Pour les notes se référer au prologue.


Je dédie cette histoire à Julie et Nathanaël.


~Chapitre 30 : ~

Je serai toujours près de toi.

Deux autres jours étaient passés, ce qui faisait en décomptant à présent 5 jours depuis le départ de Gandalf et de Pippin. La capitale du Rohan était calme et mis à part le visage sombre d'Aragorn, les habitants de Meduseld étaient sereins.

La douce lumière de la matinée baignait les plaines du Rohan. Assis sur un petit muret aux côtés de Legolas, Haldir regardait face à lui Elinë et Gabrielle qui s'entraînaient à l'épée sous l'œil d'Eowyn qui n'était pas loin d'elles. Aragorn rejoignit en compagnie d'Eomer ses compagnons et tous les trois se mirent à les observer.

« Plus à droite Gabrielle ! »

L'elfe s'exécuta et esquiva parfaitement un coup porté par son amie, s'en suivit un duel dans lequel ils purent constater l'agilité des deux elfes, Gabrielle ne se laissait déconcentrer par rien, d'un mouvement calculé elle fit un bon sur le côté qui eut pour effet de libérer ses cheveux qui étaient retenus depuis le début du duel. A présent, au fil de ses pas, ils volaient sur son dos et au final, elle parvint à désarmer Elinë qui se retrouva à lâcher son épée et à lever les mains.

« Bien, très bien. Je constate que ta formation a bien et même très bien été complétée ! »

Gabrielle baissa sa garde, un sourire triomphant sur ses lèvres. Elle se retourna et se dirigea vers Eowyn qui les avait regardées avec envie. D'un geste, elle l'invita :

« Voulez-vous qu'on leur montre… » Elle désigna de la tête le muret où à présent se tenaient en plus des autres Théoden. « … Que nous aussi nous savons nous défendre ? »

L'elfine vit le visage de la princesse s'éclairer, elle avait pris avec elle sa lame et la tira de son fourreau et suivit Gabrielle. Elinë se plaça non loin d'elles et se mit à les observer. Les mouvements de la princesse étaient tout aussi fluides que ceux de Gabrielle, du haut de leur muret, les hommes regardaient cela avec le sourire.

La matinée passa ainsi tranquillement, les hommes prenaient malin plaisir à rire sous cape en voyant ces trois femmes se relayer en duel. Mais alors qu'Elinë avait entamé un affrontement avec Eowyn, Gabrielle sentit pour la première fois les prémices de ses songes. Elle eut juste le temps de poser son épée et s'éloigna en titubant. Personne ne semblait, à son plus grand soulagement, avoir remarqué, mais c'était sans compter Eomer qui l'observait depuis déjà quelques minutes. Quand il la vit s'éloigner, il interpella Haldir :

« Seigneur Haldir, vous devriez suivre la Demoiselle Gabrielle. »

A ces mots Haldir se redressa et regarda dans la direction que lui indiquait le neveu de Théoden. Il remercia d'un mouvement de la tête Eomer avant de se précipiter vers l'elfine. Aragorn s'était lui aussi redressé et regarda avec inquiétude la direction prise par Gabrielle.

Elinë s'arrêta nette alors qu'Eowyn fronça les yeux. Mettant fin au duel, elle se retourna vivement et chercha du regard Gabrielle. Sa vue s'était faite plus dure, la princesse lui désigna alors Haldir qui disparaissait derrière une des bâtisses qui entouraient Meduseld. Posant rapidement son épée, elle partit en direction des deux elfes. Eowyn fut rejointe par son frère ainsi que Legolas et Aragorn. Et c'est en silence qu'ils rentrèrent.

oO§Oo

Haldir avait facilement et rapidement rattrapé Gabrielle avant que cette dernière ne puisse plus contrôler le poids de son esprit. Il la retint et ils glissèrent ensemble au sol.

*Une forêt baignée d'une douce lumière, des personnes qui marchent, le groupe semble serein et donne l'impression de flotter. Leurs robes ondulent autour d'eux. Elle les voit comme si elle se trouvait en face d'eux, pour la première fois Gabrielle se sentait spectatrice de son propre songe.

Des bannières blanches, des chevaux et soudain ce visage, si pâle et si triste. C'est sans peine qu'elle le reconnut. Arwen chevauchait et visiblement elle avait choisi.

« Prenez la route la plus sûre… Un bateau est ancré aux Havres Gris, il attend pour la mener vers les Terres Immortelles… Le dernier voyage d'Arwen Undomiel… »

Ces yeux étaient si tristes mais soudain, elle tourna la tête et regarda dans la direction de Gabrielle, cette dernière sut qu'elle pouvait la voir… Elle put alors voir la même chose que l'Etoile du Soir…

Un enfant, à peine âgé d'une huitaine d'années, courait et les bois se transformèrent soudain en un intérieur. Il allait en direction d'un homme qui se tenait de dos et qui soudain se tourna. Gabrielle tourna son regard vers Arwen qui regardait cela les yeux pleins de larmes et la bouche entrouverte. Elle reporta ses yeux sur cet homme qui à présent faisait tourner l'enfant dans ses bras. Elle reconnut Aragorn dans un futur probable… Elles purent le voir embrasser l'enfant avant que ce dernier porte son regard sur Arwen à son cou brillait l'Undomiel… Gabrielle vit Arwen fermer les yeux alors qu'une voix, toujours celle d'Elrond retentit :

« Il n'y a rien ici pour toi… Hormis la mort… »

Quand Arwen rouvrit les yeux, l'enfant avait disparu et son regard se fit plus dur. Elle recroisa celui de Gabrielle qui lui murmura :

« Que désires-tu en ton cœur Arwen ? »

A ce moment, Gabrielle put voir Arwen prendre une décision, elle fit un geste qui fit que son cheval prit la direction opposée et partit au galop.

Gabrielle eut un soupir, ainsi elle avait fait son choix. Elle se retourna vers Aragorn et l'enfant qui souriaient mais l'environnement changea. La lumière éclairant le lieu devint rouge sang, une fumée épaisse prit possession du lieu. Gabrielle sentit la mort, le sang. Elle eut un regard d'angoisse lorsqu'elle vit ses amis, Gandalf, Aragorn et … Haldir trempés dans leur propre fluide vital. Et cette voix qui résonnait.

« Ils m'ont volé ma descendance et mon amour. Ils ont volé ta vie. Je peux changer cela. Rejoins-moi. Je peux te donner bien des choses. Ensemble, nous vaincrons ceux qui nous ont brisés. »

Gabrielle savait ce qu'il voulait. Elle ne cédera jamais.

« Je ne te suivrai jamais. Tu n'es rien pour moi. »

Elle sentit au fond d'elle qu'elle n'était pas seule car elle entendit cette voix si familière.

« Suis ton cœur… »

Gabrielle s'écria :

« Tu ne me fais pas peur. Les images que tu m'envoies, n'ont aucun effet sur moi. »

Sauron eut un rictus mauvais et sa voix gronda en une menace :

« Je vais faire de tes nuits un cauchemar ! Un jour, tu me supplieras. »*

Le noir total tomba sur son esprit.

Elle sentit une caresse sur sa joue suivie de quelques mots :

« Gabrielle, allez, rouvre les yeux. »

De nouveau cette caresse, dans les bras d'Haldir, elle eut un gémissement avant d'ouvrir ses prunelles émeraude. Mais la lumière l'aveugla et elle les referma aussitôt. Elinë reprit doucement:

« Non ma petite elfe, rouvre-les. Allez, du courage, je sais que tu en as. »

Elle échappa un soupir et répondit d'une voix tremblante :

« Parle pas si fort, je te prie. »

Haldir eut un petit sourire et se mit à lui caresser les cheveux. Puis, ils purent la voir de nouveau ouvrir les yeux. Haldir l'aida à se redresser et la cala contre lui. Elinë s'assit en face d'eux et les observa un moment. Elle put ainsi voir la tête de Gabrielle se poser sur le torse du capitaine alors que ce dernier lui prit une de ses mains. Elle eut un sourire et fit :

« Je suis heureuse de voir la complicité qui vous lie. »

Gabrielle releva les yeux sur son amie et lui offrit un petit sourire alors qu'elle s'installait en tailleur devant eux.

« Cela ne s'est pas fait en une seule journée.

- Après ton vécu Gabrielle, c'est tout à fait normal. »

Haldir, après avoir calé la jeune femme contre lui, reprit :

« Je l'ai apprivoisée, ce ne fut guère simple au départ. Aussi fragile qu'un oisillon tombé du nid de sa mère. Mais une fois que la confiance s'installe, tout est plus facile. »

Gabrielle reprit :

« Il m'a appris à affronter en face ce qui me hantait. J'ai eu peur mais à chaque fois il était là, pour me relever quand je tombais, là pour me bercer lors des terreurs nocturnes que j'avais. »

Elle sentit la caresse des mains d'Haldir sur ses cheveux. La voix du capitaine continua :

« A son contact, moi aussi, j'ai changé sans m'en rendre compte. J'ai découvert des sentiments que je pensais ne pas pouvoir un jour ressentir. Au départ, je ne m'en suis pas rendu compte, ce sont mes frères et Ealron mais aussi nos Seigneurs qui m'ont fait comprendre. Je suis devenu moins froid, moins distant, moins renfermé. J'ai appris à m'ouvrir et à écouter un peu plus mon cœur, à penser un peu plus à moi. »

Elinë hocha la tête, elle observa un instant son amie et lui demanda :

« Gabrielle, je veux que tu me dises comment tu vis tes songes. Je sais que ce que tu vis n'est sans doute pas facilement explicable et aucun d'entre nous ne peut le comprendre. Mais je dois savoir comment tu le vit. Surtout depuis que tu sais ton ascendance. »

Contre lui, Haldir put sentir Gabrielle se tendre. Face à eux Elinë reprit :

« Pour t'aider ma petite elfe, je dois savoir. Pour comprendre, tu dois me dire comment tu le vis au plus profond de toi-même.»

Haldir dégagea un peu Gabrielle de son étreinte et lui parla doucement :

« Il y a bien un point sur lequel je ne peux pas t'aider, c'est celui de tes visions. Si tu trouves en ton amie un soutien et une aide, ne la refuse pas. Je ne suis pas aveugle, je te vois te débattre avec elles en essayant du mieux que tu peux de les combattre et de faire la part des choses mais contre certaines forces tu ne peux pas agir seule. Ne refuse pas les mains tendues mon ange. Au contraire… »

Il caressa d'une main les joues de celle qui avait pris une place énorme dans son cœur. Haldir la vit soupirer et d'elle-même se blottir de nouveau contre lui.

« Depuis que Gandalf m'a révélé ce passé, elles ont changé. Je le sens très bien, comme s'il y avait deux sortes de songe… La voix de Gabrielle se tut.

- Continue ma petite elfe… »

Haldir lui prit une de ses mains qu'il serra.

« L'Ombre et la Lumière, je le sens clairement. Comme s'il jouait avec mon esprit, me manipulait.

- Gabrielle, que vois-tu ? »

Un frisson la parcourut, ils purent la voir fermer les yeux. Dans son esprit, une phrase retentit en même temps qu'une silhouette s'y dessinait.

« Gabrielle ? »

Elle ne répondit rien, contre lui Haldir la sentit trembler violemment. La voix retentissait en elle comme un écho :

*« Je ferai de ta vie un cauchemar… Tu verras ce qu'il en coûte de me défier ! Contre ce pouvoir tu ne peux rien ! »*

Elinë se redressa et s'approcha du couple, là elle prit les mains de son amie, ferma les yeux et murmura :

« Gabrielle, ferme ton esprit. Ne le laisse pas te manipuler. »

Les traits de l'elfine se tendirent alors qu'Elinë reprit :

« Tu es, toi seule, maîtresse de ton esprit ! Ne le laisse pas faire ! »

Haldir se sentit soudain impuissant, relevant son regard gris sur Elinë, il put sentir soudain une grande puissance l'entourer, comme si elle combattait quelque chose d'invisible. Contre lui, Gabrielle n'avait pas rouvert les yeux, il se contenta alors juste de raffermir la pression de ses bras autour de ses épaules.

Dans l'esprit de Gabrielle, la confusion régnait. En refermant les yeux, elle s'était retrouvée au beau milieu d'elle ne savait où. Cette voix toujours présente, toujours cassante, toujours si emplie de haine :

*« Tu ne peux rien contre moi ! »

Elle vit alors les corps de ses amis baignant dans leur sang, la ruine, le feu, le malheur. Mais une autre voix surplomba celle de Sauron.

« Gabrielle… »

La vision s'estompa et à la place un endroit d'une blancheur immaculée apparut.

« Ecoute-moi ma petite elfe, tu peux le combattre en fermant ton esprit… »

Elle ne voyait pas qui parlait mais le devinait :

« Comment ?Elinë je ne peux pas faire face à ceci !

- Ce n'est pas réel, Gabrielle ! Il n'est pas réel… Ferme ton esprit ! Combats-le, en refusant qu'il te manipule, c'est la seule solution… Reviens vers moi, allez ! Suis ma voix ! »

Gabrielle se mit à marcher, la lumière s'estompa et elle rouvrit les yeux.*

Elle les cligna et sentit la pression sur ses épaules mais aussi sur ses mains. C'est le regard de son amie qu'elle croisa en premier :

« Fermer ton esprit Gabrielle… Lui refuser cet accès, le combattre en prouvant que tu n'en as pas peur. »

Un soupir s'échappa des lèvres de Gabrielle, doucement elle se défit de l'étreinte d'Haldir, et se releva. Elle mit un moment à se stabiliser, le monde tournant autour d'elle. Elinë se redressa et voulut la rejoindre mais elle se retint. Elle la vit s'éloigner alors qu'Haldir se plaça à son tour à ses côtés.

« Elle a peur, il faut la comprendre. »

Elinë tourna ses prunelles bleues vers le capitaine.

« Tant qu'elle voudra garder tout pour elle, elle n'arrivera pas à s'en détacher comme il faudrait qu'elle le fasse.

- Elinë, ce n'est pas simple. Je crois savoir qu'elle a peur d'en parler, qu'elle ne souhaite pas nous mêler à ce qu'elle voit de peur de bouleverser d'une façon où d'une autre ce qui doit se produire. »

Elinë soupira et reprit :

« Haldir, ce que Gabrielle ne comprend pas c'est qu'il y a en elle deux parts : sa nature elfique issue du mariage de son aïeul avec une des nôtres lui confère l'immortalité de notre peuple, le physique mais aussi certains traits. Et de l'autre côté il y a cette nature venant du Seigneur Noir, surtout au niveau de l'esprit. Il y a en elle ces deux parts et cela se révèle par ces visions : d'un côté celles inhérentes à la race elfique, le don des Valars et de l'autre les visions plus prononcées, plus noires et plus irréelles envoyées par Sauron. Mais dans son esprit le tout se mélange et elle ne distingue plus ce qui est de l'elfique et ce qui vient de lui. Pour peu qu'elle l'ait un jour distingué. »

Haldir regarda Gabrielle s'asseoir sur un mur, ses cheveux volaient avec le vent.

« Comment pouvez-vous savoir tout cela ? »

La voix d'Elinë devint plus basse :

« Depuis toujours nos familles sont liées. Ma mère fut une amie d'Aradan et avant elle mon grand-père proche du sien. Je connais cette histoire pour ainsi dire autant que la Dame ou le Seigneur, je la connais mieux que quiconque sur cette Terre, excepté peut être vous à présent. Mais cela ne change rien à l'état actuel des choses. J'ai été absente au moment où elle avait le plus besoin de soutien, elle était seule, elle a appris à taire sa souffrance et à garder pour elle ce qui la fait souffrir. »

Ensemble leurs regards se portèrent sur Gabrielle, Haldir soupira et fit :

« A quoi cela servirait-il de la forcer si ce n'est qu'à la braquer encore plus ? »

Mais l'elfe l'arrêta :

« C'est avec ce raisonnement, si j'ai bien compris, que Cirdan l'a épargnée et regardez où cela l'a-t-il menée ? Non Haldir, elle ne doit plus les garder pour elle. Allez la rejoindre, faites-le-lui comprendre. Si elle ne parvient pas à s'ouvrir, nous allons au devant de jours pénibles. Je veux bien l'aider à fermer son esprit, lui expliquer mais pour cela il faut qu'elle parle de ce qu'elle voit. »

Elinë posa une main sur le bras du capitaine, prit un pan de sa robe et remonta en direction du château. Sur le perron l'attendait Legolas, quand elle releva la tête et qu'elle croisa son regard, elle y lut de l'inquiétude.

« Elle va bien si l'on peut dire, cher ami.

- Ce n'est pas pour elle que je m'inquiète. » Répondit l'elfe sylvain.

Surprise, Elinë leva un sourcil.

« Ah oui ? Et pour qui donc vos traits sont-ils ainsi tendus ? »

Legolas se rapprocha d'elle et glissa un de ses bras sous celui de l'elfe.

« Je crois qu'il est temps que Elinë prenne un peu de temps pour elle et pour un vieil ami. »

Elle allait se dégager de l'emprise du bras de Legolas mais ce dernier resta inflexible alors qu'il la dirigeait vers l'intérieur.

« N'oubliez pas chère amie que j'ai appris à vous déchiffrer. Je n'admettrai aucune objection et vous lui serez beaucoup plus utile reposée, qu'avec la moitié de vos réserves. Et puis, vous et moi avons des choses à nous dire. »

Elinë planta son regard bleu dans celui de Legolas, ils s'affrontèrent ainsi pendant un petit moment :

« Legolas je… »

Mais ce dernier l'interrompit en posant un doigt sur ses lèvres.

« Non. Pensez un peu à vous pour une fois. »

Elle rompit le contact visuel et baissa la tête, elle s'appuya alors franchement sur le bras de Legolas alors qu'ils passaient les portes du château.

oO§Oo

Sur le muret, Haldir tenait Gabrielle par la taille. Elle avait posé sa tête sur une de ses épaules et le silence était leur compagne. Ils ne prononcèrent pas un mot alors que la cloche annonçant le déjeuner sonna. C'est ensemble qu'ils rejoignirent le château, là on les attendait, un serviteur les prévint que Legolas et Elinë ne déjeuneraient pas avec eux.

Le repas fut convivial, chacun essayant de faire se dissiper la tension qui était visible. Alors que Théoden parlait du peuple du Rohan à un Merry attentif, Eomer devisait avec Gimli et Aragorn, Haldir se joignit à leur conversation alors qu'Eowyn s'adressa à Gabrielle :

« J'ai fait ramener vos effets dans vos appartements, vous les retrouverez là-bas. »

La jeune elfe eut un sourire envers la princesse et lui posa alors une question qui avait traversé son esprit dans la matinée :

« Dites-moi Eowyn, où avez-vous appris à combattre de la sorte ? Votre dextérité est à l'égale de la mienne et vos coups d'épée prouvent que vous avez eu un enseignement du maniement d'arme. Est-ce une coutume par ici que les femmes sachent se battre ? »

Eomer qui avait entendu la fin de la question releva ses yeux sur sa petite sœur qui rosit au compliment de Gabrielle.

« J'ai loin d'avoir votre dextérité et vous me flattez. Pour vous répondre, les femmes du Rohan apprennent dès leur plus jeune âge le maniement de l'épée. Celles qui ne combattent pas avec elles, meurent par elles. Nous sommes un pays de dresseurs de chevaux et nombre de villages sont isolés. Les femmes doivent aussi pouvoir se défendre s'il advient malheur pendant l'absence de leur époux. Je dois cet enseignement à mon frère. »

Elle leva les yeux sur son frère qui hocha la tête, Gabrielle acquiesça et toutes les deux reprirent le fil de leur discussion. Le repas passa, à la fin de ce dernier, chacun se leva. Haldir se rapprocha de Gabrielle qu'il prit par la taille. Ils allèrent s'éloigner quand Aragorn les arrêta.

« Mes amis ? »

Gabrielle se retourna et Haldir leva son regard sur le rôdeur.

« Oui Estel, que se passe-t-il ? »

Ce fut le capitaine qui répondit, Gabrielle gardant le silence mais plantant son regard dans celui d'Aragorn. Ce dernier s'avança vers eux et s'inclina.

« Pardonnez-moi mais je souhaitais savoir si tout allait bien. »

Gabrielle eut un soupir et baissa la tête serrant un peu plus la taille d'Haldir. Ce fut elle qui répondit d'une petite voix :

« Il n'est guère simple Estel, de vivre certaines choses, sur ce point je ne vous apprends rien. Alors je vais vous répondre que tout va bien dans la limite du possible… »

Elle se détacha d'Haldir qui voulut la retenir mais les traits de son visage l'en dissuadèrent. Ils la virent s'incliner et s'éloigner en direction de ses appartements. Haldir poussa un profond soupir et retourna son attention sur le rôdeur.

« C'est… comment le dire… difficile. Elle doit faire face et essayer de faire la part des choses. Son amie Elinë dit qu'il faut qu'elle parle de ses visions, qu'elle distingue ce qui lui est envoyé par le Seigneur Noir et celles qui sont envoyées par les Valars si je puis le dire ainsi. Mais pour cela, il faut qu'elle en parle et sur ce point c'est loin d'être une entreprise facile. »

Ils s'étaient mis tous deux à marcher et se retrouvèrent sur le perron.

« Mais vous semblez vous aussi inquiet Estel. Quel est l'objet de votre tourment ? Je m'en doute mais j'aimerais vous l'entendre le dire. »

Aragorn croisa les bras et soupira :

« Aucune nouvelle de Gandalf et cela fait à présent 5 jours depuis son départ et rien, pas un mouvement. J'ignore totalement ce qui peut se passer et de savoir que Minas Tirith court un danger énorme m'angoisse au plus haut point. Et je n'arrive pas à entrevoir la route que je dois suivre.

- Au fond de vous, vous le savez Estel. Il ne vous manque que la pierre qui servira de base à l'édifice. Ne doutez pas de vos capacités mon ami, n'angoissez pas de ce que vous ne savez pas encore. Gandalf donnera des nouvelles d'ici peu n'en doutez pas non plus. Tenez-vous juste à l'affût. »

Aragorn tourna son regard vers l'Est et ferma un instant les yeux. Il entendit la voix d'Haldir lui murmurer :

« N'oubliez pas, mon ami, que si l'on y croit, il y a toujours de l'espoir. Je suis bien placé pour le savoir. »

Les deux hommes restèrent ainsi en silence. Au bout de quelques minutes, ce fut Aragorn qui le brisa :

« Et Gabrielle, quelle est sa place dans tout ceci ? Elle doit combattre une force mentale qui est en dehors de notre compréhension et de plus, elle fait à présent partie de nos forces. Comment parviendra-t-elle à assumer tout ceci ?

- Elle n'y arrivera que si nous lui prouvons encore que nous sommes près d'elle, qu'elle n'est pas seule. On ne peut rien faire de plus Aragorn et croyez-moi que je suis autant déchiré que vous si ce n'est plus. Je la vois se débattre, je la sens souffrir et je ne peux rien faire de plus que d'être là. Lui montrer encore et toujours que… »

Haldir s'arrêta, Aragorn se tourna vers lui et posa une de ses mains sur un de ses bras.

« … Je me sens inutile, impuissant face à tout ceci. Elle ne parle pas de ce qui la ronge, je suis près d'elle, je la soutiens, la berce mais comment vraiment savoir ce qu'elle ressent ? Depuis cette fameuse nuit où il lui fut révélé son ascendance, elle n'a pas pleuré, elle n'en a pas reparlé si ce n'est à vous. Je sais qu'il lui fait vivre un véritable enfer mais comment dois-je me comporter face à tout ceci ?

-Etre toujours près d'elle comme vous le faites jusqu'à présent. Un lien fort vous unit car vous êtes le seul à avoir pu percer ses défenses si bien montées tout au long de ces dernières années. Cela est dur pour vous mais dites-vous que cela est un calvaire pour elle. Ne la laissez pas seule, pas maintenant. »

Haldir secoua la tête et reprit :

« Ce n'est pas mon intention. Elle a fait preuve de courage et m'a montré sa confiance sur bien des points. Mais j'aimerais beaucoup, je souhaiterais même qu'elle ose m'en parler enfin, elle sait que je serai toujours près d'elle.

- Je suis à la fois surpris et heureux.

- Surpris et heureux ? »

Aragorn eut un vague sourire.

« J'ai connu, il n'y a pas si longtemps, un gardien froid et autoritaire, qui ne montrait jamais ses points faibles, qui gardait pour lui ses émotions. Il était impossible pour ses amis ou ses proches de savoir ce qu'il pensait ou ressentait. J'ai connu un gardien qui, il y a encore de cela quelques mois n'aurait pas abandonné son poste au moment où sa cité avait besoin de lui.

- Tout le monde change. Même celui qui fut considéré comme l'elfe le plus affable de toute la Lórien. »

Haldir s'inclina et laissa Aragorn, ce dernier fut rejoint par Théodicée et ensemble ils partirent marcher.

oO§Oo

Dans les appartements de Gabrielle, cette dernière était assise face à une coiffeuse et regardait son reflet. Elle laissa ses mains courir sur son visage puis elles descendirent au niveau de son cou. Fermant un instant les yeux elle laissa le vide s'emparer de son esprit. Quand elle les rouvrit, un frisson la parcourut elle se massa la nuque et machinalement porta sa main sur son épaule. Là, elle sentit sur son omoplate, le début de sa cicatrice, un nouveau frisson la parcourut. Elle releva les yeux sur son reflet, des larmes perlèrent à ses yeux alors que ses doigts passaient et repassaient sur le haut de son épaule. Soudain elle se raidit, à ses côtés au travers le miroir se tenait un homme vêtu de noir. Son sourire était carnassier alors qu'une voix se mit à retentir dans son esprit :

*« Tu ne peux pas lutter… Regarde-toi ! »*

Elle se mit à trembler alors qu'un rire sadique retentit.

*« Tu ne feras jamais le poids ! Tu ne seras jamais à la hauteur ! »*

Une colère monta en elle, se saisissant d'un pot qui se situait sur sa droite elle se retourna violemment et le balança à l'endroit où au travers le miroir se trouvait Sauron, mais il n'y avait rien… Et pire, au même moment la porte s'ouvrit et Haldir esquiva de peu le pot qui se brisa contre le mur.

« Gabrielle ?! »

Il entra et la trouva debout, le regard empli de colère, une de ses épaules dénudée. Refermant la porte, il se tourna vers elle et s'avança.

« Tout va bien ? »

Mais aucune réponse ne lui parvint, il se retrouva en deux pas en face d'elle. Là, il tendit une main qui vint se poser sur le bras de la jeune femme. Il put voir que sa mâchoire était crispée tout comme ses poings. Fronçant les sourcils il la rappela :

« Gabrielle ? » La pression sur son bras se raffermit. « GABRIELLE ! » Il cria à présent en plaçant son autre bras sur celui de l'elfine en la secouant doucement mais fermement.

A cette secousse, elle réagit enfin, clignant des yeux elle regarda dans la direction où quelques minutes auparavant son esprit avait matérialisé Sauron. Elle sentit Haldir de nouveau la secouer et l'appeler. Enfin elle planta ses prunelles émeraude dans celles grises de son gardien, elle eut un frisson et fit d'une voix qui se brisa :

« Jamais… Je n'y arriverai jamais… Il a raison … »

Haldir eut juste le réflexe de la prendre par la taille alors que les jambes de Gabrielle la lâchaient et qu'elle s'effondrait au sol. Ils se retrouvèrent tous les deux sur le plancher de la chambre, Haldir serrait contre lui le corps de Gabrielle et sentit les sanglots de la jeune femme. Il la berça le temps qu'ils se tarissent ce qui fut le cas quelques minutes plus tard. Elle réitéra alors cette phrase :

« Il a raison… Je n'y arriverai jamais… »

Elle put alors sentir Haldir la détacher de contre lui, il releva sa tête et prit son visage dans ses mains :

« Je t'interdis de dire une chose pareil ! »

Le ton de sa voix était devenu dur et tranchant, dans ses yeux une flamme de colère était présente. Gabrielle voulut fuir ce regard mais il l'en empêcha :

« Non ! Regarde-moi ! »

La pression sur son visage se fit plus grande alors qu'Haldir reprit :

« Tu y arriveras et sais-tu pourquoi ? »

Il croisa le regard embué de larmes de l'elfine et continua :

« Parce que tu n'as jamais abandonné ! Même avec du temps tu es toujours parvenue à te reconstruire, à avancer. Et ce n'est pas aujourd'hui que tu lâcheras ! Gabrielle, je ne te laisserai pas abandonner ! Je ne te laisserai pas te faire détruire ! Il ne doit pas gagner car tu es la lumière Gabrielle ! Il n'est pas réel ! Tu peux le combattre comme ton amie te l'a dit mais il faut que tu le veuilles ! »

Une larme coula, suivie d'une autre. Elles terminèrent leur course sur les mains d'Haldir.

« Que tu le veuilles, mon ange.»

D'un geste elle se blottit contre lui il put alors entendre :

« Comment vais-je pouvoir l'affronter ? »

Haldir posa sa tête sur ses cheveux, les embrassa et lui répondit simplement :

« En ne gardant pas tout pour toi… En faisant confiance aux autres, en te faisant confiance, ma douce. »

Gabrielle, la tête posée sur le torse de son amant, soupira. Elle ferma les yeux et se laissa aller, elle sentit Haldir la soulever et la poser sur le lit. Il lui ôta ses chaussures et plaça sur elle une légère couverture. Elle n'avait pas rouvert ses prunelles et sombra dans le sommeil sans avoir dit un autre mot. Il s'assit à ses côtés sur un fauteuil et la regarda, le visage ravagé par l'inquiétude.

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L'après midi passa, Gabrielle dormait toujours et ne s'était pas réveillée. Son corps semblait récupérer d'une fatigue accumulée ces derniers jours. Haldir se tenait debout face à la fenêtre qu'il avait ouverte. Les ombres de la fin de journée se dessinaient dans le ciel et trois coups discrets retentirent dans la pièce. Se précipitant vers la porte il l'ouvrit pour voir les visages d'Elinë et de Legolas.

« Pouvons-nous entrer ? »

Haldir ouvrit un peu plus la porte et les laissa pénétrer dans la pièce. Une fois à l'intérieur, l'elfe se précipita vers son amie et s'agenouilla à son chevet. Legolas resta près d'Haldir qui regarda ce spectacle d'un œil tendre.

« Comment va-t-elle ? »

L'ancien capitaine haussa les épaules et répondit :

« Cela ne sera pas simple. »

Pour tout autre commentaire, le prince sylvain posa une main sur l'épaule d'Haldir. De son côté, Elinë caressait la lourde chevelure brune de Gabrielle en lui parlant doucement dans sa langue maternelle :

« Fais-nous confiance, ma petite elfe»

Haldir et Legolas se rapprochèrent à leur tour et entendirent Elinë continuer :

« Je t'en prie, on n'y arrivera jamais si tu ne fais pas toi-même l'effort de t'ouvrir… Ne le laisse pas te détruire, pas maintenant. »

Legolas se rapprocha et posa une main sur l'épaule de l'elfe. Cette dernière hocha la tête, elle se releva, embrassa le front de son amie et lui caressa une de ses joues. Puis elle fit face à Haldir dont le visage reflétait une vive inquiétude. Ce dernier eut un regard vers Gabrielle avant de le reporter sur Elinë.

« Je ne pense pas que nous soyons au dîner ce soir, je vais la laisser dormir, elle en a besoin. Je reste avec elle. Il est hors de question que je la laisse seule, je veux lui prouver encore et toujours que je suis là et qu'elle peut compter sur moi. Je ne cesse de le lui dire, mais je me répéterai jusqu'à ce qu'elle comprenne. »

Elinë hocha simplement la tête, elle posa une de ses mains sur un des bras du Gardien. Aucun autre mot ne fut échangé, les deux compagnons sortirent de la chambre en silence. Une fois dehors, Legolas tourna ses yeux sur l'elfe il n'eut pas besoin d'en dire plus, il ouvrit ses bras et elle s'y réfugia.

« Par tout les Valars. »

Après un petit moment, ils s'en allèrent ensemble en direction de la salle du trône.

oO§Oo

Dans la chambre, Haldir venait d'allumer les bougies, il eut un regard vers le lit et vit Gabrielle bouger et se tourner dans une autre position, un soupir s'échappant de ses lèvres. Il se dirigea vers la salle d'eau où il prit une douche, puis il regagna la chambre où il se coucha au côté de Gabrielle qui d'instinct se colla à lui.

« Tu sens bon… » Put-il entendre dans un murmure.

Il se tourna et put la voir les yeux grands ouverts. Il lui caressa une de ses joues et déposa un tendre baiser sur ses lèvres.

« Comment te sens-tu ? »

Il la sentit bouger et passer un de ses bras autour de sa taille.

« Reposée. »

Haldir lui offrit un sourire.

« Haldir ?

- Oui mon ange ?

- Laisse-moi juste un peu de temps.»

Il l'amena à venir se serrer contre elle et lui répondit :

« Bien sûr, mais nous sommes là et.. »

Il l'embrassa délicatement et finit :

« … Je serai toujours près de toi, ne l'oublie jamais… »

Gabrielle s'installa plus confortablement au creux des bras d'Haldir.

« Je le sais Haldir. Je le sais… »

Elle referma les yeux et fut bercée par le son des battements de cœur de celui qu'elle aimait. Ce dernier soupira et ne tarda pas non plus à clore ses prunelles.

oO§Oo

La nuit s'installa avec ses ombres, Meduseld était silencieux. Sur les marches d'une petite maison Aragorn scrutait l'horizon avec attention.

oO§Oo

Au Gondor, Gandalf et Pippin regardaient en direction de Minas Morgul, près de la ville maudite, Frodon, Sam et Gollum se cachaient de l'armée qui venait de se mettre en route…

« L'échiquier est en place… Les pièces avancent… »

Dans les bras d'Haldir, Gabrielle se crispa, ce dernier le sentit et ouvrit les yeux, il la serra un peu plus contre lui alors qu'une phrase s'échappait des lèvres de l'elfine:

« Je ne faiblirai pas. Je ne suis pas seule… »