Chapitre 60 : Apologize
— Tu crois que Scott va deviner qu'on n'a pas patrouillé ?
L'instant était apaisé, hors du temps.
Les deux amants étaient alanguis, allongés dans les bras l'un de l'autre sur l'herbe fraîche. Ils avaient juste pris le temps de se rhabiller avant de s'étendre un instant sous la voûte étoilée après avoir savouré des retrouvailles digne de ce nom.
— Il ne s'en rend pas compte quand c'est Stiles et Derek qui se débinent, il n'y a pas de raison…
La voix d'Isaac était posée et calme. Son rire léger ne troubla pas la sérénité du moment. Sentant un léger frisson traverser sa petite-amie, il raffermit son étreinte sur son épaule, la serrant plus fortement contre lui jusqu'à ce que le visage de la rouquine ne repose sur son torse, tout contre son cœur.
La banshee eut un sourire des plus amusé. Scott était un ami génial et le plus admirable des alphas, mais… il était également un peu trop gentil et naïf.
La commissure de ses lèvres retomba doucement. À mesure que l'extase s'éloignait, la réalité reprenait doucement ses droits. Isaac lui avait manqué ! Plus qu'elle ne l'aurait pensé ! Elle ne voulait ni ne pouvait risquer de le perdre pour une stupide histoire d'orgueil ou de jalousie… Elle expira douloureusement, le cœur lourd tout à coup, mais les mots aux abonnés absents.
— Isaac...
Comment devait-elle s'y prendre pour s'excuser ? Voilà bien un domaine dans lequel elle ne brillait pas ! Peut-être que le plus simple était le mieux !
— Je suis désolée !
Si le jeune loup était encore novice concernant l'odeur des émotions, il ne manqua pas l'accélération du pouls de la rouquine, trahissant sans commune mesure son émotion vive et son stress.
Un léger sourire ému s'empara de ses traits avant qu'il n'enfouisse ses lèvres dans les mèches rousses dans un baiser tendre.
— Je le suis aussi.
— Non, tu as… J'avoue que reluquer cette… fille devant moi... Ce n'était vraiment pas plaisant, mais j'ai… J'ai été un peu dure, c'est juste que…
La lycéenne leva les yeux au ciel, agacée de son propre bégaiement ! Elle n'avait jamais bafouillé de sa vie, qu'est-ce qu'il lui prenait ?! Elle n'était pas le genre de fille à douter d'elle ou manquer de confiance en soi. Elle n'était ni fragile, ni délicate. Elle se plaisait à penser qu'elle était indépendante, forte, intelligente… et belle ! Ce qui ne gâchait rien ! D'aucuns auraient sans doute pensé qu'elle était surtout arrogante et prétentieuse d'avoir une si haute estime d'elle-même, elle leur aurait simplement ri au nez !
Avec plus d'aplomb et de détermination, elle se tourna sur le ventre pour affronter le regard bleu du bouclé.
— Isaac ! J'ai été injuste avec toi. Pardon ! Je n'ai jamais été jalouse avant… Mais… Je n'en sais rien ! Avec toi, c'est différent ! Depuis le début, j'ai tout fait pour repousser ce que je ressentais pour toi, pour ne pas m'engager dans une nouvelle histoire… Je savais que si je te laissais entrer dans ma vie…
Un nouveau soupir agacé s'échappa de ses lèvres ! Pourquoi était-ce si dur de le lui avouer ? Peut-être parce que Jackson ne le lui avait jamais dit en retour… Ou bien, était-ce à cause du divorce de ses parents ?
— Ce que j'essaie de te dire, de façon totalement décousue, c'est que… Tu es quelqu'un de génial et j'ai beaucoup de chance de t'avoir ! Et je… Je crois bien que je...
Le sourire grandiose et éblouissant du louveteau la coupa dans son élan. Elle resta là à l'observer, la bouche légèrement entrouverte, surprise de sa réaction, perdant le fil de ses pensées. Puis, quand il approcha enfin doucement ses lèvres des siennes, tous ses doutes disparurent et son monde se réduisit à ces deux prunelles magnifiques qui l'observaient comme si elle était un trésor, et cette bouche était si tentante qu'elle voulait s'y perdre sans concession…
Le regard du loup passa rapidement des lèvres glossées de l'adolescente à ses yeux, comme pour lui demander une autorisation qui lui était déjà acquise depuis longtemps. Son souffle chaud s'écrasa sur le visage de satin lorsque les mots s'envolèrent dans l'air semblable à la plus somptueuse des mélodies, faisant tambouriner son cœur de bonheur.
— Je t'aime, Lydia Martin ! Depuis la première fois que mon regard à croiser le tiens !
Sur cet aveu, il l'embrassa enfin, plus amoureusement que jamais.
— Je t'aime aussi, Isaac Lahey, souffla-t-elle contre ses lèvres quand le baiser prit fin.
Il n'y avait plus de raison d'avoir peur… Elle en aurait presque pleuré tant les émotions qui lui vrillait le cœur étaient puissantes et bouleversantes. Elle ne se souvenait pas avoir été un jour plus heureuse !
Les cils bordés de larmes de joie, elle colla leurs fronts l'un à l'autre avant de laisser échapper un rire faussement désabusé qu'un léger sanglot fit légèrement tressauter.
— On est incroyablement niais, non ?
Le garçon lui répondit d'un rire amusé qui fit écho à celui de la jeune femme.
— Totalement ! Mais avec toi, c'est tout simplement parfait !
Il l'embrassa à nouveau tendrement, trop ravi d'avoir retrouvé l'amour de sa vie. Son premier et, il le savait, son dernier amour. Depuis qu'elle était enfin entrée dans son existence, jamais il n'avait été si serein concernant l'avenir de leur couple. Stiles avait raison finalement ! Le cœur de la blonde vénitienne lui appartenait et il ferait tout, chaque jour, pour choyer cet amour qui lui était offert !
La soirée était magnifique, malheureusement, Lydia était bien décidée à tout mettre à plat afin de repartir sur des bases saines et solides. Trop longtemps, elle avait laissé Jackson flirter avec d'autres filles sous ses yeux sans rien oser dire ou faire… Elle en avait trop souffert. Plus jamais, elle ne permettrait à un autre homme de la faire souffrir comme son ex petit-ami l'avait fait.
Après avoir roulé sur le dos, elle observa un instant les étoiles dont certaines étaient cachées derrière de petits nuages épars. Elle se mordit nerveusement la lèvre inférieure avant de prendre une grande inspiration afin de se donner le courage nécessaire à la conversation qui allait suivre.
— À propos de Luna… Tu… Tu l'aimes bien, pas vrai ?
Bien qu'elle ne soit pas un loup, elle put sentir sans mal le brusque sursaut qui souleva la poitrine de son compagnon.
L'adolescent expira par le nez avant de se passer une main fatiguée dans les cheveux. Il aurait dû se douter que la jeune femme ne lâcherait pas l'affaire Luna si facilement !
— Écoute, je sais que ça ne te plaît pas que je traîne avec elle, mais… elle est sympa et elle est nouvelle ! Je comprends ce que tu ressens… vraiment ! Je me mets à ta place et je ne peux qu'imaginer ton agacement ! Franchement, j'étais le premier à reprocher à Stiles de continuer de fréquenter Max après qu'il se soit enfin rabiboché avec Derek, mais maintenant, je le comprends !
Il fit une pause, prenant à nouveau une grande inspiration pour essayer de calmer sa détermination qui faisait battre son cœur légèrement trop fort ! Cette fois, il n'eut aucun mal à déchiffrer la fragrance des émotions de Lydia. Elle était à la fois… penaude et résignée… Résignée ! Ce n'était absolument pas ce qu'il cherchait à faire. Il voulait qu'elle comprenne pourquoi il n'abandonnerait pas sa nouvelle amie en dépit de ce qu'elle en pensait ! Pas par esprit de contradiction ou pour la blesser, mais parce qu'il l'aimait bien et qu'il refusait de faire une croix sur son libre-arbitre, même par amour !
— C'est juste une amie, Lyly ! Je te promets qu'il n'y a rien de plus et qu'il n'y aura jamais rien de plus ! Elle a beau être jolie, à mes yeux il n'y a que toi ! Tu as confiance en moi ?
Si la banshee avait tiqué sur le surnom, ce furent les derniers mots du lycanthrope qui la rendirent sceptique. Elle fronça les sourcils comme pour se souvenir où elle avait déjà entendu cette phrase, dîtes sur cette intonation exacte. Puis… se souvenant de ce que Stiles lui avait dit sur la ride du lion, elle força son front à se déplisser avec une moue boudeuse. Finalement, la mémoire lui revint et un nouveau sourire éclaira son visage de porcelaine.
— Viens-tu vraiment de me citer Titanic ?
Son ton incrédule rencontra un mur de rire !
— J'avais peur que tu ne saisisses pas mon clin d'œil !
Il n'en fallut pas plus pour que la jeune fille l'accompagne dans son rire communicatif !
— L'imitation était parfaite, tu aurais fait un Jack sublime !
— Et toi la plus belle des Rose !
La banshee lova davantage son visage contre le torse de son homme. Elle était certaine d'avoir rosi de plaisir en plus d'arborer un sourire un peu trop guimauve à son goût !
— Tu me sors ta technique de drague ?
— Non, je le pense vraiment !
Sur ce murmure doux et tendre, Isaac attira le visage de la lycéenne vers lui afin de lier leurs lèvres dans un nouveau baiser.
Le temps leur avait filé entre les doigts, aussi, ne sachant pas à quelle heure ils étaient conviés chez les Stilinski — Stiles ne l'ayant pas précisé et ce dernier ne répondant pas à leurs nombreux SMS — ils décidèrent de se rendre chez l'hyperactif de la meute. Il était dix-neuf heures trente passées quand Isaac se gara finalement devant la maison du shérif. Si la Jeep était bien là, ce n'était pas le cas ni de la camaro de Derek ni de la voiture de fonction de Noah. Il n'y avait à l'évidence personne à demeure. Il ne leur restait plus qu'à attendre aussi patiemment que possible.
Lydia venait de terminer de se recoiffer et de retoucher son maquillage dans le miroir de courtoisie lorsqu'elle rompit le silence comblé jusqu'alors par l'autoradio du véhicule.
— Je peux te poser une question ?
Isaac se tourna vers la blonde vénitienne, un sourire amusé aux lèvres.
— Plusieurs même !
Malgré sa réponse, la lycéenne sembla hésiter, perdant son regard vers l'extérieur quelques secondes avant de plonger ses iris émeraude dans ceux du louveteau.
— Avec Luna…
Le soupir exaspéré de son compagnon la coupa dans son élan !
Le bêta pinça les lèvres et détourna le regard une seconde, mais ne répliqua rien, aussi, malgré la tension palpable et le léger pincement au cœur que cela provoqua chez la banshee, celle-ci continua.
— Je veux juste savoir si tu t'es rapproché d'elle pour me rendre jalouse… ou si tu tiens vraiment à elle !
Les derniers mots lui laissèrent un goût de bile sur la langue…
Que pouvait-il bien lui trouver après tout !?
— C'est vraiment ce que tu penses de moi ? Tu crois vraiment que je suis comme ça ?
Elle l'avait de toute évidence vexé, pas du tout l'effet recherché en sommes, mais au moins elle avait sa réponse !
Rassurée, Il fallait maintenant qu'elle concilie avec l'humeur maussade de l'adolescent qu'elle avait, sans le vouloir, blessé dans son estime.
— Je sais que lorsqu'on souffre ou qu'on se sent trahi, on peut faire des choses stupides ! Je ne dis pas que c'est ce que tu as fait, se dépêcha-t-elle d'ajouter quand le garçon ouvrit la bouche pour répliquer.
Elle soupira et se replaça une mèche derrière l'oreille, résistant à l'envie de l'entortiller comme Stiles le lui avait fait remarquer un peu plus tôt.
— Je l'ai déjà fait… L'année dernière, j'ai embrassé Scott parce que j'étais jalouse que Jackson tourne autour d'Allison ! Je n'en suis pas fière crois moi et c'était vraiment stupide de ma part, mais...
— Scott ?
Le lycanthrope l'avait coupé dans ses explications d'une voix vibrante de colère qu'il tentait de maîtriser.
Surprise par sa réaction, Lydia releva un regard incertain vers lui, bouche légèrement entrouverte, ne sachant que répondre !
— Ok, c'est un alpha mort !
Déjà, il posait la main sur la clé, prêt à mettre le contact afin de se rendre chez son chef de meute !
Il fut évidemment bien vite stoppé dans son élan par sa petite-amie, dont la paume chaude et douce avait recouvert la sienne.
Leurs regards se heurtèrent avec intensité.
Le temps resta suspendu !
— T'es jaloux ?
Isaac serra la mâchoire, le souffle rendu court de colère. Tout en sachant que c'était ridicule, il ne pouvait s'empêcher de se sentir trahi par celui qui avait été son premier véritable ami, Erika et Boyd ayant davantage été des compagnons de meutes !
Décidant de prendre le contre-pied de l'humeur de son amant, la banshee lui offrit un sourire éblouissant.
— On est fait pour se comprendre et s'entendre à ce que je vois ! Aussi jaloux l'un que l'autre ! Mais calme-toi ! Scott n'y est pour rien… C'était bien avant la création même de la meute. Avant que tu ne sois ami avec lui et que toi et moi, on se côtoie.
Elle claqua un rapide baiser sur le bout de son nez et lui offrit un nouveau sourire tendre avant que son attention ne soit détournée par le bruit d'un moteur familier.
Elle observa Derek garer sa voiture, avant de se tourner à nouveau vers son petit-ami.
— Allons-y, j'ai deux comptes à régler avec un jeune homme dont je tairais le nom !
Sans attendre, elle sauta du véhicule avant de s'avancer d'une démarche assurée malgré la hauteur de ses talons, vers le couple qui s'avançait déjà vers la porte d'entrée.
L'ayant entendu approcher, Derek lui jeta un rapide coup d'œil juste avant qu'elle ne prenne son compagnon à parti !
— Tu ne réponds jamais à ton portable ?
Surpris, Stiles sursauta légèrement avant de lui faire face, les sourcils froncés d'interrogation.
Pour qui la ride du lion à présent ? songea la jeune femme avec un sourire narquois.
— Sérieusement, toi aussi ?
Le fils du shérif soupira lourdement, repensant à la venue de son père au lycée un peu plus tôt dans la journée. Cette fois, pourtant, il était sûr d'avoir mis l'appareil en mode vibreur et non pas sur silencieux… ce qui n'était pas pour le rassurer !
Il sortit l'objet incriminé de sa poche et consulta ses nombreux messages non lus.
— Merde, je crois qu'il est mort !
Isaac les avait rejoints et s'était approché de sa petite-amie avant de passer un bras sur sa taille pour la serrer contre lui. Stiles avisa le rapprochement avec un sourire grandiose tandis que dans son dos, Derek plissait le nez en jetant un regard de reproche à son petit protégé.
Le jeune couple portait encore sur lui l'odeur de leurs retrouvailles et, en tant que loup, il se serait bien épargné de connaître autant de détail sur leur vie intime. La douche après l'amour était plus qu'appréciée.
Finalement, après un petit moment de flottement, Stiles les invita à entrer avant qu'à tour de rôle, ils n'examinent son cellulaire, allant dans les réglages, tentant de nouveaux paramétrages, appelant entre chaque tentative pour vérifier si l'appareil réagissait, mais rien n'y fit ! Quand l'appareil afficha vingt heures, il fut convenu que le GSM était bel et bien défectueux que ce soit en mode vibreur ou sur sonnerie !
Comme si le destin voulait narguer un peu plus le fils du shérif, le téléphone de la maison se mit à sonner pile à cet instant, surprenant tout le monde au passage !
Stiles se précipita vers celui-ci et décrocha à la volée.
— Maison Stilinski, bonjour ! Hmhum ! Hmhum ! Ok ! On s'en occupe, à tout de suite !
Il raccrocha avant de s'expliquer auprès de ses amis !
— Mon père doit terminer un rapport avant de venir. Du coup, il n'aura pas le temps d'aller récupérer les pizzas ! Derek, tu veux bien...
— …me conduire, coupa Lydia d'une voix énergique ! Les garçons, soyez sage en attendant notre retour ! Ok ?
Et en parfaite diva qu'elle était, elle se dirigea vers la sortie sans attendre une quelconque réponse.
Les trois hommes restèrent un moment paralysés de stupeur, s'échangeant des regards comme pour se prouver qu'ils n'avaient pas imaginé la scène qui venait d'avoir lieu.
Lydia et Derek n'avaient jamais été vraiment proches même si la création de la meute de Scott avait apaisé les tensions qui s'étaient établies entre eux.
L'ancien alpha fut le premier à se reprendre, avec une inspiration puissante comme pour se donner du courage, il encercla étroitement les hanches de son humain avant de l'embrasser chastement et avec un dernier sourire à son attention, rejoignit la banshee à l'extérieur laissant les deux adolescents seuls.
— Est-ce que ça vient vraiment de se passer ?
L'incrédulité d'Isaac faisait écho à celle de l'hyperactif !
— Elle doit avoir quelque chose derrière la tête…
Stiles secoua la tête pour se remettre les idées en place.
— Je te lamine à Black Ops* ?
— Dans tes rêves !
Sans se soucier davantage des plans de la blonde vénitienne, ils montèrent dans la chambre de l'humain en chahutant comme à leur habitude.
oOo
*Black Ops :Call of Duty : Black Ops - jeu vidéo sortit en novembre 2010.
