GOLDORAK : LA GUERRE D'EUPHOR
LA GUERRE D'EUPHOR Episode 29
Le général Zota s'est effondré sur le siège central de la salle de commandement.
- Général ! Décollage non autorisé d'un Gat, annonce un soldat.
- Comment, s'exclame le général en levant la tête.
- Qui a donné l'ordre de lancement ?
- Je l'ignore. Le Gat n'a suivi aucun protocole de lancement.
- Qu'est-ce que cela signifie !
L'œuf sombre passe au-dessus du palais avant de s'élancer à la poursuite de Goldorak. Ce qu'ignore le général c'est que ce n'est pas un Gat cybernétisé qui vient de décoller du hangar secret, mais un modèle spécial piloté par le colonel Niiva.
- Me voilà Goldorak ! Je jure de te détruire, lance-t-il avec détermination
Goldorak s'éloigne de la capitale en transportant le corps inerte du Gat qu'il vient d'affronter.
- Où vais-je pouvoir m'en débarrasser ?
Il passe en revue les différentes possibilités dans son esprit.
- Je ne vais pas allez le jeter dans l'océan quand même, soupire-t-il. Mais non ! Il y a une carrière abandonnée pas loin.
La soucoupe vire pour se diriger vers le lieu où vont reposer les restes de son ennemi.
Le Gat piloté par le colonel Niiva arrive à l'Olympium, il passe au-dessus du complexe sportif à la poursuite de son futur adversaire.
- Il ne faut pas que je perde sa trace, grimace le colonel.
Il jette un regard à ses instruments, il constate que Goldorak est à la limite de porter de ses radars et que se dernier vient de changer de cap.
- Un peu plus et je le manquais !
Le roi Actarus a rejoint les cavernes occupées par la résistance. Il se tourne vers l'un d'eux avec inquiétude.
- A-t-on des nouvelles sur le combat de l'Olympium, questionne-t-il.
- D'après nos informations, le combat s'est achevé il y a quelques minutes. Le Gat a été vaincu.
Actarus est rassuré.
- Doit-on déplorer des blessés ou des pertes dans la foule du complexe sportif ?
- L'évacuation s'est bien déroulée compte tenu des circonstances. Pour l'instant, rien n'indique qu'il y a des dommages dans ce que nous avons appris.
- Une chance ! Et pour Pouki et son cirque ?
- Nous savons que la troupe a quitté les lieux, mais nous n'en savons pas plus.
Le nain directeur du cirque et sa troupe ont bien quitté l'Olympium, mais ils sont restés dans le quartier proche. Pouki regard en direction du complexe alors que le reste de la compagnie est éparpillé en petit groupe.
- Je crois que je vais attendre longtemps le reste de notre rémunération, soupire-t-il avec une lueur vengeresse dans le regard.
L'homme originaire d'Orion s'approche du directeur.
- Qu'est-ce qu'on fait pour mes bêtes, demande le dresseur. Je ne vais pas les laisser ici quand même ?
- Nous allons les récupérer, ainsi que tout notre matériel. Cette fois, nous devrons nous passer de l'aide des militaires.
Le nain se retourne vers sa troupe.
- Écoutez-moi, lance-t-il pour attirer l'attention.
Tous se retournent vers le directeur.
- Nous allons retourner à l'Olympium. Nous allons reprendre notre matériel, nos animaux. Nos véhicules se trouvent encore à côté du complexe. Une fois tout remballés, nous regagnerons notre campement, puis nous quitterons la capitale.
Le nain se retourne dans la direction de l'Olympium.
- Allez en avant, lance-t-il en levant un bras.
Il fait quelques pas avant que la troupe se lance à sa suite.
Goldorak descend vers la carrière avec son fardeau. Il lâche le corps de son adversaire à faible altitude. Le Gat s'effondre sur le sol dans un bruit de tôle.
- Voilà qui est fait. Pas le temps de le réduire en pièce. Je dois filer, c'est étonnant qu'il n'y ait pas de navette à ma poursuite ou autre chose.
Procius se prépare à lancer les missiles fantômes pour tromper les radars quand il voit surgir un point sur son écran.
- J'ai parlé trop vite, grimace-t-il. Tant pis.
Goldorak quitte la carrière rapidement pour prendre de l'altitude.
- Tentons quand même de regagner l'espace.
Sur le radar, le point se rapproche rapidement.
- Mégamach !
La soucoupe prend de la vitesse, une traînée blanche se forme dans son sillage. La vélocité augmente encore au point que la soucoupe s'enflamme.
Dans son cockpit, le colonel Niiva constate que Goldorak veut le prendre de vitesse.
- Ah ! Ah, rit le colonel. Tu crois pouvoir m'échapper ! Mais, j'ai tout prévu !
L'œuf sombre augmente de vitesse lui aussi, sa surface s'enflamme rapidement.
- Tu ne m'échapperas pas !
Le général Zota est toujours assis dans le siège central de la salle de commandement.
- Mais qui peut me dire quel est ce Gat et qui l'a fait décoller, questionne-t-il avec agacement.
- Nous n'avons aucun numéro d'enregistrement pour cette machine, annonce un soldat.
- Comment ! Qu'est-ce que cela signifie ?
- Je l'ignore. D'après les identifications, les autres Gats sont en attente dans le hangar.
Le général se lève du siège.
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ! Passez-moi le colonel Niiva immédiatement !
Zota marche de long en large devant le siège central.
- Aucune réponse de colonel, annonce un soldat après un instant.
- Insistez !
Après deux minutes, un visage apparaît sur le moniteur central. Mais ce n'est pas celui du colonel, c'est celui de l'ingénieur albinos.
- Où est le colonel Niiva, tonne le général. Et pourquoi répondez-vous à sa place ?
- Je me suis permis de répondre à la place du colonel, car j'étais à côté de son bureau et j'ai entendu l'appel insistant.
- Où est Niiva, demande Zota à bout de patience.
- Je l'ignore, répond l'ingénieur avec embarras. Nous l'avons vu traverser le hangar dans une combinaison avant qu'il nous ordonne de quitter les lieux pendant cinq minutes, quand nous sommes revenus, le colonel n'était plus là alors que nous ne l'avons pas vu sortir et un Gat est manquant.
- Comment ! Se pourrait-il que…
Le général ne termine pas sa phrase, comprenant ce qu'il se passe. Il tourne la tête vers le soldat s'occupant des communications.
- Entrez en contact avec le Gat inconnu, ordonne-t-il.
- À vos ordres.
Les communications du Gat se mettent à émettre du bruit.
- Ils tentent d'entrer en contact avec moi, constate Niiva. Mais c'est inutile, rien ne me fera changer d'avis ! Je vais anéantir Goldorak !
Le roi et le chef de la résistance sont dans la cavité de réunion. Ils sont en grande conversation, ils parlent de ce qu'il vient de se passer à l'Olympium.
- … la foule en otage, s'exclame le quinquagénaire. Nous ne pouvons plus attendre, nous allons devoir passer à l'action plus tôt que vous ne le pensiez.
- Moi aussi, tout ceci me révolte. Chronaris ou qui que ce soit d'autre qui commande en se moment à dépasser les limites. Mais je me demande s'il est bien sage d'agir maintenant, il y a fort à parier, qu'il s'attend à une action de notre part. Il est possible que tout ceci ne soit qu'une habile manœuvre pour nous faire sortir de nos réserves. La foule n'a servi que de prétexte pour attirer Goldorak. Tout comme moi, vous avez bien constaté que la réédition souhaitée par le général n'était en fait qu'une tentative de détruire simplement Goldorak.
- J'en conviens, mais cette fois vous aurez grand mal à contenir les contestataires qui ne demandent qu'à passer à l'action.
- Je suis conscient, mais…
Des coups sont donnés à la porte vermoulue.
- Entrez, fait le roi.
Un résistant arrive avec une missive dans les mains, il la remet au roi. Celui-ci la parcourt rapidement. Son visage se contrarie. Le cinquantenaire le remarque immédiatement.
- Que se passe-t-il, demande numéro un avec inquiétude.
- Il semblerait, qu'il règne un chaos dans le palais, répond Actarus en continuant de lire.
- Quelle est la raison de ce désordre ?
- Un Gat aurait décollé sans autorisation et personne ne sait comment, ni pourquoi.
Le général Zota est venu se placer derrière l'opérateur des communications.
- Alors, fait-il avec impatience.
- Je n'obtiens aucune réponse sur les fréquences que nous utilisons, annonce le soldat.
Zota grimace, il se penche pour saisir le microphone.
- Colonel Niiva, ne faites pas l'imbécile. Regagnez le palais ! C'est un ordre !
Le silence se fait dans la pièce pour attendre la réponse qui ne vient pas.
- L'imbécile, lance le général en retournant vers le siège central.
Il s'installe dans le fauteuil.
- Où se trouve le Gat et Goldorak ?
- Il me rattrape, constate amèrement le prince. Comment est-ce possible ?
Sur son radar, le point lumineux représentant le Gat se rapproche de lui à vive allure. La soucoupe porteuse change de trajectoire, mais aussitôt, son poursuivant ajuste sa course.
- Je ne vais pas avoir le choix, il va falloir que je l'affronte.
Procius lance un regard à ses instruments pour consulter ses réserves d'énergie et son armement
- J'ai largement de quoi faire, mais j'aurais préféré éviter un nouvel affrontement, soupire-t-il.
La troupe de saltimbanques pénètre dans le complexe sportif. L'édifice est complètement désert, aucune trace de soldat de Chronaris. Les accès sont ouverts, des affaires traînent sur le sol de-ci de-là, sûrement perdues par la foule durant l'évacuation. Après avoir traversé les couloirs, ils arrivent sur la pelouse de l'Olympium.
- Allez, lance le nain. On se dépêche de tout démonter et on file d'ici le plus rapidement possible !
Le géant Minima soutient la femme clown Thalia, elle semble encore plus pâle que d'habitude. Pouki s'approche d'eux, alors que la troupe se disperse pour rassembler le matériel de représentation. En voyant le directeur s'approcher, Thalia se redresse, elle dit quelque chose au colosse avant de s'éloigner. Le nain rejoint le géant.
- Comment elle va ?
- La fuite l'a épuisée, annonce Minima. Elle n'a pratiquement plus de force. Elle mange à peine.
- Je m'occuperais d'elle, une fois revenue au campement. Toi, tu tâcheras de t'éclipser pour aller avertir la résistance que nous sommes sains et saufs. Tu les avertiras que nous allons quitter la capitale.
Le colosse opine du chef.
- Trêve de bavardage ! Il faut quitter ce lieu le plus vite possible.
Minima s'éloigne en direction de la piste centrale. Le nain lève la tête en direction des étoiles.
- Vivement que nous puissions quitter cette planète, soupire-t-il.
Les capitaines Yamato et Knoch sont dans la salle de commandement de la base lunaire. Ils sont nerveux.
- Toujours aucune nouvelle de Goldorak, demande le borgne à l'opérateur radar.
- Négatif, répond le soldat.
- Dans combien de temps il y aura un satellite au-dessus de l'Olympium, questionne Knoch.
- Dans moins de cinq minutes, répond le lieutenant Rola.
Les deux capitaines se regardent, le borgne acquiesce de la tête.
- Piratez ce satellite, ordonne Knoch. Que nous sachions ce qui se passe sur Euphor !
- Je m'y mets immédiatement, répond le lieutenant.
Le général Zota fixe l'écran central de la salle de commandement du palais. Il suit la progression de Goldorak et de son poursuivant.
- Il va finir par le rejoindre, murmure-t-il. Quel est donc ce Gat ? D'où Niiva le sort-il ? Qui est son concepteur ?
Zota s'installe dans le siège au centre de la pièce.
- « Certes ce Gat est rapide, constate-t-il. Mais tiendra-t-il tête à Goldorak ? Est-ce que son unique supériorité est sa vitesse ? Je me demande ce que va donné se combat ».
Procius grimace sous son casque, son poursuivant ne cesse de gagner du terrain sur son radar.
- Rien à faire ! Mon vieux Goldorak, nous allons devoir encore combattre.
La soucoupe porteuse approche de la thermosphère quand subitement, elle replonge en direction de la planète.
- Une dernière tentative pour le semer.
Dans son poste de pilotage, le colonel Niiva serre les dents, il remarque le nouveau changement de cap. Il ajuste sa trajectoire.
- Ne crois pas pouvoir me semer, lance-t-il. J'attends ce moment depuis si longtemps ! Mon heure de gloire est là ! Je ne vais pas la laisser passer !
Une goutte de sueur perle sur le front du prince.
- Avec un peu de chance, je vais le semer et j'irais me faire oublié dans la base de l'île déserte. J'en connais qui vont s'inquiéter de ne pas me voir rentrer.
- Le satellite est presque à la verticale de l'Olympium, annonce le lieutenant Rola.
- Sur écran principal, ordonne le borgne.
Quelques secondes plus tard, une image sombre apparaît. On y distingue à peine quelques lumières autour du complexe sportif et à l'intérieur une rangé de lumière.
- On ne voit rien, constate Knoch.
- C'est normal, c'est la nuit sur la capitale, commente Yamato.
- Je vais voir pour arranger l'image, annonce Rola.
- Que sont donc ces points lumineux dans l'Olympium ?
- Aucune trace de Goldorak, constate Knoch.
L'image devient plus claire, le lieutenant a appliqué un filtre.
- On dirait des véhicules de transport civil dans le complexe, fait le borgne.
- Mais où sont le prince et Goldorak ? Il ne se serait quand même pas rendu à l'ennemi, panique Knoch.
- Ne dites pas cela, proteste son homologue militaire.
- Il a des traces de combats, remarque Rola. Regardez sur l'esplanade et il y a tout un pan de l'Olympium qui est effondré.
- C'est exact, font en cœur les capitaines.
- Regardez, s'exclame le lieutenant. On dirait la tête d'une de leur machine de combat.
Sur l'écran, la tête porcine surgit.
- On peut donc en déduire que le prince a gagné une nouvelle fois, fait avec soulagement Knoch.
- Il y a peu de doute sur le sujet, confirme Yamato. Mais dans ce cas, pourquoi n'est-il pas encore de retour ?
- Il s'est peut-être réfugié dans sa cachette secrète sur la planète, suggère Knoch. Ce ne serait pas la première fois.
- C'est une possibilité, admet Yamato en se frottant le menton.
- Les véhicules civils quittent le complexe, annonce Rola.
L'image change pour montrer la file de transporteurs.
- On dirait… la caravane d'un cirque, fait Knoch.
- Il était question d'un spectacle donné à l'Olympium dans l'ultimatum, si je ne me trompe pas, fait le borgne.
- Dans quelques secondes, nous allons perdre le visuel sur la zone, annonce Rola.
- Vous avez raison. Pensez-vous que ce soient des partisans de l'envahisseur, demande Knoch.
- Aucune idée, mais ce n'est pas le plus important. Nous ignorons toujours ce qu'il est advenu de Goldorak.
- Vous avez raison, fait amèrement le capitaine de la flotte royale.
La soucoupe porteuse plonge vers Euphor, elle se prépare à entrer dans la stratosphère quand une boule de feu lui coupe la trajectoire, l'obligeant à couper sa vitesse. Les flammes qui entourent les deux machines de combats disparaissent.
- Pas moyen d'y couper, mon bon Goldorak tient toi prêt, marmonne Procius.
Dans la salle de commandement du palais, le général Zota tapote du bout des doigts sur l'accoudoir du fauteuil.
- Je les ai, s'exclame soudain un soldat.
Sur le moniteur central surgissent l'œuf sombre et Goldorak se faisant face. Zota croise ses mains.
- Cela va être intéressant, fait-il en se redressant.
Un sourire triomphant illumine le visage de Niiva sous son casque de pilotage.
- Je suis le colonel Niiva. Je m'adresse au pilote de Goldorak.
Le colonel jubile intérieurement, une excitation particulière parcourt son être.
- Je vous écoute, sors de la radio.
- Je capte les communications du Gat, annonce le soldat affecté à la radio.
La voix du colonel résonne dans la salle de commandement du palais.
- Je suis ici pour vous affronter dans un combat singulier. Je vous mets au défi de me vaincre !
Le relevez-vous ?
- Ai-je vraiment le choix ?
- Pas vraiment, répond Niiva avec une voix menaçante. Si vous refusez de m'affronter, je retournerais sur Euphor et je m'en prendrais à la population. Je raserais la capitale !
- Vous détruirez la capitale ?
- Parfaitement !
- Pensez-vous que Chronaris vous laissera faire cela ?
- Il ne pourra rien faire ! Il a quitté le palais depuis longtemps !
- « Voilà donc la confirmation que Chronaris n'est plus sur Euphor, réalise Procius. Si seulement, je pouvais transmettre cette information à Actarus ! »
Le général Zota frappe du poing l'accoudoir du fauteuil dans la salle de commandement.
- L'imbécile, s'exclame-t-il. Il vient de révéler à notre ennemi que notre souverain nous a abandonnés ! Si cette information arrive aux oreilles de la résistance, nous sommes refaits !
- Cette situation n'a que trop duré, continu Niiva. Il est temps pour moi d'en finir et de recevoir les honneurs qui me sont dus depuis si longtemps !
- « En voilà un qui a été brimé par sa hiérarchie, pense le prince ».
- Le combat aura lieu dans les règles de l'honneur militaire, ajoute le colonel.
- Vous dites que vous combattrez dans les règles militaires, mais vous n'hésitez pas à menacer la population civile, remarque le prince.
- Vous avez raison, ceci est contradictoire, mais c'est la guerre, répond Niiva pour se justifier.
La nervosité gagne le général Zota dans son siège.
- « Assez de bavardage, pense-t-il. Que le combat commence nom d'un chien ! »
Le moniteur central de la base lunaire s'éteint, le satellite a quitté la zone de la capitale. Les capitaines s'interrogent toujours sur ce qui est advenu du prince.
- Je crois que j'ai repéré Goldorak, annonce le soldat à la console radar.
- Où se trouve-t-il, demandent Knoch et Yamato.
- Il est dans la stratosphère d'Euphor, mais il semble immobile.
- Immobile ?
- Je n'en suis pas certain, mais il doit y avoir un autre appareil avec lui.
Le capitaine Knoch grimace.
- Cela ne me dit rien de bon, commente-t-il.
- Des mouvements dans la flotte en orbite, questionne le borgne.
- Rien pour le moment.
- C'est à n'y rien comprendre.
- Avons-nous un moyen d'observer la zone, demande Knoch à Rola.
Le lieutenant pianote sur sa console avant de répondre.
- Il y a un satellite météorologique qui sera à porter dans quelques minutes, mais il faudra faire un léger changement d'orientation des caméras.
- Vous pouvez le faire, questionne Yamato.
- Oui, mais cela risque de se voir dans le centre de contrôle d'Euphor.
Le capitaine Knoch se met à ronger l'ongle de son pouce.
- Faites ce qu'il faut, ordonne le borgne.
Le colosse Minima conduit le véhicule de transport qui ouvre la route au convoi du cirque. Sur le siège passager, le directeur du cirque est pensif.
- Un problème, demande le géant.
- Pas vraiment, répond le nain. Je me demande juste où nous pourrions aller en quittant la capitale.
- Surtout, que nous risquons d'avoir les militaires sur le dos, souligne Minima.
- C'est probable. Ils se sont servis de nous pour tendre un piège.
- En allant voir les résistants, je pourrais leur demander s'ils ont un lieu sûr pour nous ?
- Ce n'est pas une mauvaise idée.
Le transporteur pénètre dans le camp du cirque.
- Il est trop tard ou trop tôt pour remplier le campement cette nuit, déclare Pouki. Nous sommes tous épuisés par la représentation et les émotions. Dormons quelques heures, puis nous disparaîtrons de la capitale.
- Euh… Je vais voir la résistance quand, demande Minima complètement perdus.
- Tu t'éclipses comme prévu. Ton absence se verra moins vu que tout le monde va aller se coucher.
Les véhicules s'immobilisent au centre du campement. Pouki descend du véhicule de tête puis remonte la file en annonçant à chaque transport.
- Allez vous coucher. Levez dans cinq heures pour démonter le camp.
La troupe est trop fatiguée pour réagir, chacun se dirige vers sa roulotte pour un repos bien mérité. Thalia, la femme clown traîne les pieds jusqu'à la sienne.
- « Antarès où es-tu ? As-tu été victorieux, se demande-t-elle en ouvrant la porte de sa caravane ».
Minima fait mine de se diriger vers sa roulotte, une fois hors de vue dans l'obscurité, il change de chemin pour quitter le campement en toute discrétion.
- Bien, fait Procius. Je relève votre défi, comme je suis le sollicité, ai-je le choix du lieu ?
- Et moi le choix des armes, ironise Niiva. Je vous concède le choix du lieu.
- « J'ai toujours affronté ces Gats dans l'atmosphère de la planète, réfléchit le prince. Jamais aucun ne m'a poursuivi dans l'espace. Cela peut signifier qu'ils ne sont pas étudiés pour y combattre. Si c'est le cas, il vaut mieux que je combatte ici ».
- Vous avez choisi, demande avec empressement le colonel.
- Que diriez-vous de nous affronter ici même ?
- Cela me convient parfaitement, répond Niiva avec enthousiasme.
Procius grimace en entendant la réaction de son adversaire.
- « J'ai peut-être commis une erreur, se dit-il ».
- Permettez que je me mette en tenue de combat, fait Niiva.
L'œuf sombre s'écarte de la soucoupe porteuse. Machinalement, Procius dégourdit ses doigts avant de serrer les commandes de pilotage.
Le général Zota fixe le moniteur central.
- L'affrontement va débuter. Qu'a donc créé le colonel pour être aussi sûr de lui, marmonne-t-il.
L'œuf se fissure, une lueur rouge filtre par les fêlures de la coquille.
- Qu'allons-nous devoir affronter cette fois, non cher Goldorak ?
Actarus et numéro sont toujours dans la cavité de réunion. Des informations en provenance du palais ne cessent de leur arriver. Un résistant entre pour déposer une nouvelle missive sur la table.
- Encore, s'exclame le quinquagénaire. Mais le service de sécurité du palais et devenu une vraie passoire ou quoi !?
- Tout semble complètement désorganisé, commente le roi en lisant la nouvelle dépêche. Ce Gat qui a décollé sans autorisation a complètement déréglé cette machine bien huilée.
- Ne devrions-nous pas en profiter ?
- C'est ce que je me demande…
Le roi ne termine pas sa phrase.
- Une mauvaise nouvelle ?
- D'après ce dernier rapport, Goldorak se prépare à combattre le Gat inconnu à la limite de l'espace.
- Il se prépare ? Le combat n'a pas encore débuté, questionne le cinquantenaire perplexe.
- Il semblerait que le pilote de cette machine a lancé un défi à Goldorak. Ils vont s'affronter dans les règles.
- Que signifie tout ceci ?
- Je me le demande aussi !
Un morceau de coquille se détache, une forme surgit de la brèche. Cela ressemble à une tête de dragon. Un autre morceau se désolidarise, une queue en émerge. Un morceau tombe du côté, une aile recroquevillée est visible.
- Je ne vais quand même pas affronter un dragon, s'étonne Procius.
Tous les morceaux de la coquille se séparent, laissant apparaître une forme indistincte. La forme s'étire, une autre tête de dragon fait son apparition. Les ailes se déploient révélant qu'ils sont en réalité des bras surmontés d'ailes, à leur extrémité se trouvent des mains avec des griffes acérées. Une seconde queue se déroule juste avant qu'une troisième tête ne se signale ainsi que deux pattes postérieures puissantes.
Procius regarde son adversaire en détail. Il a en face de lui une sorte de dragon mécanique à trois têtes et deux queues hérissées de piquant.
- D'un seul coup, je ne suis plus certain d'avoir l'avantage, lâche Procius en déglutissant.
Actarus et le cinquantenaire sont debout dans la cavité de réunion quand on frappe à la porte vermoulue.
- Encore un rapport, soupire numéro un. Entrez.
Mais ce n'est pas le résistant faisant office de messager qui se présente dans l'encadrement de la porte, une forme imposante l'obstrue. Minima se baisse pour franchir la porte.
- Vous, s'étonne le roi. Je ne m'attendais pas à vous voir !
- Pouki m'envoie, répond Minima en ignorant la remarque du roi.
- Et que voulez-vous, demande le quinquagénaire.
- Je viens vous annoncer que toute la troupe est saine et sauve. Nous ignorons ce qui aurait pu arriver sans vos hommes.
- Si tout le monde a pu quitter les lieux sans être blessé, c'est le plus important, déclare le roi. Heureusement que Pouki nous a avertis de cette requête de l'envahisseur. Que comptez-vous faire ?
- Nous avons récupéré nos affaires au complexe et tout rapporté au campement. Mais dés que le jour va se lever, nous allons tout rassembler et quitter la capitale.
- Sage décision, commente le cinquantenaire.
Le colosse semble hésitant.
- Il y a un problème, demande Actarus.
- Votre Majesté aurait-elle un endroit sûr à nous recommander ? Nous craignons d'avoir des problèmes avec les forces armées.
- Comme je vous comprends ! Mais je crains que nous n'ayons un lieu assez grand pour contenir toute la troupe et la caravane du cirque.
En disant cela, le roi se retourne vers le quinquagénaire.
- En effet, je ne vois rien d'assez grand de tête, répond-il. Mais je vais me renseigner.
Le quinquagénaire quitte la pièce. Minima ne sachant que faire se met à fixer la pointe de ses pieds.
Les trois têtes de dragons bougent dans tous les sens comme pour se détendre avant d'ouvrir leurs gueules pour pousser un long hurlement silencieux tout en agitant les ailes. Le prince a la sensation d'entendre leurs cris malgré l'absence de son dans le vide spatial.
- Alors Goldorak, s'exclame Niiva dans son poste de pilotage. Que vas-tu faire contre ceci !?
Le général Zota observe la machine qui est sortie de l'œuf sombre.
- Comment le colonel a-t-il pu concevoir cette chose ?
Sur le moniteur, la machine de combat agite ses ailes comme pour prendre son envol.
- Va-t-il vaincre Goldorak ? Après tout, pourquoi pas.
Alièna se réveille dans son lit, quelque chose a perturbé son sommeil. La femme se tourne sur le dos sous ses couvertures. Quelque chose attire son attention, mais elle ne saurait dire quoi. Elle entend du bruit étouffé qui semble provenir du couloir. Elle tourne la tête pour regarder l'heure pensant que c'est le matin, mais elle découvre que c'est à peine le petit matin. Elle se lève de son lit intrigué. Elle traverse la pièce à vivre sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller son père qui dort encore, ce qui est confirmé par les ronflements légers qui sortent de sa chambre. La femme entrouvre lentement la porte de leur quartier avec précaution. Elle passe un œil par l'ouverture et elle découvre des soldats passant dans tous les sens.
- Il se passe quelque chose, murmure-t-elle.
Elle repousse la porte avant de retourner dans sa chambre. Une fois arrivée, elle s'assoit sur son lit.
- Qu'est-ce qui peut provoquer une telle agitation ? Chronaris serait-il de retour ? Si c'est le cas, je vais être appelé au service d'ici quelques heures.
Procius observe son adversaire, il cherche du regard un point faible qu'il pourrait utilisé à son avantage, mais il ne remarque rien de flagrant.
- Hum… Il ne va pas être simple à battre, constate-t-il.
Il jette un regard aux griffes acérées puis aux piquants sur les deux queues qui forment une ligne qui se rejoint à la base du dos pour remonter le long de ce qui serait la colonne vertébrale de la créature.
- Le combat peu commencé, annonce la voix du colonel dans la radio.
Dans la salle de commandement de la base lunaire, l'ambiance est tendue. Les capitaines guettent avec impatience les images qui vont arriver d'un instant à l'autre du satellite météorologique. Ils fixent l'écran central. Pour le moment, ils ne voient que des étoiles dans le vide stellaire. Les secondes passent et ils découvrent en premier la soucoupe porteuse puis son adversaire.
- Voilà donc ce qui retient Goldorak, lâche Yamato en découvrant le spectacle.
Le borgne se tourne vers le lieutenant Rola.
- Combien de temps avant que nous perdions l'image ?
- Une, deux minutes au maximum. Après pour conserver l'image, je devrais changer l'axe du satellite.
- Inutile de prendre un risque. Dès que nous perdrons l'image, remettez les caméras dans leur position originale. Ne tentons pas le diable !
Le dragon ailé à trois têtes bat des ailes tout en gardant sa position à distance de son futur adversaire.
- Le combat peu commencé, annonce la voix du colonel dans la radio.
Procius est contraint de terminer l'observation de la créature qu'il va devoir affronter.
- le combat risque d'être rude, murmure le prince dans son casque.
La créature ailée recule en agitant ses ailes, quand un rayon bleu sort de la gueule de la tête centrale. Goldorak vire sur le côté pour éviter l'impact, malgré cela, le rayon frappe l'un des supports des Planitrons. La soucoupe est secouée par l'impact, les commandes ont du mal à répondre aux actions que tente de lui donner le prince. Il lutte pour en reprendre le contrôle.
- Ce rayon doit contenir une onde électromagnétique !
Le colonel Niiva affiche un large sourire.
- Alors ! Qui aurait pu le croire, fait-il triomphant. Le combat s'annonce sous de bons auspices.
Le dragon à trois têtes s'élance vers la soucoupe porteuse avec ses griffes postérieures en avant.
- Tu es à ma merci, jubile le colonel.
Mais Niiva déchante rapidement quand il voit la soucoupe se redresser.
- Planitrons !
Les deux disques dentés quittent leurs supports en direction du dragon, ce dernier les dévie en leur donnant un coup d'aile.
Les deux capitaines, ainsi qu'une partie du personnel de la salle de commandement de la base lunaire suit le combat sur le moniteur central de la pièce. L'inquiétude se lit sur quasiment tous les visages. L'image qui était centrée sur les combattants quand ils s'observaient, celle-ci se décale de plus en plus alors que l'affrontement vient juste de débuter entre les deux adversaires.
- Moins d'une minute avant la sortie de la zone, annonce le lieutenant Rola.
- Nous ne verrons pas l'issu du combat, se lamente Knoch.
- Au moins, fait le borgne. Pour une fois, nous savons ce qui se passe.
Sur l'écran, le dragon repousse deux disques dentés avant de sortir du champ des caméras du satellite. Le lieutenant Rola pianote sur sa console pour remettre les caméras dans leur position originale.
- Il ne nous reste plus qu'à attendre le retour du prince pour connaître l'issu de ce combat, fait Knoch.
- Vous vous rendez compte de l'absurdité de cette phrase, demande Yamato.
- Je ne comprends pas ?
- Si le prince revient, c'est qu'il a été victorieux, souligne le borgne.
- Oui, vous avez raison, l'inquiétude a fait que j'ai mal formulé ma phrase.
- Je comprends. J'avais juste envie de vous taquiner, sourit Yamato.
De son œil valide, il désigne la pièce à son homologue, Knoch remarque alors une certaine crainte sur les visages du personnel.
- Allez, lance le capitaine de la flotte royale. Ce n'est pas en regardant ce moniteur que l'issu de ce combat va changer. Il est temps de reprendre son poste.
Rapidement, les militaires reprennent leur tâche.
Le roi Actarus fait les cent pas dans la cavité de réunion, il attend avec impatience le cinquantenaire. Le colosse Minima s'est recroquevillé le long d'une paroi ne sachant que faire pour attendre. Soudain, la porte vermoulue de la pièce s'ouvre.
- Vous avez trouvé un lieu, commence le roi sans finir sa phrase.
Dans l'encadrement de la porte, ce n'est pas la silhouette du quinquagénaire, mais celle d'un messager qui apparaît. L'homme tend une feuille au roi.
- Cela provient du palais, annonce l'homme.
Actarus prend la missive avant de la parcourir du regard pendant que le porteur quitte la pièce.
- Ça alors, s'exclame le roi. Goldorak se bat contre un Gat dans la stratosphère ! C'est bien la première fois qu'un combat a lieu à cet endroit. Jusque-là, il n'y avait jamais eu de combat dans l'espace. Je me demande si cela a une importance ?
Le dragon n'a pas dévié sa trajectoire en repoussant les Planitrons, mais cela l'a quand même obligé à réduire sensiblement sa vitesse. Les deux adversaires foncent l'un sur l'autre, le Gat de Niiva écarte ses griffes postérieures comme-ci il voulait agripper la soucoupe porteuse. Procius manœuvre pour effectuer une vrille à plat avec Goldorak. La soucoupe se retrouve à voler sur le dos quand elle arrive à la hauteur de son ennemi. Les griffes du dragon glissent sur le ventre de la soucoupe quand il entre en contact.
- Raté, grimace le colonel.
- Ce n'est pas passé loin, souffle Procius.
Assis dans le fauteuil central de la salle de commandement, le général Zota observe la scène en restant de marbre.
- Le combat risque d'être très passionnant, marmonne-t-il pour lui-même.
Le dragon agite ses ailes avec frénésie en virant pour poursuivre son ennemi. La soucoupe porteuse effectue une demi-boucle pour faire face de nouveau à la machine de combat. La tête de gauche du dragon ouvre sa gueule, un rayon rouge en est projeté, il ressemble à une traînée de flamme. Le rayon frappe la soucoupe et l'entoure rapidement, une grande chaleur se répand à l'intérieur de Goldorak. Procius commence à transpirer dans le poste de pilotage, il est même obligé de lâcher les commandes tellement elles deviennent brûlantes.
- C'est pire qu'un sauna, lâche-t-il.
Le colonel Niiva ne quitte pas des yeux son rayon qui enveloppe Goldorak.
- Pas de réaction, s'étonne-t-il. Serait-il déjà mort avec cette chaleur ? Les circuits de Goldorak auraient-ils fondu ?
Il plisse les yeux sous son casque comme pour percer du regard les flammes et voir ce qui se passe en dessous.
- Il faut que je me débarrasse de cette chaleur, constate Procius. Si seulement, je pouvais déclencher manuellement le dissipateur thermique.
Le dissipateur thermique évacue la chaleur de Goldorak quand celui-ci utilise le mode Mégamach. Le prince tend le bras pour actionner une commande sur le tableau de bord, mais à peine ses doigts ont frôlé la surface, qu'il écarte vivement sa main, tellement la chaleur est mordante.
- Allez ! Sers les dents, lance-t-il pour se donner du courage.
La main légèrement tremblotante se rapproche de la commande sur le tableau de bord. Sous sa visière, la mâchoire de Procius se crispe en appréhendant la douleur.
- Pourvu que cela fonctionne.
Il actionne la commande puis écarte sa main vivement en grimaçant. Un bruit sourd résonne dans la soucoupe porteuse suivie quelques secondes plus tard d'un autre bruit ressemblant à l'ouverture d'une soupape. La chaleur dans le poste de pilotage commence à descendre.
- Ouf ! Voilà qui est mieux, soupire d'aise Procius.
Le colonel Niiva a toute son attention de fixer sur la soucoupe enveloppée par son rayon.
- Aucune réaction. Le pilote doit être mort maintenant.
Numéro un entre dans la cavité de réunion, il découvre le roi Actarus assis à la table et le colosse Minima adossé à une paroi. Le roi tourne la tête dans sa direction en se levant.
- Alors ? Vous avez trouvé un lieu sûr pour la troupe ?
- Oui et non, répond le cinquantenaire avec gêne.
- Comment cela, s'étonne Actarus.
Minima s'approche de la table.
- Aucun des lieux que nous contrôlons n'est assez grand pour recevoir au complet la troupe et son équipement. Il va falloir qu'elle se sépare. Sinon, nous ne pouvons assurer leur sécurité.
- C'est mieux que rien, intervient le colosse.
- En effet, confirme le roi.
- Voici la liste des lieux avec les mots de passe, fait le quinquagénaire en tendant une feuille au colosse. Nous leur avons envoyé un messager pour les avertir de votre arrivée. Surtout, une fois les lieux choisis et les mots de passe appris, détruisez cette feuille. Il ne faut pas qu'elle tombe dans de mauvaises mains.
- Comptez sur moi, affirme le colosse.
- Voilà qui est réglé, fait le roi. Dites à Pouki que nous le remercions pour tout ce que vous avez fait pour la résistance.
- Je lui dirais.
- Opto-fisseur !
Deux rayons jaunes sortent de l'enveloppe de feu entourant la soucoupe porteuse.
- Qu'est-ce que, s'exclame Niiva.
Les rayons viennent directement frapper les yeux de la tête de gauche. Sous l'impact, la tête vacille puis le rayon se coupe. Les flammes recouvrant la soucoupe porteuse se dissipent dévoilant l'intégrité de Goldorak.
- Quoi ! Il n'affiche aucun dégât, s'étrangle le colonel Niiva. Comment son pilote a-t-il pu résister à une telle chaleur ?
Le général Zota tressaute sur son siège.
- Il était fort à parier que ce ne serait pas aussi simple, commente-t-il. Mais comment son pilote a-t-il survécu à cela ? Goldorak serait-il contrôlé par une intelligence artificielle ?
Le dragon bat des ailes, la tête de gauche vacille encore, mais aucune autre réaction n'est visible.
- C'est le moment d'en profiter, constate le prince.
La soucoupe porteuse s'élance vers la créature.
- Fulguropoing !
Les bras du robot se décollent de la soucoupe avant d'être propulsés vers le dragon avec leurs lames tranchantes en avant.
- Mince, s'exclame Niiva. J'ai été trop distrait !
Les ailes du dragon se replient, les mains à leurs extrémités tentent de saisir les projectiles. L'un des poings est capturé par une main griffue de la créature, le second est dévié de sa trajectoire avant de regagner l'avant-bras du robot. Le propulseur du poing captif crache des flammes pour se libérer, mais les griffes acérées du dragon le maintiennent prisonnier. Le colonel Niiva agit de façon à ce que les griffes broient le poing, la seconde main de la créature vient à son tour serrer le membre prisonnier. Les deux bras du robot géant se plaquent sur la coque de la soucoupe porteuse.
- Te voilà amputé, mon vieux Goldorak, constate le prince.
La tête de droite se met à son tour à ouvrir en grand sa gueule pendant que les deux mains du dragon tentent de réduire en morceaux le poing de Goldorak.
- Missiles Gamma !
Les missiles en forme de cônes filetés quittent les ailerons de la soucoupe porteuse. Ils rebondissent sur les ailes du dragon.
Un rayon jaune sort de la bouche béante, la soucoupe porteuse plonge pour l'éviter, mais pas assez vivement, car le rayon frappe l'aileron dorsal de la soucoupe juste au-dessus du poste de pilotage. Une alarme retentit, Procius consulte rapidement ses instruments, alors que la soucoupe tombe à pique.
Le campement du cirque est silencieux, quelques animaux bougent dans leurs cages. Une ombre se faufile entre les roulottes, elle se glisse jusqu'à la caravane du directeur de la troupe. Des coups discrets sont donnés à la porte. Des bruits de pas se font entendre sur le plancher de la caravane puis la porte s'ouvre.
- Te voilà enfin, fait Pouki en voyant son visiteur. Entre.
Le nain s'écarte pour laisser entrer une ombre gigantesque. Après avoir jeté un regard aux alentours, le directeur referme la porte puis se retourne vers son visiteur.
- Alors ?
- Ils m'ont donné une liste, répond Minima.
Le colosse fouille dans ses poches, le géant commence à blanchir.
- Oh non ! Je ne le retrouve pas.
- Calme-toi, fait le nain.
Le colosse se détend subitement.
- La voilà, soupire d'aise Minima.
Le géant sort enfin la feuille d'une de ses poches et la remet au nain.
- Il y a plusieurs endroits, précise Minima. Car il n'y en a pas d'assez grands pour loger toute notre troupe avec nos affaires.
Pouki consulte la liste.
- C'est quoi les mots à côté des emplacements ?
- Ah ! Oui ! Les mots de passe. Mais la résistance les prévient de notre arrivée.
- D'accord, répond le nain songeur. Il va falloir que je forme des groupes.
- Oui, répond le colosse, croyant que la remarque lui était adressée.
- Rentre te reposer un peu.
Minima regarde l'heure sur l'horloge de la roulotte.
- Ça ne vaut pas le coup que je me couche, proteste le géant.
Pouki regarde à son tour l'heure, en effet, il reste un peu plus d'une heure avant le moment qu'il a donnée pour le rassemblement.
- Même si tu ne dors pas, tu te reposeras un peu, répond le directeur.
Le colosse se lève avec un air résigné avant de quitter la roulotte. Une fois seule, Pouki s'installe à sa table pour commencer à réfléchir à la façon de former les groupes.
Les instruments du poste de pilotage de la soucoupe clignotent comme un arbre de Noël. Il indique que le bouclier est endommagé et que l'intégrité de la coque est touchée. Les doigts du prince volent sur la console.
- Je comprends, grimace Procius. C'est un rayon désagrégeant. Un peu comme mon Mégavolt, mais en moins puissant, fort heureusement !
Le prince dérive de l'énergie vers la zone endommagée du bouclier pour que celui-ci se régénère de façon plus efficace.
Le colonel Niiva a fait plonger sa machine dans la trajectoire de la soucoupe porteuse qui pique vers la troposphère d'Euphor.
- Je l'ai touché, jubile le colonel. Il ne change pas sa trajectoire ! Mon rayon dévorant a dû atteindre un circuit important !
Dans la salle d'observation, le général Zota s'est levé du fauteuil. Il fixe le moniteur central, ses lèvres sont tremblantes, son regard est fiévreux.
- Allons-nous donc arriver à la fin de ce combat grâce au talent du colonel Niiva ? Je n'ose y croire.
Le dragon lâche le poing captif avant de replier ses ailes le long de son corps pour augmenter son cœfficient de pénétration et ainsi prendre de la vitesse pour rejoindre son ennemi juré.
- Goldorak ! Tu es à moi, jubile Niiva.
Dans le poste de pilotage de la soucoupe porteuse, Procius termine la redistribution de l'énergie.
- Voilà qui est fait ! Maintenant, il faut que je reprenne le contrôle du vol !
Soudain, des flammes entourent la coque de la soucoupe.
- Tiens !
Il consulte ses instruments.
- Pourtant, je n'ai pas assez de vitesse pour m'enflammer.
En réalité, le dragon à trois têtes est sur ses talons et la de gauche envois à nouveau son rayon rouge de chaleur. Le prince le comprend quelques secondes plus tard. Heureusement, le dissipateur thermique est resté en fonctionnement manuel.
- Je dois trouve comment me sortir de cette situation.
Un messager entre dans la cavité de réunion. Actarus est assis à la table, il a les traits fatigués. Il prend la feuille qu'on lui tend avant de la parcourir.
- Vous devriez aller vous coucher, suggère le cinquantenaire.
- Pas avant de connaître l'issue de ce combat, proteste le roi.
Les informations provenant des espions au palais sont sommaires, mais elles suffisent pour comprendre que le combat s'éternise et que Goldorak affronte pour une fois un adversaire plus que sérieux. Actarus est parcouru par un frisson.
- Je n'ai pas les dons de ma sœur, mais j'ai un mauvais pressentiment, marmonne-t-il.
- Je dois trouver comment me sortir de cette situation.
Soudain, un choc se ressent sur la soucoupe porteuse.
- Une collision, se demande le prince.
Il ressent les effets d'une décélération, il regarde ses instruments qui lui confirment que sa vitesse a chuté. Les flammes continuent d'entourer la soucoupe quand la coque crisse. Procius tourne la tête pour tenter de voir ce qui se passe, au travers des flammes, il finit par distinguer des griffes sur les ailerons des Planitrons.
- Si tu croyais que j'allais te laisser ainsi, tu te trompais gravement, lance Niiva.
Les griffes postérieures du dragon ont saisi les ailerons, avec ses mains griffues, il donne des coups sur la coque de la soucoupe.
- Le bouclier résiste pour l'instant, mais pour combien de temps, fait Procius après avoir consulté ses instruments.
- Alors Goldorak, que penses-tu de ma création, lance Niiva.
Le général Zota est debout face au moniteur central de la salle de commandement du palais.
- Incroyable ! Nous aurions peut-être dû laisser plus d'initiative au colonel !
Zota fait deux pas en arrière pour s'asseoir dans le fauteuil.
- Même s'il semble avoir l'avantage sur Goldorak, cela sera-t-il suffisant pour le vaincre ? Ce démon a toujours réussi à retourner la situation à son avantage !
La soucoupe porteuse est secouée dans tous les sens sous les impacts des griffes du dragon à trois têtes, dont la tête de gauche continue de cracher son rayon de flamme.
- Je ne peux pas rester indéfiniment ainsi, grommelle le prince. Il faut que je trouve un moyen de m'extirper de ce mauvais pas !
Il consulte ses instruments.
- J'ai bien une idée, mais si je me trompe… Si mon adversaire ne réagit pas de la façon que je pense, je vais avoir très mal !
Procius semble hésiter un moment.
- Tentons le tout pour le tout.
Il lève sa main droite pour saisir la poignée se trouvant au-dessus de sa tête.
- Transfère !
Le siège de pilotage recule un peu avant de disparaître dans le conduit qui même a la tête du robot géant. Quand le siège s'immobilise dans le poste de pilotage du robot, Procius assure sa prise en main des commandes.
- Si mon plan rate, mon bon Goldorak, ce fut un plaisir de combattre avec toi.
Un grincement parcourt le robot et la soucoupe porteuse.
- Autolargue !
Le robot géant est éjecté de la soucoupe, rapidement, il se retrouve en chute libre. Goldorak écarte les bras et les jambes pour tenter de se stabiliser dans cette chute vertigineuse. Il finit par assurer sa position en étant sur le dos.
- Cela va être le moment de vérité !
Le colonel Niiva met un moment à réaliser que le robot s'est éjecté. Il voit la forme qui tombe dans le vide.
- Quoi, s'étrangle-t-il. Mais pourquoi ?
La tête de gauche cesse de cracher son rayon enflammé. La soucoupe devient visible, le dragon cesse de lui infliger des coups, mais elle est toujours captive des griffes de ses pattes.
- Mais c'est du suicide, fait Niiva. Goldorak ne peut pas voler sans sa soucoupe à ma connaissance.
Dans son poste de pilotage, le prince regarde la soucoupe porteuse et le dragon à trois têtes.
- Que va donc faire ce Niiva ?
Le colonel semble perplexe un instant en voyant la chute du robot géant.
- Non ! Tu ne t'écraseras pas ! C'est moi qui dois t'anéantir !
Le dragon lâche la soucoupe avant de plonger pour rattraper son adversaire.
- Voilà ce que j'espérais, lâche avec soulagement Procius.
Le robot géant reste sans bouger, il tombe avec ses membres écartés.
Le général Zota observe l'étrange scène sur le moniteur central. Le général est tout aussi perplexe que le colonel en voyant la chute libre de Goldorak.
- Pourquoi une telle manœuvre ? C'est du suicide. Qu'arrive-t-il au pilote de Goldorak ? A-t-il perdu toute envie de combattre ? A-t-il compris qu'il était inutile de poursuivre le combat ?
Zota croise les bras.
- Non. Cela doit cacher autre chose !
- Allez ! Approche encore un peu, murmure Procius.
Le dragon à trois têtes se rapproche du robot géant. Il grossit rapidement, le prince peut voir les trois gueules de la créature qui s'ouvrent, elles se préparent à cracher leurs rayons à tous les coups.
- Maintenant ! Fulguropoing !
Le poing que le dragon avait pris au piège et qu'il a été obligé de lâcher pour plonger vers la soucoupe porteuse quelques minutes plus tôt, n'avait pas regagné son bras. Il suivait la trajectoire de Goldorak à bonne distance. Le propulseur du poing se met en marche, il le projette à la base des trois coups du dragon. Pendant ce temps, les propulseurs de la soucoupe entrent aussi en action.
Le colonel Niiva ayant complètement oublié le poing est surpris par l'impact à la base des coups de sa machine, il perd un bref instant le contrôle des commandes de vol. Le dragon part en vrille, il est obligé d'écarter ses ailes pour se stabiliser.
- Missiles Gamma !
Les projectiles en forme de cônes filetés sont projetés par la soucoupe qui se trouve dans le sillage du dragon. Une alarme de proximité retentit dans le poste de pilotage de Niiva. Le dragon se retourne pour chasser de ses mains les projectiles. Pendant ce temps, la soucoupe porteuse la dépasse.
Procius manœuvre de façon à ce que son robot géant se retrouve sur le ventre avant de lancer l'action suivante.
- Aimant-griffe !
La soucoupe porteuse vient se placer sous le robot géant, celui-ci se redresse pour que ses pieds entrent en contact avec la coque de la soucoupe. Une fois le contact établi, les pieds du robot se magnétisent sur la surface de la soucoupe.
Une fois stabilisé, Goldorak lève son bras amputé pour que son poing regagne son emplacement.
Le dragon se retourne vers son adversaire, Niiva découvre Goldorak dressé sur sa soucoupe porteuse.
- Ne crois pas que je vais renoncer à te battre, déclare le colonel avec fougue.
Les deux adversaires ont tellement perdu d'altitudes qu'en dessous on commence à distinguer les grandes agglomérations de la planète.
Le général Zota décroise ses bras, il fixe le moniteur d'un air perplexe.
- Voici donc le résultat de cette manœuvre insensée ! Mais avait-il réellement prévu que cela se déroulerait de cette façon ?
Zota se frotte le menton.
- Qu'aurait-il fait si Niiva ne s'était pas élancé à sa poursuite. S'il était resté concentré sur la soucoupe porteuse. Se serait-il écrasé lamentablement sur la surface de la planète ? Il faut avoir de sacré nerf d'acier ou être inconscient pour se lancer dans une telle action sans certitude.
- Vous ne manquez pas d'audace, lance le colonel dans la radio. Vous me surprenez, mais comme je l'ai annoncé, c'est un combat à mort !
- Je l'avais parfaitement compris, répond le prince.
Les têtes de gauche et de droite ouvrent leur gueule simultanément pour joindre leur rayon, le rayon rouge et le jaune se mélangent pour ne former qu'un seul rayon vert qui fonce vers Goldorak.
- Rétrolaser !
Le rayon multicolore quitte le torse du robot géant. Les deux forces se percutent à mi-distance, les énergies se mélangent provoquant une sphère luminescente.
- Tu ne m'auras pas, lance Niiva en augmente la puissance des rayons.
Un bref instant, la boule se dirige vers Goldorak avant que Procius n'augmente à son tour la puissance de son rayon. La boule revient à sa position initiale.
- Non, non, non, proteste le colonel.
La tête centrale ouvre à son tour sa bouche pour lancer son rayon bleu qui vient se mélanger aux autres. Le rayon prend une teinte turquoise. La boule repart en direction de Goldorak, elle progresse lentement.
Le prince augmente encore la puissance de son rayon, mais la boule lumineuse continue de se déplacer dans sa direction.
- Ce n'est pas suffisant, grimace-t-il. Maxi Rétrolaser !
La puissance du rayon multicolore augmente brusquement provoquant une vague d'énergie. La boule est repoussée vivement en direction du dragon.
- Ce combat de puissance ne pourra pas durée éternellement, marmonne Niiva.
Ses instruments indiquent que les émetteurs des rayons commencent à surchauffer dangereusement.
Le général Zota ne sait plus comment se tenir sur son siège.
- Ce combat s'éternise. Lequel des deux combattants va faire un faux pas ou manquer de puissance en premier ?
Le colonel Niiva commence à s'agacer dans son poste de pilotage voyant que la sphère d'énergie, formée par les rayons, reste immuable. Le dragon se met à battre des ailes pour progresser en direction de son adversaire et ainsi faire bouger la sphère par la même occasion. La lumière émise par la boule est si importante que Procius ne remarque pas le mouvement de son adversaire. Ce qui lui met la puce à l'oreille c'est quand en regardant ses instruments, il constate que les coordonnées de la soucoupe porteuse ont changé. Il tente alors de voir ce qui se passe derrière la sphère, mais l'intensité lumineuse l'en empêche.
- Il va falloir jouer à l'aveugle, commente-t-il.
La boule lumineuse se rapproche lentement, mais sûrement de Goldorak.
- Ah ! Ah ! Ah, jubile Niiva. Cet imbécile n'a rien vu ! Je vais l'avoir !
- Approche-toi encore un peu, fait Procius avec un sourire en coin.
Le dragon bat des ailes pour se rapprocher, mais la progression est rude. Il doit lutter pour avancer vers son adversaire.
Procius regarde son radar, il vérifie la position du dragon.
Le général Zota agrippe les accoudoirs du fauteuil, il voit que le colonel Niiva se rapproche de leur ennemi. La boule d'énergie s'approche dangereusement de Goldorak.
- Incroyable ! La victoire est à portée de main. Qui l'aurait cru !
- Encore un peu, fait Procius. Je ne vais pas te faciliter la tâche non plus.
Le dragon progresse encore de plusieurs mètres. Si Goldorak tendait les bras, il pourrait presque le toucher du bout des doigts.
- Maintenant, s'exclame le prince.
Le rayon multicolore disparaît brusquement. La boule lumineuse se retrouve propulser au loin, le dragon est surpris et n'a pas le temps de réagir et de couper son effort, il passe à côté de Goldorak. Ce dernier s'est glissé sur le côté au moment où il a coupé son rayon.
- Astérohache !
La double hallebarde surgit dans les mains du robot géant. Les têtes du dragon ont coupé leur rayon elles aussi et s'agitent dans tous les sens alors qu'il se retourne pour faire face à son adversaire. Le robot géant décrit un arc de cercle avec son arme, l'une des têtes du dragon bascule dans le vide. Le coup de la tête central est tranché.
- J'aurais voulu le faire exprès, je n'y serais pas arrivé, commente Procius.
Le colonel réalise ce qu'il vient de se produire, il manœuvre de façon à s'éloigner de son ennemi.
- Malédiction, hurle Zota dans la salle de commandement. Il a encore trouvé une parade !
- Il m'énerve, crache Niiva dans son casque. Pourquoi ne baisse-t-il pas les armes ! N'a-t-il pas encore compris qu'il ne pourra pas gagner cette fois !? C'est moi qui vais sortir vainqueur de ce combat !
Les pattes postérieures du dragon se tendent vers l'avant, leurs griffes luisent.
- Que penses-tu de cela, fait Niiva en actionnant une commande.
Les griffes des pieds se retrouvent projetées comme des missiles. Goldorak zigzag pour les éviter et intercepte quelques projectiles grâce à sa double hallebarde.
Un messager apporte un nouveau message dans la cavité de réunion. Acatrus le lui arrache pratiquement des mains pour le lire.
- Bon sang, s'exclame le roi avec irritation. Ce combat s'éternise !
Le cinquantenaire regarde le roi avec de grands yeux surpris, car c'est bien la première fois qu'il le voit dans cet état.
Le dragon et Goldorak s'observent tout en tournant de côté comme deux adversaires sur un ring.
- Je vois que vous avez plus d'un tour dans votre sac, fait Niiva dans la radio.
- Cela vous surprend, ironise le prince.
- Pas vraiment, admet le colonel. Au contraire, cela me ravit, depuis le temps que je voulais vous affronter, mais je pensais arriver plus facilement à la victoire.
- Aucun combat n'est gagné d'avance, commente Procius.
- Effectivement.
Pendant ce temps, de nouvelles griffes poussent sur les pieds du dragon.
Le général Zota observe la scène sur le moniteur, il s'adosse dans le siège.
- Si le combat s'éternise encore, je vais finir par envoyer des navettes. Cette attente est intolérable.
Procius remarque que les deux têtes restantes se rapprochent l'une de l'autre.
- Il prépare quelque chose, constate-t-il.
Soudain, le dragon cesse d'agiter ses ailes pour les diriger vers le robot géant, les griffes des mains et des pieds sont projetées simultanément pendant que les deux têtes lancent leur rayon rouge et jaune qui fusionne encore pour en former un vert.
Goldorak attrape à deux mains sa double hallebarde avant de la faire tournoyer, comme une hélice, devant lui. Cela lui permet de bloquer et de dévier certains projectiles tout en glissant de côté pour éviter le rayon, mais le dragon le suit dans son mouvement d'esquive.
- Planitrons ! Missiles Gamma !
Les disques dentés quittent leur support, mais à peine sont-ils dans les airs qu'ils s'ouvrent pour lancer les projectiles filetés. Le dragon, vire puis plonge pour éviter les disques et les missiles, mais pas assez rapidement, car l'un d'eux arrive à transpercer l'une de ses ailes.
- Et voilà, deux à un, commente Procius.
Le colonel Niiva s'acharne sur ses commandes de pilotage.
- Je ne l'ai pas vu venir, s'énerve le colonel.
Il reprend le contrôle de sa machine. Le dragon bat des ailes plusieurs fois avant de s'élancer vivement vers son adversaire malgré son aile transpercée.
Le général Zota s'est levé du fauteuil quand il a vu le Gat piloté par Niiva plonger, il a bien cru que Goldorak l'avait touché plus gravement. L'angoisse était visible sur son visage, mais maintenant que le dragon retourne vers le robot géant son expression c'est détendu et il se rassoit dans le fauteuil.
- J'ai bien cru que le combat était fini, fait-il avec soulagement.
- Passons aux choses sérieuses, grince Niiva.
Le dragon se précipite sur Goldorak, celui-ci glisse sur le côté pour l'esquiver, mais quand la créature passe à sa hauteur, elle lui assène de violents coups avec ses deux queues hérissées de piquant. Sous le choc, l'un des pieds manque de se décoller de la coque de la soucoupe. Pendant que le prince manœuvre pour magnétiser le point d'attache défaillant, le dragon se retourne pour lui faire face en écartant en grand ses ailes. Les têtes se tournent vers l'aile se trouvant de leur côté avant d'ouvrir leurs gueules pour projeter leur rayon sur les ailes. Ainsi déployées, les ailes agissent comme des réflecteurs pour les rayons, cela prend une à deux secondes avant que l'énergie envoyée rebondisse en direction de Goldorak.
Procius écarquille les yeux en voyant ce qui se passe, les deux rayons fusionnent pour former encore le rayon vert, mais cette fois il est plus important.
- Cabré !
Le robot géant bondit dans le ciel en abandonnant la soucoupe porteuse. Cette dernière plonge pour éviter d'être touchée par le rayon.
Le colonel Niiva est décontenancé, il hésite entre poursuivre le robot et la soucoupe. Cette seconde d'hésitation est de trop, car après il est trop tard pour que le rayon puisse atteindre l'un ou l'autre.
Le robot géant lance sa double hallebarde en direction de son adversaire. Le Gat coupe son rayon pour tenter de saisir l'arme de son adversaire. Pendant ce laps de temps, le robot géant reprend sa position sur la soucoupe porteuse. Le dragon est sur le point d'attraper l'Astérohache quand celle-ci se désassemble juste devant lui avant que les morceaux repartent vers Goldorak.
Dans son poste de pilotage, le colonel Niiva rage de colère.
- Je l'aurais ! Je l'aurais à un moment ou un autre, hurle-t-il en frappant son tableau de bord.
- Cornofulgure !
Le rayon jaune en forme d'éclair part des cornes du robot géant. En le voyant approché, le dragon replie ses ailes sur lui pour qu'elles lui servent de bouclier.
Procius remarque que l'aile perforée se trouve exposée.
- Mégavolt !
Les rayons sont émis par la soucoupe avec pour cible la partie endommagée de l'aile. Après quelques secondes a subir les rayons, l'aile commence à se désagréger.
En voyant ce qui se passe, le général Zota grimace.
- Damnation, marmonne-t-il.
Dans son poste de pilotage, le colonel Niiva constate sur ses instruments la dégradation de l'aile.
- Ce n'est pas possible ! Comment cela est arrivé !
Le colonel se ressaisit, il actionne ses commandes pour faire pivoter sa machine. Le dragon expose son dos aux rayons. Il agite ses deux queues pour tenter d'atteindre son adversaire sans résultat, car il se trouve hors de portée. Les deux appendices se figent, puis leurs piquants sont projetés à leur tour en direction du robot géant.
- Il insiste, remarque Procius. Cela n'a pas fonctionné les fois précédentes. Astérohache !
La double hallebarde surgit dans les mains de Goldorak, il l'a fait tourné comme une hélice, mais cette fois les piquants explosent quand l'arme entre en contact avec eux. Goldorak et la soucoupe sont secoués par les déflagrations. Le Gat en profite pour se retourner.
Le général Zota sourit sur son fauteuil.
- Voilà un vrai retournement de situation, commente-t-il.
Les deux têtes du dragon ouvrent leurs gueules, les rayons en sortent, mais au lieu de fusionner comme les fois précédentes, cette fois, les rayons tournent l'un autour de l'autre tout en se dirigeant vers Goldorak.
- Rétrolaser !
Le rayon multicolore part du torse du robot géant. Les tirs d'énergies s'entrechoquent.
- Hélicopunch !
Les deux poings quittent les bras du robot, leurs pointes tournant comme des hélices, ils franchissent le point de rencontre des rayons en direction du dragon. Ils atteignent la base des cous de la créature, sous l'impact les deux rayons se coupent brusquement. Le rayon multicolore bondit en direction du dragon, sous l'impact, le Gat part en vrille. Les deux poings regagnent les bras de Goldorak.
Sur le siège central de la salle de commandement du palais, le général Zota grince des dents.
Dans le poste de pilotage du dragon, le colonel Niiva lutte pour en reprendre le contrôle pour le stabiliser. D'une main il actionne les commandes de vol, de l'autre, il actionne des interrupteurs pour couper les alarmes et le cas échéant, éteindre ou remettre en fonction les systèmes endommager.
- Comment cela est-il possible, grimace le colonel. J'avais imaginé toutes les situations possibles ! Alors, comment en suis-je arrivé là !?
Le dragon finit par se stabiliser dans les airs en agitant ses ailes. Du coin de l'œil, le colonel Niiva voit Goldorak juché sur sa soucoupe porteuse plonger vers lui, il tient dans chaque main une hache.
- Cela n'augure rien de bon, marmonne le général sur son siège.
Le colonel voit passé un éclair devant ses yeux, juste avant que, des alarmes et des voyants lumineux envahissent de nouveau le poste de pilotage du dragon.
La soucoupe porteuse s'éloigne toujours avec Goldorak posé dessus. Les deux têtes basculent lentement vers l'avant avant de se détacher de leurs cous pour tomber dans les airs. Les trois cous étêtés s'agitent dans tous les sens comme pris de frénésie
- Je n'ai pas encore dit mon dernier mot, s'exclame le colonel.
La soucoupe porteuse vire pour faire face au dragon, Procius observe son adversaire, il voit que les cous s'accolent. Le prince plisse les yeux avec suspicion.
- Qu'est-ce qu'il prépare encore ?
- Heureusement, il me reste encore des tours dans ma manche, fait Niiva en actionnant des commandes.
Les trois coups décapités fusionnent pour n'en former qu'un seul très large, il se tend vers la direction de la soucoupe porteuse, dévoilant l'embouchure d'un canon. Un boulet lumineux vert en sort. Goldorak plonge pour l'éviter, un autre projectile jaillit vers lui alors qu'il remonte vers son adversaire. Une rafale de projectile est crachée par le canon. La soucoupe porteuse zigzag dans toutes les directions pour éviter ses boulets d'énergie. Les projectiles n'ayant pas atteint leur cible, ils explosent plus bas dans l'atmosphère. Inexorablement, Goldorak progresse vers le dragon. Le rythme de tir des boulets augmente, mais Procius réussit toujours à les éviter, la distance séparant les deux adversaires est réduite dorénavant.
- Missiles Gamma :
Les projectiles en forme de cônes filetés partent en direction de l'embouchure du canon, à l'intérieur de celui-ci une faible lueur indique qu'un prochain tir est proche. Les deux missiles sont sur le point de s'engouffrer dans l'ouverture.
- Optofisseur !
Deux rayons jaunes sont émis depuis les yeux du robot géant, ils viennent frapper les missiles alors qu'ils viennent de pénétrer dans le canon. Une violente explosion survient. Le canon semble se diviser sur sa longueur en trois parties. Les trois cous réapparaissent un bref instant avant de désagréger, il ne reste plus que du dragon son torse et ses membres avec une des ailes très endommagées.
Le général Zota reste de glace sur son siège, mais en y regardant de plus prêt, ses mains agrippent fermement les accoudoirs du siège au point que les jointures de ses doigts en blanchissent.
Les doigts de Niiva volent sur le pupitre de pilotage, il ne cesse de couper des circuits devenus inutiles.
- Non, hurle-t-il. C'est le moment de mon heure de gloire ! Je ne peux pas perdre !
La porte vermoulue de la cavité de réunion s'ouvre, un homme tend une nouvelle dépêche provenant des informateurs infiltrés dans le palais. Actarus lui arrache pratiquement des mains pour la parcourir avec avidité.
- Le combat, n'est toujours pas terminé, marmonne-t-il. Cela dure trop longtemps ! Combien de temps vas-tu pouvoir encore te battre sans repos ?
Sous son casque, Procius est complètement en sueur, de grosses gouttes coulent sur son visage, son souffle est difficile. Par moment, sa vision se brouille à cause de la sueur et de l'épuisement.
- Mon vieux Goldorak, nous devons finir se combat rapidement, fait-il hors d'haleine.
Le colonel Niiva fixe Goldorak.
- N'oublie pas que tu as tout prévu, se lance-t-il. J'avais prévu une telle éventualité, mais jamais je n'aurais cru avoir besoin d'aller aussi loin !
Procius regarde ce qui reste de son adversaire. Le dragon lui fait face, il bat lentement des ailes.
- Que va-t-il tenter ?
Le Gat replie ses jambes puis ses ailes sur lui, la double queue vient s'enrouler par-dessus, il finit par ressembler à un œuf hérissé de pique sur le pourtour. Une rotation lente sur le même se produit, les piques deviennent lumineux, en une fraction, l'œuf se propulse sur Goldorak.
Procius l'esquive, mais l'œuf change rapidement de trajectoire pour revenir vers son ennemi alors que Goldorak commence à peine à se retourner.
- Ça y est ! Je t'ai, jubile Niiva.
L'œuf écarte ses ailes en se rapprochant.
- Allez ! Viens faire un câlin, lance Niiva hilare.
Le Gat commence à refermer ses ailes sur le robot géant. La marge de manœuvre de Goldorak est infime.
- Excalium !
Les ailes du dragon se referment sur le robot géant !
- Cette fois, je t'ai eu, s'exclame Niiva.
Dans la salle de commandement du palais, le temps est comme suspendu, tous les regards sont braqués sur le moniteur central. Un frisson parcourt l'échine du général.
- J'ai gagné, rit Niiva dans son poste de pilotage.
Une étrange lueur éclaire l'endroit, c'est très lumineux, beaucoup plus à ce qui est habituel.
- Je vais enfin recevoir les honneurs qui me sont dus !
Le sourire du colonel se transforme en grimace avant qu'il se mette à tousser, un filet de sang sort de sa bouche, son regard devient vague.
- Maitre, j'ai enfin réussi.
Le colonel lève une main comme pour saisir un objet invisible. En réalité, il croit voir le visage de Chronaris devant lui.
- L'aurait-il eu, murmure Zota.
Au même moment, le dragon bascule en arrière dévoilant la lame d'énergie de Goldorak le traversant au niveau de l'abdomen. C'est à cet endroit qu'était dissimulé le poste de pilotage du Gat. Le robot géant lève le bras ce qui fait que la lame tranche en deux son adversaire. Le dragon semble écarter ses ailes en grand alors qu'il entame une chute vertigineuse
- J'ai réussi ô mon maître, articule avec peine Niiva alors que ses yeux deviennent vitreux.
Le général serre encore plus fort les accoudoirs du siège central. Il suit du regard la descente du dragon, les ailes se replient sensiblement alors qu'il prend de plus en plus de vitesse dans sa chute, une explosion survient au niveau de l'abdomen ce qui enflamme le Gat le transformant en boule de feu qui se consume dans sa chute.
Procius pousse un grand soupir, mélangeant soulagement et fatigue.
- Allez. Rentrons enfin à la base.
Le prince étire ses doigts avant de les enrouler à nouveau sur les commandes de pilotage.
- Cabré !
Le robot géant saute de la soucoupe porteuse.
- Récupération !
La soucoupe porteuse vient se placer devant le robot géant alors que l'arrière s'ouvre.
Dans les quartiers de Chronaris au palais royal, les membres de la panthère mécanique tressautent deux secondes plus tard, elle ouvre les yeux.
Le siège de pilotage de Procius regagne le poste de pilotage de la soucoupe.
- Direction la base. Enfin si tout se passe bien !
Goldorak reprend de l'altitude rapidement, quelques instants plus tard, il se retrouve dans l'espace. Il jette un regard à la flotte en orbite, mais aucun vaisseau ne fait de mouvement. Quand subitement l'espace se déchire, un vortex apparaît.
- Qu'est-ce que c'est que cela encore, soupire le prince avec lassitude.
Une forme sombre gigantesque surgit du vortex qui disparaît juste après. En regardant ses instruments, il constate que la forme ressemble à une navette de combat de l'armée de Chronaris, sauf qu'elle est plus grosse que les vaisseaux amiraux de sa flotte.
- Ne traînons pas, déclare le prince.
La soucoupe porteuse change sa trajectoire, mais la navette de combat s'élance pour lui couper la trajectoire. Procius le remarque aussitôt.
- Va-t-il falloir que je livre encore un combat ? Non, j'en ai assez pour aujourd'hui.
Le prince déplace un doigt pour actionner une commande.
- Mégama…
Il n'a pas le temps de terminer que la gigantesque navette de combat remplit entièrement son champ de vision.
- Pas moyen d'y coupé, fait-il amèrement.
FIN
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