Disclaimer : Je ne tire aucun bénéfice de l'écriture de cette fiction, si ce n'est un immense plaisir. Shingeki no Kyojin appartient à ce cher Hajime Isayama, et le scénario de cette fiction sort de ma tête. Il est donc un peu poussiéreux.
Bonsoir à tous ! Je suis terriblement désolée, j'ai plus de deux semaines de retard par rapport à l'échéance habituelle mais voilà, il s'est passé énormément de choses dans ma vie en septembre/octobre, sur le plan personnel et professionnel. Et je vais au-devant de grands changements dans les semaines à venir, donc je suis soumise à un stress intense. Ça ne m'empêchera pas de maintenir le fil des publications, mais comme vous vous en doutez, on peut abandonner l'idée de finir l'histoire pour novembre haha. M'enfin me revoilà avec un nouveau chapitre, ci-dessous résumé, réponses aux anonymes et bonne lecture !
Résumé du chapitre précédent : Après sa rencontre fortuite avec Isabel, Eren commence à avoir de sérieux doutes en ce qui concerne sa séparation avec Levi. Une entrevue avec Annie ne fait qu'aggraver ses soupçons et lorsqu'il apprend que Levi s'est battu avec le professeur Zacharias sans raison apparente, il décide d'avoir une sérieusement conversation avec Nanaba. Celle-ci, à bout de nerfs, lui avoue que son couple avec Levi n'est qu'une façade destinée à dissimuler l'identité du véritable père de son bébé et à tenir Eren à l'écart de Levi. Furieux mais plein d'espoir, Eren rejoint Levi à l'improviste dans l'animalerie d'Isabel pour tirer cette histoire au clair. Si le petit brun commence par tout nier en bloc, il se retrouve rapidement piégé.
Réponse aux anonymes :
Celine : Coucou ! Merci de m'avoir laissé un petit mot ! Le nouveau chapitre est sorti, bonne lecture !
Gbere : Plaît-il ?
Chapitre 28 : A partir de maintenant.
Eren eut beau chercher dans sa mémoire, il ne se souvint pas avoir déjà vu le visage de Levi aussi déconfit. Livide, le petit brun ne lâchait pas des yeux la gourmette qui scintillait au poignet que le jeune allemand serrait entre ses doigts. Sa peau à cet endroit était à peine tiède, et son contact lui parut aussi familier que s'il n'avait jamais perdu le droit de la toucher.
« - Alors, monsieur le manipulateur hors-pair, murmura-t-il en se penchant davantage vers Levi, si bien que leurs joues se frôlèrent. Les choses ne se passent exactement pas comme tu le voulais ?
Levi lui jeta un regard furieux et dégagea son bras d'un geste sec avant de s'éloigner d'Eren. Il retourna s'asseoir dans le fauteuil du bureau et se prit la tête entre les mains. Il eut soudain l'air épuisé.
- Rentre chez toi, Eren. S'il te plait, rentre chez toi et fais comme si cette soirée n'avait pas eu lieu… Je t'en prie.
Il redressa la tête, un mélange de culpabilité et de résignation peint sur son visage lorsqu'il osa enfin regarder franchement Eren dans les yeux. A cet instant précis, il faisait peine à voir.
En voyant l'autre garçon aussi amorphe, aussi facilement vaincu, le jeune allemand sentit une fureur inattendue monter en lui. Après tout ce temps, après tout ce qu'Eren avait dû endurer ces derniers mois – le sang, la douleur, les larmes, la jalousie, la solitude et le chagrin, était-ce réellement de cette façon que cette histoire allait se résoudre ? Levi cherchait-il sérieusement à lui inspirer pitié pour se tirer de ce mauvais pas sans avoir à faire face aux conséquences de ses actes ? Eren ne prendrait pas. Comment Levi osait-t-il vouloir lui enlever le sel de sa victoire ? Il n'allait pas s'en tirer aussi facilement.
Bouillant de colère, il s'approcha d'un pas décidé et vint se camper devant Levi, le dominant de toute sa hauteur. Ce dernier fuyait à nouveau son regard, les yeux fixés sur ses propres mains.
- C'est tout ? Tu ne cherches même pas à te défendre ou à te justifier ?
Il fit nerveusement les cent pas dans la petite pièce, chacun de ses gestes surveillé du coin de l'œil par l'autre garçon, puis s'arrêta de nouveau devant lui.
- Je ne sais pas si tu le réalises, s'exclama-t-il d'une voix rendue irrégulière par la fureur, mais tu as bien merdé ! Alors il va falloir que tu me donnes une bonne raison de te pardonner !
Levi leva vers lui cet insupportable regard froid.
- Je me fiche bien d'obtenir ton pardon.
Cette réponse fit à Eren l'effet d'un coup de poing, mais il décida de passer outre. Il était venu préparé, il s'était attendu à ce que le petit brun réagît de cette façon. Il était seulement… perméable à ces paroles volontairement blessantes.
Il se pencha exagérément pour se mettre au niveau de l'autre garçon, toujours assis dans son fauteuil.
- Vraiment, tu ne veux pas qu'on se réconcilie ?
Ce regard froid, ce masque dont Levi avait tellement abusé, même à l'époque où ils étaient ensemble, Eren les haïssait. Ce soir, il ne rêvait que d'une chose : les faire voler en éclats, mettre Levi en larmes à ses pieds. Il s'y employa d'ailleurs fermement.
Il attrapa le petit brun par le devant de son sweat et l'attira à lui d'un geste brutal.
- Regarde-moi dans les yeux et pour une fois, aie ce courage-là, Levi ! Dis-moi que tu veux vraiment qu'on se dise au revoir pour de bon !
Pour la première fois depuis le début de leur affrontement, Eren entrevit un éclair de douleur traverser le visage du petit brun.
- La question n'est pas là ! rétorqua l'autre garçon d'une voix incertaine.
- Et où est-elle, alors ?
Levi saisit le poing d'Eren pour le forcer à lâcher prise et repoussa le jeune allemand. La respiration saccadée, il semblait acculé. Il n'avait certainement pas eu prévu de laisser le dialogue s'installer.
- Tu ne devais pas revenir ! tenta-t-il d'expliquer en agitant ses bras dans tous les sens. J'ai tout fait pour que ça marche, je voulais tellement –
- Tu voulais quoi, Levi ? Me pourrir la vie, me briser le cœur ? Me ridiculiser devant tout Trost ? Passer pour le pire des salauds ? Empirer la situation de Nanaba ? Semer la zizanie entre nos amis ? La liste est encore longue !
Il tendit son bras pour désigner une direction vague, derrière lui.
- Voilà le résultat de tes conneries ! Sois réaliste, rien de bon n'est sorti de tes manigances ! La moindre des choses serait de le reconnaitre, non !?
Comme Levi ne répondait pas, baissant à nouveau les yeux, Eren perdit ses dernières réserves de sang-froid :
- Ne reste pas sans rien dire, merde ! hurla-t-il, faisant violemment sursauter le petit brun. Non mais est-ce que tu te rends compte de tout le mal que tu m'as fait !? Tout ça pour quoi, au final, hein !? Parce que tu avais peur !?
A cet instant, Levi se figea subitement, et Eren sut qu'il avait mis le doigt sur quelque chose. Il vit la panique laisser place à la colère dans les yeux noirs, et s'écarta légèrement lorsqu'il se leva lentement de son fauteuil pour lui faire face. Levi planta son regard dans le sien et leva ses mains devant lui, du geste de celui qui profère quelque chose d'indéniable.
- Il y avait ton sang sur le trottoir, répondit-il sur le ton de l'évidence.
Eren cligna les yeux, pris au dépourvu.
- Que –
- Non, non, attends, le coupa l'autre garçon, tu n'as pas compris.
Et il répéta, en détachant chaque syllabe :
- Il y avait ton sang sur le trottoir.
Les deux adolescents se dévisagèrent quelques secondes dans un silence de plomb, puis le jeune allemand secoua légèrement la tête, perdu.
- Ce soir-là, reprit Levi d'un ton angoissé, j'ai vu ton sang couler à cause de moi. C'était insupportable, c'était contre nature. La pire chose que j'avais jamais eue à regarder de ma vie. Tu sais ce que j'ai vu, en vérité ? Pendant quelques secondes, je me suis vu te perdre. Je me suis vu devoir me lever tous les jours et vivre avec l'idée que tu serais mort par ma faute. Moi. Et devoir partager ce deuil avec tes parents, avec Armin et Mikasa. Dans ce sang qui coulait par terre, j'ai vu la vie qui m'attendait si tu mourrais. J'ai vu ton avenir, tes projets et tes rêves perdus, gaspillés pour une histoire à laquelle tu n'aurais jamais dû être mêlé.
Il s'interrompit, les yeux dans le vague, revivant manifestement la scène, puis secoua la tête.
- Alors j'ai fait la seule chose qu'il y avait à faire. Il n'y a pas à chercher plus loin que ça.
Eren voulut intervenir, mais le petit brun balaya sa tentative d'un geste de la main.
- Et qu'est-ce que tu aurais fait à ma place, Eren ? Hein ? Dis-moi !
Son ton se fit plus agressif, et il s'approcha du jeune allemand pour venir lui enfoncer un index accusateur dans sa poitrine.
- Qu'est-ce que tu ferais, Eren, si tu représentais une menace pour la personne que tu aimes plus que tout, mais que celle-ci n'étais pas foutue d'entendre raison ? Est-ce que tu ne prendrais pas des mesures radicales si sa vie était entre tes mains ?
Le jeune homme balbutia un début de réponse qui mourut dans sa gorge. Il réalisa qu'à aucun moment il ne s'était posé cette question. Qu'aurait-il fait à la place de Levi ?
- Je ne regrette pas ce que j'ai fait, continua Levi, désormais franchement en colère.
Il se détourna d'Eren pour faire les cent pas dans la pièce, continuant sa diatribe.
- Je ne le regretterai jamais, pas même dans mille ans ! Si c'était à refaire, je recommencerais tout exactement pareil. Je mentirais de la même façon, je te ferais souffrir de la même façon sans hésiter. C'est le prix que je serais prêt à payer, une nouvelle fois, pour te protéger.
Le petit brun s'arrêta de nouveau en face d'Eren, et leva vers lui des yeux luisants de chagrin. Le jeune allemand sentit sa gorge se nouer. Un fourmillement passa dans ses bras, provoqué par l'instinct de vouloir réconforter l'être – malgré tout – aimé.
- Tant pis si je passe pour une ordure, reprit une dernière fois Levi. Tant pis tu me détestes. Tu es si précieux pour moi, je n'arrêterai jamais de vouloir te protéger.
Sa voix se brisa, et il essuya furtivement sa joue gauche.
- Je sais que je me suis planté. Mais j'ai vraiment essayé.
Il baissa la tête et serra les poings.
- Je te demande pardon d'avoir échoué.
Eren étouffa un hoquet de stupeur. Lui qui, pendant des mois, avait rêvé entendre des excuses qu'il pensait ne jamais voir venir, le voilà qui recevait les plus inattendues de toutes. Levi ne s'excusait pas du mal qu'il lui avait fait, ni des mensonges, ni de la manipulation : il s'excusait d'avoir failli au devoir qu'il s'était incombé lui-même. C'était tellement… digne de lui.
Malgré tout, sa tirade avait été frappante de sincérité et de tristesse. Le petit brun était rongé par les remords. Pas les remords qu'Eren eût voulu le voir éprouver, mais des remords bien plus profonds, bien plus corrosifs. Il ne mérite pas de souffrir comme ça, songea-t-il, le cœur serré. Il est trop dur envers lui-même. Comme toujours.
La vérité était claire, à présent : Levi avait souffert autant que lui de cette histoire. En silence, en cachette.
Eren observa le petit brun se détourner de lui, la tête basse. Il avait réussi : il avait fait craquer Levi. Mais à présent que c'était fait, il n'en tirait pas le moindre plaisir. Le garçon fit quelques pas hasardeux dans la pièce, l'air désorienté. Puis, à défaut de mieux, il attrapa un balai posé contre le mur et commença à balayer le sol, profondément plongé dans ses pensées.
Ce simple toc, ce petit signe de faiblesse discret acheva de faire s'effondrer les derniers remparts autour de son cœur malmené mais vigoureux. Il le sentit se remettre à battre dans sa poitrine comme il ne l'avait plus fait depuis des semaines, redécouvrit ce sentiment de chaleur diffuse au creux de mon estomac. Il n'eut aucun mal à la reconnaître, douce et familière : la tendresse.
Et contre toute attente, il l'accepta.
La question n'était plus « suis-je capable de lui pardonner ce qu'il m'a fait ? » mais « suis-je capable de lui pardonner ses erreurs ? ». Bien sûr. Je lui pardonnerai toujours ses erreurs, aussi longtemps qu'il les fera par amour. Comme il me pardonne les miennes.
Il s'approcha lentement de Levi, et à chaque nouveau pas dans sa direction, ressentit une sensation étrange à l'intérieur de sa poitrine. Une petite chose en lui gesticulait vigoureusement, comme cherchant à renaître. Il peinait à comprendre de quoi il s'agissait. Peut-être était-ce un bourgeon, une toute petite plante privée d'eau pendant longtemps ?
Lorsqu'ils se retrouvèrent face à face, Levi interrompit son cirque et leva la tête vers lui. Son regard était un livre ouvert, et Eren y lut une multitude d'émotions : le chagrin, le remord, la honte, différentes nuances de colère. Mais aucun espoir. Il ne changera jamais, songea-t-il avec tristesse.
Ou alors un petit animal tout juste venu au monde, un nouveau-né prêt à se lancer dans l'aventure de la vie ?
En silence, il tendit le bras et s'empara avec douceur du balai que le petit brun tenait devant lui. Ce dernier le lâcha sans résister et Eren le posa contre une étagère avant de reporter son attention sur lui.
A moins que ce ne fut un brasier tari, guettant la moindre étincelle pour se renflammer ?
Puis, levant lentement une main, encouragé par l'invitation silencieuse dans les yeux noirs, il vint effleurer du bout des doigts la joue de Levi. Le contact lui donna la chair de poule tandis qu'il redécouvrait la sensation adorée de la peau veloutée de son compagnon. Levi était probablement l'un de ces insupportables adolescents qui n'avaient jamais eu d'acné. Il s'enhardit et passa sa main dans les cheveux ébène. Levi ferma les yeux sous la caresse, penchant la tête pour l'accentuer. Sa respiration était saccadée.
Mais non, bien sûr. C'était l'amour.
Lorsque Levi rouvrit les yeux, leurs regards se trouvèrent pour ne plus se quitter.
- Je préfèrerais passer une éternité à te haïr plutôt que d'aimer quelqu'un d'autre ne serait-ce qu'une journée, déclara Eren, en écho à ce qu'il avait ressenti ce terrible jour. Aussi longtemps que ça signifie que tu es quelque part dans mon cœur.
Il se pencha vers son compagnon pour venir appuyer sa tête contre la sienne, et sa voix trembla.
- Dis… Je n'ai plus besoin de te haïr, maintenant, hein ? demanda-t-il d'un ton suppliant. Parce que je ne veux vraiment plus te haïr… S'il te plait…
Il se produisit alors la dernière chose à laquelle il s'était attendu.
Glissant subrepticement entre ses bras, Levi vient se blottir contre lui. Eren hésita quelques secondes, puis referma ses bras autour du petit brun. Sa chaleur se diffusa en lui, son odeur envahit son nez et il sentit les battements affolés de son cœur contre son torse. Il le serra contre lui, fort. Très fort.
Et ce fut le déclic.
Ce fut comme si Eren venait de se réveiller d'un sommeil qui eût duré plusieurs mois, comme si ces dernières semaines vécues depuis leur séparation n'avaient été qu'un cauchemar. Sa mémoire se fit plus claire tandis que leurs souvenirs réprimés déferlaient en lui : tous les moments partagés, les éclats de rire, les instants de complicité, les disputes pardonnées. Tout le chemin parcouru, tous les obstacles franchis pour se trouver. Les secrets confiés, les promesses faites.
Et ce fut en retrouvant Levi qu'il réalisa tout ce qu'il avait perdu en le laissant s'en aller : un ami, un allié, un confident. Quel bonheur de tous les récupérer.
- Regarde-toi…glissa-t-il à mi-voix à l'oreille de l'autre garçon, taquin. Où est ton orgueil ?
- Il n'a jamais fait le poids face à toi, répondit aussitôt Levi dans le creux de son cou.
Son souffle chaud caressa la gorge d'Eren, lui donnant la chair de poule, et le jeune homme abandonna toute idée rationnelle. Saisissant le visage de Levi entre ses mains, il l'attira au sien et l'embrassa à pleine bouche. Le petit brun émit un son à mi-chemin entre le grognement et le gémissement et répondit à son baiser avec tout autant d'ardeur, serrant le jeune allemand dans ses bras.
C'était comme rentrer à la maison. Non. C'était comme obtenir justice, comme récupérer ce qui lui revenait de droit. Sur la peau couverte de chair de poule de Levi, il retrouva le chemin de leur intimité perdue et au contact sa langue, il réapprit sa présence et le langage qu'ils se réservaient.
Extatique, Eren quitta momentanément les lèvres de son compagnon et entreprit d'embrasser chaque parcelle de son visage, lui arrachant un soupir appréciateur. Les émotions de la soirée l'avaient complètement désinhibé et il n'hésita pas à pousser l'autre garçon jusqu'à l'acculer contre le bureau avant de plonger impunément ses mains sous ses vêtements pour caresser sa peau. Pris par surprise, Levi poussa un hoquet de stupeur et Eren le fit taire en recommençant à l'embrasser. Ils s'enlacèrent, fort. Le petit brun l'attrapa par la nuque pour le faire se pencher sur lui, et alla mordiller la zone sensible derrière son oreille gauche.
- Tu m'as tellement manqué, soupira-t-il d'un ton douloureux.
Quelque chose de chaud et mouillé se répandit sur le visage d'Eren, qui mit un moment à comprendre qu'il pleurait. Il sentit Levi lui essuyer aussitôt les joues de ses pouces, et l'attira à lui pour un nouveau baiser profond.
- Dis-le encore, réclama-t-il d'un ton ferme.
- Tu m'as manqu –
Eren ne le laissa même pas finir, l'embrassant derechef. Mais Levi était encore trop loin, ils n'étaient pas assez proches. Dans un élan d'ardeur, il le souleva le petit brun à bras le corps et l'assit sur le bureau. Saisissant ses cuisses, il se glissa entre ses jambes pour venir se coller à lui. Levi poussa un soupir rauque lorsqu'il enfonça sa tête dans le creux de son épaule et parcourut son cou de baisers.
- Levi, appela-t-il d'une voix rauque, en replongeant ses mains sous le sweat émeraude.
Le torse de l'autre garçon était couvert de chair de poule. Il fut récompensé par un soupir tremblant.
- Tu n'as pas été très gentil avec moi…
- Non, reconnut le petit brun en penchant la tête en arrière pour lui donner un meilleur accès.
Eren traça avidement sa gorge de la pointe de sa langue, puis vint mordiller sa pomme d'Adam. Cette fois-ci, un léger gémissement s'échappa des lèvres de Levi.
- Dis-moi que tu m'aimes…
- Je t'aime, obtempéra aussitôt Levi, tout à son plaisir.
- Encore une fois.
- Je t'aime.
- Encore… !
- Je t'aime tellement... Un jour, ça me tuera… dériva le petit brun, visiblement dans un état second.
Lorsqu'Eren suçota la ligne de sa mâchoire, Levi poussa un grognement et lui agrippa les fesses. Leurs bouches se rejoignirent, leurs langues s'entremêlèrent. Le jeune allemand commença inconsciemment à onduler du bassin. A sa grande contrariété, il se rendit compte qu'il était excité. A peine croyable, se houspilla-t-il en son for intérieur. Tu es réconcilié avec lui depuis deux minutes, et déjà au garde-à-vous…
Décidant malgré tout de se laisser aller, il déplaça ses mains sous le sweat émeraude pour venir caresser lentement le ventre doux de Levi, qui se contracta de plaisir alors que le garçon répondait peu à peu aux ondulations de son bassin. La pièce sembla prendre quelques degrés de température tandis que le silence indécent était meublé de soupirs et de halètements.
Soudain, la porte s'ouvrit à la volée et Isabel se précipita à l'intérieur de la pièce.
Les deux garçons se séparèrent aussitôt, surpris. A la grande honte du jeune allemand, un filet de salive reliait encore leurs lèvres, qu'il s'empressa de balayer d'un geste mortifié du bras. En avisant leur position – Eren avait pratiquement couché Levi sur le bureau et était affalé sur lui, ne laissant aucun doute quant à leur activité –, la jeune fille devint écarlate et brandit ses bras devant elle.
- Oh la vache ! s'exclama-t-elle en faisant aussitôt marche arrière. Je suis désolée ! C'est juste que j'entendais plus rien, alors je me suis dit « ça y est, y en a un qui a tué l'autre » … Je m'en vais, je m'en vais !
Dans une effusion de balbutiements mortifiés, elle disparut en claquant la porte. Les deux compagnons restèrent figés quelques secondes, sous le choc, puis Eren s'esclaffa sous le regard tendre de Levi. Ils se redressèrent, réajustèrent leurs vêtements et tandis que Levi remettait de l'ordre sur le bureau, le jeune allemand jeta un œil à son téléphone. Il était vingt-heures passées. Lorsque le petit brun eût fini son ménage, il s'approcha pour lui faire face et lui dit sérieusement :
- Je crois que nous avons beaucoup de choses à nous dire.
Levi acquiesça d'un air solennel.
- Je pense aussi.
- Ma sœur et ma mère sont de sortie. C'est leur soirée du mois entre filles, ne me demande pas plus de détails.
Cette fois-ci, un sourire taquin étira les lèvres de son compagnon.
- C'est une invitation ?
- Plutôt une instruction, dans la mesure où je ne te laisse pas vraiment le choix.
- Oh, voyez-vous ça. Et si je demande à être en terrain neutre ?
Eren éclata de rire et fourra son téléphone dans sa poche.
- Et terrain neutre, haha ! Je crois que tu n'as pas très bien saisi. Il n'est pas question de neutralité ou de quoi que ce soit. Je t'ai récupéré, tu es de nouveau à moi, point barre. Allez, ramasse tes affaires. »
Si le Levi d'une époque n'eût pas hésité à l'envoyer promener, le Levi de ce soir avait parfaitement saisi qu'Eren était en position de pouvoir, et que son attitude déterminerait l'avenir de leur relation. Alors il récupéra son sac, attrapa son portable et sortit du bureau à la suite d'Eren.
Isabel était sortie sur le trottoir et était occupée à discuter au téléphone. Le sujet de la conversation semblait important, aussi décidèrent-ils de ne pas l'interrompre. En passant devant elle, Levi lui fit simplement signe qu'ils partaient. La jeune fille acquiesça et l'embrassa sur la joue avant de se tourner vers Eren. Là, elle plaça deux doigts de sa main droite devant ses propres yeux avant de les pointer vers le garçon, dans le signe universel du « je t'ai à l'œil ». Hilare, il lui fit une révérence puis tourna les talons.
Le trajet jusqu'au domicile Jaeger fut à la fois court et long, ponctué de gestes tendres et de silences appréhensifs. C'était rassurant autant qu'effrayant : Eren se rendit compte de tout le travail qu'il allait falloir faire pour se réapprendre, tout comme il se réjouit de constater que leur alchimie semblait toujours aussi forte. Ils s'arrêtèrent dans un fast-food américain pour acheter de quoi manger puis rentrèrent à pied chez le jeune allemand, marchant serrés sous le même parapluie sans oser se parler ni se regarder, mais en se tenant si proches l'un de l'autre qu'ils en partageaient leur chaleur. Les deux adolescents finirent par s'engager dans l'allée des Jaeger, et lorsqu'ils se retrouvèrent devant le portail de la maison, Levi s'arrêta pour observer la façade, une lueur étrange dans les yeux.
« - Je ne pensais pas revoir cette maison un jour, avoua-t-il d'une voix émue.
Eren passa une main caressante dans son dos et ils échangèrent un regard profond.
- Viens, on rentre.
Le jeune allemand déverrouilla la porte d'entrée, puis l'ouvrit et lança à la cantonade :
- Y a quelqu'un ?!
La seule réponse qu'il obtint fut un capharnaüm de bruits de petits pas précipités qui se rapprocha rapidement jusqu'au moment où Caporal arriva à toute vitesse dans le hall d'entrée. Le petit chien poussa quelques aboiements d'enthousiasme – pour lesquels Eren le réprimanda – et s'apprêtait à bondir sur son maître lorsqu'il remarqua la présence d'un inconnu. Les oreilles dressées, l'animal s'approcha de Levi et renifla avec soin la main que lui tendait le petit brun. Finalement, il entreprit de lécher vigoureusement les doigts offerts.
- C'est marrant, commenta le jeune allemand, on dirait presque qu'il te connait. Il est beaucoup plus méfiant avec les étrangers, d'habitude.
Levi eut soudain l'air très gêné. Il caressa brièvement le chien, puis se redressa.
- Euh… oui, à ce propos... Nous voulons repartir sur de bonnes bases, alors autant dire la vérité tout de suite.
Le petit brun posa son sac contre le mur et se passa nerveusement la main dans les cheveux.
- C'est moi qui ai acheté Caporal et qui l'ai déposé devant votre porte. C'était un cadeau de Saint-Valentin, pour toi.
- Oh, fit bêtement Eren, estomaqué, avant de comprendre ce que cela impliquait. Oh, espèce de – ! Quand je pense au cinéma que tu m'as fait y a pas une heure, tout ça pour m'annoncer ça… Je – tu… Sale petit hypocrite !
Levi leva le menton comme pour lui tenir tête, mais sa posture trahissait son sentiment d'impuissance face à la colère d'Eren. Aussi le jeune allemand décida-t-il de prendre une grande inspiration et de tenter de se calmer. Il avait suffisamment crié pour la soirée.
- Tout va bien, rassura-t-il Levi en faisant un geste apaisant des bras. Je me calme. C'est plutôt logique, au final. Ça ne fait qu'entrer dans la continuité de ton gigantesque foutage de gueule.
Il fit signe au petit brun de se mettre à l'aise et passa dans le salon. Le temps pluvieux avait fait s'accumuler une chaleur orageuse et il décida d'investir la terrasse couverte. Transportant d'une main les sacs provenant du fast-food, il ouvrit la baie vitrée et se tournant vers Levi. Ce dernier était occupé à observer le salon comme on admirerait la chapelle Sixtine. Cette vision acheva de calmer Eren pour de bon.
- Amène-toi, crapule. »
Dehors, la température était agréable et la pluie continuait de tomber dans une atmosphère tamisée. Eren disposa quelques coussins et un plaid sur le sol, avant d'aller s'asseoir au bord de la terrasse, à l'orée de la pluie. Quelques secondes plus tard, Levi vint s'asseoir près de lui, l'air bien plus détendu qu'il ne devait probablement l'être.
« - C'est ça qui a mis la puce à l'oreille d'Isabel, n'est-ce pas ? lui demanda-t-il pour relancer le dialogue, sans lâcher le jardin obscur des yeux. Elle a tout compris quand je me suis ramené avec le carnet du chien que tu avais acheté.
- C'est ça.
- Donc, ce fameux colis le jour de la Saint-Valentin, c'était toi. J'y crois pas…
Le jeune allemand se tourna vers son compagnon, qui eut la décence de rougir.
- C'était la Saint-Valentin, balbutia-t-il nerveusement. Je ne pouvais pas ne rien faire…
- Tu ne m'en voudras pas de ne t'avoir rien offert de mon côté…
Levi grimaça.
- Ce serait mesquin de ma part.
- Et ce message, dans le carton, se souvint-il brusquement. C'est tellement évident, maintenant ! C'était risqué. Tu n'as pas eu peur que je fasse le rapprochement ?
Levi secoua la tête.
- Non, c'était trop gros. Et tu n'as jamais été très futé pour ce genre de chose.
Eren ne put que s'esclaffer devant cette réflexion qui relevait du pur Lev. Ça lui avait horriblement manqué. Un ange passa, puis le petit brun reprit la parole.
- Je suis désolé que ça te mette en colère, déclara-t-il d'une voix calme. Je pensais vraiment que c'était une bonne idée. Que ça te ferait du bien.
C'est alors qu'Eren réalisa que Levi avait raison. Caporal l'avait distrait de sa tristesse et lui avait fourni une occupation constructive. Tout ça avait contribué à le faire guérir plus vite.
- Tu as raison, admit-il. Ça m'a fait du bien. Pourquoi faut-il que tu aies toujours raison ?
Eren risqua un coup d'œil vers son interlocuteur. Leur seule source de lumière provenait de l'éclairage du salon, et le profil parfait de l'autre garçon se distinguait à peine dans la semi-obscurité. L'humidité accentuait son parfum et Eren tenta en vain de percevoir sa respiration silencieuse. Levi était si proche, il mourrait d'envie de le toucher – tout en refusant d'être le premier à céder.
Finalement, le petit brun leva les yeux vers lui. Il se contemplèrent, quelques secondes.
- Alors, finit par oser demander Eren. Que va -t-il se passer, maintenant ?
Levi le sonda du regard encore un instant, puis répondit :
- Tout ce que tu veux.
Comme le jeune allemand ne répondait rien, la terreur se peignit lentement sur son visage, si bien qu'Eren finit par soupirer :
- Ne me regarde pas comme ça. Bien sûr qu'on va se remettre ensemble, Levi, si c'est ce que tu souhaites.
- A ton avis, chuchota Levi. Je n'ai jamais voulu qu'on se sépare à la base, Eren. Tu n'as pas l'air d'arriver à le comprendre.
Le jeune allemand se pencha en arrière et se cala sur ses coudes.
- Il y a bien une chose que j'ai du mal à saisir, avoua-t-il, l'air de rien. Tu as tout fait pour qu'on se sépare, mais tu as l'air complètement flippé à l'idée que je ne te reprenne pas.
Levi se tendit sensiblement à l'entente de cette option, puis hocha la tête.
- Je…
Il prit une inspiration et se passa une main nerveuse sur le visage.
- J'ai toujours eu l'intention de revenir vers toi, tôt ou tard. Pour m'expliquer. Une fois que le danger aurait été écarté. Mais là, maintenant, tu sais tout. Ça veut dire que si tu décides que tu ne veux plus de moi…
Sa voix s'étrangla et il s'agita légèrement avant de le regarder dans les yeux.
- Alors je t'ai perdu et c'est définitif.
- J'aurais très bien pu ne pas vouloir de toi si tu étais revenu comme tu l'avais prévu, lui fit observer Eren.
Il le regarda, pris au dépourvu.
- Que veux-tu je te dise ? J'espérais que ce ne serait pas le cas. Je ne pouvais faire que ça, espérer que tu veuilles toujours de moi.
Un peu facile, songea Eren.
- Je croyais que tu étais du genre à ne jamais regretter tes choix ? A ne pas regarder derrière toi ?
Levi accusa le coup, l'air profondément meurtri, et le jeune allemand se sentit monstrueux. Depuis quand est-ce que je fais des coups bas comme ça ? songea-t-il, abasourdi par sa propre attitude. Sa remarque avait visiblement fait au petit brun l'effet d'un coup de poing. Il se détourna légèrement d'Eren et observa le jardin qui s'étendait devant eux. S'en suivit un long silence.
- Pardon…. Je suis allé trop loin, s'excusa Eren.
L'autre garçon ne sembla même pas l'avoir entendu. Il paraissait réfléchir, et finit par déclarer :
- Je t'ai quitté pour essayer de te protéger. Je ne le regretterai jamais. Ça ne veut pas dire que ça a été le bon choix.
Si Eren n'était pas déjà assis par terre, il serait probablement tombé à la renverse. Levi venait-il réellement de reconnaitre qu'il avait eu tort ? C'était une première depuis le début de leurs pourparlers, inattendue et même inespérée. Plus que des excuses, cet aveu donnait à Eren un espoir dont il avait cruellement manqué jusque-là : il apportait la preuve d'un début de changement chez Levi, ou du moins d'une véritable remise en question. C'était un prérequis pour sauver leur relation. Il se sentit d'autant plus mal d'avoir attaqué Levi sur sa vision des choses, alors que c'était elle qui l'avait maintenu en vie pendant des années.
Sans prononcer un mot, il se leva et vint se placer face à Levi, ignorant la pluie qui commença aussitôt à le tremper. Le petit brun le regarda faire, dérouté.
- Reviens à l'abri, qu'est-ce que tu fais ?
Alors qu'il tendait le bras pour l'attraper, Eren s'en empara et tira l'autre garçon à lui. Sous la pluie battante, il prit ses mains dans les siennes et les serra. Levi le regarda, d'apparence impassible, mais il n'était pas certain que toutes les gouttes qui coulaient sur ses joues fussent de l'eau de pluie.
- Excuse-moi d'avoir dit ça. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Nom de dieu, je ne me reconnais pas…
Les yeux noirs scrutateurs s'adoucirent.
- Tu es en colère contre moi, répondit Levi. C'est normal, je comprends.
- Non ! s'exclama Eren. Enfin si, mais… je ne sais pas.
Le petit brun dégagea une de ses mains de son étreinte, puis vint lui caresser la joue d'un geste lent.
- Il va falloir un peu de temps, et beaucoup de concessions. Si c'est le prix à payer pour réparer mes erreurs, ça me va.
Cette fois-ci, le mot erreur avait réellement été prononcé. Le jeune allemand saisit le visage de son compagnon entre ses mains, et caressa doucement ses joues de ses pouces. Levi avait le teint très pâle, ce soir-là. Des gouttes s'étaient accrochées à ses cils épais, et les mèches de cheveux noirs désormais trempées qui ornaient son front avaient commencé à frisotter. Eren ne cesserait jamais de s'émerveiller devant toutes les formes que pouvait revêtir sa beauté.
- Vous êtes sexy, monsieur Ackerman. Encore plus quand vous vous avouez vaincu.
Levi éclata de rire, et ce fut extraordinaire de pouvoir entendre ce son clair à nouveau. Tout à son bonheur, Eren lui offrit un baiser tendre puis l'entraina de nouveau sous la terrasse. Ils s'installèrent sur les coussins, serrés l'un contre l'autre, et le jeune allemand jeta le plaid sur leurs épaules. Levi avait calé son dos contre son torse, lui permettant d'entourer sa taille de ses bras. Cela lui sembla bien plus agréable que de se regarder en chiens de faïence. Il sentait bon, mais Eren fit de son mieux pour ne pas se laisser distraire.
- Dis-moi ce que tu veux, Eren.
- Je veux la vérité. Toute la vérité.
Levi hocha la tête.
- Qu'est-ce que tu sais ?
- Rien de plus que ce que je sais depuis le début. Que ces types en ont après toi à cause de ton oncle, et qu'ils ont pensé que ce serait une bonne idée de vous attaquer à travers moi. Annie m'a aussi parlé de ta cicatrice, mais je n'ai pas compris ce que ça venait faire là.
Son interlocuteur poussa un léger soupir, avant de se lancer.
- Les gens qui en ont après nous appartiennent à un groupe de criminels originaires de l'Europe de l'Est, commença-t-il. Ce sont des trafiquants, des hommes de main, prêteurs sur gage… On ne sait pas trop quoi exactement mais grosso modo, un genre de mafia. Il est clair que c'est à cause de mon oncle qu'on s'est retrouvé dans ce pétrin, mais…
- Oui ?
Comme le petit brun ne disait rien, il insista.
- Tu m'as promis toute la vérité, Levi. Crois-moi, il vaut mieux que je l'apprenne maintenant par toi que plus tard à mes dépens.
Levi acquiesça fébrilement.
- Tu as raison. Eh bien, il est possible que ces types aient découvert par le biais de mon oncle que tu appartenais à une famille aisée, et qu'ils aient essayé de t'utiliser pour éponger ses dettes.
- Tu… tu veux dire que mon agression était bien une tentative de kidnapping ? Et qu'il y aurait eu une demande de rançon à la clé ?
- On ne le saura jamais, du moins j'espère.
Eren cogita à toute allure. Cela faisait beaucoup à encaisser. Soudain, il fut soudain pris d'un terrible doute.
- Levi… Tu crois que Kenny les a volontairement lancés après moi en guise de remboursement ?
Levi mit un moment à répondre.
- Non, je ne pense pas.
Le jeune allemand n'était pas absolument convaincu que son compagnon lui dît toute la vérité, mais flaira un terrain trop miné et décida de changer de sujet. Il leva une main et vint toucher le visage de Levi là où il savait que la balafre se trouvait.
- Quel rapport avec ta cicatrice ?
- Elle est symbolique. Elle permet à ces types de marquer leurs ennemis.
- Oh, c'est glauque… Pourquoi Kenny n'y a pas eu droit aussi ?
- Si tu veux atteindre une personne, tu ne t'en prends pas à elle. Tu t'en prends à ses proches.
Un frisson descendit le long de la colonne vertébrale d'Eren, et il resserra ses bras autour de Levi.
- En fait, tu es autant en danger que moi depuis le début de cette histoire.
Le petit brun ignora sa réflexion et poursuivit :
- Il faut que tu saches qu'il y a quand même du positif. Il y a quelques semaines, la pourriture qui s'est attaquée à toi avec ses copains – Eren le sentit se raidir contre lui – a été retrouvée morte dans une décharge.
Le jeune allemand se redressa si brusquement qu'il faillit envoyer Levi sur le carrelage.
- Le grand chauve ? Il est mort !? s'exclama-t-il, choqué.
- Oui. La mère d'Erwin enquête sur l'affaire. Apparemment, il a été égorgé.
- Mais pourquoi ?
Levi haussa les épaules.
- Les types de ce genre ont beaucoup d'ennemis. Il est tombé sur plus fort que lui, c'est tout. Je ne vais pas m'en plaindre.
- Alors… Toute cette histoire est terminée ?
Eren avait fait de nombreux cauchemars ces dernières semaines, qui ressassaient la sombre nuit de son agression. La plupart mettaient en scène cet homme et son regard perçant. Dans des moments d'angoisse, il lui arrivait de sentir encore son haleine forte et ses mains sur lui. A chaque fois, il en avait la nausée et le front moite. A présent qu'il apprenait que cet individu était mort et ne pourrait plus jamais les atteindre, il avait l'impression qu'on venait de retirer de ses épaules un poids qu'il portait, sans le savoir, depuis des mois. Inconsciemment, le jeune homme se mit à sourire.
Mais Levi ne l'entendait pas de cette oreille.
- Il va quand même falloir se montrer extrêmement prudents, Eren. Ce n'était qu'un homme de main, il recevait peut-être des ordres de quelqu'un qui n'en a pas fini avec nous.
- Ce qui nous emmène à l'étape suivante de cette conversation, renchérit aussitôt le jeune allemand.
Il manœuvra le petit brun de manière à ce qu'il revînt s'appuyer contre lui, puis s'expliqua :
- Les conditions.
- Allons donc. J'imagine que tu as l'intention d'être dur en affaires.
- Oh, je ne compte pas te faire de cadeau, c'est sûr.
Levi s'esclaffa nerveusement.
- Voilà mes conditions, commença Eren. Tout d'abord, on va se remettre ensemble et tout faire comme avant. Je ne veux rien savoir de ces foutus russes, je veux retrouver une vie normale. D'ailleurs, en fonction de ce que Nanaba aura bien voulu révéler de vos manigances, on rendra la vérité publique.
Il sentit son compagnon se tendre.
- Je ne mettrai jamais Nanaba dans une position délicate, Levi. Mais si elle est d'accord, alors je veux que les gens sachent. J'ai été assez humilié comme ça.
Le petit brun finit par acquiescer. Eren prit ses mains dans les siennes et poursuivit.
- Ensuite, toi.
La respiration de Levi eut un raté, et il s'agita dans les bras d'Eren.
- Moi.
- Oui, toi. Je ne veux pas de promesses, pas d'excuses. Terminés, les secrets et le délire de surprotection. On va apprendre à mieux communiquer et à mieux partager le pouvoir entre nous. Il n'y aura plus de décisions unilatérales, plus de manigances, plus d'initiatives « pour mon bien ». Tout ça, c'est fini, Levi. Si jamais tu me refais un coup comme celui-là, ce sera terminé et pour de bon. D'accord ?
Le petit brun resta silencieux quelques secondes, puis finit se tourner vers Eren.
- Je – heu… Ce n'est pas si simple. Ça fait beaucoup –
- Je sais, répondit-il, impitoyable. Ecoute… Je t'aime comme un dingue, mais si on ne veut pas courir tout droit à un nouveau fiasco, il faut que tu acceptes l'idée que tu ne peux pas me préserver de tout.
- Tu dis qu'on doit partager le pouvoir, mais… là, c'est toi qui ne me laisses plus grand-chose, tu ne crois pas ? lui demanda-t-il d'un ton légèrement plus aigu que son timbre de voix habituel.
Levi réagissait comme n'importe quel obsédé du contrôle privé de sa chère emprise : il avait peur et était déboussolé. Il cherchait à marchander. C'en était attendrissant, si bien qu'Eren s'esclaffa :
- Mais non ! Promis, tu auras quand même le droit de me crier dessus quand je serai crado ou que je ferai mal mes devoirs.
Comme Levi continuait de le dévisager, une lueur de panique au fond des yeux et la respiration anormalement forte, il l'attrapa et le força à venir se blottir contre son torse.
- Tu n'as aucune raison d'être effrayé. Tu vas devoir lâcher prise, à partir de maintenant. Tu es en terrain inconnu et tu as peur, c'est normal. Levi, je serai avec toi à chaque étape du chemin.
Levi se dégagea pour lui faire à nouveau face. Il haletait à présent franchement, et semblait au bord de la crise de nerfs. Il tenta à plusieurs reprises de parler, mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Eren ne souvint pas l'avoir déjà vu dans cet état. Doucement, il prit son visage entre ses mains.
- Tu peux tout me dire, Levi.
- Et si – et si tu n'arrivais pas à me faire de nouveau confiance ? Si tu ne me pardonnais pas ? Les choses ne seront peut-être plus jamais comme avant –
Eren l'interrompit d'un baiser.
- Ça va aller. On va se réapprivoiser, petit à petit. Ne t'inquiète pas. Je nous fais confiance, pour ça.
Le petit brun le scruta un instant, puis les traits de son visage s'adoucirent progressivement.
- Oui, finit-il par approuver. Tu as raison. Se rapprocher à travers les épreuves… C'est notre truc.
Un jappement accompagné de légers frottements se fit entendre dans leur dos. En se retournant, les deux garçons avisèrent Caporal : le jeune chien se languissait d'eux et grattait au carreau dans l'espoir d'être autorisé à les rejoindre. Eren se leva en poussant un soupir sous le regard amusé de Levi et alla lui ouvrir la porte. Le chiot sortit en trombe et entreprit de faire plusieurs fois le tour du jardin, ventre à terre.
Le jeune allemand revint s'asseoir près de Levi et passa un bras autour de ses épaules.
- Bien sûr, reprit-il, je peux moi aussi me fendre de quelques concessions.
- Tiens donc, le taquina Levi en haussant un sourcil.
Eren lui sourit puis se fit plus sérieux.
- Je te promets d'être prudent. Cette histoire m'a servi de leçon aussi : je ne suis pas invulnérable. Si ça peut te rassurer, je te promets d'apprendre à mieux me défendre.
- Tu veux que je t'apprenne ?
- Non, pas toi. Tu serais infernal. Mais j'ai quelqu'un en tête.
- D'accord, Eren. Je suis heureux de l'entendre.
Caporal choisit ce moment pour revenir et se précipita sur les genoux de Levi pour tenter de lui lécher le visage, faisant rire ouvertement le petit brun. Eren observa la scène avec adoration.
- Une dernière chose, signala-t-il timidement.
- Oui ? demanda Levi en continuant d'esquiver les coups de langue insistants.
- Le jour de notre séparation, je t'ai dit quelque chose d'affreux. Je t'ai accusé d'être comme ton père.
Levi se figea immédiatement à l'entente de ces mots, puis reposa le chiot au sol.
- C'était cruel, et surtout c'était faux. Tu dois te faire pardonner pour ce que tu m'as fait mais je garde en tête que je dois moi aussi me faire pardonner pour ces horribles mots.
- Je sais que tu ne le pensais pas, répondit le petit brun d'une voix blanche. Tu voulais rendre les coups, c'est tout.
- Oui. Mais ça t'a quand même blessé, n'est-ce pas ?
Levi haussa les épaules, le regard fuyant. Eren ne chercha pas à forcer le contact, sentant que l'autre garçon était encore meurtri. Il se leva et alla récupérer leur repas abandonné au sol.
- Tu n'as rien en commun avec ce type, aujourd'hui c'est évident plus que jamais. Tu n'as rien d'autre que les défauts de tes qualités. »
Le jeune allemand retourna à l'intérieur pour faire réchauffer la nourriture au micro-onde, laissant son compagnon panser ses plaies avec les mots qu'il venait de prononcer. Il revint quelques minutes plus tard et retourna s'asseoir près de Levi. Le jeune homme avait manifestement pleuré, mais semblait remis de ses émotions et s'amusait à présent à lancer à Caporal une balle que le chiot ne se lassait pas de lui rapporter. En entendant Eren arriver, il leva vers lui un regard bien plus clair et apaisé que celui qu'il arborait depuis le début de la soirée. Il saisit le visage du jeune allemand et l'embrassa avec gratitude. Il n'eut pas besoin de parler.
Les deux adolescents partagèrent leur repas assis sur la terrassée semi-obscure, en compagnie de Caporal dont le regard suppliant lui permit d'obtenir quasiment la moitié du hamburger de Levi. Ce faisant, ils eurent une conversation intense qui visait principalement à rattraper le temps perdu et à se tenir au courant de la vie de l'autre. Ils abordèrent des sujets importants mais confortables, parlèrent des derniers examens et de la guérison d'Eren.
« - J'ai été très fier en voyant les résultats que tu as eus aux examens blancs, lui confia Levi en lançant une frite au petit chien. Tu étais sûrement encore fatigué et bourré de médicaments quand on les a passés. Je suis impressionné.
- Tu as regardé mes résultats ?
- Bien sûr. Dès le jour de leur publication. Je gardais toujours un œil sur toi, Eren. »
Après cela, ils évoquèrent le quotidien que Levi entretenait depuis leur séparation. Si le petit brun fit un effort pour parler, il resta néanmoins très général, bien que cela suffît à Eren pour comprendre qu'il avait lui aussi connu des semaines difficiles. Il lui avoua avoir passé le plus clair de son temps libre sur les traces de ses agresseurs avec l'aide d'Erwin et avoir beaucoup travaillé au café. Le jeune allemand déduisit de ces quelques bribes d'informations que Levi s'était beaucoup renfermé sur lui-même et avait peu fréquenté ses amis. Cela avait probablement été sa manière de gérer le chagrin d'amour. Levi ne prononça pas une seule fois le nom de Kenny et Eren se garda bien d'aborder le sujet, pas même pour lui relater leur rencontre hasardeuse dans le quartier de Trost.
Lorsqu'ils eurent terminé de manger, les deux garçons débarrassèrent les vestiges de leur repas, remirent un peu d'ordre puis retournèrent dans la maison. Debout dans la cuisine, Levi regarda nerveusement autour de lui. Ils n'avaient pas parlé de ce qui se passerait après leur discussion, mais Eren décida de faire comme si cela avait toujours été une évidence.
« - Tu n'as qu'à aller prendre ta douche en premier, lui signala-t-il en versant de l'eau dans la gamelle de Caporal. Tu sais où sont les affaires.
Levi resta immobile quelques secondes, puis acquiesça en silence et quitta la pièce. Eren l'entendit monter les escaliers et relâcha son souffle. Levi et lui allaient partager un lit, comme avant. Il était à la fois anxieux et impatient. Il se tourna vers le chiot qui l'observait, les oreilles dressées.
- Te moque pas », grogna-t-il.
Après avoir activé l'alarme et achevé de ranger, il rejoignit l'étage à son tour. Le jeune homme eut tout juste le temps de dégrossir le désordre qui régnait dans sa chambre, puis le petit brun apparut dans l'encadrement de la porte, vêtu de son propre peignoir. L'eau chaude lui avait rafraichi le teint et des gouttelettes perlaient à l'extrémité de quelques mèches de ses cheveux. Eren déglutit avec difficulté. Son compagnon voulut parler, mais il le devança.
« - Sers-toi dans le placard, dit-il précipitamment, fais comme chez toi ! Tu n'as qu'à me prendre un t-shirt et un short. J'y vais, à tout à l'heure. »
Sans attendre une seconde de plus, le jeune allemand planta là un Levi pris au dépourvu et fila dans la salle de bains prendre sa douche. Alors qu'il laissait le jet d'eau lui ébouillanter les dos –Levi adorait l'eau trop chaude –, il tenta de se détendre et de faire le tri dans se tête. Tant de choses s'étaient passées et avaient été dites ce soir, il avait l'impression qu'il s'était écoulé une semaine depuis qu'il avait quitté Nanaba à la station de métro. Sa vie avait de nouveau basculé, dans la bonne direction cette fois-ci. Cela le rendait heureux à en mourir, et il comptait bien maintenir ce cap.
Mais il devait bien l'avouer, il était aussi terrifié. Il n'était pas certain de pouvoir supporter une seconde fois le chagrin enduré ces derniers mois.
Lorsqu'il sortit enfin de la salle de bains pour retourner dans sa chambre, les cheveux séchés et une simple serviette nouée autour de la taille, Levi s'était installé dans son lit et avait tamisé l'éclairage. Pelotonné sous la couette, le petit brun semblait aussi épuisé que lui. La journée avait été extrêmement forte en émotions. En le voyant arriver, il attrapa le bord de la couverture et la rabattit en une invitation à le rejoindre.
Eren se rendit alors compte que Levi ne portait aucun vêtement.
Il s'immobilisa, le souffle coupé et le cœur battant la chamade. Levi leva vers lui des yeux infiniment noirs.
« - Viens, souffla-t-il avec douceur, sans le quitter du regard.
Eren acquiesça avec fébrilité, et d'un doigt, fit tomber sa serviette au sol. Puis, lentement, il se prit place à son tour sous la couette et s'allongea près de Levi, avant d'éteindre la lumière. L'obscurité les enveloppa aussitôt, et il sentit Levi se glisser entre ses bras pour venir se coller contre lui. Sa peau était brûlante. Il était là, en entier. Chaque partie de lui. Pas juste un souvenir, pas juste une image, pas juste un écho. Eren eût pu en perdre la tête. Levi entremêla ses jambes aux siennes et le serra contre lui, plongeant ses mains dans ses cheveux tandis que le jeune allemand l'embrassait avidement. Un élément dur et froid effleura son visage : la gourmette. Il saisit le poignet qu'elle ornait et y posa ses lèvres.
- Tu veux la récupérer ? chuchota son compagnon.
- Bien sûr que non. Elle n'a jamais autant été à sa place.
Il entendit un rire fiévreux s'échapper du petit brun, et des mains caressèrent son dos.
- J'ai bien failli tout gâcher.
- Heureusement que je suis là pour rattraper tes bêtises, rétorqua-t-il en souriant.
Il entendit Levi grogner.
- Ça vaut pour toutes les fois où c'est moi qui ai rattrapé les tiennes.
- Le voilà enfin, mon Levi… »
A l'entente de ces mots, il sursauta et embrassa à pleine bouche le jeune allemand, qui répliqua en l'étreignant de toutes ses forces.
Ils restèrent un long moment à s'enlacer avec fièvre. Au milieu des baisers et des caresses, ils finirent par se retrouver en état d'érection mais aucun des deux n'y prêta vraiment attention. Ce soir, rien ne valait cette tendresse partagée ni cette redécouverte de l'autre, de son odeur, de sa chaleur. Le reste, cette impatience au creux de leurs reins, saurait attendre son heure.
Lorsqu'Eren s'endormit contre Levi, il n'avait plus peur.
XXX
Je trouve que parfois, la simple nudité a quelque chose de beaucoup plus érotique que l'acte sexuel en lui-même. Ça dépend du contexte. Ici, Eren et Levi avaient besoin d'intimité et de proximité.
Bref, j'espère sincèrement que ça vous aura plus. Je ne sais pas trop ce que vous allez en penser, il a été assez délicat à écrire. Il avait deux objectifs : d'un côté, rapprocher Eren et Levi de manière crédible pour que leur relation puisse redémarrer, et d'un autre côté, faire pardonner Levi aux yeux des lecteurs. En effet, je sais que certains n'ont pas du tout apprécié son comportement vis-à-vis d'Eren, ce que je peux comprendre.
Bref ! Qu'avez-vous pensé de tout ça ? Est-ce que c'était crédible ? Qu'est-ce que ça vous a inspiré ? Avez-vous pardonné à Levi ? Qu'attendez-vous pour la suite ? Des remarques, des observations ? J'ai pas d'idées pour ce questionnaire, aidez-moi !
N'hésitez pas à me laisser un petit mot, j'en ai bien besoin en ce moment ! Et à très bientôt !
