Chapitre 30 : Le passé revient me hanter.

Heureux ceux qui n'ont jamais rien fait et qui n'ont pas d'avenir, ils ne risquent pas d'être rattrapés par leur passé – Bouvard.

Nous passâmes de merveilleuses vacances. Mes parents adoraient Edward, comment ne pas l'aimer aussi ? Il était tellement gentil.

Il prétendait bien dormir sur ce matelas mais je savais qu'il avait mal au dos. Je lui avais déjà fait un massage. Il ne dit cependant rien, restant respectueux, courtois, et reconnaissant même.

Il me posa davantage de questions sur moi et mon passé à Forks. Je lui racontais tout, ce n'était pas grand-chose.

Nous avions décidé de nous balader dans le parc en ce troisième jour. Un peu de temps à nous deux nous ferait du plus grand bien.

Nous nous installâmes sur une petite nappe posée par terre, le soleil brillait, il faisait délicieusement chaud. Edward était magnifique, comme à son habitude. L'été lui allait merveilleusement bien. Son t-shirt épousait les formes musclées de son torse et je n'avais jamais vu quelqu'un aussi bien porter les shorts. Je me sentais mal à l'aise dans mon mini short et un petit top alors je mis un chandail jaune à fleurs.

Edward me regarda avec son sourire tordu. Je l'interrogeais du regard.

« Tu n'as pas besoin de ça, tu es magnifique, » dit-il en me prenant dans ses bras.

« Je ne te crois pas. »

« Tu ne finiras pas le faire. »

« Je ne pense pas... »

Il m'embrassa le front.

« Alors je te le répèterai jusqu'à ce que ça rentre dans ta petite tête ! »

Je me couchais sur lui quelques minutes. Le temps passait et j'appréciais la délicieuse brulure du soleil sur ma peau. S'il y a bien une chose qui me manque à Dartmouth, c'est ça.

« Tu sais ce qui serait parfait ? » demanda-t-il.

« Dis-moi. »

« Une bonne glace ! » sourit-il.

Il tourna la tête pour regarder autour de nous. Il y avait une petite camionnette non loin, comme toujours.

« Je peux aller en acheter une, dis-je. Que veux-tu ? »

« Tu ne veux pas que j'y aille ? »

« Non, garde les affaires. Je m'en charge. Tu veux quoi ? » souris-je.

« Vanille et chocolat, s'il te plait. »

Je pris mon portefeuille et parti. Heureusement, il n'y avait personne et j'eus rapidement ce dont j'avais besoin. Je retrouvais rapidement mon petit-ami.

Au plus j'approchais de notre emplacement au plus mon cœur commençait à battre rapidement. Non seulement il n'était plus seul, trois filles l'avait rejoint, mais en plus je reconnus leurs silhouettes.

J'avançais à reculons, une boule dans la gorge et une subite envie de vomir. Rien ne pouvait m'arriver, j'étais avec Edward. Il avait promis de rester avec moi... Il l'avait promis.

J'arrivais donc lentement, timidement, près de lui et lui donnai sa glace. Il me sourit et me remercia poliment. Les filles faisaient comme si je n'étais pas là et continuèrent leur conversation. Je ne pense pas qu'il eut remarqué mon visage livide.

« Donc, ça serait vraiment, vraiment, sympa qu'il y ait des gars sexy à la soirée mousse, tu comprends ? Personne ne manquerait ça. »

Jane, la plus grande des deux blondes, chuchota à l'oreille de Lauren, la brune qui venait de parler. Nous n'entendîmes pas ce qu'elle dit mais ça la fit réagir. Jessica, la troisième et plus petite fausse blonde, me regarda de haut et je baisais les yeux. Ma glace commençait à fondre mais j'avais trop mal au ventre pour la manger.

Edward me regarda, lui aussi. Penaud, il me demanda silencieusement si j'allais bien. Je ne répondis pas et évitai le contact avec lui.

« Je suis désolé, » dit-il, « je pense devoir refusé votre invitation. »

Condescendante, Jessica leva un sourcil et me reluqua.

« Oh, mais pourquoi ? » demanda Lauren.

Je voyais Edward complètement perdu dans l'échange. Elle continuait à faire comme si je n'existais pas et draguait ouvertement mon homme en plaçant ses mains dans ses cheveux et en le reluquant ainsi.

« Je ne pense pas que Bells voudrait y aller, » répondit-il en me regardant confus.

« Oh, » dit Lauren comme si elle venait de remarquer ma présence. « Mais, elle n'est pas invitée, ajouta-t-elle comme si c'était une évidence. »

C'était trop, je ne pouvais plus tenir et il fallait que je partes. Je ne peux plus supporter ces regards et ces remarques. Je ne suis personne, je ne vaux rien, je l'ai bien compris depuis presque cinq ans maintenant. Pour une fois que je me sentais importante aux yeux de quelqu'un il fallait qu'elle me le pique !

Je ne mérite pas le bonheur.

Je me levais mais, dans ma hâte, je me fis un croche pieds et retombais sur mes mains. Edward se mit rapidement à côté de moi et me releva.

« Ça va ? » demanda-t-il.

Oh non, j'avais pris la glace dans ma chute et mon gilet était sale. Oh non...

« Ah ! rit-elle. C'est pour ça que tu ne mangeais rien à l'école, tu en fous partout ! »

Lauren et ses répliques cinglantes...

« 'La Tomate' est bien de retour on dirait. Franchement, tu devrais faire plus attention, » répliqua Jessica.

Je me mordis la lèvre, je n'avais jamais su répondre quelque chose et quand je le faisais, elles arrivaient toujours à me rabaisser encore plus alors je subis... Rougissant, en plus.

Edward ne leur prêtaient aucune attention et m'aida à retirer mon chandail.

J'arrivais à voir Jane rouler des yeux au ciel. Elle, elle ne disait pas grand-chose mais son langage non verbal suffisait amplement.

« Bon, tu viens ? Comment tu t'appelles, encore ? Edward ? »

Je ne pouvais plus bouger, j'étais pétrifiée. Allait-il partir avec elles ?

Il rangea le vêtement dans le sac à dos. Il me prit la main et mit sa main sur ma joue. Je ne pouvais le regarder et détourna la tête.

« Bells, mon amour, ça va ? »

« Quoi ? Edward ? Tu ne vas quand même pas nous abandonner pour ça, » cria Jane.

Je pouvais entendre le mépris dans sa voix nasillarde. J'essayais de retenir mes larmes.

« Pff, elle va encore pleurer, » répondit Lauren. « Regarde-moi ça, ça joue les victimes. Dis, Bells chérie tu as oublié tes médicaments ? La prochaine fois essaie de ne pas te rater ! »

« En plus de son anorexie, tu as bien vu ? Elle n'a pas beaucoup changé, » renchérit Jessica.

« Tu mérites quand même mieux, chéri... » dit la brune à Edward, tendant sa main vers ses cheveux, les touchant.

La poigne de Edward sur ma main se fit encore plus forte et il se retourna vivement vers les filles.

« Je ne viendrai pas. Au revoir. »

« Mais allez, s'il te plait, nous savons nous amuser, tu sais... »

Lauren s'approcha de lui et avança sa main vers son torse musclé. Il réagit rapidement et remballa nos essui de plage dans le sac à dos.

Il prit sa glace – fondue – et jeta mon pot dans une poubelle. Il m'entraina plus loin, j'étais encore tétanisée et apeurée. Je ne voulais pas qu'il sache, mais je n'avais pas pu prévoir cette altercation...

Il trouva un petit coin isolé, et nous nous installâmes près de petits arbustes. Il m'assit sur ses genoux et plaça ma tête contre son cou.

Je me mis à pleurer.

Il soupira et me cajola lentement, tendrement.

« Je suis désolée, » soufflais-je.

« Pourquoi ? Ce qu'elles ont dit n'était pas mérité, Bells. Ces... Ce sont les filles de ton ancien lycée. »

« Oui... »

« Et... Elles te faisaient ça tous les jours ? »

« Presque... »

Il me resserra plus fort contre lui et déposa un doux baiser sur mes cheveux.

« Et encore, elles ont été gentilles... » pleurnichais-je.

« Pardon ? » dit-il, étonné, sidéré même.

« Elles ne m'ont pas trop insultée et elles ne m'ont pas touchée. »

« Je ne leur aurait jamais laissé faire. »

Il me consola gentiment, attendant que mes yeux se vident de leurs larmes. Au bout de quelques minutes, il interrompit le silence.

« Je me demandais quelque chose. »

Je ne répondis pas. Il poursuivit.

« Quand elle parlait des médicaments... »

Mon cœur se serra. Je ne voulais pas qu'il sache, je ne voulais pas lui dire. Il va me prendre pour une folle suicidaire et il va me quitter. Je m'en veux terriblement...

« Promets-moi juste une chose, Bells. »

« Oui, » soufflais-je.

« Quoi qu'il arrive, continues à vivre. S'il te plait. Pour moi. »

Je pris une grande inspiration.

Il avait une grande intuition, parfois je sentais qu'il pouvait lire en moi. Je ne pus que lui le lui promettre, ses yeux verts me suppliaient.

« D'accord, j'essaierai. »

Il m'embrassa sur le front.

« Merci. Je t'aime, plus rien de mal ne doit t'arriver. Tu mérites le bonheur et je suis heureux de t'avoir près de moi. »

J'agrippais mes bras à son cou et lui chuchotais « merci » à l'oreille. Il me serra fortement dans ses bras et je me laissais aller contre lui.

Après cela, nous avions recommandé de nouvelles glaces. Il avait tenu à payer lui-même, comme les anciennes étaient bonne pour la poubelle. Nous avions oublié le monde et restés tous les deux.

Je pense qu'il a dû comprendre bien plus de choses que ce qu'il laisse paraitre. Il semblait avoir compris pour mes tentatives de suicides, enfin, il savait qu'une seule m'avait emmené à l'hôpital. Il ne savait pas, et ne saurait sûrement jamais, que je cachais des calmants dans ma chambre à l'université.

Il en savait plus sur mon passé, mes tortures au lycée. Il ne me jugea pas. Je sus qu'il ne ferait rien. Il comprenait, il comprenait toujours tout...

Lorsque nous sommes rentrés à la maison, j'avais trouvé un bout de papier dans le sac à dos. Un numéro de téléphone. Avec un nom – Lauren. Je ne sus s'il l'avait accepté ou si elle l'avait mis dans le sac lorsque nous ne regardions pas mais je le jetais.

Le soir même, j'étais allé le rejoindre dans le bureau. Je ne voulais pas qu'il sorte, qu'il fasse le mur ou quelque chose. Je ne comprenais toujours pas ma jalousie soudaine.

Il ne fit rien, sembla heureux de m'avoir près de lui. Je voulais lui faire confiance donc peut-être qu'il avait toujours voulu refusé. Ne pas y aller sans moi à la soirée, quelque chose du genre.

Nous étions restés ensemble jusque deux heures du matin, avant que je ne m'endorme et qu'il me ramène dans mon lit.

Dans l'avion du retour, je lui fit part de mes craintes par rapport à ma mère.

« Je ne sais pas, elle semble... Plus absente. Moins présente avec mon père en tout cas. Elle est plus sur son téléphone et reste de moins en moins avec lui. Ça m'inquiète un peu... »

« Moins présente ? » dit-il abasourdi.

Je ris.

« Oui, étrange intuition, pas vrai ? Avec mon père en tout cas. Avec moi elle est normale. Enfin, c'est étonnant qu'elle ne t'ai rien dit de trop embarrassant sur moi. Je m'attendais à tellement pire ! »

Il rit suite à ma dernière remarque puis sembla médité ma réponse.

« Tu penses à quoi ? Qu'elle veut le quitter ? »

« Je m'imagine le pire. »

Le téléphone. Les coups de fils inattendu, l'air de rien de la part de mon père. C'était la même chose juste avant de déménagé. Je m'attends au pire. Vraiment le pire.

« De toute façon, connaissant ma mère, elle finira par exprimer ce qu'elle a en tête. » conclus-je.

Nous finissions ce trajet entremêlés dans les bras l'un de l'autre. Moi, dans mes pensées.

Cette peine me déchirait le cœur. Les filles m'avaient fait plus de mal que ce que je montrais à Edward. J'étais revenue presque un an en arrière, traumatisée encore par ces adolescents.

Je repensais à James et ses amis. Lauren et ses répliques.

Ces rumeurs.

Je retins mes larmes, ne pensant qu'aux bras d'Edward autour de moi et au plaisir que je ressentais près de lui.

S'il était là, je pouvais faire face. Tant qu'il reste avec moi...

Comme s'il avait su lire dans mes pensées, il m'attrapa la joue et m'embrassa amoureusement les lèvres.

Je souris.

« Je t'aime », dit-il.

« Je t'aime. »

Si tu savais à quel point... tu t'enfurierais surement.