comptes pas y retourner tout de même, s'inquiéta cette dernière.
-Si, lui répondit-il. Il faut que j'y aille. Je suis incapable de rompre le mur mental de Naruto, mais je peux continuer à le chercher. »
La jeune divinité aux ailes ébène posa sa main sur la sienne, l'invitant doucement à le lâcher. La lueur de détermination brillant dans ses iris faillit faire fléchir Kushina, mais la fatigue qu'elle y lisait également la raffermit dans sa résolution de retenir son fils. Malheureusement pour elle, ce dernier se montra encore plus têtu qu'elle. D'un mouvement sec, il réussit à se dégager et il put ainsi reprendre la route. Toutefois, son corps donna raison à la crainte maternelle en l'abandonnant. Il n'avait réalisé qu'un pas que ses forces l'abandonnèrent. Se sentant tomber et fermant les yeux, Sasuke se prépara au choc d'avec le sol, mais ce ne fut que pour mieux toucher une surface douce et chaude. Rouvrant les paupières, il se retrouva contre le torse de sa mère qui le serra de nouveau dans ses bras.
« - Soit raisonnable, Sasuke. Il te faut te reposer… Et si tu t'avises de me désobéir, je n'hésiterai pas à te faire vivre un enfer pour te punir.
-Bien, » souffla-t-il à la fois résigner et craintif qu'elle applique sa menace.
Lui souriant, Kushina le guida jusqu'à une couchette et l'aida à s'installer. Après l'avoir bordé, elle quitta la pièce, suivie par Tsunade qui ferma la porte derrière elle. Celle-ci à peine claquée, la déesse de la Beauté éclata en sanglots une nouvelle fois. Elle n'avait pas réussi à tenir plus longtemps et s'affala contre le mur qui lui faisait face. Se précipitant à ses côtés, l'épouse de Jiraya l a prit contre elle et la berça, prononçant des paroles d'enragement et d'apaisement. En tant que mère, elle comprenait que trop bien ce que Kushina vivait en cet instant. Elle avait été dans le même état quand elle avait perdu Kankuro. Regardant la planche en bois sculptée qui les séparait de Sasuke, elle se félicitait de l'avoir fermé, afin de le préserver de ce spectacle, la faiblesse de sa mère, une mère qui désirait rester forte à ses yeux. Malheureusement, l'Antéros n'avait pas besoin de voir pour comprendre. Toujours allongé, ses oreilles étaient aussi aigues que ses yeux et étaient le témoin de l'affliction de celle qui lui donna le jour. A chacun des sanglots qui le torturaient, il se mordait le poing pour éviter de casser les efforts de cette dernière en se jetant dans ses bras. Il se promit alors de repartir dès que les deux déesses se seront éloignées. Fatigué ou pas, il se devait de continuer à chercher Naruto.
Petit à petit, les pleurs diminuèrent pour disparaître dans le néant. Attendant encore quelques minutes, pour être certain, Sasuke patienta encore. Quand il fut sûr que plus personne n'était présent, il sortit de sous son drap et se dirigea vers la fenêtre pour faire l'école buissonnière. Il était hors de question qu'il passe par l'entrée du palais. Il ne fallait surtout pas qu'il croisa Kushina ou Tsunade, de peur qu'elles l'arrêtent dans son entreprise. A la seconde où il regarda le ciel, il n'en crut pas ses yeux. A moins que Tenten ait perdu l'esprit en levant la lune avant l'heure, ou que les étoiles brillaient anormalement en pleine journée, la nuit avait pris le pouvoir sur le firmament. Malédiction, s'insulta l'Antéros qui sauta sur le rebord. Il s'était endormi à force d'attendre, et maintenant il était déjà très tard. Au moment même où il déploya ses ailes, il entendit le loquet de la porte bouger. Il se dépêcha alors de s'envoler avant que son visiteur ne puisse avoir l'occasion de l'arrêter.
Alors qu'il était en vol, il jeta un dernier coup d'œil par-dessus son épaule. Il vit alors entrer Kushina portant un plateau de victuailles, un plateau qu'elle laissa s'écraser sur le sol face au spectacle d'un lit vide. Il devina aisément sa panique quand elle se mit à courir vers la fenêtre ouverte. Soudain, son nom brisa le calme de la nuit, l'espoir de le ramener s'entendant dans la voix. Ce fut le cœur un peu lourd que Sasuke s'éloigna de sa mère, espérant ne pas l'avoir blessé par sa fugue soudaine. Il était maintenant urgent qu'il retrouve Minato pour faire le point des recherches. Au palais, appuyée sur le rebord, la déesse de la Beauté désespérait de voir son cadet ne pas revenir vers le palais et disparaître dans le manteau de la nuit. Derrière elle, se présenta Tsunade qui lui posa une main sur l'épaule en signe de soutien. Reconnaissante, mais surtout résignée, Kushina souffla et se prépara à passer de longues heures d'insomnie.
« -Aussi têtu les uns que les autres, mais tout aussi fier, fit la mère des Dieux.
-Oui, fut sa réponse avant que la rousse ne souffle dans un mumure. Ramène-les-moi, Minato. Ramène-moi mes enfants. »
La brise en fut le seul témoin et comme une messagère, apporta ses paroles au loin. Elle virevolta entre les arbres et les buissons, au travers les collines et les prairies pour arriver au sommet du mont Atlas où un dieu aux cheveux d'or se tenait debout. Fier comme un paon et majestueux comme un empereur, il scrutait l'horizon, balayant de son aura le monde. Les bras du vent l'entourèrent, faisant voler sa cape et ses épis, délivrant alors leur missive. Le cœur de Minato se serra face à la détresse, mais aussi à l'espoir d'une mère qui lui parvenait dans ce souffle. Cependant, il n'était pas encore temps de s'apitoyer. Cela faisait des heures que Naruto avait disparu. Aucune piste ne l'avait amené à le découvrir. Il savait son aîné des plus doués dans l'art de la dissimulation, mais là, il battait un record. La fierté aurait été de mise, mais la crainte de le perdre prit vite le dessus. Toutefois, il refusait de perdre son sang-froid et retrouva bien vite le pragmatisme du chef de guerre qu'il était. Les bras croisés, il ressentit plus qu'il ne vit l'approche d'un visiteur dans son dos. Sans se retourner, il prit la parole, d'un ton calme, à la limite de la glaciation.
« - Ta mère s'inquiète, Sasuke. Tu n'aurais jamais dû partit comme tu l'as fait.
-Il fallait que je vienne, papa. Je ne pouvais rester sans rien faire.
- Je vois, fut sa seule réponse.
- Sinon,…, des nouvelles ? »
Minato n'eut pas le temps de répondre que Kakashi arriva sur son char de feu. Ses chevaux d'or à la crinière de flamme, bien que fiers, semblaient épuiser. Tous voyaient qu'ils puisaient leur force dans leur fidélité en leur maître. Le dieu solaire n'eut pas le temps de faire son rapport que d'autres divinités vinrent à sa suite. Face à leur visage conscrit, le fils de Jiraya n'eut pas de paroles pour savoir qu'aucun n'avait réussi dans leur recherche. Tenten avait même levé la lune plus tôt que d'habitude, pour scruter le monde des mortels pendant que son frère venait lui parler. Ce changement avait redoublé la crainte des Hommes et la panique. Aucun mot ne fut prononcé, mais tous se demandaient s'il valait le coup de continuer.
Ils n'étaient pas les seuls à se laisser tenter par la résignation. Sur la terre des Mortels, les prières continuaient à se faire entendre dans de nombreuses maisons et de nombreux temples. Les Hyuga ne faisaient pas exception. Toujours devant le laraire, les adultes continuaient à supplier les Dieux de venir à leur aide. A leur côté, installés sur des cousins de fortune, les plus jeunes s'étaient assoupis, à l'exemple d'Hanna, épuisés par cette journée éprouvante. Hinata dormait paisiblement dans les bras de sa mère qui combattait elle-même contre le sommeil, tout comme Kurenaï appuyée sur Azuma et Tsume sur Senji. Neji et Itachi, désireux d'honorer leur position d'héritier, restaient aussi réveiller, mais tanguaient tout de même de droite et de gauche, montrant leur épuisement et leur besoin de dormir. Pourtant, ils tinrent bons, rendant leur père respectif fier d'eux. Ces derniers, d'ailleurs, s'apprêtèrent à réaliser le rituel du soir, celui destiné au genius du pater familias. Puissance potentiellement maléfique d'un esprit tourmenté depuis longtemps décédé, il fallait se concilier ses bonnes grâces au cas où il revienne parmi les vivants. Craignant aussi les lémures, fantômes autorisés à quitter leur tombeau pour tourmenter les mortels, Hiashi prit une poignée de fèves cuites et se dirigea vers la sortie. Levant les yeux au ciel, faisant tout pour cacher sa crainte, il salua l'éclipse de lune qui l'accueillit. D'un geste solennel, il jeta les fèves, espérant que ce présent apaise le genius et les lémures. Puis, il rentra et s'installa de nouveau devant le laraire.
Au moment même où il reprit ses prières, le sol se déroba à ses pieds. L'eau dans l'impluvium ondula, formant des vagues de plus en plus grandes, débordant par moment. Les murs se mirent à vibrer avec une telle intensité que certains meubles basculèrent en avant, déversant leur contenu à terre. Les vases et les statuettes tombèrent et s'écrasèrent sur le sol dans un tel fracas que tous les endormis sortirent de leur sommeil dans la panique. Les mères serrèrent leurs enfants contre elles, les époux leur épouse, prêts à la défendre. Les esclaves présents courraient dans tous les sens dans l'espoir de trouver un abri. Hiashi prit sa petite famille et guida tous ses invités dans les salons. Par instinct, tous se mirent à l'abri sous les tables en chêne et attendirent que le cataclysme prenne fin. Ils prièrent les Dieux avec encore plus d'ardeur. Pendant ce temps, dans la rue, les cris d'horreur des colonnes s'effritaient pour mieux s'écrouler, entraînant dans leur chute des pans entiers de mur. Dans leur chute, des habitations écrasèrent de pauvres malheureux sous leur poids, les amenant à rejoindre les Enfers avant l'heure. Ce fut la panique dans toute la ville et la mort en fit son festival.
Sur le mont Atlas, au même moment, Minato allait donner de nouvelles instructions qu'une soudaine pâleur le prit. Son cœur était comme gelé dans sa poitrine, alors qu'un volcan en éruption avait lieu dans le creux de son estomac. Réprimant une grimace pour n'inquiéter personne, il s'éloigna un peu du groupe. S'appuyant sur la falaise à ses côtés, il s'interrogeait. Pourquoi une telle douleur, et cette énergie qu'il semblait être le seul à sentir ? Il suffisait de voir ses amis discutés entre eux, complètement dans l'ignorance du phénomène qu'il vivait. Le seul ? Non. Dans son coin, une étrange tension s'en prit à Gaara. Ses vents étaient agités et vrombissaient dans sa jarre, mais surtout, la noirceur qui le prenait dans ses colères s'était réveillée. Ses yeux verts oscillaient avec ceux d'une salamandre. Posant une main sur son front, le dieu mit tous ses efforts pour se calmer, mettant ce phénomène sur le compte de la frustration. Par contre, Minato y voyait toute autre chose. Il fallait qu'il agisse et qu'il en trouve l'origine. Il avait trop peur d'avoir vu juste, bien qu'il restait un espoir qu'il ait tord. C'était trop tôt, beaucoup trop tôt. Essayant de trouver un prétexte pour quitter le groupe seul, Tenten apparut, interrompant ses pensées.
« - Les mortels sont en proie à un tremblement de terre et...
-En quoi cela doit nous préoccuper, intervint Suigetsu. Il fallait s'entendre à ce que la Terre reflète nos émotions. Je plains surtout Saï qui va avoir un regain de travail.
- Peut-être, mais d'habitude, les tremblements touchent toute une région, voir un continent. Là, ça ne touche que la ville de Rome et la Terre n'a pas bougé d'un centimètre. C'est dû à un autre phénomène. »
Un silence se fit dans l'assemblée divine. C'était vrai que c'était assez bizarre. L'image de Naruto les habitat tous, sans qu'aucun n'ose prononcer son nom… Enfin, c'était sans compter sur Lee qui mit les pieds dans le plat, comme à son habitude.
« - Ce n'est quand même pas Naruto.
-Impossible. Il n'est pas aussi puissant, refusa d'y croire Temari. Les Titans ?
- Non plus, intervint Saï, fermant les yeux avant de les rouvrir. Ils sont tous enfermés dans leur prison. Aucun ne s'est échappé. Je le saurai dans le cas contraire. »
Ainsi, débuta une discussion sur les origines, certains tenant mordicus qu'un Titan ou un Géant s'était échappé des Tartares, alors que d'autres ne songeaient qu'à retourner aux recherches. C'était le cas de Sasuke qui n'avait rien à faire du sort des mortels tant que son frère était toujours porté disparu. Pendant le débat, Jiraya, qui avait écouté avec attention les remarques de la déesse de la chasse, regarda alors Minato. Il ne fut pas le seul, car du coin de l'œil, le dieu de l'Enfer en faisait de même, ainsi que Suigetsu et Kankuro. Tous les quatre craignaient visiblement la même chose. Le voyant se tenir le ventre, leur crainte en trouva sa justification. Fronçant les sourcils, ils eurent le désir de le rejoindre, mais un hochement négatif de sa part leur suffit pour qu'ils restent à leur place. Le dieu de la Guerre préféra profiter que les esprits soient concentrés sur autre chose pour prendre la course d'escampette. Se faufilant à travers les aspérités de la montagne, il tenta alors de disparaître, mais c'était sans compter sur Sasuke.
Ce dernier avait marre d'entendre les divinités débattre sur un phénomène sans importance, alors que son frère était peut-être en danger. Il avait encore en mémoire son combat contre cette entité. Malheureusement, il avait beau remettre Naruto sur le tapis, les autres l'ignoraient littéralement. Il allait demander de l'aide à son père qu'il le vit s'éclipser en catimini. Refusant qu'il ne parte sans lui, il se précipita en avant et se planta devant lui.
«- Papa, où vas-tu ? Tu vas retrouver Naruto ? »
Il avait prononcé ces questions avec tant de force qu'il coupa court au débat des Dieux qui se tournèrent une nouvelle fois vers Minato. Ce dernier maudit quelques secondes son cadet, sans pour autant le blâmer. Il aurait certainement réagi de même à sa place. Balayant du regard la petite assemblée, il y vit la même interrogation sur tous les visages, sauf ceux de Jiraya et de ses frères, alors qu'il réfléchissait à une vitesse folle pour trouver une excuse.
« - Je suis certain que c'est ça, s'exclama encore Sasuke. Je viens avec toi.
- Non, Sasuke, ordonna Minato.
- Si, je viens. Tu auras besoin de moi et…
- J'ai dit non, » haussa de ton le dieu de la Guerre.
Sa voix était en cet instant si glacial qu'aucune nouvelle protestation ne sortit de la bouche de l'Antéros. Ce dernier sut à l'instant qu'aucune ne serait valable pour le défendre. Face à la silhouette autoritaire et prenant de l'ampleur de son père, il baissa les yeux, serrant les poings. Il était à la fois frustré et en colère. Comprenant son état, Minato s'adoucit et s'accroupit face à Sasuke. Lui posant une main réconfortante sur l'épaule, il se pencha à son oreille et lui murmura des paroles réconfortantes et reconnaissantes face à ses efforts. Cependant, il était temps pour lui de rentrer en scène. Quand tout fut dit, il se releva et disparut d'un coup dans un éclair, sous le regard stupéfait de ses parents et amis. Se mordant la lèvre, et contre l'avis paternel, le frère de Naruto refusa de rester en arrière. Désireux de suivre le dieu de la Guerre, il déploya ses ailes, mais au moment où il allait s'élancer, une poigne ferme l'en empêcha. Levant les yeux sur cet empêcheur de tourner en rond, il tomba sur le regard sévère, mais doux de Jiraya. D'un mouvement de tête, il lui somma de ne rien tenter avant de s'adresser aux divinités.
« - Rentrez dans vos palais. Nous ne pouvons rien faire d'autre ce soir. »
Aussitôt commandé, aussitôt obéi. Les Dieux repartirent donc un à un, sans oublier d'offrir un geste de réconfort et de soutien à Sasuke. Tenten alla jusqu'à lui promettre de continuer à scruter le monde au travers de la lune. Quand tous furent parti, il ne resta plus que Jiraya et son petit-fils. S'accroupant à son tour devant lui, il lui posa une seule question.
« - Que t'a-dit ton père ?
-Qu'il devait le faire seul et d'avoir foi en lui.
- Alors fais-lui confiance. S'il a jugé bon d'y aller seul, c'est qu'il a ses raisons. C'est ainsi que ça doit se passer. Même les Dieux doivent parfois se plier à la destinée. »
Soufflant pour montrer autant sa déception que son exaspération devant certaine vérité, l'Antéros obtempéra d'un signe de tête. Puis, dans un coup de foudre, Jiraya l'emporta avec lui, l'emmenant jusqu'au palais où attendait toujours Kushina. Dans un grand fracas, ils y arrivèrent, faisant trembler les murs. Il ne fallut pas très longtemps pour l'épouse de Minato et Tsunade de se retrouver sur le perron à regarder Sasuke et son grand-père apparaître devant elles. Courrant vers lui, la rousse le serra contre elle, alors que d'une petite voix, il s'excusait pour sa fugue. Trop préoccupée, mais surtout trop heureuse de son retour en bonne santé, la mère oublia de lui en vouloir et se contenta de renforcer sa prise. Presque étouffant, le jeune dieu lui rendit son étreinte. Pendant ce temps, la déesse des Déesse interrogea son époux du regard. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre qu'il ne ramenait pas Naruto. Il fallait maintenant mettre tous leurs espoirs dans les actions de Minato.
D'ailleurs, alors que toutes leurs pensées étaient tournées vers lui, ce dernier immergeait de son voyage. A peine avait-il posé les pieds au sol qu'il perdit l'équilibre. Il lui fallut toute sa volonté pour ne pas perdre son équilibre. Regardant autour de lui, il ne reconnut aucune terre de l'Olympe. Il en déduit qu'il avait atterri chez les Mortels. Se dissimulant des Hommes, il balaya ce qu'il pourrait qualifier de champ de bataille. Des colonnes gisaient tout autour de lui. Des maisons s'étaient effondrés, dissimulant des corps ensanglantés et sans vie. Des animaux sauvages, comme des lions, des ours, des guépards, des girafes, étaient en fuite. Sous ses pieds, la raison d'un tel spectacle sévissait toujours. Le tremblement de la terre se faisait terriblement sentir. Les secousses étaient vraiment puissantes, mais surtout assez étranges. Le séisme n'avait rien avoir avec ce qui se passait habituellement. Les ondes se répandaient en discontinue, comme des vagues se fracassant sur une falaise. Tenten avait raison. Le phénomène n'avait rien de naturel.
L'énergie qu'il percevait lui en apportait aussi la preuve, une énergie qu'il avait déjà ressentie et qu'il lui fit craindre le pire. Suivant le fil invisible qu'elle laissait, Minato remonta la piste, à la recherche de la source. Il courrait à contre sens des mortels qui fuyaient sans savoir où se réfugiait. Il passait devant des familles cachées et se serrant les uns contre les autres, priant pour leur survie. Invisible à leurs yeux, il arriva bientôt en face d'un immense amphithéâtre Flavien en forme d'anneau ovale de 188 mètres de long, et 156 mètres de large. Fait de briques et recouvert de travertin, la façade percée d'arcades de grandes tailles et voûtées en plein cintre s'élevait du haut de ses 51 mètres. Séparées les unes des autres par des demi-colonnes décorées, cette succession d'ouverture n'existait que sur les trois premiers étages constituant le monument, le quatrième étant un mur plein contenant de petites fenêtres rectangulaires.
N'y prêtant pas attention, le père de Naruto prit le temps de se concentrer. Le temps qu'il avait mis pour être en ce lieu, le tremblement de terre avait cessé et le fil qu'il suivait s'était estompé. Il fallait qu'il s'assure de ne pas suivre un mauvais chemin. Oui, c'était certes faible, mais l'énergie provenait de l'intérieur. Prudemment, il passa à travers une arcade pour se retrouver dans un premier couloir circulaire. Puis après l'avoir traversé, ainsi qu'une nouvelle voûte de briques, il tomba sur un autre pour enfin arriver au centre du bâtiment. Ainsi, séparé du mur extérieur, une immense arène se présenta à Minato. Au moment même où il posa le pied sur le sable, un cri bestial retentit et une onde de choc aussi puissante qu'un coup de tonnerre le frappa de plein fouet. Il fut alors repoussé sur plusieurs mètres, atterrissant lourdement sur le sol. Tout autour de lui, les murs de l'amphithéâtre explosèrent en milliers de morceaux. La puissance dégagée fut telle que les maisons à proximité, déjà bien endommagées, partirent en poussière. L'énorme énergie rejetée se propagea alors dans toute la ville, n'épargnant personne. Des centaines de mortels eurent en instant rendez-vous avec le dieu des Enfers. La seule consolation était qu'aucun ne souffrit, tellement la mort les toucha instantanément.
Leur erreur, être sorti de leur refuge trop tôt. La courte accalmie avait quelque peu rassuré les romains. Personne n'avait su combien de temps la colère de Gaïa avait duré, mais pour chacun, une éternité semblait être passée avant de revoir le calme revenir dans leur vie. Prudemment, tous avaient donc sorti la tête de leur cachette. Etranger à ce qui était entrain de se passer plusieurs kilomètres de chez lui, Hiashi et ses compagnons en avaient fait de même, commandant à leurs femmes et leurs progénitures de rester pour le moment à l'abri. Par miracle, à part quelques fissures sur les murs, le palais des Hyuga avait tenu le choc. Il était certes s'en dessus dessous, mais il avait tenu bon face à ce tremblement de terre. Au bout de quelques minutes, pensant que le pire était passé, Hiashi avait été sur le point d'inviter les autres résidents à sortir à leur tour quand soudain une force inconnue le projeta, lui et les autres chefs de famille, contre les colonnes de l'atrium, les assommant, les cris de leurs épouses les accompagnant dans le néant de l'inconscience.
Alors que les mortels luttaient pour leur vie et après un léger étourdissement, Minato s'était déjà redressé sur ses jambes. Serrant les poings, il lutta contre un vent aussi violent que rempli d'énergie. Malgré sa puissance et son pouvoir, il avait du mal à rester debout. Le bâtiment si fièrement debout l'instant plus tôt était maintenant qu'un tas de ruine. Les rares linges du bâtiment étaient en feu, alors que plus aucune âme ne respirait alentour. Puis, aussi soudainement qu'elle était apparue, la force dévastatrice se stoppa nette. Le dieu de la Guerre faillit en tomber en avant. Reprenant un peu ses esprits, il reporta son regard vers l'épicentre du phénomène. Là au milieu de l'arène dévastée, une silhouette ailée était debout, les bras et les jambes écartées, la poussière l'entourant et montant dans le ciel dans un tourbillon pour mieux disparaître dans la seconde. Reconnaissant son fils, Minato ne put que courir vers lui en criant.
« - Naruto ! »
Aussi rapide que l'éclair, il fut à sa hauteur et eut juste le temps de l'accueillir dans ses bras. Le scrutant de la tête au pied, son cœur d'inquiétude se rassura quelque peu. Il n'avait aucune blessure, mais surtout, il respirait comme s'il dormait paisiblement. Son fils n'était qu'évanoui. Malheureusement, son ravissement ne fut que de courte durée. Se souvenant de ce qu'il avait vu avant que son aîné ne tombe dans l'inconscience, une certaine crainte le prit. Cependant, ce n'était pas le lieu pour ce qu'il devait faire. Affermissant sa prise sur le corps de Naruto, il se leva et repartit vers l'Olympe, sans savoir que des yeux tremblant de peur les observaient. Apparaissant instantanément dans la chambre de son fils, il le déposa sur le lit. A peine l'avait-il fait que la porte s'ouvrit avec fracas, laissant apparaître une furie aussi inquiète que soulagée. Se précipitant vers le corps endormi et bousculant Minato sans aucun ménagement, Kushina se jeta sur l'Eros et le serra contre elle.
« - Naruto, mon petit, le berça-t-elle avant de constater qu'il ne lui répondait pas. Mais qu'est-ce qu'il a ?
-Il est juste évanoui, fut la réponse de Minato.
- Pourquoi ? Qu'ait-il arrivé à mon petit garçon ?
- Je ne sais pas. »
Rien d'autre ne sortit de la bouche du dieu de la Guerre. Kushina voulut insister, mais le regard de son époux lui intima avec une telle force de ne pas l'interroger plus en avant qu'elle se tut. Elle préféra se concentrer sur Naruto, qui commençait à s'agiter dans son sommeil. Le rallongeant, elle ordonna à une nymphe de lui apporter une bassine d'eau et un linge. Ce fut Tsunade qui le lui apporta. Elle y avait mis du nectar et de l'ambroisie. Reconnaissante, la déesse de la Beauté la remercia et se mit ensuite à l'œuvre. Humidifiant le tissu, elle le déposa sur le front de l'Eros, en chantonnant une berceuse. Etait-ce l'effet de la chanson, ou de l'élixir, mais la jeune divinité retrouva peu à peu son calme et s'enfonça un peu plus dans un sommeil apaisant. Tous en furent soulagés, dont Sasuke.
Ce dernier était resté dans l'embrassure de la porte, n'osant pas rentrer. Une peur l'avait pris à l'instant où il avait vu son frère inconscient. Oui, il avait peur d'être celui à l'origine de son état. N'avait-il pas essayé de rentrer de force dans son esprit ? Et si maintenant, Naruto en payait le prix ? Cette crainte le poussa alors à prendre une décision. Il ne racontera jamais ce qu'il avait fait et ce qu'il avait vécu. Jamais personne ne pourra le blâmer d'avoir mis dans cet état son frère. Ferme dans sa résolution, Sasuke préféra quitter les lieux en direction de sa chambre. Il avait besoin d'être seul. Pendant ce temps, Jiraya fit son entrée et fut soulagé du dévouement, bien que voir inconscient son petit-fils le chagrinait. Le voyant entre de bonnes mains, il invita Tsunade à rentrer en leur palais. Elle avait besoin de repos, comme tout le monde du reste. Touchée par sa sollicitude et le fait qu'il avait remarqué son état, la reine des Dieux obtempéra, prévenant quand même qu'elle se querra de son état le lendemain. Sur le perron, le dieu des Dieux appela Lee et lui transmit la mission de prévenir toutes les divinités du dévouement. La lune reprit sa course normale, et Kakashi put enfin mettre ses chevaux au repos. Le calme remplit l'Olympe et le palais de l'Amour. Tous y dormaient à présent.
Tous ? Non. Minato était encore levé, debout face au lit de Naruto, l'air préoccupé. Jetant un regard sur Kushina, à genoux et endormie, la tête appuyée sur ses bras posés sur le matelas, il sourit quand même un peu. Cette scène était touchante et aurait apaisé son cœur de père. Malheureusement, il gardait encore à l'esprit cette sensation si familière qu'il avait ressenti quand il avait suivi le flux d'énergie. Il le lui rappelait beaucoup trop. Se serait-Il réveillé ? Il fallait qu'il s'en assure. Prenant délicatement son épouse dans les bras pour ne pas la réveiller, il la sortit de la chambre et l'amena dans la leur. L'y déposant, il lui fit un baiser sur le front avant de retourner dans celle de son fils. Se mettant à son chevet, il retira le drap qui le recouvrait. Puis, posant une main sur le ventre de Naruto, il y insuffla un peu de sa force vitale.
Petit à petit, un tatouage apparut. Ce dernier était en forme de spirale partant du nombril pour tourner au moins trois fois autour. Puis, des inscriptions firent leur entrée dans un langage aussi ancien que le monde. Seuls les dieux ayant foulé la terre de l'Olympe depuis la nuit des temps possédaient encore la capacité de la lire. Quand tous les traits furent visibles, Minato leva sa main à quelques centimètres et observa le tatouage. Ce dernier ne montrait ni aucun défaut, ni aucune modification. Il était intègre. Fermant les yeux, il se projeta au travers. Il resta là, immobile, au pied du lit de Naruto, sans faire un seul mouvement. Une véritable statue sans aucune défense. Tellement concentré sur sa confrontation intérieure, le dieu de la Guerre était vulnérable à n'importe laquelle attaque.
Soudain, Minato chancela et s'effondra, posant un genou à terre. Soufflant comme un bœuf, il donnait l'impression d'avoir couru des lieux pendant une éternité. La sueur qui perlait sur son front fut un autre témoignage du combat qu'il avait mené. Il L'avait trouvé, et contrairement à ce qu'il craignait, endormi qui plus est. Malheureusement, son incursion avait eu un prix, un prix qu'il n'aurait jamais dû risquer. Il L'avait sorti de sa torpeur. Et pour le remercier de l'avoir sorti de son sommeil en titillant le sceau, Il avait tenté de lui torturer l'esprit. Heureusement, Il était affaibli et pas encore tout à fait prêt à faire des ravages. Ce fut quand même avec quelques difficultés que l'ainé de Jiraya avait réussi à le replonger dans son sommeil millénaire. Maintenant, étant revenu à la réalité, Minato se maudit lui-même d'avoir agi ainsi. Il avait pris un trop gros risque. Cependant, il pouvait être rassuré. Il ne s'était pas libéré, et semblait n'avoir aucune responsabilité dans ce qui s'était passé.
Se redressant, il se rapprocha du lit où dormait toujours Naruto. Il le regarda un instant sans bouger. Si la puissance qui avait dévasté tout un quartier, et fait tremblée toute une ville, venait uniquement de son fils, ce dernier avait hérité d'une force incroyable. Une force qu'il va devoir lui apprendre à maîtriser s'il ne voulait pas que le monde soit détruit. Il fallait juste qu'il sache ce qui avait déclenché une telle libération. Toutefois, pour le moment, la priorité était au repos. Reposant une nouvelle fois sa main sur le tatouage, Minato vérifia son intégrité et le fit disparaître. Puis, il décida d'aller lui-même dormir. Il jeta un dernier regard rempli de fierté à son fils avant de fermer la porte et de rejoindre sa propre chambre. Alors que le dieu de la Guerre s'éloignait, le tatouage réapparut comme un songe. En son centre, loin dans l'inconscient de Naruto, un œil rouge et un sourire carnassier s'offrirent au néant avant de disparaître dans un ricanement lugubre.
