oOo

« Merci d'avoir apporté les robes et les costumes. Remercia Adrien en serrant la main de Théodore. Mari' est débordée.

- Je m'en doute. Elle a toujours tout fait pour que tout soit parfait. Je voulais juste lui retirer un poids sur les épaules et lui faire gagner du temps. Pour une fois que c'est dans ce sens. »

Adrien sourit, le remerciant à travers ce geste une fois de plus. Les deux hommes se tournèrent quand ils entendirent un léger cri sur la gauche. Leurs regards tombèrent sur Marinette en équilibre avec une boite dans une main et un bouquet sur pied dans l'autre, vacillant dangereusement. Avant qu'ils n'aient pu amorcer un mouvement, elle redressa le tout sous les applaudissements tendus d'Alya. Les deux femmes échangèrent un regard avant de rire.

« J'ai l'impression que je ne suis pas le seul à compter sur elle à tous instants. Sourit Théodore, remuant une jalousie enfouie chez Adrien.

- Elle met tout son cœur dans ce qu'elle entreprend et aide tous ceux qui le demande.

- J'ai honte de dire que j'en fait partie. Sans elle, je ne sais pas si j'aurais réussi à si bien développer Milan. Je n'ai jamais été aussi heureux de ma vie que quand elle m'a dit qu'elle n'irait pas à New-York quand je l'ai embauché. »

Le cœur d'Adrien s'arrêta. New-York ? Quand il l'a embauché ? Si sa mémoire était bonne, c'était il y a plus de trois ans, juste avant ou juste après qu'il se soit mis avec Aya. Il creusa un peu plus dans sa mémoire, essayant d'ajuster la date exacte. C'était avant ou après ? Aurait-ce même une importance ? Pourtant, son cœur refusait de se desserrer alors qu'il regardait la franco-chinoise devant lui qui continuait de discuter avec Alya.

« New-York ? »

Il se maudit intérieurement pour ne pas avoir su contrôler l'étranglement dans sa voix ou sa curiosité. Théo le regarda de biais puis reporta son attention sur la salle.

« Oui. Quand je l'ai approché lors de sa dernière année scolaire, juste avant qu'elle ne soit diplômée, je lui ai dis que je souhaitais l'avoir dans mes équipes et que j'avais deux postes à pourvoir si elle était intéressée. Un à Milan, que j'espérais qu'elle choisirait, et un à New-York. J'étais persuadé qu'elle irait là-bas pour te rejoindre. Rit-il en souvenir. Ce n'était un secret pour personne qui vous connaissait au temps du lycée que tu lui manquais. Mais finalement, elle a choisi Milan et à commencer à sortir avec un de ses amis… Romain ? Bref… Et l'entreprise a explosé une fois sur place. Je lui en suis reconnaissant. »

Quand Théo tourna son regard pour observer Adrien, il fronça les sourcils en le voyant fixer Marinette avec un regard d'une telle intensité. Le mannequin marmonna un « Excuse-moi » à peine audible et s'approcha de la jeune femme. Le cœur d'Adrien s'était remis à battre, tambourinant violemment contre sa cage thoracique. Théodore devait se tromper. Il le devait.

Parce que sinon…

« Je te l'emprunte. »

Ne laissant pas le temps à Alya de comprendre, Adrien attrapa le bras de Mari' et la tira derrière lui. Elle couina de surprise mais il resta sourd et la tira dehors. Il ne s'arrêta que lorsqu'ils furent à l'écart de tout le monde. Sa respiration s'intensifia, se saccadant. Il sentit le regard inquiet de Marinette sur lui mais il était incapable de la regarder.

« Adrien ? Tout va bien ?

- Dis-moi que c'est faux. »

Il ferma les yeux en sentant la main de Marinette sur son avant-bras et qu'il la sentit se mettre face à lui. Sa voix était étranglée et il dut se concentrer pour calmer sa respiration.

« De quoi tu parles ? Je ne comprends pas. »

Bien sûr qu'elle ne comprenait pas. Elle n'avait pas entendu la conversation qu'il venait d'avoir avec Théodore. Les mots qu'il retenait lui donnaient envie de vomir, de crier et de pleurer. Il mit quelques secondes pour se composer suffisamment pour sortir quelque chose d'audible.

« Dis-moi que tu n'as pas refusée une offre pour New-York juste avant d'être diplômée. »

Il ouvrit les yeux juste à temps pour l'entendre haleter et voir ses orbes s'écarquiller. C'était tout ce dont il avait besoin pour avoir sa réponse. Son cœur s'effrita. Ses yeux s'humidifièrent, incapables de contenir ce qu'il ressentait. Ceux de Mari' clignotèrent rapidement plusieurs fois. Elle ouvrit la bouche plus d'une fois, incapable d'émettre un son.

« Pourquoi ? Pleura Adrien, serrant les poings pour s'empêcher de sombrer. Il avait besoin de savoir.

- A…

- Pourquoi tu ne m'as pas rejoint ? »

Sa voix était presque désespérée. Il ne comprenait pas. Elle ne lui en avait même pas parlé ! Ni lui, ni Alya. Ni Nino. Jamais il ne s'était sentit aussi trahi, aussi mis de côté. Il avait pardonné pour Romain. C'était sa vie privée, elle faisait ce qu'elle voulait. Même s'il avait été blessé de l'apprendre bien après, même s'il avait senti son cœur se détruire en comprenant ses motivations…

Quelques éléments se mirent en place dans son esprit embué, achevant son chaos intérieur. Elle a commencé à sortir avec Romain juste après avoir accepté Milan, pour l'oublier. Parce qu'il avait commencé à sortir avec Aya.

Son monde s'effondra.

Il haleta et recula d'un pas. Mari' le regarda faire, les larmes coulant sur ses joues cette fois. Elle tendit la main timidement avant de la laisser tomber, honteuse. Il répéta sa question, bien qu'il se doutait de sa réponse.

« Parce que tu as commencé à sortir avec Aya. Avoua-t-elle sans oser le regarder. Tu… tu semblais heureux quand tu me l'as dit. Je comptais te parler de New-York ce soir-là mais… »

C'était sa faute. Il ne l'avait pas attendu suffisamment longtemps. C'était sa faute !

« On s'était dit de ne pas s'attendre, je le sais. Et tu avais tourné la page. Je… j'ai compris que je devais le faire aussi à ce moment-là. Murmura-t-elle si doucement qu'il a du se rapprocher pour la comprendre.

- Je n'avais pas tourné la page. Avoua Adrien, la gorge serrée. Pas encore. »

Elle leva son regard et tomba dans ses yeux verts. Ils se regardèrent, les traits marqués par les regrets et les non-dits. Tout aurait pu être si différent. S'il l'avait attendu ne serait-ce qu'une journée de plus… tout aurait été différent. Et ils ne seraient pas là, en train de se déchirer, en train de se battre contre eux-mêmes et leurs fichus sentiments depuis des semaines. Non. Depuis des années.

Puis, le regret et l'amertume firent place à la colère.

Elle l'avait abandonné. Elle ne lui avait pas laissé le choix, choisissant pour lui. Même s'il avait parlé de son premier rendez-vous avec Aya, elle ne lui pas fait part de son opportunité à New-York. Il n'avait même pas eu à se demander s'il voulait tenter une relation à distance avec elle lorsqu'elle serait aux Etats-Unis. Sérieux, ils auraient été à moins de deux heures l'un de l'autre. Ça aurait été parfait ! D'accord, peut-être pas parfait mais ça aurait été suffisant pour qu'ils recommencent. Il aurait laissé Aya en douceur. Qui a le cœur brisé comme ils l'avaient eu à la suite d'un premier rendez-vous ? Personne. Alors que maintenant… ils avaient Aya et Luka.

Merde !

« Adrien… Pleura Marinette, s'approchant de lui.

- Tu es comme mon père. Siffla-t-il, lui donnant l'effet d'une claque qui la fit reculer d'effroi.

- Qu… quoi ?

- Tu ne m'as pas laissé le choix. Pleura Adrien, la regardant avec colère. Je t'aurais choisi sans une seconde d'hésitation. Tu m'as laissé tomber.

- Que voulais-tu que je te dise ? Non Adrien, ne sors pas avec elle parce que j'arrive. J'ai changé d'avis, attends-moi finalement? Cria-t-elle, elle aussi se laissant gagner par la colère. Tu t'ouvrais à quelqu'un pour la première fois. Comment étais-je censé savoir que tu n'avais pas encore tourné la page ? On s'est suffisamment blessé par le passé.

- Parce que là on ne se blesse pas ? »

Ils restèrent face l'un à l'autre, les larmes coulant sur leurs joues et la colère épaississant l'espace entre eux. L'air frais fit frissonner Marinette mais elle ne broncha pas. Son cœur sombrait. Encore. Pour Adrien. Encore. Quand est-ce que tout ceci se terminera ?

Combien pourraient-ils continuer à prendre avant de s'effondrer pour de bon et ne plus être capable de se lever ?

« Adrien ? Interrompit une nouvelle voix.

- Pas maintenant Aya. Répondit un peu trop froidement le blond, fermant les yeux pour se calmer.

- Si maintenant. S'imposa-t-elle, lançant un regard peu avenant vers Mari' qui recula d'un pas. Je suis désolée mais mon agent vient de m'appeler. J'ai un photoshoot en début d'après-midi dimanche en dernière minute. Nous prenons l'avion dimanche matin à cinq heures cinquante. »

Les mots mirent du temps à prendre leur sens. Il tourna lentement son visage vers sa fiancée et la dévisagea comme si une seconde tête avait poussée.

« Quoi ?

- Tu m'as très bien comprise. Je suis désolée, je n'ai pas pu annuler. Au moins, on peut quand même participer au mariage. Sourit-elle faussement, en s'accrochant férocement à son bras. On rentre juste un peu plus tôt à la maison. »

On appela Marinette de loin. Quand Adrien attrapa la jeune femme du regard, ce fut pour voir les larmes couler librement sur son visage. Si un regard pouvait briser un homme, les yeux de Mari' réussirent haut la main.


oOo

Dès que Marinette rentra à l'intérieur, Aya frappa Adrien à la poitrine. Il tourna son regard vers elle. Il ne savait pas quoi penser, quoi ressentir. D'un côté, il était en colère contre Marinette. De l'autre, il était désespérément déçu qu'elle n'ait pas choisit New-York. Les choses auraient tellement pu être différentes !

Quand à Aya… Il serra les dents en se concentrant sur elle. Elle le fixait, les yeux le défiant de dire quelque chose. De quel droit se permettait-elle de réduire leur temps ici ? Tout ça pour quoi ? Un énième photoshoot ? Il n'était plus mannequin – sauf quelques évènements – pour cette raison : être libre dans son emploi du temps. Et elle, elle débarquait la bouche en cœur, l'interrompant dans une discussion importante avec Marinette, pour lui annoncer qu'elle rentrait plus tôt avec lui comme bagage ?

Est-ce que un jour, une seule fois, on lui demandera son avis ?

Il serra les poings, ce qui attisa la colère d'Aya. Il le vit lorsque ses sourcils se froncèrent encore plus qu'ils ne l'étaient déjà.

« Je peux savoir pourquoi tu ne m'as jamais parlé de ta relation avec Marinette ? Demanda-t-elle, acide.

- Il n'y avait rien à dire. Se défendit-il, ne voulant pas aller sur ce terrain avec un tel capharnaüm dans l'esprit.

- Rien à dire ? Rit-elle sans joie. RIEN A DIRE ? Tu te fous de moi Adrien ? Cria-t-elle, le frappant une nouvelle fois. Tu m'as parlé de toutes tes ex sauf d'elle. Sauf celle avec qui tu passes énormément de temps au téléphone. Celle avec qui tu viens de vivre quatre putains de semaines ! Et tu trouves ça normal ? »

Adrien esquiva plusieurs coups avant de s'emparer des mains d'Aya pour la maitriser et la calmer. Il la trouvait un peu excessive dans ses propos mais, en même temps, il dû admettre qu'elle n'avait pas totalement tort. Seulement, il était déjà au bord de ses limites et il refusait d'admettre quoique ce soit. Sinon, même lui ne sait pas ce qui allait échapper de ses lèvres. Alors, il resta soft dans ses propos.

« Marinette est ma meilleure amie. Rien de plus.

- Tu me prends pour une idiote en plus ? Ne joue pas à ça avec moi Adrien. Prévint-elle, le menaçant d'un doigt alors qu'il maintenait encore ses poignets. Tu aurais dû me parler d'elle et de votre relation. Tu aurais dû…

- Et pour te dire quoi ? S'énerva-t-il finalement, la lâchant pour s'éloigner d'un pas et lever les mains en l'air de colère. Qu'on est sorti ensemble durant plus de deux ans ? QUe nous avons surmonté tellement d'épreuves ensemble que notre relation était quasi indestructible? Qu'elle et moi étions inséparables avant que mon connard de père me trouve cette fichue opportunité en or pour mes études ? Que nous avons été brisés de devoir nous séparer ? Que je n'ai jamais aimé quelqu'un comme elle ? »

Les yeux d'Aya s'écarquillèrent. Adrien comprit ce qu'il venait de laisser sortir. Il était lui-même choqué par ses propres mots. Il aimait Aya. Profondément. Il le savait. Avant même que les larmes ne s'amoncèlent dans le coin des yeux noisettes de sa fiancée, il passa sa main sur sa nuque.

« Excuse-moi. Ce n'est pas ce que je voulais dire.

- Si. Justement. Cracha-t-elle, blessée.

- Je t'aime Aya.

- Tu as une drôle de façon de me le montrer. »

Ils se regardèrent en silence. Adrien se sentait mal. Aya ne méritait pas un tel traitement. Mais, au fond de lui, son aveu involontaire ouvrait une nouvelle porte qu'il croyait fermée à jamais. Il était indécis. Ce n'était juste ni pour Aya… Ni pour Marinette.

Il grogna de frustration.

« Est-ce que… est-ce qu'il s'est passé quelque chose avec Marinette ? Demanda-t-elle, presque timide maintenant que la tension était passée.

- Quoi ? Non, non bien sûr que non. Il ne s'est rien passé. Nia-t-il en bloc, priant pour qu'elle n'entende pas son odieux mensonge. Je suis désolé de m'être énervé contre toi. C'est juste… je n'apprécie pas vraiment que tu écourtes notre séjour ici.

- Tu es là depuis plus d'un mois. Loin de moi !»

Elle râla, animant de nouveau l'irritation d'Adrien. Il laissa tomber la main qu'il avait commencé à tendre vers elle et se redressa. Aya le dévisagea, refusant silencieusement de céder. Ils partiraient plus tôt. Point final.

« Je veux trouver un autre endroit où rester. Continua-t-elle. Hors de question que je dorme sous le même toit que ton ex.

- Tu dramatises. Souffla Adrien en levant les yeux au ciel, récoltant un magnifique regard noir de la jeune femme.

- Ce n'est pas négociable Adrien. Et tu n'es pas en position pour négocier quoique ce soit.

- Nous n'avions rien fait de mal. Siffla Adrien, la colère revenant.

- Je te demande juste de prendre tes distances avec elle. Le temps que je digère ta petite – non, votre petite – cachoterie. Qui sait ce que vous m'avez caché d'autre ? »

Adrien inspira profondément. Il n'avait jamais élevé la voix avec elle. Et ce n'est pas ce soir qu'il commencerait.

« Aya…

- Hey Dude ! J'ai besoin de tes fesses ! Cria au loin Nino, les interrompant.

- J'arrive. Lui répondit-il rapidement avant de reporter son attention sur Aya. Nous en reparlerons.

- Il n'y a rien à ajouter. Je vais récupérer des affaires et j'ai déjà réservé une chambre au Grand Hôtel. Tu as intérêt à rentrer ce soir. »

Sur ce, elle tourna les talons.


oOo

Quand Adrien revint dans la salle, son regard chercha automatiquement Marinette. Il la trouva en train de fouiller dans la cuisine, faisant visiblement le tour de tout ce qui était à disposition. Ils devaient encore finir le gâteau de mariage, ce qui le fit grimacer. Si l'idée de passer du temps avec elle l'avait toujours émerveillé jusque-là, sa colère encore présente atténuait ce sentiment. C'était blessant.

Marinette discutait avec sans doute Alya, concentrée dans sa tâche. Même de loin, il pouvait voir ses yeux rougis. Il se sentit immédiatement coupable, bien qu'il sache que sa colère était légitime envers elle. Mais il n'avait jamais aimé la voir pleurer. Jamais. Nino vint à ses côtés, silencieusement. Du coin de l'œil, Adrien vit qu'il se retenait de poser des questions. Mais il ne dit rien, soutenant son meilleur ami sans rien laisser sortir. Au contraire. Nino posa une main sur son épaule et l'invita à l'opposé de la salle pour déplacer quelques tables.

C'est à peine s'ils échangèrent un regard pour le reste de la soirée. Seulement, au moment de partir, quand Adrien lui indiqua qu'il rejoignait Aya à l'hotel, Nino et Alya serrèrent les dents pour éviter un malencontreux commentaire et s'échangèrent un regard. Marinette, elle, n'eut qu'une seule pensée.

Il la choisissait.

Les larmes revinrent au galop. Elle les retint, le temps de lui dire qu'elle comprenait, qu'il n'était pas obligé de venir le lendemain pour l'aider à finir –chose qu'il refusa catégoriquement de manquer – et qu'elle leur souhaitait une bonne nuit. Un dernier au revoir au couple et elle prit la fuite sous l'œil impuissant d'Alya et Nino.

Quand Adrien les quitta aussi, ses yeux reflétant parfaitement sa destruction interne, les futurs mariés se regardèrent et se promirent silencieusement une chose. Ils n'allaient plus rester à l'écart et feraient tout pour réunir leurs meilleurs amis. Parce que c'était la bonne chose à faire.


oOo

Pendant le trajet du retour, Marinette sentit son portable vibrer plusieurs fois. Au bout de la troisième fois à voir le prénom d'Alya s'afficher sur son portable, elle décida de ne plus prendre la peine de la renvoyer directement sur sa messagerie et laissa les appels résonner. Elle ne voulait pas lui parler maintenant. Pas alors qu'elle n'avait pas encore finit son débat intérieur. Elle se sentait idiote. Idiote de se sentir rejetée alors qu'elle ne sortait plus avec lui. Idiote de se dire qu'il choisissait l'autre au lieu d'elle alors qu'il n'avait aucun choix à faire. Idiote de pleurer une fois de plus pour lui. Idiote pour être en colère contre lui alors qu'elle ne souhaitait que d'une chose : rejoindre ses bras. Idiote de vouloir ce dernier point.

Quand elle arriva chez elle, ses larmes continuaient de couler sur ses joues. Elle fit un rapide tour de l'appartement et eut l'impression d'un vide immense qui se creusait au fond de son cœur et de son ventre. Cela faisait bien longtemps qu'elle ne s'était pas sentit aussi seule.

« Marinette ? »

La soudaine voix de Luka lui fit écarquiller les yeux. Luka ! Elle avait oublié Luka ! Marinette retint de justesse un haut de cœur. Comment pouvait-on oublier que son petit-ami venait de rentrer de plus d'un mois et demi d'absence ? Elle essuya rageusement ses larmes, forçant un sourire et répondit un « oui » qui sortit bien trop enroué de sa gorge. Elle se la racla un instant, juste avant que la tête de Luka ne sorte de la salle de bain. Dès qu'il la vit, ses sourcils se froncèrent et il sortit de la salle de bain, vêtu simplement d'une serviette sur ses hanches.

Le cœur de Mari' manqua un battement alors que son corps anticipait délicieusement et douloureusement leurs retrouvailles. Sans même qu'elle ne le voit réellement s'approcher – que voulez-vous ? comment résister à un tel corps dévoilé à ses yeux ? – elle sentit une main sur sa joue, l'obligeant à relever le visage pour tomber dans les yeux inquiets de Luka.

« Il s'est passé quelque chose ? »

Immédiatement, une boule se forma dans la gorge de Mari'. Son sourire s'effaça et les larmes pointèrent encore le bout de leur nez. Elle aurait aimé pouvoir nier, lui dire que tout allait bien. Mais son cœur lui faisait mal et Luka était la personne qui décryptait ses émotions mieux que quiconque – même elle parfois. Honteuse, elle baissa le regard. Luka l'attira contre son torse brûlant, l'entourant de ses bras.

« On s'est disputé avec Adrien. Avoua-t-elle doucement. Je crois qu'il est en colère contre moi.

- Il reviendra. Il revient toujours.

- Je ne sais pas pour cette fois. »

Luka resserra son étreinte. Il ne s'était pas attendu à de telles retrouvailles. Oh non. Il ne s'était pas attendu à entendre une mélodie différente dans le cœur de Marinette. Une mélodie qui, il en était persuadé, l'emmènerait loin de lui.

Alors, il resserrait toujours plus son étreinte. Il ne la laisserait pas partir. Il ne la perdrait pas.


oOo

« Tu veux en parler ? »

La voix d'Alya réveilla Marinette de sa transe. Le verre qu'elle tournait dans sa main se stoppa net et la jeune femme rencontra le regard avenant de sa meilleure amie. Elle lui sourit, retirant ses pensées au fond de son esprit. C'était la dernière soirée en « célibataire » d'Alya. Hors de question qu'elle vienne ne gâcher avec son humeur de chien.

« Ne t'inquiète pas pour moi. Ce soir, c'est toi le centre de l'attention. »

Elle s'approcha d'Alya et la pris dans ses bras pour la câliner. La rousse s'engloutit dans l'étreinte, essayant de calmer son stress en prenant de l'énergie positive dans la brunette. Demain, elle serait, à cette heure çi, devenue Mme Lahiffe. Son cœur trépignait d'impatience et, en même temps, elle était effrayée. Marinette sentit son stress et resserra son étreinte. Elles s'écartèrent au bout de quelques secondes et échangèrent un sourire et un regard chargés d'émotions.

« Comment s'est passé la journée ? Vous avez pu finir le gâteau ? »

Marinette éclata de rire. Le gâteau. Ce fameux gâteau. C'était sans doute un des sujets les plus délicats pour le couple. Mari' leva son verre en direction d'Alya, l'invitant à trinquer avec elle.

« Oui. Annonça-t-elle fièrement. Nous avons terminé votre gâteau. Je dois juste t'avouer que Papa m'a aidé pour le montage. Adrien n'était pas très à l'aise pour le faire.

- Pourtant, de vous deux, c'est toi la plus maladroite. Se moqua Alya en entrechoquant son verre avec celui de la franco-chinoise, gagnant une langue tirée. Encore merci. Pour tout.

- C'est parfaitement normal Al'.

- Non. Jamais je ne pourrais assez te remercier, toi et Adrien, pour tout l'investissement que vous avez mis. »

La mention d'Adrien tordit le cœur de Marinette qui tenta tant bien que mal de le cacher. Mais c'était mal connaitre Alya et son flair infaillible. Immédiatement, Mari' vit le regard de la rousse s'adoucir et devenir compatissant. Elle avala une longue gorgée de son verre avant de la menacer avec un doigt.

« Je ne veux pas en parler Al'. Pas ce soir.

- Alors quand ? »

Le regard que lui lança Alya la fit grimacer. La réponse « jamais ? » faillit jaillir de ses lèvres mais elle ne risqua pas de le faire. Au lieu de ça, elles luttèrent silencieusement par le regard, chacune restant sur ses positions. Avec le temps, vous apprenez – souvent à vos dépends – qu'il ne servait à rien de lutter contre une Alya Césaire bien décidée. Après quelques minutes, Mari' souffla et posa son verre sur la table devant elle.

« Que s'est-il passé hier soir ? Demanda doucement Alya, venant à ses côtés pour s'appuyer contre elle.

- On s'est engueulé. Fronça-t-elle les sourcils, se souvenant de chaque mot, chaque expression. Il… il a appris pour l'offre de New-York. Celle que j'ai refusée pour aller à Milan. Avoua-t-elle après quelques secondes de silence.

- Qui lui …

- Théodore. Il me l'a dit quand je suis passée au bureau ce midi. Il ne savait pas qu'Adrien n'était pas au courant.

- Je suis désolée. »

Mari' se contenta d'hausser les épaules, luttant pour ne pas pleurer une fois de plus. Elle était encore en colère contre lui. Mais, en même temps, la sensation de perte qui la hantait depuis la veille prenait de plus en plus de place dans son cœur et elle avait vraiment du mal à la surmonter.

« Il va revenir. Assura Alya, buvant une nouvelle gorgée.

- Je n'en suis pas si sûre cette fois. »

Une première larme coula sur sa joue. Elle l'essuya rageusement, refusant de gâcher cette soirée avec cette histoire. Mais Alya ne comptait pas la laisser s'en tirer si facilement. Pas cette fois. Pas tant qu'ils n'avaient pas avoué tout ce qu'ils avaient sur leur cœur. Et elle savait que Nino menait la même croisade avec Adrien ce soir.

« Vous ne pouvez pas vivre l'un sans l'autre. »

C'était un fait. Un fait que personne ne pouvait nier. Marinette éclata d'un rire sombre, vidant son verre d'une traite.

« Il a dit que j'étais comme son père. Toi comme moi savons ce qu'il pense de Gabriel. Et il vit très bien sans son père dans sa vie. »

Alya grimaça à cette remarque, jurant intérieurement de dire deux trois mots à son meilleur ami. Elle vida elle aussi son verre et prit la bouteille pour le remplir avec celui de Marinette. Elles trinquèrent une nouvelle fois.

« Tu sais qu'il ne le pensait pas réellement.

- Peu importe. C'est trop tard pour nous de toute façon. Il a choisi Aya depuis longtemps.

- Est-ce qu'il a vraiment eu l'opportunité de faire ce choix ? »

Le regard céruléen rencontra la noisette. Vaincue, la brunette souffla une nouvelle fois et posa son front contre la table. Elles ne devraient pas avoir cette discussion maintenant. Elle ne devrait pas être si en conflit contre elle-même. Son cœur ne devrait pas être si infidèle alors que Luka devrait être le seul à le posséder. Le souvenir de son petit-ami quittant l'appartement deux heures plus tôt pour aller chez sa mère et lui laisser la place pour sa dernière soirée entre fille la hantait. Il y avait quelque chose dans son regard, dans le baiser passionné qu'ils avaient partagé qui criait au désespoir pour lui. Pourtant, elle ne l'avait pas retenu, ne lui avait donné aucune parole réconfortante. Elle n'y arrivait pas.

« C'est trop tard. Murmura-t-elle pour elle-même, cherchant désespérément une raison à laquelle s'accrocher pour complètement laisser Adrien partir.

- Pas encore. Refusa d'admettre Alya. Mais il le sera dimanche, une fois qu'il sera repartit.

- Que veux-tu que je fasse ? S'impatienta-t-elle un peu, son cœur s'accélérant alors qu'elle savait pertinemment quelle serait la réponse d'Alya.

- Soit honnête avec toi-même… Et avec lui. »

Les yeux de Marinette s'abaissèrent. Elle resserra l'étreinte qu'elle avait sur son verre, refusant d'admettre –même à elle-même – les mots que lui soufflait son cœur. Elle ne pouvait pas faire ça. Elle ne pouvait pas blesser ainsi Luka. Il avait été à ses côtés depuis le départ d'Adrien. D'abord en tant qu'ami, puis en tant que petit-ami. Il avait été d'une patience sans limite avec elle. Elle ne pouvait pas lui faire ça. Il ne le méritait pas. Elle ne pouvait pas être si égoïste.

« Marinette. Appela doucement Alya, l'attirant dans ses bras. Tu as le droit d'être égoïste. Juste une fois dans ta vie, qu'est-ce que toi tu veux ? »

Elle ajusta ses bras autour de la taille de sa meilleure amie quand elle vit que les larmes redoublèrent dans ses yeux bleus. C'était un mal nécessaire. Ces deux idiots devaient ouvrir les yeux et s'autoriser le bonheur. Le véritable bonheur. Pas cette espèce de faux semblant. Ils seraient tellement plus radieux ensemble.

« N'ai pas peur s'il-te-plait. Il vous reste une dernière chance pour tout vous avouer, pour être enfin heureux ensemble. Pleura-t-elle doucement contre Mari'. Je vous aime tous les deux et ça me déchire de vous voir ainsi.

- Et s'il était déjà vraiment trop tard ? Pleura franchement Marinette, se tournant pleinement vers Alya.

- Alors tu auras essayé une dernière fois. Et tu pourras définitivement tourner la page. »

Les paroles de sa mère lui murmurant que le malheur est caché dans le bonheur lui revint en mémoire. La question que son père lui avait posée aussi. Voulait-elle vivre avec des regrets ou des remords ? Elle connaissait la réponse à cette question. Mais elle savait aussi les conséquences de cette réponse. Était-elle prête à en assumer les conséquences ?

« Je veux juste que vous soyez heureux. »

Marinette enfonça un peu plus son visage dans le cou de sa meilleure amie, avide du réconfort qu'elle lui offrait. Elle aussi elle voulait être heureuse, bien qu'elle le soit déjà dans les bras de Luka. Mais elle savait aussi qu'elle le serait certainement plus dans d'autres bras.

Et ça l'effrayait.


oOo

« Mari a enfin ouvert les yeux. »

Le portable de Nino vibra dans sa poche. Cela le déconcentra et il perdit la partie qu'il était sur le point de gagner contre Adrien. Frustré, le métis grogna et vida son verre cul sec sous le regard arrogant du blond.

« Tu as eu de l'aide. Prévint amèrement Nino en sortant son portable pour lire le message d'Alya. »

Adrien rigola, sortant une remarque que l'esprit de Nino ne prit même pas la peine d'enregistrer. Un sourire étira ses lèvres et il se mit à répondre à sa future Mme Lahiffe. Maintenant, c'était à lui de jouer. Ses deux meilleurs amis n'allaient pas rester ainsi, à se tourner autour et à se briser sans qu'il ne les aide. Parole d'un Lahiffe. Presque deux Lahiffe. Une bouffée de fierté l'envahie quand il le réalisa une fois de plus.

Il verrouilla son portable et ramena son attention sur Adrien. Ce dernier le regardait, un sourcil relevé et un sourire moqueur aux lèvres.

« Aly' te manque déjà ? Se moqua-t-il en lui donnant un coup d'épaule.

- Pas plus que Marinette ne te manque. Attaqua-t-il, se remémorant d'au moins sept coups d'œil qu'il avait envoyé à son portable durant la soirée et d'au moins trois souffles de déception quand il vit qu'il ne s'agissait pas de la brune qui lui avait envoyé un message.

- C'était petit. Railla Adrien, se laissant aller contre le canapé. Je suis toujours en colère contre elle je te rappelle.

- Pour me rappeler quelque chose, il faudrait déjà que tu me l'ais dit une première fois. Renifla Nino avec dédain. Or, tu n'as rien voulu me dire sur ce qu'il s'est passé avec elle hier soir. »

Il aurait juré avoir entendu Adrien jurer dans sa barbe, ce qui le fit ricaner. Le blond lui lança un regard acerbe.

« Je suis aussi en colère contre toi. Et Alya. Pourquoi aucun d'entre vous ne m'a parlé de cette opportunité ? J'aurais pu…

- Tu aurais fait quoi Adrien ? Couper ta relation naissante avec Aya pour retourner auprès de Marinette ? Tu aurais pris ce risque ? »

Adrien cligna des yeux, un peu confus. Bien sûr qu'il aurait pris ce « risque ». Peut-on même appeler ça un risque ? Oui, ils n'auraient pas été ensemble tout le temps. Mais ils étaient à moins de deux heures l'un de l'autre. C'était largement suffisant pour redémarrer une relation dans laquelle ils auraient eu la certitude qu'elle aurait fonctionné. Ça aurait été différent de celle d'en France mais elle aurait existé au moins.

Las, il souffla et cacha son visage dans ses mains, se penchant en avant pour prendre appui sur ses genoux. Nino lui tapota le dos par compassion.

« Alors Dude, qu'est-ce que tu comptes faire ?

- Comment ça « Qu'est-ce que je compte faire » ? Il n'y a rien à faire. Nous avons tourné la page il y a longtemps. »

Il récolta une frappe plus violente de la part du métis. Il se redressa et lui lança un autre regard noir.

« C'était pour quoi ça ?

- Tu as toujours été naïf et complètement aveugle mais à ce point ? Tu te fou de moi n'est-ce pas ?

- Écoute…

- Non. C'est toi qui m'écoute cette fois Dude. Interrompit Nino en le pointant du doigt avec colère. Ni toi ni Nettie n'avez tourné cette foutue page. Et tu sais pourquoi ? Parce que vous êtes complètement et irrémédiablement amoureux l'un de l'autre.

- Elle a Luka et j'ai Aya je te rappelle.

- Mais êtes-vous réellement heureux avec eux ? Et n'ose pas me répondre. Prévint-il, coupant l'herbe sous le pied d'Adrien qui ouvrait déjà la bouche. Je connais déjà la réponse. Et toi aussi. »

Un silence s'étira entre les deux hommes. Nino continuait de le fixer et Adrien commençait à intégrer chaque mot de ce que venait de dire Nino. Mari' était encore amoureuse de lui ?

« C'est peut-être votre dernière chance pour être totalement honnête entre vous. Il faut être aveugle pour ne pas voir ce qui se passe entre vous, même après tout ce temps séparé. Vous êtes fait l'un pour l'autre. Il n'y a aucun doute là-dessus. Et on en a marre avec Alya de vous voir vous déchirer, vous rendre malheureux alors que vous êtes convaincu que vous êtes heureux avec vos conjoints respectifs. Vous l'êtes peut-être, tempéra-t-il en voyant la contre-partie d'Adrien arriver, mais vous n'êtes pas aussi heureux que vous l'étiez ensemble… Ou aussi heureux que vous pourriez l'être. Alors s'il te plait… soit honnête avec toi-même et avec elle. Vous méritez d'être heureux.

- Je… je repars dimanche. »

L'émotion dans la voix d'Adrien tordit le cœur de Nino. Il le savait. C'était court. Très court comme délai. Mais ils avaient besoin d'être au pied du mur pour enfin réagir. Le reste suivrait naturellement.

« Alors il ne te reste que demain. Vous trouverez une solution. Je le sais.

- On n'a pas su le faire il y a six ans.

- Nous étions jeunes. Ce n'est plus le cas. Vous avez évolué et j'espère que vous avez enfin compris où était l'essentiel. »

Ils échangèrent un regard entendu. Adrien luttait pour ne pas craquer devant son meilleur ami. Seulement, Nino le connaissait trop bien et vint le prendre dans ses bras pour l'encourager. Il savait très bien que ce serait très compliqué pour Adrien. Il était un homme de parole, quelqu'un sur qui compter et quelqu'un qui détestait blesser les autres. Mais Aya n'était pas celle qui lui était destiné. Il en mettrait son mariage en jeu sans une seconde d'hésitation.

« Réfléchit à ce que tu veux vraiment Adrien. Et va la chercher. »


oOo

Sept heures quinze précise.

Le réveil de Marinette se mit à sonner, encore et encore. Endormie dans son lit, blottie contre Alya, elle se tourna et frappa sur sa table de chevet pour éteindre l'importun. Elle grommela, très rapidement suivit par un râle de la part d'Alya. Aucune des deux ne souhaitait se lever, trop engourdies par la soirée d'hier et le manque flagrant de sommeil. Pourtant…

« OMG Mari' ! Lève-toi ! »

Alya se réveilla en sursaut, donnant au passage un coup de tête à la pauvre brunette blottie contre elle. Mari' grincha et se roula sur le côté. Puis, ses yeux s'ouvrirent comme des soucoupes et elle se redressa tout aussi brutalement que sa meilleure amie. Les deux femmes se regardèrent un instant puis…

« AAAAAAAAAAAAH »

Elles se levèrent et se mirent à sauter sur le lit, continuant d'hurler d'hystérie et de joie. Elles se prirent dans les bras, continuant de sauter. Or, Marinette étant Marinette, elle s'emmêla les pieds dans la couette et trébucha en avant. Avec l'élan, Alya perdit l'équilibre et, dans un cri de terreur cette fois, elles finirent leur course au sol. Elles grimacèrent et laissèrent des plaintes douloureuses passer leurs lèvres.

« Merci de ne pas me tuer le jour de mon mariage Mari'. Se moqua Alya, se redressant doucement.

- Tu vas te marier aujourd'hui ! Couina Marinette, surexcitée. »

Les deux filles éclatèrent de rire et se redressèrent. Un dernier câlin et la journée démarra.