Euh ... Bonsoir ?
*arrive en poussant la porte et en soulevant une montagne de poussière*
C'est re moi (vous vous souvenez ?) héhé ... bon bah voilà hein, j'ai merdé, on s'en est rendu compte XD mais entre le moral en berne et le rythme qui change, j'avoue que je n'ai pas eu trop la tête à écrire. D'ailleurs j'ai du faire ce chapitre en TROIS FOIS, ce qui ne m'arrive jamais ... mais le voici le voilà ! En vrai, le début de la reprise après l'ellipse c'est compliqué XD ! mais j'espère que c'est quand même lisible !
Je vous laisse donc avec cette chère Lunalee qu'on adore 3 enfin surtout moi !
Bonne lecture et à la prochaine ! (promis la fic n'est pas morte, je compose juste avec pleins de choses)
La review des reviews:
- MijoPrésent :coucou toaaaa ! c'est plus une banderole de fidélité que tu mérites, c'est un rouleau entier XD ! en tout cas merci, je suis contente si tu trouves que j'ai bien respecté mon mari... euh Felix. ^^" J'aime aussi tes spéculations et j'ai hâte de pouvoir en parler plus mouhahaha ! à tout bientôt !
- ZakuroRetour : J'ai senti la souffrance dans tes reviews XD tu m'as tué avec Shrek XD mais en vrai je dois avouer que j'y ai pensé aussi mdr -.-' ( te vexes pas Luna !). Comment ça quelle scène de la douche ... je vois paaaas du toooout * air innocent avec la bave qui coule*. J'espères que tu t'es remise de tes souffrances XD à bientôt quant tu auras fait le plein de Staminas !
SOUS LES CENDRES
Chapitre 28
Vert, comme une forêt de rêves.
Où étais-je lorsque j'ai appris que Dimitri était en vie ?
Certainement pas en route vers les montages d'Oghma. J'étais bien à l'Est du territoire, plus à l'Est que l'on pourrait l'être. Dans d'autres montages, aux reliefs abruptes et sauvages. Et je n'étais pas seule, heureusement. Nous surveillions, avec mes camarades d'infortune, ces chanteurs de rêves, la frontière entre l'Alliance et le territoire d'Almyra. Des oiseaux nous avaient sifflé que les lignes bougeaient et nous craignions alors que d'autres ennemis ne saisissent l'opportunité pour envahir.
Tout était en mouvement, en perdition et je n'échappais pas à la règle. J'avais déjà tout perdu, comme Farblendt s'amusait à le dire, il ne me restait plus rien à parier, donc tout à gagner.
Lui qui avait épongé le sang dégoulinant de mon crâne perforé par les cornes toutes neuves. Quand mes mains tremblaient encore de l'atrocité que j'avais commise et que mon âme s'était brisée. Je m'étais recluse dans une caverne, enchaînée moi-même et repris le goût de mes plus anciens démons. La peur puait tout autour de moi, tout comme l'odeur âpre et collante de la mort à mes trousses. Mais ce ne fut finalement pas elle qui m'a trouvé la première.
L'oiseau chanteur, Farblendt, est venu jusqu'à moi. Avec la plus belle des nouvelle.
Ce fou, aveugle et pourtant clairvoyant, il a pu trouver en peu de mots, la formule magique pour me redonner l'envie de vivre.
Et me voici, cornue et debout, dans la Cathédrale de Garreg Mach, l'épicentre d'un monde passé. A avancer vers le point central de toutes mes attractions.
Dimitri.
Il se tient face aux ruines de la voute effondrée, de dos sous les couches d'armures et de peaux qui le recouvrent. Je vois pourtant toutes ses blessures. Elles me sautent aux yeux comme des évidences. Le lion est meurtri, perdu et dépassé.
La lumière de la lune tombe jusqu'aux dalles pilonnées du lieu profané. Combien de soldats ont dévasté ce temple? Combien d'autres l'ont-ils passé à sac, souillé ? J'ai pu en voir certains et malgré la vie et les cornes sur ma tête, une telle bêtise m'exaspère toujours autant. Eh dire que fut un temps, je me faisais réprimander pour un pauvre navet pourri tombé au sol.
- Tsss …haha.
Mon rire se répercute contres les parois décrépites et je me souviens alors des mots de Farblendt; lorsqu'il me chantait la raison pour laquelle nous avons deux mains. Pour pouvoir détruire et reconstruire. Tous les hommes en sont capables. Et s'ils en ont la force, certains peuvent même joindre les mains et prier. C'est à ce moment que j'ai cessé de l'écouter.
Car mes prières n'ont jamais été entendues.
La Déesse, dans son sadisme éternel, je lui ai proposé ma vie pour que tu ne souffres plus, je lui ai juré abnégation et loyauté, moi la cornue, l'impie, j'aurai pu croire, si tu cessais de souffrir.
Mais à te voir, meurtri dans l'âme, dans la chaire et dans le coeur, il est évident que mes mots n'ont pas atteint cette Divine Capricieuse. Où bien a-t-elle simplement cessé elle-même de croire en nous.
J'avance vers lui, les semelles éraflées de mes jambières griffent les dalles vieillies par la cendre et la poussière. La Cathédrale a beau être vide, nous ne sommes pas seuls. Je les sens, ces fantômes qui dansent autour de nous et nous regardent, impatients de savoir ce que nous allons faire. Quel spectacle nous allons leur livrer.
Je suis curieuse moi aussi.
- Je ne veux voir personne.
J'arque un sourcil et quelques mèches tombent de mes cornes lorsque je penche la tête.
- Bonsoir Dimitri.
Il allait réitérer son ordre mais s'arrête avant d'avoir articulé quoique ce soit. Son visage à demi tourné vers moi, j'aperçois le cache-oeil qui enserre sa peau. De là où je suis, je peux voir le cuir ruiné et les traces de moisissure qui y germe. C'est dégoûtant.
- Tu dois avoir une colonie sur la paupière… Oh ! Ça me rappèle une histoire ! Quand j'étais sur les rives de Morphis, il y a quoi … deux ans ? Peut-être moins.
- Personne. JE NE VEUX VOIR PERSONNE !
Un léger soupire s'échappe de mes lèvres. Elle était pourtant très drôle cette histoire. Je croise les bras et m'approche encore un peu plus de lui.
- Techniquement … tu ne me vois pas. Alors …
Alors ça ne lui a pas plu visiblement… Cette fois il se tourne complètement vers moi et me regarde de haut.
Enfin.
Cela fait si longtemps. Malgré la colère que je vois dans son oeil, tous les tourments que je décèle dans l'iris agité, il m'apaise. J'étais désespérée à l'idée qu'il se soit clos pour toujours. Puis entamé une nouvelle vie pour explorer et comprendre le monde sur lequel son regard se posera un jour. Car viendra le moment où Dimitri posera ses yeux saphirs sur des terres désolées et meurtries, il les verra et aura en lui la force de tendre ses deux mains. Une pour protéger, l'autre pour reconstruire.
Je le sais. J'y veillerai.
Mais tu n'es pas encore prêt.
L'ambiance est lourde, pesante, j'entends ses mains se crisper. Une petite provocation pourra peut-être le dérider ?
J'esquisse un sourire et passe ma langue sur mes crocs. En face, le fauve n'en perd pas une miette. Je croise mes bras et frotte mon pouce contre mon index. Des petites flammèches apparaissent autour de moi, elles flottent au gré des mots que je fredonne. J'ai appris de nouvelles mélodies chargées des magies du monde, ça aussi il faudra que je lui raconte. La lueur des flamme éclaire nos deux visages lorsque je me rapproche encore un peu plus de lui. Il est sur la défensive. Avec sa force, il pourrait m'envoyer contre les murs et me causerait de sérieux dommages.
C'est ce que j'aime chez lui.
Les flammes gagnent en intensité et je commence à défaire les pinces qui tiennent mes cheveux dressés. Je veux qu'il me voit. Je lui ai promis d'être honnête et je sais qu'il n'aura pas peur de moi.
Mes cheveux dévalent mes épaules et je plante mes yeux dans les siens. Il a légèrement reculé et me scrute avec intensité. Il me regarde et j'ai l'impression d'être nue sous ses yeux. Il me toise et je le fixe. La tension ne tient qu'à un fil. Celui de notre lien dont j'éprouve la résistance face à ces années de perdition. Dans les nuées de son coeur, nos deux âmes se reconnaissent et … c'était inéluctable.
Sa main de métal jaillit de sous son pardessus puant et tente d'attraper mon cou. Le fauve a attaqué en premier, il est toujours aussi impatient. Je le bloque et siffle pour que les flammèches se rassemblent en un cercle de feu violacé. Les flammes nous séparent mais c'est à mon tour de l'attraper par l'encolure. Il grogne et saisi la capuche de ma cape en guide de représailles. Je tracte son visage vers le mien et relève le menton pour ne pas le blesser avec mes cornes.
Il me reste une main de libre.
Détruire ou reconstruire.
Il pourrait m'encastrer dans un mur et je pourrais le calciner en un instant. Il ne resterait de nous que des débris. L'excitation dessine un large sourire sur mon visage lorsque je dépose ma paume sur sa joue froide. J'en ai fini de saccager.
Mon pouce caresse doucement sa peau fine et asséchée.
- Ne me touche pas avec ça. Les fers sont pour les chiens.
L'arrête de son nez est plissée, ses sourcils contractés et ses doigts crispés autour de mon poignet nu. J'attrape son menton et bascule légèrement son visage. Juste assez pour ne pas que son front heurte mes cornes lorsque je l'embrasse.
Par tous les pompons de la Déesse !
Il n'a pas hésité une seule seconde ! A peine nos lèvres se sont-elles retrouvées qu'il a lâché sa prise pour me plaquer contre lui. L'animal. Sa main de métal quitte ma peau pour aller se perdre dans ma chevelure et y renouveler son emprise. Il s'insinue sous ma cape de velours pour venir découvrir les nouvelles courbes de mon corps. Je respire à peine mais je veux bien mourir sous ses baisers affamés. Je l'attrape, cette brute qui a tant hanté mes nuits, ce monstre au coeur si chaud. Sa bouche me dévore et je plante mes ongles dans la peau tendre de sa nuque. Je suis là.
C'est ce que mes yeux lui susurrent lorsque ne lèvres se séparent. Dimitri, tête baissée, fait un pas en arrière. Peu à peu ses bras se referment loin de moi.
- Laisse moi.
J'ai toujours la main tendue et l'aurai toujours. Je serai prête à le saisir lorsque viendra le jour où il pleurera enfin. Mes lèvres ont encore le goût des siennes et avant qu'il ne se retourne complètement, je caresse une dernière fois sa joue. Son oeil glisse vers le sol et semble happé par la solitude et l'enfermement. Toutes ces bêtises.
Je lui souris même s'il ne me regarde pas. Les fantômes ont reprit possession de son esprit et l'éloignent de moi, des vivants. J'attrape sa main de métal et tapote sur le loquet. Aussitôt, Dimitri se crispe.
- Tout doux !
Puis je relève le bord de ma manche pour lui montrer, ce petit morceau de tissu bleu noué autour de mon poignet. Il est usé et noirci, mais il a tenu. Alors je tiendrai.
- Je te laisse à tes démons. La nuit est belle… Nous nous verrons à l'aube.
J'adresse un dernier sourire à son dos, il ne m'écoute déjà plus.
Ma cape rase le sol et je prends congés du Prince égaré. Je sifflote dans les allées désertes du Monastère. Quel était déjà cet air que nous chantions ? La voix de Shireg me revient en mémoire et je commence à rire. Cette satanée bande !
Une fois dehors, j'aperçois deux Grands-Ducs posés sur les tuiles en miettes. Ils hululent aux étoiles et se rappèlent à mon bon souvenir. Non, je ne vous oublie pas, ni ce que j'ai promis. Mais laissez-moi encore un peu de temps, je saurai saisir le moment.
Là, tout de suite, c'est une bonne bière que je veux attraper ! Et il n'y a qu'un seul endroit pour cela ici !
J'accélère le pas jusqu'au coin des dortoirs et… comment fait-il pour être déjà là ?! Le Marchand lugubre et toujours aussi lugubre et puant. Je lui tend les écus, le compte est bon (et les pièces toutes vraies cette fois ! J'en ai à peu près terminé avec mes ennuis financiers de jeunesse…). Il m'ouvre la trape et je m'y précipite en riant.
La Taverne ! C'est une lieu d'ivresse plutôt sophistiqué par rapport à ce que j'ai connu ces derniers temps … Les bougies des lustres sont toujours éteintes, à croire qu'il n'y a qu'une seule mage ici !?
Je passe la porte et envoie quelques flammèches éclairer les badauds et ivrognes colériques (en pleine forme visiblement). Lorsque j'arrive, le tavernier se fige, puis tous détournent leurs regards vers moi, qui a lâcher leur mise. Je réfléchis en souriant du bout des lèvres et glisse un oeil pour apercevoir ma longue et lourde chevelure sur mes épaules… Oups… mes cornes sont a découvert, effectivement. Mais trop tard, je suis là alors autant aller jusqu'au bout, j'ai soif.
- Tavernier ! Un verre de bière !
Je m'adosse au comptoir et dépose sur la table un écu doré, de quoi le motiver à servir la malédiction assoiffée que je suis. Je réajuste ma cape et replie le bas de mes manches. Juste au cas où. De l'autre coté du comptoir, j'admire ma pinte se remplir du liquide ambré.
- Tu reprends vite les bonnes habitudes !
- Hapi !
Je me retourne et attrape au passage le grand verre lourd de bière. La Tavernier a glissé l'écu dans sa poche plus rapidement que je ne saurai le dire et tant mieux, je suis servie ! J'espère juste que ce n'est rien d'autre de la bière, certains hôtes farceurs ou juste écoeurés par les étrangers, peuvent avoir de drôles de manières. J'avale ma première gorgée tandis que Hapi me rejoint. Elle commande à son tour et croise les bras en me détaillant en silence.
- Je savais que tu serais là. La nouvelle de ta mort a beau avoir été répandue dans tout le continent, je savais que trouverai le moyen de revenir.
Quelle chipie cette Hapi. Je lui fais un clin d'oeil et la laisse récupérer sa boisson.
- Et toi ? Tu es donc restée ici tout ce temps ?
Elle hoche la tête et essuie la mousse déposée sur le rebord de ses lèvres.
- Oui, nous avons gardé l'Abyss et tenté de la préserver, d'en faire un lieu neutre.
Je tique sur ses dernière paroles.
- Neutre ? Tu veux dire que des gens sont venus ?
Hapi s'étire et m'indique de la main une table vide. Nous nous asseyons toutes les deux et j'entends derrière moi les murmures des parieurs.
- Tu connais Riri, il a forcément eu les oreilles et les yeux qui ont trainé partout. Même des fois non loin de toi j'en suis sure.
J'hoche la tête. Farblendt m'avait fait part de ce sentiment lors de nos voyages. Hapi poursuit.
- Il a fait en sorte d'avoir des alliés un peu partout.
- Même dans l'Empire ?
C'est à Hapi d'hocher la tête.
- Même dans l'Empire.
J'avale une nouvelle gorgée et me demande qui a bien pu avoir le cran de chuchoter dans les rangs de la Souveraine. D'instinct j'aurai envie de parier sur Dorothéa, ce serait la seule qui puisse être capable de « jouer un double jeu » sans s'y perdre. Et puis, il y a la disparition de Manuela, il me semble qu'elles étaient proches l'une et l'autre. Tout cela me paraît si loin.
- Akkira est venu ici aussi.
Si loin que …
- QUOI ?
Je m'étouffe et toussote en criant vers mon amie qui s'est mise à rire.
- AKKIRA MCNAIRY ?
Hapi s'écroule presque de sa chaise et j'avoue que je commence à rire moi aussi. Akkira McNairy !? La Sauvage ! Par les grelots des Saints ! Rien que d'imaginer les contours de son visage j'en frissonne !
- Elle est venue où ?
Je me lève, prête à renifler sa trace pour me nourrir de son odeur. Et la chasser, la détrousser, la consommer. Je vide mon verre et racle mes crocs contre les parois.
- Qu'est-ce qu'elle est venue faire dans l'Abyss ?
- C'est elle qui sifflotait avec Riri. Ils ont essayé de composer pour l'Impératrice mais … les choses ne se sont pas passées comme ils l'espéraient.
Un petit rot chantant s'échappe de mes lèvres sous la surprise. Eh bin' ! Je n'aurai très certainement pas parié une coquille de noix sur l'implication de la Sauvage. Ça me donne encore plus envie de la croquer. Mince.
- Assez parlé des bonne choses, dis moi, où est Rhéa ?
Dès que j'ai prononcé son nom, une seconde de silence a flotté dans la Taverne. Mais pas question de me laisser avoir. Hapi me regarde et sourit en terminant sa bière.
- Pas ici en tout cas.
Je le sais déjà, sinon je ne serai pas venue seule.
Hapi glisse ses yeux sur mes cornes.
- Tu as quelque chose à lui demander ? Il m'a semblé entendre qu'elle était prisonnière de l'Empire.
- De … l'Empire … ?
Hum … C'est étrange. Passons, il me faudra d'autres informations pour pouvoir élucider cette question cruciale. L'archevêque n'a été vue nulle part depuis le chute du Monastère et j'ai du mal à croire qu'elle soit entre les mains de la Souveraine. Mon petit doigt me chuchote que la vérité est bien plus sombre. Comme toujours. Mais j'ai encore un peu de temps avant de devoir poser mes intentions à ce sujets.
- Tu dors où ?
Hapi s'étire et se lève en repoussant sa chaise.
- Il parait que les quartiers des Capitaines nous ont été attribué … mais j'ai bien envie de chasser avant de monter me coucher.
Nous quittons la Taverne et je rabat ma capuche sur mes cornes. Hapi marche à coté de moi.
- D'accord. Si tu fais sécher de la viande, pense à moi !
- C'est promis !
Hapi et moi nous nous séparons sur un sourire. C'est étrange de pouvoir à nouveau converser simplement. Etrange et agréable.
De retour à l'air libre et sous la lueur de la Lune, je déambule jusqu'aux grilles et m'en vais, sous ma capuche de velours, les pompons d'or s'agitent à mesure que j'accélère le pas. Arrivée à la clairière habituelle, je défais les pièces de métal qui recouvrent mon corps et les emballe dans la cape posée sur le sol. Enfin délestée de tout ce poids j'étire mes muscles et empli mes poumons de l'air de la forêt. Puis je retire ma longue jupe pour laisser à mes jambes, tout latitude de course nécessaire à la chasse. En caleçon court et dépouillée de mon corset, ma poitrine se devine sous la finesse du voile de coton qui la recouvre.
Je pli ma cape et la roule derrière un tronc avant de déposer dessus un parchemin, personne ne pourra y toucher sous peine de sévères dommages. Héhé.
Aaaah, voilà la nuit, l'heure des prédateurs approche et j'ai bien envie de me livrer à une belle chasse. Trépidante, haletante et savoureuse. Ce soir je nommerai ma proie « Akkira » et j'imagine déjà les contours frissonnant du plaisir avec lequel je planterai mes crocs dans sa chaire chaude.
Comme la nuit est belle !
Sortez donc joyeux monstres que Lunalee vous fasse danser !
Je m'élance en riant dans les ombres sinueuses des montages de l'Oghma.
/
Les marchants sont déjà là. Ils m'ont réveillé avec leurs charrues. J'ai finalement dormi dans le box de Funérailles après m'être occupée du gibier. Je me voyais mal aller salir de partout les quartiers des Capitaines à peine « rénovés »… et puis question d'habitude. Le gros poulain s'est roulé dans le … il est sale de partout.
- Tu es dégouttant.
Il me hennit dessus en soufflant sur la boue collée sur mes cuisses. Certes, je ne suis pas mieux.
- On a gagné un bain tous les deux.
J'enfile ma cape et monte à crue ce monstre écervelé. L'hiver foldien a un peu de retard alors l'eau ne doit pas avoir gelé. Funérailles trottine gaiement en chantant comme à son habitude. Nous avons visité tant d'endroits que je pense qu'il ne fait plus beaucoup attention à ce qu'il voit, tant que je suis là avec lui. Et lui avec moi. Il m'a tiré de bien des pétrins. Le clapotis de ses sabots tinte doucement dans le froid de la Lune des Etoiles, le soleil brille dans la ciel clair. En haut des cimes, les Grands Ducs me retrouvent et planent doucement jusqu'à moi. Je tend le bras pour permettre à l'un d'eux de se poser, l'autre n'attend pas mon instruction et vient accrocher ses serres sur l'une de mes cornes. La scène pourrait en effrayer plus d'un: Une cornue à cheval sur un monstre noir et des hiboux dans les cheveux … Farblendt a décidément élevé ces oiseaux d'une drôle de manière.
Je détache le petit rouleau noué à la patte du premier volatile et fait glisser mon doit sur les relief martelés. C'est ainsi que le chanteur aveugle communique avec ses « yeux ». Que me veut-il cette fois ?
- Tssss… haha !
Comment peut-il savoir déjà cela ?!
- Allons nous laver Funérailles ! De nouvelles aventures nous attendent.
Les Grands-Ducs s'envolent regagner les branchages où ils ne me perdent jamais vraiment des yeux. Le vent commence à se lever, dépêchons nous.
L'étendue limpide est juste devant nous et Funérailles se précipite pour finalement se jeter dedans.
- Brrrrr !
C'est … revigorant. J'ai juste eu le temps de balancer ma jupe sur la rive avant de plonger, nue et tête la première dans l'eau. Je nage un peu et me frotte vigoureusement les membre pour ôter les couches de boue. La chasse a été mouvementée hier et c'était fort bien ! Mes cheveux humides dégoulinent dans mon dos lorsque je sors du lac pour aller attraper ma robe de velours. Devant moi, dans les troncs, je sens l'aura lourde et oppressante de Dimitri. Je sais qu'il me regarde, caché derrière les arbres comme un fauve. Si tant est qu'il puisse faire l'erreur de me voir comme une proie. Funérailles revient sur la rive et je tarde un peu à enfiler mon vêtement.
- Le spectacle te ravit ?
Je hausse le ton pour qu'il m'entende et laisse mon rire se glisser jusqu'à lui. Une fois vêtue je remonte sur le dos de mon canasson préféré et commence à démêler son crin lorsqu'il s'élance à vive allure en direction du Monastère.
- La place est chaude, profites en pour te laver aussi ! Hahaha !
Ma voix se perd dans les feuillages et il me semble apercevoir sur un rocher, un pan de la cape de Dimitri. Vraiment, qu'il en profite pour se nettoyer. Mes cheveux humides, figés par le froid de l'hiver son dans mon dos. Je remonte alors ma capuche aux abords des grilles et baisse un peu la tête.
De retour, propre et vêtue, je croise deux de mes camarades.
- Où allez vous donc ?
Je rejoins Ashe et Annette qui ont revêtu leurs chaussures fourrées.
- Oh Lunalee ! Comme vous êtes chargée !
Annette se retourne pour m'aider mais je la rassure, ce n'est pas un sanglier qui va m'arrêter ! Je l'ai dépecé hier et il me faut vendre maintenant certains morceaux.
- Nous allons en ville !
- Puis-je me joindre à vous ?
Les deux me répondent en souriant.
Il y a peu de vie mais tout de même de l'agitation. Le magasin de confiseries n'a pas encore réouvert au grand damne de Ashe, mais Annette parvient à dénicher des aliments intéressants ! Quant à moi, j'ai parcourus plusieurs étales pour pouvoir gagner des écus et troquer les denrées. L'opération s'est fort bien déroulé !
- Qu'avez vous trouvé Annette ?
- De quoi faire un bon repas !
Elle salive en me montrant les différents mets et je crois déceler des mots entre deux écoulements de salive.
A coté de nous, sur le seuil de l'une des boutiques tout juste rouvertes, Ashe est en pleine discussion avec l'un des marchants. Il ont l'air de chercher quelque chose sans parvenir à le trouver. Le voir ainsi, ce garçon aux taches de rousseurs, je vois bien qu'il a grandit, comme nous tous, il a du se battre pour se trouver lui-même. Plusieurs autres hommes se joignent à la conversation, je décide de m'y glisser. D'expérience, ce genre de discussions recèle parfois d'informations juteuses.
- Non, nous n'avons rien reçu pour l'instant.
- Aucun mot, aucun parchemin?
Le marchant hoche négativement la tête.
- Qu'attendez-vous?
Je rabats ma capuche pour être bien certaine de dérouler mes ornements à leur yeux. Ashe me répond, il semble contrarié.
- La suite du poème aurait déjà dû être publiée… J'espère qu'il ne s'est pas fait capturer par les forces impériales.
- J'ai entendu que certains ministres voyaient ses publications d'un très mauvais oeil, d'autant plus qu'ils ne sont pas parvenus à comprendre comme il pouvait distribuer aussi rapidement les pamphlets.
J'arque un sourcils (mais ils ne le voient pas, évidemment).
- Qui donc ?
La bouche en coeur, je veux vraiment savoir ! Ils glissent leurs regard de gauche à droite à l'affut du moindre espion ou garde qui pourrait entendre leurs voix. Puis Ashe se penche vers moi et me chuchote à l'oreille.
- Olee. L'auteur de la propagande contre l'Empire. On ne sait pas qui il est mais il parvient à distribuer ses pamphlets partout dans Fodlan. Certains le voient comme le porteur d'une révolution latente, une possible lutte contre l'oppression de l'Empire.
Puis l'un des marchants ajoute, toujours à voix basse.
- Il dispose d'informations et de connaissance qu'il glisse dans des poèmes, mais nous comprenons, nous savons ce qu'il chercher à nous dire.
Le silence se fait entre les hommes et Ashe rajuste son veston en masquant ses lèvres.
- Mais cela commence à faire longtemps que nous n'avons pas eu de nouveau poème et ça commence à nous inquiéter. S'il s'est fait attrapé, ce serait la perte d'un grand espoir.
Ooooh, je comprends ! J'attrape la main de Ashe et le tire hors du cercle de ragotteurs. Annette est déjà partie à sa besogne culinaire, nous n'avons plus rien à faire ici et surtout lui, qu'il se tienne loin de ces marchants louches.
Tout le monde cherche Olee, et il n'est pas rare que les espions impériaux se fassent passer pour des partisans avec l'intention de rafler des indices sur l'identité de cet inconnu rassembleur. Depuis que les mots d'Olee ont été publié, le peuple s'est rallié en secret sous les poèmes qu'il dissipe un peu partout, jusque dans les chaumières les plus inaccessibles.
Lorsque nous avons quitté les inconnus, je relâche la main de Ashe et prend avec lui, le sentier qui mène au monastère.
- Vous lisez donc Olee.
Ashe sourit et réajuste une mèche de cheveux derrière son oreille.
- Oui, je dois avouer que certaines des informations m'ont été utiles et … simplement le soutien de savoir qu'il y avait d'autres qui menaient la lutte. J'ai fait ce que j'ai pu mais toutes les batailles n'ont pas pu être remportées.
Un voile de tristesse ? Passe sur son visage. Je n'arrive pas bien à savoir s'il s'agit bien de cela, ou alors de la colère.
- Je ne pensais qu'Olee puisse être perçu comme une voix de rebellions, je dois avouer ne pas l'avoir perçu ainsi. Pour moi c'est davantage …
Je prends le temps de peser mes mots, leurs sens et leurs portées. Car lorsqu'il s'agit d'Olee, tout n'est que nuance et jeux de tons. Tout est dentelle, joaillerie verbale.
- Pour moi, Olee est plus une version de l'histoire, une vision à raconter pour aider à faire des choix. Il ne fait que conter, jamais il n'ordonne.
Devant les écuries, Ingrid et Sylvain nous rejoignent et je sens que Ashe s'est plongé dans un mutisme aux allures d'inquiétude. Il doit vraiment s'en faire pour Olee … Mais je peux comprendre le pouvoir qu'ont les mots. Dans des soirs de détresse, la voix invisible et pourtant mélodique de ce poète m'a fait du bien. Voir couchées par l'encre des mots doux et pleins de sens. C'était comme vider les pensées qui rongeaient mon esprit.
Il faudrait que je le rassure, mais ce n'est pas à moi de le faire, seul Olee le pourra.
- Joignez-vous à nous !
Sylvain m'ouvre la porte en me pointant du doigt la table dressée dans le réfectoire.
- Ooooh que oui ! Volontiers !
J'attrape son bras et nous pénétrons tous les deux dans la grande salle qui a presque retrouvé de son allure d'antan. Les odeurs elles n'ont pas changé.
- Je mangerai un boeuf !
Je ris et regarde Ingrid attraper ses couverts. Non, si moi je peux manger un bœuf, elle, c'est tout le troupeau qu'il ingurgite, et l'éleveur avec.
- Qu'est-ce qui vous amuse ?
- Rien du tout !
Je mets mes mains sur ma bouche pour m'empêcher de rire tandis que la jeune blonde me détaille de son air sévère.
- Nous sommes à table, vous devriez vous découvrir.
Elle dit cela sans me regarder et Annette nous rejoint finalement, accompagnée de Mercedes. La jeune soigneuse nous salue tous. A vrai dire, si elle n'avait pas été là, je l'aurai peut-être fait, mais je connais sa dévotion pour la Déesse et plus que tout, elle est de ceux qui sont chers à mon coeur. Alors je remplis mon verre et me désaltère sans quitter ma capuche.
Felix finit lui aussi par se joindre à nous, de la sueur perle sur son front, il a du aller s'entrainer. Il s'assied en soupirant contre la qualité médiocre des armes qui ont été récupérées.
- Les finances du monastère ne sont pas au beau fixe, il va falloir faire avec.
- Peut-être devrions nous demander de l'aide aux forges de l'Abyss ?
Ashe sort enfin de sa torpeur et insiste un peu (beaucoup) pour se porter volontaire et aller poser la question aux abyssiens. Je glisse un oeil curieux sur ses pommettes rosies. Je ne suis pas certaine qu'il n'y ait que les forges qui l'intéressent.
- Au fait Luna ! Emile m'a chargé de vous inviter à venir le rejoindre dans l'après-midi à l'entrainement.
Mercedes est la seule à continuer de m'appeler ainsi, mais je ne m'offusque pas. Je me contente de sourire et de hocher la tête. Affronter le professeur Jeritza !? Jamais je ne passerai mon tour !
Les dames viennent remplir la table de mets odorants et j'espère très fort que ce sera bon ! Tous se jettent joyeusement à l'assaut culinaire et nous plaisantons un peu sur certaines frasques et ragots dont nous aurions pu avoir connaissance.
L'ambiance est au beau fixe et c'en serait presque trop beau. Si seulement cette chaise en bout de table n'était pas vide. Personne n'a pris la place de Dimitri, nous l'attendons tous.
Le temps viendra où il se joindra à nous. J'y crois très fort.
/
Avant de me rendre au terrain, je fais un petit détour vers les écuries et défait les mousquetons de la scelle de Funérailles, ceux qui retiennent ma faux. Quelque chose me dit que le Professeur Jeritza ne m'attend pas avec une épée en bois …
Le manche en main, je me dirige vers les grandes portes et tend la main pour les pousser.
- Ouaf ouaf !
- Tiens ?!
Ce n'est pas le Blayddid que j'attend mais ce petit cabot remue la queue avec joie. Il aboie et jappe en se mettant debout sur ma jambe. Je lui gratte l'arrière des oreilles et sa langue léchouille le bout de mes doigts. J'ai comme une impression de « déjà-vu ». Et si la scène se répète, alors, derrière les portes il y a…
Le son des métaux qui s'entrechoquent et le vent des assauts violents, parfumé de transpirations. Quel beau spectacle.
Jeritza qui affronte Dimitri à la lance, sous le regard aiguisé de Byleth. Je ne sais pas où il prend le plus de plaisir: à voir bouger le corps de Jeritza ou simplement admirer ces deux bêtes qui se jettent l'une sur l'autre. Je fais le tour des arcades et m'en vais rejoindre Byleth qui me salue de la tête. Toujours muet, il re fixe immédiatement ses yeux sur l'affrontement qui se joue.
Mais lorsqu'il m'aperçoit, Dimitri s'arrête et me fusille du regard. Il semble hésiter. Fut un temps il m'aurait défié sur le champ, roulé dans le sable et cassé les dents en m'embrassant. Mais là, il hésite et éclate le manche de son épée en serrant le poing.
- Nous reprendrons cela une autre fois.
Il me regarde et pourtant c'est à Jeritza qu'il parle.
- Tssss… De quelle fausse pudeur vas-tu encore te couvrir pour justifier ta fuite ?
Il grogne et plante son talon dans le sol. Le sable vol mais j'ai largement vu mieux. Je sais qu'il voudrait venir se jeter sur moi, je le vois dans son regard et je l'ai compris dans son baiser. Mais ses tourments l'enferment et le soustraient à tout et surtout à moi. Il y a longtemps, j'ai pris son coeur entre mes mains, tout comme il a prit le mien. Je mettrai le feu à ses noirceurs, pour pouvoir me jeter dans ses bras.
Le Prince nous quitte, sans un mot mais il orne sa fuite de grognements désagréables.
Me voilà seule avec les professeurs.
Jeritza saisit une nouvelle lance d'argent sur le sol et repousse ses cheveux crème en arrière. Byleth s'assied sur les marches et dépose sa Wo Dao sur ses jambes. Quant à moi, je fais danser ma faux dans les airs et invoque un feu violet qui vient embraser la lame.
Les pieds ancrés dans le sol, je détail avec appétit le corps de mon adversaire qui me gratifie du même regard jubilatoire.
Derrière les portes, les trompettes sonnent le retour des Chevaliers de l'Ordre de Seiros. Exactement comme Farblendt me l'a sifflé ce matin aves ses hiboux. La donne évolue.
Que le combat commence
