Kyoutani marmonna pour lui-même quand il remarqua que son capitaine s'entraînait encore, alors qu'il se dirigeait à l'extérieur du gymnase. Il ferma la porte derrière lui, jetant un coup d'œil à l'atterrissage de Yahaba après son service. Cela durait depuis des jours, voire des semaines. Le passeur se surmenait, s'entraînant toujours après le départ de ses coéquipiers. Même après que certains d'entre eux l'aient signalé, Shigeru poussait toujours obstinément son corps au-delà de ses limites. Mad Dog était resté silencieux pour le moment. Il savait qu'il ne valait pas mieux ennuyer le garçon. Il ne pouvait pas comprendre ses actions, avec l'arrivée du Tournoi inter-lycées de Printemps. Cela se terminerait très bientôt, espérons-le.

Le lendemain, le capitaine avait des cernes sous les yeux. Il esquivait toutes les questions sur l'heure où il avait quitté le gymnase. Watari le harcelait littéralement, ne le lâchant pas. Cela dura presque toute la journée, même à l'entraînement. Une fois de plus, Kentarou resta silencieux. Bien sûr, il regardait parfois le garçon du coin de l'œil. Les nouveaux premières années avaient même peur de respirer alors que le libéro criait sur Yahaba. Finalement, l'entraînement commença et l'incident fut momentanément oublié. Jusqu'à ce que Kunimi souligna les passes instables de leur passeur. Shigeru ne réagit même pas lorsque Kindaichi confirma. Kyoutani laissa filer, attendant son tour de smasher. Il sauta, s'attendant à frapper la balle, mais cette dernière n'arriva jamais. Un bruit sourd résonna dans la pièce alors que tout le monde se figeait. Le premier à réaliser ce qui se passait fut Shinji. Il s'élança, s'agenouillant à côté du capitaine évanoui sur le sol. Mad Dog le suivit juste après. Il grogna, soulevant le garçon et se dirigeant vers les vestiaires. Alors que les premières années commençaient à poser des questions, il entendit le libéro essayer de calmer tout le monde.

Quand Yahaba se réveilla enfin, tous ses coéquipiers étaient partis sauf un. Le seul qu'il ne voulait pas affronter pour le moment.

«- Oh, la Belle au bois dormant est réveillée.

- Va te faire foutre. grommela le capitaine en se redressant sur le banc.

- Non. Tu vas expliquer pourquoi tu fais ça et tu vas le faire maintenant.

- Ouais, non merci. Je passe mon tour.

- Ce n'était pas une question et tu le sais.»

Les deux garçons se dévisagèrent, visages écumant de colère. Le brun détourna le regard en premier, les lèvres tremblantes.

«- Ne m'oblige pas.

- Je le ferai si tu ne le dis pas toi-même. soupira l'autre, croisant les bras.

- S'il te plaît.

- Putain, Yahaba ? Tu ne supplies jamais, personne, et encore moins moi. C'est la dernière fois que je le demande, qu'est-ce qu'il se passe ?

- Je n'ai pas assez de talent ! C'est tout ! Je ne suis pas à moitié aussi bon qu'Oikawa, je n'aurais pas dû être nommé capitaine !»

Le blond décoloré fut surpris par les mots qui lui furent lancés. Son camarade de classe pleurait, des larmes chaudes coulant sur ses joues rouges. Les sanglots semblaient si forts dans le gymnase vide. Kentarou fit quelques pas en avant, puis s'arrêta à quelques mètres de son ami.

«- Qui a dit ça ? grogna-t-il, une veine palpitant sur son front.

- P-personne, c'est juste la vérité !

- Ne me mens pas.»

Shigeru leva ses yeux gonflés vers ceux de Mad Dog. Il les ferma sous le regard intense et brûlant. L'attaquant le regarda respirer profondément avant de laisser tomber sa tête dans ses mains.

«- Certains camarades de classe, des filles, des professeurs, tout le monde. répondit-t-il enfin, la voix tremblante.

- Et tu les crois ?

- Comment ne pas les croire ? ricana tristement Yahaba. Ils ont raison.»

Presque instantanément, une main agrippa son maillot et le tira sur ses pieds. Son dos heurta le mur le plus proche. Il fixa, surpris, le visage de son coéquipier à quelques centimètres du sien.

«- Tu ferais mieux d'écouter parce que je ne le dirai qu'une seule fois. Ils n'ont pas du tout raison et ils peuvent aller se faire foutre. On va leur prouver le contraire en allant aux Nationaux. Et tu vas être le meilleur capitaine que Seijoh ait jamais eu. Pigé ?»

Le garçon aux cheveux bruns ne put que hocher la tête, stupéfait par les mots crachés à son visage. La prise sur sa chemise se relâcha et le blond recula rapidement. Il tourna les talons, prêt à sortir des vestiaires quand un murmure l'arrêta dans sa course.

«- Je ne le ferai plus. Je le promets.

- Bien.»

Alors que la porte se refermait derrière son dos, le silence retomba sur l'établissement.