Refrain 64. Géométrie, demi mesure et cambriolage

o vendredi midi, Londres, dans un restaurant moldu

"Le Commandant souhaite que je fasse le tour de toutes les équipes qui m'intéressent, que je rencontre le ou la chef de cette équipe et que je discute de mon éventuelle place dans cette géométrie... "

Je repose la fourchette que j'avais à la main pour regarder Sam. On a décidé de débriefer de sa discussion avec la hiérarchie en privé. J'ai choisi un restaurant différent que celui où nous sommes allés avec les gars hier pour être bien sûre.

"C'est la procédure normale pour les Rang Trois, ça ?", je questionne.

"Non", il confirme en détournant brièvement les yeux. "Même si ta... notre Commandant est du genre à changer de manière de composer ses équipes selon son envie du moment... Mais c'est plutôt un truc qu'on propose à partir du Rang Deux."

"Tu vas avoir un Rang Deux ?", j'enquête. Ce n'est pas que je ne serais pas contente pour lui, c'est juste que ça me paraîtrait un peu précipité voire improbable après la dernière séquence. Inconsciemment, je réalise, je m'étais plus ou moins fait l'idée qu'il allait devoir attendre encore, par exemple de s'être montré un mentor d'un aspirant plus constant que la dernière fois. Caradoc a un obtenu un Rang Deux parce qu'il était reconnu comme un très bon formateur, en plus d'un bon enquêteur. Il y a eu de

s gens pour dire que la hiérarchie ne voulait pas qu'il ait un grade inférieur à celui de sa compagne, Emma. C'est tellement mal connaître ma mère que je ne me suis même pas abaissée à donner mon avis.

"Notre Commandant m'a bien fait comprendre qu'une promotion n'était pas envisageable à court terme... Honnêtement, je n'ai pas d'objection."

Faire confiance à Sam pour avoir l'air posé et raisonnable en toute circonstance.

"Tu as bien dit que tu voulais l'équipe centrale et elle t'a dit : rencontre les chefs d'équipe, propose-moi avec qui tu veux bosser ?", je vérifie.

"Vu comme ça a été formulé, je dirais plutôt : 'fais l'effort de convaincre ton prochain chef de t'accepter. Fais preuve d'humilité, n'attends pas que j'aille te vendre cette fois'... " Il a un geste de la main qui m'invite à continuer seule la liste. "Elle n'a pas non plus caché qu'elle préférerait a priori que je ne sois pas second mais qu'elle examinerait toutes les propositions qui arriveraient jusqu'à elle."

Je prends le temps de marquer que j'ai entendu. Je me demande toujours comment je vivrais de me retrouver face à quelqu'un comme ma mère si ce n'était pas ma mère. Elle est empathique, elle écoute mieux que beaucoup mais elle peut être d'autant plus dure quand elle estime qu'elle n'a pas le choix. Hier soir, j'avais livré à Sam qu'elle m'avait confié qu'il devait demander ce qu'il souhaitait vraiment. Est-ce que je l'avais poussé à croire que l'entretien allait être facile ?

"Dawn était là ?", j'enquête.

"Oui. C'est elle qui a dit qu'elle pensait que j'avais le profil pour l'équipe mais qu'elle soutenait ce qu'elle a appelé une intégration progressive... Ça veut dire sans promotion, sans trop de responsabilités directes en dehors d'un aspirant... "

"Elles avaient dû préparer ça." Il a un sourire las. Il n'a quasiment pas touché à son assiette.

"C'était pas cool", je compatis.

"Elles auraient pu m'envoyer en Écosse ou en Irlande... Et j'avoue que je ne sais pas ce que j'aurais dit si elles avaient parlé de l'équipe de Ron. Franchement, c'est important et vous faites du super boulot mais, là, autant qu'il me mette sous ta responsabilité, Iris. Je ne suis pas un assez bon chef d'équipe pour inventer de nouvelles façons de faire !"

"L'idée est tentante", j'essaie le badinage, mais ça ne prend pas totalement. "Tu exagères, Sam. Te fais pas pire ogre que tu n'es. Dis plutôt que ça t'excite moins que des enquêtes sanglantes et sombres. Et l'Aspirant, vous en avez parlé ?"

"De grandes chances que ce soit Adrian Boot", il énonce. Il se veut sobre et distant mais je sens que ça lui plaît plutôt.

"Je crois que c'est un bon gars", je commente sincèrement tout en analysant mentalement que la priorité est de lui refiler le premier aspirant qui ne soit pas Theodor. On voit bien où est le curseur. Pas que Sam ne soit pas capable de le voir lui-même. C'est plutôt lui qui m'a appris à voir ce genre de chose.

"Un bosseur raisonnable, Sam, on ne te trouvera pas une perle comme ça à chaque fois et donc tu n'as pas tellement d'excuses si ça ne se passe pas nickel", il souligne en jouant avec son verre plutôt que de manger.

"Mãe ?", je vérifie.

Il lève son verre comme pour me féliciter d'un point marqué.

"D'après Ron, il est prêt et je pense qu'il est jugé utile de dire à un autre aspirant prénommé Theodor que lui ne l'est pas encore", il rajoute quand je ne trouve rien à dire.

"Pauvre Theo", je soupire.

"C'est toi qui l'as remis à sa place et fourni le potin de la semaine de tout le Département !", il s'amuse.

"Et c'est moi qui imagine assez bien combien son orgueil en a pris un coup. J'espère qu'il ne trainera pas trop avec nous quand même parce que ce qui lui faut c'est tout sauf de l'attention négative... Faut du taff, des trucs à faire, pas le temps de ruminer les injustices du monde ou des rêves inaccessibles !"

Sam me regarde, sourit lentement et... se met à manger. J'avoue que je suis surprise.

"Non ?"

"Si. Ça ne me serait pas venu en ces termes ni aussi vite mais, si je repense à toi Aspirante, clairement, il ne fallait pas te plaindre, pas te traiter différemment et t'occuper, c'était la seule façon de te canaliser", il répond posément. "En fait, je ne suis pas sûr que Boot sera avec moi avant que Paulsen soit avec Franny. C'était un peu une extrapolation de ma part. Elles n'ont rien dit de tel en fait. "

"Mais elles ont parlé de Franny ?"

Il opine en continuant de manger.

"Je demanderai à Dikkie si elle a refusé puisque je vais faire le tour des équipes... Mais Franny, elle va le faire bosser. Pas besoin que tu lui dises !"

"Clairement", je confirme. "Et Seamus, tu sais ?"

"Je crois bien qu'il va redevenir ton chef. Enfin, au moins le second de Ron. Je l'ai vu parler avec Weasley ce matin. Genre : entretien formel portes closes."

"Il ne voulait pas l'équipe centrale ?"

"Finnigan a discuté longuement avec... notre Commandant hier soir au pub... J'avais remarqué et je me demandais si j'étais le prochain - mais juste après elle est partie avec les Paulsen. Le secret des Dieux a un prix... J'attendrai qu'il en parle le premier", il précise. "Bon, et toi ?"

"Le procès de Pembroke commence mercredi prochain. Clairement, Scrimgeour attend que tout l'émoi autour du procès Graves soit retombé. Pas qu'on ne souhaite pas la même chose", je commence par le plus important, au moins dans ma tête à moi. "Et j'ai définitivement vendu le couple Hawlish/Wintringham pour l'affaire des trolls. Du coup, vu que j'ai sauté mon tour toute la semaine, je suis d'astreinte tout le week-end - sur place et en supervision. Désolée, on n'ira pas bien loin et on ne fera pas la fête."

"Je suis un homme qui se contente de peu", il prétend et je décide de l'embrasser malgré la table qui nous sépare.

oo samedi matin et midi, chez Iris et Samuel

Samedi matin, mon premier café de la journée à la main, je commence à laisser des messages tous les quarts d'heure à mon jumeau et à Harry pour qu'il dise au premier de m'appeler, en alternance.

"C'est du harcèlement !", estime Samuel quand je continue alors qu'on profite de notre matinée de repos en commun pour faire quelques courses dans notre voisinage. Cet après-midi, je serai d'astreinte à distance - on pourra aller courir. Ce soir, je suis à la Brigade avec Heathcote et Mark.

"En fait, la veille d'une pleine lune, la veille d'expérience de nouvelles potions, je pense que j'ai à peu près zéro chance qu'ils répondent mais je me dis que ce sera pire demain. Sinon je ne l'aurais jamais avant lundi... "

"T'as quoi à lui dire de si urgent ?", il s'étonne.

"Rien. C'est lui qui va pleurnicher dans le cou de Papa et Mãe que je ne le rappelle pas. Que Mãe me dise au boulot d'appeler Kane, je ne pensais pas ça vraiment possible en fait !"

"Il se passe peut-être quelque chose", déduit Sam, intrigué maintenant.

"C'est exactement ce que j'essaie de savoir !"

Sam arque un sourcil devant mon agacement mais se le tient pour dit. Je continue mon manège mais on rentre à la maison sans que j'aie obtenu de réponse. On est à table pour un déjeuner léger quand mon miroir vibre avec l'image affichée de mon jumeau. Il est au lac - pas de surprise. J'entends des voix d'enfants et des bruits de galets jetés dans une eau qui n'a plus l'air prise par les glaces. J'entends les voix de Harry et aussi de Defné, pas très loin.

"Fallait qu'on monte au lac pour avoir tes milliers de messages", commence Kane. Il a l'air assez serein, je décide immédiatement. Un poids que je ne savais pas porter s'envole. "Les plumes passent mieux."

"Mais tu avais dit : pas de messages interposés", je lui rappelle.

"C'est vrai", il commente lentement. "Papa et Mãe... t'ont dit ?"

"Mãe m'a glissé en sortant d'une réunion qu'il fallait que je t'appelle sans aucune autre précision. Autant dire que ma curiosité est piquée", je résume en levant les yeux au ciel.

Kane a une infime grimace, celle qu'il a quand il se décide à faire un truc qui le stresse un peu. Genre sauter de la plus haute branche de l'arbre dans la rivière ou pour tenter un nouveau sortilège. Il lève les yeux du miroir et appelle : "Defné, Sibel, Zefir ! Venez dire bonjour à Iris... "

Il y a une petite bousculade. Kane prend un gamin de cinq ans, je dirais, sur les genoux. Une fillette un peu plus âgée s'appuie sur son épaule la tête penchée et Defné s'asseoit de l'autre côté. Je me dis qu'ils ont tous les trois des yeux clairs comme des pierres précieuses. Ceux des enfants sont plus bleus que ceux de Defné. Ses neveux peut-être est ma première idée. Est-ce que son frère n'est pas en prison ?

"Iris, je te présente Zefir et Sibel." Kane les désigne tour à tour. "Nous nous sommes rencontrés dans un camp en Italie... Defné et moi... sommes en train de les adopter... "

"C'est quoi "en train" ?", questionne le garçon en levant la tête vers mon frère.

"On les a adoptés", corrige Kane. "En train, ça veut dire que ce n'est pas totalement fini mais ça ne change rien, Zefir." Je vois bien que c'est aux enfants qu'il parle. "Et Iris, c'est ma sœur jumelle, c'est donc votre tante Iris... " Il continue.

Caël apparaît alors dans le cadre ne me laissant pas trouver quoi à dire. Il est légèrement essoufflé.

"Iris ! On est deux cousins de plus !", il me confirme avec un très large sourire. "Avec le bébé de Maman, on sera neuf ! En plus, ils parlent deux langues déjà... plus l'italien et l'anglais, du coup j'ai calculé, on parle six langues dans notre famille ! C'est pas trop la classe ?"

"Caël, je pense qu'on doit laisser Kane et Iris parler", intervient Harry. "C'est assez compliqué comme ça "

"Qu'est-ce qui est compliqué ?", veut savoir Caël tout en s'éloignant.

Kane a un sourire énorme dans les yeux. Pas de doute, la réaction de Caël est celle qu'il espère de moi aussi.

"Pour pouvoir les adopter, on va se marier", il enchaîne. "Très vite. Genre dès qu'on peut... sans doute à Venise... Même si on fera aussi une fête ici, bien sûr. Il faut que vous soyez là !"

J'ouvre la bouche et je la referme.

"Évidemment", j'arrive à articuler. Ma part ultra rationnelle se dit que jamais ma-mère-mon-commandant ne pourra me refuser un congé pour ça. Le reste de moi est totalement perdu. Sidéré par les nouvelles. Des tas de questions pratiques se formulent. Des craintes pointent leur tête. On se regarde et Kane voit sans doute tout ça dans mes yeux. Il se tourne vers Defné qui se lève.

"On va les laisser. Venez, on va jeter des cailloux... Dites-lui au revoir. Au revoir, Iris."

"Au revoir", articule très précisément la fillette - je n'ai pas retenu son nom, je réalise.

" Être Auror ? C'est elle ?", demande le petit garçon dont je n'ai pas mieux retenu le prénom. Bravo, Iris !"' 'revoir... tante Ris !"

"Tu vois, c'était compliqué à expliquer par message", reprend Kane en se levant et en marchant dans le sens contraire de sa... famille - j'imagine que c'est comme ça qu'il faut y penser.

"Dans un camp ?", j'arrive à questionner.

Kane a une infirme hésitation et opine. "Sibel est une fille de Lune, tu n'as peut-être pas eu le temps de le remarquer... On nous a appelés parce qu'ils ne savaient pas quoi faire d'elle... Elle a été mordue il y a dix-huit mois - ce sera demain sa dix-huitième transformation et la première avec de la potion... " Pas de mystère, le médecin est révolté par le manque de soins. Une petite louve, j'enregistre. Kane et la demi-mesure. "Leurs parents sont morts peu après cette morsure - les circonstances ne sont pas très claires. Zefir est juste un petit sorcier plein de vie, qui était terrifié parce qu'on voulait le séparer de sa grande sœur. Il voulait qu'elle le morde pour qu'on ne les sépare pas... En fait, elle a essayé, c'est pour ça qu'on nous a appelés... "

"Oh", je mesure lentement. La morsure de notre petit copain moldu pour qu'il devienne sorcier reste la plus belle connerie de Kane. D'autant fameuse qu'il l'a réellement faite tout seul. Je ne peux pas jurer que je l'en aurais empêché. Son raisonnement avait presque autant de sens pour moi que pour lui à l'époque, il faut bien le dire, sauf que moi, je n'avais rien fait. Voir Kane se faire autant gronder et surveiller après m'avait réellement attristé pour lui. J'avais l'impression d'être utilisée pour le punir et c'était vraiment pas facile pour moi d'avoir davantage de liberté que lui.

"C'est juste les circonstances dans lesquelles on les a rencontrés, Iris. La décision... la décision est plus... la décision est notre décision à tous les deux. Defné et moi. Nos raisons sont bien plus nombreuses", il s'échauffe, pas de mystère.

"Eh, j'ai rien dit", j'essaie. De l'autre côté de la table, Sam nous écoute les sourcils froncés. Je n'ai pas le temps d'enquêter sur ce qu'il peut penser du peu qu'il entend vraiment.

"Je sais ce que tu penses !", s'agace mon jumeau.

"Non, Kane, tu ne sais pas", je soupire en me levant à mon tour pour quitter le bar de la cuisine et me rapprocher de la fenêtre. "Ça me prend par surprise mais je ne... ", j'inspire en implorant Cerridwen de m'inspirer. "C'est votre projet à tous les deux. J'ai entendu. Bien sûr, les circonstances me... m'en rappellent d'autres... mais est ce qu'on ne peut pas penser aussi à Defné qui a perdu ses deux parents... Bref, c'est soudain, inattendu, mais... c'est plutôt une bonne nouvelle, non ?"

Kane me dévisage longtemps. Il n'est plus en colère mais il reste sur ses gardes.

"On flippe et on est excités en même temps... C'est un sacré défi mais... je veux croire qu'on va y arriver... Ça fait juste plein de trucs en même temps : Istanbul où les nouvelles sont contradictoires ; les potions ici ; les petits à qui il faut qu'on fasse une place... un mariage qui... Je te veux à côté de moi, Iris. Te défile pas, t'entends ?"

"Je n'arrive même pas à imaginer ce qui pourrait m'empêcher", je promets. "Papa et Mãe donc... ils savent ?"

"Oui, ils savent tout", il admet avec un calme qui me sidère.

"C'est bien."

Il a un rire nerveux mais joyeux.

"Papa, il veut venir - il ne parle que de ça. Si ce n'était pas la pleine lune, il serait là", il me raconte en passant la main dans ses cheveux. "Et Harry... Harry, il est... de très bon conseil. Pour nos recherches, bien sûr. Mais surtout avec les petits... il sait, il sent plein de choses qui nous échappent... On court un peu après tout... mais on se sent vivants... "

"C'est joli", je souris, touchée par ses derniers mots.

"Et toi ?"

"Je bosse", c'est le premier truc qui me vient. Inconsciemment, j'ai envie de mettre une main sur mon ventre mais je n'ai aucune raison, et c'est un peu triste. Ne pas être stupidement jalouse. "Pleins de dossiers complexes dont un qui m'amène à bosser avec Brunissande notamment : des magies élémentales qui produisent des harmoniques quand elles rentrent en résonance. On apprend à défaire cette résonance pour les affaiblir... " Je garde pour moi que pendant qu'il adopte des enfants malmenés par la vie, je me prépare à en affronter d'autres pour les arrêter. D'accord, ils devraient revenir dans leur famille en fin de compte mais il me semble que c'est quand même moins noble.

"Harry m'a dit", il sourit. "Faudra qu'on en parle quand vous viendrez. On aura nos premières expériences de mélange potions-musique à partager... "

"Et le procès Graves est terminé. Il est condamné et la semi-harpie sœur adoptive de Wagtail est, elle, innocentée", je suis contente et fière d'ajouter. "Samuel va pouvoir passer à autre chose."

"Oh", il commente quand il a recollé les différentes informations. "Ça finit bien ?", il vérifie. "Mãe et sa petite bande sont gentils avec lui ?"

"Pas trop méchants non", je souris à mon tour. "Il devrait être content de son affectation."

"On va pouvoir tous être à Venise sans problème alors !", il conclut.

"Dis nous dès que tu as une date", je termine. Je reviens à table pour affronter la curiosité de Sam. Je raconte le mariage proche et le projet d'adoption de deux enfants réfugiés de huit et cinq ans. "L'aînée est garou", je précise en n'ayant aucune idée de comment Sam peut le prendre.

"Et tes parents t'ont rien dit avant que vous vous appeliez ?", il vérifie. A priori c'est notre fonctionnement familial qui l'interroge.

"Tu voulais qu'ils me disent quoi ?"

"Te prévenir. J'ai bien vu que tu as... dit un truc qui lui a pas plu. Tu t'es rattrapée mais ça ne lui a pas plu."

"J'aurais dit ou réagi à peu près de la même façon si j'avais été prévenue", je décide après y avoir réfléchi. "J'ai en partie raison et c'est pour ça qu'il s'est agacé. Il avait peur que je réagisse comme ça. Il fallait qu'on affronte la question."

"Qui est ?"

Je soupire en regrettant d'en être là, à passer un des rares vrais moments de détente et de repos de mon week-end à devoir essayer de disséquer le fonctionnement de ma famille.

"Il y a longtemps, je t'avais parlé de Kane qui avait mordu un de nos copains moldus pour lui donner sa magie", je rappelle. Il opine les sourcils froncés. "Crois-moi, une grande partie des trucs compliqués que traîne Kane encore aujourd'hui sont là : culpabilité diffuse, impression qu'il doit se faire pardonner, guérir et réparer, refus de la complexité politique, certitude que Papa lui en voudra toujours... "

"Il adopte cette gamine pour... ? "

"Non", je l'arrête fermement. "Bien sûr que non. Comme il l'a dit lui-même, ce n'est pas un truc qu'il fait seul cette fois. C'est un projet commun avec une femme qu'il épouse et qui elle-même a perdu ses parents jeunes et qui a ses propres revanches et zones d'ombre à aérer."

Sam opine qu'il comprend et je le laisse ruminer pour manger mon dessert.

"Tu t'imagines... te demander si ton gamin n'a pas infecté un gamin moldu... en lycanthropie... te demander ça alors que tu as créé une fondation pour éduquer les garous ou que tu es Auror ?", il finit par reprendre suivant ses propres pensées sans doute.

"J'étais là. Je les ai vus totalement flipper. Et comme on n'était pas habitués - ils ont toujours été du genre qui a des solutions pour tout - on s'est sentis perdus... Kane encore plus que moi, j'imagine, mais moi aussi. Il a fallu que Harry et Cyrus engueulent Papa", je termine. Sam ne me croit pas et ça se voit. "Si, si, je te jure. J'entends encore Harry dire : c'est bon, tu nous as élevés, Cyrus et moi. Tu ne vas pas paniquer pour si peu... un truc du genre... Mãe a dit qu'ils nous faisaient le plus beau cadeau qu'on pouvait faire et, sur le moment, je trouvais assez flippant qu'ils viennent secouer Papa et qu'ils lui disent de punir Kane et de passer à autre chose... Maintenant, je mesure qu'il fallait ça et qu'ils avaient super raison. Chaque jour où Kane s'est demandé si Papa allait jamais lui reparler... ça rendait le truc encore plus énorme... Bon après... Ils se sont tous demandés à quel point Kane n'allait pas être retenté par des conneries du même type... et ils ont été tellement sur son dos... à lui répéter qu'il n'avait pas de mission spéciale à remplir... à avoir peur qu'il se fasse des idées de supériorité... qu'il ne faut pas totalement s'étonner qu'il commence toujours par s'excuser d'avoir des envies... "

"Finalement, vous êtes une famille de gens plutôt hors du commun, en termes de magie, de pouvoirs, de réalisations, qui se répètent à chaque instant qu'ils sont comme les autres", est la conclusion pensive de Sam. Je décide de faire le tour de la table et de profiter tout à fait normalement de mes dernières heures avant d'être officiellement de service.

ooo Samedi soir, Londres, Brigade

J'arrive à la Brigade pour trouver Hammond Hawlish qui était en charge de la surveillance avant moi avec Adrian et Theodor. On a été en contact de loin en loin dans l'après-midi. Ni Heathcote ni Mark ne sont arrivés.

"Tu es en avance, Iris.", m'explique Hammond. Theodor se force à me saluer sans un mot et Adrian murmure "un bonsoir, Auror Lupin" qui est bien timide. S'il est appelé à venir traîner à la maison dans le sillage de Sam, il serait sans doute mieux qu'il se détende mais j'imagine que j'ai acquis une nouvelle réputation. "On finissait le rapport".

"Un truc spécial dans ce rapport ?", je m'enquiers volontairement souriante pour essayer de détendre l'atmosphère.

"Rien qui n'ait un rapport avec l'Avant-garde, tu verras", estime Hawlish. "Quand ton équipe sera là, je resterai un peu pour transmettre des trucs sur notre procès à Wintringham. Sauf si tu t'opposes, évidemment."

"Je ne vois pas à quel titre", j'indique. Je ne dis pas que je voudrais que Hammond agisse comme s'il était mon ami mais on pourrait tous se détendre.

"Tu pourras nous donner ton avis sur la stratégie", il se risque. Comme je ne me trouve aucune raison de refuser - mon rôle, mon rang, du temps, une envie de détente générale -, j'opine.

"Tout le monde a été sage ?", je questionne néanmoins et ça amène un sourire entendu à Hawlish.

"Rien à redire, Auror Lupin. Je ne sais pas s'ils savaient que c'était toi derrière avant qu'on ne parle du rapport de transmission mais rien à redire."

Theodor décide que c'est le moment de carrer ses épaules et de se lancer : "Je... Auror Lupin-McDermott, je tiens à te présenter mes excuses... Mon comportement était déplacé... peu professionnel... ça ne se reproduira pas."

Je constate avec un certain agacement qu'il a les intonations de son père sauf que je n'ai jamais vu Carley s'excuser avec autant de tremblements de la voix - même devant ma mère ou Kingsley Shacklebolt. Ce qui m'agace en fait, c'est que j'ai pu et dû renvoyer exactement le même genre d'images. Peut-être toujours.

"Excuses acceptées", je commence lentement dans le silence tendu qui suit. Je pourrais remettre plus tard mais autant crever l'abcès. "Je peux t'enlever Paulsen, Hammond ?"

"Si tu veux... Je n'ai rien à redire", insiste Hawlish. Me voilà avec une réputation qui n'a plus rien à envier à Sam, je rumine.

"J'ai entendu, Hammond. Je promets que j'ai entendu. Je voudrais qu'on profite de ce petit moment pour avoir une conversation, lui et moi. Un truc où je le laisserai parler", je rajoute en essayant la complicité. Hawlish hoche la tête prudemment.

"Je termine de relire et Boot va surveiller la sphère pour nous tous", il m'annonce.

"Très bien, Hammond. Merci Adrian", je prends soin d'ajouter avant d'entraîner un Theodor un peu pâle dans une salle d'interrogatoire dont je ferme la porte que je renforce d'un sort d'assourdissement.

"Je suis désolé si ça t'a paru insolent de m'excuser", il essaie. Bon, il a commencé à réfléchir, je me dis.

"Non, c'est bien vu de t'excuser. Pour tout dire, je ne l'espérais pas, donc bien joué. Mais si tu veux aller jusqu'au bout de cette bonne idée, je ne suis pas la seule auprès de qui tu dois t'excuser."

"Mark ?", suppose Theo dans un soupir.

"Et Cassia. Ça serait une bonne base pour la suite."

"Je le ferai, Auror Lupin", il m'affirme. Un peu raide mais a priori sincère.

J'hésite à lui dire de laisser tomber le titre et je décide de ne pas avoir l'air de minimiser ses efforts pour être avant tout professionnel. C'est compliqué pour lui de trouver une bonne posture et je sais tous les pièges de la fausse camaraderie. Reste notre relation.

"Tu m'en veux ?", je questionne donc très directement. Il a l'air scandalisé de ma question et de ne pas se faire confiance à me répondre avec des mots. "J'espère que tu finiras par te mettre à ma place", je soupire. "J'aurais vraiment préféré ne pas me sentir obligée de te passer un savon devant témoins. J'aurais préféré ne rien n'avoir de cet ordre à te dire avec ou sans témoins. Mais je pensais chaque mot. "

Il hésite, j'attends et il sait que je sais attendre.

"Clairement, tu n'y es pas allée de main morte... Auror Lupin... Je... On m'a répété qu'il fallait que je joue le jeu et fasse preuve d'humilité... que tu étais passée par là bien plus que je ne l'imaginais... Je vais... essayer", il termine la mort dans l'âme, je l'entends.

"Tu sais ce qui m'a agacé le plus, Aspirant Paulsen ?", je décide de lui demander.

Il secoue la tête.

"Qu'ils n'osent pas te dire de la fermer", je lui apprends. "Que tu aies envie de frimer, que tu te trompes, ou pas, quelque part, n'importe qui pourrait faire ça. Sauf que beaucoup ne te traitent pas comme n'importe qui. Et c'est un bien mauvais service à te rendre. Un Hawlish, un Finnigan, un Samuel, une Forrest, une Franny James, crois-moi, ils ne se seraient peut-être pas arrêtés à te faire honte", j'insiste en ayant bien pris soin de mettre sa future mentor dans la liste.

"Je n'aurais... j'aurais sans doute fait davantage attention à mes mots", il formule prudemment.

"Comme c'est courageux de faire son malin devant des aspirants", je contre facilement.

Il détourne les yeux. "Ça m'enlève mes derniers scrupules", je rajoute en sachant très bien qu'on touche au fond du problème.

Je garde pourtant pour moi que je sais qu'il n'a pas toujours fait preuve de retenue devant Wintringham... Theo a sans doute un bon instinct pour les faiblesses des autres... Mais je dois laisser une chance à Wintringham. J'espère qu'il osera remettre Theo à sa place s'il continue. S'il ne le fait pas, ce n'est pas Theodor que j'engueulerai cette fois.

"Je réitère mes excuses", finit par soupirer le filleul de ma mère. "J'ai eu l'impression d'avoir quinze ans et d'avoir ramené un bulletin calamiteux tellement ils m'ont engueulé ! Je ne sais pas comment tu fais pour avoir une relation professionnelle avec ta mère. Moi, j'ai l'impression qu'ils ne me prendront jamais au sérieux !"

"Crois-moi cette relation, on a bossé toutes les deux pour l'établir", je réponds radoucie parce que c'est un point où je ne peux que sympathiser. Merlin, un parent m'a bien suffi ; deux ? Je n'aurais pas eu le courage. Faut peut-être un Gryffondor pour s'y risquer. "Ce qu'il faut accepter - et je sais combien c'est dur - c'est que tu ne peux que t'écraser, Theo."

"Tu es partout, Iris. On ne parle que de toi !"

"Crois-moi, c'est tellement récent que je flippe encore quand je m'en rends compte."

Theo me regarde longuement, entre scepticisme et espoir, je dirais.

"Je ne sais pas si je saurais", il lâche.

Je décide d'en rire et de lui tendre la main. Il la prend.

"Viens, faut que je surveille mon équipe."

Quand on revient Heathcote et Hammond sont dans leurs dossiers et Mark a rejoint Adrian qui n'ose sans doute pas partir sans Theodor. Les policiers vaquent à leurs occupations sous la direction de Stanley Halter. Je note qu'Olivia fait partie de l'équipe. Les têtes se lèvent et les conversations s'arrêtent à notre entrée. Il faut rendre à Theo de savoir leur faire face avec une assez bonne grâce. Je vire vers Hammond et Heathcote. Il rejoint Mark et Adrian.

"Tu lui as encore tiré les oreilles ?" veut savoir Heathcote.

"Pas exactement. On a discuté de la difficulté d'être un rejeton fameux et d'apprendre la patience", je lui réponds.

"Tu crois qu'il va suivre ta voie ?", questionne Hammond.

Je hausse les épaules. "Et si vous me parliez plutôt de votre stratégie ?"

Ils se relaient pour le faire et, franchement, je me dis que c'est un tandem qui va fonctionner. Ils se complètent étonnamment bien. Je me laisse prendre par la conversation et je perds de vue ce que font les jeunes comme l'heure jusqu'au moment où Mark nous interpelle :

"Iris, Heathcote ! Hardin, le fabricant de Scrutoscope ! Il est dans la Cheminée. Ils ont encore été cambriolés !"

Je regarde autour de moi en pesant mes options. Tout jouer sur les Highlands, c'est prendre un risque. Aller en nombre insuffisant, s'il s'agit de l'Avant-Garde, c'est un autre type de connerie.

"Je peux rester, Iris" souffle Hammond. Je dirais qu'il ne demande que ça. "Eux aussi", il rajoute avec un coup de menton vers Adrian et Theo.

"Faut surveiller la zone", j'annonce, tout le monde opine. "Magie, mouvements, la totale. J'ai besoin de deux policiers, Halter."

Stanley Halter regarde ses troupes et il désigne ceux que j'aurais désignés - une jeune fille maligne et un gars ayant plus de bouteille. J'évite de me demander ce qu'ils seront en capacité de faire s'il s'agit de l'Avant-Garde ou de vérifier que Mark n'est pas nerveux.

"Brian, Olivia, Heathcote, Mark, on y va", j'annonce.

oooo

Policiers présents : Sergent Stanley Halter, Agent Brian Goodlife, Agent Olivia Miller (amoureuse de Mark)

Aurors présents : Hammond Hawlish (R4, ancien ennemi d'Iris), Adrian Boot et Theodor Paulsen (Aspirants), Heathcote Winthringham (R4, ami et second de Iris), Mark Wang (Aspirant d'Iris)