Chapitre 61 : Memories
Presque vingt minutes qu'il était parti avec Lydia et Derek se demandait encore ce qui lui avait valu ce tête-à-tête des plus gênant !
Les pizzas avaient été commandées et payées et seraient prêtes d'une minute à l'autre !
À bien y réfléchir, il se demandait encore pourquoi ils n'avaient pas juste téléphoné pour se les faire livrer !
La lycéenne avait passé son temps à contempler ses ongles, jouant parfois avec de sa langue entre ses lèvres avant d'envoyer des sourires polis, mais agacés au boutonneux qui était assigné à l'accueil.
Elle donnait l'impression au loup de se retenir de faire quelque chose… et ce tic qu'elle avait de se passer la main dans les cheveux ! Il ne se donnait pas une minute de plus avant d'exploser.
Que pouvait-elle bien lui vouloir à la fin ?
— Votre commande, monsieur !
Monsieur !
Petit con !
Il n'était pourtant pas si vieux !
Il offrit au jeune employé un regard noir avant d'attraper la pile de cartons et d'avancer vers sa voiture sans plus se soucier de sa passagère.
Il déposa son fardeau entre le siège conducteur et la banquette arrière, s'assurant ainsi que le précieux chargement ne se renverse pas tandis qu'il conduirait. Enfin, il s'installa derrière le volant, décidé à partir sans son insupportable invitée si elle n'était pas là !
Malheureusement pour lui, la blonde vénitienne était déjà installée confortablement, dûment attachée et… se regardait encore les ongles ! Elle donnait l'impression de s'être simplement téléportée d'un endroit à l'autre, ce qui était non seulement impossible, mais particulièrement énervant.
L'ancien alpha serra les poings pour tenter de se contenir. Il n'allait quand même pas s'énerver après un membre de la meute pour si peu, n'est-ce pas ?
Il prit plusieurs grandes inspirations, se récitant mentalement le mantra qui avait bercé son adolescence et qui l'avait aidé à maîtriser sa transformation.
Alpha, bêta, oméga.
Force était de constater que cette méthode était inefficace tandis qu'il amorçait son demi-tour pour rejoindre le quartier d'habitation du shérif et de son fils.
Stiles.
Sa simple présence aurait tout de suite rendu l'ambiance plus légère. Lui aurait su comment lancer une conversation… Il était en quelque sorte le lien qui unissait chaque membre de la meute, s'entendant parfaitement avec tous. Se rendait-il seulement compte de l'importance qu'il avait pour eux ?
Cette simple pensée l'apaisa en un battement de cœur. L'ancrage était vraiment quelque chose d'intense et d'unique, tout comme ce qu'il vivait avec le jeune humain.
Un sourire se dessina sur ses lèvres de façon irrépressible.
— Wow ! Toi, tu penses à Stiles, pas vrai ?
Il leva les yeux au ciel.
Pourquoi fallait-il que la banshee décide de sortir de son mutisme et de l'observation de sa manucure au moment précis où il baissait sa garde pour laisser l'expression de sa niaiserie s'exprimer sur ses traits ?
Il lui lança son regard le plus noir. Bien plus en réalité que celui qu'il avait offert à l'employé de la pizzeria et voulut la menacer de l'égorger avec ses dents si elle osait répéter à qui que ce soit ce dont elle avait été témoins et puis… en fait non ! Cette menace lui rappelait bien trop le fils du shérif pour qu'elle puisse en avoir le privilège !
— Vous êtes vraiment beaux tous les deux ! continua-t-elle comme si elle n'avait pas remarqué l'expression taciturne du conducteur.
Elle se mordit légèrement la lèvre avant de se tourner plus franchement vers lui.
— Ok, alors voilà ! Je ne savais pas comment aborder le sujet avec toi et rien ne me vient alors, tant pis !
En une seule phrase, elle était parvenue à attiser la curiosité du loup de naissance qui tourna vers elle un regard surmonté d'un haussement de sourcils interrogateur.
— Comment tu fais pour supporter que Stiles fréquente Maxime ?
Il reporta son attention sur la route, plus perplexe que jamais.
— Je ne vois pas où tu veux en venir !
— Évidemment !
Elle soupira, agacée, faisant renaître l'envie de meurtre que l'ancien alpha nourrissait à son encontre.
— Il y a… tu sais… cette Luna !
Une insulte aurait semblé plus douce dans sa bouche, ce qui amusa l'adulte au plus haut point.
— Je vois bien qu'elle est plus qu'intéressée par Isaac même si lui ne semble pas la remarquer, mais… la simple idée qu'il la fréquente…
Elle poussa un grognement plaintif comme pour ponctuer son ressentiment avant d'une nouvelle fois reprendre avec davantage de névrose !
— Je te jure, ça me donne des boutons !
Derek se mordit la joue pour ne pas rire et prit le temps de se contrôler avant de répondre.
— Et tu t'es dit que nous partagions le problème Carter !
Le silence retomba doucement sans que Derek n'ajoute rien.
— Et donc ? s'impatienta la banshee. Comment tu fais pour… pour ne pas étriper Maxime ?
Cette fois, il ne put refréner son sourire.
— Tu as confiance en Isaac ?
La blonde vénitienne sourit en songeant à l'imitation que le louveteau lui avait faite moins d'une heure plus tôt et ne put que hocher la tête dans la positive.
— C'est simple. Si tu interfères dans leur… amitié ? C'est toi qui auras le mauvais rôle et elle n'aura même pas eu à faire quoi que ce soit pour gagner !
Lydia l'écouta le visage marquée d'une réflexion intense.
— Pas bête !
Entre ses lèvres, ces deux simples mots ressemblaient à un compliment.
Derek tourna dans la rue des Stilinski avec le sourire, se demandant l'espace d'une seconde comment il avait pu devenir conseiller en affaire de cœur pour adolescents.
Il prit le temps de se garer avant de se tourner vers la jolie rousse avec un air complice.
— Mais… Lydia, ça ne nous empêche pas de les avoir à l'œil !
Le visage de la lycéenne s'illumina d'arrogance et de détermination tandis qu'un fin sourire carnassier s'étirait sur ses lèvres rosées !
C'était heureux, elle savait parfaitement jouer la comédie.
« Sois proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemis. »
Il était grand temps de faire amie-amie avec la nouvelle élève de Beacon Hills High School !
oOo
— Ah, voilà les pizzas ! Je meurs de faim !
Stiles sautilla jusqu'à son compagnon pour le délester des cartons, tandis que Noah, amusé malgré lui du comportement de son fils, le saluait d'une petite tape amicale dans le dos !
— Lydia ! J'ignorais que tu serais des nôtres ! Installe-toi, je t'en prie !
La blonde vénitienne offrit un bonjour presque timide au shérif avant de se tourner vers le fils de celui-ci qu'elle fusilla du regard avant de mimer quelques mots avec sa bouche.
L'hyperactif déglutit difficilement tandis qu'il tentait de comprendre les menaces de son amie. Il réussit à les décrypter comme « T'es un homme mort » ou « T'es un homard ! », mais la première lui semblait nettement plus plausible.
Il lui offrit une moue penaude en réponse, ayant complètement oublié de prévenir son père de l'invitation opportuniste qu'il avait offerte à la jeune femme.
Celle-ci leva les yeux au ciel avant de secouer la tête de gauche à droite, faussement agacée !
Stiles et ses plans farfelus !
Elle n'aurait pas dû être surprise !
Pour quelle raison le quadragénaire l'aurait-il invité d'ailleurs ?
Pourtant elle n'allait pas se plaindre d'avoir l'opportunité de profiter d'une soirée en compagnie d'Isaac et… Zut ! Elle ferait mieux d'envoyer un SMS à sa mère pour la prévenir de son absence d'ailleurs !
Après un peu de bousculade et beaucoup de bruit, tout le monde fut installé.
La table à manger n'avait plus abrité une telle animation depuis des années… Le shérif ne put s'empêcher de sourire face à la petite assemblée qui emplissait la maison de d'éclat de rire et de vie.
Comme c'était bon de retrouver cette effervescence des jours heureux.
Claudia et lui n'avaient déjà plus qu'eux sur qui compter… La seule famille qui leur restait était un homme qui avait depuis longtemps perdu le titre de père dans le cœur de Noah.
Ces tristes souvenirs de sa vie d'avant n'avait fait que renforcer le respect qu'il avait pour Derek d'ailleurs. Lui qui avait pris sous son aile le jeune Isaac. Aucune des personnes présentes ne savaient que le lycéen et lui avaient dû affronter les mêmes démons. Noah n'avait jamais pu comprendre comment un parent pouvait être capable d'une telle chose, plus encore depuis qu'il était devenu père à son tour !
Son regard se tourna naturellement vers son fils. Stiles…
Ils avaient appris à avancer seuls après la perte de Claudia. Sans ce petit trésor que la vie leur avait offert à sa femme et lui, il était certain qu'il n'aurait jamais pu se remettre de la mort de son seul et unique amour.
Et puis avec le temps, il devait reconnaître que son fils et lui faisaient une sacrée équipe.
Même du temps où sa défunte épouse partageait encore leurs vies, jamais la maison n'avait accueilli un repas si animé, ni pour les anniversaires, ni même pour Noël…
Ce petit rassemblement improvisé était incroyable !
Il était heureux de voir que son fils avait trouvé autant de personnes pour l'entourer et partager sa vie. Il avait conscience que tous ces gens — en plus de Scott, Allison et même Mélissa — étaient devenus sa famille. Égoïstement, il aurait pu se sentir jaloux, mais c'était tout le contraire. L'amour que Stiles lui portait n'avait pas disparu au détriment de ces nouveaux visages. Au contraire, ils n'avaient jamais été si proches !
— … ananas, c'est un sacrilège, vraiment ! J'espère que vous n'en avez pas commandé.
Le shérif fut amusé d'entendre tout le monde rouspéter en dépit des éclats de rire et les sourires francs qui ornaient toutes les lèvres. Il n'avait certes pas suivi cette histoire d'ananas, mais apparemment, Isaac remettait régulièrement l'histoire sur le tapis.
— Pepperoni ! Là, c'est un classique, s'enthousiasma le jeune Lahey après avoir ouvert le premier carton.
— Oh ouais ! La meilleure des meilleures !
Stiles et lui accolèrent leur poing partageant la complicité de leur accord ce qui fit lever les yeux au ciel à la seule représentante féminine de la soirée.
— Ça a toujours été ta préférée. Je me souviendrais toujours du jour et tu es venu vers moi et tu m'as dit : « Papa ! C'est quoi un Oni ? », j'ai eu du mal à comprendre de quoi tu parlais avant que tu t'expliques. J'entends encore ta petite voix : « Pepper ça veut dire poivre alors, Pepperoni, c'est du saucisson au poivre, c'est logique ! Mais les Macaronis n'ont rien à voir avec du saucisson ! ».
Le shérif souriait, heureux et ému de ce souvenir sans se soucier du trouble de son fils qui avait trouvé le moyen incroyable d'avaler son verre de soda de travers, s'étouffant à moitié avec, recrachant de la mousse par le nez tout en cherchant son souffle entre deux quintes de toux.
Derek, une moue légèrement dégoûtée sur le visage, avait plongé la main sous son t-shirt pour lui frotter doucement le dos.
On entendit le garçon rouspéter entre deux toux, bougonnant des propos étranges comme quoi Scott avait raison et que ces boissons auraient sa peau !
Ravie d'avoir une occasion de se venger, Lydia profita de sa suffocation pour inviter Noah à leur conter plus d'anecdotes sur son fils unique.
L'hyperactif pâlit tellement que, malgré son sourire et sa curiosité d'en savoir plus, Derek s'inquiéta de son état !
— J'ai même plusieurs photos !
Sur ces belles paroles et avec enthousiasme, Noah se leva pour aller récupérer les albums en question avant de se rasseoir prestement.
— Pitié papa, pas toi ! N'entretiens pas ce cliché ! Pourquoi les parents se sentent-ils toujours obligés d'humilier leurs enfants en public ? Je suis sûr que ça n'intéresse personne en plus, range…
— Bien sûr que ça nous intéresse ! Voyons, Stiles ! Laisse ton père tout nous raconter ! Je suis sûr qu'il doit y avoir plus d'une histoire croustillante.
Isaac était de toute évidence aux anges et arborait un sourire arrogant et maléfique qui était, aux yeux de Stiles, proprement terrifiant !
— Oh oui ! Et ça nous fera des choses à raconter pour leur mariage !
L'enthousiasme de Lydia faisait écho à celui de son petit-ami vers qui elle s'était tournée, un sourire grandiose aux lèvres avant de l'embrasser rapidement ce qui choqua d'autant plus Stiles.
Depuis quand la jeune femme faisait-elle des démonstrations d'affection publiques ?
Stiles gémit un peu plus, sentant le piège se refermer sur lui, impuissant.
— Fais quelque chose, s'il te plaît !
Derek souffla un rire face à la détresse de son compagnon.
Avec douceur et réconfort, il posa sa main sur la cuisse de son humain sous couvert de la discrétion que leur offrait le plateau de la table avant de le caresser doucement du pouce.
— Je suis sûr que ça ne doit pas être si terrible.
Il eut cependant un doute lorsqu'il entendit Lydia s'esclaffer sur une photo du garçon, encore nourrisson alors et totalement nu !
Le fils du propriétaire des lieux laissa sa tête tomber lourdement sur la table, entre les cartons de pizza et resta là à gémir de honte !
Les photos et les anecdotes s'enchaînèrent, la rouquine et Isaac s'étaient levés pour se placer derrière le shérif afin de mieux voir les clichés qui avaient immortalisé la vie de leur ami.
Entre les grimaces que le garçonnet arborait sur presque chacune d'elles et celles où on le voyait faire les quatre cents coups avec Scott, les anecdotes pleuvaient à la plus grande joie de l'auditoire du quadragénaire.
Stiles ne se faisait pas oublier pour autant, tentant toujours de stopper son père dans son récit tandis que leurs invités observaient avec beaucoup d'intérêt ces petits instants de vie immortalisés.
Si le couple formé par la banshee et l'ancien bêta de Derek ne se privait pas pour se moquer ouvertement de leur camarade, ils étaient également émus de découvrir en image le lien solide qui unissait leur alpha à l'humain de la meute. Même sur papier glacé, nul ne pouvait ignorer la complicité et l'amitié fusionnelle qui s'étaient construit entre ces deux-là.
Les photos les plus marquantes et les plus émouvantes étaient évidemment celles des anniversaires.
Si dans son plus jeune âge le jeune hyperactif était entouré de ses parents et d'une myriade d'autres enfants, le temps semblait avoir isolé le garçon qui pourtant ne perdait pas son sourire.
À mesure que les visages vieillissaient, d'autres disparaissaient jusqu'à ne laissait plus que Scott, Noah et Claudia sur les clichés.
Puis Claudia s'éclipsait à son tour et avec elle, deux années manquantes sans la moindre photographie comme si la vie des deux hommes s'était brusquement arrêtée après elle.
Puis les prises de vues avaient repris montrant Scott et Stiles plus unis que jamais, en compagnie de Noah et parfois même de Mélissa.
Derek écoutait d'une oreille attentive sans jamais relâcher la pression de sa main sur la cuisse de son compagnon qui semblait se liquéfier de minute en minute.
— Oh ! Je me souviens parfaitement de celle-ci !
Le shérif avait les yeux proprement pétillant de joie, heureux de pouvoir raconter les jours heureux de leur famille.
Il exhiba un cliché sur lequel un jeune Stiles, âgé d'environ sept ans, arborait un espèce de pyjama difforme noir et gris, agrémenté d'une couverture en polaire noir faisant office de cape et un bandana noir percé de deux trous pour les yeux, lui cachant la moitié du visage.
En reconnaissant la photo, le lycéen pâlit un peu plus, mais se redressa, plus décidé que jamais à stopper son père.
— Papa ! Personne n'a envie d'entendre cette histoire. Vraiment !
Sa voix hantée et son air sérieux étaient tellement inhabituels que Noah le fixa de ses grands yeux bleus intenses avant de reprendre d'une voix plus calme et plus douce sans que son visage ne perde son air heureux.
— Ta mère a pris ce cliché juste avant que tu partes de la maison. Tu avais décrété que, toi aussi, tu pouvais faire comme Batman et que tu n'avais pas besoin de super-pouvoirs pour aider les autres !
Stiles n'avait pas besoin que son père lui rafraîchisse la mémoire. Jamais il ne pourrait oublier cette journée. C'était au début de l'été et Scott n'avait pas pu venir à cause d'un rendez-vous pour son asthme !
N'ayant aucune envie de revivre cet épisode traumatisant de sa vie, il avait tenté une fois encore de convaincre son père de se taire, mais son « papa » plaintif mourut, étonné que celui-ci évoque ainsi sa mère avec un sourire joyeux.
La mémoire de Claudia n'était que rarement évoquée et toujours emplie d'une tristesse profonde que les années n'avaient jamais comblée ni apaisée… jusqu'à aujourd'hui !
— Tu t'es élancé dans la rue pour aller y jouer avec ce trop plein d'énergie et d'enthousiasme que tu as toujours eu. Claudia disait toujours qu'il fallait que jeunesse se fasse et puis il fallait avouer que te laisser te fatiguer un peu ne nous faisait pas de mal à nous non plus !
L'ambiance autour de la table s'était calmée, tous pouvaient ressentir que ce souvenir en particulier était plus chargé en émotion que les autres, rendant l'instant plus solennel.
— Si mes souvenirs de ton récit ne me font pas défaut, tu aurais escaladé l'arbre pour secourir le chat des voisins…
— Minouche, coupa Stiles comme si ce détail était primordial à la compréhension de l'histoire.
Les deux Stilinski ne se quittaient plus des yeux et semblaient avoir complètement oublié la présence de leurs invités qui osaient à peine respirer pour ne pas troubler leur bulle nostalgique.
— Minouche, reprit Noah tandis que son sourire s'élargissait.
Il regarda à nouveau la photographie et Derek ne rata pas le léger accroc que fit le cœur de l'homme. Par réflexe, sa main sur la cuisse de son compagnon s'affermit, prêt à lui offrir plus de soutiens encore.
— Forcément, ce pauvre chat a été effrayé de voir un grand dadais bruyant foncer sur lui !
— Ehhh !
La protestation de l'adolescent, déclencha un souffle moqueur d'Isaac et le sourire amusé de la blonde vénitienne a ses côtés.
— Arrivé en haut, Minouche a sauté au pied de l'arbre et toi tu t'es penché pour tenter de le rattraper et évidemment, tu es tombé…
— Comment ça « évidemment » ? Je suis pas si maladroit !
Son air indigné eut raison du barrage endiguant jusque là l'hilarité de la tablée. Face à leurs rires équivoque quant à sa maladresse, Stiles se renfrogna un peu plus sans pour autant lâcher son shérif de père du regard.
Le sourire qu'arborait Noah semblait presque déplacé en contraste avec la mine sombre que son fils arborait.
— Fracture ouverte du tibia…
Stiles grimaça au souvenir de la triste conclusion de cette histoire. Autour de la table, les rires avaient brusquement cessé et tous semblaient horrifiés. Même Isaac grimaçait, ressentant par empathie la souffrance que le garçonnet souriant sur la photo dans son costume improvisé avait dû ressentir.
— Me rappelle pas ça, pitié ! Je suis resté plus d'un quart d'heure sur le trottoir à baigner dans mon sang, une vue magnifique sur ce morceau d'os que jamais je n'aurais dû être capable d'apercevoir, à implorer pour m'évanouir pour que la douleur disparaisse !
Stiles savait au plus profond de lui que sa phobie du sang et des os coupés datait de ce jour funeste, et pourtant, Noah souriait toujours, l'œil brillant à ce souvenir.
— C'est le voisin qui nous a averti, ta mère et moi. Nous avons tout de suite filé à l'hôpital et tu sais ce que je n'oublierais jamais dans cette histoire ?
À nouveau, le silence s'était fait autour de la table. Stiles lui aussi s'était calmé et semblait plus surpris que jamais.
— Je n'oublierais jamais le visage de ta mère. Malgré la puissance de sa terreur et de la tienne. Malgré la gravité de ta blessure. Malgré ta douleur. Malgré tout la tournure horrible qu'avait pris cette journée. Malgré tout ça, Stiles… Elle ne t'a rien montré. Elle t'a pris doucement dans ses bras, sans se défaire de son sourire. Elle t'a chanté une chanson parlant de courage et de héros. Elle t'a blotti contre elle pour te donner sa force illusoire, pour t'aider à affronter ça et alors, tu as dis cette chose extraordinaire de ta toute petite voix brisée par les pleurs.
— N'aie pas peur maman ! J'ai pas si mal, tu sais !
Stiles avait soufflé la réponse en chœur avec son père.
Il avait lui aussi les yeux brillants.
Noah souffla un rire mêlé d'un sanglot d'émotion.
— Vous étiez fait du même bois, mettant vos sentiments de côté pour rassurer l'autre et… Plus tu grandis, plus tu lui ressembles ! Je suis sûr que de là-haut, elle est aussi fier de l'homme que tu es devenu que je le suis moi-même !
Stiles cligna rapidement des paupières, se refusant de pleurer devant ses amis.
Après s'être mordu la lèvre pour réfréner ses émotions, il offrit un sourire de remerciement à son père qui hocha simplement la tête avant de reprendre son récit.
L'ambiance était sûrement un peu trop intense pour une simple soirée pizza improvisée, mais qu'importe.
— Après ça, Scott a passé les vacances ici, se privant du soleil pour tenir compagnie à ce casse-cou. Tu étais insupportable. Être incapable de bouger était une vraie torture pour toi, mais avec Scott à tes côtés, tu as tenu bon.
— Je m'en souviens !
Pas étonnant que ces deux-là se considéraient comme des frères tant le fil de leurs vies était entremêlé, tissé de façon inextricable, les liant l'un à l'autre comme des jumeaux incapable de se séparer de leur double.
— Si seulement cette mésaventure t'avait calmé ! Après, tu as eu ta phase skateboard et les détours à l'hôpital se sont enchaînés… Heureusement, jamais rien d'aussi grave que ce jour-là !
— Et maintenant, tu traînes avec des loups-garous ! La digne continuité de ta vie à provoquer le danger !
La voix clairement provocatrice d'Isaac fit rire Stiles !
— Ou de ma vie de super-héros dépourvu de superpouvoir !
Derek offrit un sourire éclatant à son jeune amant qui le lui rendit.
Les deux adolescents se chamaillèrent alors, partant dans une de leur joute verbale animée dont ils avaient le secret tandis que Noah se levait un sourire nostalgique aux lèvres tandis qu'il ramassait les albums.
Comme Lydia faisait l'arbitre, Derek profita que le quadragénaire débarrasse la table encombrée pour lui prêter main forte. Toute la soirée, il avait espéré un moment en tête-à-tête avec lui.
— C'était de très belles histoires !
Noah hocha la tête avec un sourire ravi avant de lui proposer une bière que le lycan accepta.
— C'est un bon gamin ! Je suis certain de ne pas lui dire assez souvent !
— Je suis sûr qu'il le sait !
À nouveau, les deux hommes échangèrent un sourire avant que le propriétaire des lieux n'esquisse quelque pas pour rejoindre le séjour.
— Noah ! Je voulais te demander… J'aimerais emmener Stiles en week-end, si tu es d'accord ! Nous partirions vendredi soir de la semaine prochaine pour rentrer dans l'après-midi du dimanche !
L'homme eut un nouveau sourire, presque moqueur cette fois.
— Dois-je attendre le jour où tu me demanderas, avant de lui en toucher un mot, de t'accorder la main de mon fils ?
Derek sourit amusé.
— Un jour peut-être, oui… à moins que ce soit lui qui me fasse sa demande !
Noah s'esclaffa, tentant de cacher son émotion derrière ses rires. Connaissant l'impatience de son garnement, cette dernière option était plus qu'envisageable !
— Aujourd'hui comme demain, saches que tu as ma bénédiction à condition que tu le rendes heureux ! C'est tout ce qui compte pour moi !
— C'est tout ce qui compte pour moi aussi !
L'homme lui tapota l'épaule affectueusement avant d'ouvrir le congélateur et d'en extirper plusieurs pots de glace !
— Et si nous apportions le dessert ?
