Chapitre 65 : Disease
Sur le coup, Stiles n'avait pas réalisé tout ce que le raid des loups renégats chez Derek allait entraîner.
Il n'avait à aucun moment songé que leur petite visite surprise pouvait mettre son week-end avec son amant aux oubliettes jusqu'à ce que Scott n'explique qu'ils devraient être d'autant plus vigilants à présent et que les rondes allaient s'intensifier.
Son cœur avait eu un sursaut douloureux en comprenant que Derek et lui ne pourraient donc pas quitter la ville, mais avait-il vraiment le droit de se plaindre alors que la meute était clairement en danger ?
— Ça ne servirait à rien. Les Everfool n'en sont pas à leur première tentative. Ils ne laissent rien au hasard. Vous ne les débusquerez pas comme ça. Ils ont dû élire domicile à l'extérieur de la ville ou dans un squat ! Ils ne seront pas sur les listes en votre possession.
Le fils du shérif fit son possible pour ne pas laisser transparaître sa joie. Bien sûr, c'était une mauvaise nouvelle, mais les mots de l'émissaire signaient aussi la fin des patrouilles ! D'un autre côté, ils avaient sacrifié presque l'ensemble de leurs soirées depuis des semaines pour rien…
— Je vais annuler notre départ !
Stiles avait senti son cœur se serrer lorsque Derek avait annoncé la décision à Scott sans ciller.
Si Deaton avait hoché la tête avec approbation, Scott contra la décision.
Stiles s'était retenu de lui sauter au cou !
— Non ! Au contraire. Allez-y ! Si on arrête de vivre par leur faute, ils auront ce qu'ils veulent. En plus, vous vous êtes déjà absenté depuis qu'ils sont en ville et ils n'en ont pas profité pour nous attaquer. Je ne sais pas ce qu'ils nous veulent, mais je suis persuadé qu'ils ont une idée précise à l'esprit.
— Et je vais tout faire pour découvrir de quoi il s'agit ! avait assuré Deaton avant de prendre congé.
Scott avait raison. Le mobile était toujours au centre d'une enquête, tous les indices convergeaient toujours vers lui. C'était la clé pour résoudre le mystère…
Le fils du shérif était bien décidé à mettre le doigt dessus lui aussi…
Pourtant, le lendemain matin, lorsqu'il se réveilla dans les bras de son amant et en dépit de la porte laissée ouverte à la demande de son père, Stiles avait l'impression incroyable d'être le plus heureux des hommes.
Que pouvaient bien trois loups contre le bonheur indicible qui s'était logé au creux de son cœur ?
— Je pourrais vite m'habituer à me réveiller contre toi !
Il ronronnait presque de plaisir, provoquant le rire de son amant.
Malheureusement, il n'eut pas l'occasion de profiter du moment que la voix du shérif s'élevait depuis le rez-de-chaussée, lui intimant de se dépêcher de se préparer pour ne pas être en retard au lycée.
Claquant un baiser sur son nez, Derek s'était levé afin de rejoindre le quadragénaire dans la cuisine. Avec un soupir, Stiles s'était levé à son tour… Un peu trop vite d'ailleurs à en juger par le léger vertige qui l'étreignit.
Il n'arrivait pas à évacuer la fatigue qui s'était emparée de son corps depuis quelques jours. Il attendit que les étoiles dansant devant ses yeux s'éteignent une à une avant de filer sous une douche qu'il espérait revigorante.
Une fois prêt, il rejoignit son petit-ami buvant son café à la table familiale avec Noah. Avec un nouveau baiser chaste, le loup-garou s'éclipsa pour prendre sa place dans la salle de bain.
Ce petit rituel pourtant inédit semblait routinier et naturel au plus grand contentement de l'adolescent. La présence du loup-garou ne bouleversait en rien les habitudes des deux hommes, au contraire, c'était comme s'il avait toujours fait partie de leurs vies !
Le garçon se servit un bol de céréale avant de reposer sa cuillerée devant le grognement réprobateur de son estomac. Il fronça le nez devant la nausée légère qui lui souleva le cœur et lutta un moment contre elle pour la repousser à l'instar de son petit-déjeuner qu'il fit glisser jusqu'au centre de la table, persuadé de ne pas y toucher.
— Tu n'as pas faim ?
Le shérif connaissait l'appétit gargantuesque de son fils au réveil et était surpris de le voir bouder ses céréales matinales !
Avec une grimace, le concerné secoua sa tête où il pouvait sentir les prémices d'une migraine poindre sournoisement.
Il espérait ne pas avoir pris froid en plus de la fatigue… Il ne pouvait pas se permettre de tomber malade cette semaine. Entre le match de la crosse et son départ pour New York prévus tous deux vendredi soir, il se devait d'être en pleine forme.
Cette simple idée le convainquit de se lever afin de traiter son mal de crâne avant que celui-ci ne prenne plus d'ampleur. En attrapant le comprimé, son Adderall le nargua. Il avait détesté être obligé de reprendre son traitement l'avant-veille aussi, même s'il sentait ses troubles de l'attention fourmiller dans son esprit, il se refusa de prendre son traitement, allant même jusqu'à tirer la langue à la boite de médicaments de façon totalement immature.
— Au fait, ça donne quoi l'enquête du côté de Hill Valley ?
Son père soupira avant de se frotter les tempes.
— Une impasse. Tout ce que je peux te dire, c'est que le père de ton ami a été définitivement innocenté. Sa carte bancaire et un enregistrement vidéo prouvent qu'il était bien avec son fils du côté de Yuma. Les fédéraux ont repris l'enquête.
Savoir les soupçons pesant sur le père de Maxime levés étaient la nouvelle que Stiles espéré aussi, se contenta-t-il de tapoter distraitement l'avant-bras de son père avant de se lever lorsque Derek les rejoignit.
Ils saluèrent Noah avant de sortir, tous les deux prêts à affronter leur journée de travail.
Avant de se quitter sur un dernier baiser, l'ancien alpha avoua au lycéen qu'après aujourd'hui, il n'aurait normalement plus besoin de se rendre au manoir et pourrait élaborer ses plans sans quitter la maison.
Ravi par cette nouvelle, Stiles l'avait récompensé d'un baiser langoureux avant que son père n'y mette fin en frappant sur la vitre depuis laquelle il semblait les observer.
Il lâcha un rire nerveux avant de se décoller du corps de son loup qui n'avait cessé de lui sourire.
Derek était contraint de vivre chez lui. Il allait désormais travailler directement à domicile. Ils n'avaient plus à patrouiller… C'était comme si le destin avait prévu chaque événement pour le seul plaisir de Stiles qui pourrait ainsi passer tout son temps libre en compagnie de son loup adoré.
Peut-être même qu'ainsi, ils auraient plus facilement l'occasion de s'adonner à leurs activités favorites !
— Tu sais que juste à l'odeur, je peux deviner les pensées lubriques que tu viens d'avoir ?
La remarque l'avait fait rougir jusqu'aux oreilles. À son plus grand désespoir, ses joues n'avaient pas retrouvé leur teinte normale lorsqu'il s'était garé près de dix minutes plus tard devant chez Maxime.
— Je crois que je préfère ne même pas savoir ! avait lâché celui-ci avec un petit rire.
La matinée avait été horrible. Au lieu de disparaître, sa migraine n'avait fait que lui vriller le crâne un peu plus au fil des heures. L'heure du déjeuner, marqua le grand retour de la nausée qu'il avait tout fait pour ignorer avant de se sentir contraint et forcé de quitter le self précipitamment, l'estomac quasiment vide !
L'air frais de l'extérieur lui avait fait le plus grand bien et il avait pu reprendre les cours sans plus de problèmes si ce n'est l'incapacité de se concentrer plus de quelques secondes. Il se jura intérieurement de ne plus jamais manquer de respect à son traitement, persuadé qu'une entité supérieure le punissait de son comportement.
La dernière heure de cours eut raison de lui.
Il quitta la salle de classe précipitamment, Isaac et Scott sur les talons tandis qu'il s'engouffrait dans une des cabines libres des toilettes.
Il eut à peine le temps de verrouiller derrière lui avant de se laisser tomber devant la cuvette dans laquelle il déversa le maigre contenu de son estomac.
La bile lui brûla l'œsophage tandis que de violents spasmes le parcouraient douloureusement. Il se retrouva vite à bout de souffle, le corps ruisselant de transpiration et la tête sur le point d'exploser. Il ferma les yeux, luttant en vain contre la nausée et les bouffées de chaleur qui l'avaient envahi.
— Et bro', ça va ?
En réponse, son estomac se révulsa à nouveau, tendant tous les muscles de son corps vaincu et à bout de force.
— Apparemment non.
La voix moqueuse d'Isaac donna des envies de meurtres au fils du shérif.
Il expira bruyamment, la tête contre la lunette des toilettes en dépit du manque d'hygiène évident de celle-ci.
Sa tête le faisait plus souffrir que jamais, son estomac semblait décidé à lui pourrir la vie, ses jambes comme tout son corps étaient tremblantes tant et si bien qu'il se sentait incapable de se remettre debout. Pour combler le tout, il était certain d'avoir une fièvre carabinée…
Il lutta quelques secondes contre une nouvelle nausée contre laquelle il ne fit pas le poids, envahissant tout son être impitoyablement. Aussi pathétique soit-il, il ne put contenir le sanglot douloureux qui lui échappa lorsqu'il se laissa retomber contre la cuvette.
— Putain, t'es peut-être enceinte, si ça se trouve ! T'as fait un test ?
Le rire goguenard d'Isaac fut suivi d'une légère plainte lorsque, de toute évidence, Scott le frappa pour le faire taire.
— Connard !
L'insulte que Stiles couina juste avant de vomir à nouveau n'eut aucun effet si ce n'est de faire redoubler le rire du louveteau dont l'empathie était, sans conteste, aux abonnés absents.
— Ça se dit d'ailleurs « enceinte » pour un garçon ?
La réflexion du bouclé fut couvert par un nouveau spasme de l'hyperactif.
— Ok bro' ! J'appelle Derek pour qu'il te ramène chez toi !
— Surtout p…
À nouveau, l'adolescent dut se pencher sur les toilettes. Incapable de terminer sa phrase, il ne put qu'écouter, impuissant, la voix de son ami parler à son interlocuteur.
Quelques minutes plus tard, quand il fut sûr qu'il ne risquait pas de vomir à nouveau, Stiles se releva sur ses jambes flageolantes et s'essuya les lèvres et les yeux d'un revers de manche avant de tituber jusqu'au lavabo pour se rincer la bouche.
— Oh merde !
Il releva la tête pour croiser le regard d'Isaac, mais la vision de son visage translucide à travers le reflet du miroir le stoppa dans son élan.
Effectivement, un cadavre avait meilleure mine !
— Ça va aller ?
L'inquiétude du bêta de Scott était une preuve supplémentaire qu'il était au plus mal et pourtant, la seule chose à laquelle Stiles réussissait à penser était que ses chances de jouer au match de vendredi étaient compromises… Il refusait de penser à la possibilité que son week-end avec Derek tombe à l'eau ! Il serait sûrement remis d'ici là ! N'est-ce pas ?
Il hocha la tête dans la positive, les yeux lourds de fatigue et le corps perclus de courbatures et de douleur.
Scott grimaça avant de poser sa main sur le front de son ami.
— T'es bouillant !
— J'avais remarqué, grimaça Stiles en se laissant glisser sur le carrelage froid.
Il poussa un soupir ressemblant à s'y méprendre à une plainte mélangeant douleur et plaisir. La fraîcheur du sol était bienvenue.
— J'espère que ce n'est pas contagieux. T'as vraiment une sale gueule !
L'humain leva un regard désabusé vers Isaac qui ne semblait pas connaître la définition du mot délicatesse.
Il frissonna, ayant subitement froid, ce qui n'avait clairement aucun sens après la bouffée de chaleur qui s'était emparée de lui quelques minutes plus tôt !
— T'es un loup-garou, connard ! Tu risques pas d'être malade !
— Deux fois que tu me traites de connard en deux minutes, t'as de la chance d'être malade !
Scott sépara les deux amis qui, même dans ces moments-là, semblaient incapable de ne pas se chamailler !
— Derek arrive, avertit l'alpha en relevant la tête, clairement aux aguets.
— Génial !
Le gémissement du fils du shérif était résigné.
— Tu ne pouvais pas plutôt appeler mon père ? geignit-il encore, juste au moment où la porte s'ouvrait.
— Je vais décider de ne pas prendre ça mal !
Derek s'avança vers lui en grimaçant avant de toucher à son tour son front.
— J'ai déjà prévenu ton père sur la route. Il ne peut pas s'absenter cette après-midi, mais il a pris rendez-vous avec votre médecin. Je te ramène !
Stiles n'eut pas la force de protester.
Il aurait préféré que son amant ne le voie pas dans cet état pitoyable, mais était quand même heureux de pouvoir se tenir à lui et de le savoir à ses côtés.
Soutenu par le corps puissant du loup, ils sortirent du bâtiment scolaire. L'adulte l'aida à s'installer sur le siège passager de sa Jeep avant de contourner le véhicule pour s'installer derrière le volant.
— Eh ! Pourquoi on ne prend pas la camaro ?
Le silence de l'adulte lui fit lever les yeux au ciel.
— Ok, je vois ! T'as peur que je ruine tes sièges !
Derek eut une moue désolée.
— Scott m'a dit, je cite « il vomit tripes et boyaux » !
— Charmant !
Malgré la douleur qui avait envahi tout son corps, le garçon trouva le miracle de s'endormir sur le court trajet reliant le lycée à chez lui, bercé par la conduite souple de son compagnon et par les ronronnements familiers du moteur.
Il se réveilla à peine quand Derek le prit entre ses bras afin de le déposer sur son lit.
Ce fut un cauchemar engendré par la fièvre qui le sortit brusquement du sommeil à peine quinze minutes plus tard. À bout de souffle, hagard et trempé de sueur, il mit plusieurs secondes à reprendre pied dans la réalité.
— Eh, eh ! Tout va bien, d'accord ! Respire calmement, tout va bien !
Qui aurait pu penser que son petit-ami puisse avoir une voix si apaisante ?
Contre la paume de son loup, il parvint à se calmer, recouvrant son souffle et apaisant les battements désordonnés de son cœur.
Il se sentait fébrile et, à vrai dire, il l'était.
Il ne se souvenait pas avoir un jour était malade à ce point. Il frissonnait blotti contre le torse de son amant et puis soudain, tout s'arrêta.
Les courbatures dans ses muscles, la douleur vrillant son crâne, son mal de gorge grandissant, la chaleur insupportable ayant pris possession de son être… tout s'arrêta. C'était si brusque et inattendu qu'il papillonna des paupières, déboussolé.
Enfin, son regard percuta celui inquiet au reflet vert de son âme-sœur et la lumière se fit dans son esprit. Il remarqua tout de suite après les veines noircies s'étendant sur les bras du loup, faisant manquer un battement à son cœur.
— Derek !
Stiles soupira.
Ne plus souffrir était euphorisant, mais pouvait-il réellement profiter de l'ancien alpha de la sorte ?
— Arrête de protester et laisse-moi te soulager. Je peux bien faire ça pour toi, non ?
Les intonations de son homme étaient tellement inquiètes qu'il s'accorda quelques secondes de réconfort dans les bras du bêta, soufflant un rire d'amusement et de bien-être.
— T'es pas un loup, mais un véritable ours en peluche au cœur guimauve, mon Fluffy !
Derek grogna pour la forme, mais n'esquissa aucun geste.
— C'est gentil à toi et j'apprécie. Vraiment ! Mais… Je suis humain et… je serais malade ! Régulièrement. C'est inévitable. On ne va pas passer notre vie, ainsi ! Si… Si encore, j'étais blessé par une créature surnaturelle… J'accepterais de profiter de tes dons, mais… J'ai juste attrapé froid, Derek !
Un nouveau soupir traversa ses lèvres avant que Derek ne les happe dans un baiser tendre et soucieux.
— Tu ne peux pas me demander de te regarder souffrir sans rien faire !
— Si tu étais humain tu n'aurais pas d'autre choix !
— Mais je ne le suis pas. À quoi bon ne pas en profiter ?
— Parce que…
Stiles repoussa les mains du lycan et grimaça face au retour de la douleur sous son crâne et sous sa peau.
— Je me sens assez insignifiant et inutile sans avoir en plus besoin d'être un poids pour les autres… pour toi ! Je ne sais pas comment t'expliquer… Ton père, comment il faisait quand il était malade ?
Derek tendit un verre d'eau à Stiles qui en but difficilement plusieurs gorgées malgré sa gorge nouée et sensible.
— Il…
L'ancien alpha expira avec lassitude.
— Il était aussi tête de mule que toi et refusait qu'on l'aide lui aussi !
Un sourire vainqueur souleva difficilement les lèvres de l'humain qui se laissa retomber contre son oreiller, secoué par des frissons irrépressible et tremblant de froid malgré la fièvre.
— Je suis sûr que je me serais bien entendu avec lui.
— J'en suis certain aussi, rit doucement le loup sans quitter le jeune homme de son regard soucieux.
Stiles ferma les yeux, sa mâchoire contractée trahissant son mal-être et sa douleur évidente.
Il se reposa quelques instants avant de rouvrir faiblement les paupières.
— Je serais remis pour notre week-end, pas vrai ?
— Ne t'inquiète pas pour ça pour le moment, niño ! Si on devait annuler, on trouverait d'autres occasions. On a la vie devant nous…
Stiles hocha la tête avant d'expirer plusieurs fois lourdement, la tête vacillante sur ses épaules.
— À quel point, tu me trouverais pathétique si je me mettais à pleurer, là, maintenant ?
Derek ne put que sourire, amusé face à la question.
Il replaça les mèches humides collées sur son front, constatant avec effroi que la fièvre avait encore augmenté. Il allait faire un commentaire lorsque la sonnette de la porte d'entrée retentit dans le silence de la maison.
— Ce doit être ton médecin ! Je reviens tout de suite, niño !
Stiles réussit à pouffer malgré la situation. Niño… Il adorait ce surnom !
À nouveau, il se laissa choir sur son lit et attendit l'arrivée du docteur Samuels et de son diagnostic.
