Chapitre 64 :
Je ne parle pas aux cracmols
Harold pressa le pas, suivant scrupuleusement la carte des loups que les jumeaux Black avaient dupliqué pour chaque Redwood et il arriva une minute avant le début de son tout premier cours de magie… avec les 1ères années. Il avait quinze ans, bordel ! N'y pensons pas trop, d'accord ?"Bonjour, enchanté. Je m'appelle Harold et toi ?"
"Je ne parle pas aux cracmols." répliqua sèchement la petite Serdaigle aux cheveux noirs.
Harold pâlit légèrement sous l'insulte mais il garda la tête droite et le menton relevé avec fierté.
"Premier cracmol au monde à étudier dans une école de magie. Je suis une célébrité, tu vois ?"
"Je ne parle pas aux cracmols." répéta-t-elle sur le même ton.
La porte grinça en s'ouvrant et elle s'empressa d'aller dans la vieille salle de classe avec ses amis. Les autres restèrent dehors pour discuter, indifférents au cours qui commençait.
"Euh... salut. T'es un Poufsouffle, toi, c'est ça ?" demanda naïvement Harold.
Sa question était si bête... il allait forcément lui répondre, ne serait-ce que pour le remettre à sa place.
"Je ne parle pas aux cracmols." dit-il.
"Je ne parle pas aux cracmols." répéta un autre poufsouffle.
"Je ne parle pas aux cracmols."
"Je ne parle pas aux cracmols."
"Je ne parle pas aux cracmols."
Ils passèrent devant lui, les uns après les autres et semblaient très agacés de devoir rentrer à l'heure dans leur salle de classe. Ce cours ne pouvait pas être siii horrible que ça, n'est-ce pas ? Harold avait longuement étudié l'histoire de la magie comme un sang-pur bien élevé et certaines histoires de batailles étaient fascinantes.
"… l'histoire des gobelins d'Asie qui ont à ce jour entièrement disparus. Observés pour la première fois en l'an 980 avant Merlin, le gobelin d'Asie le plus connu s'appelait Grrwitembüeh'thalliah nek Saalembourgardth, faites bien attention à l'orthographe de son nom qui s'écrit comme Grewitemburg'thallia nek Salemhbourg que l'on a étudié il y a de cela trois mois mais avec deux R, un H et… un autre H, évidemment puis deux A mais n'oubliez pas de retirer le dernier H bien qu'il finisse par un H. Ce gobelin qui répondait au nom de… Ah. Non, attendez, j'ai oublié de vous signifier pour les quelques cancres en noms gobelins que ça se termine comme ça se prononce : A.R.D.T.H. mais j'ai déjà signifié qu'on finit d'écrire ce nom par un H alors ne doublez pas le H. L'exception concerne les gobelins nés un soir de lune, je ne le répéterai pas. Doublez systématiquement le H quand le gobelin est né sous une lune. Pleine mais on en a déjà parlé."
"Monsieur ! J'ai pas noté…" s'affola Harold.
Il sortit expressément son parchemin et un stylo bic pour noter le nom beaucoup trop compliqué du gobelin Grewitegeleuuuh… non, c'est pas ça. Grewi-tambour-tallia-ne… euh… euh...
"Vous pouvez répéter ? S'il vous plaît, je suis nouveau."
"Grrwitembüeh'thalliah nek Saalembourgardth naquit en l'an 70 durant la période Rouge." l'ignora le fantôme. "Il est connu pour avoir remporté la bataille de Sh'aalaki Paternem Krolililililinambourtatiis II et aussi la Grande Guerre du Tigre Royal. Mais avant tout ça, il était fleuriste. C'est assez peu connu. Son Père, Tchelaah'kaa VI a racheté le commerce de fleurs de son oncle, Geht'aalabis Huii Sesiscink IV qui l'a lui-même gagné dans une partie de carte contre Podonem'nouillauthom. La boutique a été créée en l'an 6 ou 7 ou 8, les historiens ne sont pas sûrs. Le consensus veut qu'on date en l'an 6 mais c'est un jeu de pouvoir qui ne devrait pas exister… je veux des faits donc ne me dites jamais que cette boutique a été créé en l'an 6 ! Jamais !!!"
La main d'Harold se crispa sur son stylo… crampe, en moins de cinq minutes de cours ! Comment allait-il tenir jusqu'à la fin ? Surtout qu'il n'avait toujours pas compris le nom de Gre-machin-chose… sans parler des autres ! Il avait étudié l'histoire des sorciers pas l'histoire du commerce de fleurs de truc-muche le gobelin asiatique.
"… les fleurs de cerisiers coûtaient 3 gallions à l'époque, rendez-vous compte ! La vie était moins chère avant, paraît-il... HaHa. La bonne blague. Avant oui mais avant quand ? On peut dire tout et son contraire, à ce compte-là."
"Où est-ce que vous voulez en venir ?" demanda Harold.
"NOTEZ !!!" exigea le Professeur Binns, excédé. "Del'atlassehoùsh huijia'd, fils par alliance de Beragouin Le Grand qui est le cousin de H'osipalitium Faricculas'eh at Nekalaam, deuxième du nom. C'est noté ?"
"Comment ça s'écrit ?"
"Exactement comme H'osipalitium Faricculas'eh mais avec at Nekalaam, au bout. Un K et deux A à Nekalaam, bien sûr."
"Bien sûr." grommela Harold.
"Tout ce que vous devez retenir c'est que ce commerce de fleur a été un fiasco total... Grrwitembüeh'thalliah nek Saalembourgardth a dû vendre la boutique familiale. C'est pour ça qu'on n'en parle plus, d'ailleurs. Alors n'écrivez pas ça dans vos parchemins. C'était une petite anecdote pour votre culture générale."
Harold avait commencé à tracer un arbre généalogique pour s'y retrouver... il cassa la mine de son crayon sous le choc. C… culture… gé… générale ?! Mais... mais... mais ça voulait dire que... que...
"Est-ce que vous êtes en train de me dire que tout ce que j'ai écrit après 'la Grande Guerre du Tigre Royal' n'a servit à rien ?"
Il comprenait mieux pourquoi tout le monde l'ignorait, lui et le Professeur Binns… enfin... peut-être pas LUI, en particulier mais cette espèce de professeur incapable de séparer le cours d'une anecdote et qui prononçait mot trop complexe sur nom imprononçable sans jamais s'arrêter pour les épeler… AAAGH !!!
"Je vous dirais bien d'aller crever mais premièrement, je vous ai la moitié de ma semaine à la place des cours de sortilèges et métamorphoses et puis aussi... mmmh ? Un petit détail qui m'échappe…" il fit mine de réfléchir. "Ah oui, c'est vrai : VOUS ÊTES DÉJÀ MORT !!!"
"Je suis déjà mort..." répéta le Professeur Binns d'une voix fatiguée. "Je… je suis… est-ce que je suis mort ?!"
Paniqué, il bougea la tête de haut en bas et puis de bas en haut avant de répéter :
"JE SUIS MOOORT ?!!!"
… et il disparu dans un petit nuage de fumée.
Silence.
Un grand silence tomba dans la salle de classe.
"Qu'est-ce que t'as fait ?!" s'écria l'un des élèves, perdu.
"Je… je lui ai juste dit qu'il était mort. C'est tout." répondit Harold. "Enfin c'était évident... personne ne lui a jamais dit ou quoi ?!"
"C'est très incorrect de signifier à un fantôme qu'il est mort !" s'indigna l'un des poufsouffles. "Même si c'est vrai... c'est souvent le cas, d'ailleurs."
"Binns est mort ?" s'enquit une née-moldue au nez plissé. "T'as tué le Prof d'histoire de la magie, Harold ?"
"Plutôt vaporisé…" répondit prudemment le Redwood. "Il était déjà mort de toutes les façons."
Il y eût un silence. Un autre. Un très très long silence… de mort. Puis un applaudissement. Et un autre. Et un autre. Toute la salle de classe s'était levé, enjouée et criait :
"HAROLD ! HAROLD ! HAROOOLD !!!"
"Youhouuu ! Gloire à Harold le Cracmol !!!"
"Ah bah enfin." s'exclama Harold, satisfait.
"VIVE HAROLD LE MAGNIFIQUE !!!"
-Fin du 64ème chapitre-
…à suivre…
