Chapitre 62 : Allies and Enemies

— En week-end ! Mais où ?

Enfin, la délivrance avait sonné et les lycéens affluaient vers la sortie en une masse plus ou moins compacte.

— Il n'a pas voulu me le dire, figure toi. Soi-disant que c'est une surprise !

Stiles ronchonnait pour la forme, mais intérieurement, il était gonflé à bloc par l'euphorie tant et si bien qu'il avait du mal à réfréner son envie de sautiller partout d'impatience. Son esprit prolifère n'avait de cesse de constituer hypothèses et scénarios quant à la destination et au programme de ce premier vrai rendez-vous de couple. Car, non... Le restaurant lors de la filature de Paul ne comptait définitivement pas — même s'ils avaient passé un excellent moment — ni leur escapade à Los Angeles, l'ambiance n'ayant pas été des plus joyeuses.

Il devait attendre encore dix foutus jours avant de connaître le point de chute de ce rencard inattendu. Il était bien décidé à employer ce temps pour faire craquer Derek avant la fin de l'échéance.

— Ça ne fait pas vingt-quatre heures que je suis au courant et l'attente me semble déjà interminable !

Scott ne put retenir son sourire en biais, amusé et heureux pour son ami.

— Je n'arrive pas à croire que vous ayez pu faire une soirée chez toi sans qu'Alli et moi soyons invités. Faux-frère !

— Le prends pas comme ça, Scotty-boy ! Ça s'est vraiment fait à la dernière minute, y avait rien de préparé, promis !

Flanc contre flanc, l'hyperactif passa son bras dans le dos de son ami avant que chacune de ses mains ne se posent sur les épaules de celui-ci. Ils étaient coutumiers de ce genre d'étreinte amicale, y puisant réconfort et soutiens dans les bons moments comme dans les mauvais.

C'est ainsi, solidement accolés, qu'ils débouchèrent finalement à l'air libre où le reste du groupe les attendait au soleil.

Les filles avaient prévu une virée shopping auquel Lydia avait convié Luna dans la matinée à la plus grande surprise de tous.

Allison, jusque-là plongée dans une conversation animée avec sa meilleure amie, sauta de la rambarde de pierre où elle était installée pour rejoindre Scott, fondant dans ses bras comme pour y puiser la force de se tenir loin de lui pour quelques heures.

Stiles s'effaça avec un sourire avant de se rapprocher des autres.

Isaac en profita pour s'approcher avec prudence de sa petite-amie qui au contraire l'accueillit avec ravissement, se blottissant contre son torse avant de lever son visage de satin pour venir cueillir délicatement les lèvres du louveteau qui en soupira de contentement.

Luna arbora une mine douloureuse presque triste avant de croiser le regard de son frère, légèrement à l'écart comme à son habitude, en compagnie de Danny. Elle se reprit alors, lui offrant un visage souriant et désintéressé qui ne trompait personne.

Finalement, la chasseuse et la banshee mirent fin à leur démonstration d'affection pour se diriger vers la berline d'Allison, non sans attraper Luna au passage. Cette dernière offrit un regard implorant au bouclé, le suppliant silencieusement de la sauver de ce kidnapping en règle.

Le rire amusé du lycanthrope accompagna les trois filles jusqu'à leur voiture. Comme un signal, les garçons se rassemblèrent tout en observant le véhicule disparaître dans la circulation.

— Ta sœur n'a pas l'air ravi de courir de magasin en magasin.

La remarque de Scott provoqua un reniflement moqueur au concerné.

— Non seulement ce n'est pas ma sœur, mais en plus elle adore ça ! J'arrive pas à croire que tu n'aies pas compris que c'est de côtoyer Lydia qui ne la ravit pas ! Surtout, depuis que vous vous êtes réconciliés tous les deux, ajouta-t-il en se tournant vers Isaac.

Depuis les événements qui avaient eu lieu au bowling, le dernier jour des vacances, Isaac et Maxime s'était beaucoup rapprochés en dépit de Luna. Dès que celle-ci n'était pas dans les parages, les deux garçons étaient ensemble.

Scott avait d'ailleurs expliqué à Stiles, qui s'était interrogé à ce sujet, avoir surpris une conversation entre Luna et son bêta où cette dernière évoquait ce que leur mère avait fait subir à Maxime tout en la maintenant dans l'ignorance. Elle lui avait fait part de sa culpabilité de ne pas avoir cru son frère à l'époque et le récent aveu de son père à ce propos. Si Isaac avait soutenu la jeune femme, découvrir que Maxime avait subit des événements encore plus cruel que lui l'avait conduit naturellement à tisser des liens basés sur l'amitié et le soutiens.

Aux mots de Max, le rire du louveteau prit fin tandis qu'il se tournait vers son ami, sourcils froncés, clairement dubitatif.

— Tu te fais des films, Luna et moi sommes juste amis !

Ce fut au tour de Danny et Stiles de rire face à la naïveté du lycéen.

— Elle te fait un rentre-dedans incroyable, mec !

— Elle te bouffe même carrément des yeux, ajouta Stiles en hochant la tête !

— Oh la ferme toi, « Saucisson au poivre » !

Le rire de l'hyperactif que même la référence aux anecdotes de son père n'avait pas suffit à faire taire redoubla en puissance, même après le coup de coude peu discret que Scott lui asséna dans les côtes, soucieux de soutenir son bêta devant l'alliance des autres garçons.

— Sérieusement ? Vous pensez que Luna... Merde ! Je suis trop con ! Je comprends mieux la réaction de Lydia !

Le fils du shérif se calma légèrement avant de s'approcher du jeune homme dont il tapota l'épaule amicalement.

— À ta place, je m'inquiéterai plutôt de son brusque changement de comportement avec Luna !

Isaac soupira. Il savait parfaitement, au contraire, la raison du changement d'attitude de sa petite-amie. Du moins, s'imaginait-il que la blonde vénitienne faisait son possible pour être aimable avec la nouvelle venue suite à leur conversation de la veille. S'il avait su alors l'attirance que nourrissait Luna à son égard, peut-être se serait-il montré moins dur envers le ressentiment évident de la banshee ! Venait-il vraiment de pousser sa copine à côtoyer une de ses rivales ?

— Putain, c'est la merde !

Sa remarque provoqua à nouveau le rire de ses amis qui malgré tout l'entourèrent de leur soutien tout en se dirigeant vers le parking.

— On se fait un truc ? proposa Scott une fois devant sa moto.

— Ouais, je suis partant ! Tu proposes quoi ?

Isaac était clairement ravi qu'on lui offre une échappatoire à ces sombres pensées. Danny et Max acceptèrent aussi au plus grand plaisir de l'alpha. Ils convinrent du programme sans que Stiles n'intervienne une seule fois, tout plongé qu'il était dans ses réflexions. Qu'avait bien pu prévoir Derek pour la fin de semaine suivante ?

— Bro' ?

Il sursauta violemment en sentant la main de son frère de cœur sur son épaule.

— Quoi ?

— Un ciné, ça te tente ?

Le regard de Scott était à la fois amusé et patient. Fréquenter Stiles l'avait rendu coutumier de ce genre de situation.

— Et ne pas avoir le temps de bosser le contrôle de math de vendredi ?

Son ton scandalisé s'opposait à son air malicieux et son sourire ravi.

Ils sautèrent tous dans leurs véhicules respectifs avant de se suivre en direction du cinéma de la ville.

Malgré sa boutade, le fils du shérif n'avait pas un seul instant imaginé que l'entraînement intensif que le coach allait leur faire subir le lendemain soir allait le mettre tellement K.O. qu'il n'aurait effectivement plus l'énergie de réviser.

Finstock était, en effet, bien décidé à ce que son équipe remporte le dernier match de l'année prévu pour la semaine suivante. Cette dernière victoire hisserait les Cyclones de Beacon Hills sur la première marche du podium du championnat inter-lycée pour la première fois depuis... et bien, depuis toujours !

Il s'était donc montré plus cruel et sarcastique que jamais, les abreuvant de ses moqueries tout au long de la longue torture qu'avait été l'entraînement.

Lorsqu'il était rentré après l'éternelle patrouille et tout hyperactif qu'il était, Stiles s'était affalé sur son lit où il s'était endormi tout habillé sans même s'en rendre compte.

Sans surprise, il s'était alors retrouvé devant sa copie d'algèbre avec l'impression désagréable d'être subitement devenu dyslexique tant les formules sur sa copie n'avaient aucun sens à ses yeux.

Il ne devait pas exister pire façon de conclure sa semaine de cours.

Maxime enroula son bras autour de ses épaules en riant, le sortant de sa consternation morose.

— Allez ! T'as pas pu te planter à ce point !

Il n'aurait pas pu se tromper davantage.

— Ça dépend. Est-ce que F- existe* ou penses-tu qu'ils vont l'inventer pour moi ?

L'exclamation compatissante de son ami mourut lorsqu'un coup d'épaule de Luna les sépara brutalement.

Depuis l'escapade shopping, la jolie brune avait pris ses distances avec le reste du groupe et plus précisément avec Isaac au plus grand désespoir de ce dernier.

Surpris de cette mise à l'écart, Scott en bon leader de groupe — en dépit que plusieurs des concernés ne faisait pas partie de sa meute — avait interrogé Allison à ce propos. La chasseuse avait été incapable de donner une explication au changement d'attitude soudain de la jeune Carter. La sortie s'était déroulée à merveille et n'avait souffert d'aucun heurt entre la nouvelle arrivante et Lydia.

La blonde vénitienne était, pour sa part, plus rayonnante que jamais en observant sa rivale partir, entrelaçant ses doigts avec ceux de son louveteau adoré.

Depuis leur récente réconciliation, la banshee avait mis de côté ses réserves, multipliant les gestes d'affections à l'attention de son petit-ami, au plus grand bonheur de ce dernier.

Avec une expression soucieuse — non pas pour celle qu'il considérait comme sa cousine, mais, au contraire, pour ses amis vis-à-vis de l'attitude hostile que cette dernière affichait — Maxime s'élança à la poursuite de la jeune fille.

Isaac sembla vouloir lui emboîter le pas, mais Lydia l'embrassa au même instant, détournant les pensées du garçon de la brune.

Stiles allait faire de même avant d'être, pour sa part, coupé dans son élan par Danny qui le coiffa au poteau tant il était rapide. À se demander si le gardien de but n'était pas un loup-garou sous couverture !

Scott profita du léger flottement qui s'ensuivit pour se rapprocher de son meilleur ami et l'étreindre comme celui-ci l'avait fait l'avant-veille avec lui.

— Allez, bro' ! Pense à ton futur week-end, ça te redonnera le sourire !

Les mots de son frère de cœur, le lui redonnèrent effectivement tandis qu'ils s'élançaient tous ensemble vers la sortie du lycée, plus insouciant que jamais.

oOo

Luna pouvait presque sentir son sang bouillir dans ses veines tant la perte de contrôle était proche !

La rage, la colère, la sauvagerie... Elle avait appris à les maîtriser depuis un moment déjà, mais là... Ce n'était rien de semblable. Au plus profond d'elle-même, elle se sentait blessée et trahie.

Oh, bien sûr ! Isaac ne lui avait rien promis. Lui et elle n'avaient jamais été autre chose que des amis, mais elle n'avait pu s'empêcher d'espérer...

Elle fut soulagée d'atteindre sa voiture où elle s'enferma avant de tenter de calmer sa respiration chevrotante. Elle avait l'impression d'étouffer, d'asphyxier...

La panique s'empara bientôt d'elle, attisant cette spirale infernale qui lui donnait le tournis.

Son regard percuta celui fauve de son reflet dans le rétroviseur. Un sanglot lui échappa tandis qu'elle fermait les yeux, les mains tremblantes et le cœur battant à tout rompre.

Il fallait qu'elle parte et vite...

Démarrant sur les chapeaux de roues, elle ne remarqua même pas Maxime et Danny courir vers elle.

D'un geste rageur de l'avant-bras, elle s'essuya les yeux et fit son possible pour se concentrer sur la route à travers le torrent de ses larmes.

À bout de nerfs et craignant de perdre connaissance tant le souffle lui manquait, elle parvint tant bien que mal à se garer sur le bas-côté jouxtant la forêt. Elle ne perdit pas de temps avant de s'élancer à en perdre haleine entre les arbres, se calmant à mesure que son côté animal prenait le contrôle de son corps et de son esprit.

Louve, elle laissa l'odeur apaisante des sous-bois l'envahir avant de fermer les yeux pour s'enivrer du fourmillement des insectes sous ses pieds. À son approche, le bruit des autres animaux s'était tu, reconnaissant en elle un prédateur redoutable.

Elle n'était pas sans savoir qu'ainsi transformée, il lui était incapable de camoufler son odeur, trahissant ainsi sa présence jusqu'à plusieurs heures après son départ.

Elle n'en avait que faire !

Sa vie n'avait eu de cesse de s'effondrer depuis quelques mois comme un château de cartes emporté par le vent.

Tout avait commencé avec la perte de sa mère, évidemment, mais tout n'avait fait qu'empirer depuis son arrivée à Beacon Hills !

Jamais elle ne s'était sentie si seule... si démunie.

Sur qui pouvait-elle compter à présent ? Sa mère n'était plus. Son père lui avait menti durant des années. Son frère ne lui pardonnerait certainement jamais. Et Isaac... L'incroyablement beau Isaac n'avait d'yeux que pour cette... cette quoi d'ailleurs ?

Elle avait deviné que la rouquine n'était pas tout à fait humaine, mais n'avait pu déterminer sa nature ! Ça lui était totalement égal à vrai dire !

Toute sa vie avait été remise en question.

Elle ne savait plus qui croire ni que croire. N'avait plus ni passé, ni avenir... Lui donnant l'impression que son histoire avait été écrite à l'encre de la trahison.

Les larmes revinrent avec force, cascadant sur ses joues sans retenu. Elle se laissa tomber à genoux sur le sol humide tandis que ses longues griffes éraflaient la racine de ses cheveux. Elle avait envie de hurler sa détresse dans un besoin primitif qui lui était lui aussi interdit.

Elle était prisonnière d'une cage, cruelle et invisible dont les barreaux se rapprochaient d'elle jour après jour jusqu'à bientôt la broyer entièrement !

Que devait-elle faire à présent ?

Aux côtés d'Isaac, elle avait renoncé au statut d'alpha de Derek.

Après la découverte de l'horrible vérité à propos de Maxime, elle avait décidé d'abandonner, de reprendre le contrôle de sa propre vie pour la façonner à sa façon.

Tout lui avait alors semblé possible.

Elle se serait contentée de sa condition d'oméga, et pourquoi pas prêter allégeance au leader de la meute de Beacon Hills, devenir une des leurs...

Elle s'en serait satisfaite et en aurait été heureuse si seulement le cœur du jeune mordu avait été sien.

Pour son sourire et ses beaux yeux, elle aurait été prête à tout...

Elle s'était approché de lui afin de collecter des informations sur ses ennemis, mais le charme et la gentillesse du louveteau avaient piégé son cœur, le réchauffant, lui redonnant vie, elle qui le croyait éteint depuis le meurtre de sa mère.

Comme elle se trouvait stupide à présent d'avoir espéré... Elle avait été naïve de croire que la rouquine était sur le banc de touche !

Jamais elle n'oublierait la douleur qui l'avait transpercé quand elle avait surpris les deux amoureux en train de s'embrasser langoureusement ce matin-là ! Toute la journée, elle avait tenté de se convaincre qu'elle avait encore toutes ses chances, il lui suffisait de charmer Isaac...

Elle n'avait jamais douté de sa beauté. Elle savait l'effet qu'elle faisait aux garçons, aux filles aussi, d'ailleurs !

Pourtant, lorsqu'elle s'était retrouvée seule avec Allison et Lydia, cette dernière leur avait fait un récit plutôt éloquent de sa réconciliation avec Isaac.

Peut-être que c'était là son châtiment pour ce qu'elle avait fait à son frère !

Essuyant une nouvelle fois ses larmes, elle se releva, affreusement vide de sentiment et d'espoir.

Son souffle s'égara dans l'air aux senteurs de musc tandis qu'elle rebroussait chemin, reprenant à chaque pas un peu plus forme humaine.

Elle ressentait dans le creux de son ventre le besoin viscéral de fuir.

Fuir Isaac.

Fuir Beacon Hills.

Fuir son père, son frère...

Fuir pour ne plus souffrir...

Simplement fuir.

Mais elle n'était qu'une oméga...

Elle n'était rien !

Comment pourrait-elle supporter de rester ici, d'être témoin du bonheur d'Isaac avec une autre, le voir sans pouvoir le toucher... L'aimer en silence...

À mesure qu'elle approchait de l'orée des bois, sa peine se mua sournoisement en colère.

S'il l'avait aimé... S'il lui avait laissé une chance...

La haine est sœur d'amour, dit-on ! Rien de plus vrai dans son cœur meurtrie. Elle ne rêvait plus que de se venger dans le sang et les cris.

Elle sentit la colère sourde et sauvage prendre possession de son être, comme l'étreinte réconfortante d'une vieille amie dans laquelle elle se fondit sans lutter, laissant sa nature sauvage prendre possession d'elle et de ses instincts.

Elle se sentait incroyablement sereine en s'installant derrière le volant de sa mustang. Elle pouvait voir à l'horizon se profiler un avenir qui semblait lui sourire. Un avenir au goût suave de la vengeance.

Après tout ce qu'elle avait traversé, elle méritait bien de devenir une alpha finalement. Une fois que ça serait fait, peut-être qu'Isaac la remarquerait enfin.

Les hommes étaient attirés par le pouvoir.

Enfant, elle ne se lassait jamais des histoires que son père lui racontait le soir pour l'aider à s'endormir, romançant sa rencontre avec Eléa, lui contant comme elle était belle et enchanteresse. Comme il était tombé sous le charme de cette femme forte et puissante qui avait tout d'une reine ! Comme elle avait embelli sa vie ennuyeuse et solitaire...

Alpha, il succomberait à elle et s'il ne le faisait pas, elle pourrait toujours le soumettre... Sa mère l'avait bien fait avec Ian !

Une partie d'elle, encore humaine, était apeurée par cette décision, mais cette partie-là était trop faible pour se rebeller.

Toute sa vie, son humanité et sa sauvagerie s'était côtoyée.

Ses instincts primaire avaient étaient muselés, mais pas étouffés afin de garantir la symbiose entre la femme et l'animal.

Aujourd'hui, le rapport de force venait de s'inverser.

La partie anthropique était toujours présente, mais son âme était tombée sous le joug d'un nouveau souverain. Elle venait de proclamer l'avènement du loup.

Ses yeux d'ambre sauvage étincelèrent légèrement avant de faire place à deux sphères d'un bleu parfait. Un sourire carnassier souleva ses lèvres tandis qu'elle s'élançait sur la route pour rejoindre sa résidence temporaire, ce taudis dans lequel elle avait été enfermée des semaines durant, le temps d'apprendre à camoufler son odeur.

— Luna ?!

La voix de son père s'éleva à peine eut-elle posé un pied dans le bâtiment.

Elle s'avança dans la direction de celle-ci avant de s'accouder au mur lorsqu'elle aperçut la silhouette de son géniteur se dessiner devant elle.

Bras croisés sur la poitrine, elle l'observa un moment avant que leurs regards ne s'accrochent enfin.

— Tu es là ! J'avais peur qu'il te soit arrivé quelque chose. Tu as mis du temps à rentrer !

Elle expira de lassitude. Vivre dans la peur constante inhérente à leur condition était proprement épuisant.

— J'ai réfléchi, lança-t-elle sans préambule.

Elle décroisa les bras et, de quelques pas souples, réduisit la distance la séparant de son père.

— Je suis prête quand tu veux !

Un sourire ravi souleva les lèvres de l'homme. Il tenta une caresse sur la joue de sa fille chérie d'un revers de la main, mais celle-ci se rebiffa comme elle avait pris l'habitude de le faire ces derniers temps.

D'un regard, elle lui fit comprendre que le pardon ne lui était toujours pas acquis.

S'il perdit légèrement son sourire, le visage de l'adulte ne se défit pas de son expression joyeuse.

— Très bien ! J'ai observé leurs allées et venues... Tout est prêt !

Il esquissa deux pas afin d'attraper un flacon contenant des petites billes végétales blanches.

Luna ne put réfréner son mouvement de recul lorsqu'elle reconnut le gui qu'il contenait et qui était, pour leur espèce, un poison puissant.

— Il est temps de te fournir un alibi digne de ce nom.

oOo

*Les notes vont de A à F, certaines peuvent porter la précision + ou -, ce qui n'est pas le cas du F (F signifiant Fail : Échec)