Chapitre 34

Son visage.

Lucius avait déjà vu cette expression. Certainement pas sur l'homme devant lui, mais sur d'autres personnes lorsqu'elles se rendaient compte que quelque chose était hors de leur contrôle et qu'elles ne pouvaient rien faire pour changer ça.

Certes, son visage était l'impassibilité même mais il n'était pas bête. Sous son masque impénétrable et son attitude indifférente, Lucius pouvait déceler un fort sentiment d'inquiétude et d'impuissance. Le Seigneur des Ténèbres ressentait quelque chose, endurait ce qu'éprouverait un humain. Et Lucius était le premier Mangemort, avec probablement Izar, à voir quelque chose d'aussi vulnérable naître de lui.

Son attention dérivant toujours de la scène qui se déroulait en face de lui, Lucius continua de fixer le profil de son Maître. Ses yeux cramoisis n'avaient pas encore quitté la forme déchue d'Izar. C'était comme si lui-même, Dumbledore et les Potter n'étaient pas présents.

Les protections se mouvaient à terre, et une petite décharge de magie surprit Lucius lorsqu'elle remonta le long de ses jambes. Il se détourna de son Maître pour regarder vers le sol. Izar essayait d'atteindre ses pieds par le biais des barrières tout en luttant pour rester aussi droit que possible. Lucius s'accroupit rapidement pour pouvoir entendre clairement ce qu'il avait à dire.

"Izar," souffla-t-il en tendant la main vers les protections. Ses doigts rebondirent en arrière lorsqu'ils entrèrent en contact avec celles-ci mais Lucius n'en fut pas étonné. Il examina le sorcier tremblant et se demanda pourquoi il cherchait à s'adresser à lui et non au Seigneur des Ténèbres. Ne voudrait-il pas… s'entretenir avec son amant ?

"Imbéciles," grogna le concerné. Lentement, un petit rire commença à s'élever de derrière son masque. Dommage que le dernier souvenir que Lucius aura de sa fascination éhontée soit celui d'un masque doré et non la beauté sans faille qui se trouvait en dessous. "Est-ce que vous comptez rester plantés là tous les deux ? Le Ministère est arrivé..." Lucius comprit tant bien que mal ses paroles malgré les trémolos de sa voix couplés à sa respiration défaillante.

Il s'écarta avant de se retourner et d'observer l'approche des hommes du Ministère quelques mètres plus loin. Leur attention était portée sur les Mangemorts qui restaient immobiles, incertains de ce qui occupait leur Maître.

"Pars," ordonna le Seigneur des Ténèbres. Vraisemblablement, il avait aussi entendu Izar.

"Mon Seigneur," s'exclama doucement Lucius qui jeta un regard vers James et Lily Potter. "Et vous ?"

"On a besoin de moi ici et de toi là-bas. Pars."

Lucius était tiraillé. Il admirait suffisamment Izar pour vouloir rester et aider de toutes les manières possibles, était également intrigué de voir ce qui allait se passer avec les Potter et leur loyauté sur le fil du rasoir... mais il savait que toutes ces tentations étaient bien pâles en comparaison de sa propre fidélité envers le Seigneur des Ténèbres. Et d'imaginer que son Maître se retirait d'une bataille pour veiller sur un garçon qui cesserait sous peu d'exister... Cela ne fit que renforcer ses soupçons comme quoi ce dernier était bien plus qu'un simple jouet pour lui. Ils étaient amants, oui, mais dans quelle mesure ?

"Je vous souhaite bonne chance, Maître. Je vous verrai ainsi qu'Izar sur le champ de bataille." Sa voix était claire et limpide. En réalité, l'amertume avait empli sa bouche lorsqu'il avait prononcé ces mots. Il n'y aurait pas Izar, n'est-ce pas ? Les Mangemorts seraient-ils emprisonnés sous les barrières tels des animaux piégés ? Ces mêmes barrières qui abriteraient l'esprit d'un garçon ayant sacrifié bien des choses pour cette guerre ? C'était révoltant. Plus encore lorsque Lucius réalisa qu'il espérait que les Potter l'emportent.

Il recula, le menton haut. Izar tourna son cou et le regarda. Ses yeux reflétaient vulnérabilité, souffrance et lutte. Pourtant, Lucius put encore y percevoir une étincelle de défi. Il se rendit compte qu'Izar survivait aussi longtemps dans son corps physique parce qu'il était tenace et refusait d'être vaincu.

"Je t'ai dit de partir," réitéra brutalement le Seigneur des Ténèbres. Sa cape claqua dans l'air lorsqu'il fit un pas brusque dans sa direction. Ses traits étaient déformés par la colère; Lucius put facilement voir au delà de ce masque fragile et peu convaincant.

Néanmoins, il répondit par un bref signe de tête et se conforma aux ordres.

S'ils allaient être cernés jusqu'à ce qu'ils soient tués ou mis en état d'arrestation, Lucius n'allait pas tomber sans se battre. Il devait bien ça à Izar.

{Death of Today}

"J'essaie seulement de faire les choses correctement. Tu ne veux pas faire ça, James," tenta de le raisonner Albus d'un ton apaisant et pacifiste. Ses mains ridées s'élevèrent dans les airs, et pourtant, il tenait toujours en toute confiance sa baguette entre ses doigts.

James garda obstinément la sienne pointée sur sa tête, se demandant quand diable il avait décidé de jeter des années et des années de loyauté par la fenêtre pour un sorcier qui était le bras droit du Seigneur des Ténèbres. Mais non. Non. Ce n'était pas pour Izar Black, le prodige tristement célèbre ligué avec les Ténèbres. C'était pour Lily et son fils.

Lily et son fils. C'était les mots qu'il avait sans cesse essayé de se répéter ce soir tandis qu'il la suivait. Il avait ignoré un appel d'urgence des Aurors, abandonné ses camarades pendant la bataille, et laissé jusqu'à présent les doutes le submerger... tout cela pour suivre Lily.

C'était toujours pour ça. Partout où elle allait, qu'importe ce qu'elle croyait, James la suivait. C'était son devoir en tant que mari et ami. Pour toujours.

"Non," reconnut-il avec amertume. "Non, je ne veux pas faire ça, Albus."

Il lança un regard en coin vers le Seigneur des Ténèbres de l'autre côté des barrières. La silhouette masquée semblait lui accorder peu d'attention, mais il savait que rien dans son collimateur ne lui échappait. Même d'où il se trouvait, James put sentir la magie écrasante et omnipotente qui l'étreignait. Ceci lui envoya des frissons peu agréables le long de sa colonne vertébrale. Pour beaucoup, la magie était qualifiée de tentatrice et séductrice, mais il était capable d'y détecter certaines nuances qui lui permettaient de ne pas y succomber.

S'efforçant de garder un œil sur Dumbledore, James glissa un rapide coup d'œil vers le garçon au sol. "Mais tu ne me laisses pas le choix," murmura-t-il. "Je ne peux ni accepter ni soutenir ce que tu fais. C'est moralement mal."

Izar, lourdement vêtu de son uniforme de Mangemort, perdit finalement la bataille silencieuse dans laquelle il était engagé et s'effondra au sol. Il pressa son visage masqué dans la neige, refusant de donner à son Maître ou à ses ennemis la satisfaction de pouvoir regarder dans ses yeux. La seule chose qui trahissait sa souffrance et combien il combattait avec acharnement était ses doigts gantés ancrés dans le sol.

James pinça les lèvres et se détourna de l'enfant de sa femme. Une partie de lui le méprisait avec chaque fibre de son être. Il avait hérité de Regulus et Bellatrix Black bien plus que de Lily et à cause de cela, Izar avait une mauvaise influence sur elle. Il était également dangereux, bien trop intelligent pour quelqu'un de son âge et de son statut. De toute évidence, s'il n'était pas une menace, le Seigneur des Ténèbres ne l'aurait pas autant trouvé à son goût.

Cependant, une autre part de lui visualisait Izar de manière entièrement différente. Même s'il n'avait pas beaucoup interagi avec celui-ci, il avait beaucoup retrouvé Lily en lui, enfouie derrière ses traits Black. Certes, c'était des aspects de Lily que James n'avait pas revus chez elle depuis de nombreuses années mais c'était là, et cela lui rappelait la raison pour laquelle il l'avait convoitée. Mère et fils avaient tous deux un éclat qui attirait les gens vers eux, un certain attrait auquel d'autres avaient du mal à résister. Ils savaient se montrer charmants tout autant que mystérieux, et c'était suffisant pour que toute personne assez stupide finisse envoûtée.

Tout était là. Même la chaleur passée de Lily était à présent chez Izar, bien que faible. Si ce dernier ne possédait ni sens moral ni émotions, il n'aurait pas ramené le corps de Sirius le lendemain du combat. Et s'il n'était pas le fils de Lily, Izar n'aurait pas un sens aigu du dévouement envers sa famille et ceux qu'il considérait sous sa protection.

"Je ne le tue pas," répondit formellement Albus.

"Non, bien pire," grogna Lily en retour.

Celle-ci rencontra le regard de James par-dessus l'épaule d'Albus et ses yeux étrangement vifs exprimèrent de la gratitude. James irait même jusqu'à affirmer qu'il ne les avait jamais vus aussi brillants depuis bien longtemps. Cela le rendit seulement méfiant de ses intentions. Elle avait été oublieuse de sa présence durant le temps pendant lequel il l'avait suivie jusqu'ici. Lily avait bien sûr son propre plan, qui ne l'impliquait cependant pas. Alors comment avait-elle prévu de se défendre contre Albus sans l'aide d'un tiers ?

James la vit se rapprocher subtilement de la forme déchue d'Izar. S'il avait pu le remarquer, il était sûr qu'Albus aussi.

"Lily," l'avertit avec désespoir ce dernier, ayant saisi son objectif. "Tu dois comprendre qu'il est l'ennemi. Son existence servira pour le bien—"

"Tu apprécies beaucoup trop le son de ta propre voix, vieil homme," intervint finalement le Seigneur des Ténèbres. Ses attaques verbales étaient la seule chose dont il disposait en cet instant étant donné qu'il était incapable de détériorer les barrières sans nuire davantage à Izar. "Tu déblatères des inepties comme si tu y croyais vraiment toi-même. Quel esprit vil tu as, Albus. Pourquoi ne pas simplement le tuer et en finir ?"

"Cela te faciliterait trop la tâche, Tom."

"Ah," soupira avec enjouement le Seigneur des Ténèbres comme s'il venait de recevoir un prix. "Alors tu admets que tu ne fais pas ça pour le bien commun mais pour m'atteindre, comme si le garçon signifiait vraiment quelque chose pour moi."

Dumbledore émit un rire en levant sa baguette. James resserra sa prise sur sa propre baguette, sachant que la bataille à venir pourrait s'avérer vaine. Bien qu'il soit considéré comme l'un des meilleurs Aurors, Albus était un Seigneur. Leur pouvoir n'était pas du tout au même niveau, mais sa détermination pourrait bien être le seul facteur qui égaliserait le terrain de jeu.

"Tu l'aimes," murmura Dumbledore. Tournant toujours le dos à James, il suivit calmement des yeux la lente progression de Lily vers son fils. Dès que quelqu'un amorcera un geste, les forces de l'enfer se déchaîneront. "Sinon pourquoi serais-tu ici ? Cela m'attriste vraiment de devoir me débarrasser de la seule personne capable de te réprimer, Tom, mais il est un ennemi dangereux. Peut-être... encore plus dangereux que toi parce qu'il peut tout aussi bien contrôler tes actions."

James fronça les sourcils, continuant de fixer l'arrière de la tête d'Albus. Quelles absurdités débitait-il ? Le Seigneur des Ténèbres aimait Izar ? Il se sentit mal à l'idée d'y penser et ne put qu'espérer qu'il s'agissait d'une sorte d'amour platonique et nullement sexuel.

"De plus, ce plan consiste en particulier à protéger les étudiants ainsi que Poudlard, pas seulement à évincer Izar," poursuivit Albus. "En menant à bien ce rituel, Izar contribuera à sauver des vies innocentes et mettra également un terme à la guerre. Ton armée ne pourra pas quitter les protections sans ma permission."

James détourna les yeux de Lily qui marmonnait à voix basse, pour revenir sur Albus. Était-ce vraiment si horrible ce que ce dernier essayait d'accomplir ? L'Auror ne pouvait voir que les aspects positifs de ce qu'il faisait subir à Izar. Une vie serait sacrifiée pour en sauver des centaines. S'il était absorbé par les protections, la guerre serait stoppée dès ce soir et les enfants seraient en sécurité au sein de l'école.

"C'est pourquoi je ne peux te permettre d'en faire plus, Lily," déplora Albus. Ce fut son seul avertissement avant qu'il ne l'attaque.

Malgré sa loyauté envers la Lumière et ses lourdes incertitudes, son amour pour sa femme fit réagir James aussi vite que lui. Il eut à peine le temps de dévier la magie fusant sur elle vers les arbres environnants. James roula ensuite au sol afin d'éviter une seconde attaque. Les Seigneurs aimaient lancer de la magie sans penser à un sort ou à un maléfice spécifiques. Ils usaient de la magie selon leur bon plaisir. Un ennemi tel que lui était difficile à combattre.

Porté sur l'offensive, James essaya d'attirer l'attention de Dumbledore loin de Lily. Il tenta d'infliger des coupures à ses chevilles, tenta de faire s'écrouler le sol sous lui, tenta de conjurer des nuages devant son visage… n'importe quoi. Tout sauf porter un coup critique à l'homme qu'il admirait depuis l'enfance.

Ses attaques ne purent cependant pas faire grand-chose pour arrêter ce dernier. Albus para simplement ses maléfices sans le moindre désagrément. Néanmoins, James faisait tout de même gagner du temps à Lily. Mais était-ce vraiment ce qu'il devait faire ?

L'Auror ravala la boule dans sa gorge lorsqu'il la vit rejoindre son fils à l'intérieur des protections. Il sut alors exactement ce qu'elle comptait faire. Peut-être que sa présence n'était alors pas vraiment nécessaire pour son plan. Peut-être qu'à présent, même si Dumbledore voulait l'extirper des barrières, il n'y parviendrait pas. Néanmoins, James avait besoin d'un exutoire et allait donc continuer à se battre.

Redoubler d'efforts afin de contenir Albus Dumbledore fut une expérience étrangement amère. Peut-être était-ce parce qu'il savait qu'il aurait pu sauver la vie de Lily s'il avait stoppé ses attaques contre lui. Au lieu de ça, il la protégeait pour qu'elle puisse sacrifier sa vie afin de sauver son fils. Il se retirait volontairement de la scène pour précipiter la femme qu'il aimait dans la tombe.

Clignant des paupières afin de chasser les larmes qui emplirent ses yeux, James devint plus féroce dans ses attaques contre Dumbledore. Qu'il soit damné s'il laissait son sacrifice devenir inutile.

{Death of Today}

Une magie comme celle-ci était… eh bien, c'était on ne peut plus extraordinaire.

Izar ne put que fermer les yeux sous l'assaut de cette magie et de son pouvoir. Quand il avait été introduit pour la première fois au monde sorcier à l'âge de onze ans, il avait été stupéfié pendant des jours après avoir senti l'aura de Dumbledore. Même Voldemort avait une aura imposante dont il avait mis des jours à s'habituer. Mais leur magie n'était rien comparée à ça. Celle qui circulait actuellement autour de lui et à travers lui était ancienne et puissante. Ce n'était en rien subtil.

Les séduisantes protections de Poudlard lui avaient prodigué des caresses taquines avant de se transformer en mains implacables qui martyrisèrent son corps, endossant le rôle de bourreau. Ses entrailles se tordirent en signe de protestation. Il gémit de douleur et garda férocement les yeux fermés, des points blancs dansant sous ses paupières closes. Lorsque des doigts se refermèrent étroitement autour de son torse et qu'il fut submergé par leur magie, Izar en vint à perdre connaissance pendant quelques secondes avant que sa détermination ne lui permette de refaire surface.

Lorsque les griffes déchirant ses boyaux se rétractaient, le gentil toucher des protections venait ensuite l'apaiser, celles-ci lui murmurant de doux mots d'encouragement.

Viens avec nous…

Chaque fois qu'Izar refusait, les griffes replongeaient en lui, répétant ce cycle sans fin.

Il avait été plus facile de résister et de tenir bon face à ces attaques perpétuelles lorsque Dumbledore l'avait tout juste jeté en pâture aux barrières. Mais maintenant, après la douleur interminable et les amadouements, Izar avait du mal à retrouver pied quand la douleur l'accablait de plus belle. Il avait peur qu'une fois avoir perdu tout sens de la réalité, le rituel de Dumbledore serait accompli. Il perdrait son corps physique et ne ferait plus qu'un avec les protections.

Et cela le terrifiait. Parfois, il avait peur de mourir mais l'acceptait généralement peu de temps après. Mais ça... Ce n'était pas seulement la mort; c'était le néant, une sempiternelle existence à vivre piégé autour de Poudlard et forcé de le protéger contre toute menace.

Les protections étaient obsédées par lui. La magie possédait sa propre personnalité, il en était conscient. Plus tôt, lorsqu'il s'était tenu devant elles et avait essayé de les démanteler, ces dernières avaient coopéré bien qu'à contrecœur. Elles avaient voulu lui faire plaisir. Mais maintenant qu'il était en leur sein, Izar n'avait aucun contrôle sur elles et elles étaient plus qu'heureuses de se conformer au rituel en le dévorant.

Son dos s'arqua tandis que des griffes de magie le transpercèrent à nouveau, envoyant son esprit spiraler dans l'abîme. Ce serait si facile de céder, de stopper la douleur. Et pourtant, la présence inébranlable se trouvant à ses côtés lui rappela qu'il n'était pas si faible. "Tom !" appela Izar, impuissant, face contre terre.

Ce dernier trembla violemment sous l'assaut de la magie et de la douleur. Il l'avait toujours aimée, peu importe sa branche ou son tempérament. Alors qu'il endurait la pire souffrance mentale et physique qu'il ait jamais éprouvée, Izar continua de croire que les protections étaient vraiment incroyables. Des voix du passé lui chuchotaient à l'oreille. S'il écoutait trop longtemps, le jeune sorcier craignait ne pas pouvoir résister à ce fort courant de magie.

La douleur se dissipa lentement et Izar se prépara pour la phase suivante : les caresses et les irrésistibles promesses. Cependant, les mains qui saisirent son visage parurent plus consistantes qu'auparavant. Leur chaleur était si incroyablement apaisante qu'il ne voulut rien d'autre que savourer cet instant pour l'éternité.

"Izar, reviens-moi."

Oh, mais les protections de Poudlard étaient fortes ! La voix qui lui parlait était plus douce encore et bien plus réconfortante. S'il devait endurer cela en boucle, il savait qu'il ne pourrait jamais résister sans capituler.

Une main caressa délicatement sa joue, presque de manière rassurante. Izar sentit son corps au sang froid se réchauffer délicieusement. Il n'avait jamais eu aussi chaud auparavant, même lorsqu'il était humain. Ce n'était pas une chaleur torride, juste quelque chose d'agréable et relaxant.

"Izar, ouvre les yeux."

Le dénommé fronça les sourcils. Il était toujours capable de discerner les protections mais la chaleur, le cocon qui l'enveloppait, semblaient éloigner les murmures du passé de Poudlard et empêcher l'ensorcelante magie de l'atteindre. Izar ouvrit les yeux et remarqua qu'il se trouvait à genoux sur le sol, son masque de Mangemort reposant près de ses jambes. Comment son corps avait-il pu bouger à son insu ? Avait-il vraiment été si près de s'abandonner à la magie qu'il n'avait pas remarqué qu'il s'était redressé ?

Izar expira brusquement, son esprit luttant toujours pour suivre le rythme. Il ne s'était pas mis à genoux de lui-même; deux mains étaient placées sur son visage et le maintenaient debout. Partout où il regarda, Izar vit qu'il était entouré d'un épais voile de magie dorée, et pourtant, la femme qui se tenait devant lui était tout aussi distincte.

"Maman ?" demanda-t-il dans un état second, ne saisissant pas ce qu'il voyait. Son esprit était toujours très lent tandis qu'il l'observait avec révérence. Elle était si belle, tout simplement magnifique. Elle semblait irradier une lumière blanche aveuglante qui brouillait les traits de son visage. Les seuls signes reconnaissables étaient ses yeux d'un vert limpide et ses longs cheveux roux. Izar irait même jusqu'à dire qu'elle était un ange. Son ange. Mais il ne méritait pas d'être touché par un ange; il souillerait sans aucun doute une créature d'une telle pureté.

Lily sourit et resserra sa prise sur son visage alors qu'il continuait de la fixer, le regard vide. Son toucher était si chaleureux qu'il se diffusa dans son corps comme s'il était emmitouflé dans une couverture. Était-ce cela l'étreinte d'une mère ? La vraie étreinte d'une mère ?

Les lèvres tremblantes, Izar poussa un sanglot étouffé. Quelque part, au fond de son esprit, il rechigna à l'idée de se laisser emporter par une telle émotion brute... une émotion si faible. Mais il ne pouvait se contrôler ni contrôler ses actions. Il n'était plus que de la gelée entre ses mains, ses si belles mains. C'était peut-être ça le paradis. Cette notion était toutefois terriblement risible.

Il y avait une partie de lui qui était douloureusement consciente de sa position et de sa situation actuelles, mais une autre voulait profiter de cette insouciance.

Son pouce caressa sa joue et ses paupières se fermèrent brièvement mais s'ouvrirent un instant plus tard quand il sentit son front toucher le sien. Izar la regarda avec un émerveillement enfantin fermer les yeux et inhaler l'odeur de ses cheveux. "J'ai toujours souhaité que les choses puissent se dérouler ainsi," murmura-t-elle doucement. "Avec moi qui te tiens dans mes bras... mais la vie est cruelle."

"Cruelle…" répéta Izar qui essayait de focaliser son esprit. "Toujours cruelle."

Elle émit un petit rire haletant, comprenant son état de confusion. Ses ongles caressèrent doucement ses joues, ce qui envoya d'agréables frissons le long de sa colonne vertébrale. "Tu es si beau, Izar," le complimenta-t-elle. "Je regrette beaucoup de choses mais souviens-toi pour toujours que je n'ai jamais regretté de t'avoir amené dans ce monde. Je regrette seulement la manière dont cela a été fait."

Il ferma les yeux, envahi par la chaleur qui émanait d'elle. Néanmoins, cela ne dura pas longtemps. Il recouvrit soudainement ses pleines capacités intellectuelles. Malgré lui, Izar commença à saisir la situation dans laquelle ils se trouvaient. Comment l'avait-elle rejoint à l'intérieur des barrières ? Où était Dumbledore ? Pourquoi ne l'arrêtait-il pas ? Et Voldemort ? Les deux Seigneurs se trouvaient à proximité, il pouvait sentir leurs auras, mais ils ne faisaient rien.

Et puis il y avait Lily… Izar comprit enfin pourquoi il se sentait si au chaud et pourquoi elle était baignée de lumière. Elle se sacrifiait pour lui. Le sacrifice d'une mère.

Il ouvrit les yeux, examina la lueur qu'elle émettait et fut enfin capable d'y distinguer des traces enfouies de magie. Il n'existait rien de plus puissant et de plus pur que le sacrifice d'une mère. Izar n'était pas habitué à voir la magie blanche à l'œuvre le concernant, néanmoins il s'y noyait en ce moment même. Ce sacrifice qu'accomplissait Lily pouvait défaire tout charme, tout maléfice, et plus généralement mettre un terme à tout ce qui se trouvait sur le chemin de l'enfant en question. Il n'y avait qu'une seule condition : la mère devait donner sa vie pour celui-ci.

Izar ne sut pas pourquoi il sentit une vive tristesse s'emparer de lui. Mais il ne tenta pas de la chasser et agrippa plutôt les bras de Lily qui faiblissaient afin de soutenir son poids. Les barrières de Poudlard s'étaient détournées de lui et rongeaient à la place cette dernière. Izar put voir un minuscule brin de magie noire ressemblant à des runes le quitter et s'enrouler autour d'elle. Lily essayait de rester debout mais il put sentir que son corps commençait à trembler.

Izar essaya de compromettre le rituel à l'aide de sa magico-sensibilité mais les protections ne firent que s'enfoncer plus profondément à l'intérieur de sa mère. Elles avaient faim et recevraient comme promis leur repas.

Lily détacha son front du sien et l'observa avec fatigue. Izar pouvait déjà voir que son corps commençait à disparaître. Elle ne s'opposait pas au rituel comme lui juste avant.

Son dos se raidit lorsqu'elle se pencha et embrassa le coin de sa bouche. Sa respiration était inégale, preuve que son corps cédait. "Promets-moi, Izar…" exhala-t-elle d'une voix rauque. "S'il te plaît, permets à mon âme de reposer en paix."

Ses doigts se resserrèrent autour de ses bras fins tandis qu'il rencontrait son regard désespéré. Izar savait qu'elle ne pensait même pas qu'il considérerait sa demande. Comme tout autre humain, elle avait peur de la mort. Pourtant, son visage était devenu d'une certaine manière plus paisible à l'idée d'être finalement de nouveau entière. Elle lui demandait seulement qu'il libère son âme des protections. Grâce à sa magico-sensibilité, Izar était convaincu qu'il pourrait démanteler les barrières et la délivrer par la même occasion.

"Je le promets," lui jura-t-il doucement. Qu'y avait-il d'autre à dire à la femme ayant sacrifié jusqu'à son âme pour lui ? Une moitié de son âme avait été envoyée à l'intérieur du Voile pour le défendre contre Cygnus et l'autre avait pris sa place pour lui épargner le rituel de Dumbledore. "J'espère…" Izar s'interrompit lorsque sa lumière et sa chaleur commencèrent rapidement à décroître. "J'espère que tu sais que tu peux enfin reposer en paix, mère. Tu t'es rachetée."

Elle afficha un sourire éblouissant et tendit la main pour retirer une mèche bouclée de son visage. Izar se prépara à son toucher, réalisant qu'il y consentait volontiers, mais ses doigts n'entrèrent jamais en contact avec leur cible. Lily avait déjà disparu, emportant avec elle la chaleur qui l'avait habitée.

Et tout aussi rapidement, la réalité se rappela brutalement à lui.

Une main froide agrippa son cou et le ramena dans un environnement qui l'était encore plus. Izar frissonna, mais pas à cause du froid, et atterrit durement dans la neige. Au même moment, un cri transperça l'atmosphère de combat. Il tourna la tête et fixa James Potter de l'autre côté des barrières. Son immense chagrin lui était étrangement familier, et Izar se rendit alors compte qu'il avait ressenti la même chose lorsque Sirius était mort. Et même maintenant...

Des yeux cramoisis envahirent son champ de vision, Voldemort se tenant au-dessus de lui de manière protectrice. Cependant, les mains empoignant sa robe ne l'étaient aucunement. Son visage était complètement fermé bien que son aura était dans un état chaotique. "Peux-tu abattre les protections ?" lui demanda-t-il abruptement.

Izar cligna des yeux, pris de vertige. "Donne-moi juste quelques minutes et elles seront démolies."

"Nous n'avons pas quelques minutes." siffla Voldemort qui se leva ensuite brusquement et le poussa sur le côté avec son pied.

Izar roula sur une courte distance, devenant de plus en plus en colère et frustré par ses actes. Juste au moment où il était sur le point de rétorquer quelque chose quant à son manque de décence, la neige explosa là où il était couché quelques secondes plus tôt. Il sursauta et tourna brusquement le cou en direction de Dumbledore de l'autre côté des barrières. Celui-ci s'approchait d'eux, les attaquant tous deux avec férocité. Ce n'était aucunement fair-play. Les sorts de Voldemort ne pouvaient pas traverser les protections tandis que Dumbledore était libre d'attaquer, forçant son adversaire à adopter une posture de défense.

Izar prit une poignée de neige et ferma les yeux. Depuis qu'il avait découvert qui était Lily Potter et ce qu'elle avait sacrifié pour lui, le jeune sorcier l'avait commodément écartée de son esprit. Il ne se permettait jamais de penser trop longuement à elle et c'était ce qu'il devait à nouveau faire. Ce n'était certainement pas le moment de pleurer la femme qui avait créé un Horcruxe pour sa protection, avait ensuite subi une demi-vie avant de se sacrifier une fois de plus pour lui.

En tout cas, Izar lui avait promis de venir en aide à son âme pour qu'elle puisse connaître le repos. La seule manière d'y parvenir serait de détruire entièrement les protections autour de Poudlard. Après cette bataille, une fois les choses réglées, il s'autoriserait à réfléchir longuement à Lily Potter, sa mère.

Izar se releva du sol et courut le long des barrières. Les éclairs veinant toujours le dôme étaient particulièrement saisissants en contraste avec la neige qui tombait, mais la couleur du dôme en lui-même s'était ternie dès que Lily avait été absorbée.

Faisant courir ses doigts le long des protections, Izar se concentra sur la magie qui vibrait sous son toucher. Il la connaissait, tout comme elle le connaissait. Ç'allait être incroyablement facile d'abattre le dôme entier maintenant qu'il en avait presque fait partie. Le seul problème ? Comment suffisamment se concentrer quand Dumbledore était à ses trousses...

Izar l'observa du coin de l'œil alors qu'il suivait son rythme à l'aide de la magie. Voldemort les suivait avec autant de vigueur, refusant de se laisser distancer par un vieil homme.

"Tu es putain de persévérant, je peux bien t'accorder ça," grogna Izar qui planta son pied dans la neige avant de pivoter sur lui-même afin de faire face aux barrières. Il abattit ses mains sur celles-ci, le bruit se réverbérant à travers les terrains enneigés.

Il croisa le regard de Dumbledore au travers du dôme, n'ayant jamais haï quelqu'un autant qu'en cet instant. Avec une détermination à toute épreuve, il tira sur la magie des protections, ce qui la fit voyager dans son corps. À nouveau, Izar fut assailli par les murmures du passé et le pouvoir attractif de la magie qui le parcourait. Mais cette fois, il l'avait sous son contrôle. Derrière lui, il put entendre le verre des fenêtres de Poudlard éclater en mille morceaux en raison des protections étant déracinées de leurs très anciennes fondations.

Lorsque Dumbledore leva sa baguette, Izar éloigna à peine ses mains des barrières, la magie de Poudlard qui rugissait en lui le faisant frissonner. "Pour Lily," souffla-t-il.

Dumbledore projeta un brasier dans sa direction, suffisamment large pour consumer Izar tout entier. Mais dès que l'incantation eut quitté sa baguette, ce dernier rabattit ses mains contre les barrières, donnant l'impression qu'il poussait sur le dôme même. Ses mains traversant le solide mur de magie, Izar déploya la magie accumulée à l'intérieur de lui et détruisit la couche extérieure de protections.

Cette excessive quantité de magie provoqua une violente éruption. Bien qu'il dirigea les protections brisées vers Dumbledore, l'onde de choc ne put l'épargner.

Ses pieds se soulevèrent du sol et il fut propulsé en arrière. Izar pinça les lèvres avant d'émettre un rire ravi qui se prolongea lorsqu'il atterrit durement au sol. Il étendit ses bras et se mit à faire des traces dans la neige. Bizarre… il n'avait jamais pris le temps de faire un ange des neiges. Cela semblait être le moment opportun pour en faire un étant donné qu'il venait de démolir la couche de barrières la plus ancienne et puissante de Grande-Bretagne.

Izar inclina sa tête dans la neige, ignorant le calme étrange qui régna. Il savait que tout le monde était sidéré par ce qui venait de se passer. Néanmoins, il espérait qu'ils étaient autant impressionnés que lui par son exploit. Malheureusement, il ne fallut pas longtemps pour que les combats reprennent entre les Mangemorts et le Ministère : des sorts et maléfices fusèrent entre les deux armées, à quelques mètres de sa position actuelle.

Le chaos éclaterait sous peu. Les deux camps étaient toujours estomaqués par l'absence de la magie de Poudlard. Bientôt, les étudiants et professeurs se rassembleraient à l'intérieur du château, fuiraient ou se joindraient à la mêlée.

D'ici là…

Izar bougea ses bras et ses jambes de bas en haut, créant ainsi un ange des neiges sous lui. Ses yeux verts fixèrent le ciel et se focalisèrent lentement sur les flocons de neige. Sans la douce lueur jaunâtre émanant de Poudlard, seuls la demi-lune et les maléfices jetés éclairaient le terrain. Il sourit légèrement, se sentant plutôt léthargique malgré ce qui s'était produit plus tôt.

Izar geint avec retenue. Lily

"Qu'est-ce que tu es… en train de faire ?"

Le concerné lança un regard dédaigneux au sorcier qui le surplombait. "Exactement ce à quoi ça ressemble, mon Seigneur."

Les lèvres de Voldemort s'amincirent alors qu'il scrutait Izar toujours en train de tracer son ange des neiges. "On m'avait prévenu que la folie des Black était particulièrement présente en toi. De toute évidence, je n'avais pas pris suffisamment ça en considération." Il fit une pause. "Jusqu'à présent."

Malgré ses moqueries bon enfant, Izar put voir plus que ça chez Voldemort. L'éclat dans ses yeux carmins suggérait qu'il en savait davantage. Il croyait qu'Izar détournait son attention de la réalité afin d'éviter de penser à sa mère ou à son expérience de mort imminente.

Était-ce le cas ? Peut-être… non, très certainement. Izar avait presque été absorbé par les barrières de Poudlard. Et il était presque devenu de la marmelade entre ses bras tel un nouveau-né tétant le sein de sa mère. Il avait été pris au dépourvu par Dumbledore. Il avait aussi le sentiment tenace qu'il aurait pu empêcher tout ce qui s'était passé au cours des dernières minutes. Il aurait peut-être pu, mais on aurait dit que Lily était au courant de tout ça depuis un certain temps. Elle avait attendu dans l'ombre jusqu'à ce que son fils soit prisonnier des barrières. Même elle aurait pu empêcher ça.

Et pourtant, elle n'avait rien fait de la sorte. Elle avait choisi une autre voie. Presque comme si elle… comme si elle avait voulu mourir pour une cause qui, selon elle, lui permettrait de reposer en paix.

"Ton armée peut se débrouiller seule pendant un moment," Izar sourit avec amertume vers le ciel. "En plus, nous avons d'autres problèmes à régler..."

Voldemort laissa tomber sa baguette et son masque sur sa poitrine, se souciant bien peu que ses pieds bloquaient le mouvement de son bras. "Lève-toi," ordonna-t-il brusquement. "Nous avons encore une bataille à mener."

Izar émit un bruit de gorge, tourna la tête sur le côté et pressa sa joue contre la neige. Il darda un regard intense sur le Seigneur des Ténèbres, un petit sourire narquois étirant ses lèvres. "Bien que Scrimgeour soit une perspective tentante, il devra attendre. Comme je l'ai dit, nous avons d'autres problèmes à régler." Il soupira, se redressa en position assise et examina son ange. Du coin de l'œil, il vit leurs autres invités apparaître. "Les Français sont ici."

Le Seigneur des Ténèbres se retourna aussitôt et plissa les yeux vers là où la bataille battait son plein. Izar suivit sa ligne de vision et considéra brièvement les Mangemorts. Ils tenaient bon. Mais pas pour longtemps. Un autre groupe de sorciers avait transplané derrière les rangs du Ministère. Ensemble, leur nombre dépassait aisément celui des Mangemorts. Mais une aura, en particulier, captura son attention.

Voldemort s'accroupit brusquement à ses côtés, ce qui fit dériver avec succès son regard sur lui. "Je veux ma vengeance," murmura Izar de manière inquiétante, le défiant de contester.

Avec entre autre Dumbledore figurant sur sa liste de sorciers les plus détestés, seulement une sorcière était notée dans cette liste. Ses paupières se fermèrent à moitié alors qu'il se remémorait l'époque du Tournoi des Trois Sorciers. Airi Roux et son fiancé, le Ministre français, avaient été tués par Voldemort en représailles pour l'avoir ciblé durant le tournoi. Mais le Ministre français n'avait aucunement été au courant des actions d'Airi. En vérité, même cette dernière n'avait pas eu quelconque idée de ce qui s'était réellement tramé.

Elle avait affirmé travailler pour son père, Acelin Morel. Beaucoup avaient cru qu'il était le Seigneur des Ténèbres de la France et avait ciblé Izar par animosité envers Tom Jedusor. Mais ils étaient tous des marionnettes sous sa coupe. Tout le monde n'était qu'un simple pion au sein du jeu opposant la Comtesse Marjolaine et Voldemort, y compris Izar. Il n'était rien d'autre qu'un moyen pour atteindre Tom Jedusor. Et s'il y avait bien une chose qu'il détestait, c'était d'être contrôlé et manipulé.

"Tu dois te charger de Dumbledore, où qu'il soit…" poursuivit le jeune Black qui se leva prudemment et sortit de son marquage dans la neige. "Je la veux—"

Son visage fut agrippé par Voldemort avant que ses lèvres n'embrassent violemment les siennes. Ses longs ongles griffèrent la peau de ses joues lorsqu'il se retira. Ces marques étaient supposées être une revendication, une preuve d'appartenance et un douloureux message destiné à Izar lui sommant de rester concentré et de garder son sang-froid.

Le Seigneur des Ténèbres tourna les talons, l'enjoignant ainsi à le suivre. "Toi et moi serons partenaires durant cette bataille," prononça-t-il d'un ton neutre. "Au tout premier signe d'une perte de contrôle de ta part, nous partirons. Nous avons déjà suffisamment accompli pour que Jedusor entre en fonction."

"Mais nous devons éliminer autant de membres de l'Ordre et du Ministère que possible," réfuta vivement Izar, ayant besoin d'une autre raison pour rester et combattre Marjolaine.

Voldemort se retourna et saisit le devant de sa robe avant de le rapprocher. "Vide-toi l'esprit, espèce d'idiot. Il ne s'agit pas d'elle et de ta vengeance. Mais de notre jeu. Le tien et le mien." Ses yeux carmins luisants le transperçaient. "Nous devons sans aucun doute évincer autant d'adversaires que possible. Mais ne perds pas de vue cet objectif juste par désir de vengeance."

C'était culotté d'entendre de tels mots sortir de sa bouche. S'il devait se contrôler tout comme Voldemort se contrôlait quand il était question de torture... Cependant, en se calmant, Izar se rendit compte qu'il avait raison. Ses aptitudes seraient mises à profit en anéantissant autant d'ennemis que possible. Peut-être qu'après avoir tué une bonne poignée de sorciers, il pourra tourner son attention sur Marjolaine, la sorcière qui l'avait manipulé ainsi que Morel jusqu'à ce que ça en devienne risible.

Comme sentant qu'Izar était d'accord avec ses paroles, Voldemort esquissa un sourire caustique.

"Connard arrogant," siffla-t-il en cognant son épaule contre la sienne avant de commencer à descendre la colline. Izar enfila son masque de Mangemort et se prépara à se jeter directement dans la mêlée. "Tu as intérêt à suivre le rythme, vieillard. Je suis loin d'être content d'avoir dû échanger une partenaire décente telle que Bellatrix contre quelqu'un d'aussi usé que toi."

Soudain, la neige sous ses pas se transforma en glace. Ses bottes dérapèrent et il descendit très maladroitement la pente. Il finit par s'asseoir, abasourdi, et regarda Voldemort le dépasser avec élégance. Presque trop élégamment. "C'est toi qui as besoin de suivre le rythme, mon enfant. Regarde l'état dans lequel tu es..." lui lança-t-il avant de le laisser derrière lui.

Izar souffla du nez avec dérision.

Que les jeux commencent.

Le jeune Black se leva prudemment et lissa sa robe. À sa droite, le château attira son attention. Il se figea et fixa Poudlard pendant un moment. La luminosité ambiante du château était absente, ce qui lui donnait un aspect lugubre. Seules quelques fenêtres étaient éclairées, mais à l'intérieur, il était sûr que les étudiants étaient devenus trop frénétiques pour se soucier tant que ça de ré-illuminer le château.

Il avait fait ça. Il avait dépouillé le puissant Poudlard jusqu'à l'os. D'une manière ou d'une autre, son sentiment d'accomplissement tourna au vinaigre pour des raisons qu'il préféra ne pas analyser.

Ses yeux remontèrent vers le ciel, dédiant une pensée à sa mère tandis qu'il observait la neige tomber.

"Tu ne sembles même pas en avoir quelque chose à faire," murmura une voix d'outre-tombe derrière lui.

Izar se retourna calmement et étudia avec impassibilité James Potter par-dessus son épaule. Il ajusta ses gants et remarqua avec un léger désenchantement que Potter se tenait dans son ange des neiges. Dommage, celui-ci avait été si beau.

"Peut-être que non en effet," répondit-il fermement.

Le silence lui répondit et Izar regarda vers l'avant. La bataille penchait en faveur du Ministère et de l'Ordre. Le Seigneur des Ténèbres s'attardait à la périphérie de la mêlée. Il attendait son pupille, la ride d'irritation sur son front simple preuve de son impatience.

"Je l'aimais," murmura James avec douleur. Il avala sa salive et maintint sa posture. "Et je sais qu'elle t'aimait. Montre au moins un peu de remords ou de gratitude quant au fait que ta piètre personne soit toujours en vie grâce à elle."

Izar lui jeta de nouveau un coup d'œil. Aucune larme ne coulait sur ses joues comme il l'avait initialement pensé. Au lieu de ça, ses narines étaient dilatées et ses yeux étaient étrangement brillants. Il se tenait bien droit malgré son aura inconsolable. Izar l'avait toujours respecté. Et en cet instant, ce ne fut pas différent. Bon sang. Voilà peut-être pourquoi il songeait à lui montrer sa sympathie.

Le jeune Black se retourna et commença à se diriger vers la bataille avant qu'il ne se retrouve à larmoyer en compagnie de Potter. "Informe-moi quand ses funérailles auront lieu," lui dit-il. "Ce sera à ce moment-là que je présenterai mes respects."

La seule réponse qu'il obtint fut un bruit de transplanage.

Eh bien, apparemment, Potter ne comptait pas apporter à quiconque son soutien ce soir. Avec raison, supposa-t-il. Un esprit distrait n'aidait aucunement durant un combat.

Avec cela en tête, Izar se concentra de nouveau sur le cas présent.

Voldemort et leur compétition. D'ailleurs, ce dernier avait déjà une longueur d'avance.


N/A : Un chapitre relativement court cette fois, oui je sais, mais très difficile à écrire pour moi. Je devais m'arrêter là car continuer d'écrire n'aurait pas produit un bon résultat final... en plus, j'avais besoin de me vider la tête et de simplement passer à un nouveau chapitre. Merci tout le monde !