Pour les notes se référer au prologue.
Je dédie cette histoire à Julie et Nathanaël.
~Chapitre 29 : ~
Les choix que nous faisons.
Reposant à l'ombre d'un arbre où Elinë l'avait délicatement posée, Gabrielle dormait d'un sommeil qui était devenu lourd. En compagnie d'Haldir, l'elfe s'était éloigné et à présent tous deux marchaient en jetant régulièrement des œillades à la forme qui dormait sous l'arbre. Le Capitaine avait les mains derrière son dos et son visage s'était durci.
« J'avoue que je ne sais quoi répondre. » Lâcha-t-il.
Elinë soupira et arrêta sa progression.
« Si ce que notre souveraine a vu est réel, Haldir vous devrez choisir entre votre rôle de Capitaine des Archers ou elle. »
A ces mots si simplement résumés, il tressaillit :
« Comment peut-on imposer un tel choix ?
- Cher Capitaine, vous le saviez depuis le début, votre commandant ne s'est jamais caché qu'il rentrerait au plus vite en Lórien, je le sais pour avoir lu sa dernière missive aux Souverains. La requête de la Dame est simple : soit vous rentrez avec le restant des troupes, soit vous continuez sur le chemin qu'elle a choisi. Dans les deux cas vous devrez renoncer à quelque chose qui vous est cher. »
Haldir se crispa, il tourna son regard vers l'arbre et soupira :
« Je n'ai jamais failli à mes engagements envers mes Souverains mais aujourd'hui je ne vois plus les choses de la même façon. Si autrefois j'étais seul, aujourd'hui je ne le suis plus, je dois aussi penser à elle et à la promesse que je lui ai faite.»
Le regard d'Elinë se porta à son tour sur le corps de Gabrielle :
« Il est fou de voir la place que prend ce petit bout d'elfe dans le cœur de chacun. Si vous saviez comme je m'en veux de n'avoir pu la protéger. J'aurai dû être près d'elle ce jour-là. »
Haldir tourna vers l'elfe un regard interrogateur. Elinë, sans reporter le sien sur lui, reprit :
« Ce jour-là, je devais la rejoindre en chemin, comme je le lui avais promis. Mais une missive de Mirkwood où mes parents vivaient arriva au moment de mon départ et je dus, à regret, prendre un autre chemin. J'ai eu un étrange pressentiment chemin faisant, comme si un lien en moi se rompait. Je n'ai pas compris immédiatement. À mon arrivée à Mirkwood, j'eus une sorte de vision que je ne sus interpréter que quelques mois plus tard lorsqu'une missive de Lórien arriva porteuse de cruelles nouvelles : la Lórien était sans nouvelle du Prince Aradan et Imladris n'en avait aucune de la Princesse Laurelin. Leur fille était, elle aussi, introuvable. Je compris alors le sens de ma vision et la sensation de ce lien rompu. Gabrielle n'était plus selon mes sens. Tout comme ses parents. Cela me bouleversa au plus haut point, j'en fus malade et sans l'intervention de Thranduil et de son fils, je me serais probablement laissé mourir. Le Prince Legolas m'a aidée, me convaincant de garder espoir tant que d'autres nouvelles n'arriveraient pas. Mais quand ces nouvelles vinrent, elles me déchirèrent le cœur lorsqu'on me lut la missive annonçant la disparition du Prince Aradan et de la Princesse Laurelin. Au point que je refusai d'en écouter d'avantage, j'aurais pourtant dû. Je me suis retirée au plus profond de la forêt de Mirkwood, refusant les visites hormis celles du Prince et de son père. Ont-ils cru que je savais qu'elle était en vie ? Je l'ignore mais ils ne m'en parlèrent pas. Je restai ainsi, vivant en ermite pendant 500 ans. Jusqu'à il y a peu, quand j'ai ressenti de nouveau ce lien, quand j'ai revu en rêve le visage de Gabrielle. Je me suis posé des questions et c'est en Lórien que je suis retournée pour avoir les réponses. Là, j'ai su toute l'histoire et même plus. Là, j'acceptai de me faire messagère pour vous mais aussi pour elle. »
Elle essuya une larme qui avait coulé le long de sa joue :
« Elle, qui fut pendant des années mon échappatoire à des parents trop protecteurs. Elle, que j'ai vue grandir et devenir une ravissante elfine sous le regard aimant de ses parents. Elle à qui j'ai appris à monter à cheval mais aussi quand nous étions aux Havres seules toutes les deux à coudre, se tenir en une elfe bien élevée, à broder mais aussi à lire, à écrire le tout sous l'œil de Cirdan. »
Haldir fit doucement :
« Elle a été votre pupille ?
- Non, elle a été la sœur que je n'ai jamais eue. »
Le silence tomba, le vent souffla et quand Elinë se retourna elle croisa le regard d'Haldir.
« Mais vous Capitaine, dans quelle circonstance avez-vous fait sa connaissance ? La Dame ne m'a pas éclairée sur ce point. »
Ce dernier eut un vague sourire aux souvenirs d'Imladris et de leur première rencontre.
« Disons que notre première rencontre ne le fut pas dans des conditions normales. J'ai dû l'apprivoiser, apprendre à la connaître et surtout être patient. Au bout du compte, elle m'a offert bien plus que ce que je pensais tout en dévoilant une partie de moi que je ne pensais pas mettre à jour de la sorte. »
Elinë hocha la tête. Ils se remirent à marcher et elle posa simplement cette question :
« Et que choisirez-vous ? »
Un soupir s'échappa des lèvres d'Haldir. Elle lui glissa alors :
« Il est temps Haldir que vous pensiez un peu à vous, à ce que vous ressentez et à ce que vous voulez. A présent Haldir, vous seul devez choisir, il est temps, grand temps que vous viviez pour vous. Et je ne suis pas la seule à le penser. Vous avez toujours répondu à l'appel des Souverains quand ils avaient besoin de vous. Jamais vous ne vous êtes départi de vos fonctions, omettant ainsi de vivre pour vous. Ils sauront survivre, ils sauront combattre, même si vous n'êtes plus là. »
Le Capitaine hocha la tête, il s'inclina et partit dans la direction inverse, laissant Elinë seule. Elle le vit s'éloigner, les mains derrière le dos et les cheveux volant avec le vent.
oO§Oo
Sous l'arbre, Gabrielle bougea. La cape sur elle glissa. Des perles de sueur se formèrent alors que sa respiration devenait rapide.
*Elle marchait sur une étendue grise et désertique, autour d'elle le paysage était comme mort. Ses pieds nus foulèrent ce qui ressemblait à de la cendre, le vent se leva portant avec lui un air lourd et empreint de sombres choses. Elle continua son avancée, sa vue distingua bientôt une silhouette. Se figeant, elle n'osa pas continuer. Ce fut la silhouette qui se mit alors à avancer tandis qu'une voix retentissait :
« Vois-tu, ici c'est ma Terre. »
La silhouette grandissait.
« Il est fou de voir ce que de simples pensées peuvent faire. Je peux ainsi me montrer face toi tel que j'aurais dû continuer à l'être. »
Gabrielle sentit son cœur se comprimer dans sa poitrine.*
Elinë regarda la silhouette d'Haldir et soudain ressentit un étrange pressentiment. D'instinct, elle se retourna vers l'arbre et y vit Gabrielle s'agiter. S'élançant, elle appela :
« HALDIR ! »
Ce dernier se retourna vivement pour voir Elinë courir en direction de l'arbre. Son cœur se serra alors qu'à son tour il se mit à courir dans cette direction.
*Gabrielle se prit à faire un pas en arrière alors que la silhouette se dessinait plus précisément face à elle, une sorte d'ombre l'entourait. Il devint enfin visible à ses yeux : grand et élancé, vêtu de sombres robes de couleurs noires, ses cheveux d'un noir encre descendaient jusqu'à son bassin mais visiblement étaient tressés. Il s'avança et se retrouva en face d'elle de sorte que si elle tendait la main, elle aurait pu le toucher.
« Je vois à ton visage que tu ne t'attendais pas à ce que je sois si proche en apparence à un simple humain… Dois-je te rappeler que je suis de la même race que Gandalf ou même de Saroumane ? Je n'étais pas si différent d'eux. Mais les routes prises furent différentes, même radicalement différentes. Je n'ai pas voulu me complaire dans de simples idéaux si bons enfants ! J'ai donc choisi une autre voie opposée à la leur… »
La respiration de Gabrielle se fit plus saccadée.
« C'est ironique cette façon dont les destins peuvent être si facilement manipulables. Le mien, ceux de mon fils, de mon petit fils… Le tien ! »
Il s'approcha encore un peu plus d'elle.
« J'ai choisi l'enseignement de Morgoth ! Je ne m'en suis jamais caché. Je hais les elfes et cela depuis toujours. Leurs supériorités, leurs fiertés, leur sagesse qu'ils disent posséder. »
Elle était comme figée, incapable d'un seul mouvement.
« Les elfes qui m'ont privé de ma descendance, les elfes qui ont monté mes propres héritiers contre moi… »
Il leva vers Gabrielle un bras mais elle recula, retrouvant enfin sa capacité à bouger.
« Vois ce qu'ils ont fait… » Il fit de nouveau un pas. « … Ils t'ont montée contre moi, ils te manipulent comme ils ont manipulé ton père et avant ton grand-père ! Qu'as-tu à gagner en restant de leurs côtés ? Dis-moi, pourquoi cherches-tu la paix dans un monde qui t'a tout volé, de ton innocence à tes parents ? »
Elle sentit son cœur de nouveau se serrer alors que son esprit lui renvoyait les images de ce jour maudit. Elle frissonna alors qu'elle ressentait de nouveau les mains des hommes sur elle, ainsi que ces sensations.
« Rejoins-moi… »
Cette voix résonna dans son esprit.
« Et je te garantis que je te vengerai de ce monde… N'est-ce pas ce que tu désires au fond de toi ? »
Elle essaya de refouler ces sentiments, ces images et ouvrit brutalement les yeux.
« NON ! »
Elle se recula de nouveau alors que le visage de Sauron se transforma pour être éclairé de haine et de colère :
« Contre la puissance qui se lève, tu ne pourras rien ! Contre ce pouvoir, tu ne peux rien ! Je peux faire de ta vie un calvaire ! Retiens-le ! »
Prenant sur elle avec une force qu'elle ne soupçonnait pas elle le regarda en face et osa cracher :
« Je n'ai rien à reprocher à l'éducation ni à l'enseignement que m'ont donnés les elfes ! Qu'avez-vous fait quand je me suis retrouvée ainsi ? Etiez-vous là ? Vous êtes immonde et répugnant ! Me manipuler ? Mais qu'êtes-vous en train de faire ? Si vous les haïssez, libre à vous mais je ne vous suivrai jamais ! JAMAIS ! Je n'ai jamais sombré jusqu'à présent alors ce n'est pas aujourd'hui que je me laisserai pervertir ! »
L'homme face a elle se transforma littéralement d'abord en personne recouverte d'une armure puis, se dressa face à elle une tour avec un œil qui se braqua sur elle.
« Tu ne te débarrasseras pas de moi ainsi ! Que tu le veuilles ou non, tu es mon héritière ! »
Alors, Gabrielle ferma les yeux, elle se concentra, et fit briser par sa force mentale ce songe. Elle se retrouva sur une plage de sable blanc où elle s'effondra, épuisée. Une douce voix retentit alors à son esprit :
« Combats-le à présent, tu en trouveras le moyen. Combats cette force par la tienne… »
Epuisée, elle ferma les yeux et se laissa glisser ailleurs…*
Elinë regardait le corps de son amie arqué sous une douleur muette, le front couvert de sueur. Haldir maintenait sur ses genoux sa tête et une de ses mains caressait ses cheveux. Ils purent la voir convulser un petit moment qui leur parut pourtant long pour enfin se calmer. Sa respiration redevint régulière alors qu'une de ses mains serra un des pans de robe d'Elinë. Puis ils virent ses yeux papillonner pour enfin s'ouvrir. Elle rencontra d'abord les prunelles grises d'Haldir penché au-dessus d'elle. Levant sa main, elle effleura une de ses joues et souffla :
« Mon choix… »
Il captura cette main et la porta à ses lèvres. Elle eut un faible sourire alors que son regard rencontrait à présent celui de son amie.
« On en a du temps à rattraper et tant de choses à se dire afin de comprendre… »
Elinë hocha la tête et lui fit à son tour un petit sourire. Gabrielle se releva avec lenteur, aidée par Haldir qui lui tenait la taille.
« Je voudrais rentrer à l'intérieur.
- Bien sûr petite elfe, comme tu voudras mais je voudrais que tu ailles prendre du repos dans une chambre, sur un lit, afin que tu puisses reprendre tes esprits. »
Gabrielle hocha la tête, ils l'aidèrent à se relever et tous les trois remontèrent en direction du château de Meduseld. Ils croisèrent en chemin Ealron qui les arrêta :
« Pardonnez-moi… »
Ce dernier se figea en voyant l'état de fatigue visible de Gabrielle, comme si elle venait d'effectuer un trajet sans repos. Se rapprochant d'elle, il lui prit son visage dans ses mains et planta ses iris sombres dans les siennes.
« Ca va aller Gabrielle ? »
Cette dernière hocha imperceptiblement la tête.
« Me permettez-vous de vous prendre Haldir quelques instants ? Je vous le ramène rapidement, je vous le promets. »
L'elfine eut un petit sourire :
« Mais Haldir est libre, il n'est pas encore ma propriété exclusive. Vous pouvez donc me le prendre Seigneur Ealron. »
Elle tourna son regard vers le capitaine et lui fit :
« Je t'attends dans notre chambre.» Ne cachant ainsi rien de la situation qu'ils pouvaient partager.
Haldir hocha la tête, prit une de ses mains et l'effleura de ses lèvres.
« Je ne serai pas long. »
Il s'inclina devant les deux femmes elfes et s'éloigna en compagnie d'Ealron.
Elinë reprit sa marche tout en tenant Gabrielle par le bras. Elles gravirent les escaliers et se retrouvèrent bientôt dans la salle du trône. Là Théoden était en pleine discussion avec ses lieutenants. Quand il vit les deux elfes, il fit signe à ses officiers de stopper leur conversation et se rapprocha d'elles.
« Vos compagnons sont partis vaquer à différentes occupations. Je peux les faire appeler si vous le souhaitez. »
Gabrielle secoua négativement la tête.
« Cela ne sera pas nécessaire Roi Théoden, je ne serai pas de bonne compagnie pour le moment, je vais aller m'allonger encore un peu. Mais avant j'ai une requête à vous faire. »
Théoden osa prendre une des mains de l'elfine et la serra dans la sienne.
« En quoi puis-je vous être utile mon enfant ? »
Cette appellation sortant de la bouche de Théoden la flatta, surtout connaissant le Roi. Elle lui offrit alors un doux sourire :
« Auriez-vous une chambre de libre pour mon amie ? Elinë a fait une longue route et elle doit avoir envie de se reposer un peu. Est-ce possible ?
- Bien sûr. Meduseld est assez grand et il y a suffisamment de chambres vides. Que votre amie repasse par ici après s'être assurée de votre repos, et je la ferai conduire en un lieu calme. »
Gabrielle serra à son tour la main de Théoden, Elinë s'inclina.
« Merci à vous Roi Théoden. »
Le Roi inclina la tête. Il relâcha la main de Gabrielle, les deux femmes elfes allèrent reprendre leur chemin quand une autre voix les fit s'arrêter.
« Demoiselle Gabrielle ! »
Cette dernière se retourna tout comme son amie pour voir s'avancer vers elles la silhouette d'Eomer. Ce dernier parvint à leur hauteur et s'inclina.
« Pardonnez-moi, je ne serai pas long, j'ai une chose pour vous. »
Il lui tendit un fourreau que Gabrielle reconnut aisément. Surprise, elle le prit et l'interrogea du regard. Le neveu de Théoden eut un petit sourire.
« Je ne pouvais pas faire grand chose, mais il y a une matière où je m'y connais : ce sont les armes. Votre lame était un peu émoussée, j'ai réparé cela. Elle est à présent aussi tranchante qu'à son premier jour. »
Gabrielle ferma un instant les yeux. Quand elle les rouvrit, elle plongea ses iris dans ceux d'Eomer.
« Merci beaucoup Seigneur Eomer. »
Ce dernier s'inclina, Gabrielle tendit une main vers lui et fit une faible pression sur son bras, puis elle sentit sur son épaule la main d'Elinë. D'un geste, elle se retourna et ensemble prirent la direction des appartements qui avaient été attribués à Gabrielle.
Une fois à l'intérieur, Elinë voulut coucher son amie mais elle rencontra une vive opposition. Cette dernière préféra le fauteuil où elle se lova après avoir détressé ses cheveux. Là, elle sentit son amie poser une couverture sur son corps.
« Pourquoi m'avoir laissée ? »
L'elfe s'assit près de son amie et répondit :
« Mes parents me rappelaient à eux.
- Pourquoi n'être pas venue ?
- Parce que je te croyais plus de ce monde ma petite elfe, parce que j'avais perdu le lien.
- Tu ne m'as pas oubliée ?
- Il ne s'est pas passé une seule journée sans que je pense à toi ma petite elfe.
- Je ne suis plus petite. »
Elinë eut un sourire :
« Je le sais, mais pour moi tu demeureras à jamais ma petite elfe même si aujourd'hui la petite elfe que j'avais laissée à Imladris s'est transformée en une magnifique elfine qui a continué à évoluer malgré les douleurs du passé.
- C'est encore là tu sais, en moi. Et je ne pourrai jamais oublier cette douleur.
- On ne te demande pas d'oublier petite elfe, juste d'accepter d'en parler, enfin. De te libérer de ce poids, de cette emprise. Tu as déjà fait beaucoup en faisant ainsi confiance à ce cher capitaine. »
Gabrielle lança un regard interrogateur à son amie.
« Mais comment ? »
Elinë eut un autre sourire mais énigmatique cette fois :
« Rien n'échappe à la Dame… »
Gabrielle sentit le rouge lui monter aux joues, puis son amie se leva et s'agenouilla face à elle.
« J'ai choisi…
- Je le sais.» Elle leva une de ses mains et caressa une de ses joues tendrement « Cela se lit dans tes yeux »
Puis elle sortit de l'une des poches de sa robe une missive qu'elle tendit à son amie. Gabrielle la prit, Elinë se releva et fit doucement :
« Je t'apprendrai à le combattre par tes songes, je ne te laisserai plus seule ma petite elfe. Ceci est de la part de tes grands-parents. Je te laisse à présent, nous nous reverrons plus tard. »
Elle se pencha et embrassa le front de son amie et sortit de la pièce sans un mot de plus. Gabrielle se retrouva seule. Elle regarda l'enveloppe, respira un bon coup et la décacheta. Sortant le pli qu'elle déploya, elle commença la lecture :
Très chère Gabrielle,
Nous pardonneras-tu un jour de t'avoir caché une telle partie de ton identité ? A l'heure actuelle, Galadriel et moi-même l'ignorons. Nous ne savons pas comment tu réagiras face à tout cela… Mais comment aurions-nous pu te l'avouer ? Toi, qui étais déjà si fragile à ton arrivée en Lórien. Nous t'avons vue te débattre pour finalement te relever et refaire confiance. Aurais-tu simplement compris à ce moment-là ? Laisse-moi t'expliquer ce que Gandalf ne t'aura pas dit :
Tout d'abord, ce sont bien les elfes qui enlevèrent cet héritier aux mains de Sauron. Ce fils qui venait de naître, ne devait pas être perverti par son sombre père. Nous n'avons fait qu'appliquer le désir de sa défunte mère. Ce que les légendes ne racontent pas c'est qu'avant de mettre au monde l'enfant, la mère se savait condamnée. Elle savait que son sombre mari s'était totalement fourvoyé au mal dans un dessin de conquête, de pouvoir, de vengeance, de colère, de haine. Elle ne désirait pas que son enfant soit corrompu et a mis en place un stratagème afin qu'à la naissance, le nourrisson soit enlevé et mené parmi les elfes, seul peuple qui serait capable de l'élever dans le respect de Numénor. Tout se déroula comme prévu, elle ne résista pas à la fatigue de la naissance, son corps déjà usé alors qu'elle était jeune. L'enfant fut enlevé à son père après que ce dernier l'eut doté d'un pouvoir de vision encore plus puissant que celui inhérent à notre race.
Le reste de l'histoire tu la connais, c'est celle que Gandalf t'a énoncée, je rajouterai juste que c'est sans arrière pensée que nous avons prit Aradan à nos côtés et l'avons considéré comme notre propre fils.Jamais on ne cacha aux héritiers leur ascendance, sauf à toi. Mais les circonstances n'étaient pas les mêmes.
Nous ne pouvons être près de toi pour répondre à tes questions mais nous pouvons au moins te dire une chose : pour combattre les visions sombres, puise en toi la volonté de lui faire barrage. Tu trouveras le moyen, tout comme ton père, tout comme ton grand-père.
A toi de décider, et là je n'ai aucun mal à deviner qui t'aidera sur ce chemin.
Suis le chemin de ton cœur et crois à notre sincère affection.
Ton grand-père, Celeborn
Gabrielle termina la lecture de la missive. Un soupir s'échappa de ses lèvres et elle se releva du fauteuil où elle s'était installée et se dirigea vers une des fenêtres qu'elle ouvrit. Cette dernière donnait sur un balcon où elle alla se placer. Le vent joua avec les mèches de ses cheveux, dans sa main la lettre qu'elle n'avait pas déposée. Son regard se porta sur l'horizon, à l'Est d'abord, au-delà des montagnes et des rivières, elle crut percevoir l'Ombre du Mordor et frissonna. Puis, avec lenteur, elle tourna sa tête vers l'Ouest, au-delà des Terres, au-delà des mers.
Elle ne vit pas en contre bas Haldir prendre dans ses bras Ealron puis ses frères. Ces derniers parlèrent à Haldir avant de monter en selle. Et c'est suivi par le restant des troupes elfiques qu'ils partirent sous les regards d'Haldir bien sûr mais aussi de Théoden, de Legolas ainsi que d'Aragorn.
oO§Oo
Quelques minutes passèrent, Haldir tourna son regard de sa contemplation et prit la direction du palais, Aragorn eut un geste vers lui de même que Legolas. Puis, ils le laissèrent rejoindre Gabrielle.
Quand il entra dans la chambre, il la trouva toujours sur le balcon. Se rapprochant, il passa ses bras autour de sa taille, à ce contact elle se laissa aller contre lui. Le silence s'installa et ce fut lui qui le rompit :
« Ealron ainsi que mes frères et le restant des troupes elfiques sont repartis pour la Lórien. »
Gabrielle se tendit et se tourna de telle sorte qu'elle faisait maintenant face à Haldir.
« Mais toi ?
- Moi ? » Il porta une de ses mains sur une de ses joues. « J'ai été relevé de mes fonctions. »
La jeune elfe fronça les sourcils et reprit :
« Tu as quoi ? Mais enfin pourquoi ? Ils n'ont pas le droit ! Tu es leur meilleur élément ! »
Elle se détacha de lui et entra à l'intérieur. Haldir soupira et la rejoignit. Il la vit poser une feuille sur un meuble et croiser les bras en signe de colère.
« C'est impensable ! Comment ont-ils pu te faire une chose pareille ? »
Il se dirigea vers elle, la prit par les bras et la força à se calmer.
« Gabrielle, inutile de t'énerver ainsi ! Ce n'est pas eux ! Mais moi…
- Comment ça toi ? »
Il prit son visage dans ses mains et planta son regard dans le sien.
« Un choix ma été offert. Et c'est toi que j'ai choisi. Entre mon devoir et toi, il ne m'a pas fallu plus d'une minute de réflexion. »
Ils s'affrontèrent du regard et il put voir les larmes embrumer ses yeux.
« Je t'ai choisie, toi. Je te l'ai promis, tu ne seras plus jamais seule. »
Une larme s'échappa de ses yeux alors qu'elle réalisait la portée de ces paroles. D'une petite voix elle demanda :
« Tu as renoncé à ton devoir pour moi ? Mais Haldir je… »
Il essuya cette perle d'eau salée avant de poser un doigt sur ses lèvres et de dire :
« Non. Ne dis rien… Si tu savais à quel point tu m'as fait changer, je ne suis plus cet elfe froid et distant. J'ai appris à m'ouvrir aux autres tout comme toi, j'ai appris que l'arrogance n'était pas une solution. Gabrielle, j'ai choisi de rester avec toi. Tu m'as offert tellement, laisse-moi à présent te montrer que… »
Il s'approcha d'elle et déposa sur ses lèvres un baiser.
« …Que je t'aime… »
Tremblante, Gabrielle passa ses bras autour du cou d'Haldir et se réfugia dans ses bras. Il la serra de toutes ses forces. Ils restèrent ainsi durant quelques minutes avant qu'elle ne mette un terme à son étreinte. Elle passa ses mains dans ses cheveux, joua avec avant à son tour de déposer un baiser sur ses lèvres, baiser qu'ils approfondirent. Il y avait dans ce dernier toute la tendresse et la passion qui les unissaient. Rapidement, il la souleva et la mena sur le lit, là il l'allongea avant de la rejoindre. Ils s'embrassèrent de nouveau, cette fois, leurs mains s'égarèrent, les vêtements tombèrent et entra en action le ballet des amants. Au moment où ils s'unirent, Haldir au-dessus de Gabrielle planta son regard dans le sien. Tremblante et en sueur, elle leva une main vers son visage et le caressa :
« Je t'aime… » Souffla-t-elle alors qu'il entrait en elle.
oO§Oo
Allongée, la tête reposant sur le torse de son amant, Gabrielle écoutait la respiration de cet homme. Lui, les yeux ouverts, caressait ses cheveux.
« Je ne le laisserai pas me manipuler. » Souffla-t-elle soudainement.
Elle releva la tête et posa son menton sur son torse plongeant son regard dans les prunelles grises d'Haldir.
« Je suis de la lumière, élevée dans la lumière même si l'ombre à souvent marché dans mes pas. Je ne veux pas sombrer de nouveau. Je ne suis pas lui. »
Il leva une de ses mains qui vint se poser sur sa joue.
« Non, tu n'es pas lui. »
Elle se rallongea contre lui et se blottit dans ses bras.
« Les choix que nous faisons, révèlent ce que nous sommes, toi comme moi. »
Il raffermit son étreinte et la sentit glisser dans le sommeil.
Dans sa chambre Elinë avait les yeux ouverts allongée sur son lit, elle murmura:
« Je t'apprendrai ma petite elfe. »
