Bonjour à tous !
J'espère que vous allez bien.
Je tiens tout d'abord à vous présenter mes excuses, je sais que je n'ai pas répondu à certains de vos commentaires et j'en suis absolument navrée. J'ai eu quelques bugs informatiques, je ne sais pas s'ils viennent du mon pc, du site, que sais-je... mais sachez que le cœur y était malgré tout et que j'ai été très heureuse de recevoir vos retours que j'attends toujours avec impatience ! Je répondrais aux prochains sans faute, on ne perd pas les bonnes habitudes !
En dehors de ça, voici le nouveau chapitre, un chapitre de transition, vous savez à quel point je déteste ces chapitres x) Mais j'ose espérer que celui-ci vous plaira tout de même.
On avance un peu dans le temps, on est enfin en Juin, le bac approche et son lot d'ennuis.
Enfin bon, je n'en dis pas plus et je vous laisse découvrir ça.
Je vous remercie tous infiniment de continuer à me lire avec tant de fidélité. Je vous embrasse, et vous dis à vendredi prochain !
Tendrement,
Lou De Peyrac.
Chapitre 34 :
Et peu à peu, le temps fila sans que personne ne s'en rende compte. Bien vite, les examens approchèrent et le lycée se vida. Nous étions à présent début juin, les jours se réchauffaient pour que les Secondes profitent de leurs vacances prématurées, jalousés par les Terminales qui devaient encore fournir un dernier effort, ce pour quoi ils avaient travaillé toute l'année.
Les profs, ces dernières semaines, avaient été pour la plupart tendus mais tentaient de rester bienveillants, accompagnant au mieux leurs élèves dans cette ultime épreuve. Même s'ils essayaient de le retenir, le temps filait entre leurs doigts et bientôt, d'autres élèves remplaceraient ceux-là. Puis encore d'autres, et encore d'autres… tel était le métier d'enseignants. Les visages dans les couloirs changeraient, les figurants se succéderaient, mais l'histoire resterait inchangée. Celle de ces adultes qui consacraient leur vie à guider des enfants dans l'espoir qu'ils les remplacent un jour.
Et aujourd'hui, en ce dernier jour de cours, c'est une nouvelle page qui se tournait. Une certaine mélancolie traînait des pieds dans les couloirs. Les élèves ressentaient un mélange indescriptible de sensation. La joie de quitter cet établissement pour de bon, la tristesse de quitter ce même établissement pour de bon, la crainte de ne plus être tout à fait des adolescents, l'appréhension de ne pas encore être des adultes non plus.
En ce vendredi, les cours furent mis entre parenthèses, et les professeurs, qui peinaient parfois à laisser partir ces jeunes gens qui les exaspéraient pourtant tellement, se contentaient de leur donner les derniers conseils avant la semaine d'examen qui les attendaient.
N'oubliez pas vos convocations, revenait le plus souvent. Et votre pièce d'identité ! Pensez à prendre une montre, les portables seront interdits. En passant bien sûr par : Prenez le temps de vous relire. Pour finir par : Ne paniquez pas et tout se passera bien.
En histoire, Fredicksen leur avait passé un film s'intitulant Joyeux Noël, un long-métrage de 2005 racontant que, durant la guerre de 14-18, à l'approche de Noël, les soldats de tous camps confondus avaient choisi, pour célébrer cette fête, de réaliser l'impensable. En effet, le film mettait en scène la trêve de Noël. Ce jour, où, pour un jour seulement, Français, Allemands et Ecossais avaient déposé les armes, réalisant que cette guerre n'était que folie, et avaient partagé une cigarette et un chocolat avec l'ennemie qui finalement ne l'était pas tant que ça.
Nombreux furent les élèves qui avaient versé une petite larme face au chef-d'œuvre que leur avait offert aujourd'hui le vieux Fredicksen et Mak s'était dit qu'elle n'avait jamais autant apprécié un cours d'Histoire.
Fort heureusement, en Art, la bonne humeur persistante de Rider avait su guérir le cœur à vif des jeunes gens. L'enseignante avait répondu aux dernières questions qui persistaient et avait davantage papoté avec ses élèves que tenu un véritable cours.
En dernière heure, en Philo, une appréhension avait pointé l'esprit de Mak. Alors ça y est, elle y était, son dernier cours avec Elsa. Mak n'avait eu aucun contact avec elle en dehors de la salle 206 depuis leur rupture. L'adolescente avait séché environ deux semaines de cours. Mais étant donné qu'elle était passée maître dans l'art d'imiter la signature de sa mère pour remplir ses mots d'absences, personne ne s'était posé de question. Elsa n'avait pas cherché à la contacter pour lui faire une quelconque leçon de morale et elle lui en était reconnaissante.
Puis doucement, l'adolescente était revenue en cours, et même si Elsa ne lui parlait toujours pas, elle l'avait tout de même accueilli d'un léger sourire. Ce sourire l'avait rassurée bien plus que ce que l'enseignante ne l'imaginait et Mak avait pu, grâce à ce sourire, trouver la force de rattraper son retard.
Depuis, Mak vivait dans l'attente. Dans l'attente que ce sourire s'élargisse et qu'Elsa accepte enfin de revenir vers elle. Elle espérait d'ailleurs, après le bac, pouvoir lui parler. Lui dire qu'après le bac, elles n'auraient plus rien à craindre, et si elle voulait encore d'elle, pourquoi pas retenter de faire d'elles, quelque chose de beau.
Aujourd'hui, Elsa, comme ses collègues, avait laissé le cours de Philo de côté et autorisait ses élèves à faire ce que bon leur semblait tant qu'ils ne faisaient pas trop de bruit. Elle, se contentait de passer dans les rangs et de faire un point, individuellement, avec chacun de ses élèves, connaissant leurs points forts et leurs points faibles.
Prenez garde aux fautes d'inattention, disait-elle à l'un. N'allez pas trop vite dans votre raisonnement, disait-elle à un autre. Pensez à développer toutes vos idées, conseillait-elle à un troisième, toujours extrêmement professionnelle.
De son côté, Mak discutait avec Kuzco et Esméralda qui avait retourné sa chaise pour leur faire face. Le menton reposant dans la paume de sa main, un coude sur la table, Mak griffonnait distraitement une feuille de papier en écoutant les bêtises que ses amis débitaient.
- Vous partez pendant les vacances ? Demanda Esméralda.
- On va peut-être essayer d'avoir le bac avant de partir en vacances, tu crois pas ? Répondit Mak sans relever les yeux de sa feuille.
- Il faut absolument que j'ai cette saloperie ou mon père va me tuer, soupira Kuzco. Si je fume avant la Philo, je devrais m'en sortir.
Mak sourit à la remarque en continuant son dessin. Elle jeta un regard à Elsa qui, penchée sur le bureau d'un élève, lui souriait. Un pique de jalousie perça son cœur avant qu'elle ne se souvienne qu'Elsa se devait d'être présente pour ses élèves et que de toute façon, étant donné qu'elles n'étaient plus ensemble, le droit d'être jalouse ne lui était plus accordé.
- Depuis quand t'as un problème avec Jack ? Entendit-elle.
Elle se tourna alors vers Esméralda et demanda :
- Pourquoi j'aurais un problème avec Jack ?
- Bah je sais pas, tu le flingues des yeux, déclara la brune en omettant volontairement le fait qu'elle savait parfaitement pourquoi Mak fusillait leur camarade du regard. Tu penses à te faire les mêmes cheveux blancs que lui ou quoi ? Se moqua-t-elle gentiment.
- Bleu, pas blanc, grogna simplement Mak en retournant à son dessin, en se rendant subitement compte que ses doigts avaient d'eux-mêmes illustré une Elsa miniature sur le papier blanc.
Elle sourit, amusée par l'air exaspéré que son imagination avait choisi pour le visage de son professeur. Pourquoi semblait-elle exaspérée à ce point ? Elle plissa les yeux en laissant libre court à ses idées et se remit à griffonner, ne prêtant plus aucune attention ni à Esméralda, ni Jack Frost, ni à Elsa.
Et quand son dessin fut presque achevé, Lange s'appuya à leur table.
- Tout va bien, jeunes gens ? Demanda-t-elle en s'asseyant sur la table d'Esméralda.
- C'est plutôt à vous qu'il faudrait demander ça, intervint Kuzco, d'humeur à taquiner son professeur. Vous allez vous ennuyer sans nous.
Elsa roula des yeux, s'attirant un sourire de Mak et d'Esméralda. Cette réplique de la part du jeune homme l'étonnait-elle ? Pas vraiment.
- Il est sûr que votre incessant humour va laisser un énorme vide dans ma vie, Kuzco, soupira Elsa en essayant de ne pas sourire.
- Ah ! J'étais sûr qu'en vrai vous me kiffiez ! Sourit le jeune homme.
- Tu parles, ça va lui faire des vacances de plus te voir, rit Esméralda.
- Tu rigoles ? Elle vient de dire que j'allais lui manquer ! Se défendit Kuzco.
- Tu ne connais vraiment rien à l'ironie toi, hein ? Intervint Mak sans relever les yeux de son dessin, jurant que si elle regardait Elsa, l'envie de l'embrasser serait trop grande.
- On s'en branle de l'ironie, grogna Kuzco. Moi je sais que vous ne nous oublierez pas, pas vrai, Madame ?
- Même si je le voulais, je ne pourrais pas vous oublier, assura sincèrement Elsa en posant son regard sur Mak alors que celle-ci, trop occupée à dessiner, ne la regardait pas.
- Et bien j'imagine que les amnésiques sont plus chanceux que vous, taquina tout de même l'adolescente, faisant rire ses amis et son professeur.
Elsa sourit en observant un à un ces adolescents, qui, elle devait l'avouer allait lui manquer bien plus que ce qu'elle ne le pensait.
Enfin, elle leur donna ses derniers conseils.
- Esméralda, commença-t-elle. Ne vous précipitez pas. Vos devoirs sont souvent un peu brouillons, organisez vos copies, ça sera plus agréable pour celui qui vous corrige.
Esméralda hocha la tête, jurant qu'elle se souviendrait de ça une fois devant son devoir.
- Kuzco, j'aime autant vous prévenir que si j'apprends que si vous vous êtes présenté à l'épreuve de Philo avec vos habituels yeux rougis, je le saurai et je vous retrouverai, gronda par avance Elsa en pointant un doigt moralisateur sur le jeune homme.
- Bah, comment vous saviez que c'était dans mes plans ? S'étonna l'adolescent.
- Je vous connais, jeune homme, assura Elsa. Vous avez les moyens d'avoir ce foutu diplôme, alors pas de drogue avant l'épreuve, c'est clair ?
- Promis, Madame, assura l'adolescent en se disant que jamais personne n'avait autant cru en lui qu'à cet instant, s'attirant un sourire encourageant de la part de Lange.
- Et enfin, Lichtenstenner… soupira Elsa en réfléchissant déjà à ce qu'elle allait bien pouvoir lui dire. Vous êtes sans doute l'élève la plus brillante qu'il m'ait été donné d'avoir, commença-t-elle sincèrement en se rendant compte que Mak ne relevait toujours pas les yeux. Mais aussi la plus insolente, vous comptez m'écouter quand je vous parle ou vous préférez continuer votre dessin ? Demanda-t-elle en haussant un sourcil amusé.
- Je préfère continuer mon dessin, mais j'ai lu un jour que le cerveau humain, étant doté de deux hémisphères, pouvait aisément faire deux choses en même temps, répondit Mak en fronçant les sourcils. Enfin, pas exactement en même temps, se contredit-elle, il faut à peine une centaine de millisecondes pour basculer d'une tâche à l'autre, mais on ne s'en rend pas compte, termina-t-elle, laissant ses amis bouche bée.
- Lichtenstenner, vous et vos éclairs de génie m'épuisez… soupira Elsa en se pinçant l'arête du nez.
- Je sais, sourit Mak. Mais tout ça pour dire que je peux continuer mon dessin et vous écouter en même temps.
- Bien, consentit Elsa qui ne comprenait pas véritablement pourquoi Mak tenait tant à finir ce dessin. Je vous défends de me faire un hors sujet le jour du bac, Lichtenstenner, ou je viendrai vous botter les fesses moi-même.
Ne me tente pas, je pourrais faire exprès de faire un hors-sujet…voulu dire Mak, d'humeur taquine.
- Oui, Madame, répondit-elle seulement.
Elsa sachant que le message était passé, hocha la tête et se prit au jeu en plissant les yeux pour jeter un œil au fameux dessin. Rapidement, Mak cacha sa feuille de son bras et déclara :
- Il n'est pas terminé.
- Très bien, je ne vous embête pas davantage, sourit Elsa. Vous avez des questions ?
Les trois adolescents hochèrent la tête de gauche à droite en remerciant leur professeur d'un sourire.
Elsa s'éloigna alors sans argumenter et Mak put enfin lui jeter un regard tendre. Un regard qui n'échappa pas à l'œil d'Esméralda qui sourit tristement.
Elsa, consciente que la sonnerie annonçant la fin du cours allait vite retentir, s'assit sur son bureau et annonça :
- Jeunes gens, la fin de l'heure approche alors je me contenterai de vous dire que, nous y sommes, après ces neuf mois, vous savez à présent réfléchir, déclara-t-elle en référence à la tirade condescendante à laquelle ses élèves avaient eu droit en début d'année. Je vous dis bon courage pour la suite et vous souhaite à tous de bonnes vacances, sourit-elle enfin.
Et comme un fait exprès, la sonnerie retentit. Tous les élèves sourirent et se levèrent en souhaitant de bonnes vacances à ce professeur qu'ils n'oublieraient pas de sitôt.
Mak prit le temps de ranger ses affaires, et une fois tous ses camarades sortis, s'avança vers le bureau professoral auquel Elsa était assise.
L'enseignante releva les yeux et l'observa silencieusement une seconde, essayant de ne voir en elle qu'une élève comme les autres, y parvenant avec peine.
Mais contre toute attente, elle vit Mak sourire tristement, poser une feuille sur son bureau juste devant elle et sortir après lui avoir offert un regard doux.
Seule dans la salle 206, Elsa observa une seconde la porte que Mak avait refermée derrière elle. La colère qu'elle avait ressenti quelques semaines plus tôt, comme elle l'avait prévu, s'était dissipée. D'elles à présent, il ne restait qu'une relation cordiale entre un élève et son professeur.
Elsa, malgré sa souffrance, savait que c'était mieux ainsi. Que leur relation était trop dangereuse, du moins jusqu'à la fin de l'année. Elle savait aussi que les risques qu'elle avait choisi de prendre pour être avec Mak étaient bien trop grands et que l'adolescente ne pouvait pas s'en rendre compte.
Mais contrairement à ce que pensait Elsa, Mak s'en rendait parfaitement compte et comprenait la décision de son professeur. Elle comprenait, ce n'est pas pour autant qu'elle parvenait à endurer cette même décision.
Après leur rupture, l'adolescente avait seulement attendu que le temps passe, mangeant à peine, se détruisant peu à peu sous l'œil impuissant et inquiet de sa mère qui s'efforçait d'aller mieux pour elle. Jusqu'au jour où Elsa lui avait décroché un sourire. Le sourire au moment où elle avait trouvé la force de revenir en cours. Puis les yeux de l'enseignante avaient dévié sur le bras qu'elle s'était écorchée en tombant de vélo. Et c'est un regard compatissant qu'elle avait posé sur l'adolescente alors qu'elle s'était demandé ce qu'avait encore bien pu faire son ex petite-amie, ne connaissant que trop bien son caractère trop souvent inconscient.
Après ça, tout avait été plus facile…enfin, un peu moins dur. Le cœur de Mak était toujours en miette et elle pleurait encore avant de s'endormir, mais Elsa, en lui adressant parfois la parole en cours, le réparait quelque peu sans s'en rendre compte.
Et quand Mak revenait en cours de philo le lendemain, c'est un autre sourire, un autre regard qu'elle espérait. Parfois elle y avait droit, parfois non, mais l'espoir suffisait. L'espoir de la retrouver après le bac.
Finalement, l'adolescente comprenait maintenant pourquoi étant petite, sa mère lui avait souvent répété que l'espoir faisait vivre.
Après quelques secondes, le regard d'Elsa glissa sur la feuille déposée un peu plus tôt devant elle.
L'enseignante sourit chaleureusement en saisissant le dessin entre ses doigts comme si c'était le plus beau des cadeaux. Considérer Mak comme une simple élève était encore quelque chose qu'elle devait apprendre, et elle savait qu'elle n'était pas très forte dans ce domaine…
Sur le papier blanc, elle découvrit une belle esquisse au stylo bille.
Elle y était représentée, apparemment excédée, tirant clairement la gueule alors qu'autour d'elle, se dévoilait la caricature d'un Kuzco espiègle un bras autour des épaules d'une Esméralda riant aux éclats, et l'autre faisant des oreilles de lapin derrière la tête d'une Mak grimaçante.
Elsa rit en devinant que son élève avait seulement dessiné le moment qu'ils avaient partagé quelques instants plus tôt. Une scène qui, elle devait y faire attention, n'avait rien à voir avec un moment que devait partager un professeur avec ses élèves.
Encore une fois, elle s'était laissée attendrir…Et elle ne pouvait cesser d'imaginer à quoi ressemblerait sa vie si, après le bac, elle décidait de retenter quelque chose avec Mak. Passerait-elle par déduction des soirées en compagnie de ces jeunes gens qui pour l'instant restaient ses élèves ? Aurait-elle un jour l'occasion de partager une bière avec Kuzco ? D'entendre Alice jouer de la guitare ? De suivre une conversation endiablée entre Mak et Esméralda confortablement installée dans un canapé ? De découvrir un peu mieux la personne de Ralph dont Mak lui avait déjà tellement parlé ? Parfois, elle se surprenait à rêver de tout ça. De pouvoir faire partie entièrement du monde qu'était celui de Mak…
Et en dessous du dessin, des mots la fit sourire encore un peu plus alors qu'elle ne pensait pas ça possible :
Au cas où vous seriez prise d'amnésie… j'ose espérer que vous ne m'oublierez pas.
Il n'y avait aucune signature, c'était inutile et Elsa comprit pourquoi Mak tenait tant à terminer ce dessin avant la fin de l'heure.
Elsa effleura tendrement le dessin du bout des doigts, se jurant qu'elle le garderait aussi longtemps qu'on le lui permettait, profondément touchée par l'attention. Evidemment, comment avait-elle pu penser que Mak quitterait définitivement cette salle sans un dernier geste pour elle ?
Je ne me souviendrai que de toi… murmura-t-elle alors que ses yeux s'épinglaient à ceux, insolents, du petit personnage dont les cheveux étaient coloriés en bleu.
Déjà une semaine que l'année était terminée. Demain, les épreuves du bac commençaient. Demain, Elsa le savait, Mak passerait son oral d'Art Plastiques. Elle n'avait pas eu de nouvelles de l'adolescente et n'avait pas cherché à en prendre. Après tout, Elsa ne savait que trop bien qu'elles étaient séparées, qu'elles ne se devaient plus rien. Chose qu'elle avait encore tendance à oublier.
Anna avait été là pour elle ces deux derniers mois. Très présente, et Elsa l'en avait remercié mille fois à sa manière. Anna savait que sa sœur ne parlait pas, et encore moins des sujets importants. Autrement dit, le sujet Mak, et cheveux bleus, était à bannir de leur appartement. Anna savait aussi que sa sœur souffrait, mais qu'elle ne l'avouerait jamais.
C'est pour ça que la rouquine avait organisé une petite soirée tranquille en invitant Kristoff. Kristoff était un type léger, la force tranquille de leur groupe après Philippe. Anna s'était alors dit que sa présence ferait du bien à Elsa. Enfin, c'était avant qu'elle ne se rende compte que son mec était le roi des pieds dans le plat.
- Et avec Mak, c'est pas trop dur les cours maintenant que vous êtes séparées ? Demanda innocemment Kristoff alors qu'Elsa, assise sur le canapé de son salon, cru s'étouffer avec sa bière.
- Kristoff ! Gronda Anna alors que ses mains se crispaient sur le pelage de Joséphine.
- Non, c'est bon Anna, ça va, assura Elsa en avalant difficilement.
Après tout, il allait bien falloir qu'elle en parle un jour. Mak était déjà un sale petit secret, elle ne voulait la reléguer au stade de sujet tabou en plus… Elle savait que l'adolescente ne méritait pas qu'on parle d'elle ainsi.
- J'essaye de rester aussi professionnelle que possible, soupira enfin Elsa. Je crois qu'elle aussi… réfléchit-elle en remarquant qu'elle ne savait plus vraiment ce qui se passait dans la vie de l'adolescente.
- Tu l'as dit à Ariel et Aurore ? Demanda Kristoff, devinant que si Anna ne lui avait rien dit, il n'aurait rien apprit de la bouche d'Elsa.
- Non, et je te remercierai de ne rien leur dire pour l'instant, prévint Elsa en se laissant couler dans le canapé. Je ne veux pas entendre Ariel compatir, et je veux encore moins entendre Aurore me dire que c'est mieux comme ça. Je sais que c'est mieux comme ça, mais ça dépend de quel point de vue on se place, termina-t-elle en baissant les yeux.
- Ne t'inquiète pas, je ne dirais rien, compte sur moi, assura Kristoff en souriant de manière bienveillante, une bienveillance qui réconforta Elsa.
Un court silence dans l'appartement alors qu'Elsa se demandait si elle avait vraiment envie de continuer cette conversation ou pas. Et quand l'enseignante parvint à choisir, afficha un sourire de façade et demanda :
- On commande des pizzas ?
Anna sourit tristement, sachant que cette conversation venait d'amocher encore un peu plus le cœur de sa sœur, et répondit :
- Tu commandes des pizzas, moi je vais nous ravitailler, dit-elle en attrapant les bouteilles de bières vides sur la table basse du salon.
Elsa sourit, heureuse que personne n'argumente davantage, sortit son portable de la poche arrière de son jean et demanda :
- Kristoff, tu prends quoi ? Margherita, savoyarde…putain ! S'exclama-t-elle soudain en soudant son regard à l'écran qui s'allumait devant elle.
- Pizza putain ? C'est quoi la garniture de celle-ci ? Demanda Kristoff sans comprendre.
Et voyant qu'Elsa ne répondait pas, le jeune homme fronça les sourcils alors qu'Anna revenait dans le salon, trois bières décapsulées entre les mains.
- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda la rouquine en voyant l'air soudain inquiet de sa sœur.
- Je…hm, j'ai reçu un message de Mak, répondit Elsa sans relever les yeux des mots inattendus qui s'affichaient sur l'écran de son téléphone qu'Anna s'empressa de lui prendre des mains.
- Tu avais raison, je n'aurais jamais dû monter un projet si lourd à assumer. Je n'arriverais jamais à le présenter devant un jury, lut-elle à haute voix. Qu'est-ce qu'elle veut dire ? Demanda-t-elle enfin en rendant son téléphone à sa sœur.
- Elle parle du projet d'Art qu'elle doit présenter demain…soupira Elsa en passant une main sur son visage, les dents serrées, jurant que si Mak était devant elle, elle ne pourrait lutter contre la tentation de lui dire qu'elle l'avait prévenue.
- Et alors ? Ce n'est qu'un projet, elle est en Term, pourquoi elle stresse ? Demanda Kristoff qui se souvenait vaguement que même si le bac avait été une épreuve douloureuse, elle n'en avait pas pour autant été insurmontable.
- Parce que justement, ce n'est pas qu'un projet. Elle traite de… de la mort de son père de manière très intime. Je lui avais dit qu'il ne serait pas évident d'en parler, elle ne m'écoute jamais… soupira l'enseignante en se mordant la lèvre inférieure.
- Et tu penses qu'elle est capable de surmonter ça ? Demanda Anna qui savait mieux que personne à quel point il était parfois difficile de parler de ceux qui nous manque.
- Bien sûr qu'elle en est capable, je n'ai aucun doute là-dessus, assura Elsa. Mais je sais à quel point elle peut être stupide quand elle panique…
- Tu crois qu'elle pourrait ne même pas se présenter à l'examen ? Demanda Kristoff, essayant de se mettre dans la peau d'un adolescent.
- Elle a séché deux semaines de cours après notre rupture alors je m'attends à tout venant de sa part… se souvint Elsa qui avait trop souvent constaté que les cours, et par conséquent le bac, n'étaient pas dans les priorités de Mak.
- Qu'est-ce que tu comptes faire ? Demanda Anna.
- Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Demanda Elsa, sur le même ton.
- Bah je sais pas, tu ne vas pas la laisser comme ça, si ? Elle panique, tu l'as dit toi-même, et ce message ressemble à un appel au secours.
- On n'est plus ensemble, je ne suis pas censée la secourir.
- T'es dure Elsa… Fit remarquer Kristoff.
- Kristoff a raison, appuya Anna. Tu veux qu'elle en parle à qui de ce projet ? A sa mère qui pète un câble à chaque fois qu'il faut parler de son père ? Elle n'a que toi, Elsa… rappela-t-elle douloureusement.
Elsa soupira bruyamment en jetant un regard lourd de sens à sa sœur.
Mak visionna la vidéo pour la millième fois, se disant un peu plus à chaque seconde qu'elle ne pouvait pas faire ça, qu'elle était incapable de présenter un projet pareil, qu'elle aurait dû écouter Elsa qui avait tenté à maintes reprises de la mettre en garde. Quelques minutes plus tôt, elle avait jeté son téléphone sur son lit, regrettant son message à la minute où elle l'avait vu apparaitre dans la conservation numérique qu'elle entretenait avec E. Elle se doutait bien qu'Elsa n'avait pas que ça à foutre que de s'occuper d'elle. Après tout, l'enseignante lui avait clairement fait comprendre qu'elle ne serait plus là pour ça. Et malgré tout, elle lui avait envoyé ce foutu message porteur de sa faiblesse. Pourquoi fallait-il qu'elle soit toujours aussi bête et butée ?
Elle avait toujours été comme ça… elle n'y faisait même plus attention. C'est d'ailleurs ce qu'Elsa avait tenté de lui faire gentiment remarquer à Annecy, quand elle lui avait dit qu'elle était le parfait exemple du Bélier.
Il fallait vraiment, si la vie lui en donnait l'occasion, qu'elle se mette à écouter Elsa plus souvent…
Son portable vibrant sur son oreiller la fit sursauter, alors que sur l'écran de son ordinateur, la voix de son frère récitait un texte qu'elle avait le malheur de connaître par cœur.
Elle tendit le bras, et le cœur battant, découvrit que l'appel venait d'Elsa. Elle grimaça, s'attendant à une bonne brasse, mais trouva tout de même le courage de répondre.
- … Allô ?
- Lichtenstenner bonsoir, entendit-elle alors que ses épaules se relâchaient face aux mots familiers et à l'intonation de voix plutôt sympathique.
- Je vous dérange, je suis désolée, s'excusait déjà l'adolescente ne sachant pas tellement sur quel pied danser vis-à-vis d'Elsa à présent.
- Eh, ça va, tu peux me tutoyer, et tu ne me déranges pas, répondit immédiatement l'enseignante en tentant de ne pas trop se réjouir en entendant la voix de son élève…ex élève…ex petite-amie, elle ne savait plus vraiment.
Étant donné la façon dont tu m'as larguée, permets-moi d'en douter… ne put s'empêcher de penser l'adolescente.
- Bon, jeune fille, qu'es-tu en train de me faire ? Reprit Elsa, et Mak nota que le jeune fille était revenue dans la bouche de son professeur.
- Je…tu avais raison, je suis incapable de présenter ce projet, avoua Mak alors qu'un brin de défaite perçait déjà sa voix.
- Ok, alors ne commence pas à déformer mes paroles, je n'ai jamais dit que tu en serais incapable, j'ai dit que ça n'allait pas être facile, souligna l'enseignante, ne voulant pas que Mak pense qu'elle ait un jour douté d'elle en ce qui concernait l'Art.
- Alors, moi je te le dis, j'en suis incapable, rétorqua l'adolescente, complètement résignée, se disant déjà qu'il serait tellement plus facile de sécher…
- Toujours aussi butée, hein…soupira Elsa alors qu'elle frissonnait, debout seule sur son balcon, une cigarette entre les lèvres. Tu ne penses pas qu'il serait temps que tu règles ton problème de confiance en toi ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Demanda Mak en fronçant les sourcils.
- Ce que je veux dire, Lichtenstenner, c'est que même si tu t'en crois incapable, tu vas présenter ce projet demain… commença Elsa d'une voix ferme et sans appel.
- Mais Elsa…voulu intervenir l'adolescente.
- Et tu vas réussir, continua l'enseignante sans lui laisser le temps de répliquer. Dois-je te rappeler que tu es si passionnée par tes projets que j'ai dû aller te chercher en garde à vue ? Rappela Elsa alors qu'un fin sourire étirait ses lèvres à ce souvenir.
Mak ne répondit pas, caressant silencieusement l'idée qu'Elsa avait peut-être raison. Elsa reprit :
- Lichtenstenner, ton projet est en béton armé, alors ne panique pas, assume-le, et ne te pose pas de question.
- Mais, et si je n'y arrivais pas ? Et s'ils ne comprenaient pas ce que j'ai essayé de leur dire ? Et si ça foirait complètement ? S'enflammait déjà l'adolescente, ressentant malgré elle le besoin irrépressible d'être rassurée.
- Qu'est-ce qu'on a dit sur le fait de ne pas se poser trop de questions ? Rappela Elsa.
- Pardon… s'excusa Mak en baissant les yeux alors que l'enseignante pouvait imaginer d'ici sa moue boudeuse.
- Ton projet parle de lui-même, ils comprendront, reprit Elsa d'une voix qui se voulait convaincante et encourageante.
- Tu penses ?
- J'en suis certaine. Combien de fois tu l'as visionné ? Demanda l'enseignante qui connaissait pourtant déjà la réponse.
- Je ne sais pas, au moins un million de fois, soupira Mak en laissant sa tête reposer sur le mur contre lequel elle était appuyée.
- Alors tu vas t'arrêter là, tu as assez travaillé pour ce soir. J'imagine que tu n'as pas mangé ?
- Non, avoua Mak, parfois encore surprise qu'Elsa la connaisse si bien.
- Naturellement… soupira l'enseignante. Tu vas manger quelque chose, passer du temps avec ta mère et demain, tout se passera bien, tu verras, promit-elle.
- D'accord… accepta l'adolescente qui se laissait doucement convaincre. Merci, souffla-t-elle avec toute la reconnaissance du monde.
- De rien, bon courage Lichtenstenner, répondit Elsa prête à raccrocher.
- Elsa, attends ! S'écria Mak, ressentant toute la peine du monde à la laisser partir, ne désirant que se réfugier dans ses bras.
- Oui ?
Un silence passa, un silence embarrassant qui ne s'était plus dressé entre elles depuis si longtemps.
- Je… enfin, c'est bête…soupira Mak, peinant à trouver ses mots. Tu me manques…lâcha-t-elle enfin en fermant les yeux, alors que son cœur, bien trop sincère dans l'instant, n'avait pu omettre une telle vérité.
Elsa grimaça en sentant son propre cœur se fendre à ses mots.
Tu me manques aussi…voulait-elle répondre.
Parce que c'était vrai, elle lui manquait tellement. Mais elle ne pouvait pas, pas pour le moment. Il fallait qu'elle se protège, qu'elle se protège d'elle.
Un seul faux pas et tout le monde saura… se répétait-elle en se souvenant que le faux pas avait déjà été commis.
- C'est trop tôt, Lichtenstenner… souffla-t-elle presque tendrement. Concentre-toi sur le bac, nous verrons le reste après.
- Est-ce que ça veut dire que je peux espérer quelque chose ? Ne put s'empêcher de demander Mak, toujours stupidement amoureuse.
- En temps voulu, jeune fille, gronda Elsa alors qu'elle s'était pourtant doutée que cet appel était un traquenard.
- Tu ne me pardonneras jamais ? Ne voulut rien lâcher l'adolescente, ressentant tellement le besoin d'entendre que tout n'était pas perdu.
Et peut-être parce qu'elle était d'humeur clémente ce soir, ou peut-être parce qu'elle l'aimait encore tellement, Elsa soupira et consentit à répondre :
- Je t'ai déjà pardonné Lichtenstenner… Mais laisse-moi du temps. J'ai besoin de temps. Bonne chance, termina-t-elle avant de raccrocher, jurant qu'elle n'y parviendrait jamais si elle ne le faisait pas maintenant.
