Bon.

Je tiens à vous prévenir.

Pendant toute cette histoire, j'ai décris un Harry éprouvé par la guerre et par les morts, un Harry qui doute, de tout et de ses choix, mais un Harry qui reste quand même dans le fond relativement imperturbable (eh, il décide quand même encore une fois de partir seul affronter Voldemort). Parce qu'après tout, je veux rester au plus près possible du canon et je n'ai pas la prétention de réécrire Harry Potter.

Mais là…

Là, je me suis fait plaisir. J'ai ouvert les vannes et laissé couler. Ce chapitre, c'est l'apocalypse, c'est l'explosion, le raz-de-marée, l'effondrement de Babylone.

(Je m'égare)

Prenez votre temps pour lire tout ça, faites vous un chocolat chaud, et c'est parti ! Et comme toujours, je vous souhaite une très bonne lecture !


Harry entra en trébuchant dans la Salle sur Demande, l'esprit complètement hagard. Il ne savait pas vraiment pourquoi ses pas l'avaient mené jusqu'ici mais il n'était franchement pas enclin à faire un travail d'introspection maintenant. Peut-être que la Salle sur Demande était devenue son refuge, au cours de ces trois derniers mois. Le seul endroit de Poudlard qui le reliait à son époque qu'il ne reverra jamais et celle de ses parents qu'il s'évertuait à modifier.

Honnêtement, il n'en avait rien à faire.

Tout ce qu'il souhaitait était de fuir les visages incrédules et accusateurs et méfiants et effrayés des maraudeurs.

La mâchoire serrée à s'en faire exploser les dents, Harry poussa une exclamation à moitié désabusée, à moitié désespérée en découvrant le miroir qui trônait sur le piédestal à la place de l'arche de pierres.

Ainsi, c'était donc ici qu'il se trouvait, pendant tout ce temps, jusqu'à ce que Dumbledore ne décide de le récupérer pour y cacher la pierre philosophale.

La porte de la Salle sur Demande se ferma dans son dos et l'écho résonna tout autour de lui. Harry s'avança lentement vers le Miroir du Risèd en tremblant, terrifié à l'idée de ce qui l'attendait à travers la surface lisse.

Il soupira en découvrant Lily et James qui le regardaient avec bienveillance, un sourire triste aux lèvres.

– Merlin, bredouilla Harry en sentant sa gorge chauffer à blanc, tu peux juste pas me laisser tranquille… ?

Il se laissa tomber à genoux devant ses parents, incapable de rester debout, avant de poser une main tremblante sur la surface vitrée du miroir.

Ils étaient à peine plus âgés que maintenant. Tellement jeunes. Il ne s'en était jamais rendu compte.

– Je suis désolé, murmura Harry, la voix brisée. Tellement désolé.

Les larmes qu'il retenait de toutes ses forces se mirent à couler sans bruit.

– Vous devriez vous voir, fit-il dans un sourire chancelant, les mots s'arrachant à sa gorge sans qu'il ne puisse rien y faire. P'pa, t'es tellement… stupide, ça en devient attachant.

Un hoquet larmoyant perça la barrière de ses lèvres avant qu'il ne continue, la voix pas plus haute qu'un murmure :

– Il fait tout pour attirer ton attention, expliqua-t-il à Lily qui hocha la tête, l'air faussement navrée. Mais il est tellement maladroit et toi, m'man t'es tellement bornée… Mais je comprends. Je comprends pourquoi vous avez fini par vous marier. Vous vous ressemblez. J'aurais tellement…

Il soupira amèrement, les larmes ravageant ses joues sans qu'il ne fasse rien pour les en empêcher.

– J'aurais tellement voulu vivre avec vous, avoua-t-il dans un murmure douloureux. Et vous voir maintenant, mais savoir que je ne connaîtrai jamais… (Sa voix se perdit dans le vague avant qu'il ne continue dans un souffle) Que je ne connaîtrai jamais ce que ça fait d'avoir une famille. Et ça me tue. Je vous demande pardon, pardon, pardon…

– Harry ? fit une voix hésitante à l'extérieur de la Salle sur Demande et Harry se retourna d'un geste sec, juste à temps pour voir James, Sirius et Remus entrer dans la pièce.

Son cœur se logea tout au fond de sa poitrine.

– Non, murmura-t-il en plein déni, les yeux s'agrandissant d'effroi en reculant précipitamment. Non, vous… Vous pouvez pas… Vous ne devriez pas pouvoir entrer. Pourquoi… Vous…

– … Harry, ça va ? demanda Sirius sur un ton soucieux en s'approchant lentement de lui alors que James et Remus observaient le piédestal plongé dans la pénombre avec circonspection. Harry, qu'est-ce qu'il t'arrive ? Tu…

La voix incrédule de James le coupa brusquement, résonnant étrangement contre les murs nus de la Salle, alors qu'il fixait le Miroir du Risèd, bouche-bée.

Lily ?

Pendant un instant de pure panique, Harry vit les yeux de son père passer lentement du reflet de Lily au sien et il sut. Que James voyait exactement la même chose que lui et que c'était fini. Qu'il suffirait d'un rien pour qu'il comprenne tout. Parce que James, quoi qu'il arrive, quoi qu'il se passe, sera toujours capable de comprendre Lily du premier coup d'œil.

Harry se dit qu'il allait vomir.

– J'en peux plus, protesta-t-il faiblement en ayant l'impression que le monde autour de lui s'écroulait violemment. Tu ne peux pas… Tu n'es pas censé les voir, tu ne peux pas les voir !

Son dos cogna contre le mur de la Salle sur Demande et Harry songea, terrifié, qu'il n'avait plus aucune échappatoire. Impuissant, pris au piège, il ne put qu'observer les épaules de son père s'affaisser brusquement. Dans le miroir, Lily avait l'air au bord des larmes alors que le James qu'elle serrait contre elle souriait douloureusement et la vision fit l'effet d'un électro-choc à Harry.

– NE LUI DIS PAS ! hurla-t-il à sa mère avec l'énergie du désespoir, au bord de la panique. J't'en supplie…

Sa voix se brisa quand il vit James se tourner lentement vers lui, le visage défait.

– Lui dire quoi ? demande Sirius d'une voix soudainement froide. Harry, qu'est-ce qu'il t'arrive, merde ?!

Harry baissa la tête, les mains plaquées contre le mur pour se soutenir alors qu'il tremblait de tous ses membres.

– … Harry ? demanda plus doucement Remus en s'approchant à son tour.

Peux pas. Je peux pas. Je vous demande pardon, pardon, pardon…

– C'est… Il est… Il est mon fils, déclara James dans un murmure en s'humectant les lèvres.

Sirius et Remus le regardèrent comme s'il devenait fou et Harry s'effondra contre le mur en laissant échapper un cri d'angoisse à l'annonce de son père.

– Il est… notre fils. À Lily et à moi.

– Attend… Quoi ? demanda faiblement Sirius en se tournant vers son meilleur ami qui avait l'air sur le point de vomir.

– Et…

James ferma les yeux, le corps secoué d'un violent frisson et Remus pensa très fortement qu'il ne voulait absolument pas entendre la fin de sa phrase.

– Et Lily et moi, on est tous les deux morts en essayant de le protéger de Voldemort, acheva-t-il dans un souffle en ancrant son regard dans celui de Harry.

Ce dernier observa son père sans rien dire en pleurant silencieusement. Un air de résignation passa sur son visage.

Sous le regard horrifié de Sirius et Remus, Harry hocha lentement la tête.

– Je suis… tellement désolé. Tellement, tellement désolé, hoqueta-t-il en fixant son père qui se mit à trembler violemment, ramenant ses genoux sous son menton dans une position de dernière défense. Je vous demande pardon… Je suis désolé…

Remus inspira profondément en voyant Harry se briser petit à petit devant eux. Le Harry qui leur avait paru si… détaché, au-delà de tout. Il comprenait maintenant. Tout, absolument tout s'expliquait. Son regard hanté. Ses connaissances, particulières. Les sursauts qui lui échappaient parfois sans raison quand James surgissait dans son dos. Leur ressemblance.

– Je suis désolé, pardon, pardon, continua Harry à bout de forces, la tête enfouie entre les genoux.

Voldemort avait tué toute sa famille. Oh, Merlin. Il comprenait soudain.

– C'est bon, murmura James, complètement brisé alors que Remus l'enlaçait de toutes ses forces, comme si ça pouvait lui éviter le futur atroce qui lui était réservé.

– Non, c'est pas bon, répliqua Sirius d'une voix sourde en s'agenouillant devant Harry pour être à sa hauteur. À aucun moment c'est bon ! Je… Je peux pas accepter ça… Juste comme ça…

Harry regarda son parrain, si proche et si loin de lui, ses yeux de cendres noyés d'inquiétude, et ses dernières barrières lâchèrent. Il fit ce qu'il s'était efforcé de contenir le tout premier soir lors de son arrivée et qu'il avait continué à ignorer pendant les mois qui avaient suivi. Il se précipita dans les bras de son parrain et pleura bruyamment.

– Sirius, coassa-t-il en s'accrochant de toutes ses forces à sa robe, Sirius, je suis désolé. Putain, je… Sirius, je suis tellement désolé. C'est ma faute… Ma faute… Tu…

– Je quoi, répéta Sirius en tremblant, sans lui rendre son étreinte.

Harry secoua la tête, la gorge chauffée à blanc, incapable de parler et James sentit un frisson glacé descendre le long de sa colonne vertébrale alors que la réalisation le frappait de plein fouet.

– … C'est évident, murmura-t-il en vacillant. Patmol, c'est tellement évident.

Il planta ses yeux dans les siens, le regard infiniment triste alors que Harry sanglotait contre lui.

– Si… Si Lily et moi on est mort, c'est toi qui t'es occupé de Harry. C'est forcément toi. Je… Je n'aurais jamais laissé personne d'autre être le parrain de mon fils, je suppose, acheva-t-il dans un pauvre sourire.

Sirius accusa le coup, devant l'air dévasté de Remus. Quand Harry s'agrippa un peu plus fort à lui, enfouissant son visage dans son cou, cette fois, il le prit maladroitement dans ses bras.

– J'ai toujours eu du mal à digérer que mon sosie s'entende mieux avec mon meilleur ami qu'avec moi, fit James dans une piètre tentative d'humour en grimaçant de son mieux un sourire qui ne convainquit personne.

– … T'es con, murmura tristement Remus, incapable de plus.

Ils restèrent un moment ainsi sans bouger, accompagnés des pleurs de Harry. Quatre êtres brisés au milieu de la Salle sur Demande, sous les regards désespérés des reflets de Lily et James.

Quand les hoquets étranglés de Harry finirent par se calmer, il inspira une dernière fois l'odeur de son parrain, bien différente de celle qu'il gardait en mémoire mais tout aussi apaisante, pour se donner du courage avant de s'éloigner légèrement. Ses doigts restèrent crochetés à la robe de Sirius qui ne fit rien pour se dégager.

– … Je vous demande pardon, finit par souffler Harry, s'attirant le regard des trois maraudeurs. Je vous demande tellement pardon. De vous avoir menti… De… Je… Je voulais tellement arranger les choses et au final… J'ai pas réussi et… Et j'oscille constamment entre vouloir rentrer ou rester ici. Je… peux pas avoir ma vie d'avant avec vous, mais je peux pas rentrer en sachant ce que vous ne serez plus là et…

Il lâcha un rire jaune qui résonna misérablement dans la Salle sur Demande.

– Je suis pathétique…

Remus lui offrit un sourire forcé. Il n'avait pas le droit de s'effondrer. Pas maintenant. Pas devant Harry.

– Qu'est-ce… Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? demanda-t-il de cette même voix sans jugement ni pitié qu'il avait eu lors de leur escapade nocturne, une éternité plus tôt.

Harry ferma les yeux en tremblant. Les images de la bataille de Poudlard ne l'avaient jamais vraiment quitté.

– J'ai… tué Voldemort, avoua-t-il du bout des lèvres. Je l'ai tué. Mais… il y avait trop… trop de morts…

Il se tut. Hésita un instant avant d'ancrer son regard dans celui ambré de Remus.

– J'ai pas pu… J'ai pas pu te protéger… chuchota-t-il d'une voix infiniment triste. Tu avais un fils…

Remus sentit le loup bondir dans sa poitrine et James le serra immédiatement dans ses bras.

– … Quel avenir de merde, marmonna Sirius alors que Remus inspirait l'odeur de James à s'en étouffer, tentant par tous les moyens de calmer le monstre au fond de son ventre.

Sur le piédestal, le miroir vacilla doucement avant de prendre l'aspect d'une arche de pierres et Harry sentit sa respiration se bloquer dans sa poitrine. Pourquoi maintenant ? Pourquoi pas trois mois plus tôt quand il suppliait de pouvoir rentrer chez lui ? Pourquoi maintenant alors qu'il s'était promis de sauver ses parents ?

Les chuchotements qui s'échappèrent du voile emplirent la pièce et Harry se leva, un peu raide.

– Qu'est-ce que… commença James en fronçant les sourcils.

– Mon ticket de retour, répondit Harry dans un filet de voix. Je… Je veux pas…

Sirius le poussa gentiment dans le dos.

– Vas-y.

Harry se tourna vers lui, les larmes aux yeux.

– Je… Je te verrai plus…

Sirius haussa les épaules, un étrange sourire serein sur les lèvres malgré la gravité de la situation.

– Qui sait…

Avant qu'il n'ait le temps de dire quoi que ce soit, son parrain pointa sa baguette sur lui. Les yeux de Harry s'écarquillèrent et il se mit à secouer frénétiquement la tête.

– Non, non, non, non, non…

Les yeux de cendres de Sirius brillèrent dans la pénombre.

– Adieu, Harry. Prend soin de toi.


Et je suis absolument terrifiée maintenant.

À la semaine prochaine,

Aech.