Pendant quelques secondes, après l'apparition de Hell, la confusion régna au sein des Sentinels. Sor et Wolf firent mine de vouloir se ruer sur lui et Quinlan fut prêt à les rejoindre lorsqu'il comprit de qui il s'agissait mais tous réalisèrent vite que la situation ne se prêtait pas à un règlement de comptes. Une quarantaine de Drexis avait encerclé le groupe. Qu'elles volent au ras du sol ou qu'elles se dressent de toute leur hauteur, les créatures restantes semblaient être bien plus menaçantes que toutes celles qu'ils avaient pu affronter auparavant. D'un accord tacite, les Sentinels décidèrent d'ignorer la présence du Seigneur Sith et de se replonger dans le combat. Ils purent rapidement constater que ce dernier était également aux prises avec les Drexis et qu'il n'avait pas l'intention de les attaquer.

« Je te jure, grogna Sor à l'attention de Wolf tout en faisant feu de son lance-flammes. Je vais lui faire la peau.

- Surtout ne fais rien sans moi, répondit le pilote d'un air mauvais en armant un canon-blaster et en lançant un regard en direction du Seigneur Sith. Dès que nous en aurons fini avec eux, je vais me faire une joie de le réduire en charpie.

- Il faudrait peut-être l'interroger d'abord, proposa Sélène en décochant flèches après flèches. Je veux dire, si déjà nous l'avons sous la main, autant qu'il nous serve à quelque chose. Et puis, il est visiblement seul et nous sommes très nombreux et lourdement armés. Je ne pense pas qu'il nous opposera une grande résistance si nous tentons de le capturer.

- Elle a raison, abdiqua Sor. Nous pourrions avoir une belle avance sur Palpatine si nous parvenons à lui soutirer des informations.

- Certes, approuva Wolf en grimaçant. Mais je peux vous promettre que je vais lui faire vivre un enfer lors des interrogatoires. Je vais lui faire payer pour ce qu'il a fait à Cassiopea.

- Je suis d'accord avec tout ce que vous venez de dire, intervint soudain Matylda qui s'était remise à lancer des rochers sur les Drexis en vol afin qu'ils s'écrasent au sol. Mais est-ce-que je peux tout de même relever le fait qu'il vient de lui sauver la vie ? Et une deuxième fois, si nous prenons en compte l'épisode Kro Var ?

- Matylda a raison, souffla Ann-Mary qui venait de se joindre à eux, sabre laser au poing. Je ne suis pas certaine de comprendre tout ce qu'il est entrain de se passer.

- C'est pour cette raison que je suggère un interrogatoire, répéta Sélène. Afin d'y voir plus clair.

- On ne peut pas juste l'écorcher vif ?, hurla Quinlan depuis l'autre côté de la clairière où il se battait dos à dos avec Obi-Wan. Je trouve que ce serait plus rapide et bien plus efficace.

- Calme-toi, le fustigea Obi-Wan. Il faut penser avant d'agir bêtement. Débarrassons-nous déjà de notre premier vrai problème et nous aviserons par la suite. »

À mesure que les créatures s'effondraient, la rage de celles restantes ne faisait que s'amplifier. Leurs ailes et leurs griffes battaient l'air de tous les côtés, essayant par tous les moyens possibles de toucher leurs adversaires de l'une de leurs épines empoisonnées. Rapidement, les Sentinels se trouvèrent débordés. Les magiciens pratiquaient eux aussi leur art pour tenter de tenir les créatures à distance mais ceux-ci ne disposaient pas de pouvoirs suffisants pour les bloquer toutes à la fois et ils ne faisaient donc qu'octroyer un peu de répit aux Sentinels entre deux attaques.

Haut dans le ciel, la lune de Dxun semblait plus proche que jamais. Une lumière bleutée commençait à s'en échapper, annonçant l'ouverture prochaine du second pont spatial supposé ramener les Drexis vers leur monde d'origine. Les Sentinels devaient absolument se trouver hors de portée du faisceau lorsque celui-ci toucherait terre. Autrement, ils risquaient de se faire aspirer avec les créatures. Ces dernières, sentant l'heure approcher, redoublaient d'efforts pour détruire leurs adversaires, probablement déterminées à l'idée de rapporter leurs cadavres en guise de trophées. La situation, jusqu'alors si bien engagée, semblait être entrain de dégénérer et, tous étaient si concentrés sur leurs tâches qu'ils ne remarquèrent pas l'onde de choc qui se préparait et qui allait les laisser sans voix.

Cassiopea avait gardé les yeux rivés sur Hell plusieurs instants encore, une fois que ce dernier avait récupéré son arme. S'il avait tout d'abord soutenu son regard, il avait rapidement été obligé de se concentrer à nouveau sur les Drexis surgissant derrière lui et Cassiopea en avait fait de même. Après un rapide coup d'oeil à ses amis, elle comprit qu'ils étaient entrain de vivre la dernière étape de l'assaut des créatures. Ces dernières semblaient désormais prêtes à tout pour remporter le combat avant l'ouverture du nouveau pont spatial. Si ces horreurs croient pouvoir s'en sortir aussi facilement, elles se trompent. Nous ne sommes pas venus à bout de plusieurs dizaines – voire centaines – d'entre elles pour finir massacrés par les derniers survivants. Cassiopea connecta ses sabres laser et se mit à tailler et trancher dans tout ce qu'elle parvenait à atteindre. Dans sa vision périphérique, elle vit Hell assommer deux Drexis les uns contre les autres avant de grimper sur le dos d'un troisième pour trancher les têtes d'un autre petit groupe. Comment se fait-il qu'il soit là ? Et pourquoi n'avons nous détecté aucune présence impériale sur tous nos radars ? J'ai bien eu quelques symptômes, mais ils étaient bien loin de ce que j'ai l'habitude de ressentir lorsqu'il se trouve à proximité de moi. Mise à part la marque qui m'a fait souffrir. Était-ce là le message qu'elle essayait de me transmettre ? Le fait qu'il se trouvait également sur Onderon ? Pourtant, il est probablement responsable de la présence de cette cicatrice étant donné qu'elle est apparue après Kro Var. Je ne comprends rien.

Cassiopea trancha les ailes d'un énième Drexis tout en reculant comme le faisaient tous ses amis ainsi que les magiciens. Les créatures semblaient déterminées à les encercler et les acculer contre les hangars afin de leur couper toute forme d'issue. Le lance-flammes de Sor commençait à faiblir et, plus les Drexis s'approchaient, plus l'amplitude nécessaire à un bon maniement des sabres laser diminuaient. Même Quinlan, qui disposait pourtant d'une force physique considérable, avait du mal à tenir son arme à bout de bras. Cassiopea augmenta la vitesse de rotation de ses sabres à mesure qu'elle reculait, espérant garder une certaine distance avec les Drexis le temps de trouver une solution. La jeune femme céda encore un peu de terrain aux monstres lorsque son dos en heurta un autre. Elle tourna légèrement la tête et leva les yeux vers le visage de Hell qui affichait un air d'agacement profond à l'encontre d'un Drexis qui s'agitait dans sa direction, toutes griffes dehors. Elle vit le Seigneur Sith effectuer une rotation de son sabre laser, prendre légèrement appui sur elle et propulser son arme telle une lance sur la créature qui alla transpercer sa gueule ouverte avant de se perdre dans le dos d'une autre de ses congénères.

« Toujours aussi charmant, grommela Cassiopea en se concentrant à nouveau sur les Drexis s'approchant d'elle.

- Je n'ai pas vraiment l'intention de finir en chair à pâté, répondit Hell en rappelant son sabre laser à lui. Et un peu de reconnaissance serait la bienvenue.

- Tu as raison, dit Cassiopea, sarcastique. Merci de m'avoir sauvé la vie après avoir tenté de m'électrocuter à mort au préalable.

- Transe cosmique, répondit le Seigneur Sith tandis qu'ils tournaient sur eux-mêmes, toujours dos à dos.

- Quoi ?, demanda Cassiopea en propulsant plusieurs Drexis sur ceux qui tentaient de s'en prendre à Matylda.

- Transe cosmique, répéta Hell d'un ton pincé. Un phénomène Sith. Totalement incontrôlable et inconscient. Je n'avais aucune conscience de ce que je faisais et ce n'était certainement pas volontaire. C'est un miracle que tu aies survécu.

- Je saisis le sens général, dit Cassiopea en lui jetant un regard en coin. Tu avais l'air relativement possédé. Mais, pourquoi un miracle ?

- La transe cosmique est un mécanisme de défense mentale. En temps normal, elle ne s'arrête que lorsque ce que notre esprit considère comme étant une menace a totalement disparu. Traduction, le phénomène est mortel et nous n'avons aucun historique de personnes y ayant survécu. J'ai déjà tué avec ça.

- D'accord, Cassiopea se retourna pour faire face à Hell et leurs sabres se croisèrent dans les corps de deux Drexis. Alors pourquoi je suis en vie ?

- Je n'en ai pas la moindre idée mais… est-ce-que c'est moi ou est-ce-que je vois Obi-Wan Kenobi ?

- Non c'est bien lui, répondit Cassiopea en tapant sur le bras de Hell pour attirer son attention vers les Drexis en approche. Il a aidé mes amis à me retrouver après que tu m'aies abandonnée sur Kro Var.

- J'ai du retourner en urgence sur Coruscant, l'Empereur va entrer dans une rage noire s'il apprend qu'il est en vie.

- Parce que, bien sûr, tu vas t'empresser de lui dire.

- Oh non, répondit Hell en riant. Je vais le laisser mariner jusqu'à ce qu'il le découvre de lui-même. Je m'amuserai bien plus comme ça.

- Tu es vraiment très étrange, conclut Cassiopea. »

Arslan ne prit pas le temps de répondre. Dans le ciel, les derniers Drexis volant encore au-dessus de la ville commençaient à piquer dans leur direction, déterminés à prêter main forte à leur pairs. La lumière bleutée de la lune de Dxun se faisait plus intense à chaque seconde et son magnétisme semblait agir sur eux. Les Sentinels et les hommes qu'il supposa être les magiciens – mais, que font-ils exactement ? - paraissaient avoir de plus en plus de mal à tenir les Drexis à distance et tous étaient presque acculés contre les hangars. Les créatures décidèrent alors de décoller le plus haut que les arbres le leur permettaient et commencèrent à vouloir leur plonger dessus. Arslan pesta. À ce rythme, ils n'allaient plus tenir très longtemps et, étant donné que les Drexis ne semblaient pas vouloir quitter la clairière, il lui parut évident que le pont spatial retour allait s'ouvrir tout près d'eux. Je n'ai pas très envie d'être encore ici quand cela se produira. Arslan réfléchissait à une solution tout en se penchant légèrement en avant pour permettre à Cassiopea de s'appuyer sur son dos afin qu'elle puisse propulser ses jambes dans la mâchoire d'un Drexis se trouvant trop proche d'elle. Comment ai-je su qu'elle allait faire ça ? Il n'eut pas le temps de se pencher davantage sur la question que, déjà, un nouveau monstre fonçait sur eux. Arslan lança son sabre dans sa direction, passa son bras autour de la taille de Cassiopea sans réfléchir et la propulsa au-dessus du sol. La jeune femme, qui avait compris ce qu'il se passait, prit de l'élan, attrapa son arme au vol – sa propre double lame toujours en main – et transperça la bête à travers les deux yeux.

Lorsque Cassiopea se réceptionna face à lui, Arslan vit son regard attiré par une étrange marque qui dépassait de sa combinaison. Une marque qui semblait irradier de rouge. Inconsciemment, le jeune homme tendit la main vers la poitrine de Cassiopea.

« Qu'est-ce-que ?, commença-t-il.

- Rien du tout, répondit Cassiopea en écartant sa main.

- Je suis presque certain que tu n'avais pas ça sur Kro Var.

- Parce que tu m'as déshabillée peut-être ?

- Il a bien fallu que je bande tes blessures avant de te conduire chez la chamane, Arslan fronça les sourcils, soudain inquiet. C'est moi qui t'ai fait ça ?

- Peut-être, répondit Cassiopea d'un air incertain. Je ne sais pas. Mais je ne l'avais effectivement pas avant.

- C'est douloureux ?

- Pas vraiment. Juste par moments. Et elle n'était pas rouge avant mon arrivée ici non plus. Tu ne sais pas ce que c'est ?

- Je te l'ai dit, Arslan expédia un Drexis contre les hangars. Personne n'avait encore survécu à une transe cosmique. Je n'ai aucune idée des effets secondaires qu'elle peut avoir.

- Formidable, Cassiopea évita un tir de blaster qui alla se perdre dans le ventre d'une créature avant de reculer contre le Seigneur Sith. Ils sont beaucoup trop proches.

- Il va falloir qu'on s'en débarrasse. Et vite. La lune est bien trop brillante et ton ami Twi'lek est entrain d'utiliser son lance-flammes comme une massue. Les blasters ne vont pas tarder à lâcher non plus.

- Une idée ? Quelque chose de rapide et efficace.

- Si les Drexis restent en vol alors oui, je pense pouvoir faire quelque chose. Mais tes amis vont devoir éviter toute sorte de mouvements brusques et imprévisibles. Autrement, je risque de les toucher involontairement.

- Je pense que c'est envisageable. »

Tandis qu'Arslan dégrafait une nouvelle fois son canalisateur tout en évitant les coups de griffes, il entendit Cassiopea crier aux Sentinels de faire le moins de mouvements possible. Le jeune homme perçut distinctement les cris d'incrédulité lâchés par certains mais il n'avait pas le temps de se focaliser sur le manque de foi des rebelles. Il lui fallait se concentrer pour produire les Eclairs de Force les plus précis qui soient afin de ne toucher que les Drexis en vol autour d'eux. Heureusement pour lui, ces derniers qui avaient réussi à les faire reculer contre les hangars, restaient relativement immobiles et effectuaient le plus gros de leurs mouvements à l'aide de leurs longs membres antérieurs.

Arslan calma sa respiration, ferma les yeux et se concentra sur la Force. Immédiatement, il sentit le picotement familier de ses éclairs naître au bout de ses doigts mais, étrangement, il ne parvenait pas à entrer en connexion avec la Force elle-même. La seule chose qu'il parvenait à percevoir, était la signature de Cassiopea. À mesure qu'il sentait l'énergie s'accumuler dans son corps, la lumière émanant de cette dernière devenait plus forte. Cela ressemble à ce que j'ai ressenti sur Kro Var. Lorsque je l'ai réveillée. Une fusion de nos deux signatures. Un hurlement strident et bien trop proche ramena Arslan aux Drexis et il se concentra donc sur les cibles à atteindre. La puissance s'amassait bien plus vite qu'à l'accoutumée en lui et il sentit distinctement les premiers éclairs fuser derrière ses paupières closes. Je n'ai encore jamais ressenti une intensité pareille. Je ne suis pas certain de pouvoir les contrôler aussi bien qu'à l'accoutumée. Tant pis, je n'ai plus qu'à espérer que les Sentinels auront pris le message au sérieux. Arslan ouvrit les yeux et libéra sa foudre. Rien cependant, n'aurait pu le préparer à ce qu'il se passa lorsque les premiers Éclairs de Force quittèrent ses doigts.

Mais que fait-il bon sang ? Cassiopea s'était remise à trancher tout ce qu'elle pouvait en attendant que Hell mette son idée en pratique. Ce dernier cependant, semblait plutôt s'être arrêté de combattre et la jeune femme avait bien du mal à gérer seule les quelques Drexis qui les entouraient de près. Jetant un regard en biais au Seigneur Sith, elle vit de légers éclairs s'échapper de derrière ses paupières closes. D'accord. Donc il est bien entrain de préparer quelque chose. Par contre, je ne sais pas si nous pouvons nous permettre d'attendre. Cassiopea regarda autour d'elle. Tous ses amis étaient en difficulté. Sor utilisait toujours son lance-flammes vide comme une massue mais ses coups faiblissaient. Ann-Mary, Quinlan et Obi-Wan étaient les seuls encore capables de se défendre grâce à leurs sabres étant donné que toutes les autres armes se trouvaient à cours de munitions. Cependant, à eux trois, ils avaient bien du mal à protéger tout le monde, magiciens inclus étant donné que ces derniers semblaient être à bout de forces. Il faut faire quelque chose. La jeune femme leva les yeux vers le ciel où la lune prenait désormais toute la place, le soleil s'étant couché. Faire la lumière dans la nuit. Anéantir les ténèbres. Je n'ai pas fait ça depuis une éternité mais je ne vois pas d'autre solution.

Cassiopea rengaina ses sabres laser et les laissa tomber au sol. Elle concentra toute son énergie, toutes ses pensées vers ses amis et vers tout ce qu'ils avaient encore à accomplir. Elle pensa à Anakin et Ahsoka et à toutes leurs folles aventures, à Quinlan et Obi-Wan qui lui avaient tant appris et elle laissa la Force l'envahir. La jeune femme tenta de bloquer la signature de Hell de son esprit mais cette dernière n'en irradia que plus fortement. J'ai l'impression d'avoir déjà vécu ça, espérant que ça ne me perturbe pas trop. Cassiopea visualisa au mieux les Drexis qui les entouraient et elle libéra toute l'énergie qui s'était accumulée en elle. Ses yeux s'ouvrirent pour dévoiler des iris étincelants et Cassiopea libéra sa Lumière de Force. Le choc qui en suivit la projeta contre les parois du hangar.

Lorsque les Éclairs et la Lumière de Force libérés par Arslan et Cassiopea entrèrent en contact, le monde sembla disparaître dans un tourbillon de puissance. Des fusées de lumière électrifiée jaillirent de tous les côtés et vinrent frapper les monstres uns à uns. Les Drexis hurlèrent à l'agonie avant de se dissoudre aspirés par les flèches de puissance qui muèrent en trous noirs cerclés de foudre. Lorsqu'enfin, toutes les créatures eurent disparus, les boules d'énergie se rétractèrent sur elles-mêmes avant d'imploser dans un bruit de tonnerre assourdissant. Durant un instant, la lumière se fit si vive qu'elle donna l'impression d'émaner du soleil levant. Puis, aussi rapidement que le phénomène était apparu, il s'évanouit laissant place au silence.

Interdits, les Sentinels et les magiciens contemplèrent en silence la clairière qui les entourait. Les Drexis avaient disparu. Dans l'air, l'électricité faisait encore vibrer les branches des arbres et il régnait un tel sentiment puissance qu'il en devenait terrifiant.

« Que s'est-il passé ?, finit par demander Sélène.

- Je ne saurais dire, commença prudemment Obi-Wan. Je n'avais encore jamais rien vu de pareil.

- On aurait dit un champ de force, dit Ann-Mary. Est-ce-que vous avez vu d'où il est parti ?

- Je crois que Cassiopea faisait quelque chose, répondit Matylda. Mais je n'ai pas vu…

- Cass !, cria soudain Wolf. »

Les Sentinels se précipitèrent vers l'un des deux hangars. Cassiopea était allongée au sol, visiblement inconsciente, et de légers éclairs parcouraient tout son corps. Quinlan voulut s'approcher d'elle mais la jeune femme protesta en roulant sur le côté.

Mon dieu ma tête, Cassiopea pressa une main contre son front. Que s'est-il passé ? J'ai lancé ma Lumière de Force et… Elle a fusionné avec les Éclairs de Hell ? Mais c'est impossible. Les Côté Obscur et Lumineux ne sont pas compatibles. La jeune femme voulut se relever mais elle prit appui sur quelqu'un et entendit grogner.

Arslan ouvrit difficilement les yeux et tomba nez à nez avec Cassiopea. La jeune femme était à moitié allongée sur lui et le regardait comme si une deuxième tête lui avait poussée.

« Quoi ?, demanda-t-il finalement. Pourquoi tu me regardes comme ça ?

- Tu te moques de moi, répondit-elle en se redressant. Tu n'as pas remarqué ce qu'il vient de se passer ?

- De quoi tu parles ? »

Arslan se releva difficilement et prit conscience de son environnement. D'abord, il remarqua que les Drexis avaient disparu et que l'air sentait la fumée. Ensuite, il vit le trou béant qui se creusait dans les arbres jusque loin dans la jungle et le cratère qui s'était creusé dans la clairière. Enfin, il tourna le regard vers les Sentinels qui avaient tous l'air d'avoir vu un fantôme. À ses côtés, Cassiopea paraissait elle aussi analyser la situation. Elle voulut avancer vers le cratère mais elle chancela et se rattrapa à son épaule. La jeune femme leva ensuite le regard vers lui, muette, comme si elle attendait une explication de sa part. Malheureusement, Arslan n'avait aucune idée de ce qu'il venait de se produire. Il se souvenait avoir lancé ses Éclairs de Force et d'avoir involontairement puisé dans la signature de Cassiopea, étant incapable de se connecter à la Force elle-même et ensuite, le trou noir. Le jeune homme avala difficilement et se tourna vers les Sentinels qui n'avaient toujours rien dit. Cassiopea, qui s'appuyait toujours contre lui, suivit le mouvement.

« D'accord, commença-t-il en se raclant la gorge. Quelqu'un est-il capable de nous dire ce qu'il s'est passé ?

- Vous avez attaqué en même temps, répondit Obi-Wan sans quitter Cassiopea des yeux. Les Éclairs de Force d'un côté et la Lumière de l'autre. Sauf que, au lieu d'exploser séparément, vos deux pouvoirs ont semble-t-il fusionné. Je n'avais jamais vu ça auparavant. Je ne savais même pas que cela existait.

- Cela n'existe pas, trancha Ann-Mary. J'ai lu énormément de choses sur ces deux pouvoirs et il n'y avait aucune mention d'une possible fusion. La lumière et les ténèbres ne se mélangent pas.

- J'ai la tête qui tourne, dit soudain Cassiopea. Peu importe ce que c'était, je crois que cela m'a demandé trop d'énergie.

- Je n'y connais rien du tout, avança prudemment Sélène. Mais de mon point de vue, cela ressemblait vraiment à une fusion. Vous avez chacun fait quelque chose et, en se libérant, vos pouvoirs se sont enroulés l'un autour de l'autre pour n'en former qu'un seul. Et vous n'aviez pas l'air dans votre état normal non plus. C'était comme si vous étiez la source de toute l'énergie qui s'est répandue autour de nous.

- C'était impressionnant, ajouta Matylda. On aurait dit l'explosion d'une étoile et d'un trou noir en simultané.

- Peu importe, trancha Quinlan en s'approchant de Cassiopea. On s'en va. Hors de question de rester une minute de plus ici avec lui.

- Maître, coupa Cassiopea. Je ne vais nulle part avant d'avoir compris ce qu'il m'arrive. Je pense avoir enduré assez longtemps comme ça.

- Mais, tenta Quinlan abasourdi. Enfin tu ne veux quand même pas…

- Je suis d'accord, intervint Arslan. Je ne continuerai pas comme ça. J'ai supporté les premiers symptômes, mais là cela dépasse tout ce que j'avais pu imaginer. J'ai besoin de réponses.

- Symptômes ?, demanda Cassiopea en levant les yeux vers lui. Toi aussi ?

- Tremblements, malaises, palpitations ? Oui. Et je peux ajouter d'autres évènements anormaux à la liste. Ce qu'il vient de se passer étant la goutte de trop.

- Je ne sais pas quoi dire, reprit Ann-Mary après un silence interdit. J'ai lu beaucoup de choses mais jamais rien qui pourrait ressembler à tout ce que nous venons de voir.

- Je pense pouvoir vous aider. »

D'un seul homme, tous se tournèrent vers Colgar Fanerace. L'homme était resté silencieux depuis le début de l'échange mais ses yeux semblaient étinceler. Autour de lui, ses magiciens affichaient tous le même air d'incrédulité mêlé à de l'excitation.

« Oui ?, commença doucement Cassiopea.

- Je vous l'ai déjà dit mademoiselle El-Solar, mais j'en tiens à présent la preuve devant mes yeux. La fusion de pouvoir est pourtant l'une des étapes les plus avancées de la mise en place du lien. Je ne pensais pas que ce dernier serait déjà aussi fort.

- Vous n'allez pas recommencer !, s'insurgea Quinlan. Nous vous avons déjà dit que nous ne comprenions rien à vos élucubrations.

- Maître, coupa Cassiopea. Laissez-le parler. Je crois qu'il en sait bien plus que nous sur ce sujet.

- Nous pensions les shariks morts, reprit Colgar Fanerace. Après le génocide des Sith par les Jedi Noirs et la rupture totale d'avec les Jedi, nous croyions sincèrement que les liens ne se formeraient plus jamais. Je sais désormais que les shariks existent toujours puisque vous vous tenez devant moi.

- Sharik ? Répéta doucement Arslan. De quoi s'agit-il ?

- Je ne sais pas, répondit Cassiopea. Il m'a déjà dit que j'en étais une avant.

- Il ne doit plus rester aucune trace d'eux parmi les documents officiels des Jedi, dit le magicien. Ces derniers ont effacé toute l'histoire qu'ils partageaient avec les Sith une fois leur race quasi-décimée. Mais, sur Korriban – sur votre planète – il doit encore rester des registres.

- Je ne suis plus retourné chez moi depuis près de vingt ans.

- Alors je comprends mieux. Autrement, vous auriez au moins entendu le mot lors de vos études à l'Académie. Dites-moi, quel est votre nom ?

- Arslan, répondit finalement le Seigneur Sith après une hésitation. Arslan Tyuth.

- Tyuth ?, Colgar Fanerace sembla choqué. Une grande famille.

- Comment savez-vous autant de choses sur mon peuple ?, coupa Arslan.

- Nous nous intéressons à la Force dans son essence pure. Qu'elle soit ténèbres ou lumière nous importe peu. Votre peuple a une histoire fascinante et certains pourraient dire que votre famille est vieille comme le monde. Nous retrouvons votre nom dans des écrits très anciens. Des écrits qui parlent d'ailleurs des shariks. Je suppose que vous étiez prédestiné d'une manière ou d'une autre.

- Qu'est-ce-que les shariks Lord Fanerace ?, coupa nerveusement Cassiopea en regardant Arslan. Vous m'avez parlé d'une connexion ?

- Les shariks, reprit le magicien. Sont le produit d'un miracle de la Force. La lumière et les ténèbres ont de tous temps eu besoin l'une de l'autre pour pouvoir survivre et c'est pour cette raison que les Jedi et les Sith n'ont jamais pu s'anéantir au risque de détruire cet équilibre. Cependant, il était toujours possible de les différencier de par leurs signatures de Force. Du moins, il en était ainsi pour la plupart des membres des deux Ordres. Il arrivait – plus fréquemment que l'on ne peut l'imaginer – que deux êtres viennent au monde avec des signatures en tous points identiques. Une composition midi-chlorienne identique si vous préférez. Deux enfants élus par la Force. Venus au monde l'un pour l'autre.

- Quoi ?, tenta faiblement Cassiopea.

- Les deux élus étaient destinés chacun à l'un des deux Ordres ce qui donnait une légère différence de rayonnement à leurs signatures sans pour autant les altérer. Un jour, les deux êtres étaient amenés à se rencontrer – la Force les poussant naturellement l'un vers l'autre – activant ainsi leur lien d'éternité. Les shariks, car c'est ainsi qu'ils ont été appelés, sont des partenaires. D'ailleurs, c'est là la traduction du mot en langue antique Sith. Ils étaient frères d'armes, alliés, unis par et dans la Force, ce sont des âmes sœurs. Nés l'un pour l'autre, faits l'un pour l'autre, leur vie sans l'autre n'avait pas de sens. Être sharik. C'est naître Jedi, ou naître Sith. C'est l'ombre et la lumière en fusion, les deux Ordres réunis en un seul. C'est faire partie d'un tout, en attente permanente de rencontrer sa moitié. Être sharik, c'est être un Jedi et un Sith, c'est être liés par une force qui nous dépasse et ce, depuis le jour de sa naissance. Être sharik… être sharik, et bien, c'est être vous. »

Un silence de mort suivit la déclaration de Colgar Fanerace. Personne ne bougea, ni ne prononça le moindre mot. Tous affichaient diverses expressions de choc ou d'incompréhension en regardant soit le magicien, soit dans leur direction. Alors, Arslan lâcha un souffle qu'il n'avait pas remarqué retenir. Alors, il plongea les yeux dans le regard chocolat tremblant de Cassiopea.


Et voilà! Nous voici à la fin du second tome de la saga des Sentinels! Merci à tous d'avoir lu la suite des aventures de Cassiopea et de ses amis, j'espère que vous avez passé un bon moment et que avez pris autant de plaisir à lire que j'en ai pris à écrire.

L'histoire ne s'arrête pas là (évidemment) et le troisième et dernier tome est en cours d'écriture. Il faudra encore patienter un peu avant de connaître le dénouement de toutes ces aventures et j'espère que vous apprécierez la fin que je prépare…

Alors à bientôt, bonnes lectures et prenez soin de vous!

Charlie.

~ From the stars we came, to the stars we rise ~

THE TWIN FLAMES
… coming soon…