Chapitre 29 : L'être aime
Bonne lecture !
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Les semaines étaient passées, amenant avec elles la routine habituelle sans cesse interrompue par les soubresauts de son nouveau quotidien. Elle avait repris le travail à un rythme normal. Les dossiers s'enchaînaient et sa concentration était revenue. Le midi, elle déjeunait avec Harry qui lui donnait des nouvelles de Ron et des Weasley en général. Elle ne s'était pas encore aventurée à revenir chez lui. D'après ses dires, Ginny était toujours dans une fureur noire contre elle et il valait mieux rester éloignée d'elle lorsque ses foudres menaçaient de s'abattre.
Hermione avait aussi revu Dean, leur déjeuner hebdomadaire du mardi n'avait pas cessé de perdurer, malgré les révélations perturbantes du jeune homme. Ils n'en avaient pas reparlé, choisissant tous les deux la facilité d'enfouir les évidences pour ne conserver que la chaleur réconfortantes des moments du passé. Si Hermione avait tout d'abord été tourmentée par la déclaration de Dean, ne sachant pas comment se positionner face à ça, elle savait désormais sans même en douter que ses sentiments, bien que puissants, ne pourraient pas se transformer en amour. Avec Dean, elle ferait la même erreur qu'avec Ronald. Leur amitié était si puissante qu'elle pouvait parfois laisser croire aux appels de l'amour. Pourtant, s'engager de nouveau dans ce type de relation dont elle avait mis tant d'années et d'énergie à s'extirper serait une erreur monumentale.
Et puis il y avait Malefoy. Malefoy qui, au fur et à mesure du temps était devenu de plus en plus souvent Drago. Drago qui partageait presque toutes ses soirées. Drago qui la transportait toujours dans le monde des merveilles. Drago qui semblait la connaître mieux qu'elle ne se connaissait elle-même. Drago qui avait fait d'elle une femme heureuse et accomplie. Grâce à lui, elle avait appris à connaître son corps, ses besoins et ses envies. Elle n'avait plus honte de qui elle était ni de ce qu'elle désirait. Elle s'oubliait avec lui, ne vivant que dans un monde de douceur et de plaisir. Pourtant, la luxure continuait à être le pilier de leur relation. S'ils passaient la majorité de leurs soirées ensembles, ils n'allaient jamais dîner en extérieur et ne se promenaient pas main dans la main sur le Chemin-de-Traverse. Tout cela était purement impossible et ne le serait jamais. Drago était marié. Sa femme, pourtant presque inconnue aux yeux d'Hermione planait au dessus d'eux comme le reflet funeste d'une guillotine. Chaque fois qu'ils s'aventuraient un peu trop loin à se considérer comme un couple, elle revenait, en silence s'insinuant sournoisement dans leurs pensées. Alors, elle se contentait de ces moments d'oubli, travaillait de manière acharnée sur les projets de l'école, et enseignait chaque jour un peu plus les rudiments de la société moldue à son élève qui semblait dorénavant plus intéressé que méprisant.
Pourtant, comme une boucle infinie, les moments d'égarements étaient rattrapés par leur funeste réalité. Plusieurs fois, le sujet du divorce était revenu sur la table.
Hermione l'avait bien fait, elle. Il ne lui serait pas si compliqué de faire de même. Pourtant, Drago était formel. Hermione n'avait jamais réussi à avouer sa déchéance de sentiments à Ron. S'ils étaient dorénavant séparés, c'était uniquement parce qu'il avait mis à jour sa relation extra-conjugale. Astoria, elle, n'avait que faire des fréquentations de son mari. Du moins, c'est ce qu'elle laissait sous-entendre par le silence qu'elle posait sur ce qui était aujourd'hui une évidence. Astoria était de ses femmes, élevées dans les traditions aristocratiques qui ne considéraient pas le mariage comme une chemin pavé de bonheur. Le mariage n'était rien d'autre qu'un contrat, établi entre deux parties, qui ne se rompait qu'au décès d'un des signataires. Aucune clause n'était apposée, rien. Si elle demandait le divorce, mettant à jour l'infidélité de son mari, c'était sur elle que le couperet tomberait. Toutes les autres épouses se demanderaient ce qu'elle avait de si repoussant pour ne pas être capable de conserver son mari. Elles chercheraient en elle sa tare, sa faiblesse et serait alors considérée comme une pestiférée.
Non, Astoria n'était pas stupide. Elle savait où était sa place, et celle de son mari. Elle attendait, sagement chaque soir en guettant le bruissement de la cheminée. Si au départ, ses absences étaient irrégulières, voilà quelques semaines que Drago se montrait réglé comme un coucou suisse. Il rentrait directement après le travail tous les lundis, mercredis et vendredi soirs avant de s'éclipser de nouveau une fois le dîner passé. Il n'y avait que le vendredi où il restait dormir, passant systématiquement sa journée du samedi en compagnie de son fils. Une fois la nuit tombée, il le redéposait au manoir et s'en allait pour le reste du week-end sans jamais en dire plus sur sa destination.
Hermione avait tenu sa parole. Jamais ses enfants n'avaient été en contact, de près ou de loin avec Drago Malefoy. C'est pourquoi, trois fois par semaine, elle passait quelques heures dans son ancienne maison, jouait avec ses petits, aidait Rose à faire ses devoirs et donnait son bain à Hugo. Le samedi était une journée merveilleuse où Ron, ne pouvant que rarement se libérer du travail, confiait la garde exclusive à Hermione. Elle pouvait alors avoir le loisir de se promener avec eux, de les emmener au parc, au zoo ou même en excursion dans le Londres moldu que ses enfants aimaient tant.
La semaine passée et après de nombreuses visites infructueuses, elle avait enfin dégoté un appartement convenable. Les loyers du Londres sorcier étaient devenus exorbitants. La population s'agrandissait de plus en plus mais le rues n'étaient pas étirables et les logements se faisaient rare. Alors, Hermione s'était rabattue sur un quartier moldu. L'appartement offrait un confort indéniable et, après l'intervention des techniciens du Ministère chargés de protéger les artefacts moldus de l'énergie sorcière, il était devenu parfait. Hermione disposait de trois belles chambres, deux salles de bain et un grand salon ouvert sur une cuisine aménagée.
Elle n'en était pas fière mais avait dû avoir recours à la magie par deux fois pour pouvoir acquérir ce bien. La compétition immobilière était rude aussi du côté moldu et les agents ne faisaient que tiquer en voyant son dossier suspect. Elle n'était jamais en mesure de fournir ses fiches de payes ou même un contrat de travail. Son relevé de compte moldu n'avait pas bougé depuis des années et elle ne possédait même pas de pièce d'identité en règle. Lorsque Hermione avait vu cet appartement, elle savait qu'elle ne devait pas passer à côté alors, quelques sortilèges de confusion s'étaient avérés indispensables. Elle avait emménagé dans le week-end et pouvait enfin recevoir ses enfants chez elle pour la nuit.
Une semaine plus tard, Hermione s'arrangea pour poser son vendredi après-midi. L'heure était venue, Ron et elle devaient se retrouver pour signer les papiers du divorce. Ils avaient rendez-vous à quinze heures dans la cabinet de Maître Walsh. Hermione tenait absolument à être à l'heure et arriva avec quinze minutes d'avance. Elle patienta calmement dans la salle d'attente, feuilletant un vieil exemplaire de Sorcière Hebdo sans qu'elle ne pose réellement les yeux dessus.
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« 'Jour. » grommela Ron en entrant dans la pièce.
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Hermione se redressa aussitôt, déposant par la même occasion le journal sur une petite table à côté d'elle.
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« Bonjour Ron. » répondit-elle calmement en tentant de lui sourire.
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Ron et elle s'étaient revus durant les dernières semaines. Bien sûr, il avait besoin d'être là quand elle venait chez eux vois ses enfants. Pourtant, il s'arrangeait toujours pour filer rapidement et il ne pointait de nouveau le bout de son nez que lorsqu'il était temps de partir. Le maximum de mot échangés avaient dû être atteints deux semaines plus tôt lorsqu'elle lui avait demandé des nouvelles de sa famille et qu'il avait négligemment répondu « ça va ».
Le justicomage les pria de venir dans son bureau, ne leur laissant pas le temps d'installer un silence gênant.
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« Monsieur Weasley, j'ai bien reçu vos listes d'exigences et ai tenté d'établir un compromis en me basant dessus. La maison située au 32 Milner Street ainsi que tout son mobilier vous sera cédé. En contre partie et puisque la loi sorcière nous l'oblige, vous serez dans l'obligation de dédommager Miss Granger de la moitié de la valeur de ces biens auquel se soustrait les cotisations déjà versées, tout cela ramené à la valeur du jour, c'est à dire vingt-six mille cent cinquante cinq gallions deux mornilles et vingt-sept noises. Vous pouvez, après accord de Miss Granger, régler ce montant immédiatement ou échelonner sur une période maximum d'un an à compter de ce jour. »
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Ron hocha brièvement la tête qui était rentrée au creux de son cou. Son corps entier était si raide qu'il avait une position très surprenante sur son fauteuil. Son corps semblait lutter pour ne pas s'y imbriquer, comme s'il préférait souffrir plutôt que de se sentir à sa place dans cet endroit.
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« Votre coffre commun à Gringotts à été clôturé plus tôt dans la semaine. » reprit Maître Walsh sans reprendre son souffle. « Dès la signature de ces documents et après réception par les gobelins, le contenu du coffre sera divisé en deux et transféré dans vos coffres personnels. Bien, maintenant passons à la répartition de garde des enfants. »
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Maître Walsh avait un ton résolument froid et pragmatique, comme s'il psalmodiait une diatribe sans réelle influence. Ron et Hermione s'étaient tous deux redressés en entendant ses mots. Ils n'avaient que faire de l'or et de sa répartition tant qu'ils avaient chacun de quoi vivre convenablement. Leurs enfants était ce qui comptait réellement et ce qui avait fait que leur couple avait perduré si longtemps malgré les épreuves.
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« Il a été établi que la garde sera partagée de manière classique. Rose et Hugo Weasley-Granger seront sous la garde de leur père, Ronald Weasley du lundi au dimanche, les semaines paires. Miss Granger aura la garde durant les semaines impaires. Il en sera de même pour les vacances scolaires. Seuls les congés d'étés seront répartis d'un mois chacun, à la convenance amiable des dates. Est-ce que cela vous convient ? »
« C'est parfait. » assura Hermione.
« Hum. » lâcha Ron sans grande conviction.
« Bien. Je tiens à vous rappeler les lois qui régissent les droits de gardes et les ruptures magiques de mariages. »
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L'énoncé de leurs droits et devoirs dura une bonne heure pendant laquelle Maître Walsh récita de sa voix monotone des textes de lois qu'Hermione connaissait déjà par cœur. La fin du rendez-vous se ponctua par la signature des papiers, clôturant officiellement le couple qu'ils avaient formé.
C'est le cœur gros qu'Hermione apposa sa plume sur le papier, l'encre entachant la fin de sa vie maritale.
Ron mit plus de temps, la plume suspendue dans l'air à fixer intensément le parchemin. Il poussa de nombreux soupirs, sembla retenir ses larmes. Hermione posa une main délicate sur la sienne, tentant de l'encourager et de le soutenir par ce geste, et il finit par laisser son empreinte d'une main tremblante.
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« Ça y est, tu es contente ? Tu n'es officiellement plus aucunement liée à moi. » cracha Ron, une fois dehors, qui semblait cacher sa tristesse par ses sarcasmes.
« Je dois dire que je suis soulagée de pouvoir passer à autre chose, oui. Mais, je serais toujours liée à toi. Nous avons Rose et Hugo, ils seront toujours ce que nous avons de plus cher. » répondit doucement Hermione en lui adressa un sourire timide.
« Tu pourras venir les récupérer dimanche à dix-huit heures. » furent les seules paroles qu'il prononça avant de transplaner.
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Hermione resta pantoise, quelques minutes. Seules dans la rue, elle regarda longuement son annulaire gauche à présent vide. Une fine marque blanche laissant entrevoir la forme délicate que son alliance occupait.
Malgré toutes les infidélités qu'elle avait pu commettre, son cœur était au bord des larmes. Une page de sa vie venait de se tourner. Aujourd'hui, officiellement et aux yeux de la justice magique, Hermione Granger redevenait une demoiselle, une mère célibataire qui avait perdu son Weasley. Le soulagement laissa vite place à la nostalgie et, tandis qu'elle marchait jusqu'à son appartement, elle eut une pensée pour ses enfants qui, bien qu'ils n'aient rien demandés, se retrouvaient privés d'un parent, une semaine sur deux. Elle aurait aimé leur offrir le confort d'une vie familiale parfaite, mais c'était au dessus de ses forces.
Elle lâcha un profond soupir en enfonçant la clé dans la serrure, ravalant des larmes qu'elle ne se sentait pas légitime de laisser couler.
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« Miss Granger, je vous attendais. » lança Drago de sa voix suave et séductrice depuis le canapé du salon.
« Qu'est-ce que tu fais là ? » demanda-t-elle d'une voix plus sèche qu'elle ne l'aurait voulu.
« Je venais fêter ton nouveau célibat mais, si je dérange je peux m'en aller. »
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Malefoy haussa un sourcil, décontenancé par sa réaction. Naïvement, il s'était imaginé qu'elle rentrerait chez elle en sautillant de joie, finalement débarrassée de ses contraintes maritales qui lui pesaient tant. Pourtant, même si elle était à l'origine de ce divorce et le souhaitait profondément, elle ne pouvait pas en éprouver une incommensurable joie alors qu'elle connaissait l'ampleur des conséquences de sa décision.
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« Non, non, reste. » soupira-t-elle en se laissant tomber sur le canapé à ses côtés.
« Ça ne va pas ? Je pensais que tu serais soulagée que tout ça soit derrière toi. »
« C'est bon, Malefoy, ne fais pas celui qui a envie de m'écouter m'épancher. Je sais très bien pourquoi tu es là, n'attendons pas plus longtemps. » lâcha-t-elle en passant son haut par dessus sa tête, d'une mine dépitée.
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Drago l'arrêta en posant une main ferme sur son avant bras, la faisant redescendre son chemisier blanc.
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« Mais qu'est-ce qui te prends ? Je crois qu'on a dépassé ce stade depuis longtemps, toi et moi. » dit-il en fronçant les sourcils.
« De quel stade tu parles ? » grinça-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.
« De celui où l'on se voyait uniquement pour coucher ensemble. »
« Ah bon ? Et on est à quel stade alors, maintenant ? »
« Hé ben… Je ne sais pas moi, celui où l'on passe du temps ensemble, où on dîne calmement et où il nous arrive même de nous voir sans nous envoyer en l'air. »
« Ce n'est arrivé qu'une seule fois parce que tu étais malade après avoir ingurgité une quantité astronomique de sushi achetés à la station service. » lâcha-t-elle, amère, en détournant son regard de lui pour fixer la fenêtre face à elle.
« Et tu peux me dire comment j'étais censé savoir ce qu'était une station service et pourquoi il ne fallait pas acheter de sushi dans cet endroit ? » demanda-t-il d'un air outré.
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Hermione soupira sans prendre la peine de répondre et s'enfonça un peu plus dans les coussins du canapé.
Drago marqua une pause, le temps de réfléchir à ce qu'elle venait de lui dire puis se rapprocha d'elle, posant une main délicate sur son épaule.
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« Est-ce que c'est ce que tu voudrais ? Qu'on se balade main dans la main, qu'on aille dîner au restaurant ? »
« A quoi bon ? » maugréa-t-elle sans cesser de se renfrogner.
« Sur le coup, je ne te suis pas. » dit Malefoy en commençant à s'agacer de la situation. « Je te dis que notre relation a évolué, tu n'es pas d'accord. Je te propose de lui donner un nouveau échelon, encore une fois tu n'es pas contente. Dis moi clairement ce que tu veux ! »
« Je ne veux rien que tu sois capable de me donner. »
« Qu'est-ce que ça veut dire ? »
« Ça veut dire qu'on devrait peut-être arrêter de se voir. » lâcha-t-elle d'une voix froide, les yeux plongés dans le vague.
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Drago resta pantois quelques secondes avant que la surprise ne s'efface de ses traits pour laisser place à la colère.
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« Alors ça y est ? J'ai été une bonne distraction pour toi le temps que ton mariage prenne fin et maintenant que tu es libérée de Weasley, tu te décharges aussi de moi ? C'est quoi ton problème Granger ? Tu en vois un autre ? C'est ce connard de Thomas, c'est bien ça ? Tu préfères une relation plan plan dans laquelle tu t'ennuieras à mourir pour pouvoir baiser de nouveau avec moi quand tu te seras lassée ? Je ne suis pas ton gigolo. »
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Il s'était levé, les lèvres pincées par la colère et les poings résolument croisés sur sa poitrine.
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« C'est le cracmol qui se fiche du moldu ! Tu t'entends Malefoy ? Avec ta crise de jalousie à deux mornilles ! Tu ne veux pas être ma roue de secours mais me garder sous le coude comme ta gentille maîtresse ça ne te pose pas de problème ? Tu n'es pas mon gigolo mais je ne suis pas non plus ta pute, Malefoy. » cracha-t-elle en se levant à son tour, les joues rougies par la hargne.
« Mais bon sang Granger, tu vas finir par le cracher ton morceau ! Qu'est-ce que tu attends de moi ? »
« Je n'en peux plus de cette place. Je ne veux plus être cachée dans l'ombre de ta femme. » lâcha-t-elle finalement, ses yeux brisant leur contact visuel en allant se loger dans les mailles de son tapis.
« Tu sais bien que je ne peux pas faire ça. » soupira-t-il en se rapprochant d'elle pour prendre sa main.
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Hermione le dégagea fermement alors que leurs doigts s'effleuraient, amorçant un mouvement de recul.
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« Et pourquoi pas ? C'est si compliqué que ça de la quitter ? Tu ne l'aimes plus, tu m'as même certifié n'avoir jamais été amoureux d'elle. Qu'est-ce qui te pousse à garder ce mariage intact alors qu'on pourrait construire quelque chose de réel, tous les deux ? »
« Hermione… C'est plus compliqué que ça, on en a déjà parlé… Astoria et moi sommes liés par des traditions plus vieilles que nous. Notre mariage a un poids plus fort que n'importe quel accord magique. C'est un contrat social qui réunit nos deux familles. Nous ne pouvons pas divorcer, c'est comme ça. »
« C'est comme ça ? Donc, la discussion est close ? Soit je passe ma vie à te voir en cachette sans le moindre espoir d'un avenir commun soit tout s'arrête ? »
« Ne sois pas si radicale, je suis sûr qu'on peut trouver un terrain d'entente qui nous convienne à tous les deux. » soupira Drago en s'avançant de nouveau vers elle pour tenter une nouvelle approche.
« Vas y, dis moi à quoi tu penses, je serais surprise de voir comment je pourrais être heureuse à tes côtés bien que tu sois toujours marié. » dit-elle en croisant les bras sur sa poitrine, créant ainsi une barrière physique entre eux.
« Je ne sais pas moi, peut-être que si j'en parlais à Astoria, elle accepterait ta présence. »
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Hermione éclata d'un rire amer.
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« Oh mais oui, qu'elle bonne idée. On pourrait aller manger tous les quatre, Astoria, Scorpius, toi et moi le dimanche midi chez tes parents ? Et puis, pourquoi pas partir en vacances ensemble à la montagne ? Ce serait sympa, la gentille petite famille parfaite et leur putain en vadrouille. Ça ferait un titre parfait pour un livre pour enfant. »
« Mais vas y, si tu es si maligne, donne la moi la solution ! » grogna Malefoy en fronçant les sourcils, vexé de se faire ainsi tourner en ridicule.
« Il n'y a pas de solution, Malefoy. Tant que tu seras toujours marié, il ne se passera plus rien entre nous. »
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Ce fut au tour de Drago de lâcher un rire dénué de joie.
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« Donc tant que tu étais mariée, tu ne voyais pas le problème mais maintenant que tu es libre tu n'es plus d'accord avec notre manière de fonctionner et je dois, à mon tour, gâcher ma vie pour tout te sacrifier ? »
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Instantanément, les yeux d'Hermione s'humidifièrent. Elle planta discrètement ses ongles à l'intérieur de ses paumes pour s'empêcher de pleurer. Il était hors de question qu'il assiste à ça, hors de question qu'il se rendre compte à quel points ses mots étaient douloureux.
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« C'est parfait, Malefoy. Tu as très bien résumé la situation. Maintenant si tu veux bien me faire le plaisir de sortir de chez moi, je ne voudrais pas à nouveau gâcher ta vie. »
« Hermione... » soupira-t-il « Ce n'est pas ce que je voulais dire... »
« C'est trop tard, Malefoy. Les mots sont sortis. »
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A nouveau, il tenta de la prendre dans ses bras, mais dans un mouvement plus violent que les précédents elle le repoussa jusqu'à le faire trébucher.
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« Dégage ! » hurla-t-elle en pointant un doigt rageur vers la porte d'entrée.
« Hermione... » tenta-t-il.
« Dégage j'ai dit ! Sors de chez moi ! » cria-t-elle à nouveau en le poussant vers la porte.
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Soupirant en sentant que la partie était perdue, Malefoy avança jusque dans l'entrée. Avant de refermer le porte, il lui lança un dernier regard qu'il voulait rempli d'amour et de regret.
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« Pardonne-m... »
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Hermione ne put entendre la fin de sa phrase, coupée par le bruit tranchant de la porte claquant dans l'air. Elle l'avait refermée de manière si sèche qu'elle n'était pas persuadée qu'il n'aurait pas le nez coincé dedans mais, ces considérations n'étaient pas à l'ordre du jour.
Atterrée par leur conversation, elle se laissa tomber sur son canapé, s'autorisant enfin à laisser les larmes sortir. C'en était trop. Cette journée était trop intense en émotion. Et voilà qu'elle venait quitter les deux hommes qui rythmaient sa vie. Son mari qui, bien qu'elle n'en soit plus amoureuse, auquel elle était toujours profondément attachée. Et son amant qui, elle avait osé l'espérer, aurait pu un jour devenir plus. Ses espoirs étaient vains. Malefoy ne serait jamais celui avec qui elle partagerait sa vie. Leur histoire n'avait pas débuté de la bonne manière et, malheureusement, il semblait qu'elle ne puisse plus perdurer comme elle l'aurait souhaité.
Le corps secoué de sanglots, Hermione finit par s'endormir, recroquevillée dans son canapé, serrant à en perdre le souffle un coussin trempé de larmes.
Lorsqu'elle se réveilla le lendemain matin, un mal de crâne lancinant frappait ses tempes. Ses joues étaient encore marquées des sillons noirs qu'avaient laissés ses larmes. Elle soupira, ne souhaitant pas regarder plus longtemps l'image qu'elle dégageait dans le reflet du miroir et se laissa aller dans un bain chaud et réconfortant.
Elle ne sortit que lorsque toute la mousse avait disparue et que la température commençait à baisser drastiquement. Elle était à peine seiche lorsqu'elle entendit des petits coups frappés à la porte de son appartement. En vitesse, elle enfila un peignoir avant d'aller ouvrir.
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« Je suis désolé. » se fit entendre une petite voix cachée par un gigantesque bouquet de fleurs qui dissimulait son propriétaire.
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Hermione soupira et hésita sérieusement à fermer la porte avant de l'entendre reprendre. Mais pour qui la prenait-il ? Depuis quand un bouquet de fleurs, aussi énorme soit-il, pouvait la faire oublier la terrible déception de voir ses espoirs anéantis ?
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« Je n'aurais jamais dû dire ça. Je me suis laissé emporter par la colère. J'ai été stupide et impulsif. Tout ça ne me ressemble pas. Je ne veux pas te perdre, Hermione. Toute notre histoire compte beaucoup trop pour moi. Tu as pris une ampleur inédite dans ma vie. En quelques jours, tu t'étais déjà incrustée si profondément dans ma tête que je ne pouvais plus me défaire de toi. Depuis le jour où tu as posé tes lèvres sur les miennes, je ne vis plus que pour le plaisir de les sentir à nouveau. Je ne survivrai pas à ton départ. Hermione, je ne suis qu'un abruti fini, trop lâche pour aller à l'encontre de traditions qui n'ont plus de sens que dans ce cercle restreint duquel je n'arrive pas à me détacher. Jamais je ne me suis excusé de la sorte. Je ne sais même pas trop si je fais ça vraiment correctement mais, je t'en supplie, laisse moi entrer. Laisse moi te dire à quel point tu comptes pour moi. Laisse moi te montrer à quel point je t'aime. »
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C'était la première fois qu'il prononçait ces trois petits mots. Le cœur d'Hermione fit un bon inconsidéré dans son poitrine. De nouveau, ses yeux s'embuèrent de larmes mais, cette fois-ci, ce n'était ni de la colère, ni de la tristesse ou de la lassitude. Un sourire ému aux lèvres, elle agrippa fermement son poignet pour le faire entrer chez elle.
En faisant ces quelques pas, il avait finalement baissé le bouquet et elle pu enfin apercevoir son visage. Ses traits étaient durs, tirés par une angoisse qu'elle n'avait encore jamais décelée chez lui. C'était la première fois qu'elle le voyait ainsi. Sans son masque de convenance et d'apparence, Drago Malefoy semblait enfin devenir humain.
Alors, et sans perdre une seconde elle l'attira vers lui et posa avec douceur ses lèvres sur les siennes. Leurs yeux se fermèrent et leurs corps se rapprochèrent encore un peu. Drago pouvait sentir la poitrine d'Hermione buter contre son torse à chaque mouvement de respiration. Son cœur battait à tout rompre alors que leurs langues se liaient dans une douceur nouvelle.
Aucun d'entre eux n'entendit le bouquet de fleur tomber au sol dans un bruissement de pétales. Pourtant, Drago se servit de sa main dorénavant libre pour la placer dans la nuque de sa partenaire et ainsi approfondir le baiser. Hermione se blottit contre lui et, dans un soupir d'aise leurs lèvres se décrochèrent enfin. Hermione vint se nicher dans le cou de Drago tandis qu'il parsemait le sommet de son crâne de baisers légers.
Lentement, Hermione se redressa et vint accrocher son regard au sien. Une lueur nouvelle brillait dans leurs pupilles. Si l'amour était maintenant affiché clairement, une pointe de nostalgie se lisait déjà. Un petit sourire triste naquit sur les lèvres d'Hermione alors que Drago baissait les yeux, se raclant difficilement la gorge en sentant s'y former une boule.
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« Hermione je… je suis désolé je ne peux pas… je t'aime mais, je… je ne peux pas faire ça... »
« Je sais. » le coupa-t-elle en posant un doigt sur ses lèvres.
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Rapidement, elle vint le remplacer par ses propres lèvres et leur baiser reprit, avec une intensité nouvelle. Hermione l'entraîna jusque dans sa chambre à coucher et, tous deux avaient du mal à se déshabiller tant ils souhaitaient rester le plus proches possibles l'un de l'autre.
Alors, Drago vint finalement la déposer sur le lit et parsema son corps nu de tendres baisers. Il n'oubliait aucun endroit. Toute la surface de son corps fut recouverte avec une attention précise pour les zones qu'il affectionnait particulièrement. Chaque mouvement de lèvres se faisait de plus en plus fébrile et lent. Drago prenait son temps, dans une dimension qui frôlait le ridicule. Chaque geste ressemblait à un adieu déchirant.
Sans qu'elle n'émette aucun son et en tentant tant bien que mal de retenir ses larmes, Hermione crut sentir une goutte d'eau s'écraser dans le creux de son nombril alors que Drago se redressait. Elle fermait les yeux, lui laissant l'intimité de sa pudeur.
Drago remonta doucement jusque vers son visage et déposa de nouveau ses lèvres sur les siennes. Leur baiser était lent, doux et profond, comme les vas et viens qu'il venait d'initier en elle. Hermione l'encercla de ses bras dans une possessivité qu'elle ne se connaissait pas. Elle voulait le sentir plus proche d'elle que cela n'était humainement possible, comme si se faire marquer de son empreinte pouvait lui laisser un souvenir indélébile.
Drago partageait ce sentiment et ne quittait pas ses lèvres alors que son bassin bougeait toujours en elle. Ses mains agrippaient fermement sa chevelure, ses doigts s'étant glissés dans ses boucles désordonnées. Chacun sentit les joues de l'autre s'humidifier peu à peu mais aucun d'entre eux ne fit le moindre commentaire.
C'est dans un soupir qui ressemblait tristement à un sanglot qu'il s'exprima en elle, laissant fébrilement ralentir le rythme de ses hanches. Alors qu'il ressortait d'elle, il la ramena avec possessivité contre son torse, dans la même attitude qu'avait Hermione quelques minutes plus tôt.
Ils restèrent ainsi, sans rien dire ni bouger durant de longues minutes qui leurs parurent à la fois secondes et heures.
Blottie contre le torse de Drago, Hermione sentit sa respiration saccadée et son cœur continuer ses embardées. Elle même avait du mal à rester sereine. Elle voulait rester ainsi, à tout jamais, dans ses bras rassurants. Pourtant, sa raison ne cessait de la rattraper.
Drago et elle, ce n'était pas une histoire viable. Ils avaient tous deux développé de profonds sentiments, partagé des moments plus intimes les uns que les autres mais la réalité faisait des siennes. Drago était marié, emprisonné dans ce mariage de convention duquel il ne se sentait de se défaire. Hermione voulait vivre, enfin, plus que jamais, une histoire qui serait la sienne, qu'elle aurait choisie de faire exister comme elle l'espérait. Drago ne pouvait pas être celui avec qui elle serait heureuse et, malgré ses sentiments, elle ne pouvait dépasser ce désir de vivre enfin la vie qu'elle désirait.
Elle éprouvait une profonde reconnaissance quant aux moments passés à ses côtés. Drago lui avait fait prendre conscience de qui elle était réellement, de ce qu'elle voulait et de la force de ses ambitions. A ses côtés, elle avait appris à s'assumer, à devenir plus forte que jamais et à asseoir ses positions. Avec Drago, elle s'était retrouvée.
Les adieux, bien que déchirants furent silencieux. Leurs regards s'accrochèrent durant de longues minutes, sur le pas de la porte de l'appartement d'Hermione. Les mots n'étaient plus nécessaires. Tous deux savaient ce qu'il en était de leur futur.
Ils échangèrent un dernier baiser, rempli de tous les sentiments qu'ils éprouvaient l'un envers l'autre. Hermione le regarda s'enfoncer dans la noirceur infini du long couloir. Ils partagèrent un dernier regard plus puissant encore que les précédents et Hermione crut déceler, quelques secondes avant que les portes de l'ascenseur se referment, un léger sourire qu'il lui destina.
Et c'est ainsi, que dans le claquement des portes métalliques que l'être aimé s'en alla pour laisser place à un avenir rempli de possibles.
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Et voilà...
Mon Dieu, je ne pensais pas écrire ces mots un jour mais, le dernier chapitre est bien là.
Je suis très heureuse de vous le partager mais en même temps extrêmement nostalgique. C'est difficile de se dire que je clôture déjà cette histoire. L'aventure m'a parue filer à la vitesse de la lumière.
Heureusement, l'épilogue finira de répondre à vos dernières interrogations.
En attendant, je sais que beaucoup d'entre vous seront déçu.e.s par la fin, la majorité peut-être. La team Dean, bien que petite s'est vue rapidement écartée.
Dean est un homme génial, gentil, prévenant et attentionné. Hermione aurait été très heureuse avec lui mais pour combien de temps ? Très vite, elle se serait lassée, aurait eu besoin de challenge, d'aventure, d'être stimulée d'une façon que la douceur de Dean n'aurait pu lui permettre.
Et puis il y a Drago... Drago qui remportait tous les suffrages ou presque. Mais Drago qui ne peut décemment pas combler Hermione. J'ai longuement hésité. Lequel des deux allait-elle choisir ? Dean ? Drago ? Je n'arrivais pas à me décider et puis, plus l'histoire se dessinait, plus cela devenait limpide à mes yeux. Hermione n'a pas besoin d'un homme pour être une personne forte, accomplie, heureuse et déterminée. Elle est maître de son destin et l'amour n'est pas l'accomplissement de la vie d'une femme mais un compagnon de route, qu'il soit pérenne ou non.
Cette histoire est avant tout l'aventure d'une femme qui cherche à savoir qui elle est, qui veut découvrir ce qu'elle aime et évoluer dans une direction qu'elle peut choisir. Drago a été d'une aide précieuse pour la faire prendre conscience de tout ce que le monde avait à offrir quand on prends le temps de le regarder. Mais Hermione n'a pas besoin d'être sauvée par un chevalier blond, Hermione avait besoin d'être aidée, assurément, mais elle est la seule à pouvoir se sauver.
Cela ne veut pas dire qu'elle n'expérimentera plus jamais l'amour, qu'elle sera résolument seule jusqu'à la fin de ses jours, loin de là. Cela montre seulement qu'à ce moment précis, entamer une nouvelle relation, dans le contexte qu'on lui proposait n'était pas ce qu'il lui fallait et qu'elle a su s'écouter.
J'espère que vous comprendrez son choix puisque je me dédouane de toute responsabilité, elle est sacrément têtue cette Granger, haha !
En tout cas, vous aurez un bel aperçu de son parcours à venir dans l'épilogue.
Merci infiniment pour vos commentaires, qui me sont plus précieux les uns que les autres. Pour votre soutient, qu'il soit avec un mot, un ajout en favoris ou même un clic sur mon histoire. Je me réserve le petit mot larmoyant pour samedi mais je tenais à ce que vous sachiez déjà à quel point cela m'a fait plaisir de voir qu'une nouvelle review avait été postée, qu'une nouvelle personne avait découvert l'histoire, qu'elle plaisait à ne serait-ce qu'une personne !
Et puis, un merci particulier à The White Quill qui a de nouveau corrigé ce chapitre.
On se retrouve samedi, pour la fin officielle.
Merci pour tout.
A bientôt !
