Chapitre 33 :

Mak pédalait à toute vitesse alors que des larmes brouillaient sa vue. Comme si elle désirait se punir, elle forçait sur les muscles de ses jambes, les faisant volontairement souffrir, faisant fi de sa jambe gauche fragile. Ses dents étaient serrées et ses mains tenaient fermement le guidon.

Elle avait à la fois la sensation d'un vide et d'un trop plein. Foncièrement, elle ne savait plus où elle en était, ni quoi faire, ni qui appeler, ni où aller. Tout était flou et incertain, comme si prendre la plus infime des décisions était une trop grande épreuve, comme si rien n'était possible depuis qu'Elsa n'était plus. L'abandon, elle y avait déjà gouté une fois, et elle ne souvenait que trop bien du goût amer que ça lui avait laissé dans le cœur. Honnêtement, elle n'aurait jamais pensé être de nouveau confrontée à ça si vite…

Mais voilà, Elsa la détestait et ne voulait plus d'elle. Le pire, c'est que tout était de sa faute. Que se passe-t-il alors, quand on n'a plus personne où aller ?

Et sans qu'elle n'ait eu le temps de trouver réponse à cette question, elle sentit le pneu arrière de son vélo glisser sur le bitume mouillé et elle cria sans pouvoir se rattraper.

Elle allait si vite qu'elle sentit son corps s'écraser sur l'asphalte sur plusieurs mètres. Elle tenta de se rattraper mais ses paumes frigorifiées rencontrèrent de petits graviers qui s'enfoncèrent sous sa peau. Heureusement, elle eut la présence d'esprit de protéger sa tête de ses bras alors que, enfin stable, son vélo la recouvrait toujours. Elle grimaça en grognant de douleur. Elle poussa son vélo d'un coup de pied rageur. Et s'assit sur le bord d'un trottoir en soupirant. Elle jeta un regard à ses mains écorchées, et remarqua qu'elle s'était également ouvert l'avant-bras, celui-ci ayant été bloqué durant sa chute entre son corps et le sol, celui-ci avait sauvé sa tête.

Elle ne s'attarda que quelques secondes sur son état de santé. Après tout, celui-là lui importait peu…

Puis, comme anesthésiée contre la douleur, elle se leva et s'approcha de son vélo. Elle le releva et découvrit avec regret que la roue arrière était crevée et qu'il lui manquait une pédale.

Son vélo, l'ancien vélo de son frère, son plus vieil ami, comme Elsa, venait de la lâcher aujourd'hui…

- Fais chier ! Hurla-t-elle en pleine rue. Merde ! Appuya-t-elle encore, comme si ce mot était à présent le seul qu'elle connaissait.

Comment allait-elle rentrer ? D'ailleurs où était-elle ? Elle n'avait pas réfléchi à ça avant de se retrouver ici. Elle fronça les sourcils en réalisant que son vélo l'avait mené sans qu'elle ne s'en rende compte non loin du cimetière d'Arendelle.

Alors, désirant se rapprocher du première être qui l'avait abandonné, elle attrapa le guidon de son vélo et le fit rouler près d'elle. Comme elle, la marche du vélo était chancelante. Tous deux, étaient sans doute un peu brisés aujourd'hui.

Et même si cela faisait plus d'un an qu'elle n'était pas venue ici, elle trouva la sépulture de son père comme si elle n'avait jamais oublié son emplacement. Elle lâcha son vélo déglingué au pied de la tombe et s'assit par terre.

- Oh ça va, je sais ce que tu vas me dire, j'aurais dû changer mes pneus pour l'hiver, je suis au courant, fit-elle savoir en regardant la stèle alors que la colère n'avait encore pas tout à fait quitté son cœur. C'est pas mon problème premier là, tu vois…soupira-t-elle alors que ses épaules s'affaissaient.

Elle se tut, jeta un œil contrarié vers la photo en céramique, soupira un grand coup, tentant de se détendre, puis reprit plus calmement, plus résignée :

- Je sais que c'était casse gueule… Sa voix se brisa alors qu'elle se doutait que son père savait qu'elle ne parlait pas de son vélo. J'aurais dû faire attention…c'était une folie. Et en même temps, qu'aurais-tu voulu que je fasse ? Demanda-t-elle en attendant étrangement une réponse de cet homme qui ne lui avait plus répondu depuis si longtemps. Et qu'est-ce que je suis censée faire maintenant, hein ? Comment on fait…après ? Demanda-t-elle encore alors qu'un sanglot menaçait de revenir.

Se perdant lentement dans les méandres de ses pensées, elle renifla en posant un regard sur ses mains gelées et contusionnées, puis sur cet avant-bras écorché. Et doucement, sans qu'elle ne s'en rende compte, son corps se mit à se détendre alors que les larmes coulaient silencieusement sur ses jours pour venir mourir sur le marbre de la tombe devant elle. Doucement, elle capitulait, acceptait que, pour la première fois, son cœur venait d'être brisée.

- C'est tellement douloureux… murmura-t-elle en essuyant ses larmes de sa manche et son père sut qu'elle ne parlait toujours pas de l'accident de vélo malgré ce qu'elle voulait lui faire croire.

Mais son moment de repli ne fut que de courte durée. Son téléphone vibra. Elle espéra une seconde voir le nom d'Elsa apparaître, mais fut profondément déçue.

- Allô Jim, répondit-elle en approchant l'appareil de son oreille.

- Hey LittlePlanet, ça va ? Demanda la voix enjouée de son frère.

- Oui et toi ? Répondit Mak en essuyant les dernières larmes qui persistaient encore.

- Ouais, je suis en pause, alors je venais aux nouvelles, expliqua le jeune homme. Comment va Maman ?

- Elle va mieux ces derniers temps ne t'inquiète pas.

- D'accord, bon. Si tu te rends compte qu'elle rechute et que c'est trop lourd pour toi, tu m'appelles et je débarque, d'accord ? Ne porte pas ça toute seule.

- Était-ce à cause de la bienveillance de son frère ? De sa voix si douce ? De ses mots si rassurants ? Ou tout simplement parce qu'il était son frère et parce qu'elle avait besoin de lui, mais un sanglot totalement incontrôlable s'échappa de la gorge de l'adolescente. Prise par surprise, elle cacha le micro de ses mains, mais c'était trop tard.

- Eh, tu pleures ? Qu'est-ce qui se passe, ma petite planète ? Demanda immédiatement Jim qui ne se souvenait même plus de la dernière fois où il avait vu sa sœur pleurer.

- Rien, ça va, assura Mak en tentant vainement de faire taire ces maudits sanglots qui étaient revenu se bloquer dans sa gorge sans prévenir.

- Ecoute, je suis désolé de ne pas être là, mais tu peux tout me dire, tu le sais ? Assura doucement le jeune homme. Allé, raconte-moi.

Je peux tout te dire sauf ça…pensa l'adolescente.

- Je… je viens de me faire larguée, et en plus j'ai cassé mon vélo…celui que tu m'avais donné. Je passe vraiment une journée de merdre, avoua l'adolescente, incapable de mentir plus longtemps.

- Aï…je suis désolé, compatit Jim. Ecoute, je ne suis pas un expert en amour hein, mais, laisse couler, ok ? Je sais que ça parait insurmontable pour l'instant, mais ça va passer.

- Mais elle me manque… souffla l'adolescente sans même réaliser qu'elle l'avait dit à haute voix.

- Une fille ? Hm, alors je ne peux même pas aller lui casser la gueule, grogna Jim, faisant quelque peu rire sa sœur. Ne te fais pas de bile, reprit-il, si vous êtes destinées à être ensemble, vous vous retrouverez toujours.

- Tu parles comme Maman, sourit Mak.

- Parce que Maman a toujours raison.

- Et maintenant, tu parles comme Papa, rit cette fois véritablement l'adolescente en séchant ses larmes pour de bon. Merci, j'avais besoin de ça…

- A ton service, petite sœur. Tu veux m'en parler, de cette fille ?

- Il n'y a pas grand-chose à dire, juste une fille quoi…

- Hm, vu l'état dans lequel elle te met, je doute qu'elle soit juste une fille, mais d'accord, consentit Jim. Si ça ne va pas, ou si tu as besoin de quoi que ce soit, tu m'appelles, ok ?

- Promis, sourit Mak, touchée par l'attention. Bisous.

Elle raccrocha et soupira en regardant tout autour d'elle. Personne. Le cimetière était vide, il était encore trop tôt. Les gens préféraient davantage rendre visite à leurs proches en début d'après-midi, il faisait meilleur.

Aujourd'hui pourtant, comme par magie depuis qu'elle était arrivée ici, l'air s'était adoucit et le soleil tentait même de percer les nuages.

Elle réfléchit une seconde à ce qu'il fallait qu'elle fasse et réalisa finalement que rien ne pressait. Sa mère ne l'attendait pas, elle se fichait pas mal du lycée, et Elsa…Elsa ne l'attendait plus. Elle choisit alors de prendre un peu de temps pour respirer.

- Ça ne t'ennui pas si je reste encore un peu ? Demanda-t-elle en rabattant son casque audio sur ses oreilles avant de s'allonger de tout son long sur la tombe de son père, envoyant valser les potentiels regards que lui lanceraient les futurs passants.

Alors, elle saisit son téléphone et parcouru sa playlist. Et à chaque chanson, un souvenir lui revint douloureusement en mémoire…

Comptine d'un autre été – La première fois qu'elle était monté dans la voiture d'Elsa.

Infirmière – La première leçon de conduite qu'Elsa lui avait donnée.

Je vous trouve un charme fou – Réflexion pour une dissertation de philo…pour Elsa.

Blue – Nouvel an. Le premier message qu'Elsa lui ait envoyé.

True sorry – Sur le trajet qui les avait menés chez les amis d'Elsa.

Milord – Ce qui sortait du tourne-disque des amis d'Elsa.

Mad world – Sa première fois avec Elsa…

Mak soupira. Oui, toutes ces chansons la ramenaient inexorablement à Elsa.

Pourtant, une autre, qui résumait parfaitement ce qu'elle ressentait dans l'instant, s'insinua dans ses oreilles sans qu'elle ne l'ait véritablement choisi.

When you try your best, but you don't succeed
When you get what you want, but not what you need
When you feel so tired, but you can't sleep
Stuck in reverse

Lorsque tu fais de ton mieux, mais n'y arrives pas
Lorsque tu obtiens ce que tu veux, mais pas ce dont tu as besoin
Quand tu te sens tellement fatiguée, sans pouvoir dormir
Ayant tout donné

And the tears come streaming down your face
When you lose something you can't replace
When you love someone, but it goes to waste
Could it be worse?

Et que ces larmes sur ton visage deviennent des torrents
Lorsque tu perds quelque chose que tu ne peux remplacer
Lorsque tu aimes quelqu'un, sans rien en retour
Cela pourrait-il être pire ?

Cela pourrait-il être pire ? C'était une bonne question, à laquelle elle avait une réponse toute faite. Non, évidemment que non ça ne pouvait pas être pire…

Evidemment, elle avait déjà écouté cette chanson au moins un million de fois, et pourtant, aujourd'hui, chaque parole prenait sens. Cette chanson, qu'elle avait tant de fois appréciée en solitaire…elle rêvait à présent de la partager avec Elsa.

Alors, comme à chaque fois qu'une situation nouvelle se présentait, elle eut le réflexe de sortir son carnet de son sac.

Elle l'ouvrit en caressant les pages du bout des doigts alors que Coldplay chantait toujours dans ses oreilles.

Rapidement, elle trouva les modes d'emploi qui l'intéressaient. Mode d'emploi en cas de crise de panique qu'elle avait déjà mis à jour depuis qu'elle avait rencontré Elsa. Et c'est ainsi que cela se présentait :

Que faire en cas de crise de panique ?

Répartition en trois stades sur une échelle de 1 à 10.

1er Stade : 1 à 5 sur 10.

Raison : J'ai sûrement paniqué pour une connerie. Sans doute face à une situation stressante ou nouvelle pour moi. (ex : rendez-vous chez un médecin inconnu, trop de monde, trop de bruit etc…)

Solution : Si possible, donne-moi un verre d'eau et répète-moi de respirer (j'oublie souvent de respirer dans ces moments-là).

Fais-en sorte d'être la seule personne et à t'occuper de moi loin des regards des autres, je déteste me donner en spectacle.

Maintenant, reste avec moi et laisse-moi du temps, je devrais pouvoir gérer.

2ème Stade : 6 à 9 sur 10.

Raison : Si on se connait, j'ai sûrement trop pensé à mon père pour en arriver là.

Si on ne se connait pas, sache que mon père est mort et qu'il m'est encore douloureux de vivre avec ça.

Solution : Tu suivras les règles ci-dessous à ajouter à celles du 1er Stade.

Essaye de me faire rire (j'ai un faible pour les blagues d'humour noir).

Sers-moi. Brutalement. Je n'aime pas la douceur dans ces moments-là. Sois certain(e) que je ne suis pas vraiment là et que je peine à interagir avec toi, alors impose-toi. Fais-moi savoir que tu es là, quitte à me bousculer un peu.

Attire mon attention. Occupe-moi. Cite-moi par exemple les composants d'une cigarette.

Si je n'arrive pas à parler, donne-moi ta date d'anniversaire et demande-moi ce que je sais sur cette même date.

Enfin, rappelle-moi que mon père serait fier de moi, et que je ne suis pas responsable de sa mort. (J'ai tendance à l'oublier).

Ça devrait suffire. Si ça ne fonctionne pas, recommence, pas forcément dans cet ordre.

De base, ces crises de panique ne se différenciaient qu'en deux stades. Celles se plaçant sur une intensité de 1 à 5, et les autres, les plus douloureuses et plus rares, de 6 à 9. Le 10, Mak avait jusque-là refusé d'y penser, se disant que rien ne pourrait l'atteindre, qu'une telle intensité ne ferait que la tuer. Et pourtant, il y a quelques mois, elle avait ajouté à contre cœur le stade 3 si la crise de panique atteignait l'intensité 10.

3ème Stade : 10 sur 10.

Raison : Si j'ai atteint ce stade, c'est qu'Elsa m'a quitté.

Solution : Ramène-moi Elsa et laisse-nous, la suite de la procédure ne concerne qu'elle et moi. Merci. Si ce n'est pas possible, appelle ma mère. Son numéro de téléphone : 06********

Solution pour Elsa : Démerde-toi, je n'ai jusque-là trouvé aucun mode d'emploi pour apprendre à vivre sans toi.

Oui, cette dernière partie de ce carnet de survie était loin, très loin d'être achevée, et Elsa lui avait très clairement fait comprendre qu'elle ne l'aiderait en aucun cas à accomplir cette tâche…

Elsa pénétra enfin dans la tranquillité de son appartement. La journée avait été si longue qu'elle se demandait même comment elle avait pu y survivre. Elle n'avait pas revu Mak dans l'enceinte du lycée et supposait donc que la gamine était rentrée chez elle. Elle ne lui en voulait pas. Après tout, à sa place, elle aurait sans doute fait la même chose. Et puis, elle avait déjà tellement de raisons de lui en vouloir, qu'il était inutile d'en rajouter.

L'enseignante ne savait comment, sans doute grâce aux nombreuses années d'entraînement qui avaient suivi le décès de ses parents, mais elle était parvenue à ne rien laisser paraître de l'état chaotique de son cœur tout au long de la journée.

Et maintenant qu'elle rentrait enfin dans son havre de paix, c'était comme si elle réalisait d'un coup tout ce qui venait de se passer. Mak l'avait trahie. Mak lui avait menti. Mak, et son inconscience la forçaient désormais à devoir vivre sans elle.

Ce fut donc l'âme en miette qu'elle laissa son sac, ses chaussures, et son manteau dans l'entrée. Du bruit provenait du salon. Anna était déjà rentrée. Elsa soupira. Elle n'avait pas envie d'en parler. Elle se connaissait, cela faisait déjà 24 ans qu'elle expérimentait la personne parfois monstrueuse qu'elle pouvait être, et elle savait que si ce soir, elle parlait avec Anna, elle lui ferait de la peine. Et faire de la peine à Anna, elle n'y tenait pas.

Alors elle se dirigea vers sa chambre en traversant rapidement le salon sans un regard pour sa sœur et claqua bruyamment la porte derrière elle, signe qu'elle n'était pas apte à discuter pour le moment.

Elle s'appuya contre cette même porte, et se laissa mollement glisser sur le sol alors que son corps se mettait à trembler. Comment avait-elle pu croire une pareille facétie ? Comment avait-elle pu penser, ne serait-ce qu'une seconde, que 0,13 seconde, que l'amour serait suffisant ? Elle prenait maintenant conscience de la dure réalité que son cœur, comme celui de Mak, avait sans doute vu trop grand…

Anna avait relevé les yeux de sa tasse en voyant sa sœur traverser le salon d'un pas furibond et avait sursauté en entendant la porte claquer. La rouquine, qui était tombée dénue en écoutant le message vocal de Mak, avait essayé de la rappeler plus tôt dans la journée, mais ses appels étaient restés sans réponse. Elle se doutait bien que l'adolescente avait besoin de temps pour encaisser ce qu'Elsa avait dû lui mettre dans la gueule. Anna connaissait sa sœur et se doutait bien que celle-ci n'avait pas été tendre avec la jeune fille.

Anna se leva sans grande conviction et s'approcha de la porte de chambre d'Elsa. Elle toqua d'une série de coups bien familière qui n'appartenait qu'à elle.

- Elsa ? Appela-t-elle doucement, mesurant l'état de nerf dans lequel devait être Elsa.

Derrière la porte, le corps d'Elsa se tendit un peu plus en entendant la voix de sa sœur.

Anna soupira en voyant qu'aucune réponse ne venait.

Nous y voilà de nouveau...cette maudite porte close entre toi et moi, pensa amèrement la rouquine, ne se souvenant que trop bien de leur enfance.

- Elsa, ouvre, je t'en prie, essaya-t-elle, exactement comme lorsqu'elle avait 14 ans et qu'Elsa, en adolescente dépressive, ne faisait que se renfermer sur elle-même.

- Va-t-en, Anna...entendit-elle douloureusement.

Et voilà, les mêmes mots, à croire qu'en dix ans, tu n'as pas changé tes répliques… pensa-t-elle avec regret.

Anna grimaça en laissant son front tomber contre la porte, posa une main douce contre celle-ci.

- Mak m'a expliqué… par pitié, ne fais pas ça. Ne te renferme pas, supplia la rouquine en essayant vainement d'ouvrir la porte.

Et contre toute attente, alors qu'elle pensait que cette porte resterait close jusqu'à demain, elle s'ouvrit brutalement sur une Elsa tremblante de colère qui la fusillait du regard.

- Elle t'a expliqué à quel point j'étais un monstre ? Piqua l'enseignante en se postant devant sa sœur.

- Bien sûr que non, et tu n'es pas un monstre, assura Anna une fois la surprise passée en avançant d'un pas dans la chambre de son aînée.

- Je ne veux pas parler d'elle, prévint Elsa en pointant un doigt moralisateur vers la rouquine.

- Bien, on n'est pas obligé d'en parler, calma Anna d'une voix qui se voulait douce, se disant qu'il était déjà miraculeux qu'Elsa ait ouvert cette foutue porte.

- Je veux être seule, commanda de nouveau l'enseignante en posant une main sur la poignée, prête à refermer la porte.

- Non, je ne te laisse pas seule, refusa Anna, toujours aussi calme, ayant appris depuis longtemps à gérer les sautes d'humeur incontrôlables d'Elsa.

- Si, tu vas me laisser seule, trancha Elsa en avançant d'un pas, prenant la voix la plus intimidante dont elle était capable. Tu sais mieux que personne que je peux être blessante, et je ne veux pas dire quelque chose que je regretterai, alors lâche-moi.

- Non, je ne te lâche pas, assura Anna en avançant d'un pas à son tour alors qu'Elsa fronçait si fort les sourcils que des rides marquaient son visage.

- Assez Anna ! J'ai dit que je ne voulais pas parler d'elle.

- Je sais, et je te ferais remarquer que tu es la seule à en parler, rétorqua la rouquine en posant des mains tendres sur les poings serrés qu'Elsa laissait pendre le long de son corps.

Elsa se figea. Anna avait raison. Elle était ici la seule qui continuait à parler de Mak. Comment ne pouvait-elle même plus s'en rendre compte ? Qu'est ce que cette sale gamine lui avait fait ? Quel genre de sortilège lui avait-elle jeté ?

- Je la déteste… Souffla enfin Elsa alors que sa voix se brisait dans un sanglot.

Anna sourit tristement et, comprenant que la colère était sur le point de se dissoudre, vint entourer sa sœur de ses bras.

Elsa ne bougea pas d'un cil, resta droite et statique alors qu'elle sentait la douce étreinte que sa sœur lui offrait. Se débattre, elle en était bien incapable…

- Je sais, souffla Anna en posant sa tête sur une Elsa figée par les émotions qui la traversaient, oubliant encore parfois comment avouer une faiblesse. C'est parce que tu l'aimes.

- Non, je la déteste, contredit l'enseignante. Lâche-moi, ordonna-t-elle encore sans grande conviction, comme une mauvaise habitude, un réflexe de défense qui revenait encore.

- Tu la détestes mais tu l'aimes, répéta Anna, toujours patiente quand il s'agissait d'en apprendre à Elsa sur les relations humaines. Et non, je ne te lâche pas. Tu ne veux pas laisser couler pour une fois ? Tu es si tendue que j'ai peur de te casser.

- Elle m'a brisé le cœur...avoua enfin Elsa après un silence alors que les mots d'Anna prenaient sens, qu'un sanglot déchirait sa voix, que des larmes, trop longtemps refoulées, mouillaient ses joues.

- Bienvenue dans le commun des mortels, sourit avec peine Anna en sentant la tête de sa sœur tomber sur son épaule, se rappelant qu'Elsa faisait partie des rares personnes qui connaissaient encore très mal la douleur d'un cœur brisé.

La rouquine sentit enfin le corps d'Elsa se mettre en mouvement et des bras s'accrocher à son cou.

- Je ne sais pas quoi faire...pleura Elsa. Qu'est-ce qui m'arrive ? Qu'est-ce qu'il faut que je fasse ? Demanda-t-elle face à cette situation inconnue qui la mettait en position de faiblesse, une faiblesse qu'elle peinait à assumer.

Bordel, elle était Elsa Lange. Elsa Lange ne souffrait jamais pour une fille. Que lui arrivait-il ? Pourquoi se retrouvait-elle dans un état si minable ? Elle se dégoûtait…Ressentir lui avait rarement été si douloureux.

- Tu vas aller prendre un bain, et moi je vais préparer le dîner, expliqua Anna en relevant le visage de sa sœur pour essuyer ses larmes de son pouce.

- Je n'ai pas faim, répliqua Elsa en tentant de se calmer.

Anna tendit un bras et attrapa le châle de leur mère qu'Elsa avait abandonné sur son lit. D'un geste ample, elle en enveloppa sa sœur et répondit :

- Allons, mourir de faim ne t'avancera à rien. Je peux même te faire un gâteau au chocolat en dessert, tu veux ?

Elsa, qui n'avait pas le cœur à manger, mais que la perspective d'un gâteau au chocolat tentait tout de même un peu. Elle avait lu quelque part que le chocolat libérait dans le cerveau des endorphines comme la sérotonine, même endorphine que lorsque nous étions amoureux.

Mon dieu, je commence à réfléchir comme Mak…pensa amèrement l'enseignante alors que cette pensée l'aurait amusée en tout autre situation…

Elle haussa les épaules en serrant le châle contre elle. Celui-là ayant toujours eu le pouvoir de tempérer ses émotions.

- Bien, ce n'est pas un oui, mais c'est un début, sourit Anna en essuyant une énième larmes sur la joue de sa sœur, se disant qu'elle allait finir par se noyer si elle continuait à pleurer ainsi. Tu veux des coquillettes ? Proposa Anna. Je sais que tu aimes les coquillettes.

Elsa réfléchit une seconde et, comme souvent, se dit qu'elle ne risquait à rien en mangeant des coquillettes. Alors elle hocha faiblement de la tête.

Anna lui offrit alors le plus joli des sourires, une douceur dont elle ne se lassait pas.

- Je suis fière de toi, assura la rousse en déposant un baiser sur sa joue. Aller, au bain ! Taquina-t-elle en claquant les fesses de sa sœur, lui arrachant un léger rire, dénué de vie certes, mais un rire tout de même.

Sans argumenter davantage, Elsa se retira dans la salle de bain.

Anna souffla un bon coup en sentant la pression qu'elle avait retenue toute la journée se dissiper et se dirigea vers la cuisine. La rouquine espérait simplement que Mak n'était pas trop amochée à la suite de cette rupture. Et elle ne cessa de penser à ça en préparant ses pâtes alors qu'elle entendait de la musique qui venait de la salle de bain d'Elsa. Fix you, de Coldplay de ce qu'elle reconnut. Enfin, sa sœur se laissait aller. C'était un bon début. Mais Mak, qui était là pour Mak ?

N'y tenant plus et sachant qu'Elsa n'était pas prête de sortir de son bain, elle attrapa son téléphone et essaya une énième fois, une dernière fois de l'appeler.

Et après quelques sonnerie, elle entendit :

- Hm...allô ?

- Mak ? C'est Anna. Je te réveille ? Demanda-t-elle alors qu'elle devinait que dans cette voix grave, il y avait encore quelques traces de sommeil.

- Un peu...avoua l'adolescente en prenant conscience qu'elle était toujours dans ce cimetière, qu'elle s'était assoupie sur la tombe de son père.

- Où es-tu ? Demanda Anna en entendant des oiseaux chanter derrière la voix de la jeune fille.

- Tu me prendrais pour une dingue si je te le disais, éluda Mak en rassemblant ses affaires, se répétant qu'il était tout même étrange de passer sa journée dans un endroit pareil. Pourquoi tu m'appelais ? Elsa va bien ?

- Oui, oui, elle va bien, assura Anna et Mak fut presque peinée par cette réponse. A vrai dire, je voulais savoir comment, toi, ça allait.

- Ah, ça va, ne t'inquiète pas, répondit l'adolescente et Anna sut que le cœur n'y était pas. Il faut que j'y aille, déclara-t-elle soudainement.

- Mak ! Appela Anna.

- Hm ?

- Je suis là, malgré le fait que...enfin, si tu ressens le besoin de quoi que ce soit, ma porte reste ouverte, assura Anna, heureuse de l'avoir dit.

Mak sourit tristement alors qu'un flashback lui revenait d'un coup en mémoire, puis après un silence, répondit :

- On m'a déjà dit ça, mais merci quand même Anna.

La rousse n'eut pas le temps de lui demander à quoi elle faisait référence qu'elle avait déjà raccroché.

- Tu es aussi loquace que ma sœur… soupira-t-elle en rangeant son téléphone dans la poche arrière de son jean.

En même temps, est-ce que ça l'étonnait ? Pas vraiment non, Elsa ne serait jamais tombée amoureuse d'un moulin à paroles. Ces deux handicapées des sentiments s'accordaient plutôt bien quand il s'agissait d'être de véritable tête de mule…

- Alors, tu t'en sors avec ces pâtes ? Demanda Elsa en arrivant dans la cuisine, se séchant les cheveux à l'aide d'une grande serviette.

Anna eut un léger sursaut, puis répondit :

- Oui, ne t'assoie pas sur la table, on va manger, prévint Anna qui connaissait son aînée en mettant la préparation toute prête du gâteau au chocolat dans le four.

Elle en gardait toujours une comme ça, pour les cas d'extrême urgence. Et aujourd'hui, sans aucun doute, était un cas d'extrême urgence.

- Je me demandais...commença la rouquine.

- Oui ? Invita Elsa en s'asseyant sur le plan de travail et Anna se dit que sa sœur avait un réel problème avec les chaises.

- Comment tu as fait pour que Mak se confie à toi ?

Elsa fut surprise par la question, mais sans doute détendue par les effluves du bain, consentit tout de même à y répondre.

- Je lui ai dit que ma porte restait ouverte si elle en ressentait le besoin, pourquoi ?

- Comme ça, par curiosité, répondit Anna en comprenant maintenant la réplique de Mak, haussant les épaules, espérant que sa sœur se contente de cette réponse.

Trop épuisée, Elsa ne s'en formalisa pas et passa à table quand Anna déposa une cuillère de coquillettes dans son assiette.