N/A : Merci à l'anonyme qui m'a signalé que j'avais oublié l'existence de l'Eruditio tout au long de l'histoire *sourire penaud*. Mais ton commentaire n'aurait pas pu arriver à un meilleur moment car j'ai bientôt besoin de lui.
Chapitre 33
Ses pieds nus et chauds glissèrent lentement hors de la couette épaisse avant de se poser avec réticence sur le sol froid. Ses yeux troubles clignèrent en direction de l'horloge alors qu'il se demandait ce qui l'avait réveillé : l'espace vide à côté de lui ou la douleur lancinante qui irradiait dans tout son crâne ?
James Potter se frotta le front avec la paume de sa main et grimaça d'inconfort. Il chancela maladroitement hors de son lit, jurant dans sa barbe tandis que ses pieds se recroquevillèrent en signe de protestation contre le sol froid. La chair de poule parcourut sa peau et fit se dresser les poils de ses bras et de ses jambes. L'Auror s'appuya contre le mur et essaya de se reprendre malgré sa vision qui tanguait. Il n'était pas sujet aux migraines d'habitude. Bon sang, il ne pouvait se souvenir de la dernière fois où il en avait eu une. En vérité, cela remontait à plusieurs années. Sirius et lui avaient trop bu une nuit et le lendemain matin, James s'était réveillé avec un mal de tête féroce.
Il frissonna et ses épaules furent prises d'un spasme. Pourquoi avait-il le sentiment que sa migraine avait à voir avec une certaine femme aux cheveux roux ?
James se força à avancer et battit des paupières pour chasser le voile d'humidité devant ses yeux avant de saisir ses lunettes sur la table de chevet. Le monde devint net, ce qui lui permit de sortir plus facilement de sa chambre et de descendre l'escalier. Balayant rapidement du regard la pièce, James aperçut une silhouette solitaire debout au milieu du salon, baignée uniquement par la lumière naturelle du paysage nocturne.
Il hésita sur la dernière marche, incapable de saisir ce qu'il était en train de voir.
Ce n'était pas inhabituel de voir Lily renfermée ou déprimée, mais la voir complètement hors de contrôle était quelque chose qu'il n'avait jamais vécu. Elle se tenait avec les épaules rejetées en arrière et les bras écartés de chaque côté de son corps. Si sa tête n'était pas inclinée et si son corps ne convulsait pas, James aurait cru que sa posture était pleine de fierté. Au lieu de ça, ses poings étaient serrés et faisaient ressortir les veines ainsi que les tendons de ses bras pâles et douloureusement fins.
La femme en face de lui eut l'air de ne pas avoir conscience de sa présence. La chemise de nuit qui descendait jusqu'à ses genoux noyait sa silhouette, un signe clair et atroce de sa maigreur anormale. Elle avait aussi les pieds nus. Et bien que sa peau sembla légèrement luire d'une couleur bleuâtre à cause du froid, elle ne parut pas en être gênée. Pourtant, elle respirait durement et relâchait des sanglots secs entre chaque respiration. Ses longs cheveux auburn occultaient son visage, l'inclination de son cou cachant ses traits alors qu'elle semblait s'étrangler dans ses hoquets.
James finit rapidement de descendre l'escalier et s'approcha de son épouse. "Lily ?" Pour une raison quelconque, il jugea sage d'annoncer sa présence avant de la toucher. Presque comme si elle était un animal acculé. "Lily." Il posa une main ferme sur son épaule et ravala sa surprise de sentir à quel point elle était osseuse sous son toucher. Cela faisait... très longtemps qu'ils n'avaient pas été intimes. Elle était en général entièrement vêtue chaque fois qu'il la touchait.
La dénommée poussa un soupir tremblant avant de l'observer à travers ses cheveux ternes autrefois magnifiques. Il n'y avait aucune larme dans ses yeux à sa grande surprise, seulement une étincelle sombre et dérangée. "Je mérite de pourrir en enfer," lui dit-elle de sa voix basse et profonde. Elle était anormalement calme et posée pour quelqu'un qui semblait avoir craqué. Pourtant, son ton était presque démoniaque, apathique et glacial. "Peu importe le nombre de potions que j'ingère, mon état s'empire… chaque jour qui passe…"
"Lily," répéta James. Il ne savait pas quoi faire, quoi dire au cœur de situations telles que celle-ci.
"Je veux éprouver des remords," poursuivit-elle, le fixant comme s'il n'était pas là. "Je veux éprouver des remords pour tout ce que j'ai fait. Parfois, je ressens de la culpabilité, surtout envers Izar, mais je n'arrive pas à ressentir ça pour ce que j'ai fait à Regulus… à toi…"
James déglutit, paralysé. Ses yeux fatigués et sans émotion le dévisagèrent, se moquant presque de lui.
"Il y a des moments où j'essaye de me faire pleurer. Parfois j'y arrive, mais je n'éprouve pour autant rien. Mes larmes sont juste le produit de ma magie qui m'accorde un seul misérable souhait." Ses poings étaient toujours serrés. Elle détourna lentement la tête de lui et fixa le mur. "Je sais ce que je suis censée ressentir. J'en étais capable avant. Et la plupart de mes émotions ces jours-ci sont la résultante d'expériences passées, je ne les ressens pas vraiment."
"Lily," entama James, sa voix sonnant vide et perdue à ses oreilles. "Ne dis pas ça…"
"Izar," marmonna-t-elle doucement à travers le rideau de ses cheveux légèrement gras. "C'est la seule personne qui me fait ressentir. C'est presque comme s'il détenait mon autre moitié. Je peux éprouver des choses envers lui, mais personne d'autre. Peu importe combien j'essaye."
Cela n'avait aucun sens pour lui. James secoua la tête et plaça ses deux mains sur ses épaules. "C'est ta dépression, Lily. As-tu pris tes médicaments ?"
Ses yeux émeraude s'attardèrent brièvement sur son mari avant que son regard ne redevienne vague. "Je ne les ai pas pris, non."
Il baissa les bras et fit un pas en arrière de surprise. "Nous devons t'amener à l'hôpital, Lily."
Cette dernière secoua la tête et sourit légèrement. "Peu importe ce qu'ils me prescrivent, je ne ressentirai plus jamais comme lorsque j'étais jeune, James." Elle lui tourna à moitié le dos et regarda le tapis. "Je suis entrée dans ton esprit ce soir. Tu avais spontanément une barrière d'Occlumancie d'érigée et j'ai forcé le passage car mon besoin de protéger Izar l'emportait sur ma préoccupation à ton égard. Je devais savoir ce qu'Albus lui réservait pour ainsi me préparer en conséquence."
James grimaça, sentant quelque chose de lourd élire domicile dans sa poitrine et son ventre. Ses paroles le blessaient, mais il ne le lui avouerait jamais. Il ne savait pas ce que c'était que d'avoir un enfant. Il ne pouvait reprocher à Lily ses pensées, peu importe combien elles la rendaient froide et insensible.
"Et j'ai donc endommagé ton esprit," poursuivit-elle. "J'ai par la suite réalisé que j'aurais pu te blesser gravement. Et tu sais quoi ? Je n'ai rien ressenti pour autant."
James se détourna d'elle et pinça l'arête de son nez.
"Pourquoi continues-tu de te torturer ?" lui demanda Lily derrière lui. "Pourquoi continues-tu d'aimer et soutenir une femme qui ne peut rien éprouver pour toi ? Qui ne peut t'aimer en retour avec autant d'ardeur ?"
James ouvrit les yeux, une boule sèche et douloureuse encombrant sa gorge. Il se retourna et entoura son visage de ses deux mains. La différence de température entre ses paumes chaudes et sa peau froide était frappante mais il s'en ficha. Sa prise demeurant ferme, James se rapprocha d'elle afin de pouvoir inhaler son odeur. Son corps enveloppa le sien plus frêle de manière protectrice.
"Parce que je t'ai toujours aimé."
{Death of Today}
Drago se perdit dans la contemplation de la cheminée, essayant de s'imaginer au Manoir Malefoy avec sa mère assise à ses côtés et son père dans un fauteuil en face d'eux. Son père porterait comme à l'accoutumée ses lunettes de lecture, ne se sentant à l'aise de les mettre (et d'admettre qu'il en avait besoin) qu'au sein de sa propre maison. Drago se moquerait alors de lui et de sa vanité, mais ce serait sa mère au final qui le ferait taire avec une main chaude plongée affectueusement dans ses cheveux.
Sauf qu'il ne se trouvait pas au Manoir. Il était dans la salle commune de Serpentard, assis sur un canapé en cuir pendant que le reste de ses camarades dormaient. C'était le milieu de la nuit et il aurait déjà dû avoir passé différents cycles de sommeil. Mais l'anxiété qui le dévorait était à son comble. Quelque chose allait bientôt se produire, il pouvait le sentir. Merlin, tout le monde pouvait le sentir à Poudlard. Les élèves observaient fréquemment le ciel gris, s'attendant à ce qu'il neige, mais les nuages n'avaient jamais relâché un seul flocon.
Pour aggraver encore plus les choses, Drago n'était en contact ni avec son père ni avec sa mère. La dernière chose qu'il avait entendue à leur sujet était qu'ils avaient quitté le Manoir et ne reviendraient qu'après la guerre. La Gazette les avait classifiés de fugitifs recherchés par la justice et Drago était forcé d'entendre son nom être la cible incessante de calomnies. Les étudiants passaient à côté de lui et l'insultaient. Les professeurs le dévisageaient à la dérobée.
Drago avait supporté sans broncher, n'ayant jamais montré une seule fois ses véritables sentiments au sujet de cette situation. Après tout, il était actuellement le seul Malefoy occupant le devant de la scène publique. On le voyait toujours avec un port de tête haut et fier. Personne ne pouvait se douter qu'une peur ainsi qu'une profonde tristesse résidaient en lui.
Enfin, presque personne. Daphné Greengrass savait. Elle pouvait en quelque sorte voir à travers lui.
"Je savais que tu serais ici."
En parlant du diable.
Drago joignit les mains devant son visage et se tourna pour la regarder descendre les escaliers. Pendant un moment, il ne put que l'observer d'un air hébété. Elle était modestement vêtue d'un ensemble de nuit qui laissait apercevoir le bas de son corps ainsi que son généreux décolleté. Elle était une sorcière petite et menue mais la robe de chambre qu'elle portait mettait très bien en valeur ses jambes.
Elle était vraiment magnifique.
Daphné renifla sèchement et darda sur lui un regard amer avant de resserrer sa robe de chambre autour de son corps. Drago haussa un sourcil avant de se détourner. Malgré son aversion pour elle, le jeune Malefoy en était venu cette année à la voir sous un nouveau jour. Quand il l'avait rencontrée pour la première fois, il l'avait considérée trop franche, trop brute, trop insoumise pour une femme. Elle était toujours en compagnie d'Izar, le rendant ainsi jaloux de l'attention que ce dernier lui accordait.
Mais il avait mûri et son opinion avait par la même occasion changé. Il voyait maintenant qu'elle était indépendante et remarquablement pleine d'esprit. Daphné ressemblait beaucoup à sa mère, mais en bien plus sexy… et cette ridicule coupe de cheveux qu'elle semblait aimer arborer… avoir les cheveux courts concordait étrangement avec sa personne.
D'autre part, elle et Granger étaient deux filles distinctes. Hermione Granger, la brillante Serdaigle dont l'apparence était quelconque, si ce n'est penchant encore du côté laid propre à l'enfance. Là encore, son physique n'était pas ce qui l'avait attiré chez elle. C'était son intellect, son indépendance, sa capacité à garder le menton levé malgré son sang sale. C'était aussi le fait qu'il était inconvenant de l'aimer qui plaisait à Drago. Elle était une sang-de-bourbe; il était censé la détester pour ça et planifier sa chute. Et pourtant, il s'était entiché du fruit défendu.
Ç'avait été stupide de sa part. Il s'en rendait compte maintenant. Cependant, Drago aurait toujours un certain attachement pour elle qui ne saurait être défait. Elle avait été son premier béguin, sa première obsession en dehors d'Izar, et aussi sa première tentation.
"Tu me connais trop bien," répondit le jeune Malefoy. Il était parfaitement conscient de la présence de Daphné, assise à côté de lui sur le canapé. "Qu'est-ce que toi tu fais encore debout ?"
Elle joignit les mains. Sa chevalière aux armoiries Greengrass en or et diamant rutila à la lueur du feu. "J'ai hâte que l'attaque se produise. Qui peut dormir durant une période comme celle-ci ?" dit-elle d'un ton évasif, mais un seul regard dans sa direction lui indiquait qu'elle était aussi perturbée que lui.
"Les choses iront pour le mieux," répondit-il maladroitement. "De plus, avec Izar de notre côté, je suis sûr que Poudlard restera indemne, du moins autant que possible." Il remua inconfortablement, se souvenant du jour où il avait demandé… presque supplié Izar de convaincre Voldemort de laisser les étudiants tranquilles si jamais les Ténèbres choisissaient d'attaquer Poudlard. Il se demandait juste si Black détenait suffisamment de pouvoir pour requérir de la sorte.
"Il est incroyable, n'est-ce pas ?" prononça tendrement Greengrass.
Drago fut aussitôt empli de jalousie mais sut admettre à contrecœur qu'elle avait raison. Il lui serait toujours redevable d'avoir sauvé la vie de son père. À l'origine, Drago avait pensé que Black était comme les autres Mangemorts. Impitoyable, cruel et antipathique envers quiconque. Mais au final, Izar avait fait tout son possible pour sauver Lucius après son affrontement contre Alastor Maugrey.
"Tu n'es pas jaloux quand même ?" murmura-t-elle à son oreille.
Il se retourna brusquement et son nez entra en collision avec le sien. "Bien sûr que non, Greengrass," lui souffla-t-il au visage, sentant son sexe se durcir de par sa proximité. Ses yeux verts enchanteurs le narguèrent, le défiant d'amorcer un geste. Bordel. Drago avait essayé de la courtiser plus tôt dans l'année et elle lui avait simplement ri au nez avant de l'ignorer. Maintenant, elle voulait de lui après qu'il ait arrêté de lui faire des avances ?
Comme s'il allait sciemment attiser son désir en entrant dans son jeu…
Drago hésita, son regard tombant sur ses lèvres entrouvertes qui lui souriaient doucement tout en l'invitant à s'avancer. Il la dévisagea avec amertume avant de se pencher en avant et de s'emparer de ses lèvres avec ferveur. Daphné émit un bruit de gorge appréciateur et l'embrassa en retour tout aussi passionnément.
Drago était douloureusement excité lorsqu'il rompit enfin le baiser et l'allongea sur le canapé. Ses yeux se délectèrent de son visage rougi et descendirent jusqu'à ses seins dont la chair remontait. Il sourit follement puis se pencha pour embrasser et lécher le haut de sa poitrine.
Peut-être qu'ils ne seraient pas en train de faire ça s'ils n'avaient pas conscience de l'attaque à venir sur Poudlard. Bien qu'ils n'aient pas été informés des plans du Seigneur des Ténèbres, ils avaient tous les deux l'impression que quelque chose approchait. Et ils luttaient ainsi contre leurs angoisses en passant du temps ensemble et en se distrayant. Ils ne se cacheraient pas durant l'attaque. Les salles communes avaient beau être protégées, Daphné et Drago allaient tous deux se battre et mettraient leur vie en péril pour quelque chose qu'ils ne comprenaient pas autant que leurs aînés.
Le jeune Malefoy tira vers le bas sa chemise de nuit, révélant sa poitrine souple et généreuse. Daphné poussa un gémissement d'approbation alors que sa bouche engloutissait son mamelon. Apparemment, elle trouva nécessaire de le tourmenter davantage en enroulant ses jambes autour de sa taille. Drago grogna et pressa son érection contre sa vulve.
Merlin, comme elle était une tentatrice. Avec ses foutus gémissements et ses mains baladeuses…
Il tendit la main et empoigna ses maudits cheveux courts, agréablement surpris de découvrir que ses mèches blondes étaient aussi soyeuses qu'elles en avaient l'air. Drago se pencha pour capturer une fois de plus ses lèvres, se retrouvant complètement ailleurs pour la première fois depuis des mois.
{Death of Today}
Izar tourna la page et ignora le bruit des glaçons tintant contre le verre tout comme Voldemort qui le vrilla de son regard pénétrant.
"Que lis-tu, mon enfant ?"
Le dénommé admira la typographie de l'Eruditio pendant un moment. Il n'avait pas servi depuis plusieurs bonnes semaines mais Izar avait eu la chance de le retrouver dans l'une des malles qui avaient été transportées de l'ancienne base jusqu'ici. Il se souvint quand Voldemort le lui avait offert le jour de son quinzième anniversaire. Pour lui, l'Eruditio avait juste été mentionné dans les fables qu'il lisait. Que le Seigneur des Ténèbres lui offre un ouvrage si rare avait été un vrai délice. Les pages restaient vierges jusqu'à ce qu'il spécifie un sujet sur lequel il souhaiterait obtenir plus d'amples informations. Par la suite, le texte disparaissait dès ses recherches finies, caché des regards indiscrets.
"Rien de particulier," murmura le jeune Black en tournant la page décrivant le processus de duplication d'objet. Compte tenu du fait qu'il était magico-sensible et capable de distinguer clairement l'aura de la bague Gaunt, Izar était convaincu qu'il y arriverait.
Le Seigneur des Ténèbres eut un petit claquement de langue agacé avant de se lever. Il s'assit juste à côté de lui et se pencha dans sa direction. "Je pourrais toujours lire tes jolies pensées. Ton esprit ne sera pas protégé contre moi."
Le concerné leva les yeux de son livre et le gratifia d'un regard exaspéré. "Je ne te cache rien. Tu deviens de plus en plus paranoïaque." Il éloigna son livre de Voldemort et rapprocha son torse du sien. "Est-ce que cela signifie que tu me considères réellement comme une menace ?" Izar lui adressa un sourire plein de dents et apprécia comment il plissa les yeux en réponse.
"Tu ne gagneras jamais," attesta le Seigneur des Ténèbres. Il sirota son verre, gardant tout ce temps son attention sur lui. "Je peux te le garantir. Surtout à ce jeu."
Izar haussa un sourcil. "Je ne savais pas que nous étions actuellement engagés dans un match." Il se remit droit et resserra sa prise sur son livre. Les paroles de Voldemort le contrariaient. Ce dernier était bien trop arrogant, trop confiant. Sa détermination concernant sa possible résurrection non désirée n'en fut que renforcée. "Je ferais mieux de m'y mettre alors," déclara-t-il sèchement. "Quel est l'objectif de ce jeu ?"
Soudain, sa mâchoire fut brutalement saisie par un Seigneur des Ténèbres furieux et autoritaire. L'ouvrage entre ses mains tomba sur ses genoux tandis que son visage fut rapproché du sien. Ses yeux carmins qui le transperçaient étaient inhabituellement brillants ce soir, ce qui le pris presque au dépourvu.
Avant qu'il n'ait une chance d'ouvrir la bouche, Izar réagit par instinct et le repoussa violemment. Le verre dans la main du Seigneur des Ténèbres tomba et se fracassa bruyamment au sol. Le jeune sorcier se leva ensuite du canapé et s'arrêta avec colère devant la cheminée, restant tout de même alerte vu qui se trouvait désormais dans son dos.
Ils restèrent tous deux silencieux tandis qu'un vent de colère et de mélancolie sembla appesantir l'atmosphère. Izar déglutit profondément et soupira. Il pressa sa main contre le manteau de la cheminée et garda les yeux rivés sur les petites flammes dans l'âtre. Voldemort ne parut pas vouloir se détacher du canapé.
"Tu n'as pas insisté quant au sujet des étudiants de Poudlard," commenta celui-ci.
Cela l'étonna qu'il change volontairement de sujet. Pourtant, Izar n'en montra rien et pencha la tête sur le côté. "Si j'insiste sur le sujet," entama-t-il, "je sais que tu me demanderas de te supplier d'épargner les enfants. Alors je ne dis rien et espère que ton affection pour moi te fera reconsidérer les choses."
Le mage noir eut un rire bas, cependant dénué de son habituelle touche d'amusement sadique. S'il se retournait pour le regarder, Izar savait qu'il remarquerait que son sourire n'atteignait pas ses yeux.
"C'est désopilant de t'entendre les qualifier d'enfants alors que toi-même, tu n'as que seize ans."
"Oui," grogna le concerné. "Tu n'as pas besoin de me rappeler que j'aurai seize ans pour toujours." Ou pour aussi longtemps qu'il vivra.
Le Seigneur des Ténèbres resta silencieux une fois de plus, s'imprégnant un instant du froid mordant de ses paroles. Il se leva ensuite, ses bottes écrasant le verre brisé sur le parquet. Lentement, comme pour mesurer la réaction d'Izar, Voldemort encercla de ses bras son corps et l'étreignit par derrière. Son souffle vint chatouiller son oreille et sa joue tandis que son nez et ses lèvres caressaient la racine de ses cheveux.
"Tu n'es pas toi-même, mon enfant. Cela me chagrine." Sa langue retraça le cartilage externe de son oreille. "Quelque chose te pèse manifestement lourd sur l'esprit," railla-t-il d'un ton moqueur.
Izar garda son visage obstinément tourné mais permit le geste. Puis… Voldemort lui demanda quelque chose de si surprenant que ses membres devinrent complètement mous entre ses bras.
"Es-tu malheureux avec moi ?"
Il grimaça, se sentant soudain oppressé. Il éloigna sa tête loin de ses lèvres et sentit son estomac se contracter. Était-il heureux avec Voldemort ? Il avait dit à Regulus qu'il l'était, mais Izar se rendit compte qu'il ne s'était jamais vraiment questionné sur ce qu'il ressentait. Il n'y a jamais réfléchi en profondeur. Et il refusa de le faire maintenant. Pas quand il était sous pression et en train de comploter contre le sorcier en question.
"Non," se surprit-il à admettre. Izar se retourna et pressa brièvement ses lèvres contre celles de Voldemort. "Je ne suis pas malheureux. J'aurais juste souhaité que les circonstances soient différentes." Il se retira de son étreinte et lui offrit un petit sourire satisfait de derrière son épaule. "Tu devrais te reposer pour la bataille de demain. Après tout, c'est ton occasion de briller, Maître."
{Death of Today}
"Tout le monde est à son poste ?" aboya Rufus par-dessus son épaule. Le secrétaire qui le suivait se prit les pieds dans sa robe, trébucha sur une courte distance le temps de retrouver son équilibre, mais resta sinon debout.
"Oui, Monsieur le Ministre," il remonta ses lunettes. "Les Aurors sont postés le long des barrières de Poudlard au moment où nous parlons. La sécurité est à son plus haut niveau depuis que Black s'est échappé de nos cellules de détention. Dumbledore a envoyé un mot demandant des hommes supplémentaires autour de Poudlard pour ce soir."
"Et ?" le pressa Rufus qui avançait en boitant mais qui pendant tout ce temps, avait réussi à distancer le plus jeune sorcier. "J'espère que vous avez coopéré et envoyé les hommes requis ?"
"Oui," répondit Jenkins avec raideur, comme s'il était insulté que Scrimgeour pense autrement.
Celui-ci grogna affirmativement, peu loquace. Il resserra sa cape gris clair autour de son corps avant de traverser les étages du Ministère pour aller jusqu'à son bureau. Recevoir les ordres d'Albus Dumbledore et devoir travailler avec lui mettaient à mal sa fierté. Faire envoyer ses Aurors en guise de main d'œuvre était également difficile à avaler. Travailler avec un Seigneur n'avait jamais été sur sa liste de mesures nécessaires afin de s'occuper d'un autre Seigneur. Il se sentait comme un intermédiaire ordinaire, utilisé comme tremplin par Voldemort et Dumbledore.
Ces derniers croyaient que c'était leur guerre. Le bien contre le mal. Blanc contre noir. Lumière contre Ténèbres. Il en avait toujours été ainsi avec les Seigneurs. Et tandis que Rufus pouvait considérer Izar Black comme le Seigneur Gris ayant le plus de potentiel, celui-ci était bien trop sous la coupe de Jedusor pour sortir du rang et faire quoi que ce soit pour le moment. En tout cas, Black deviendrait un Seigneur; il ne pouvait donc compter sur un autre futur dictateur.
En fin de compte, s'il voulait que les choses soient bien faites, Rufus devait tout faire lui-même. Cela retombait sur ses épaules. La société, et le pays dans son ensemble, devraient être dirigés par le peuple. Pas par des Seigneurs. Le gouvernement serait toujours dirigeant. Rufus s'était déjà frayé un chemin à travers les départements de son Ministère et avait nettoyé le corps ministériel d'autant de duplicité qu'il avait pu trouver. Certes, il savait qu'il ne pourrait jamais vraiment débusquer tous les grands manipulateurs et toute la corruption, mais c'était un début.
Qu'il soit damné si un Seigneur l'empêchait d'accomplir ses objectifs, que ce soit Dumbledore ou Voldemort.
Oui, pour l'instant, il travaillait aux côtés d'Albus. Mais ce n'était qu'une collaboration superficielle. Dumbledore prêtait ses hommes et Rufus faisait de même. Ils semblaient partager une cause. Faire tomber Lord Voldemort et son armée, mettre un terme aux nombreux ravages qu'il avait causés en Grande-Bretagne.
Dumbledore n'avait pas besoin de savoir que Rufus avait en parallèle son propre plan. Poudlard serait bientôt dirigé par le gouvernement. Un homme d'une telle puissance ne devrait jamais être autorisé à diriger une école, avoir de l'influence sur des enfants et leur faire croire en un monde divisé entre le bien et le mal. Tout le monde était gris. Même le tout-puissant Albus Dumbledore avait des défauts qui terniraient la prestigieuse réputation dont il aimait se draper. Et il en allait de même pour les Ténèbres. Izar Black en était un excellent exemple. Il était considéré par beaucoup comme mauvais et sombre, mais il possédait un sens moral et une petite part d'humanité. C'était ce qui le rendait gris.
Un rictus aux lèvres, Rufus poursuivit son chemin jusqu'à son bureau, Jenkins sur ses talons. Il détestait ce qu'il était devenu au cours de son mandat. Sa vie avait été beaucoup plus facile lorsqu'il était encore chef de la division des Aurors. Mais là encore, ses opinions de l'époque avaient prouvé son étroitesse d'esprit. Il s'était essayé aux Arts Sombres bien qu'en les utilisant avec prudence et seulement s'il en avait désespérément besoin. Il les avait cru corrompus. La magie de la Lumière était supérieure et meilleure pour l'âme.
Et même si c'était le cas et que la plupart des sorciers avaient du mal à contrôler les Ténèbres, cela ne rendait pas nécessairement cette branche de la magie mauvaise. Quelle magie une personne préférait pratiquer ne la définissait pas; c'était ce qu'elle en faisait. C'était ses actes qui la définissaient.
Les enfants avaient jusqu'alors tous appris en grandissant que le monde était strictement noir et blanc. Ceux qui se servaient des Arts Sombres étaient mauvais et ceux qui pratiquaient les Arts de la Lumière étaient foncièrement bons.
Il fallait en finir avec cette idée fausse.
Et Rufus se détesta pour avoir pensé ouvertement… pour avoir été d'accord avec les interminables discours de presse de Tom Elvis Jedusor. Il n'était pas idiot. Il lui avait peut-être fallu beaucoup de temps pour accepter le fait que Jedusor était le Seigneur des Ténèbres, mais il avait finalement compris ses motivations. Voldemort et Tom Jedusor représentaient deux personnalités aux rôles importants. Tom Jedusor sauverait le monde en le débarrassant de Voldemort et en prenant la place de Scrimgeour.
Rufus se frotta l'arête du nez et ferma les yeux. Il avait été utilisé comme pion. Et c'était toujours d'actualité. La seule raison pour laquelle il n'avait pas été assassiné par l'armée des Ténèbres était parce que Tom Jedusor avait besoin de lui vivant pour qu'il puisse lui transmettre son poste de Ministre.
Malin. Et Rufus respectait à contrecœur ce qu'il avait prévu pour la société. Mais cela ne voulait pas dire qu'il était pour autant d'accord avec ses méthodes d'application. Hormis les raids et tueries, Voldemort s'y prenait sournoisement. Son plan rendrait le public moins enclin à protester contre de soudaines réformes, mais les meurtres demeuraient immoraux. Il avait cru que Jedusor n'avait pas l'intention de faire basculer la Grande-Bretagne du côté obscur plus que du côté gris. Toutefois, si Voldemort était sombre, la corruption imprégnerait son régime.
Rufus ne pouvait lui permettre de l'emporter. Il ne se laisserait plus être son pantin. D'où la raison pour laquelle il avait fait appel à un allié dangereux mais bénéfique. Même Dumbledore n'était pas au courant des associés dont il était pourvu. L'armée des Ténèbres allait être réduite en pièces.
Rufus avait juste demandé à ce qu'un seul sorcier soit épargné.
Cela ne surprendrait personne d'entendre que celui-ci voulait qu'Izar Black ait la vie sauve. Il avait supposé que c'était peut-être une obsession malsaine de sa part. Mais chaque fois qu'il le regardait, Rufus voyait une tragédie se dérouler sous ses yeux. Il avait tellement de potentiel. Et était encore si jeune. Rufus devait encore découvrir ce qu'il voulait faire de lui. Cela dépendrait de ce qui se passerait dans les prochains jours. Et ça lui donnait indubitablement le temps de construire une prison qui saurait le contenir, lui et sa magico-sensibilité.
Mis à part les meurtres injustifiés, son évasion du Ministère avait été… des plus impressionnantes. Les magico-sensibles n'étaient pas connus pour avoir la capacité de drainer la magie d'un sorcier. Un tel potentiel, une telle puissance et intelligence dont Scrimgeour pourrait tirer profit. Et Izar Black était si charmant. Un véritable politicien.
Et pourtant, Rufus devait accepter le fait qu'il était également dangereux et avait apparemment été élevé par le Seigneur des Ténèbres. Néanmoins, Izar était suffisamment tenace pour s'accrocher à ses propres croyances et principes. Durant ses duels passés, il n'avait jamais vidé le noyau de ses ennemis afin d'avoir l'avantage. Tout enfant élevé par un Seigneur des Ténèbres ne devrait normalement pas y réfléchir à deux fois.
Pour autant, Izar s'était montré fair-play.
"Le directeur Dumbledore nous a informés que du mouvement en provenance des Mangemorts a été observé autour des barrières plus tôt dans la journée," commença Jenkins avec hésitation. Ils avaient tous deux franchi la porte de son bureau.
"Cela ne me surprend pas," murmura Rufus, assis à son siège. "Izar Black a été capturé près des protections de Poudlard il y a seulement quelques jours. Il est connu pour être capable de drainer un sorcier de sa magie et démanteler des protections plus rapidement et plus efficacement que n'importe quel autre Briseur de Barrières."
Jenkins s'assit en face de lui et le considéra avec de grands yeux naïfs. "Pensez-vous qu'ils réussiront à percer les barrières ?" Il baissa ensuite les yeux et se perdit ensuite dans la contemplation de ses vêtements froissés. "Ils ne seraient pas assez stupides pour attaquer alors que le périmètre est quadrillé par les Aurors."
"Non, en effet," approuva sombrement Scrimgeour. "Mais le garçon est réputé pour réaliser l'impossible."
Alors qu'il finissait de prononcer ces mots, les lumières du Ministère s'éteignirent avant qu'une alarme ne retentisse. Rufus se leva soudainement et s'agrippa rapidement à son bureau afin de maintenir son équilibre lorsque le Ministère entier se mit à trembler. Il ne put que fixer sans voix le mur en face de lui, incapable de comprendre la situation actuelle.
Et si Poudlard n'avait pas été leur objectif ? Et si c'était le Ministère qu'ils souhaitaient anéantir ? Ses hommes se trouvaient actuellement à Poudlard. Il n'y avait plus d'escadron pour protéger le Ministère.
Rufus serra la mâchoire, essayant d'identifier si c'était une ruse ou leur vrai plan. Il serait logique que le Seigneur des Ténèbres attire l'attention sur Poudlard afin d'éloigner les troupes de son adversaire du centre des opérations. Cela ressemblait bien à ce politicien aux deux visages de s'assurer d'avoir plusieurs longueurs d'avance sur l'ennemi.
"Fait chier !" grogna-t-il en abattant son poing. Qu'il soit damné s'il perdait cette guerre.
{Death of Today}
"Ils partent !," fit remarquer Rabastan avec jubilation. "Ils partent. Comme nous l'avions prévu." Il se mit à rire doucement.
"Nous ?" répéta Croupton Jr., hilare. "C'était l'idée du Seigneur des Ténèbres, imbécile. Pas la tienne. Pas la nôtre."
Laissons-les croire que Voldemort avait imaginé ce plan. Ils avaient tous été présents lorsqu'Izar avait présenté son idée et ils savaient donc tous que c'était lui qui l'avait élaboré. Izar se souciait bien peu d'à qui était attribué tout le mérite tant que son plan fonctionnait. Amusant, cependant, que les Mangemorts l'aient mis sur le compte de Voldemort. Celui-ci s'était opposé à ce plan depuis le début.
Le visage bordé par sa capuche, Izar balaya paresseusement du regard le périmètre de Poudlard tandis que les Aurors commençaient peu à peu à transplaner. Après tout, l'armée des Ténèbres entière attaquait présentement le Ministère. Eh bien, mis à part trois Mangemorts appartenant au Premier Cercle, assis sur d'épaisses branches d'arbres dans la forêt.
Izar enfila ses gants en cuir qui crissèrent sous l'action. "Si vous continuez tous deux de bavasser, alors tout cela n'aura servi à rien," siffla-t-il d'une voix d'outre-tombe. Bien qu'il ne puisse pas déceler de signatures magiques en dessous d'eux ou à proximité des bois, Izar n'était pas stupide au point de parler fort. Il y avait aussi la perspective que des créatures servent d'espions pour Dumbledore. Non pas qu'il ne puisse pas se charger de ce dernier. Il voulait juste que les Aurors restent éloignés des protections.
Le jeune Black ignora les regards mauvais de Rabastan et Barty, puis sauta de l'arbre avant d'atterrir sur le sol. Il s'assura que leur emplacement actuel était proche de l'entrée de Poudlard et de son portail en fer forgé. C'est là qu'Izar avait découvert où le nœud des protections s'était formé. Et heureusement, le nœud n'avait pas bougé d'endroit, aussi beau et impressionnant que la première fois qu'il l'avait vu. Ses doigts dansèrent dans sa direction, désirant caresser les petits faisceaux colorés qui le parcouraient.
Izar resta immobile, écoutant les bruits de transplanage se succéder en provenance des barrières. La plupart des Aurors étaient partis, ayant quitté Poudlard pour défendre le Ministère. Il aimerait vraiment qu'ils se dépêchent. La magie alléchante en face de lui le fit se rapprocher de plus en plus.
Faisant fi du dôme protecteur, Izar leva les yeux vers le ciel d'un noir d'encre. Un sourire discret flotta sur ses lèvres quand il vit de la neige tomber. Cette nuit était tout simplement magnifique; saturée de magie, de peur et d'anticipation, de vies sur le point de prendre un tournant décisif. Ce soir, il y allait avoir de la souffrance, des batailles féroces, et il ne pouvait attendre.
Lestrange et Croupton quittèrent à leur tour leur perchoir, puis se rapprochèrent d'Izar lorsque leurs Marques commencèrent à picoter.
Il était enfin temps. La supériorité numérique des Aurors avait vraisemblablement été prise en compte. Le plan était simple. Attirer les Aurors au Ministère en y lançant une attaque afin de donner à Izar suffisamment de temps pour qu'il puisse démanteler les barrières anti-transplanage. Quand il aurait terminé sa tâche, Izar toucherait de sa baguette sa Marque Noire afin de prévenir Voldemort et le reste des Mangemorts qu'ils pouvaient transplaner à Poudlard en toute sécurité.
"Couvrez-moi cette fois, d'accord ?" s'exclama-t-il avec effronterie à destination des deux Mangemorts. Izar possédait son propre masque plaqué or. Ce serait vraiment mieux que personne ne le reconnaisse encore plus. Lorsqu'il deviendra Ministre, Voldemort tirera des ficelles pour laver le nom de ses Mangemorts. Cela ne rendrait les choses que plus difficiles s'il était continuellement vu lors d'attaques, en particulier durant celle de ce soir.
Barty grogna en signe d'assentiment. "Dépêche-toi, Black. Cet endroit me fiche la chair de poule."
Décidant de se garder de toute remarque sarcastique, le dénommé se retourna vers les protections. Il tendit la main en direction de celles-ci et les caressèrent doucement. Son corps trembla et ses yeux se fermèrent de plaisir. Les barrières sous ses mains gantées ronronnèrent à son contact et se frottèrent contre lui tel un chat réclamant de l'attention. Izar s'exécuta donc et caressa le nœud ainsi que les très anciennes protections. C'était particulièrement exaltant. Cette magie si ancienne et puissante était un véritable régal. Elle pourrait facilement le consumer s'il ne faisait pas assez attention.
Tout en s'extasiant devant le nœud, Izar le tritura lentement de ses doigts et lui murmura des mots d'affection. Le nœud commença à se desserrer lentement, ce qui rendit les nombreuses protections autour de Poudlard plus faciles à identifier au vu de leurs différentes propriétés. Les barrières anti-transplanage devinrent progressivement perceptibles, Izar continuant de les surveiller à travers ses paupières mi-closes. Il y avait au moins cinq barrières anti-transplanage superposées l'une sur l'autre. Mais il y avait aussi plusieurs types de charmes protecteurs, trop nombreux pour être éradiqués. Il serait préférable de démêler complètement le nœud, puis tirer d'un coup sec sur la couche de protections.
Le nœud soupira avant de se délier sous les mains expertes d'Izar. Ce dernier releva la tête et tira sur ses extrémités. Un geignement puissant parut s'élever de la zone délimitant Poudlard et la neige se mit à tomber avec plus d'intensité. Le dôme doré clignota et se veina d'éclairs; scène visible par tous, pas que par les magico-sensibles.
Izar serra la mâchoire, enroula ses mains autour des barrières anti-transplanage et tira. Le jeune sorcier respira profondément tandis qu'il rencontrait une résistance féroce de leur part, bien qu'elles furent incapables de s'opposer plus longtemps à un magico-sensible. Le château hurla, se sentant mis à nu et vulnérable. Malgré les multiples épaisseurs de protections toujours en place, les Mangemorts devraient désormais pouvoir transplaner. Il avait juste à continuer sur sa lancée le temps qu'ils arrivent.
Gardant sa main gauche sur les barrières, Izar remonta sa manche avec sa main opposée et appuya sa baguette contre sa Marque, ce qui préviendrait ainsi les autres de sa réussite.
Malgré son esprit embrumé, il fut conscient d'une autre aura dans son dos. Groggy, Izar se retourna et observa avec incrédulité Rabastan tomber mort à ses côtés avant que Barty ne le rejoigne, ayant tenu une seule seconde face à l'ennemi.
Des bruits de transplanage retentirent, lui confirmant l'arrivée des Mangemorts. Le regard méfiant et vitreux, Izar vit Dumbledore émerger de derrière des arbres, près des portes de Poudlard.
"Bonsoir, Izar."
"Vieil homme," le salua-t-il en retour de sa langue acerbe.
{Death of Today}
Lucius atterrit sur les terres de Poudlard avec le reste de ses camarades. Il tendit ses bras lourdement vêtus vers le ciel, se réjouissant d'avoir transplané sur le sol de Poudlard. Depuis qu'il était enfant, les étudiants entendaient toujours qu'il était impossible de transplaner dans ou hors de Poudlard. Maintenant, avec l'aide d'Izar, il avait pu accomplir l'impossible.
Mais sa jubilation fut de courte durée. À travers les fentes de son masque, Lucius vit les Mangemorts se précipiter vers le château. À son grand plaisir, les étudiants allaient être épargnés. Ils devaient uniquement faire des dégâts au château et attaquer les étudiants assez stupides pour quitter les salles communes. Non tuer.
Apparemment, Izar avait assez de contrôle sur le Seigneur des Ténèbres pour que celui-ci entende finalement raison.
Enserrant sa baguette de sa main gantée, Lucius se fraya un chemin avec les autres Mangemorts. Il ne faudrait pas longtemps avant que les Aurors et l'Ordre ne soient sur leurs talons. L'objectif de cette attaque était de placer Tom Jedusor au pouvoir et d'éliminer autant d'Aurors et de membres de l'Ordre que possible. Selon la façon dont cette nuit allait se passer, ce raid pourrait très bien être leur dernier.
Ses pas se montrèrent hésitants lorsqu'il assista à la scène qui se déroula devant ses yeux. Les quelques Mangemorts ayant commencé à attaquer le château furent projetés en arrière par une force invisible. Lucius sentit les poils sur sa nuque se dresser en voyant ses compagnons se relever difficilement. Quelque chose n'allait pas.
Il se retourna et aperçut le Seigneur des Ténèbres qui se tenait à l'écart de son armée, s'intéressant autant à la scène que lui. "Je pensais qu'Izar s'occupait des barrières ?" lui souffla Lucius. "Je n'aurais jamais imaginé que Poudlard disposait d'autant de protections."
"Et ce n'est pas le cas," siffla le Seigneur des Ténèbres qui tourna les talons et jeta un regard circulaire sur les abords du château. "Ou du moins autrefois, non."
Lucius et les autres Mangemorts reculèrent d'un pas lorsque la foudre s'abattit subitement sur eux, bien trop proche de Poudlard pour que cela soit dû à des raisons météorologiques. La foudre se déploya autour du château, créant ainsi un dôme qui engloba tout le périmètre. Cette foudre couplée à l'incessante chute de neige formait malgré tout une scène plutôt époustouflante.
Lucius tourna les talons, la foudre tirant son origine d'un endroit près des portes de Poudlard ayant capturé son attention.
"Ne transplane pas," rugit le Seigneur des Ténèbres. "Une barrière anti-transplanage est actuellement érigée."
Ils étaient piégés sous les protections. Mais cela ne pouvait que signifier...
Lucius regarda le Seigneur des Ténèbres quitter la cour et se ruer vers les portes, abandonnant une armée anxieuse et perturbée de Mangemorts. Ne se souciant guère des apparences, Lucius courut après lui, craignant de savoir exactement ce qui l'attendait à l'entrée du château. Pour quelle autre raison les barrières auraient-elles réagi ainsi ? C'était un imprévu et Izar était quelqu'un de très méticuleux et têtu. Si quelque chose ne se passait pas comme prévu, il se plierait en quatre avant d'admettre défaite.
Lucius ralentit alors qu'il se rapprochait des portes et observa avec incrédulité ce qui se passait.
Un Mangemort se trouvait à quatre pattes et tremblait de tous ses membres sous l'effort de maintenir le haut de son corps au dessus du sol. À en juger par les deux cadavres couchés près du Mangemort en difficulté, Lucius ne pouvait que supposer que c'était Izar. Celui-ci ne leva pas les yeux, sa tête resta penchée vers l'avant comme si son crâne était trop lourd. Il relâchait de petits gémissements qui le faisait ressembler à un chiot en pleurs plus qu'au sorcier fier et confiant auquel Lucius était habitué.
Ses yeux couleur mercure glissèrent vers le Seigneur des Ténèbres qui s'arrêta juste à côté d'Izar. Il était clair que Voldemort ne pouvait aller plus loin. Il y avait une barrière entre lui et son amant, et pourtant, il ne montra aucun signe de détresse même si le concerné était délirant à ses pieds.
Lucius examina les protections, se demandant si Izar les avait vues ainsi lorsqu'elles étaient encore invisibles. Un dôme doré autour de Poudlard parcouru de faisceaux lumineux. Seule vision cependant bouleversante : le jeune sorcier était lui-même recouvert de barrières et la foudre jaillissait de son corps; c'était même cela qui semblait lui causer encore plus de douleur.
"Vieux fou," siffla sombrement le Seigneur des Ténèbres. "Qu'as-tu donc créé ?"
Lucius se raidit, apercevant finalement un autre sorcier. Albus Dumbledore se tenait à l'extérieur des barrières de Poudlard. Sa baguette était nonchalamment pointée sur Izar, ce qui déclencha en lui une vive fureur.
"Un charme que j'ai créé spécialement pour M. Black, Tom." Dumbledore fronça tristement les sourcils. "Ce n'est pas quelque chose dont je suis fier, mais cependant..."
Izar cria d'une voix rauque lorsque le Seigneur des Ténèbres attaqua vicieusement les protections. Sa magie s'abattit contre les barrières puis se retourna contre eux. Lucius trébucha en arrière, pris au dépourvu par les répercussions de son acte. Bien sûr, le Seigneur des Ténèbres esquiva sans aucun effort et malgré sa vitesse, sa cape ondoya avec la même grâce que son corps. Lucius ajusta sa posture et fixa avec suspicion les protections ainsi qu'Izar. Apparemment, tout ce qui entrait en contact avec ces dernières l'affectait directement.
Le Seigneur des Ténèbres inspira violemment par les narines, ayant l'allure d'un animal en cage. "Qu'est-ce que tu as fait ?" murmura-t-il dangereusement.
Dumbledore joignit les mains et considéra la forme prostrée et gémissante d'Izar. "Quel meilleur moyen de protéger Poudlard qu'en mettant à profit son immortalité ?"
Lucius se crispa, n'ayant pas suspecté que Dumbledore était au courant pour son immortalité. Il regarda derrière lui et chercha après les Mangemorts. Ils étaient encore trop loin pour avoir entendu quoi que ce soit.
"Vois-tu," poursuivit Dumbledore. "J'ai rendu possible le fait qu'Izar puisse faire partie des protections. Vu qu'il est magico-sensible, la magie ancienne est capable de se lier à lui contrairement à n'importe qui d'autre. Elle considère Izar comme un compagnon et continuera de le ronger jusqu'à ce qu'il ne reste rien d'autre que son essence. Aucun corps physique ne peut subsister et Izar ne fera alors qu'un avec les protections. Son immortalité lui permettra de protéger Poudlard aussi longtemps que la bâtisse existera."
Lucius plaça une main sur sa bouche, se sentant soudainement mal. Ses yeux retournèrent se poser sur la silhouette tremblante d'Izar et il remarqua que son corps commençait lentement à disparaître. Quel destin cruel. Pas de vie, pas de mort, mais une existence sans fin en tant qu'entité et simple protecteur d'un château.
Lucius lança un regard en coin vers le Seigneur des Ténèbres et fut assez rapide pour apercevoir ses yeux cramoisis qui s'écarquillèrent une fraction de seconde.
"C'est impossible, vieux fou," contesta-t-il.
Dumbledore sourit seulement d'un air grave. "J'ai bien peur que ce ne soit pas le cas, Tom. Il ne reste que quelques minutes avant que les protections ne dévorent complètement le corps d'Izar. Et je crains que tu ne puisses rien faire pour arrêter ça."
Le Seigneur des Ténèbres observa Dumbledore avec une impassibilité à faire froid dans le dos. Son aura commença à s'assombrir, pétrifiant même Lucius de par son intensité.
"Tom Jedusor ne peut peut-être rien faire," annonça une voix depuis les arbres. "Mais moi si. Et j'en ai bien l'intention."
Lucius tourna son attention vers la lisière des bois et vit avec un étonnement réprimé nulle autre que Lily Potter sortir de l'ombre. Elle était toute de noir vêtue, ce qui contrastait horriblement avec son visage blafard. Ses cheveux roux paraissaient noirs à cause du peu de luminosité et ses traits ne reflétaient qu'indifférence totale. Et pourtant, plus Lucius contemplait son visage posé et déterminé, plus il se rendit compte qu'elle ressemblait à bien des égards à son fils. Peut-être qu'Izar n'était pas complètement Black.
Dumbledore parut mélancolique en la regardant s'approcher de lui. Il était clair qu'il ne considérait pas Lily Potter, la sorcière frêle, comme une menace. "Lily…" commença-t-il tristement avant de se tourner dans sa direction. "Tu ne veux pas faire ça."
À la grande surprise de Lucius, la concernée ne fléchit même pas face à son ton condescendant. Au lieu de ça, une aura sombre l'enveloppa alors qu'elle levait sa baguette. "Tu ne sais rien," souffla-t-elle. Sa poigne était ferme. "Je voulais faire ça depuis si longtemps…"
Dumbledore leva sa baguette en retour, le visage résigné. Avant qu'il ne puisse la mettre hors d'état de nuire, une autre silhouette fit son apparition. Cette fois-ci, le nouveau venu prit position dans le dos du directeur.
Il fallut à Lucius quelques instants pour comprendre que la baguette de James Potter était pointée sur la tête d'Albus Dumbledore.
