Chapitre 34. Loyauté
Thranduil faisait les cent pas dans le bureau du médecin en chef de Vert-Bois, s'offrant le luxe d'exprimer ouvertement son anxiété en l'absence de quiconque pour le voir.
Legolas avait découvert sa relation avec Niphredil de la pire des manières et lui en voulait terriblement… À raison. Il aurait dû être plus prudent, plus patient, pour éviter cette situation plus qu'inconfortable.
Aujourd'hui, il passait pour un mauvais père, mais surtout pour un mauvais souverain, un coureur de jupon inconsidéré, et pour couronner le tout, son fils allait jusqu'à craindre la possibilité d'avoir un frère bâtard.
Il aurait aimait pouvoir dire qu'il s'était prémuni d'un tel risque, mais Niphredil était innocente qui n'avait pas recours à des remèdes de prostituée. il avait laissé le choix au destin à chaque fois qu'il l'avait prise dans ses draps. Si le destin le voulait, elle lui donnerait un enfant, un nouveau prince pour le royaume, qu'il chérirait plus que sa propre vie.
Thranduil, Grand Roi des Elfes était tout-puissant sur cette terre, mais seul les valars décideraient de lui accorder la grande famille dont il rêvait, et désespérait depuis des millénaires…
Amdir entra avec son prince sur les talons dans le bureau, lui accordant un salut respectueux, presque excessif au vu de son importance au sein de la cité, alors que le prince se contentait de détourner les yeux, gêné et furieux.
Thranduil avait cessé ses déambulations nerveuses pour écouter avec attention le médecin faire son rapport d'un ton neutre. C'est avec une déception masqué de bienséance qu'il entendit Amdir assuré que Niphredil ne portait pas d'enfant, « ni subi la moindre violence », comme il en attesta, en baissant les yeux, alors que le roi jeta à son héritier un regard choqué d'avoir osé pensé une telle chose de lui.
-Nul ici, n'aurait osé faire une telle chose, Legolas, sermonna-t-il, déçu de l'opinion que son fils avait de lui.
-C'est arrivé par le passé, reprit Legolas avec colère, et je n'aurais jamais pensé que quiconque ose mettre en jeu l'honneur de la fille de Gondren.
Père et fils s'affrontèrent du regard, alors qu'Amdir aurait donné n'importe quoi pour pouvoir disparaitre dans un trou de souris.
-Tu as raison, fils, et pour la sauvegarde de son honneur, je vais aller m'enquérir auprès de Gondren, afin qu'il lui trouve un promis digne de…
-Ton devoir, mon roi, est davantage de te préoccuper de ton royaume, tonna Legolas, que des histoires de jupon d'une jeune elleth parmi toutes les autres ! Dehors, l'ombre grandit sur nos terres, les araignées s'enhardisse, j'en ai tué de nombreuses a a peine quelques lieux de nos portes ! Que fais-tu pour cela, par Elbereth !? L'Oracle t'a pourtant mit en garde contre une menace terrible ! J'ai reçu la lettre, et j'ai cru que tu allais enfin agir pour notre peuple au lieu de…
Il s'interrompit, sachant qu'il n'avait aucun droit d'aller plus avant dans ces propos, et se contenta de brandir la lettre portant le sceau royal qu'il avait reçu de la servante un peu plus tôt dans la matinée.
Thranduil lui lança un regard surpris et se saisit de la lettre q'uil avait entre les mains, la parcourait quelques instants alors que son expression se teintait de rage :
-Quel serviteur t'a apporté ceci ?
-Je... Celle de Niphredil, aux cheveux cendrés.
-Je vois… Hé bien, puis ce que tu es en armes, tu n'aurais aucun mal à arrêter cette femme, et à la jeter dans une geôle sur l'heure.
-Pour quel motif ? Tiqua le prince, craignant que Rose ne paye injustement le prix du courroux du roi.
-Pour trahison, gronda Thranduil. Cette écriture n'est pas la mienne, mais celle d'Arphen, mon fils, ne l'as-tu donc pas remarqué ? Pourtant, ce sceau est le mien. J'aimerais bien savoir ce qu'elle a à dire pour sa défense, avant d'être condamnée pour son crime.
Legolas ouvrait de grands yeux surpris, jetant à nouveau un regard à cette lettre de malheur pour réaliser en effet, que ces arabesques travaillées n'étaient pas celle de son père, bien qu'un œil novice pouvait s'y méprendre. Après tout, Arphen et Thranduil avaient appris à écrire de la part du même précepteur... En un autre temps.
-Amdir, veille à ce que Niphredil regagne ses appartements avec plus de dignité que lorsque mon fils l'a traîné jusqu'à toi, dit-il sur un ton de reproche, rassure là. Pour ma part, je vais m'entretenir avec Arphen sans délais. Il est temps pour le serpent qui se tapis dans nos murs de cesser de répandre son fiel.
C'est vétu d'une manière royale que le Grand Roi des Elfes se rendait aux appartements du prince de Beleriand, accompagné de Tauriel, jeune capitaine de la garde du refuge à l'avenir prometteur. Son fils lui en avait dit le plus grand bien, et elle avait été entrainé par Gondren pour ce poste, et avait confiance en leur jugement… tout comme en sa discrétion quant au fanfaronnade provocatrice dont Arphen ne manquerait sûrement pas de l'abreuver. En temps normal, c'est avec Gondren qu'il serait allé voir ce vil serpent.
Mais je refuse qu'il apprenne ainsi certaines choses... Je vais devoir m'acquitter de mon devoir envers lui, que je repousse depuis trop longtemps…
Tauriel n'avait rien dit de son étonnement quant au fait d'être sollicité pour cette tâche, se contentant de garder un maintien impeccable, même si une pointe de mépris put se lire sur son visage quand elle vit une jeune humaine vêtue d' une tenue légère leur ouvrir la porte.
-J'exige de voir le seigneur Arphen, immédiatement, lança le roi.
Impréssionné, l'humaine s'en alla en planta là les deux elfes. Arphen apparu quelques instants plus tard, vêtu princièrement et sa couronne ceignant son front, signifiant qu'il ne parlerait pas entre vieux amis. La servante ayant oublié tous les usages, il fut contraint de les conduire lui-même dans son salon privé ou cette fois, une servante songea d'elle-même à leur apporter quelques fruits et du thé.
-Du vin, ordonna Arphen, avant de faire un geste invitant Thranduil à s'asseoir, puis commença d'un ton aimable, que me vaut l'honneur de ta présence de si bon matin ?
-Mon fils m'a apporté une lettre pour le moins curieuse, vois-tu. Dit-il en sortant ledit document, avec ton écriture, et mon sceau.
-Oh, fit Arphen, en prenant des baies dans une coupe non loin de lui, voilà qui est curieux, en effet. Dit-il en se saisissant de la lettre. Oui, je me souviens bien avoir rédigé cela, je voulais voir ton fils, mais il n'était pas dans la cité, au moment, alors j'ai chargé une servante de la cacheté, et de la lui apporter.
-Tu confit le cachet du Beleriand à des humaines ? releva Thranduil en relevant le mensonge le plus absurde de tout ce qu'il venait de débiter.
-Oh, elles ne savent ni lire ni écrire le sindarin, ou même leur propre langue, a dire vrai, et elles tiennent tellement à leurs courtes vies qu'elle n'oserait jamais commettre un impair avec.
-Pourtant, un impair a été commis. Se servir ainsi du cachet du roi est un acte de trahison, puni de mort. A quelle servante avais tu confiée cette tâche ?
Arphen marqua une pose, puis soupira :
-Ah, Rose, peut-être… Je ne comprends pas pourquoi cette sotte a été cherché ton sceau mon ami… sûrement a-t-elle mal compris mon ordre et cru que comme moi, tu avais une totale confiance en tes serviteurs… Ce n'est qu'une humaine qui a moins de vingt printemps, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'elle commette des fautes enfantines.
Thranduil savait qu'il ne pouvait pas ouvertement l'accusé d'un acte aussi grave en dépit de l'ineptie de sa défense, et pour sûr, Arphen s'en amusait ouvertement. Néanmoins, cette fois, plus que de laisser aller à un comportement tempétueux, il gardait un sourire froid et se prit au jeu.
-Un enfant sait qu'il n'a pas à toucher le sceau d'un roi, reprit Thranduil. Je vais m'entretenir avec elle, et si elle n'a rien d'autre à dire pour sa défense, elle sera exécutée avant la prochaine aube. Rose est une servante de mon royaume, grâce à toi, mais si elle n'est pas digne de confiance, elle n'a aucun avenir.
Arphen soupira, se tassant dans son siège l'air ennuyé.
- Quand un chien est fou, c'est avant son maître qu'il faut blâmer. Je crois savoir qu'elle est au service de la demoiselle Niphredil, peut-être d'abords l'interroger.
-je sais comment administrer mes sujets, répondit le roi à la chevelure d'hiver avec humeur. C'est toi qui a donné cet ordre. Je comprends qu'elle soit reconnaissante à ton endroit, Arphen… Quel dommage qu'elle n'est pas été davantage instruite de nos coutumes et qu'elle n'ait pas offert son allégeance à sa nouvelle famille… Je songe à interdire les serviteurs humains dans mon royaume, cela évitera d'autres accidents fâcheux.
Thranduil se servit un verre de vin d'un geste nonchalant, laissant le temps à ses paroles d'avoir l'effet escompté. Arphen se moquait bien de la mort de Rose, il usait toujours des humains comme des outils éphémères, mais son quotidien serait bien moins plaisant si il devait se passer de sa batterie de serviteurs, dont la moitié étant surtout prostituées. Le roi Sindar espérait également que cela le pousserait à mettre fin à son séjour sur ces terres qui avaient déjà durées quelques années de trop à son goût.
-Tu sous-estimes l'utilité de ces êtres qui se multiplient aussi vite que des lapins. Tes ellons sont heureux de trouver des demoiselles ravies d'entrer dans leur couche et sans la moindre attente... Cela ferait du bien a tes armées, comme cela amuse les miennes, qui auraient bien besoin d'un chef, qui jouit d'une belle lignée de combattant.
-Ne cherche pas à justifier ton comportement en te cachant derrière la débauche de certains soldats. Je ferais un passé rapidement un décret pour interdire cela dans mon royaume, et je me fiche de savoir comment, mais ta suite de mortelles devra quitter ces frontières avant la nouvelle lune qui suivra, sans quoi je les ferai tous pendre.
-N'oubli pas le code d'honneur d'Oropher, mon frère, celui qui prononce une sentence se doit de l'exécuter lui même.
-Ne me met pas au défi, Arphen, ces gens ne méritent pas que l'on se joue ainsi de leur existence, si misérable soit-elle.
Thranduil fit mine de repartir, mais Arphen lança pour le retenir :
-Je rentrerais bien à Doriath avec Niphredil. Après tout, je suis le seul à être capable de l'aider avec son.. "lien", avec Mandos, et il semblerait que je sois le seul ellon à lui avoir officiellement fait part de mon intérêt à son endroit… C'est triste, pour une si belle elleth, si prometteuse... Oh, oui, je sais, tu dis que chaque elleth est libre d'offrir ses charmes à qui le veut, mais il semblerait que l'idée de toucher la même qu'un nain dégoute…
Rapide comme le vent, Thranduil avait plaqué Arphen contre le mur avant même que Tauriel n'est put le voir bouger, se mettant en garde de manière précipitée en voyant que Thranduil avait mit une dague sous la gorge du prince du Beleriand.
Comme tout le monde, elle connaissait la rivalité millénaire entre les deux ellons, née de la jalousie d'Arphen pour qui, en dépit de sa haute naissance, l'accès à la couronne était compromis sur les terres de sa famille depuis la guerre de la Colère. Mais jamais elle n'aurait cru que cette dernière était si forte qu'elle prenait le pas sur la diplomatie et le calme olympien de son roi. Qu'importe ce qu'il ferait, même si Thranduil décidait de tuer le prince sur le champ, elle ferait face à quiconque s'interposerait, et combattrait jusqu'à son dernier souffle.
-Tu fais honte au Beleriand de te prétendre leur prince, Arphen et j'envie Oropher de ne pas voir le spectacle déplorable que tu offres : vil, cruel et pas assez malin pour obtenir ce que tu veux avec tes ruses immondes.. Maintenant, dis moi ce que tu veux, sans détour.
-Un des enfants de Sirion, répondit-il alors que son sourire narquois avait laissé place à une expression plus dure et froide que l'acier. Peu importe lequel en vérité. Même en Beleriand, les sindars semblent persuadé que seul quelqu'un de son sang pourrait gérer notre armée, alors, je ne peux rentrer chez nous sans l'un d'eux. Armiel hésite à revenir, il veut " passer du temps avec sa nièce", alors au pire je prends la paire. Mais pas Sirion en personne, il est tellement… raide, je te le laisse sans regret.
Thranduil lui lança un regard choqué, le lâcha pour s'en détourner, laissant le silence exprimer sa déception.
-Je ne suis pas un esclavagiste, Arphen, je n'ai pas le pouvoir de jeter mes ellyns dans un navire pour le Beleriand s'ils s'y refusent. Les enfants de Bar-annui sont libres de te suivre s'ils le désirent, mais rien ne pourrait les y contraindre, et certainement pas tes caprices.
-Tu pourrais les convaincre sans donner le moindre ordre…
-Et pourquoi ferais-je cela ? Répondit-il en lui adressant un regard furieux. Des années que tu es là a manoeuvré pour déstabiliser ma maison, poussé par la jalousie qui te ronge depuis que je porte la couronne. J'ai toléré tes petits jeux par égard pour le frère de coeur que tu fus, mais tu vas trop loin. Rentre à Doriath avec qui voudra bien t'accompagner, et vite, avant de perdre le peu de respect que j'ai encore pour toi, Arphen.
Avant de lui emboîter le pas, Tauriel put lire pour la première fois sur le visage d'Arphen un sentiment de tristesse profond et sincère. Assurément, le prince obtiendrait bien un guerrier de vert-bois digne d'autorité pour son armée, mais il ne ressentait aucune satisfaction à voir son aîné lui céder la victoire avec dédain.
Le soleil était tout juste au zénith quand le roi Thranduil se rendait dans les appartements de Gondren, après avoir pris le temps de marquer une pause après son échange avec Arphen, qui l'avait bouleversé plus qu'il ne s'était autorisé à le montrer.
Il avait toujours toléré ses excentricités et son caractère irrévérencieux, même sa cruauté pour la complicité qui les avaient liés durant des siècles. Arphen avait toujours su briser son masque de glace, pour le meilleur, mais aujourd'hui, il semblait ne rester que le pire.
Le roi aurait donné n'importe quoi pour retrouver son ami de jadis, pour partager avec lui un peu des temps à venir, mais l'Arphen qui le faisait rire de ses facéties et qui couvrait ses arrières semblait mort dans le sinistre Beleriand qu'il s'échinait à maintenir à n'importe quel prix comme un royaume indépendant...
D'un pas silencieux, il se rendait à la base de Bar-an-Aran, dans les racines du frêne royal, jouxtant la naissance des escaliers qui montaient vers les quartiers royaux. En bordure du lac intérieur, l'endroit était absolument magnifique et jouissait d'une vue splendide sur les jardins royaux, et pour autant l'endroit n'avait pas l'allure luxueuse que l'on aurait prêté à une si importante position. Confortable et fonctionnel, le principal signe de richesse des lieux était ces immenses tableaux représentant d'importants événements du passé accrochés aux murs du corridor, ou Thranduil reconnut la conquête du beleriand par les Sindar, le couronnement de son père, Dargolad…
De grands moments de leur histoire, mais aussi des souvenirs empreints de peine pour eux, qui avaient vécu ces bouleversements.
L'ellon à la chevelure brune était installé dans large fauteuil d'osier tressé surmonté d'un large coussin, lisant un rapport ou il reconnut l'écriture de son fils, devant que cela abordait ses combats de la nuit.
-Bonjour, mellon, je suis en train de lire le rapport de ton fils, je le trouve inquiétant… Déclara Gondren sans lever les yeux vers osn royal invité, pasant machinalement sa main le long de la cicatrice qui barrait son visage. Un tic qu'il avait souvent, lorsqu'il réfléchissait à la sécurité du royaume.
- Il l'est, nous devrons envoyer une vaste mission de reconnaissance et de nettoyage dès ce soir, pas moins d'une trentaine de guerriers au vu du risque. A chercher un ennemi ailleurs, nous avons oublié de regarder ceux qui se trouvaient déjà à nos portes.
-Je mènerais cette expédition, que ton fils prenne du repos… d'ailleurs, on dit l'avoir vu avec ma fille, ce matin.
Il est maintenant trop tard pour les faux fuyant… songea le roi.
-Oui, dit le roi en baissant les yeux, loin de ses habitudes fières, se sentant de nouveau comme un jeune soupirant, sortant une fleur de lotus blanche, une fleur qui ne poussait que dans les jardins royaux. Gondren se leva, étonné, déformant la cicatrice de son visage carré dans un sourire amusé :
-Allons, je sais que je fais si peur aux jeunes ellons qui n'osent pas manifester leur intérêt à Niphredil, mais je pensais ton fils moins peureux… Avec tout mon respect, Thranduil, dis lui de revenir lui même, si il veut le droit de courtiser ma fille.
Le roi resta un instant, figé, hésitant, ce qui fit siller Gondren, car il n'avait pas vu son ami aussi hésitant depuis qu'on avait ceint son front de la couronne de son père. Avant de perdre courage, tel un jeune ellon qui courtisait sa première elleth, il lacha :
-Ce n'est pas lui, mellon nim, qui souhaite courtiser ta fille, mais bien moi.
Un silence de plomb tomba dans la pièce, alors que Gondren regardait Thranduil, sidéré, comme s' il venait de prononcer la pire des insanités. Il secoua la tête en signe de négation, puis invita son ami à s'asseoir :
-Mellon, assis toi, je vais appeler Naur sur le champs, tu déraisonnes… étais tu avec Legolas dans la bois cette nuit ? As- tu été piqué par une de ces saloperies d'araignées ?
Nerveux, le garde royal s'agitait sans plus oser regarder son roi, qui se releva et dit d'un ton plus assuré :
-J'ai reçu la bénédiction des valar pour pouvoir à nouveau me marier, l'Oracle l'a assuré. De toute mes forces, j'ai voulu nier le lien qui m'unissait à elle, mais les valar en ont décidé ainsi… Niphredil Gondreniel est la plus précieuse des créations d'Eru à mes yeux, celle qui a calmé la tempête de mon Fëa...
Gondren se figea en entendant ces paroles, faisant volte-face, non pas le roi, mais l'ellon qu'il connaissait bien. Thranduil, passionné et bienveillant, tel qu'il l'avait occulté aux yeux de tous depuis son veuvage. Ces derniers temps, il n'avait trouvé plus doux, en effet, et Gondren pensait qu'il avait trouvé un nouveau souffle de vie… mais il ne s'était pas attendu à ce que se soit auprès de sa seule et unique fille, qu'il avait retrouvé il y a si peu de temps.
-J'ai tout donné à la couronne de Vert-Bois,Thranduil. J'ai risqué ma vie et fait couler mon sang. Pour toi, j'ai tué, j'ai torturé, j'ai corrompu mon Fëa, sans hésitation, sans regret. J'ai renoncé aux joies du mariage et de la paternité,.. Jusqu'à ce que les valar m'offrent une enfant surprise… Mais tu sembles visiblement penser que je n'ai pas été un bon serviteur, qui ne mérite aucune grâce, aucun répit ! cela aussi, tu veux me le prendre ! Sitôt que je l'ai retrouvé ! Tu la courtiseras car tel est ton droit de souverain ! Qui peut dire non au Grand Roi des Elfes ? Quand tu seras las d'elle, dans un siècle ou dans une lune, qu'adviendra-t-elle ?
Thranduil l'écoutait, les yeux écarquiller alors qu'il découvrait ses peurs de père, déclarant ces propos sur un ton doux :
-Mellon, tu es le meilleur ami dont je pourrais rêvé, et je préférerais me trancher la langue que de dire que tu ne fut pas loyal et dévoué à chaque instant de ta vie envers ma famille. Aujourd'hui, je ne te demande pas le droit de la mener dans ma couche et de jouir de sa beauté, je te demande de m'accorder sa main, afin que je puisse y glisser l'anneau d'argent, puis celui d'or, qui unira nos deux familles. J'aime Niphredil, elle est l'étoile qui m'a tiré des ténèbres, et chaque instant que je vis, je veux la chérire, non pas comme la reine mes jours, et celle qui portera la tiare de Vert-Bois, ainsi que les princes et princesses qui porteront ton sang, et le mien.
En dépit de ses atouts royaux, Thranduil avait posé genou à terre, suppliant par ce geste Gondren de bien vouloir le croire. Il n'avait pas démontré pareil signe d'humilité depuis qu'il avait été couronné. Gondren posait sur lui un regard surpris, puis fit un pas pour aller à sa rencontre, alors quand Thranduil restait humblement à genoux.
Il resta là, un instant devant cette scène surréaliste, car il connaissait le caractère orgueilleux du roi. Dans un soupir, il s'efforçait de croire en la profondeur de son amour.
-Jures tu de la protéger, envers et contre tout ?
-Que Morgoth m'emporte si je failli à sa protection ou son bonheur.
Après une ultime hésitation, il posa la main sur la tête du Grand Roi des Elfes et souffla : " qu'il en soit ainsi, Niphredil Gondreniel sera alors tienne, jusqu'à la fin des temps".
Une colonne ordonnée d'elfe à pied quittait la cité avec les derniers rayons du soleil, mené par Gondren qui allait d'un pas rapide, imposant presque le trot aux soldats derrière lui.
Comme Legolas avait pu le constater, les araignées étaient bien trop proches de leurs frontières, et la nature, si belle et si luxuriante d'habitude, était plus sombre et semblait altérée, les toiles étouffant les arbres et la luxuriante verdure de Vert-Bois.
Il ne leur fallut pas plus de deux heures de marche pour tomber sur les premiers nids, infestés de ses tisseuses infernales et de leurs oeufs.
Mais en dépit de leur apparences terrifiantes, elles étaient fragiles, et c'est avec une joie non dissimulée que Niphredil faisait virevolter ses lames dans cette danse guerrière contre l'ombre, heureuse d'enfin retrouver sa place sur le terrain.
Etait ce pour cette raison que Gondren avait tenu à ce qu'Amdir les accompagne ?
La question flottait dans son esprit un instant, mais elle la balayait bien vite, quand elle vit le sourire naître sur le visage de son ami alors que le vent frais de l'extérieur faisait voler ses cheveux, son ami, lui aussi heureux de retourner au combat, à l'air libre. Depuis qu'il était médecin cheff de Vert-Bois, les occasions d'excursions guerrière était devenu bien trop rare pour le médecin de guerre qu'il fut pendant des siècles.
-Les filles d'Ungolianth sont encore peu nombreuses à être arrivé jusqu'ici, déclara Wilwarin a l'intention de Gondren en rejoignant, tout en essorant sa lame empli de sang noire, mais un avant-poste bien plus peuplé est surement pas très loin. Si nous ne nous en occupons pas rapidement, nos portes seront bientôt prises d'assaut, une lune, tout au plus… Nous avons été négligents avec ces créatures bien trop longtemps.
-Prends quelques guerriers aguerris et repère les traces de cet avant-poste. Soyez discret, n'ouvrez pas les hostilités, ne prenez aucun risque. Envoi-moi deux messagers dans deux heures, sinon, nous viendrons en renfort. Mais je te le redit : pas d'héroïsme, pas de risque. Si vous sentez un grand danger, que nous formerons le bataillon pour donner l'assaut.
Wilwarin s'inclinait brièvement en guise d'acquiescement, et appela Tauriel et cinq autres de ses meilleurs soldats, laissant Niphredil en arrière avec les autres.
Elle profita de cet instant de répit pour aller voir Gondren, qui nettoyait son armure et ses armes emplies de toile collante non loin, l'aidant à retirer la soie d'araignée de ses cheveux. Il lui lança un regard surpris :
-Tout va bien, ioniel nin, ma fille ?
-Je suis heureuse de sentir l'air frais, cela faisait bien trop longtemps qu'on ne me laissait pas sortir… J'ai l'impression que je pourrais me battre pour nos terres pendant cent ans sans être fatigué !
Il lui jeta un regard affectueux, et posant sa grande main sur sa tête pour lui ébouriffer les cheveux:
-Tu es bien la fille de ton père ! Mais nous devons être vigilant, si nous n'avons pas repéré leur avancée, c'est qu'elles se sont fait discrètes. Soit elles ont gagné subitement en intelligence… soit il y a quelque chose de plus derrière.
-Allons le découvrir ! Dit-elle avec ferveur, faisant mine de sortir son épée, mais le guerrier millénaire bloqua son geste et la tirait pret de lui en la saisissant par un pan de sa tunique de combat :
-Shht ! Doucement, Gondreniel, le roi nous a confié une mission courte. Ensuite, tu retourneras à tes cours auprès d'Elena.
-Oh pitié, adar, je vais mourir d'ennui dans ses salons, à m'occuper de tâches aussi chiante que la pluie dont je n'aurais jamais la charge ! Je suis faite pour être dehors, tu le sais très bien !
-Tu iras à tes leçons Niphredil, ne fait pas l'elfing… Tu pourrais avoir plus de responsabilités que tu ne l'imagine, dit-il en songeur, beaucoup plus…
Non loin de là, Amdir regardait père et fille se chamailler d' un oeil bienveillant, tout en réalisant qu' il n' aurait jamais cru voir un jour pareille scène.
Gondren père, rire et éduquer une jeune elleth avec ce surprenant mélange de tendresse bourrue, et Niphredil, parvenir à s'intégrer à ce point dans leurs vies qu'aujourd'hui, nulle ne pouvait deviner qu'elle n'avait pas toujours fait partie de Vert Bois. D'autres ellons jetèrent des regards surpris et doux à cette étrange petite famille, heureux de voir que même le plus ancien et le plus tourmenté des ellons pouvait, après des millénaires de solitude, être tendre et bienveillant.
Mais cet instant se dissipait quand un des guetteurs annonça l'arrivée d'une nouvelle vague d'araignées venant leur donner l'assaut.
Si cette dernière fut rapidement maîtrisé, une inquiétude se fit sentir, car en même temps que ces monstruosités, les messagers du groupe parti plus avant arrivèrent, et l'un deux annonça :
-Nous avons été repérés par l'ennemi, les autres ont fui vers le pont de la route sylvestre ! Au sud ! L'eau ralentit les araignées, mais il n'y a pas de temps à perdre !
Tous couraient au sol ou sur les branches tortueuses de la vieille forêt pour se rendre au plus vite au point de rendez-vous. Ils allaient, aussi rapide que silencieux au travers d'un calme inquiétant, seulement troublé par quelques bruissements de feuilles et parfois le cri d'un animal, mais rien de comparable à une forêt emplie d'une vie saine.
Niphredil et Amdir étaient proches de Gondren, en tête, anxieux pour Wilwarin qui était resté avec ces hommes.
Des bruits de lutte les poussèrent à accélérer le pas, pour trouver quatre elfes qui tentaient de tenir bon sur un pont étroit face à une horde d'araignées qui hésitait à s'avancer au-dessus du torrent bouillonnant.
Sans hésitation, le gros de la troupe s'élançait sur les assaillants qui exprimaient leur étonnement à force de cliquetis qui devenaient rapidement des gargouillis d'agonie.
Certaines tisseuses prirent la fuite en sautant par-dessus leurs assaillants mais la plupart bondissaient pour attaquer par derrière et sur les côtés afin de surprendre les elfes. Niphredil jetait un oeil à ces compagnons sur le pont, l'un d'eux semblait légèrement blessé aux bras mais les autres étaient indemnes et vaillants, aussi, tous crurent la situation sous contrôle. Mais hélas, alors que les araignées étaient de moins en moins nombreuses, l'une d'elle blessée à mort fronça sur Wilwarin et y planta son dard avant de tomber raide morte. Sous le choc, lâcha son arme et alors que le poison se répandant dans ses veines, son teint devint cireux, et il chuta dans le torrent en dessous du pont.
Amdir avait vu la scène, impuissant, mais quand son ami tombait dans l'eau, il n'hésitait pas une seconde et achevant son ennemi d'un coup rageur, il se jeta dans l'eau pour porter secours au chef des éclaireurs.
Il n'y avait presque plus d'ennemi, Niphredil voulait imiter le médecin de guerre, mais Gondren avait pressenti son attention et lui saisit fermement le bras :
-Tu ne peux quitter ton escouade, les combats ne sont pas finis.
-Amdir est…
- Un excellent nageur qui sera porté assistance à ton capitaine. Ton combat est ailleurs.
-Je ne vais pas les laisser ainsi ! S'ecria-t-elle, tremblante de panique en essayant de forcer le passage, mais la poigne de Gondren était d'une force extraordinaire.
-Oh si tu vas les laisser, gronda Gondren en resserrant sa prise, tu es sous mes ordres, et je ne suis pas Wilwarin, à te laisser commettre d'imprudence impulsive ! Nous allons leur porter secours, soit en certaine, mais pas en se jetant dans un torrent furieux et en espérant ne pas en ressortir les os broyés !
-Par les valars père ! Je t'en supplie…
-Ressaisis toi Gondreniel, ou je te mets au fer jusqu'à la fin de cette mission ! Il s'approchait d'lle pour la saisir par les épaule, presque avec brutalité et lui intima : tu ne peux plus t'offrir le luxe d'agir sans penser aux conséquences pour les tiens !
Rose était recroquevillé dans un coin de sa cellule, pourtant aménagé avec des meubles confortable, terrifiée, sursautant à chaque fois qu'elle entendait un bruit. Quand deux gardes vinrent la chercher, elle les implorait, demandant pourquoi elle était là, ce qu'elle avait fait de mal, mais elle n'eut aucune réponse. Pas même un regard.
Arphen va me tirer de là, il m'a promis que si je le servait bien, je pourrais rentrer chez moi, riche songea-t-elle alors qu'elle se sentait si petite, si fragile entre ces deux immenses gardes aux armures glacés contre sa peau.
Elle priait pour que ce soit à lui qu'on la mène, pour être enfin délivré, mais elle se retrouva face au Roi Thranduil. Tel un colosse de marbre splendide et terrifiant, il la toisait de son trône, la couronne sur la tête et le sceptre à la main. Il la saluait des traditions , mais son attitude était emprise de dédain, et il lui accordait tout juste un regard en lançant :
-Rose, vous êtes à Vert-Bois depuis 5 années solaire, n'est ce pas ?
-Oui, monseigneur, mais…
- Silence ! Tonna Sirion, qui se tenait à la base du trône, l'air plus dure encore que son souverain, qui descendait les marches de son trône pour les rejoindre dans une démarche lente et gracieuse, se fichant de faire languir dans l'angoisse la jeune humaine.
-On peut aisément présumer que vous connaissez un peu de nos usages et coutumes, n'est ce pas ?
-Oui, monseigneur…
-Alors, pouvez vous m'expliquer ceci ? demanda-t-il en tendant la lettre qui avait poussé Legolas à entrer dans ses appartements.
Rose devint livide commença à bafouiller :
-C'est.. C'est..
-Une lettre rédigé par le prince Arphen, avec mon sceau apposé dessus. Hors, je n'ai jamais apposé mon sceau sur cette lettre, que vous avez porté à mon fils hier matin. J'aimerais donc, Rose, que vous m'expliquer comment mon sceau peut être sur une lettre rédigé par le prince du Beleriand, recevoir mon sceau, avant d'arriver au prince de Vert-Bois par votre concours.
L'humaine était devenu livide et bafouillait de manière peut convaincante :
-Je... Je… Monseigneur… Il.. Arphen a dit que…
-Ernil Arphen assure que cela est de ta propre initiative. Tu es au moins assez intelligente pour comprendre que tu ne peux pas accuser le prince du Beleriand de t'avoir demandé de voler mon sceau ? Ni que cela est une erreur innocente de ta part, car tu n'es pas autorisé à entrer dans mes appartements! Tu sais que tout ceci est un acte de trahison de ta part, Rose ? Sais-tu comment on punit la trahison à Vert-Bois ?
-Monseigneur ! Paniqua la servante. Je n'ai jamais voulu causer de tort à Vert-Bois! Je ne sais même pas lire le sindarin, je ne sais pas ce que dit cette lettre! Elle était pour votre fils, je n'aurais jamais cru que...
- Votre ignorance n'est en rien une défense, jeune fille, coupa Thranduil avec lassitude, c'est un aveu. L'aveu que vous n'avez jamais essayé de vous intégrer à cette cité, car votre seul but était d'obéir au souverain d'un autre royaume qui a pour but de déstabiliser Vert-Bois ! Vous étiez auprès de la seule elleth de cette ville qui aurait pu vous comprendre, vous aider, mais sciemment, vous avez choisi un autre chemin…
Rose pleurait à présent, alors qu'elle ne cessait de regarder derrière elle, espérant qu'Arphen apparaîtrait pour le tirer de cet enfer.
-Je… Laissez moi une chance, monseigneur, je serais me faire pardonner pour ma faute ! le seigneur…
-Arphen n'a pas souhaité être présent, mais il a bien été averti de votre procès, Rose.
Thranduil avait cherché en son coeur la force de faire preuve de magnanimité, et n'en avait trouvé aucune, dévoré par le souhait de faire d'elle un exemple.
Tout ce qu'elle aurait put me dire d'Arphen, je le connais déjà.
-Pour le crime de trahison, il n'y a qu'une seule issue, je le craint. Je vous condamne à mort, Rose. Avez-vous une dernière chose à dire ?
-Pitié, pitié, dit-elle en tombant à genoux, ma famille a besoin de l'argent qu'on m'a promis…
-relevez vous, déclara lourdement Sirion, et voyant qu'elle n'obteperait pas, il se pressa de l'aider à s'exécuter. Elle lui lança un regard suppliant, mais avant qu'une ultime supplique ne franchisse ses lèvres, Thranduil lui trancha la gorge. Son corps trepassant ne tarda pas à s'affaler au sol dans un gargouillit sanglant après un dernier regard paniqué.
-Amenez son corps à Arphen, ses funérailles sont sa responsabilité, que ces effets soient débarrassés des appartements qui lui étaient alloués, je ne veux plus la moindre trace de cette traîtresse dans cette cité. Que la nouvelle soit connue de tous, les serviteurs humains ne sont plus les bienvenus à Vert-Bois Tonna Thranduil avec amertume, mais sans regret.
Amdir luttait pour ne pas céder à la panique alors que le courant, brutal, le projetait violemment contre les pierres luttant contre la fureur des eaux pour pouvoir reprendre sa respiration. Il était parvenu à retrouver Wilwarin, inconscient à force du poison des tisseuses et son corps inerte lui compliquait largement la tâche pour regagner la rive.
Il crut qu'une éternité était passée avant qu'enfin, le courant ne l'entraîne à l'écart des remous en bord d'une rive ou il parvint à s'extirper de l'eau. À peine hors de l'eau, il constatait que son ami ne respirait plus, et entreprit de lui faire rejeter l'eau de ses poumons en comprimant sa poitrine dans des gestes secs. Sous la panique, il contrôlait mal sa force et entendit une cote se briser, mais il n'en avait cure : wilwarin était en train de recracher l'eau qui mettait sa vie en péril et respirait de nouveau. Ses joues reprenaient des couleurs même si le poison le laisserait encore inconscient des heures.
Son ami sain et sauf, il s'accordait un instant pour reprendre ses esprits, se dépêtrer de ses bottes remplies d'eau et faire l'inventaire de ce qu'il n'avait pas perdu dans le torrent.
Son arc était brisé et il n'avait plus qu'une seule flèche, mais par chance, il avait toujours sa dague, son épée et quelques fioles de potions et onguents qui n'avaient pas été brisées au cours de sa mésaventure.
Il en administra un onguent sur la plaie que le dard avait fait au flanc de l'éclaireur, mais ce qui préoccupait Amdir était surtout la main droite de l'archer, qui avait été lacéré par les pierres coupantes du torrent. En temps normal, il aurait pu penser cette blessure facilement et lui assurer un prompt rétablissement, mais sans son matériel…
La situation est critique, évaluait rapidement le médecin de guerre. Il y a bien pire que les araignées dans cette forêt, et je serais seul, et au corps à corps pour l'affronter. Notre seule chance est de se camoufler en attendant les secours.
Gondren ne laisserait jamais ces hommes derrière, Amdir le savait. Il longerait le torrent en scrutant chaque indice sur des miles et des miles, sachant pertinemment que cela était une course contre la montre.
Amdir regarda autour de lui, posant un regard scrutateur sur une nature malade et inquiétante. Le courant les avait entraîné loin vers le Sud Est, au delà de la protection fourni par la magie des elfes et les rapprochant de Dol Guldur. Un frisson lui parcouru l'échine, et ignorant ses vêtements détrempés qui lui collait à la peau, il se leva et hissa Wilwarin sur son dos.
Ne pas s'attarder ici, car même Gondren ne pourrait pour nous sauver des horreurs de cet endroit maudit.
Le soleil étincelait au-dessus de cette canopée dense de feuillage d'un vert profond, et les rayons salvateurs de l'été éclairaient le torrent forestier que les elfes longeaient d'un pas rapide, l'œil alerte. Deux éclaireurs étaient partis prévenir la cité de leur mésaventure, et le groupe avait été divisé en deux : ceux qui continuaient le nettoyage, et un groupe plus petit en mission de sauvetage, qui cherchaient avec espoir des traces de leurs compagnons d'armes. Ils avaient retrouvé l'arc d'Amdir brisé sur les rochers, des morceaux d'étoffe ça ou là, mais aucune empreinte ne semblait indiquer qu'il avait réussi à se sortir de l'eau jusque-là.
Une courte pause fut déclaré, et Niphredil se laissa choir au sol, le regard vide, le visage décomposé. Plus d'une journée qu'ils cherchaient les compagnons, le lit du torrent les rapprochait des ruines de Dol Guldur. Les nids d'araignées étaient de plus en plus nombreux et imposants, des empreintes de Bukavac et ils avaient croisés une créature qui fut sûrement un orc, mais tellement corrompu et rendu folle par quelques abominations que l'on peinait à identifier ce qu'elle fut vraiment jadis.
À plus d'une reprise, Gondren lui a avait proposé de faire partie de ceux qui retourner vers la cité mais elle s'y était refusé, ne pouvant même concevoir l'idée de tourner les talons alors que ces amis étaient en péril.
Aujourd'hui elle réalisait combien il avait dû être soucieux et inquiet quand c'est elle qui disparaissait sans laisser de traces, et elle se repentait de ses peines qu'elle leur avait causé.
Armiel la tira de ses songes, atterrissant devant elle d'un mouvement souple et silencieux, entraînant dans sa chute une poignée de verte feuille qui tombait plus lentement autour de lui. Il voulu dire quelque chose, l'air plus fermé qu'à l'accoutumé, mais un elfe à une centaine de mètres en aval poussa un long sifflement, signe qu'il avait trouvé quelque chose.
Tous rejoignirent en hâte l'éclaireur qui était dans un tronc imposant, remarquant qu'un abri de fortune avait été installé au milieu à la naissance des branches principales.
-Il étaient ici ! Clama l'ellon à la chevelure claire en désignant une paillasse en feuillage et une tunique pendu à une branche, il y a un moment qu'ils ont dû partir, car les pailassase sont fraîche et la tunique de vet-Bois est sèche…
-Ils ont été attaqués ! S'exclama une autre elleth en bas de l'arbre, il y a des traces de lutte ici ! Deux ellons, et…
-Huit orcs montés sur quatre wargs, déclara Gondren qui avait rejoint le sol pour observer les traces de luttes, et désigna les cadavres de deux wargs et plus du double d'orcs.
Des braches cassés, souillés du sang noirs des orcs, puis en se baissant, NIphredil remarquait une flaque de liquide rouge foncé différente.
-L'un d'eux a été blessé, souffla Niphredil, qui avait trempé un de ses doigts dans la flaque pour s'assurer que ce ne soit pas du sang d'orc… ils les ont emportés…
-Dol Guldur, souffla Armiel, nous n'avons plus une minute à perdre ! Ils ne nous devancent de pas plus d'une journée ! Nous avons une chance de les retrouver en vie !
- Que chacun remplisse sa gourde, nous partons dans cinq minutes, ces saloperies doivent avoir un avant-poste non loin de Dol Guldur !
A suivre !
J'espère que ce chapitre vous a plu ! Le suivant est en correction, mais... ah, coeur balance en ce qui concerne le devenir de nos elfes égarés !
